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Médias

Fait partie de Inauguration de la statue du maréchal Bugeaud sur la place du Triangle à Périgueux, le 5 septembre 1853

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INAUGURATION
DE LA STATUE

DU MARECHAL BUGEAUD,
SUR LA PLACE DU TRIANGLE, A PÉRIGUEUX,

Le 8 Septembre 1883.

Cinq jours après la mort du maré­
chal Bugeaud, duc d’Isly, un journal
de Périgueux, l'Echo de Vésone, fit., dans
les termes suivants, la proposition de
lui ériger une statue au chef-lieu du
département de la Dordogne :
« Toute la France pleure dans le. maréchal Bu» geaud le grand homme de guerre et le grand
» citoyen.
» Le département de la Dordogne , patrie du
» maréchal, ressent plus vivement que tout autre
» l’étendue de cette perte.
» Il appartient à ce département de glorifier ses
» vertus et d’éterniser sa mémoire.

é*
_ 2 __
» Il le fera en élevant à l’homme illustre dont il
» était fier une statue sur l’une des places de Péri» gueux.
» Tous les bons citoyens de la Dordogne et de la
» France s’associeront à cette œuvre éminemment
» patriotique, éminemment nationale.
» L'Écho de Vésone ouvre à cet effet, dès aujour» d’hui, une souscription dans scs bureaux. »
(Extrait de l'Écho de Vésone du 15 juin 1849.)

Cette proposition fut accueillie avec
enthousiasme ; une commission fut
créée à Périgueux ; des souscriptions
furent spontanément organisées dans le
département de la Dordogne, et elles
atteignirent bientôt un chiffre consi­
dérable.
Pendant ce temps, une autre com­
mission, instituée à Paris, faisait un
appel à l’armée, afin d’élever à l’illustre
maréchal une deuxième statue sur la
principale place de la ville d’Alger.
Les souscriptions recueillies par les
deux commissions furent centralisées à
Paris, et c’est avec leur produit qu’ont

été érigés le monument d’Alger et celui
de Périgueux.
L’inauguration de la statue d’Alger
a eu lieu le 14 août 1852, anniversaire
de la bataille d’Isly. Celle de la statue
de Périgueux, le 5 septembre 1853.
L’une et l’autre sont en bronze. Le
maréchal est représenté la tête nue,
dans le costume qu’il portait à l’armée
d’Afrique et que de nombreuses vic­
toires ont rendu populaire.
La hauteur de chaque statue est de
trois mètres. Elles sont l’œuvre de M.
Dumont (de l’Institut).
Le piédestal qui supporte celle de
Périgueux est en granit. Son élévation
est également de trois mètres. Il se
compose de vingt-neuf blocs, tirés des
carrières des environs de Saint-Brieuc
(Côtes-du-Nord).

DU

MARÉCHAL BUGEAUD,
DUC DISLY.

Thomas-Robert Bugeaud de la Piconnerie,
dont la statue vient d’être érigée sur une
des places publiques de Périgueux, naquit
le 15 octobre 1784. Sa jeunesse fut celle des
enfants du peuple, simple et modeste; son
éducation fut entièrement négligée; il ne
connut ni le collège ni l’école. Ce fut à une
sœur plus âgée que lui qu’il dut, lorsqu’il
s’enrôla, de savoir un peu lire et écrire ; ce
qu’il sut depuis, et il savait beaucoup, il
l’apprit seul, par un travail opiniâtre, dans
les courts loisirs de la guerre ou pendant les
heures de repos que lui laissait le travail
agricole. Tout ce qui sentait alors énergique­
ment en France courait aux frontières gros­
sir ces armées de héros que Bonaparte con­
duisait à la conquête du monde.
Le jeune Bugeaud devait plus que tout
autre obéir à ces entraînements ; aussi le

— 6 —
trouvons-nous en 1804 sur les côtes dela
Manche, enrôlé volontaire et simple soldat
dans les vélites de la garde impériale. Une
de nos plus belles journées militaires, la vic­
toire d’Austerlitz (2 décembre 1805), lui va­
lut les galons de laine du caporal. Tel fut
le premier pas du maréchal de France dans
la carrière par lui parcourue. La môme an­
née, il passa par les grades modestes de
sergent et de fourrier, et l’année suivante
il gagnait l’épaulette de sous-lieutenant dans
le 64e de ligne.
Il serait instructif et beau d’entrer ici
dans quelques détails sur la vie modeste du
vélite Bugeaud. Le maréchal se complaisait
dans ces souvenirs de jeunesse; il aimait à
raconter sa vie de conscrit, les misères glo­
rieuses de ses premières campagnes, où le
soldat, nu, sans souliers, sans pain, parfois
sans armes , ne trouvait tout cela que sur le
champ de bataille et le lendemain d’une
victoire.
« C’était là le bon temps du soldat, disait» il; on n’avait que ce qu’on gagnait à la
» pointe de la baïonnette. On manquait de
» tout ; mais on avait la foi militaire, le sen» timent de la discipline, la confiance dans
» ses chefs, une gaîté entraînante au milieu
» des privations les plus pénibles. L’ardeur
» remplaçait le nombre, l’émulation animait
» tout, et le dernier troupier enrégimenté
» était un héros lorsque grondait le canon et
» pétillait la fusillade. On regardait alors

Tt"TO<TS"ieS citoyens sont

— 7 —
» devant soi, jamais derrière on à côté, et
» ceux qui ne tombaient pas devant la mort
» grandissaient devant la victoire. »
Ce fut dans la campagne de Prusse que
l’épaulette de sous-lieutenant passa à gauche
pour couvrir l’épée de Bugeaud et faire de
lui un lieutenant. Il combattit à la bataille
d’Iéna. A Pulstuck, Bugeaud fut grièvement
blessé à la jambe; mais il rentra bientôt
dans les rangs , et ne quitta l’Allemagne
qu’avec le grade de lieutenant adjudantmajor et pour passer à l’armée d’Espagne.
La guerre alors était là terrible et meurtrière
pour les chefs surtout, car le mot d’ordre
dirigeait sur eux toutes les espingoles; les
embuscades, les surprises , les empoisonnements et les assassinats, la guerre inces­
sante , cruelle, acharnée des guérilleros enfin
était devenue la formule espagnole. Le ca­
pitaine Bugeaud ne se doutait guère alors
qu’il se préparait ainsi à la conquête de l’Al­
gérie, et qu’il faisait là un long et dange­
reux apprentissage de la guerre arabe. Quarante ans plus tard, quand il reçut un
commandement supérieur en Afrique, il dut
trouver d’excellents enseignements dans
l’ex.
perience acquise en Espagne par six années
de guerre de montagnes et d’embuscades.
A Tortose, Bugeaud mérita d’être mis à
l’ordre du jour de l’armée; il se distingua à
Tarragone, puis à Amposta, qu’il dégagea;
enfin contre les volontaires de Valence, qu’il
mit en pleine déroute, avec un seul bataillon.

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-8Les trophées de cette dernière journée lu­
rent les canons anglais pris aussitôt que
débarqués.
Suchet, général en chef de l’année d’Ara­
gon, avait compris tout ce que valait le
commandant Bugeaud, et lui confiait les
expéditions les plus difficiles. 11 fut un des
instruments les plus intelligents de ces rudes
campagnes où s’accomplit la destruction des
bandes de l’Aragon.
Le capitaine Bugeaud prit une part glo­
rieuse dans les journées de Lérida , Tarifa,
Yecla, Vilna, Castalle, Burgos, etc., dans les
sièges de Sagonte, Tarragone et Valence,
dans les brillantes escarmouches contre
l’armée anglaise, retranchée sous les murs
et la protection d’Alicante.
Les succès si chèrement achetés, en Espa­
gne surtout, allaient avoir une fin. Les jours de
désastres allaient commencer. Toutes ces
armées de l’empire, disséminées sur l’Europe
entière, s’épuisaient par leurs victoires; la
France ne pouvait plus suffire au recrute­
ment, car ses campagnes étaient dépeuplées.
C’est en Espagne, devant une nation en­
tière soulevée et en armes, devant plusieurs
armées anglaises et à la suite de la sanglante
bataille de Vittoria, qu’il fallut, pour la pre­
mière fois, prononcer le mot de retraite. Le
commandant Bugeaud fut placé là au poste
d’honneur, à l’arrière-garde, face à l’ennemi.
Il commandait cette digue armée et fou­
droyante, qui devait pendant dix jours et dix

— 9 —
nuits, sans trêve ni repos, protéger, contre
les masses espagnoles et l’armée anglaise
réunies, la marche rétrograde d’une armée
de blessés. On rentra ainsi glorieusement,
on peut le dire , en Catalogne, et le général
en chef eut la loyauté de proclamer les mé­
rites du chef de l’arrière-garde et de le
signaler à la reconnaissance de la France.
À la fin de 1813 et dans les premiers mois
de 1814, le commandant Bugeaud, toujours
sous les ordres du maréchal Suchet, était
chargé des avant-postes de l’armée sur le
Llobregat. La position était difficile ; il fallait
résister à des forces dix fois supérieures et
conserver une position que l’ennemi tenait
par-dessus tout à enlever. Bugeaud remplit
énergiquement cet ordre ; il fit plus ; pour
ne pas reculer, il attaquait souvent, et plu­
sieurs détachements ennemis furent ainsi
enlevés par lui. On citera toujours ce mémo­
rable combat d’Ordal, où le commandant
Bugeaud enveloppa et ramena au camp un
escadron entier de hussards noirs anglais.
Le lendemain, sa petite troupe était enve­
loppée par un corps ennemi de 14,000 hom­
mes qu’il repoussa brillamment et plusieurs
fois. La lutte fut longue et acharnée ; le com­
mandant Bugeaud eut deux chevaux tués
sous lui. Ces succès lui valurent le grade de
lieutenant-colonel du 14e régiment de ligne,
dont il devint un peu plus tard colonel. Il
était à Narbonne alors que se livrait la ba­
taille de Toulouse, dernier reflet de gloire

