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Fait partie de Coustaty et ses antiquités romaines
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COUSTATY
ET
SES ANTIQUITÉS ROMAINES.
Parmi les nombreuses antiquités romaines que l’on ren
tre dans le Sarladais, certaines peuvent être plus importan
tes par leur étendue, mais il en est peu d’aussi intéressantes
que celles de Coustaty. Cette localité, située sur les bords
de la Dordogne, entre Bézenac et Saint-Vincent de-Cosse, et
qui fait actuellement partie de cette dernière commune,
est depuis longtemps connue des archéologues. Des fouilles
y furent faites à différentes reprises par MM. Wlgrin de
Taillefer et Jouannet, et dans son Périgord illustré, M. l’abbé
Audierne, conduisant le voyageur dans les campagnes du
Sarladais, lui signalait, « entre Saint-Vincent et Bézenac,
» au village de Goustaty, qui fut peut-être, dit-il,une station
» militaire à l’époque des Romains, la voie antique de Vé» sone à Cahors, passant par ce lieu, les restes d’un vaste
» établissement où furent découverts des fondations, des
» pavés, deux magnifiques mosaïques entières, ornées de
» dessins réguliers, composées de petits cubes noirs, rouges,
» jaunes, gris et blancs (1) : plusieurs médailles de Tibère,
» de Néron et de Tétricus, un bracelet en cuivre et une
» grande quantité de fragments de tuiles et de vases de
terre (2). »
(1) L’une de ces mosaïques a été dessinée par M. de Taillefer [Antiquités de
Vésone, PI. .XI bis, n°91-3), et est conservée au Musée de Périgueux.
(2) Le Périgord illustré, par M. l’abbé Audierne; Périgueux, Dupont, 1851, in-8°,
p. 610.
£.p.
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L’origine du mol Coustaty a donné lieu à plusieurs inter
prétations. Les uns l’ont fait dériver de cum statione, d’au
tres de constat hic (l),à cause du passage de la voie romaine;
ne pourrait-on pas tout aussi bien y voir la villa de Cons
tantin, villa Constantini ? Nous donnons cette étymologie
pour ce qu’elle vaut, une simple conjecture, sans prétendre
même que le mot Constantin rappelle autre chose que le
souvenir des Romains. On sait combien ce nom a été popu
laire dans les Gaules et le sens général qu’y attribuaient
nos pères.
Nous énumérerons rapidement les principaux objets que
nous ont procurés nos fouilles à Coustaty :
Mosaïques. — Le fragment de mosaïque que nous possé
dons est fort beau. il mesure 1m de long sur 0m88 de large,
et est formé de petits cubes blancs, jaunes, rouges et noirs.
Le dessin représente une grande rosace dans un hexagone
qui occupe presque toute la largeur. L’hexagone lui-même
est inscrit dans un carré uniquement formé de cubes blancs
et noirs ; tandis que les quatre couleurs qui viennent d’être
indiquées agrémentent les diverses parties de la rosace.
La matière des cubes varie avec leur couleur ; les blancs
sont en silex, les jaunes et les rouges en brique, et les noirs
en marbre.
Monnaies. — Dans la nomenclature qui va suivre, nous
avons adopté la classification de Cohen. Pour les modules,
le lecteur voudra bien se reporter à l’échelle de Mionnet.
Octave-Auguste. — CAESAR PONT . MAX. Sa tête laurée, à droite.
— R/. ROM. ET AVG. Autel orné de figures entre deux colonnes sur
montées chacune d’une victoire. — Moyen bronze, mod. 6.
(1) Antiquités de Vésone, par M. Wlgrin de Taillefer; Périgueux, Dupont, 1826,
in-4», t. Il, p. 243. - Dictionnaire topographique de la Dordogne, par M. le vi
comte de Gourgues ; Paris, Impr. nat., 1883, in-4°, p. 353.
— 3 Agrippa. — M . AGRIPPA L . F. COS. III. Sa tête, à gauche, avec la
couronne rostrale. — R/. S. G. Neptune debout, nu, avec un manteau sur
les épaules, tenant un dauphin et un trident (717-742 ; de J.-G. 27 à 12).
