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Fait partie de Le Maréchal Bugeaud : notice
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LE
MARÉCHAL BUGEAUD
NOTICE
PAR A.-THÉODORE CHÉRÙN.
IMP. H. DUCOURTIEUX, PLACE DE LA POISSONNERIE, G.
1852.
fl
LE
MARECHAL BUGEAUD
NOTICE
PAR A.-THÉODORE CHÉRON.
LIMOGES.
IMP. H. DUCOURTIEUX, PLACE DE LA POISSONNERIE, 6.
1852.
ç
LE
MARÉCHAL BUGE AUD
NOTICE
PAR A.-THÉODORE CHÉRON.
LIMOGES.
IMP. II. DUCOURTIEUX, PLACE DE LA POISSONNERIE, 6.
1852.
£.e.
LE MARÉCHAL IllIliEAII».
J.
Il y a déjà près de trois ans que la France a perdu
l’une de ses gloires militaires les plus pures et les plus
brillantes.
Le maréchal Bugeaud est mort le 11 juin 1849, et
les regrets universels qui ont accueilli cette perte im
mense, au milieu des calamités qui désolaient alors la
France, se ravivent aujourd’hui dans tous les cœurs, en
pensant à ce qu’il aurait pu contribuer à accomplir.
C’est que, par l’énergie de son âme, par l’ascendant
qu’il exerçait sur l’armée, par la confiance qu’inspiraient
son caractère et ses talents, le maréchal Bugeaud était
du petit nombre de ces hommes qui peuvent, à un mo-
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nient donné, servir de rempart à une société tout en
tière. On sait que ni la tète ni le cœur ne leur manquent
devant le péril, et on leur obéit avant même qu'ils n’aient
pris le commandement. Quand ils tombent, une brèche
de plus est ouverte.
La place qu’a laissée vide le maréchal Bugeaud res
tera longtemps inoccupée. Pour la remplir, il faut des
victoires et des années. Et parmi nos vieux généraux,
témoins illustres des guerres de l’empire où leur jeu
nesse s’est glorieusement passée, aucun n’a plus sa vi
gueur ; parmi les jeunes, aucun n’a encore son expé
rience et son autorité.
II.
Dans la belle et utile carrière du maréchal Bugeaud,
on trouve trois citoyens en la même personne ; mais
trois hommes agissant partout et toujours sous l’in
fluence d’une pensée unique : l’amour de la pairie.
Aussi son histoire peut-elle aisément se diviser en trois
grandes parties :
La première, comprenant la période qui s’écoule de
puis le jour où, simple volontaire, il court verser sur
les champs de bataille son sang généreux, jusqu’à celui
où la politique européenne vient briser son épée ;
— 5 -
La deuxième, où nous le voyons s’occupant avec
ardeur de propager dans son pays les bienfaits de l’agri
culture ;
La troisième enfin, qui commence en 1830, où il
s’empresse de prêter à la France constitutionnelle l’ap
pui de sa parole franche, énergique, vive, originale et
toujours consciencieuse, dans les luttes parlementaires
qui s’élèvent à la chambre des députés.
Ainsi donc, en analysant une à une les différentes
phases de celte existence toute citoyenne, de 1804 à
1815, on trouve dans le jeune Bugeaud, d’abord un
soldat brave et qui cherche à s’instruire ; ensuite un
officier intelligent, actif, et qui s’est vite formé sur les
champs de bataille de nos guerres ; puis un chef habile
que les circonstances, lorsqu’elles se présenteront, ver
ront prêt à faire un excellent général.
De 1815 à 1830, le colonel Bugeaud ne paraît plus
sur la scène militaire; les principes du gouvernement ne
sont pas les siens. Aussi le trouvons-nous dirigeant le
soc de ses charrues, enseignant lui-même à ses compa
triotes le moyen de rendre la terre plus productive;
s’efforçant, en un mot, de faire des agriculteurs, comme
il avait à l’armée cherché à faire des soldats.
1830 arrive: le colonel Bugeaud revoit avec bonheur
le drapeau qui a guidé ses premiers pas dans la carrière
des armes. Il croit à la guerre, et court offrir à la France
son bras et son épée. Mais bientôt il reconnaît avec
l’admirable bon sens naturel qui est un des traits les
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plus saillants de son caractère, que l’intérêt de cette
France si chère à son cœur, n’est plus sur les champs
de bataille. Aussitôt il renonce à son goût pour les
combats et la gloire, et aborde hardiment la tribune
parlementaire, d’où dépendaient désormais les destinées
du pays.