— 10 —
qui éclairait la première abdication de l’Em­
pereur.
En 1815, le colonel Bugeaud accueillit
avec enthousiasme la rentrée de Napoléon.
Celui-ci voulut le nommer général de brigade ;
le colonel fit cette noble réponse : « J’ai
» gagné tous mes grades sur le champ de ba» taille ; je voudrais continuer ainsi. » Et Bu­
geaud resta à la tète de son régiment.
Suchet, qui commandait alors l’armée
des Alpes, tint à conserver près de lui le
colonel Bugeaud, auquel il donna le com­
mandement de l’avant-garde. Chaque jour
éclairait un fait d’armes nouveau ; ainsi, le
15 juin 1815, le colonel Bugeaud surprenait
dans le village de Saint-Pierre-d’Albeguy et
ramenait prisonnier un bataillon de chasseurs
piémontais; le mémo jour, il attaquait la
brigade entière, la mettait en pleine déroute
et lui faisait 200 prisonniers ; le 23, il dé­
truisait, à Moustier, un autre bataillon pié­
montais; le 27, il attaquait et culbutait une
avant-garde autrichienne; le 28, il avait
devant lui le corps d’armée de 10,000 hom­
mes. Le désastre de Waterloo venait d’être
connu; le 14e de ligne était attéré ; son
colonel annonça lui-même, et héroïquement,
la défaite de la grande armée, en disant que
c’était une raison de plus pour bien faire. Et,
s’emparant du drapeau, il jura et fit jurer à
ses 1,700 hommes de le défendre jusqu’à la
mort. Les Autrichiens commençaient alors
attaque; le combat dura tout le jour; le

— 11 —
14e régiment se défendit bravement et finit
par charger lui-même, culbuter le corps
autrichien, lui tuer 2,000 hommes et lui faire
960 prisonniers. Un armistice conclu entre
Suchet et le comte de Bubna, dans la vallée
de Maurienne, arrêta la marche agressive de
l’avant-garde française. Les destins étaient
accomplis ; Napoléon se retirait noblement
d’une lutte par trop inégale, et se confia
aux Anglais qui devaient lâchement l’en­
voyer mourir à Sainte-Hélène.
L’armée était licenciée; le colonel Bugeaud
ne conservait plus qu’un grade honorable­
ment acquis; son épée lui était enlevée; il
se retira en Périgord, y acheta une propriété,
celle de la Durantie, se dépouilla de son uni­
forme, appendit ses armes au-dessus de son
foyer, et prit, en échange, d’autres armes
aussi glorieuses et toujours plus utiles, une
charrue perfectionnée. Il remplaçait en même
temps l’uniforme par la blouse bleue du cul­
tivateur. Ainsi vêtu et armé, le colonel était,
comme nous l’avons déjà dit, la personnifi­
cation du soldat laboreur. Sa devise était
complète ; il avait glorifié son épée ; il allait
illustrer sa charrue. Cette transformation eut
lieu à l’âge de 31 ans, c’est-à-dire dans toute
la verdeur de la virilité du colonel. Aussi
porta-t-il dans cette nouvelle carrière la
même ardeur que celle qui l’avait élevé au
grade de chef d’un régiment. Tout était donc
à recommencer; il avait été soldat; il était
devenu chef; il redevenait soldat, soldat de
BlBÜ’Ô'ÏHtQll
j DE LA VILLE
! DE PÉRI QUEL

— 12 —
la paix et des champs cette fois, et, dans
cette nouvelle carrière , il devait grandir
aussi rapidement et aussi glorieusement que
dans l’autre, car le travail était pour lui une
religion et une prière ; il comprenait la des­
tinée de l’homme ; il savait qu’il était né
pour travailler toujours et toujours ; il re­
disait souvent que la plus grande peine qu’on
pût imposer à l’homme, ce serait de lui
défendre le travail, de lui imposer l'oisiveté.
Soldat, il courait à la bataille; propriétaire,
il dirigeait sa charrue et donnait l’exemple.
Dans cette halte du succès au milieu des
champs, il donnait à chacun des enseigne­
ments, tantôt à l’ombre de ses pommiers
et pendant le repas des ouvriers, tantôt le
dimanche au matin et après la paie, alors
que chacun comptait joyeusement le fruit des
labeurs de la semaine. Le bon colonel, en
blouse bleue étoilée d’un ruban rouge, en
pantalon gris, en large chapeau de paille
du pays, l’œil petit et étincelant, le front
haut et légèrement dénudé déjà, parlait avec
cette animation entraînante qui rappelait le
chef de guerre.
La sollicitude du colonel ne s’arrêtait pas
aux étroites limites de sa propriété et de son
intérêt personnel. Son but était plus géné­
reux et plus large, et il fut atteint, car la
contrée où il s’établit était avant lui dans un
état de misère extrême. La terre était infer­
tile et délaissée ; c’était un pays d’arides
bruyères. L’exemple donné à la Durantie et

prêché aux alentours, les secours de semence
et d’argent prodigués comme encourage­
ment , tout cela porta ses fruits, et le pays
lut transformé. Le fait est là tout récent en­
core; ceux qui vivaient dans la misère jouis­
sent aujourd’hui d’une heureuse aisance et
gravitent vers la richesse; ils savent à qui
ils doivent leur bien-être et ont le mérite de
le dire; c’est ainsi qu’ils paient leur dette
(le gratitude au souvenir du bon colonel.
C’est dans cette position que la révolution
de 1830 vint surprendre le colonel Bugeaud;
il avait alors 45 ans, une constitution forti­
fiée parla vie régulière des champs, des tré­
sors de force et de santé acquis dans un
travail continu.
Né soldat, il reprit son épée, entra colonel
au 56e de ligne, et, en 1831 , fut promu au
grade de maréchal-de-camp.
Son département lui tint compte alors des
services rendus à l’agriculture pendant les
quinze années de la Restauration , et le général Bugeaud fut élu député par le second
arrondissement électoral de Périgueux, Excideuil.
Ce fut en mai 1836 que s’ouvrit devant
le général Bugeaud la carrière où il devait
briller d’un si vif éclat. Il reçut un comman­
dement en Afrique. Ce qu’on appelait alors
là le territoire français n’était guère, comme
on l’a dit, que des hôpitaux dans des pri­
sons, c’est-à-dire quelques villes en étal de
blocus permanent et défendues par des ré-

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giments de fiévreux. Le général débarqua
avec trois régiments nouveaux, les 24e, 53e
et G2e régiments de ligne. Le 10 juin, à la
tête de 6,000 hommes, il culbutait l’arrièregarde d'Abd-el-Kader, et, quelques heures
apres, il attaquait le gros de la troupe et la
mettait en déroule complète. Le 6 juillet, il
culbutait de même les quinze mille Arabes
qui défendaient, sous le commandement
d’Abd-el-Kader lui-même , le passage de
l’Oued-Salsaf, et déblayait successivement
l’Afrique de toutes les insurrections.
Après cette œuvre de pacification mo­
mentanée, il fut nommé lieutenant-général
et rentra en France pour reprendre sa place
à la chambre des députés.
Ces quelquesmois passés en Algérie avaient
suffi au général pour saisir le caractère par­
ticulier de la guerre d’Afrique et les moyens
de vaincre les Arabes; il avait en effet pré­
cisé sa pensée par un principe qui assura
les succès postérieurs de la France : « Pour
» vaincre les Arabes, disait-il, il faut se
» faire Arabe», c’est-à-dire léger et insaisis­
sable comme eux. Cette idée reçut son ap­
plication dans la création des corps arabes,
et, depuis lors, à part deux surprises dues
à la trahison, la victoire resta constamment
au drapeau français.
En 1837, Abd-el-Kader reparut plus puis­
sant que jamais; le lieutenant-général Bu­
geaud reçut du ministère Molé la mission
expresse de traiter avec lui, sinon de le

— 15 —
combattre. Cette mission prit fin par le
traité déplorable de la Tafna, violé par les
Arabes presque aussitôt que conclu, car la
foi punique paraît devoir rester éternelle­
ment dans les traditions africaines. On
reprocha souvent ce traité au général, et il
poussa le sentiment du devoir militaire jus­
qu’à garder le silence pour ne pas renvoyer
la responsabilité à ceux auxquels elle appar­
tenait réellement.
Enfin, le 29 décembre 1840, il était nommé
gouverneur-général de l’Algérie, où il dé­
barqua le 22 février 1841.
Dans le cours de cette année, diverses
insurrections furent vaincues; en 1843, le
gouverneur atteignait Abd-el-Kader et ÉlBerkany et les mettait en pleine déroute.
Quelques mois plus tard, le 17 juillet 1843,
le généra] Bugeaud était promu aux suprê­
mes honneurs militaires, et recevait le titre
de maréchal de France. Mais Abd-el-Kader
battu reparaissait toujours sur un autre
point : il fallait en finir. En 1844,1e 27 avril,
le maréchal entra de nouveau en campagne
à la tète d’un corps de 7,000 hommes, car,
en Algérie , il faut vaincre avec peu de
troupes ; la grande difficulté, c’est de pour­
voir au transport des munitions, des vivres
et de l’artillerie. Cette expédition , après
quelques petites rencontres , se termina par
la déroute- d’Abd-el-Kader et l’incendie des
villages kabyles, jusque-là réputés im­
prenables. L’expédition était à peine rentrée,

— 16 —
qu’Abd-el-Kader reparaissait dans le Maroc,
entraînant à sa suite les armées et le chef
ce pays.
La guerre prenait alors de plus grandes
proportions; le maréchal arriva sur les fron­
tières marocaines, et voulut, avant de com­
battre, ramener l’empereur Abd-er-Khaman
à des idées plus raisonnables. Cette tentative
mit en péril un régiment français, surpris et
enveloppé par 5,000 cavaliers marocains
et 600 fantassins. Mais le maréchal fut averti
à temps; il partit au pas de course, avec un
autre régiment, entra sans hésiter dans ces
masses de cavalerie et mit en fuite cette
avant-garde de l'armée du Maroc.

