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Fait partie de La station magdalénienne de Trélissac prés Périgueux. dordogne

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H
LA

STATION MAGDALÉNIENNE DE TRÉLISSAC
PRÈS PÉRIGUEUX (DORDOGNE)
PAR

J. CHAMPAGNE
PRÉPARATEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DK BORDEAUX

L’abri sous roches magdalénien de Trélissac est situé au sud
du même plateau qui renferme la station chelléenne signalée
l’année dernière (1), et à une centaine de mètres de celle-ci.
Le sol archéologique est à une hauteur de huit mètres environ
au-dessus du niveau actuel de la rivière l’Isle et à cinq mè­
tres au-dessus de la route de Périgueux.
Sans la création de celte route, les trésors archéologiques que
renfermait cette station seraient sans doute encore ignorés. En
effet, si l’on considère la disposition que devait affecter ce côté
du plateau avant les travaux auxquels elle a donné lieu, on
voit qu’il y avait là une falaise à pic, dépassant le sol de
deux mètres environ, et à sa hase un talus qui se prolongeait
en pente jusqu’à la rivière.
C’est ce talus qui a été en grande partie détruit, et avec lui,
ce qui est plus regrettable, une très large portion de la station
magdalénienne, qui se trouve aujourd’hui réduite à une sorte
de galerie sur le restant de rocher compris entre la falaise-abri
et la tranchée de la route.
En 1880, une partie des terrains qui composent la couche
archéologique s’étant désagrégée, tomba sur le bord de la
route, entraînant avec elle quelques silex taillés.
(1) Dr G. Lasserre et J. Champagne. La station chelléenne de Tré­
lissac. (Bulletin de la Société de géographie commerciale de Bor­
deaux, 1896, n° 4, pages 109-112.)

BIBLIOTHEQUE
DF LA VILLE
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M. Goulpié, de Périgueux, qui se trouvait par hasard de
passage à Trélissac, trouva ces silex, dont il reconnut aussitôt
la grande valeur scientifique, et, ayant cherché quelle pouvait
bien être leur situation primitive, il ne tarda pas à découvrir la
station qui fait l’objet de cette notice.
Il entreprit aussitôt une fouille, qui lui donna la certitude
qu’une habitation de l’homme quaternaire devait se trouver
dans ces abris. Mais la grande dureté du terrain, jointe aux
difficultés de la fouille et à la rareté des silex taillés dans cette
partie de la station, lui fit bientôt cesser ses recherches.
En 1892, je pratiquai une petite fouille dans cet abri, et je
m’assurai ainsi que la partie la plus importante de la station
restait encore à découvrir.
Je dus remettre la suite de mes recherches à l’année 1896.
La découverte de superbes spécimens de silex taillés, se rappor­
tant au début de l’époque magdalénienne, vint bientôt récom­
penser mes travaux.
L’accumulation des débris pierreux détachés de la falaise
supérieure, qui devait probablement se prolonger autrefois en
surplomb, ainsi que semble l’indiquer une cannelure large et
peu profonde qui se trouve à la base, a donné lieu à la forma­
tion d’une épaisse couche calcaire, dont les éléments, soudés
par l’action des eaux atmosphériques, ont acquis une très
grande dureté.
C’est dans cette couche que se trouvaient les silex taillés,
mélangés à quelques rares débris osseux, à des morceaux de
charbon et des cendres indiquant la présence d’un foyer.
Le terrain quaternaire atteignait par places jusqu’à un mètre
d’épaisseur, et il était recouvert d’éboulis et d’une mince
couche de terre végétale.
J’ai continué mes fouilles jusqu’au fond de l’abri. Les
déchets de taille des silex étaient très abondants, comme dans
toutes les stations quaternaires; mais les objets bien achevés
et entiers sont rares partout. Les ossements ont été détruits
par l’eau, et c’est à peine si j’ai rencontré quelques débris d’os
de renne, et deux molaires de cheval.