III.
De la tribune, il passe en Algérie pour la conquérir
et la pacifier. — « Je consacre à celte œuvre, disait-il,
» tout ce que la nature m’a donné d’activité, de dévoû» ment et de résolution.
» Il faut que les Arabes soient soumis; que le drapeau
» de la France soit seul debout sur cette terre d'Afrique.
» Mais la guerre, indispensable aujourd’hui, n’est pas
» le but. La conquête serait stérile sans la colonisation.
» Je serai donc colonisateurardent, car j’attache moins
» de gloire à vaincre dans les combats qu’à fonder quel» que chose d’utilement durable pour la France.
» L’expérience faite n’a que trop prouvé l’impossibilité
» de protéger la colonisation par fermes isolées, et c’est
» à peu près la seule qui ail été tentée jusqu’ici : elle a
» disparu au premier souffle de la guerre. Ne recommen-
» çons pas cette épreuve avant que le temps soit venu;
» la force militaire s’y affaiblirait par le fractionnement,
» et l’armée y périrait par les maladies sans donner aux
» cultivateurs la sécurité agricole.
» Commençons la colonisation par agglomération dans
» les villages défensifs, en même temps commodes pour
» l’agriculture, et assez militairement organisés et har» monisés entre eux pour donner le temps à une force
» centrale d’arriver à leur secours; je me dévoue à cette
» œuvre.
» Formez de grandes associations de colonisateurs :
» mon appui, mon zèle de tous les instants, mes conseils
» d’agronome, mes forces militaires ne vous manqueront
» pas.
i
» L’agriculture et la colonisation sont tout un. Il est
» utile et bon sans doute d’augmenter la population des
» villes et d’y créer des édifices, mais ce n’est pas là co» Ioniser. Il faut d’abord assurer la subsistance du peu» pie nouveau et de ses défenseurs que la mer sépare de
» la France ; il faut donc demander à la terre ce qu’elle
» peut donner.
» La fertilisation des campagnes est au premier rang
» des nécessités coloniales. Les villes ne seront pas moins
» l’objet de ma sollicitude; mais je les pousserai autant
» que je le pourrai à porter leur industrie et leurs capi» taux vers les champs; car avec les villes seules nous
» n’aurions que la tête de la civilisation et pas le corps;
— 8 —
» notre situation serait précaire et intolérable à la lon» gue pour la mère-patrie.
» Empressons-nous donc de fonder quelque chose de
» vital, de fécond ; appelez, provoquez les capitaux du
» dehors à se joindre aux vôtres ; nous édifierons des
villages, et quand nous pourrons dire à nos compa» trioles, à nos voisins : Nous vous offrons dans des lieux
» salubres des établissements tout bâtis, entourés de
» champs fertiles et protégés d’une manière efficace con» tre les attaques imprévues de l’ennemi, soyez sûrs
» qu’il se présentera des colons pour les peupler.
» Alors la France aura véritablement fondé une co» Ionie, et recueillera le prix des sacrifices qu’elle aura
» faits. »
Celte double mission de colonisation et de pacification
que se proposait ainsi le maréchal Bugeaud, il l’a ac
complie en sept années, à force de courage et de persé
vérance.
Lorsqu’il fut nommé gouverneur général de l’Algérie,
nos possessions se bornaient à quelques villes, où nos
soldats captifs étaient décimés par la fièvre et par la
faim. Ce qu’on appelait alors le territoire français n’était
qu’un hôpital dans une prison. Le maréchal nous a
laissé un royaume plus vaste et plus soumis que les
Turcs ne l’avaient jamais possédé. Ce royaume , créé
par ses armes , est défendu et sera gardé par ses tra
ditions.
— 9 —
IV.