Le 6 août, Tanger et Mogador étaient
bombardés et ruinés par le prince de Join­
ville; enfin le 13, la petite expédition com­
mandée par le maréchal se trouva en vue
du camp marocain, établi sur les bords de
l’Oued-îsly : il renfermait 40,000 fantassins
et plus de 10,000 cavaliers; les Français
abordèrent résolument ces masses, et après
une heure de combat acharné et décisif,
l’armée marocaine était en complète déroute,
abandonnant aux vainqueurs un camp im­
mense, qui était une véritable villa installée,
approvisionnée, comme si une défaite n’était
pas possible. Un corps de 9,000 Français
avait ainsi culbuté en quelques heures une
armée de 30,000 Marocains et Arabes. C’est
par ce glorieux fait d’armes que le maréchal

— 17 —
commença ses exploits militaires et gagna le
titre honorifique de duc d’Isly.
En 1845 , le maréchal était rentré en
France; son départ f>it encore une fois le si­
gnal d’une révolte presque générale. 11 dut
donc revenir au plus vite en Algérie et en­
trer immédiatement en campagne. Scs efforts
furent couronnés de succès prompts et déci­
sifs. Abd-el-Kader fut battu dans toutes les
rencontres; toutes les tribus révoltées furent
soumises; il ne restait plus qu’un coin de
l’Afrique réputé inabordable et laissé à l’é­
cart par nos corps expéditionnaires. C’étaient
les montagnes du Djerjerah ; Arzou l’impre­
nable fut attaqué et pris le 16 mai 1847;
c’est un nid d’aigle placé au sommet d’un
rocher. La défense fut acharnée; Arzou était
rempli de combattants; ceux qui n’avaient
pu y trouver place formaient une armée pla­
cée au pied du rocher et en défendaient
l’approche ; tous furent dispersés ou faits
prisonniers. Seul, il avait conçu la résolution
hardie de pénétrer dans ces montagnes es­
carpées et inabordables, peuplées de tribus
guerrières et sauvages; les difficultés parais­
saient insurmontables à tous; le maréchal
était seul de son avis, parce qu’il compre­
nait que ces tribus indomptées, placées- aux
portes d’Alger, étaient un péril incessant pour
la colonie, une tache flagrante au drapeau
français. Le chef qui avait fait une guerre
heureuse dans les montagnes de l’Aragon,
au milieu des pics des Pyrénées, puis dans

les monts géants des Alpes, ne devait pas
craindre d’aborder les montagnes du Djerjerah ; il osa seul, on peut le dire, se jeter
résolument dans ces défilés, et rentra victo­
rieux d’une expédition que, jusque-là, per­
sonne n’avait osée, et que, devant lui, tous
avaient blâmée. Comme il assuma la respon­
sabilité de l’entreprise, il est juste de lui en
laisser tout le mérite : ce fut là le dernier
triomphe de l’homme de guerre.
Le 23 juin 1847, il s’embarquait pour la
France et ne devait plus revoir l’Afrique.
Nous l’avons,déjà dit, le maréchal était
né pour les armes ; ce n’était guère qu’au
milieu des fatigues, de l’activité, des dangers
des camps que sa vie était pleine et com­
plète. Il aimait le soldat et avait pour lui
des soins qui allaient jusqu’à la sollicitude ;
c’est dire qu'il en était aimé avec passion.
Sa prévoyance et sa bravoure avaient fait
de lui un chef heureux; aussi ses troupes
avaient-elles en lui une confiance aveugle.
Sous ses ordres, on se croyait invincible, et
jamais cette foi ne fut trompée.
Après la révolution de février, en 1848,
le maréchal Bugeaud se retira chez lui, à
la Durantie, près Lanouaille, dans la mo­
deste habitation qu’il avait édifiée.
Pendant la Constituante, et après l’accla­
mation de Louis Bonaparte comme président
de la République, le maréchal Bugeaud re­
çut le commandement de l’armée des Alpes,
et, à ce titre, son entrée dans chacune des

— 19 —
villes qu’il eut à traverser devint une véri­
table ovation : on lui adressait des discours
auxquels il répondait avec celte verve de
bon sens et cet entraînement militaire qui
relevaient si bien sa parole et la rendaient si
pénétrante et si sympathique.
Cette parole est aujourd’hui éteinte dans
la tombe. Le maréchal Bugeaud est mort à
Paris le 10 juin 1849. Il a succombé au cho­
léra. Celui qui compléta la conquête de
l’Afrique et dota la France de ces vastes pos­
sessions, l’ami du soldat et du peuple, dort
sous le dôme des Invalides; mais la France
reconnaissante lui a élevé deux statues, l’une
à Alger, théâtre de ses exploits militaires,
l’autre à Périgueux, le chef-lieu d’un dé­
partement où se sont accomplis ses travaux
agricoles. C’est ainsi que les populations ont
voulu honorer celui qu’elles appelaient avec
raison le premier soldat et le premier paysan
de l’époque.

LA STATUE
du

Cantate,

Paroles de M. J.-E. Aumassip, payeur du trésor.

(Chœur.)
C’est lui, c’est ton héros, — Vésone !
C’est lui ta gloire et la fierté!
Nos mains, en tressant sa couronne,
Devancent la postérité.
De tes enfants sois orgueilleuse :
Bugeaud, Montaigne, Fénelon,
Trinité sainte et glorieuse
De la guerre, des arts, de la religion!

I.

Cloches, canons, tonnez! le héros se réveille!
De son aile la mort le frappa, mais en vain :
Chantez, peuple, soldats que sa gloire émerveille
Il se dresse immortel sur son socle d’airain :

— 22 _

Sa devise, —épée el charrue,
Nous dit sa gloire au double éclat :
L’une nourrit et l’autre tue.
Il fut laboureur et soldat.
Si la France et si les Espagnes
Légendentun jour ses hauts faits,
Le laboureur, dans nos campagnes,
Bénira son nom à jamais !
IL

Voyez, tel il était dans un jour de bataille;
L’on eût dit qu’il posait pour le bronze à venir;
L’on sentait que cet homme, aux feux de la mitraille,
L'ail trop fort, trop grand, trop puissant pour mourir!

P

Et le fléau livide,
Dans sa course homicide,
Phénomène éternel,
Sur son aile rapide
Prit ce chef intrépide
Comme un simple mortel.
Mais la France fidèle
A sa gloire si belle
Éternise en ce jour
Ses regrets, son amour.

I1I
Soldats, venez puiser sur sa face guerrière
Et l’amour du pays et l’honneur du drapeau :

Ainsi s’ac omplira sa suprême prière
De pouvoir les servir au-delà du tombeau !
Famille éplorée,
Pour cacher tes pleurs,
Montre-toi parée
Des plus belles fleurs.
Celles dont la France
Couronne son front,
Fleurs de souvenance,
Ne se faneront.
Les apothéoses
Changent les cyprès
En bouquets de roses,
En lauriers épais !

C’est lui, c’est ton héros, — Vésone !
C’est lui ta gloire et ta fierté !
Nos mains, en tressant sa couronne,
Devancent la postérité.
De tes enfants sois orgueilleuse :
Bugeaud, Montaigne, Fénelon,
Trinité sainte et glorieuse
De la guerre, des arts, de la religion!

i üL PÉPX
Périgueux, impr. Dupont et C.

rvnn SW., «.vus ies citoyens sont egmi.v, Vi nuus ne piJTF
vons reprocher aux journaux religieux d’invoquer ce pacte
fondamental.
Mais, de son côté, le gouvernement avait aussi des droits
et des prescriptions formelles à sauvegarder. Il se trouvait
en présence du concordat et de la loi organique du 18 ger­
minal an X, qui dispose, art. 4 : « qu’aucun concile natio­
nal ou métropolitain, aucun synode diocésain , aucune as-

---------------- •

h-

LES ÉCRITS DU MARÉCHAL BUGEAUD. I
Ce qui donne la plupart du temps chez les peuples modernes un ca­
ractère si mesquin aux mœurs politiques, c’est la rareté de ces existen­
ces, si fréquentes dans l’antiquité, où se mêlent la pensée et l’action. Un
homme illustre, par le conseil et par la main, pour me servir d’une ex­
pression romaine, ne se rencontre qu’à de longs intervalles. Les hom­
mes nourris dans l’atmosphère des salles d’audience, rompus à tous les
combats de la chicane, abondent dans la représentation nationale ;
mais nous avons peu d’orateurs qui soient familiers avec le grand air et
la poudre à canon. Et cependant, quand viennent les jours de crise
comme ceux auxquels nous sommes maintenant condamnés, les seules
voix qui aient de l’autorité sont celles qui s’échappent des poitrines où
l’air des batailles a circulé. Il n’est pas de civilisation qui puisse dé­
truire chez les peuples certaines idées de tous les temps et de tous les
lieux plus anciennes que la première pierre de la première cité. C’est à
l’homme fort qu’il appartient de gouverner. Or, celui-là seul est doué
de la force qui possède un esprit ouvert à l’intelligence de la vie et un
cœur fermé à la crainte de la mort.
Le maréchal Bugeaud avait ce don précieux de la force. Aussi avaitil embrassé la carrière pour laquelle Dieu, qui ne proscrira pas plus, quoi
qu’en disent les philosophes, la guerre de notre globe que la foudre du
ciel, avait créé son âme et son corps.
En ces jours où la France rachetait au prix du sang sacré de ses sol­
dats tout ce que les passions honteuses de ses tribuns lui avaient fait
perdre dans l’estime du monde , Thomas Bugeaud entra dans l’armée
française. Il porta le fusil et le sac. Il brûla des cartouches à Austerlitz.
Cette humble et glorieuse condition à laquelle sa naissance, car il était
d’une famille ancienne, l’eût peut-être soustrait dans un autre temps,
lui donna celte grave, puissante et sympathique intelligence des misères
humaines que n’atteindra jamais celui qui n’a pas connu l’incommensu­
rable entassement de périls et de fatigues dont une seule heure de la

rétrospectifs de se faire jour. Il y a, en France, bon nom­
bre de partisans des régimes déchus; nul ne l’ignore, et euxmêmes ne s’en cachent guère.
Sous une monarchie, une telle situation serait dange­
reuse , car les prétentions rivales aboutissent aisément aux
conspirations et aux coups de main , là où l’expression du
vœu des majorités ne peut se manifester par le suffrage
universel.

vie militaire est remplie parfois. Le maréchal Bugeaud était donc bien
en droit de sourire quand il entendait protester contre le patriotisme de
sa rude et laborieuse existence ces prophètes crasseux du socialisme qui
n’ont pas, pour me servir de la poétique comparaison de l’Evangile, l’é­
clat des lys, mais en ont toute l’oisiveté. Il souriait aussi, et d’une ma­
nière qui avait quelque chose de touchant. Dans ses œuvres , méditées
sous la tente et derrière la charrue, carie maréchal Bugeaud fut,
comme on sait, agriculteur presque autant que soldat, on sent, même
aux passages qu’anime une gaîté virile, cette humeur un peu triste de
l’homme que saisit malgré lui la rêverie des grands horizons.
Ces œuvres du maréchal Bugeaud sont l’objet de mon étude d’au­
jourd’hui, étude incomplète, car c’est dans les courts loisirs et avec les
ressources bornées de la vie militaire qu’est écrit ce jugement sdr un
publiciste soldat. Je n’ai pas entre les mains tout ce qui est sorti de la
plume du maréchal Bugeaud; mais ce que j’ai pu me procurer est mar­
qué d’un caractère assez frappant pour qu’il y ait en moi une impression
nette que je m’efforcerai de traduire nettement.
Je commencerai par déclarer que le maréchal Bugeaud a pour moi,
comme écrivain, une incontestable valeur. Je le pense depuis long­
temps : les véritables écrivains sont ceux qui ne font pas métier de leur
laient, mais qui écrivent un certain jour, parce qu’il y a tout à coup
dans leur cerveau quelque chose qui veut sortir.
Le style de M. Bugeaud a souvent de la verve, quelquefois de la fi­
nesse; il a toujours la qualité dans laquelle résident la dignité des hom­
mes et la grandeur des choses : il est simple. Il n’a point une brutalité
affectée ni une bonhomie de convention ; mais il est la précise expres­
sion de l’honnête et saine pensée d’un soldat. Rien n’est plus éloigné de
tout art de rhéteur que cette bonne et droite méthode du maréchal.
Chez M. Bugeaud, l’inquiétude de l’effet ne se sent dans aucune phrase.
L’écrivain est en' paix avec son esprit, comme l’homme avec sa cons­
cience. Ce n’est pas un orateur qui cherche à prolonger les plaisirs d’un
auditoire; c’est un témoin qui, devant la justice publique, s’arrête là où

ayuipiuuiet. uetes dispositions apparaissent de tous côtés,
dans les manifestations du pays, et la tenue des conseils gé­
néraux, si ferme à la fois et si constitutionnelle, est certes
de nature à donner aux plus timorés foi pleine et entière
dans l’avenir de la République.
H.