— Moyen bronze, mod. 7.
Auguste et Agrippa (Colonie de Nîmes). — IMP . DI VIF. (Tètes ados
sées d’Auguste et d’Agrippa, l’une nue, l'autre avec la couronne ros
trale. — R/. COL. NEM.(Colonia Nemausensis'). Crocodile à droite, en
chaîné à un palmier ; dessous, deux palmes. — Moyen bronze, mod. 7.
Vespasien. — IMP . CAES . VESPASIAN . AVG . P . M . TR . P .
P . P . COS . III. Sa tête laurée, à droite. — R/. IVDAEA CAPTA S . C.
Palmier ; à gauche, un Juif debout, les mains liées derrière le dos ; der
rière lui, un bouclier; à droite, une Juive assise sur une cuirasse et pleu
rant ; devant elle, un bouclier (824, de J.-C. 71).— G. B., mod. 10.
Domitien. — IMP . CAES . DOMIT . AVG . GERM . COS . XIII .
CENS . PER . P . P . Sa tête laurée, à droite. — R/. FORTVNAE AVGVSTI S . C. La Fortune, debout, à gauche, tenant un gouvernail et une
corne d’abondance. — M. B., mod. 7.
Trajan. — IMP . TRAIANO AVG . GERM . DAC . P . M . TR . P. Sa
tète laurée, à droite. — R/. COS .V.P.P.S.P.Q.R. OPTIMO
PRINC. Victoire marchant, à gauche, et tenant une couronne et une palme
(857-863, de J.-C. 104-110). — Argent d’une conservation remarquable,
module 4.
Antonin. — ANTONINVS AVG . PIVS . P . P. Sa tête laurée, à droite.
— R/. BONO EVENTVI COS . II . S . C. Génie nu, debout, à gauche,
auprès d’un autel paré et allumé, tenant une patère et deux épis (802, de
J.-C. 139). — M. B. assez bien conservé, mod. 7
Marc-Aurèle — IMP . CAES . M . AVREL . ANTONINVS AVG . P .
M. Sa tète laurée, à droite. — R/. SALVTI AVGVSTOR . TR . P . XVII.
COS . III . S . C. La Santé, debout, à gauche, nourrissant un serpent en
roulé autour d’un autel et tenant un sceptre (913, de J.-C. 162). — G. B.,
bien conservé, mod. 9.
Septime-Sévère. — L . SEPT . SEVER . PERT . AVG . P . M . TR .
P . X. Son buste lauré, à droite. — R/. Illisible. La Fortune, assise, à
gauche, tenant un gouvernail et une corne d’abondance. — Superbe G.
B., un peu fruste au revers, mod. 8.
— 4 —
Gallien. — GALLIENVS AVG. Sa tète radiée, à droite. — R/. DIANAE
CONS . AVG. Cerf marchant à droite. — Magnifique petit bronze,
mod. 4.
Salonine (femmne de Gallien). — SALONINA AVG. Son buste dia
dème, à droite, avec le croissant. — R/. FECVNDITAS AVG. La Fécon
dité, debout, à droite, tenant une palme et une corne d’abondance ; à ses
pieds un enfant. — P. R.
Tétricus père. — IMP . TETRICVS P . F . AVG. Son buste radié, à
droite. — R/. 1IILARITAS AVGG. La Joie, debout, à droite, tenant un
sceptre et une corne d’abondance. — P. R.
Id. — IMP . TETRICVS P . F . AVG. Son buste radié, à droite. —
R/. LAETITIA AVGG. La Joie, debout, à droite, tenant une couronne et
un sceptre. — P. R.
Probus. — IMP . C . M . AVR . PROBVS PIVS F . AVG. Son buste
casqué, à droite. — R/. Illisible. — P. B.
Constance Chlore. — D . N . FL . CL . CONSTANTIVS NOB . CAES.