Au mois de juin 1847, le maréchal Bugeaud rentra
dans ses foyers. — Là, dans un vallon ignoré du Péri
gord, le gouverneur général de l’Algérie, le conquérant
pacificateur de la plus belle colonie française, reprit, avec
amour les travaux agricoles si bien commencés par le
colonel de l’empire licencié par la restauration. Ces tra
vaux bien-aimés, il ne voulait plus les quitter, et, de
fait, sa vie avait été assez agitée, assez utile au pays
pour lui donner le droit de consacrer au repos et à l’a
gronomie le temps qui lui restait à vivre. S’il avait per
sisté dans celle résolution, la France ne le pleurerait
pas aujourd’hui ; mais son patriotisme souffrait de son
inaction, et c’est par le patriotisme qu’il vivait.
Nous ne dirons rien de la participation du maréchal à
la révolution de Février, sinon que si le roi LouisPhilippe avait voulu accepter le concours de ce ferme
courage et s’appuyer sur celle noble épée, sa famille
régnerait encore.
Nous nous tairons aussi sur les services qu’il a rendus
dans son commandement en chef de l’armée des Alpes.
Ces faits sont trop récents pour n’être pas dans toutes
les mémoires.
Jfl
— 10 -
V.
Si nous nous taisons sur ces deux points, nous n’ob
serverons pas le même silence sur la dernière belle ac
tion du maréchal Bugeaud-d’Isly, qui, lorsqu’il parut à
l’Assemblée nationale, se lit médiateur pacifique entre
les deux partis extrêmes prêts à entamer une lutte si
dangereuse pour la France.
« Je désire, dit-il, que, dans le cours de cette ses» sion, je puisse souvent me trouver d’accord avec
» ceux qui furent mes adversaires............ (Très bien !
» très bien !) Les majorités , Messieurs, sont tenues à
» plus de modération que les minorités. » (Très bien!
très bien ! — Vives et nombreuses marques d’appro
bation.) Un assentiment général accueillit ces paroles
de conciliation, qui sont à la fois la censure du passé et
la leçon de l’avenir. Elles ont eu dans toute la France
un retentissement heureux et de nature à populariser
plus encore l’homme remarquable dont nous venons
d’esquisser rapidement la biographie.
Grand homme de guerre, sage homme d’Etat, véri
table homme de bien, patriote éprouvé, citoyen modèle,
le maréchal Bugeaud a emporté les regrets universels.
— 11 —
VI.
Aujourd’hui que la France vient d’échapper à la plus
affreuse des catastrophes où l’esprit révolutionnaire ait
pu la pousser, le souvenir du maréchal Bugeaud se ré
veille avec de nouveaux regrets. On se rappelle que le
jour même de sa mort, le Prince qui vient de nous
sauver de l’anarchie lui avait dit, en serrant affectueu
sement sa main.
« Nous avons besoin de vous, et Dieu vous conser
vera. »
Mais Dieu n’a pas permis qu’un bras aussi ferme se
condât la pensée du Neveu de l’Empereur. Il lui a suffi
d’un seul homme pour accomplir ses desseins éternels.
La France, calme désormais, va songer à honorer la
mémoire de ses grands hommes. Au maréchal Bugeaud,
le Limousin qui l’a vu naître , le Périgord dont il
a fécondé les campagnes , l’Algérie qu’il a conquise
et colonisée, ne feront pas attendre longtemps un mo
nument digne de lui et de la gloire qu’il a donnée à
sa patrie.
La Mort du Maréchal Bugeaud.
r
f
A
MON
AMI
ADRIEN
BOS-REDON.
I.
Pour ceux qui sont tombés sur les champs de batailles,
Ou pour ceux qui sont morts en soutenant ses lois,
La France a des regrets, des pleurs, des funérailles,
Plus grands, plus solennels que la pompe des rois.
Car le peuple formant leur cortège funèbre,
Par ses larmes, célèbre
La gloire du héros, la valeur du guerrier;
Car il est beau pour l’homme, au moment qu’il succombe,
De descendre en la tombe
Pleuré d’un peuple entier.
i
it
— 14
Ils ont droit a les pleurs, a les regrets, ô France !
Tes enfants moissonnés par la faulx de la mort,
Qui, le cœur palpitant de vie et d’espérance,
Sont allés aux combats précipiter leur sort.
Mais ils ont droit aussi qu’on garde leur mémoire,
Ceux qui, comblés de gloire,
Loin du fracas des camps sont morts dans leurs foyers ;
Ils ont droit, ces héros, que la foule révère
Leur urne funéraire
Et l’orne de lauriers !