Le Crédit constate en ces termes le changement'qui s’est

le quittent la science des faits et la certitude de la vérité..
Un article publié en 1845 dans la Revue des Deux-Mondes, sous le
titre de Bataille d'Isly, nous permet de juger M. Bugeaud comme écri­
vain militaire. Le maréchal adopte dans ce récit de l’acte le plus écla­
tant de sa vie guerrière la manière impersonnelle de César. Il n’est pas
un homme parmi ceux dont la sueur et le sang ont coulé dans nos cam­
pagnes africaines qui ne lise avec attendrissement ces pages remplies
d’une sympathie profonde pour la science et l'intrépidité de nos soldais.
Il y a long-temps déjà, un prince, dont le souvenir restera parmi les
touchans souvenirs de notre histoire, parce qu’il était brave, parce qu’il
avait été doué de la grâce française par le Dieu de François Ier et de
Henri IV, le duc d’Orléans, haranguait en Afrique les convives d’un
banquet où se trouvaient réunis, quoique les sergens alors fussent à
leurs pelotons et non à la chambre, des officiers, des sous-officiers et
des soldats, et il leur disait ; « Dans ce pays, tout languit, tout s’use,
excepté le cœur chez les hommes tels que vous. »
Ces fières et mélancoliques paroles avaient raison : le sang de la
France croupissait alors, excepté dans ces généreuses veines où les bles­
sures ne permettront jamais qu’il soit stagnant.
Dévouée non pas à ces lois chimériques de la vertu qui inspirent les
crimes et le pathos, mais à ces règles certaines de l’honneur d’où nais­
sent les nobles paroles et les grandes actions, elle sait qu’il faut com­
battre, souffrir et se soumettre en ce monde pour être digne de la cité
des hommes aussi bien que de la cité de Dieu. Dans,1e récit que le ma­
réchal Bugeaud nous a laissé de la bataille d’Isly, on sent à chaque ligne
ce droit et noble esprit de l’armée. Je ne sais rien de plus louchant
qu’une description en quelques mots d’un punch donné au gouverneur
de l’Afrique dans le lit d’ine rivière par des officiers de cavalerie. On
parla de la bataille qui devait se livrer le lendemain. Un toast porté par
le futur duc d’Isly fut le signal d’un enthousiasme universel. « On se
promit (ici je transcris les paroles mêmes du maréchal)’ de se secourir
mutuellement de régiment à régiment, d’escadron à escadron.de cama­

rade à camarade. Des larmes provoquées par le sentiment le plus vif de
la gloire et de l'honneur ruisselaient sur les longues moustaches... Ah!
s’écria le général, si un seul instant j’avais pu douter de la victoire, ce
qui se passe en ce moment ferait disparaître toutes mes incertitudes.
Avec des hommes tels que vous, on peut tout entreprendre. »
Le maréchal disait vrai. Avec les hommes qui conservaient en Afri­
que, au prix de leur sang, la dignité nationale, on peut même dire la
dignité virile, car le jour où l'esprit des rhéteurs triompherait de l’es­
prit guerrier, il n’y aurait plus d’homme dans le sens mâle et noble du
mot; avec ces braves gens, dis-je, on pouvait tout entreprendre, même
de repousser dans le pays des fantômes les monstrueuses chimères un
instant déchaînées contre notre patrie. Ceci nous mène aux écrits politi­
ques du maréchal Bugeaud.
J’en prendrai deux : l’un s’appelle les Socialistes et le travail en
commun-, l’autre, les Veillées d'une chaumiène de la Vendée. « Ces
hommes, dit le maréchal en parlant des socialistes , paraissent croire
qu’avant eux tout allait mal dans le monde, et que beaucoup de choses
n’allaient pas du tout. » Cette phrase donne l’esprit et le ton de tout un
traité où les plus saines pensées se produisent constamment sous une
forme originale et vive. Le maréchal Bugeaud avait, comme agricul­
teur et comme soldat, un double mépris pour des hommes qui, n’ayant
jamais ni conduit une charrue ni manié un fusil, excepté peut-être der­
rière quelque barricade, prétendaient gouverner et même refaire la so­
ciété. Lui qui savait comment vient le blé et comment coule le sang,
comment on gagne et comment on expose sa vie, il prisait avec raison
beaucoup plus que la philosophie des clubs et des carrefours sa philo­
sophie des champs de labour et de bataille.'
Si on en croyait les socialistes, le mal ne serait en ce monde qu’un
accident destiné à disparaître un jour, le jour où ils auront trouvé cette
pierre philosophale qu’ils demandent à fabriquer avec l’or et le sang de
leur pays. Les hommes sont tous bons, excepté, bien entendu, les aris­
tocrates et les tyrans, ces esclaves révoltés contre la nature, pour parler
le langage de Robespierre. Laissez se développer en eux celte fraternité
dont vos lois entravent l’essor, laissez-les ne former par l’association
qu’une vaste famille, et la misère disparaîtra, écrasée par nos nouveaux
prophètes, comme le serpent par le fils de l’homme. N’est-ce pas,à peu
près ce que dit l’école de M. Louis Blanc?
L’homme à qui nous devons ce récit, dont pus donnerons des fragmens tout à l’heure, l'homme qui avait parlfgé l’enthousiasme de ces
braves se promettant secours de régiment à rgiment. d’escadron à es­
cadron, de camarade à camarade, connaissait une fraternité quiz vaut
bien celle dont est sortie, l’an dernier, la grade bataille de juin. Il con­
naissait la fraternité d’armes, la seule qui jusu’à ce jour n’ait pas été
une trompeuse et ridicule parole. Il n’en savit que mieux à quoi s’en

tenir sur les vrais sentimens que Dieu a mis au cœur même des meil­
leurs et des plus forts d’entre nous.
Le maréchal Bugeaud d’ailleurs, dont l’esprit n’était point rêveur,
mais pratique, qui tenait toujours des faits en réserve derrière les opi­
nions qu’il défendait, devait à une expérience personnelle des lumières
particulières sur l’association. En 1842, il fonda en Afrique trois villa­
ges avec des soldats du même régiment. Les rêves des socialistes étaient
réalisés dans cette colonie militaire. Là, on accordait à tous même part
dans le travail et dans la rétribution. On jouissait de celte liberté que
promettent à nos enfans les ennemis de l'individualisme, pour prendre
à M. Louis Blanc son barbarisme favori, c’est-à-dire qu’on était com­
mandé de corvée pour cette chose, pour faucher, former les meules et
serrer le grain. C’était là une société idéale , n’est-ce pas? Eh bien !
voilà qu’un beau jour le maréchal Bugeaud, visitant sa colonie, remar­
que sur tous les visages une expression chagrine. Les soldats l’aimaient,
car il avait les qualités qu’aime le soldai : l’indifférence des coups de
fusil, la grande préoccupation des vivres; quand on n’était pas tué avec
lui, on mangeait. Il interroge donc ses travailleurs et leur a bientôt ar­
raché leur secret: « Mon gouverneur, lui crie-t-on de toutes parts,
désassociez-nous, nous ne récoltons rien, parce que nous ne travaillons
pas. — El pourquoi ne travaillez-vous pas? leur répond le maréchal.
— Parce que nous comptons les uns sur les autres, que nous ne voulons
pas en faire plus l’un que l’autre, et qu'ainsi. nous nous mettons au ni­
veau des paresseux. »
Le maréchal Bugeaud fut vivement frappé de ces dernières paroles,
qu’il a souvent citées. Il consentit au désir des colons, et la prospérité
naquit quand l’association disparut. Cependant, comme le remarque le
maréchal, ces hommes faisaient partie du même régiment, où nombre
d’entre eux n’avaient pas encore fini leurs congés; ils avaient donc ce
lien si puissant des mêmes périls bravés, du même drapeau défendu ; ils
étaient célibataires, partant étrangers à l’esprit d'isolement que crée la
famille. Que serait l’association entre des hommes sortis de toutes les
conditions et dominés par les intérêts du foyer? On devine quelle con­
clusion nette et vigoureuse fournit à M. Bugeaud ce raisonnement.
La liberté dont les démagogues de nos jours font, du reste, assez bon
marché, qu’ils sont constamment prêts à confisquer, par cela même
qu’elle est un bien, la liberté proteste avec violence contre la doctrine
des socialistes. Ce qui est l’objet de sa plus légitime horreur, c’est l'ac­
couplement forcé. Les socialistes font des accouplemens non seulement
forcés, mais monstrueux. En attachant l’activité à la paresse, ils atta­
chent le cadavre au vivant, la vie à la mort. Dieu veut que la vie suc­
combe en ces sortes d’unions.
('Journal des Débats.}
Paul de Molènes.
(La suite à lundi.)

— L’exportation des eaux-de-vie pour l’Angleterre a atteint un grand
développement depuis quelque temps. Dans la Charente, dit la Conci­
liation d’Angoulême, il n’y a pas moins, dans ce moment-ci, de vingt
bâtimens anglais tous chargés de ces spiritueux à destination de Plymouth, Newcastle et Londres.