Sa tète laurée, à droite. — R/. FEL . TEMPO . REPARATIO. L’empereur
terrassant un ennemi. — P. B.
Licinius Ier. — IMP . LICINIVS P . F . AVG. Sa tète laurée, à droite.
— R/. LICINI AVGVSTI. Dans le champ, en trois lignes : VOTIS XX.
— P. B.
Constantin Ier (le Grand). — CONSTANTINVS AVG. Son buste lauré,
à droite. — R/. BEATA TRANQVILLITAS. Temple surmonté du globe
crucigère avec ces mots en trois lignes : VOTIS XX. A l’exergue : P . T.
R. — P. B., mod. 4.
Id. — CONSTANTINVS AVG. Sa tête laurée, à droite. — R/. D . N .
CONSTANTINI MAX . AVG. Couronne de chêne avec ces mots en deux
lignes : VOT . XX. A l’exergue : S . P . II . B. — P. B.
Id. - CONSTANTINVS P . F . AVG. Son buste lauré, à droite. —
R/. GLORIA EXERCITVS. Deux soldats vis-à-vis l’un de l’autre appuyés,
d’une main sur leurs lances, de l'autre sur leurs boucliers ; entre eux,
deux enseignes pliées. — P. B., mod. 3.
- 5 —
Id. — IMP . CONSTANTINVS P . F . AVG. Son buste lauré, à droite.
— R/. SOLI INVICTO COMITE L’empereur debout, à gauche, tète ra
diée, tenant une palme et le globe crucigère ; de chaque côté de l’empe
reur les lettres F - T. — P. B., mod. 5.
Id. — CONSTANTINVS P . F . AVG. Variété du type précédent. —
P. B., mod. 5 (1).
Fausta (femme de Constantin). — FLAV . MAX . FAVSTA AVG. Son
buste, à droite. — R/. SECVRITAS REIPVBLICAE. A l’exergue : S . T .
R. L’impératrice, debout, à gauche, réchauftant deux enfants sur son sein.
— P. B.
Crispus. — CRISPVS NOB . CAES. Sa tète laurée, à droite. — R/.
CAESARVM NOSTRORVM. Couronne de chêne avec les mots VOT . X
en deux lignes. — P. B., mod. 4.
Id. - IVL . CRISPVS NOB . C. Même type.
Constantin II (le jeune). — CONSTANTINVS IVN . NOB . C. Son
buste lauré, à droite. — R/. GLORIA EXERCITVS. Deux soldats, debout,
en face l’un de l’autre, appuyés sur leurs lances et leurs boucliers ; entre
eux, deux étendards pliés. — P. B., mod. 3.
Decentius. — D . N . DECENTIVS P . F . AVG. Son buste nu, à
droite. — R/. (V1CTORIAE) DOM . N . AVG . ET CAES. Deux victoires
debout, en face l’une de l’autre, supportant une couronne sur laquelle on
lit : VOT . V . MVLT — B., mod. 5.
Valens. — D . N . VALENS P . F . AVG. Son buste lauré, à droite.
— R/. SECVRITAS REIPVBLICAE. Victoire debout, à gauche, tenant une
couronne et une haste. — P. B., mod. 4.
(1) On a trouvé, à Coustaty, une grande quantité de monnaies de Constantin
presque toutes semblables; nous n’avons cité ici qu'un exemplaire de chaque
type. Pareille observation s’applique aux monnaies de Fausta,, de Crispus et de
Constantin le Jeune.
