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Fait partie de Notice sur les accidens que produisent les champignons et sur les moyens d'y remédier
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QUE PRODUISENT
LES CHAMPIGNONS,
/
ET
SUR LES MOYENS D’Y REMÉDIER ;
Par P.-N.-A. CHÉRON,
A PÉRIGUEUX,
CHEZ DUPONT, PÈRE ET FILS, IMPRIMEURS
An 1825.
NOTICE SUR LES ACCIDENS
QUE PRODUISENT
LES CHAMPIGNONS,
ET SUR LES MOYENS d’y REMÉDIER.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
L’usage alimentaire habituel que font les habitans de
quelques pays de plusieurs espèces de champignons,
et les accidens journaliers qu’ils occasionnent, doivent,
malgré l’expérience de ceux qui les récoltent et de ceux
qui les consomment, appeler, meme fixer l’attention
d’une manière particulière, afin d’éviter la récidive sou
vent funeste des maladies auxquelles ils exposent.
Il devient presque inutile au sujet que nous nous pro
posons de traiter, de rappeler que les anciens eux-mêmes avaient reconnu les propriétés délétères de quel
ques-unes des espèces de champignons ; il suffit de citer
les auteurs qui en font mention (1), comme aussi ceux qui
en plusieurs occasions ont publié des notes sur les se(i) Martial , lib. v , épigr. 20 ; Tacit., annal , lib. xII ; Plin. , lib. xxII ;
Juvénal , satyr. 5.
( 4 )
cours à donner dans les cas de maladies produites par
ces végétaux (1).
Les espèces de champignons dont quelques méde
cins ont en général proscrit l’usage sont nombreuses (2);
quelques-unes, délétères, ont beaucoup de ressemblance,
par les caractères extérieurs, avec celles comestibles j
aussi se fait-il que de fréquentes méprises ont lieu, faute
de s’assurer de ceux qui les distinguent.
Ces végétaux que l’on trouve partout, surtout dans
les endroits humides , après les pluies , celles d’orages
particulièrement, ont des formes plus ou moins régu
lières , comme des couleurs plus ou moins vives ; leur
durée est en général très-limitée ; quelques saisons seules
sont propices à leur apparition subite. Jussieu les a placés
dans la première famille des acotylédones ; d’autres au
teurs les ont divisés en plusieurs classes.
Les champignons comestibles ont en général une
odeur suave, douce, analogue à celle de la noisette ; ils
ne laissent pas d’arrière goût désagréable, astringent,
styptique, etc. ; leur substance est blanche , compacte,
sèche et cassante : ces qualités réunies les constituent ;
car on ne doit pas les juger sur les couleurs plus où
moins agréables qu’ils offrent, mais sur les propriétés
précédentes et sur celles suivantes. Si en les coupant
ils ne changent pas de couleur, ou si en les touchant
(1) A. Portal, instructions sur le Trait, t des Asphyxiés, etc. ; Orfila,
Toxicologie ; Persoon, Traité sur les Champignons.
(2) Lieutaud.
( 5 )
ils ne se flétrissent pas et n’acquièrent pas d’autres
nuances que celles primitives, plus encore si on les ré
colte parmi des plantes cultivées et d’un usage alimen
taire journalier , alors on ne peut douter de leur bonté ;
comme dans le cas contraire, on doit les redouter (1).
Ils serait à désirer que dans les pays où l’usage des
champignons est très-répandu, on les semât à l’instar
des habitans des Landes, qui, par ce moyen économi
que , ne font en quelque sorte usage que d’espèces sai
nes : l’agaric palomet, et le bolet comestible (2).
Les meilleurs assaisonnemens dont on puisse faire
usage pour les champignons, sont, sans contredit, les
corps gras ou albumineux, tels que la graisse, le beurre,
l’huile, le jaune d’œuf, etc. ; ces corps sont en général
préférables aux sels, aux acides, aux alcoholiques dont
souvent on se sert, et qui développent les principes
vénéneux qu’ils contiennent.
Ces végétaux comestibles, par leur coction dans des
vases métalliques oxidables, par leur conservation, ac
quièrent des propriétés délétères, qui, comme chez ceux
vénéneux, ne se déclarent que plusieurs heures après,
ordinairement cinq, sjx, huit ou dix heures.
ACCIDENS.
Les accidens qu’ils occasionent sont l’irritation des
(1) A. Portal, idem.
(2) Thore; Chloris des Landes , etc.