— Un de nos correspondans complète en ces termes la nécrologie de
M. Lacombe, ancien juge de paix d’Excideuil :
« M. Lacombe, après avoir payé sa dette à la patrie sous le glorieux
drapeau de la première République, et avoir conquis les épaulettes de
capitaine d’état-major, se relira dans ses foyers, au sein de sa. famille.
Doué d’une haute intelligence, orné d’une solide instruction. il reçut du
suffrage populaire les honorables fonctions de juge de paix. Ardent ami de
la justice, il poursuivit avec une constancedigne d’éloges la mauvaise foi,
cette lèpre de la société. Il rendit moins processif l’esprit de ses justicia­
bles; aussi contribua-t-il puissamment à aplanir pour ses successeurs le
chemin de la carrière judiciaire. Le maréchal Bugeaud d’Isly, dont les
qualités du cœur étaient un reflet brillant et vrai des mœurs des hom­
mes d’élite des temps antiques, et qui, mû par des sentimens généreux
et élevés, sentimens si rares de nos jours , aurait voulu récompenser,
glorifier même, si cette expression était permise, le mérite partout où il
l’aurait rencontré, convaincu qu’il n’y avait pas moins de courage d’a­
voir attaqué de front et de pied ferme, pendant 38 ans, la mauvaise foi
sur le terrain de la judicature que de combattre l’ennemi de la patrie
sur le champ de bataille, fut heureux de faire décerner à son ami l’étoile
des braves, la croix de la légion d’honneur ; aussi ceux qui le connais­
saient pouvaient-ils dire en la voyant briller sur sa poitrine : Voilà le
signe du courage civique !
» M. Lacombe, après avoir vécu en homme utile à son pays tant que
sa santé et ses forces le lui permirent, est mort en bon chrétien.
» Il était un père pour les habitans de Sl-Raphaël, qui, pour lui ren­
dre un dernier hommage , se pressaient en foule autour des dépouilles
mortelles de leur ami et de leur bienfaiteur ; mais ils n’ont pas tout
perdu; il leur laisse pour ange gardien sa respectable femme, Mme La­
combe, née Lacrousille. »
— Nous lisons dans le Journal du Peuple, de Bordeaux :
« Voici de nouveaux détails à ajouter à ceux,que nous avons donnés
dans nos précédons numéros sur le funeste accident arrivé dimanche
soir sur la Gironde :
;•> L’embarcation a chaviré à peu près au milieu du fleuve; les mate­
lots qui ladirigeaicnt.au nombre de deux, sont les nommés Pierre
Diard, âgé de 36 ans, natif de Sainte-Terre, demeurant à La Bastide, et
un matelot de 3e classe de Libourne, Louis Milon ; ce dernier tenait la
rame au moment de l’accident. Quand la barque a sombré, Diard s'est

le ses principaux pasteurs. Ce qui s’est fait à proposdu
concordat de 1801 se fait nécessairement aujourd’hui; il n’y a pas de
politique plus fidèle à ses traditions que la politique de fa cour de
Rome. »

LES ÉCRITS DU MARÉCHAL BUGEAUD.;
[Suite et fin.)
Après avoir fait justice du principe même du socialisme, le maréchal
Bugeaud poursuit ses attaques, et met maint axiome du club au néant.
Il demande où existent les trésors qu’il est sans cesse question de répartir entre les-pauvres, pour qu’ils aient en même temps l’opulence et
l’autorité des rois. Sont-ils enfouis dans les caves des riches? Mais les
riches, objets éternels de déclamations furibondes, les révolutions, en
quelques mois, les débarrassent de leurs richesses sans fermer une seule
des plaies que creuse au flanc du peuple la pauvreté.
Jamais tyran n’adopta système de compression plus implacable que la
convention nationale. A-t-on fait de l’or avec le sang des nobles et la
poussière des couvens? Les limiers du pouvoir révolutionnaire ont-ils
découvert dans les retraites qu’ils violaient de quoi vêtir de pourpre les
patriotes? Non, ils ont installé dans les villes, promené dans les campa­
gnes la misère aussi bien que la mort. La richesse, dit fort bien le ma­
réchal Bugeaud, n’est pas un amas de choses précieuses qui soit entre
des mains connues et dans un lieu déterminé. Présent du ciel, on la
trouve partout; c’est le travail qui la donne. Son nom politique, son
nom social est donc le travail.
Le travail, voici le mot que répètent sans cesse les socialistes dans
leurs appels aux passions révolutionnaires. Eux les discoureurs, les oi­
sifs, ils ont toujours ce nom sacré à la bouche, et voudraient s’arroger
à eux seuls le droit de le prononcer. M. Bugeaud parle à son tour du
travail, et en parle en homme qui l’a étudié autre part que dans les
champs métaphoriques de la philosophie. Il démontre en quelques pa­
roles l’absurdité de tous ces prétendus systèmes organisateurs qui tuent
l’ordre et frappent l’activité de paralysie. Il prouve, c’est là surtout où
brille la logique railleuse de sa pensée et de son style , que rien n’est
nouveau dans ce que nous donnent pour des découvertes les hommes
qui se sont appelés hommes de l'avenir et du progrès.
« On croit innover (c’est le maréchal qui parle) en nous prêchant l’as-

rade à camarade. Des larmes provoquées par le sentiment le plus vif de
la gloire et de l'honneur ruisselaient sur les longues moustaches... Ah !
s’écria le général, si un seul instant j’avais pu douter de la victoire, ce
qui se passe en ce moment ferait disparaître toutes mes incertitudes.
Avec des hommes tels que vous, on peut tout entreprendre. »
Le maréchal disait vrai. Avec les hommes qui conservaient en Afri­
que, au prix de leur sang, la dignité nationale, on peut meme dire la
dignité virile, car le jour ou l’esprit des rhéteurs triompherait de 1 es­
prit guerrier, il n’y aurait plus d’homme dans le sens mâle et noble du
mot; avec ces braves gens, dis-je, on pouvait tout entreprendre, même
de repousser dans le pays des fantômes les monstrueuses chimères un
instant déchaînées contre notre patrie. Ceci nous mené aux écrits politi­
ques du maréchal Bugeaud.
J’en prendrai deux : l’un s’appelle les Socialistes et le travail en
commun; l’autre, les Veillées d'une chaumiène de la Vendée. « Ces
hommes, dit le maréchal en parlant des socialistes , paraissent croire
qu’avant eux tout allait mal dans le monde, et que beaucoup de choses
n’allaient pas du tout. » Celle phrase donne l’esprit et le ton de tout un
traité où les plus saines pensées se produisent constamment sous une
forme originale et vive. Le maréchal Bugeaud avait, comme agricul­
teur et comme soldat, un double mépris pour des hommes qui, n’ayant
jamais ni conduit une charrue ni manié un fusil, excepté peut-être der­
rière quelque barricade, prétendaient gouverner et même refaire la so­
ciété. Lui qui savait comment vient le blé et comment coule le sang,
comment on gagne et comment on expose sa vie, il prisait avec raison
beaucoup plus que la philosophie des clubs et des carrefours sa philo­
sophie des champs de labour et de bataille.'
' Si on en croyait les socialistes, le mal ne serait en ce monde qu’un
accident destiné à disparaître un jour, le jour où ils auront trouvé celte
pierre philosophale qu’ils demandent à fabriquer avec l’or et le sang de
leur pays. Les hommes sont tous bons, excepté, bien entendu, les aris­
tocrates et les tyrans, ces esclaves révoltés contre la nature, pour parler
le langage de Robespierre. Laissez se développer en eux celte fraternité
dont vos lois entravent l’essor, laissez-les ne former par l’association
qu’une vaste famille, et la misère disparaîtra, écrasée par nos nouveaux
prophètes, comme le serpent par le fils de l’homme. N’est-ce pas,à peu
près ce que dit l’école de M. Louis Blanc?
L’homme à qui nous devons ce récit, dont nous donnerons des fragmens tout à l’heure, l’homme qui avait partagé l’enthousiasme de ces
braves se promettant secours de régiment à régiment, d’escadron à es­
cadron, de camarade à camarade, connaissait une fraternité qui7 vaut
bien celle dont est sortie, l’an dernier, la grande bataille de juin. Il con­
naissait la fraternité d’armes, la seule qui jusqu’à ce jour n’ait pas été
une trompeuse et ridicule parole. Il n’en savait que mieux à quoi s’en

user sans i avis de ses principaux pasteurs. Ce qui s’est fait à propos di à présenter.
ans, s’obstine à renverser vos folles et sophistiques apologies.
concordat de 1801 se fait nécessairement aujourd’hui; il n’y a pas d
Oui, les signataires ont raison de recommander à ceux Le mal est le mal; le crime et le crime.
politique plus fidèle à ses traditions que la politique de ia cour d>
Rome. »
qu’ils appellent leurs frères et amis le calme et la niodéraNotre République a sa date pure et rayonnante. Ne lui

LES ÉCRITS DU MARÉCHAL BUGEAUD, sociation du capital, du travail et de l’intelligence; mais cette associa­

