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Fait partie de Complainte nouvelle, air de la complainte de Fualdès ou de la Magdeleine

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COMPLAINTE NOUVELLE
CLw

Jeunes gens et demoiselles
Qui habitez Périgueux,
Que des larmes de vos yeux
Coulent au récit fidèle,
Du crime d’un jeune amant
Accusé d’enlèvement.
L’an mil huit cent vingt-quatre,
Arriva de Montauban,
Chef-lieu de département,
Et dans un superbe fiacre,
Un jeune homme, très-gaillard,
Qu’on nomme Monsieur B... ... Billard
Surnuméraire des postes,
Il se dit en arrivant,
Et son brevet l’indiquant
Au commissaire qui l’accoste,
Il courut droit au bureau,
Dans la maison Démarteau.

Son directeur lui demande,
Aussitôt qu’il est entré ,
Voulez-vous être installé
D’aujourd’hui ? Quelle demande î
Je perdrais bien autrement
Tout un jour d’appointement.
Ce ton fier et d’arrogance,
Fit penser au directeur
Qu’il cachait dedans son cœur
Beaucoup trop de suffisance,
Et qu’il finirait bientôt
Par n’habiter qu’un cachot.

A son air si flegmatique,
On n’aurait jamais pensé

Que le sieur Montalbanais
En amour eût la tactique,

Dont je vais vous faire part :
Écoutez, vous aller voir.

A la sortie de la messe,
Au mois d’avril, l’an dernier,’
Il allait se promener
Et courait avec vitesse,
Quand suivant la rue de l’Oie,
Il rencontre un beau minois.
Sa surprise fut extrême,
Et s’arrêtant à l’instant;
Il lui dit fort joliment,
Ma petite je vous aime,
Et pour parler sans détour,
Je sens pour vous de l’amour.
La jeune fille sans mot dire,
Continuait sou chemin ;
L’autre lui dit je vois bien,
Et je vous le dis sans rire,
Que votre cœur est promis
A quelqu’un de ce pays.

Après un mois il s’enquête
Des moyens de la revoir,
Et perdant déjà l’espoir
D’une si belle conquête,
Il lui parvint à l’idée
Qu’il fallait lui faire parler.
Aussitôt il se transporte
Dans la rue de l’Abreuvoir,
Il était plein de l’espoir
Qu’on lui ouvrirait la porte;
Et que sur le champ Mion
Ferait sa commission.

Il frappe donc à la porte,
On lui cria, qui est-là?
Ayant répondu c’est moi;
Il le dit de telle sorte,
Que Mion fort aisément,
Reconnu le tendre amant.

MxO (Poiiijjfctriifcc_J> 7)0 (5uafô^â_ _ ou

MxxJ> J1T, acpefaiviej,

Vous pouvez, lui répond-elle,
Vous en retourner, monsieur,
Car on doit être porteur,
Quand on va pour voir la belle,
De quelqu’argent : et je sais,
Que vous n’en avez jamais.

Je ne puis messieurs et dames,
Vous apprendre exactement
Comment cet enlèvement
Eut lieu : mais on dit qu’un âne,
D’autres disent un hardot,
L’emporta au grand galop.

Effrayé de la nouvelle,
Il avoue que c’est bien lui
Qui a, la dernière nuit,
Fait disparaître la belle ,
Mais qu’il va, bien promptement,
La remettre à ses pareils.

Tout confus de l’aventure,
Il s’en retourne aussitôt,
En disant vieille Margot,
Tu me le paieras je jure,
Oui , tu la paieras Mion,
Ou bien je perdrai mon nom.

La mère fort étonnée,
Le matin en se levant,
D’apprendre l’enlèvement
De sa fille si bien gardée,
Courut, vous saurez pourquoi,
Chez le Procureur du Roi.

Quoiqu’ici, dans cette ville ,
Sou courage soit connu ,
Il ne croit pas superflu ,
En quittant les bords de l’Isle,
Pour se rendre à Azerac ,
De s’armer de pied en cap.

Au bout d’un mois , trois semaines,
Temps qui fut bien long pour lui,
A l’approche de la nuit,
L’air inquiet, la face blême,
II rencontre par bonheur
L’objet si cher à sou cœur.

Monsieur , en entrant dit elle ,
Je viens pour vous dénoncer
Un crime qui fait trembler
Et me trouble la cervelle ;
Vous pouvez, je le sais bien,
Faire arrêter le coquin.

Il se rend en conséquence
Chez tous les arquebusiers,
Les bouchers, les épiciers,
Et les marchands de faïence
Afin de leur emprunter
Des armes pour s’en aller.

Un moment il l’examine,
Ne pouvant en croire ses yeux,
Mais la reconnaissant mieux,
Il change aussitôt de mine;
Et s’approchant , il lui dit,
Il fait beau temps aujourd hui.