Ils ont droit que pour eux l’airain des canons gronde,
Ainsi que dans ces jours où, mêlés aux combats,
Ils inclinaient d’un mot l’équilibre du monde,
Qui, comme un frôle esquif, frémissait sous leurs pas.
— Hé bien donc ! qu’aujourd’hui la pompe militaire,
La fanfare guerrière,
Et les tambours voilés promènent un long deuil !
Que d’un héros tombé loin du bruit des batailles,
D’illustres funérailles
Honorent le cercueil !
II.
Notre siècle a déjà vu passer bien des gloires.
Le trépas dans nos rangs a fait large moisson.
Bien des tombeaux, hélas! couvrent bien des mémoires,
Car souvent avant l’heure a soufflé l’aquilon.
Pour loi surtout, Bugeaud, dont la valeur guerrière
Poursuivait la carrière
15 —
Où l’ange de la mort semblait te respecter,
Tandis que de tes jours son doigt compta le reste,
Et qu’un destin funeste
Vint trop tôt l’arrêter!
Cependant l’avenir semblait t’ouvrir encore
De nouveaux horizons, plus grands que les déserts
Ou les rayons brûlants du soleil à l’aurore
Du fabuleux Memnon animaient les concerts.
Les périls de la France a nos tribuns livrée
Et par eux déchirée
Comme au champ des combats devaient grandir ton cœur ;
Car de l’aigle qui plane au-dessus des nuages
Le fracas des orages
Excite la vigueur......
La liberté venait s’asseoir sans défiance
Sur les débris d’un trône en un jour écroulé.
Elle avait oublié que le sol de la France
Brûle comme un sentier où la lave a coulé.
A peine avaient cessé nos premières alarmes
Que le fracas des armes,
Que des clameurs de mort troublent notre repos;
L’étranger au-dehors nous menace; nos villes
Des discordes civiles
Arborent les drapeaux.
Ah ! que ne pouvons-nous effacer de l’histoire
La trace de ces jours pleins de deuil et d’horreur,
Où les partis vaincus ont combattu sans gloire,
Où le vainqueur a dû pleurer d’être vainqueur !......
0 honte! —dans ces jours par l’affreuse anarchie
Notre belle patrie
— 16 -
Sembla craindre un moment de se voir envahir.
Alors, avec orgueil lu t’élanças de l’ombre,
Et vers l’horizon sombre
Tu marchas sans frémir!
De môme, on t’avait vu sous le ciel de l’Afrique
Affronter des périls inconnus jusqu’à toi;
Braver les légions d'un émir fanatique
Et remplir le désert de terreur et d’effroi.
Partout, devant tes pas la fanfare éclatante
Aux peuples de la tente
A fait courber la tête et révérer ton nom ;
Ton nom, qu’on redira dans les camps des Numide
Ainsi qu’aux pyramides
On dit : — Napoléon !......
III.
Notre siècle est déjà la moisson de l’histoire.
C’est une époque où tout vieillit en un instant,
Où, comme d’un hochet, on joue avec la gloire,
Dont jamais le destin ne fut plus inconstant.
Chaque nom qui grandit passe et tombe éphémère.
Car un juge sévère
Prévient tous les arrêts de la postérité;
Comme des pharaons le sénat funéraire
Près du lac solitaire
Jugeait leur royauté.
17 —
IV.
Seigneur, que voire main s’étende sur la France !
Voyez, elle est en deuil!...... De ses noms glorieux
Elle perd tout, bientôt même la souvenance......
Son étoile, Seigneur, pâlirait-elle aux cieux ?
Tous ses héros s’en vont!.... Qui donc de sa nuit sombre
Osera braver l’ombre
Et pour la soutenir marchera sans terreur !
Ah! qui remplacera ceux qui meurent pour elle,
Si désormais votre aile
Ne la garde, Seigneur?......
12 juin 1849.
La Statue du Maréchal Bugeaud
A M. E. DE MENTQUE ,
PRÉFET
DE
LÀ
II A UT E - V I E N NE .
Parfois, sur la plage sonore
Qui des Grecs a gardé le nom,
Le voyageur découvre encore,
Enseveli sous le gazon,
Un vieux marbre couvert de lierre,
Pieste poudreux et solitaire
De ces Panthéons immortels,
Qui témoignent par leur ruine
Que d’un héros l’ombre divine
Jadis avait la ses autels.