tion est partout... Comment les esprits distingués qui professent celte
(Suite et fin.)
théorie n’ont-ils pas remarqué un fait qui occupe toute la surface du
Après avoir fait justice du principe même du socialisme, le maréchal pays depuis la Loire jusqu’aux Pyrénées? C’est la culture par métayer.
Bugeaud poursuit ses attaques, et met maint axiome du club au néant. Le propriétaire fournit le capital de la terre... Le métayer n’apporte
Il demande où existent les trésors qu’il est sans cesse question de répar­ absolument que ses bras... Si le propriétaire entend l’agriculture, il
tir entre les-pauvres, pour qu’ils aient en même temps l’opulence et fournit aussi son intelligence. N’est-ce pas là l’association complète, telle
l’autorité des rois. Sont-ils enfouis dans les caves des riches? Mais les que la demande la Démocratie pacifique? »
M. Bugeaud a raison. Nos usages, nos mœurs, nos lois reconnaissent,
riches, objets éternels de déclamations furibondes, les révolutions, en
quelques mois, les débarrassent de leurs richesses sans fermer une seule établissent, sanctionnent la plupart de ces principes dont les socialistes
réclament l’application avec tant de pompe et de fracas. La grande ré­
des plaies que creuse au flanc du peuple la pauvreté.
Jamais tyran n’adopta système de compression plus implacable que la volution qui a clos le dernier siècle laisse à peine quelques épis dans les
convention nationale. A-t-on fait de l’or avec le sang des nobles et la champs de la démocratie pour les glaneurs attardés, et voilà une bande
poussière des couvens? Les limiers du pouvoir révolutionnaire ont-ils de moissonneurs qui se présente brandissant d’énormes faulx; il ne leur
découvert dans les retraites qu’ils violaient de quoi vêtir de pourpre les reste plus qu’à déchirer le sol. « Les socialistes (c’est la remarquable
patriotes? Non, ils ont installé dans les villes, promené dans les campa­ phrase qui termine le traité de M. Bugeaud) veulent aujourd'hui fonder
gnes la misère aussi bien que la mort. La richesse, dit fort bien le ma­ par la spoliation et la guerre de classe à classe ce qui a été fondé par la
réchal Bugeaud, n’est pas un amas de choses précieuses qui soit entre justice et la force des choses. »
Les Veillées d'une chaumière de la Vendée ne font que répéter les
des mains connues et dans un lieu déterminé. Présent du ciel, on la
trouve partout: c’est le travail qui la donne. Son nom politique , son vérités contenues dans les Socialistes. Seulement, cet ouvrage, que le
maréchal écrivit quelques mois avant sa mort, est marqué d'un carac­
nom social est donc le travail.
Le travail, voici le mot que répètent sans cesse les socialistes dans tère particulier. A la malice et à la force habituelle du système se mêle
leurs appels aux passions révolutionnaires. Eux les discoureurs, les oi­ quelque chose de mélancolique. Ce pamphlet tient un peu de l’idylle ;
sifs, ils ont toujours ce nom sacré à la bouche, et voudraient s’arroger ce n’est pas une églogue de Gessner toutefois, c’est toujours l’œuvre d’un
à eux seuls le droit de le prononcer. M. Bugeaud parle à son tour du soldat, mais d’un soldat à qui était chère celte odeur des foins qu’il faut
travail, et en parle en homme qui l’a étudié autre part que dans les aimer, suivant Jean-Jacques, sous peine d’être un scélérat. Dans les au­
champs métaphoriques de la philosophie. 11 démontre en quelques pa­ tres écrits du maréchal, l’amour de la nature ne s’exprime jamais qu’a­
roles l’absurdité de tous ces prétendus systèmes organisateurs qui tuent vec une extrême réserve; c’est un sentiment réprimé par celte pudeur
l’ordre et frappent l’activité de paralysie. Il prouve, c’est là surtout où dont tous les cœurs aux émotions fortes et vraies semblent rechercher
brille la logique railleuse de sa pensée et de son style , que rien n’est le frein. Dans ce dernier ouvrage, le fond éternel de toutes les grandes
nouveau dans ce que nous donnent pour des découvertes les hommes âmes, la poésie, il faut avoir le courage de dire ce nom, se produit avec
une liberté toute nouvelle. Les Veillées d'une chaumière de la Vendée
qui se sont appelés hommes de lavenir et du progrès.
« On croit innover (c’est le maréchal qui parle) en nous prêchant l’as­ sont empreintes d’une franche et expansive tendresse pour les champs,

puis d’un sentiment qu’avait encore traduit à peine l’esprit dont elles
sont sorties. Dieu paraît dans ses pages, sa pensée domine les derniers
horizons que contemple celui qui est déjà placé au seuil invisible de
l’autre vie.
Paul-Louis Courier n’a pas de pamphlet qui débute avec plus de
verve, en phrases d’un ton plus original et plus piquant que le dernier
écrit du maréchal : « Probablement beaucoup de gens ignorent que le
chou et la rave font la prospérité de la Vendée. Mais qui s’occupe de
chou dans ce temps-ci?... Et cependant il y a dans le chou et la rave
mille fois plus de progrès réel pour le peuple que dans toutes les théo­
ries des Proudhon, des Louis Blanc, des Considérant et autres grands
docteurs. »
Cette vérité établie, M. Bugeaud nous donne un dialogue entre Pierre
et Paul Carrier, les deux fils d’un de ces cultivateurs vendéens pour qui
le chou et la rave ont fait effectivement beaucoup plus que ne feront
jamais tous les grands hommes du socialisme pour les ouvriers de Paris.
Pierre est un homme instruit; il a été avocat; mais il a trouvé qu’on
gagnait son pain d’une plus calme et plus honnête manière en se ser­
vant de ses deux bras qu’en faisant abus de sa parole et de son esprit; il
a jeté les sacs de procès aux orties et s’est mis derrière la charrue. Dans
la vie droite et simple qu’il s’est choisie, il apporte cette élévation de
cœur et celte rectitude de jugement que donne aux natures courageuses
leur victoire sur les ambitions de ce monde. Paul , moins instruit que
son frère, n’a point trouvé sa voie comme lui. Il ne sait pas que Dieu a
mis dans les épis plus de bien que n’en peuvent mettre les philosophes
dans les livres. Les nouveautés des docteurs du jour l’inquiètent ; il s’est
établi dans son village, depuis la révolution de février, un club entre
l’école et le cabaret. C’est là qu’il passe ses soirées ; il revient de ce lieu
bruyant et malsain avec un cortège de chimères pire que les fantômes
et les loups-garous du vieux temps. Il ne fait plus rien, et demande du
travail pour tous les bras. Il marche à grands pas vers la pauvreté, et
demande la suppression des pauvres. Chaque jour, il verse le poison à
son intelligence, et il appelle le règne de la raison. Enfin, il est en train

(le devenir un parfait démagogue, quand son frère Pierre l'entreprend Ainsi s’exprime Pierre Carrier. L’œuvre tout entière est composée avec
celte vigoureuse netteté de forme et celle douceur lumineuse de ton.
sur les doctrines qui alimentent la rhétorique des clubs.
Avant d’attaquer les principes mêmes du socialisme, Pierre Carrier La sobriété des descriptions donne quelque chose d’antique à ce dialo­
s'en prend aux hommes qui représentent cette foi nouvelle dans le vil­ gue ; mais il y a pourtant, dans ces phrases tempérées à la manière grec­
lage où est le club de Paul. Il demande à son frère quels litres ont à sa que ou romaine, cette émotion qui appartient aux âmes où le christia­
confiance les apôtres de cette religion politique à laquelle il veut tout nisme a éveillé la divine inquiétude du ciel. Ce qui pour moi met les
sacrifier. Celui-ci est un avocat sans probité et sans talent, qui poursuit Veillées d'une chaumière de la Vendée beaucoup au-dessus de tout ce
en province dans la bassesse une vie commencée à Paris dans la débau­ que le maréchal Bugeaud a écrit, c’est la préoccupation qu’il se trouve
che. Celui-là est un mauvais chirurgien qui, pour conquérir ses hono­ en cette œuvre d’autres choses que les choses humaines.
« Maintenant que tu as vu la lumière, dit Pierre Carrier à son frère
raires, fait vendre la paillasse des paysans qu’il a estropiés. Cet autre est
un instituteur aux mœurs impures et à l’esprit encrassé d’ignorance, qui (car Paul est converti), tu élèveras tes enfans dans la religion. »Ces mots
a écrit contre tout ce qu’il y a de noble et de sacré des pamphlets heureu­ me touchent sous la plume du maréchal. L’épée de Bayard sera une
sement tombés dans le ruisseau de son village. Paul reconnaît la vérité croix dont on ne détruira jamais le prestige. Il y aura toujours une force
de ces portraits, qui ne conviennent que trop, en effet, à la plupart des persuasive et un victorieux attrait dans la foi du soldat. Cette foi ne
coryphées de club. Ces caractères se trouvent ailleurs qu’au village où vient pas de la terreur, le seul sentiment dont la foi elle-même puisse
le dialogue de M. Bugeaud est placé. Les docteurs du socialisme se com­ être ternie; elle vient au contraire d’une secrète et confiante union entre
parent sans cesse aux apôtres avec une imprudence grotesque et impie. la mort et les cœurs qui vont sans cesse au-devant d’elle.
La grande prétention des socialistes, c’est de représenter l’idée, comme
Ses apôtres conservaient pure la chair et pure la pensée qu’ils avaient
dévouées à leur divin enseignement. La Rome spirituelle ne s’est pas ils disent, aux prises avec la force brutale; et ces hommes de l’idée n’ont
pour eux ni la religion de l’église ni celle du foyer. Ils nous accusent
fondée, comme la Rome terrestre, avec un amas de gens perdus.
Mais laissons les hommes, et venons aux idées. Les idées! qu’on a d’être animés de l’esprit superbe et avide des Pharisiens, eux qui, au mé­
étrangement abusé de ce mot, qui, dans la langue emphatique des dé­ pris de cet évangile que souillent leurs commentaires, se sont révoltés
mocrates, désigne comme une sorte de divinités nées dans la cervelle hu­ contre l’humilité avec les philosophes du dernier siècle, et s’insurgent
maine, mais plus fortes que les hommes une fois qu’elles ont quitté leur contre la pauvreté avec les docteurs de ce temps-ci.
Il n’est pas d’homme au monde dont la vie soit moins gouvernée par
berceau et envahi l’espace. Je crois, pour ma part, beaucoup plus aux
sylphes et aux lutins qu’aux idées des démagogues. Le fait est qu’aucune les intérêts matériels que le soldat, même que le soldat qui dans sa
vision n’est plus impalpable que les systèmes démocratiques : c’est ce tombe emporte un bâton de maréchal. Aussi n’est-il point de plus élo­
quente défense de ce que ces prétendus novateurs appellent la vieille
que démontre le maréchal Bugeaud.
Travail en commun, répartition des richesses, suppression du capital, société, qu’un nom comme celui de ce vaillant chef d’armée dont la mort
le maréchal examine de nouveau dans son dialogue villageois tout ce nous a enlevé le bras. mais nous a laissé la gloire et la pensée. Cette
qu'il a examiné déjà dans son traité des socialistes. Mais il ne combat pensée du maréchal Bugeaud, pensée désintéressée, puissante et fière,
point les mêmes fantômes par les mêmes exorcismes. Comme je l’ai dit, l’armée tout entière en est animée. Ce sera le souffle qui chassera les
le langage des Veillées a un caractère particulier de grâce et d’onction. mauvais rêves dont la France est encore obsédée. Nombre d’hommes se
Le sentiment de la famille évoqué sans cesse n’est pas traité avec celte trouveront qui sauront, comme le maréchal, combattre pour les princi­
fatigante banalité qu’entraîne trop souvent la nécessité où l’on est de le pes éternels de justice. Peut-être s’en rencontrera-t-il aussi quelquesmettre en avant chaque jour. « Crois-tu que je ferais ce que je fais si uns qui auront comme lui la plume et l’épée, la main et la bouche,
» j’étais associé à trente-cinq millions de frères? Ce sont ces marmots c’est-à-dire à qui Dieu aura accordé le plus complet bonheur de ce
» qui me poussent ; c’est pour eux et ma femme que je travaille souvent monde, la joie de dire, l’honneur de faire ce qu’on croit le vrai, ce qu’on
» au clair de lune pour ne pas perdre le bénéfice d’un beau temps. » 1 sent le bien,
Paul de Molènes.
(Journal des Débats.J

nnaisons. mieux vaui croire, pohn-nonneur
reur, à l’aveuglement, qu’à une dissimulation assurément peu 1
Si un petit nombre d’hommes ont ainsi cédé aux suggestions d,
nous devons supposer que d’autres, sous l’influence de cause*
apporté dans leurs idées une perturbation profonde, sont seulem
d’illusions tardives.
» Le calcul qui ferait de conservateurs de la veille, et noui
ce mot dans son acception la plus large, le calcul qui en ferait
lutionnaires du lendemain, serait assez mal habile. Au jour du
de leurs nouveaux alliés, ils seraient les premiers sacrifiés. Soi
de loup dont ils seraient affublés, on devinerait sans peine leur
espèce. Nos fastes révolutionnaires fournissent trop d’exemple,1
lilité de ces déguisemens, pour ne pas désabuser ceux qui au
un instant la tentation d’y recourir. »