Objets divers. — 1° Un bouloir à mortier, de 0m22 de long
sur 0m12 de large :
2° Trois meules à bras, en pierre dure, servant à moudre
le grain et mesurant 0m40 de diamètre et de dix à douze cen
timètres d’épaisseur ;
3° Plusieurs briques rondes ayant 0m24 de diamètre, et
0m04 d'épaisseur; une de ces briques a même une épaisseur
de huit centimètres ;
4° Une lampe ronde en cuivre, portant sur son pourtour
deux appendices de môme métal, destinés à l'accrocher :
5° Un couteau en fer, ou plutôt un stylet renflé à l’une de
ses extrémités et aplati à l’autre ;
6° Une grande quantité de débris de marbre de diverses
couleurs ;
7° Des tessons de vases en terre grisâtre, et un tesson
d’amphore en terre rouge ;
8° Des débris de pavé en béton et brique. Nous ne voulons
pas parler ici de ces pavés que l’on rencontre dans toutes les
substructions romaines, et qui n’ont de remarquable que
leur consistance; mais bien d’un certain genre de pavé qui
semble avoir été mis ici à profusion. Il nous prouve que les
Romains étaient des gens pratiques, et que la question de
l’assainissement d’un appartement avait été parfaitement
résolue par eux. Pour enlever l’humidité d’une salle, ils
avaient imaginé le moyen suivant : Sur la terre bien unie,
ils plaçaient une couche de béton, et disposaient au-dessus,
à côté les unes des autres, des tuiles à rebords très bombées,
la partie creuse reposant sur le sol, de manière à former
autant de tuyaux qu’il y avait de rangées de tuiles. Les in
tervalles étaient remplis d’une autre couche régulière de bé
ton, sur lequel on plaçait alors le pavage en pierre ou en
mosaïque. A l’extrémité des rangées dont nous venons de
parler, se trouvait un canal collecteur qui recevait tous les
suintements provenant de la couche supérieure, et établissait
aussi une ventilation qui enlevait l’humidité de la salle
7 —
II
Les notes que l’on vient de lire étaient écrites depuis
longtemps, lorsque les travaux entrepris pour le passage de
la voie ferrée du Buisson à Sarlat nous forcèrent à en re
tarder la publication. Nous voulions, en effet, autant que
possible, ne rien oublier.
Les fouille's nécessitées par la construction du chemin de
fer ont mis à nu plusieurs portions de mosaïques,des fûts de
colonnes finement sculptés en feuilles d’ache ou d’acanthe
ou simplement unis, deux charniers recouverts de chaux
vive et une quantité considérable de pans de murs. Les deux
charniers n’ont pu être conservés, parce qu’ils se trouvaient
dans l’axe de la voie ; les murs ont été démolis, sinon en
entier, du moins en majeure partie, et l’on en remarque
encore quelques vestiges dans la tranchée du chemin de fer.
Pour les mosaïques, nous avons pu, non sans de grandes
difficultés, en enlever un fragment; les autres, malgré nos
demandes réitérées et nos pressantes réclamations, ont été
brisées et portées dans les remblais. Quant aux fûts de co
lonnes , le marteau ne les a pas respectés davantage ;
ils sont allés s’échouer chez un propriétaire de la
commune de Bézenac, lequel les a achetés trois francs
le mètre cube à un entrepreneur trop complaisant et les a
utilisés, en qualité de moellons, dans une bâtisse quelconque.
Quoique la plupart des objets trouvés dans les fouilles du
chemin de fer soient irrévocablement perdus, nous devons
dire néanmoins que pour un moment, hélas ! trop court,
nous avons eu le rare bonheur d’en sauver quelques-uns. Ce
sont des urnes ou débris d’urnes et des pantures de portes.
Quelques grands bronzes aux types de Faustine I et de Gor
dien III y ont aussi été recueillis; mais comme toutes ces
monnaies sont frustes, nous ne les mentionnons ici que pour
mémoire. N’oublions pas de mentionner également, dans la
— 8 tranchée du chemin de fer, la découverte d’une piscine bâtie
en briques que la pioche des ouvriers n’a pas respectée.
Il existe encore à Coustaty, en dehors de la voie ferrée,
d’autres antiquités romaines. Nous y avons remarqué no
tamment la base d’une tour ronde en petit appareil et sem
blable, à part ses proportions beaucoup plus restreintes, à la,
tour de Vésone. Nous nous empresserons de signaler à la
Société archéologique les découvertes que nos fouilles ulté
rieures ne pourront manquer de nous procurer.
Périgueux. — Imprimerie E. LAPORTE (anc. Dupont et Ce.)