20
Car de ceux qui mouraient pour elle
La Grèce, aux jours de liberté,
A Phidias ou Praxitèle
Confiait l’immortalité ;
Sur l’airain, le marbre et la pierre,
Malgré le temps et sa poussière,
Leurs traits demeurent ciselés;
Et ces monuments de leur gloire
Gardent vivante leur mémoire
Après vingt siècles écoulés.
II.
La France aussi, comme la Grèce,
A ses peintres et ses sculpteurs,
Dont l’art aux grands hommes adresse
Un tribut d’éternels honneurs.
Versailles dans ses galeries,
Les Quinze-Vingls, les Tuileries,
Et les caveaux du Panthéon
Gardent la cendre et les images
Des grands hommes de tous les âges,
De Bayard, de Napoléon.
Ainsi, des héros de nos guerres,
Des héros de la Charité,
Des martyrs du Dieu de nos pères,
Des martyrs de la liberté,
Des savants qui dans le silence
Brisent les sceaux de la science,
On voit s’élever en tous lieux
Ou les images, ou les temples,
Ainsi que d’illustres exemples
Pour nous, qui venons après eux.
21
III.
Est-il plus illustre modèle
A présenter a nos soldats
Que ceux que la gloire immortelle
A couronnés dans les combats?
Le travailleur qui hors des villes
Demande a des champs infertiles
Les fruits d’un pénible labeur,
Pourra-t-il dans aucune image
Chercher jamais plus de courage
Que dans un soldat-laboureur?...
C’est toi, dont la mémoire illustre
De jour en jour va grandissant.,
Toi, dont le nom d’un nouveau lustre
Brille toujours en vieillissant,
Bugeaud ! c’est toi, qui dans la guerre
Ainsi qu’une ombre tutélaire,
Dirigeras nos bataillons;
C’est encor toi dont la pensée
Soutiendra la marche lassée
Du laboureur dans les sillons.
IV.
Cherchant des victoires nouvelles,
Tandis que l'aigle d’Austerlitz
S’envolait, déployant ses ailes
Sur le front des peuples soumis,
Dans la foule, sous la mitraille,
A travers les champs de bataille,
Toi-même frayais ton chemin;
Et sur une terre trempée
De sang, tu ramassais l’épée
Que devait illustrer ta main !
Mais, lorsque sous la destinée
Succomba l’aigle foudroyé,
Quand dans sa course fortunée
L’homme fastique fut broyé,
Sur les désastres de nos armes
Tu répandis d’amères larmes
Et lu rentras dans tes foyers.
La, lu fécondais les campagnes,
Tu fouillais le flanc des montagnes,
Guidant le soc sous tes lauriers!
Quinze ans s’écoulent. — La patrie
Réclame l’aide de ton bras :
— Aux déserts de la Kabylie
Partout la terreur suit tes pas.
Ainsi qu’a l’ordre d'un prophète
Le calme vient, et la tempête
Expire en un dernier effort,
Devant toi, l’affreuse anarchie,
A ta voix comme anéantie
Tombe aux pieds de ton lit de mort.
V.
C’est l'exemple qu’il nous faut suivre
Peuple ! — Soldat ou laboureur,
Ce héros nous enseigne a vivre
Dans la constance et le labeur.
Sous la bêche et sous la charrue,
Non dans l’émeute de la rue,
— 23
Naissent les gages de la paix;
Du calme et de 1'expérience
Viendront la grandeur, la puissance,
Mais de l’anarchie, oh ! jamais !
Si dans notre siècle sa gloire
Pouvait trouver des détracteurs,
C’est que toute noble mémoire
Est l’objet de lâches fureurs;
Mais si la roche Tarpéïenne
Manque a la rage plébéienne
Pour les héros morts, aujourd’hui,
Sous le dôme des Invalides,
Près du vainqueur des Pyramides
Repose le vainqueur d’Isly.
-
Dors en paix, Bugeaud! — Oui, la gloire
S’étend aux deux rives des mers.
Le Français cher à la victoire,
Et l’Arabe errant des déserts ;
Dans les cités de ta patrie,
Sur les grèves de l’Algérie,
Elèvent ta statue! — Un jour,
A ta mémoire, a ton image,
Tous deux offriront leur hommage,
L’un de respect, l’autre d’amour !
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PU
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Mai 1851.
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