CHRONIQUE LOCALE.
Par des arrêtés en date des 17 et 20 septembre courant,
nistre de l’agriculture et du commerce, chargé par intérim du
de l’instruction publique et des cultes, a confirmé les conc
bourses nationales obtenues au concours dans les départemen
Pour le département de la Dordogne,
Humhert-Droz (Henri-Louis), né le 3 octobre 1839, àBergi
dogne), bourse entière au lycée de Périgueux ;
Malifaud (Gabriel), né le 24 juin 1833, à Angoulême ((
bourse entière au même lycée;
Pour le département de la Gironde,
Malvesin (Jean-Marie-Louis), né le 1er septembre 1833, à I
(Gironde), bourse entière au lycée de Périgueux;
Ganipel (Louis-Jacques-Jean-Pierre-Gustave), né le 22 avri
Pauilhac, même département, bourse entière au même lycée.
— C’est le 1" janvier prochain que doit être inauguré l’écl;
gaz des rues cl places de Périgueux.
M. Roux, directeur de l’usine à gaz, a traité avec l’administra
nicipale de nol“c ville pour 18 ans. Le marché est de Kl
par an, pour 90 becs de gaz et 70 becs à l’huile. A l’expiration c
le matériel deviendra la propriété de la ville.
Déjà la répartition des 90 becs est faite. 26 candélabres éc

Dans les conditions activi
galion, depuis mon départ
sieurs bâtiments n’ayant p,
pavillon, et en l’absence de

n’en serons pas moins ruiné
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citoyens. — Il nous restera i
parleurs et des écrivains.
Il est prouvé que les lettr
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patrie. J’espérais que nos rég
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Nous reconnaissons que le fard
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sont chargés d’en cultiver le sol L
restes mutilés des guerriers de h
et de l’Empire, nous courons, (il

magogue, quand son frère Pierre l’entreprend
mentent, la rhétorique des clubs,
principes mêmes du socialisme, Pierre Carrier
, qui représentent cette foi nouvelle dans le vil’aul. il demande à son frère quels titres ont à sa
j cette religion politique à laquelle il veut tout
n avocat sans probité et sans talent, qui poursuit
isessc une vie commencée à Paris dans la débaumauvais chirurgien qui, pour conquérir ses honolillasse des paysans qu’il a estropiés. Cet autre est
ars impures et à l’esprit encrassé d’ignorance, qui
'il y a de noble et de sacré des pamphlets heureuruisseau de son village. Paul reconnaît la vérité
î conviennent que trop, en effet, à la plupart des
s caractères se trouvent ailleurs qu’au village où
eaud est placé. Les docteurs du socialisme se comapôtres avec une imprudence grotesque et impie,
nt pure la chair et pure la pensée qu’ils avaient
enseignement. La Rome spirituelle ne s’est pas
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de nouveau dans son dialogue villageois tout ce
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pie jour. « Crois-tu que je ferais ce que je fais si
le-cinq millions de frères? Ce sont ces marmots
est pour eux et ma femme que je travaille souvent
ir ne pas perdre le bénéfice d’un beau temps. »

FEUILLETON DU PÉRIGORD.

DEUX LETTRES INÉDITES
DU

COLONEL BUGEAUD.
Tous les documents qui rappellent l’hom­
me illustre que les bons citoyens pleu­
rent encore, sont lus avec bonheur par ses
compatriotes. Aussi nous nous félicitons de
pouvoir ouvrir nos colonnes aux deux let­
tres suivantes, que nous devons à l’obligean­
ce de M. Timoléon Taillefer, membre du
Corps Législatif, l’un de ses plus intimes,
de ses meilleurs amis; elles ont une valeur
historique réelle, bien qu’elles ne fussent
pas destinées à sortir de la sphère d’une af­
fectueuse intimité.
’ Ecrites à une des époques les plus criti­
ques de notre histoire contemporaine, alors
que le nouveau gouvernement issu de la
révolution de juillet était poussé à la guer­
re par des esprits ardents, elles se font re­
marquer par le bon sens calme et réfléchi
qui les a dictées, par le patriotisme vrai
qu’elles respirent, et surtout par celte fran­
chise , cette verve spirituelle et caustique,

toujours au service d’un cœur droit, d’une
raison élevée, qui a imprimé à la personna­
lité du maréchal Bugeaud le cachet d’une
précieuse autant que rare originalité.
Ces deux lettres étaient en notre posses­
sion depuis près d'une année. Avant de nous
décider à les publier, nous crûmes devoir
adresser à l’honorable M. T. Taillefer la
lettre suivante :
Périgueux, le 20 juin 1854.

Monsieur,
Vous m’avez confié, il y a une année ,
deux lettres du colonel Bugeaud, qui vous
furent adressées en 1831. Elles sont extrê­
mement curieuses et d’un haut intérêt his­
torique.
Je viens vous demander de vouloir bien
m’autoriser à les publier dans le Périgord.
Cette publication tirera de l’oubli deux
documents de nature à faire apprécier la
droiture d’esprit et de caractère de l’illustre
maréchal.
Les sages avis de l’homme mûr, opposés
aux ardeurs patriotiques du jeune homme,
forment un contraste vrai dans tous les
temps ; ils honorent à la fois celui qui les
donne et celui qui les reçoit. Pour s’en éton­
ner, il faudrait ne pas connaître le cœur hu­
main.
Veuillez agréer, mon cher monsieur Tail­
lefer, l’expression respectueuse de mes sen­
timents d’affection.

tain que sa réponse serait affirmative: elle
le fut en effet ; nous aimons à en citer les
termes:
Monsieur,
Je voulais moi-même publier ïesletlresde
l’illustre maréchal Bugeaud; vous venei donc
au-devant de mon désir.
11 ne m’en coûte nullement d’avoué que
le colonel Bugeaud avait l’âge ei la psition
qui permettent de donner d’amicâleseçons
à un jeune homme.
Il ne m’en coûte pas davantage d’vouer
qu’il était le sage et que j’étais le fa. Le
colonel Bugeaud avait en 4831, comm tou­
jours, cet immense bon sens qui enduit
avec sûreté et inspire les meilleuresrésolutions.
Je mets bien volontiers ces deux léres à
votre disposition.
Agréez, je vous prie, l’assurance 9 mes
sentiments affectueux.
T. Taillisr.
Domme, le 26 juin 1854.
j
PREMIÈRE LETTRE.

Grenoble, le 21 janvier 331.

Vous voulez , mon cher compatriol, que
je vous consacre quelques instants, (vous
comptez pour cela sur mon besoin œtivité. Jamais ce besoin n’a été mieux sisfait
que depuis quelques mois. Je vous (sure
que j’ai peu le temps de phraser. Je’ofite
Amédée Matagrin.
aujourd’hui d’un mauvais temps quie re­
lient à la chambre, à la suite demadadie
Nousconnaissionstropla noblesse des sen­ : qui était une affection de poitrine, ènez
timents de M. Taillefer pour ne pas être cer­ j garde, je vais peut-être éihauffer vol jeu­

ne bile ; mais si nous étions d’accord il n’ÿ « armée composée de trop jeunes soldats
aurait pas de plaisir à discuter.
« se fondaitcomme la rosée. » On se rappelle
Vous jugez la guerre utile. Les journaux, aussi qu’au commencement delà Bévolution
dits progressifs, le côté gauche delà Cham­ nos armées de volontaires enthousiastes
bre, notre jeunesse en général, le jugent éprouvèrent de «ombteux revers (1). Ce ne
ainsi depuis longtemps, et si la guerre eût fut que vers la fin de la deuxième année
été commencée aussitôt qu’ils le voulaient, qu’on put faire quelques opérations énergi­
nous aurions bien pu ouvrir la campagne ques. Lisez les Mémoires de Gouvion Stavec 60,000 hommes, manquant de tout, Cyr. Notre armée, quoique aussi jeune, sera
sur 400 lieues de frontières, depuis Dunker- meilleure, je crois, parcequ’elle sera mieux
ke jusqu’au Var, plus les Pyrénées, plus commandée, mieux encadrée. Mais admet­
deux ou trois foyers de guerre civile. Pour tons quelle soit excellente, 306,000 hommes
juger de la possibilité qu’il y avait à guer­ sont peu pour tenir tôle à l’Europe. U faut
royer alors, je vous renvoie à un article du mobiliser en outre 400,000 hommes de gar­
Courrier du 17, où il traite cette question à des nationales, ce qui n’esl pas petite affai­
l’occasion des brillants discours de MM. re. J’admets encore cette organisation ache­
Lamarque et Mauguin, Ces messieurs nous vée au mois de mai, n’y aura-t-il pas après
ont prouvé leur talent oraioire plus que leurs des chances terribles à courir ? Où est la tê­
qualités d’homme d’ctai et de bons patriotes. te assez vaste pour diriger toutes ces mas­
Comme leur dit le Courrier, il ne faut pas ses, pourvoir à leurs besoins et les faire
crier sur les toits qu’on veut la guerre. On concourir à ud plan d’exécution commun ?
hâte par là les préparatifs de l’Europe sans Où nous conduiraient quelques batailles per­
accélérer les nôtres, qui vont aussi vite dues ? El qui peut assurer qu’on n’en per­
que possible sous le nouveau ministre.
dra pas ? Une bataille perdue dans le nord
Le premier ministère à perdu trois mois et dans l’est amènera l’ennemi à Paris. C’est
bien précieux 1 Nous devrions être prêts au­ la conséquence du système de guerre mo­
jourd’hui comme nous le serons à la fin d’a­ derne, il ne rétrogradera pas. Tout ne serait
vril. Réellement nous ne le serons passable­ pas perdu parce que 200,600 hommes se­
ment ( ce qui ne veut pas dire très bien ) raient à Paris ; mais il faudrait que toute la
qu’à la fin de mai. Nous aurons alors300,000 France se mît en armes, si elle avait des
hommes, dont 220,000 de quatre a cinq mois armes, et une grande partie de ses provin­
de service. C’est beaucoup pour les journa­ ces seraient entièrement ravagées. Les enne­
listes ; c’est trop peu pour. nous. On se rap­ mis de la chose actuelle se soulèveraient par­
pelle que la principale cause des désastres de tout et organiseraient des foyers de résistan­
Napoléon sur l’Elbe et l’Oder fut la jeunes­ ce pour augmenter nos embarras. Enfin
se de ses soldats. « Si j’avais eu mes soldats j’admets que l’invasion soit repoussée; nous
« d’Italie et d’Ausierlilz, j’aurais changé mes
« opérations de manière à les rendre plus
(1) Avec le système de guerre actuel, ils eussent^
« décisives,» disait-il. Ailleurs il dit : «Mon été sans remède.
£5