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Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer à propos de la
station du Petit-Puyrousseau (1), l’homme quaternaire choisis­
sait de préférence ses habitations hors de la portée des crues
des cours d’eau voisins. Ce fait s’observe dans un grand
nombre de stations du Périgord, notamment à Tourtoirac,
La Massounie, Badegoule, Le Souci, etc.
La station de Trélissac étant placée à huit mètres au-dessus
du niveau de l’Isle, dont les eaux sont encore très poisson­
neuses, exposée en plein sud, abritée des vents du nord par le
plateau, présentait naturellement des avantages qui ne pou­
vaient être dédaignés par des hommes dont les rochers étaient
la demeure habituelle.
Industrie. — Parmi les objets usuels, les plus nombreux
sont certainement les lames ou couteaux de silex, soit que
l’homme les ait employées pour dépecer les animaux qui ser­
vaient à sa nourriture, soit qu’il voulût en faire d’autres instru­
ments, tels que burins, grattoirs, etc.
Les lames de Trélissac sont, en général, très irrégulières,
comme celles de l’époque solutréenne. Cependant, à côté de
ces rebuts, j’en ai trouvé quelques-unes, rares il est vrai, qui
sont de véritables chefs-d’œuvre et dénotent une habileté de
main remarquable.
Leur longueur est très variable ; la plus grande qu’ait fournie
la station, mesure 147 millimètres.
A côté des lames se placent naturellement les noyaux de
silex qui ont servi à leur fabrication. On les désigne ordinai­
rement sous le nom de nuclei. Ce sont des blocs irréguliers,
portant sur leurs côtés les traces des lames qui ont été déta­
chées. Ces nuclei ne sont pas rares à Trélissac.
Parmi les objets retouchés, viennent en première ligne
ceux que l’on désigne sous le nom de grattoirs. Ce sont des
lames de silex dont l’une des extrémités est retouchée ordinai­
rement en demi-cercle convexe à bord tranchant. Ceux de Tré(1) Dr G. Lasserre et J. Champagne. La station magdalénienne du
Petit-Puyrousseau. (Bulletin de la Société de géographie commerciale
de Bordeaux, 1896, nos 7-8, pages 200-206.)

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lissac sont retouchés avec le plus grand soin et pourraient
être aisément confondus avec des grattoirs de l’époque solu­
tréenne, époque par excellence de la taille des silex.
Dans les grattoirs de grandes dimensions, les bords latéraux
sont souvent abattus par de fines retouches, ce qui indique que
ces instruments devaient être tenus directement à la main.
Il arrive souvent dans ce cas que les deux extrémités sont
taillées en grattoirs, ou encore que l’une d’elles est taillée en
burin, en poinçon, etc.
A côté de ces grands grattoirs, les stations magdaléniennes
en renferment aussi de beaucoup plus petits qui devaient être
emmanchés, comme ceux que l’on trouve encore de nos jours
chez les Groënlandais (l).
Cette forme en demi-cercle peut varier, et j’ai même ren­
contré à Trélissac des grattoirs dont le tranchant est complète­
ment rectiligne. Ces derniers instruments peuvent servir de
transition entre les vrais grattoirs et ceux qui sont désignés
sous le nom de grattoirs concaves. Dans ces derniers, par une
série de retouches, l’homme quaternaire a produit un demicercle concave, ou, plus souvent, un angle rentrant. Ces ins­
truments servaient probablement pour arrondir les instru­
ments en os et en corne de renne.
Une forme particulière de grattoirs que l’on rencontre
surtout dans les stations solutréo-magdaléniennes de la vallée
de la Vézère (2), consiste en une lame de silex dont l’une des
extrémités présente un double-grattoir concave, ce qui lui
donne à peu près l’aspect d’une tête d’oiseau. La station de
Laugerie-Haute, à Tayac, m’a fourni un de ces grattoirs en
tête d’oiseau, qui est retouché en grattoir ordinaire à l’autre
extrémité.
Après les grattoirs, et presque en aussi grand nombre,
viennent les instruments désignés sous le nom de burins. Ce
sont de simples lames de silex dont l’une des extrémités est
taillée en double biseau. Dans les instruments bien achevés,
(1) Ad. et G. de Mortillet. Le musée préhistorique, n° 301.
(2) En particulier, les Roches à Sergeac et la Balutie à Montignac.

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les côtés sont abattus par une série de retouches, ce qui indique
qu’ils étaient tenus directement à la main.