Le Magistrat lui demande,
De quel crime s’agit-il?
Hélas ! grand Dieu se peut-il
Qu’un pays comme la France,
Puisse, dit-elle, aujourd’hui
Nourrir un si grand bandit.

Dans deux heures et demie
Il trouva neuf pistolets,
Quatre sabres, deux briquets ,
Dont un lui sauva la vie,
Un jour qu’il fut en champ clos
Pour d’assez graves propos.

La jeune fille étonnée
De lui trouver tant d’esprit,
Aussitôt lui répondit:
C’est une belle journée;
Pourtant, monsieur, je crains bien
Qu’il ne pleuve tout demain.

Enfin , elle lui explique
Comment, la dernière nuit,
Un voleur s’est introduit,
En passant dans la boutique,
Jusqu’à la chambre gardée
Où sa fille était couchée.

Il court, sans que rien l’arrête,
Chez Délage , voiturier,
Et lui demande à louer
Une espèce de charrette,
Dont il fait un arsenal
Traîné par un vieux cheval.

Leur conversation finie,
Il fallut se séparer ;
Mais se mettant à pleurer:
Adieu donc, ma chère amie!
Lui dit-il bien tendrement,
Je suis votre cher amant.

Qu’alors , profitant sans doute ,
De l’instant où l’on dormait,
Malgré la pluie qui tombait,
Tous deux s’étaient mis en route,
Mais qu’elle connaissait bien
L’auteur d’un si grand larcin.

Il s’éloigne de la ville;
Mais quoiqu'armé jusqu’aux dents,
11 craignît pendant long-temps
Que les parens de la fille
Instruits qu’il était parti
Ne courussent après lui.

Depuis ce moment terrible,
Cette fille chaque jour,
Sentait croître son amour,
A tel point que sa famille,
S’aperçevant de cela ,
Lui dit un jour halte-là!

Le Magistrat la console,
Lui dit retournez-vous en ;
Je vais mander à l’instant
Le champion qui vous désole ;
Et vous reverrai demain,
L’objet de votre chagrin.

Dans la plus grande impatience,
Ou attendait son retour,
Lorsqu’il arrive un beau jour
Après quelque temps d’abseuce;
Mais la jeune fille hélas !
Avec lui ne revient pas.

On la prend , on la renferme
Sous un énorme verrou ;
Ce n’était que par un trou ,
Et qu’une fois la semaine,
Qu’on pouvait voir le tendron
Qui se nomme aussi Mion.

Une heure après se présente,
Je ne dirai plus son nom ,
Pâle et tremblant comme un jonc,
Il demande à la servante ,
S'il peut, sans indiscrétion,
Se présenter au salon.

Vous allez, messieurs, me dire,
Mais qu’est-elle devenue?
Si celte fille est perdue,
Il n’y a pas de quoi rire;
El c’est un évènement
Malheureux, assurément.

Dans cet état d’esclavage
Elle s’ennuyait autant,
Qu’une femme de vingt ans
Dans un état de veuvage,
Mais aussi vous allez voir
Qu’elle partit un beau soir.

Voyant aussitôt paraître
Le Magistrat qui l’attend ,
Il éprouve un tremblement,
Comme s’il eût eu la fièvre,
Et d’un peu plus le garçon
Tombait comme un sac de plomb.

Je réponds, messieurs et dames,
Que, quoiqu'éloiguée d’ici,
On fut instruit mercredi
De la part de plusieurs femmes,
Qu’elle était à Azerac,
A deux lieues de Tourtoirac.

Qu’il est vrai ce vieux proverbe ;
La clef d’or ouvre partout:
Car j’aurais parié mon cou
Que sans ce métal superbe,
On n’aurait point vu Mion
Se sauver de sa prison.

Rassurez-vous , je vous prie,
Et ne tremblez pas surtout;
Si j’ai dépêché Brigout,
Ce n’est pas avec l’envie,
Ni avec l’intention
Que vous couchiez en prison.

Jeunes filles de la ville,
Sexe aimable , intéressant,
Qu’un pareil évènement
Connu dans chaque famille,
Dire ne vous fasse point,
Garçons, vous ne valez rien.

Son amant qui s’inquiète
De ne pouvoir lui parler,
Pense que pour l’enlever,
Il faut une bonne tête;
Aussi ne choisit-il pas
Un imbécille pour ça.

Cependant la voix publique
Qui se trompe rarement,
Vous accuse en ce moment,
Non d’un crime politique ,
Mais d’un crime différent
Qui conduit droit au carcan.

Tous pleins de délicatesse,
Ils savent vous estimer,
Et sa veut trop vous aimer
Pour qu’une telle bassesse
Puisse habiter dans leur cœur,
Croyez qu’ils ont trop dllionneur.^

î.