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organes digestifs, et consécutivement celle de toute l’économie, dont les suites peuvent devenir ou sont géné
ralement funestes, si on ne porte de prompts secours;
car on doit craindre, dès le début, un état apoplecti
que qui peut occasioner subitement la mort.
)
SYMPTOMES.
Les symptômes primitifs sont des douleurs d’esto
mac, des nausées, des vomissemens, des coliques, des
évacuations alvines, etc.
Ceux consécutifs et presque concomitans des précédens, sont une chaleur vers la région épigastrique, un
malaise avec douleurs , crampes, convulsions partielles
ou générales , soif forte, pouls petit, dur et serré ; puis
des vertiges, du délire, l’assoupissement, des défaillan
ces, la sueur, etc.
TRAITEMENT.
Les moyens thérapeutique à employer sont :
1.° La saignée : celle du bras, réitérée selon l’urgence;
plus tard même l’application de vingt à trente sangsues à
l’épigastre, si l’indication existe, telle qu’une forte dou
leur de l’estomac, avec la figure vultueuse et le pouls
fort et dur ;
2.° Les boissons : celle d’eau tiède seule ou unie
avec le sucre et l’huile d’olives ou autre, souvent ré
pétées ; puis la potion éthérée suivante , si les dou
leurs de l’estomac et des intestins existent sans conges
tion sanguine vers d’autres organes ; quelques heures
( 7 )
surtout après l’emploi des premiers moyens indiqués ,
Prenez : Huile d’olives................
Sirop de sucre...............
Ether sulfurique............
Préparez selon l’art.
4 onces.
1 once.
1 gros.
A prendre par cuillerée à bouche de demi-quart
d’heure en demi-quart d’heure.
5.° Les lavemens : ceux irritans conviennent lorsqu’il
n’y a pas eu de selles : on ne doit, dans ce cas, em
ployer que des substances dont l’action se borne au
tube intestinal, au rectum particulièrement, ou sur tous
les organes digestifs. Les premiers doivent alors être
composés avec le sulfate de magnésie, à la dose de demionce à une once, dissous dans huit onces d’eau tiède.
On peut remplacer ce premier par le sel ammoniac, à
la dose de un à deux gros, dissous dans la même quan
tité d’eau. Au nombre des seconds sont les substances
nauséeuses et fétides , telles que le tabac , les feuilles
de noyer, etc.; à celle de deux gros pour un lavement,
que l’on réitère une, deux ou trois fois : il est employé
pour sur-exciter le tube intestinal, provoquer des selles,
ou le vomissement, s’il n’a pas eu lieu par les boissons
employées, etc. L’usage de ces derniers moyens, par
rapport à leur action et aux suites , doit être réfléchi
et observé par le médecin.
RÉFLEXION.
Les avantages de ce traitement rationnel sont incon
testables ; car on ne doit considérer l’état morbide que
cause le principe vénéneux des champignons, ou les
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propriétés délétères qu’ils peuvent acquérir, que pro
duit par un agent déterminant une phlegmasie de la
muqueuse digestive qui occasione l’afflux du sang vers
l’organe encéphalique. De la , l’apoplexie dont les ma
lades en proie à cet accident sont menacés.
Par conséquent, diminuer la masse du sang, pro
duire par son évacuation une débilité, est la première
indication à remplir , plutôt que d’introduire dans l’es
tomac un nouvel agent irritant, l’émétique, dont l’ac
tion ne peut être assurée ni bornée : occasioner en
suite des vomissemens par l’eau tiède, bue en grande
quantité , est le moyen le plus propre a faciliter la
sortie des corps délétères, comme a neutraliser ceux
qui ont pu être absorbés, et qui sont cause de la gas
trite ou de la gastro-entérite. Dans ces cas, la saignée
générale , ou locale, facilite les vomissemens ou la di
gestion des corps vénéneux, dont on peut alors, sans
crainte, hâter la déjection par les lavemens indiqués,
ayant égard â la situation du malade, et à l’indication
qu’il présente.
La diète, les émolliens , les mucilagineux, les gom
meux, sont après l’emploi des moyens thérapeutiques
désignés, ceux à mettre en usage jusqu’au retour de
la santé du malade , qui ne tarde pas à avoir lieu.
Tel est le mode de traitement qui m’ayant réussi
en quelques circonstances, et tout récemment encore,
m’a paru devoir être rendu public.
FIN.