Gomme les grattoirs, ces instruments sont souvent doubles
et varient considérablement dans leurs dimensions, Il peut

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encore arriver que l’une des extrémités est taillée en burin et
l’autre en grattoir.
Les poinçons de Trélissac sont aussi de formes très varia­
bles. Le plus souvent, ce sont des lames très fines de silex
avec une pointe aiguë à l’une des extrémités. Mais, à côté de
ces délicats instruments, on en rencontre qui sont formés par
d’épaisses lames de silex dont l’une des extrémités est retou­
chée en pointe fixe.
Trélissac contenait aussi un certain nombre d’instruments
sur l’emploi desquels on a émis les opinions les plus diverses.
Ce sont des lames très fines de silex dont l’un des bords est
abattu par une série de retouches. Mais ici, ces instruments
affectent une forme toute particulière que nous n’avons
retrouvée dans aucune station de la région, non seulement
l’un des côtés est abattu, tantôt le côté droit et tantôt le côté
gauche, par rapport à la face bombée de la pièce, mais encore
la base est très artistement taillée en forme de ciseau.
Les instruments connus sous le nom de becs-de-perroquet à
cause de leur forme, et qui passent auprès de la plupart des
auteurs modernes pour les véritables burins, sont ici très
rares, ce qui indique bien que l’art qui caractérise cette der­
nière époque quaternaire était encore peu développé.
Le silex employé pour la confection de ces instruments est
presque exclusivement le silex noir qui est très abondant dans
les environs de Périgueux. Ce silex s’est peu ou point patiné,
ce qui prouve que la destruction du surplomb de la falaise est
relativement récente.
Les objets en os font complètement défaut, comme dans les
grottes des environs de Brive, mais les instruments en silex
suffisent amplement pour dater la station.
En effet, si l’on compare une série d’objets de Trélissac avec
les silex des stations bien connues des Roches à Sergeac, ou de
la Massounie à Condat-sur-Vézère, on voit qu’il y a la plus
étroite ressemblance. On pourrait croire que c’est le même
ouvrier qui a façonné les objets de ces diverses stations.
Ceci nous permet donc de placer en toute sécurité la station

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de Trélissac à l’époque de transition entre les riches stations
solutréennes de la Dordogne, dont les silex de Trélissac ont
conservé la finesse de la taille et les stations purement magda­
léniennes. C’est à cette époque de transition que certains
auteurs ont donné le nom d’époque d’Aurignac, et que Ton
nomme plus ordinairement époque solutréo-magdalénienne.
Dès le début de mes fouilles, j’ai rencontré un assez grand
nombre de petites pierres ayant subi l’action du feu. La plupart
sont des débris de quartz ou d'autres pierres dures. Cer­
taines d’entre elles sont couvertes de facettes d’éclatement,
comme si on les avait brusquement trempées dans l’eau en les
tirant du feu. Ce fait semble indiquer que nos sauvages ancê­
tres savaient déjà chauffer de l’eau avec des cailloux, comme le
font encore certaines peuplades.
Mais, pour cela, il leur fallait des récipients, et la plupart des
auteurs n’admettent pas l’existence de la poterie pendant les
temps quaternaires. Le seul vase connu qui soit incontestable­
ment de l’époque du renne est une grande géode naturelle
portant d’un côté des traces de feu. C’était donc un vase de
cuisine. Cet intéressant objet a été découvert dans la station
type de la Madeleine, commune de Tursac (Dordogne).
Déjà, à cette époque, le travail manuel était assez avancé,
ainsi que le montrent les gravures et sculptures en os et en
cornes de renne qui nous sont parvenues. Il ne me semble
donc pas extraordinaire que les hommes qui faisaient de tels
chefs-d’œuvre aient pu se fabriquer très facilement des vases
pouvant contenir de l’eau.
Pour une cause quelconque, ces vases ne pouvaient pas
aller sur le feu, ce qui explique la présence de ces pierres
brûlées, non seulement à Trélissac, mais encore dans la plupart
des stations que j’ai pu visiter.

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Bordeaux. — lmp. G. GOUNOUlLHOU, 11, rue Guiraud

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