Dans les conditions actives de ma navi­
gation, depuis mon départ de Brest, plu
sieurs bâtiments n’ayant pas rallié mon
pavillon, et en l’absence de AI. l'aumônier
r

' • «’ •

’ Il"» WflTI

(T^Swëâboig avec les forces suivantes :
tiepüme, de 120; Saint-Georges, de 420 ;
Prince Ragent, de 90 ; Minusch, de 84 ; Boscaven, de 70} Cumberland, de 70; Ajnx, de
60 ; Bulldog, de 6, a roues, 2 vaisseaux de

dans les petites comme dans les fortes 1er
res, sont chargées de graines. Les pom­
mes de terre, les lins et les colzas promet
lent également d’abondantes récoltes.
Quant à la persistance des pluies, nous

la liberté. Si nous l'avons malgré notre pru­
n’en serons pas moins ruinés pour long­ la patrie, nous jeter de nouveau dans la car­ dence, il faut la faire en désespérés, avec
temps, et nous aurons perdu l’élite de nos rière des dangers, des fatigues, des priva­ tous les moyens dont nous pouvons dispo­
citoyens. — Il nous restera il est vrai des tions, pendant que nos jeunes écrivains nous ser. J?, dis p us, il faut demander sur-leencouragent de la voix et do geste , sans
parleurs et des écrivains.
chamj des garanties, s’il y en a, aux dilTéIl est prouvé que les lettrés no sont pas quitter l’opéra, la danseuse, l’actrice, le r- ntescours ; et stla guerre est reconnue
Caveau
,
le
Rucher
de
Cane
de.
Eh
1
mes
­
pressés d’arriver sous le drapeau de la
inévitable,• il faut' la commencer le plus fût'
patrie. J’espérais que nos régiments se re­ sieurs , n'écrivez pas tant, ne criez pas si possible, afin de ne pas attendre la conci nhaut,
et
agissez
uft
peu
plus.
Sachez
quit
­
cruteraient en partie de ces jeunes gens de
trafioii(iesarmées.ennemi( s, et de faire.déci­
nos écoles qui montrent tant de patriotisme ter les douceurs de la grande cité pour ve­ der toitdesuile les.peuples qui sympathisent
dans leurs écrits, dans leurs discours, dans nir au bivoua.c, le sac sur le dos. Beaucoup avt c tous. Malheureusement, nos recrues
d’entre vous ont été braves trois jours ;
leurs journaux. Aussi j'attendais avec impa
re son pas ' encore habillées et ne sauront
tience les recrues qui nous étaient annon­ mais ce n’est pas assez pour faire respecter l’exercce qu’à la fin de mars (4) Si nous
au
dehors
la
Révolution
de
Juillet.
Si
l

épée
cées. Le jour de leur arrivée est connu. Je
réu-sisons, il faut changer la face de l’Eu­
cours au-devant d’elles avec nos officiers est tirée, il faudra guerroyer pendant des rope.
années.
Pour
être
conséquent
avec
vos
pa
­
et ma musique. Je leur rends les mêmes
En pendant et quoi qu’il arrive, il faut
honneurs qu’on rendit aux vainqueurs d’Aus­ roles et vos écrits, il faut former de nom­ orgâuisr la garde nationale mobile sans la
breux
bataillons
de
vo
l
ontaircs.
Venez,
nous
terlitz. Bientôt il faut les répartir dans les
mobilier, parce que c’est trop cher, mais ’a
compagnies. Les officiers s’intriguent alors vous offrons la droite. Voudriez-vous lais­ . réunir quelquefois. Malheureusement . la
ser
aux
guerriers
géronles
le
soin
de
sauver
po.tr obtenir le plus oo-sible de ces jeunes
Chamh? à gâté la loi. Le Roi peut, il est
gens qui ont signalé leur nom par quelques la patrie ?
vrai, vvéméd'er eu grande partie. Qu’on se
chauds articles-sur la nécessité do la guerre
Je m’emporte peut-être et ma mine en fureur
dépèch, cela presse.
pour étendre la liberté à tous les peuples.
Versé dans ses discours ü'rnpde fiel et d’aigreur.
Je caviens que cette Chambre a L it des
Vain espoir! nous n’en trouvons aucun.......
fautes?} je dis toujours qu’il faut la dissou­
Je
conviens
que
j

ai
tort.
Ces
jeunes
gens
Où sont donc les messieurs qui sont tombés
dre ajès qu elle aura fait le plus pressé.
au sort? Ils se sont fait remplacer, répondent sont faits pour penser et gouverner; nous, Le mistère passéa aussi commis quelques
pour
nous
battre.
Cependant
Eavier
leur
a
les laboureurs. A peine un vingtième sait li­
fauteSua plus grave, et celle qu’on lui a
re et écrire de manière à faire un caporal ! .. donné rendez-vous au camp. Ils y feront , peu rgochée, est d’avoir trop lardé à or-,
besoin
si
leurs
vœux
de
guerre
son
exaucés.
Nous reconnaissons que le fardeau de la dé­
Après cette sortie , voici mon opinion sur
fense du pays est encore laissé à ceux qui
(1) C(seul prouve l’inconséquence,l’ignniance et
sont chargés d’en cultiver le sol !... Et nous, la guerre: Il faut l’éviter parce que, l'ayant,
restesmutilés des guerriers de la République nous l’aurons avec l’Europe; que la partie l’injusiide certains journaux qui gourrnandent de
et de l’Empire, nous courons, à l’appel de n’est pas égale et que nous compromettons ce que guerre u’e&l pas coinnicucéc.

infants trouvés. —Envoi de certificats de
vie. —Caisse municipale. — Envoi au mai­
re, parle receveur, de la récapitulation des
recettes et dépenses du mois précédent. —
liureaux de charité. — Le receveur en­
voie l’étal de mouvement de I;
'
1 *

ganiser les forces militaires. J’en gémis tous
les jours. Gela est bien autrement grave que
d’avoir retardé la loi d’élection. Tout peut
en être compromis.
Vous conviendrez aussi, j’espère, que les
Chambres et les ministres ont été attaqués
d'une manière trop virulente. Ce n’était pas
en amis des lois et du pays qu’on relevait
leurs fautes : c’était en ennemis jurés du
Pouvoir. On voyait percer chez les uns lerépublicanisme, chez les autres l’ambition.—
Vous me répéterez peut être que je parle en
homme qui tient au Pouvoir Ah l mon ami,
si vous lisiez au fend de mon cœur, vous
verriez que je ne tiens qu'à la Duran ie. Je
resp reap'ès le moment où. je pourrai y-ren­
trer avec honneur. Qu’avais-je lies >in de cher­
cher autre chose que ce que j’avais ? 20.000
francs de rente, une femme excellente, n’est
ce pas assez pour être henreux?Et pourquoi
ai-je troqué tout cela ? Déjà je mène une vie
de galérien. Plus tard j’aurai les osi brisés
sur quelquo champ de bataille. Quelques
honneurs, un grade peut-être, peuvent-ils
me dédommager ? Soyez bien convaincu que
si je n’avais consulté que. mes goûts et. mes
intérêts, je serais resté chez moi, où. j’avais
toui ce que l’homme raisounab’e peut dé­
sirer. N’y a-t-il pas folie à voulo:r être plus
qu’heureux, ? Je suis bien décidé à rentrer
si la paix n’est point troublée.'
La Tribune dit, que la Chambre « fait

Quoique la question des assurances mi­
litaires ait aujourd’hui perdu une' grande
partie de son intérêt, à cause de la forma­
tion accomplie du contingent de celte an-

exprès la loi pour désorganiser la garde na­
tionale; vous dites que la meilleure loi d’é­
lection pour la Chambre serait celle qui la
perpétuerait. Jecro's qu’il y a injustice dans
ces deux assertions. Il y a à la Chambre do
très-braves gens qui craignent sincèrement
de \oir tout boule\erser en portant l’exagé­
ration dans les lois. Ceux qui n’ont pas de
places et n’en demandent pas doivent être,
bien fatigués. Je le serais rudement à leur
place. — Malgré mon amour pour le progiès, je ne cro's pas que l’époque soit venue
où tous les citoyens puissent être appelés à
élire, ni que le principe d’élection puisse
être introduit pour tout. Faites auparavant
quêtons les Françaisso’entéclairés. —Quoi­
que vous «oyez électeur, je ne vous fais pas
ma cour. Je ne veux tromper pe sonne. Si
l’on cherche en moi on républicain on ne le
trouvera pas, mais bien un ami sincère de
la liberté, et je crois le prouver par ce que
je fais , [dus (pie p r ce que je dis.
BCGE-ACD. ,

Les grands assortiments de cetleMaison justifient la vogue toujours crois­
sante dé l’Etablissement, qui ne laisse
rien à désirer sous le rapport de la ri­
chesse , ni sous celui de l’élégance,
et où les daines trouvent, en toutes
saisons , la plus belle nouveauté en
Mercerie fine, Tapisseries, Lingeries, Bro­
deries , Dentelles , Voilettes, Parures de
mariée, Fleurs, Rubans, Velours, Crêpés’,
Chapeaux de paille, Fournitures pour mo­
distes , Calons et Boutons fantaisie pour
garnitures.

till

CHAUSSUR
Brevetée s. g. <î. g.—Sysl
S. MJPlTi'S, fabrîcrtBi

Chaussures faites à la mécanique, supprima
joint ia semelle à l’empeigne, La supériorité in
sous tous les rapports, a valu aux fondateurs u
à l’exposition rJe 1849. — I’kize medai., expo
pas confondre ces chaussures avec celles à rive
sont imitation, cl n’ajoyler foi qu’à celles revêt

Malheureusement, ces vérités, si crûment
et si spirituellement exprimées, n’étaient pas

proclamées à la tribune et ne pouvaient
avoir aucun écho dahs le pays.
Cependant le parti de la guerre persistait

dans ses illusions j la presse, les orateurs

Seul dépôt a Pékigubox, maison B!

I



ririi’H. nnr

-n n H n n n r nn ; ? 7 -

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