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Fait partie de Le souterrain-refuge de Loubatour

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LE

SOUTERRAIN-REFUGE
DE LOUBATOUR
PAR

Franck DELAGE
de la Société historique et archéologique du Périgord.

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PERIGUEUX
mprimerie Ribes. 14, rue Antoine-Gadaud

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LE SOUTERRAIN-REFUGE DE LOUBATOUR

Le petit village de Loubatour occupe un plateau de très
faible étendue, au pied du massif montagneux que couvre
l’antique forêt de Vieillecour. Il est à trois kilomètres à
peine de Saint-Pierre-de-Frugie (chef-lieu de la commune
dont il fait partie) et à 1.500 mètres de la frontière de la
Haute-Vienne. Par son paysage et par la nature du sol, Lou­
batour est Limousin. A l’altitude de 370 mètres, l’argile
micacée ne peut avoir qu’une faible épaisseur ; sous ce
manteau froid et pauvre, le sous-sol est un tuf d’origine
granulitique, presque aussi résistant qu’une roche, propice
au creusement de ces souterrains que l'on compte par cen­
taines dans le Limousin. Ces antiques refuges ont, en général,
bien résisté aux siècles. Tel est le cas du souterrain-refuge
qui fut découvert en 1911 (ou 1912) aux abords du village de
Loubatour (1).
Un tertre de faible hauteur, — et qui nous a paru artificiel,
— protégeait la partie antérieure du souterrain. L’entrée
(1) Ce souterrain a fait l’objet d’un mémoire de M. P Labrousse publié
dans le Bulletin de la Société archéologique de Bordeaux, t. XXXIV, procèsverbal de la séance du 14 novembre 1913, p. lxi-lxii et p. 64-67. La descrip­
tion de M. Labrousse n’est pas accompagnée d’un plan. Grâce à un examen
personnel, nous pouvons compléter les indications déjà données. Nous y joi­
gnons un plan qui a été dressé, avec cotes numériques, en 1916, par M. Hais ;
nous devons ce plan à l’obligeance de M. le IV Clappier. Le souterrain de
Loubatour a été appelé à tort par le premier descripteur « station préhisto­
rique » ; cette fausse dénomination passa dans le Bulletin de l’Union histo­
rique et archéologique du Sud-Ouest, 9’ année, n° 1-2, 1917, d’où elle passa
encore dans le Bulletin de la Société historique et archéologique du Péri­
gord, t. LIV, 1917, p. 238.
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542

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primitive, qui était orientée au N.-N.-E., a été modifiée par
les propriétaires qui ont établi sur le côté ouest une autre:
entrée comportant une descente de quatre marches. (A du
plan.)
L’ancien couloir d’entrée, large de 0m70, et long de lm80,
se coudait brusquement à droite vers l’ouest, et présentait,
dans la paroi de gauche, un poste de garde en cul-de-four,
haut de lm20, profond de 0ra80 et large de lm à l’entrée (B). Là
commençaient les barrages destinés à interdire l'accès à
toute personne indésirable. On distingue sur les parois, six
cavités (trois de chaque côté) où s’enfoncaient les barres
maintenant les portes ou panneaux de clôture.
Dans le parcours, on trouve une nombreuse série de cavités
ou de feuillures destinées à cet usage, 34 en tout (peut-être 36,
selon M. Labrousse). C’est au moins 10 barrages, à notre
avis, que des assaillants auraient dû forcer successivement
avant d’arriver aux derniers réduits, qui se trouvent à 16 et
18 mètres de l’entrée.
La galerie B, longue de 3m35, tourne à gauche en faisant un
angle de 100 degrés. Gardant une largeur régulière de 0m65,
haute de lm35 (partie C du plan), longue de 3m85, elle reprend
la direction de la section initiale A. On constate, depuis
l’entrée, une pente assez sensible. Dans la partie C, la pente
est de 0m65; elle atteindra finalement 2m, de façon que le
plafond des chambres puisse avoir par dessus une épaisseur
de tuf suffisante.
La galerie C débouche dans une salle D dont les deux
diamètres mesurent 3m et et 2m40 (1). Cette salle, en partie
rectiligne, en partie curviligne, peut se représenter par la
forme d’une pelle dont le manche serait la galerie antérieure.
La voûte est conique, comme serait une hutte de branchages,
comme étaient, dit-on, les chaumières gauloises. La hauteur
(1) La description de M. Labrousse porte 2m57 et 3m56. Nos chiffres sont
plusieurs fois en divergence avec les siens. Ces divergences sont fréquentés,
dans les descriptions de souterrains à cause .des angles qui faussent les points
initiaux des mesures, et selon que l’on serre les parois de plus ou moins
près.



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maxima est de lm80 ; un trou d’aération se voit au sommet
du cône.
Puis une galerie étroite (E), ayant 0m60 et 0m70 de large,
une longueur totale de 3m20 sur lm20 de haut, conduit à une
autre salle (F) qui semble une sorte de grand vestibule, un
élargissement du couloir, plutôt qu’une véritable chambre.
L’entrée à lm15 de large ; les deux axes font 2m73 et lm55 ; la
hauteur est seulement de lm40 ; un trou d’aération est percé
au milieu de la voûte cintrée.
Trois ouvertures sont creusées dans les parois de cette
salle. Sur la paroi sud-est (G) un boyau large de 0m70, long
de 0m50 et haut de 070, donc un « trou d’homme » où l’on
ne passe qu’en marchant sur les genoux, conduit à une
chambre de forme irrégulière, un rectangle tronqué par un
pan coupé (H). Si l’on ne tient pas compte de cette partie,
les dimensions sont de 2m40 (nord-sud) et 2m75 (est-ouest).
Cette salle a un trou d’aération (ou cheminée, au besoin).
De la salle F, sur la paroi nord, un « trou d’homme » (I)
presque identique au précédent (0m70 en toutes dimensions)
et en déclivité assez marquée; mène à une petite salle circu­
laire (J), sorte de « resserre », dont le diamètre est de lm15
avec lm30 de hauteur. Une petite marche est taillée à l’entrée.
Peut-être ce caveau est-il seulement l’amorce d’une salle qui
devait être portée à de plus grandes dimensions, mais est
restée inachevée.
Sur la paroi ouest de la même salle F, s’ouvre une troi­
sième issue (K). Un couloir coudé (d’abord est-ouest, puis
nord-sud), large d’abord de 0m70 et finalement de 0m60 et
arrondi au coude ouest, et long de 2m80, conduit à une
dernière salle (L), qui terminé l’ensemble et n’a pas d’autre
issue. De forme régulière, quadrangulaire (mais avec les
angles arrondis comme d’usage dans les souterrains tuffeux),
elle mesure 2m25 sur 3m42, avec hauteur maxima de lm60.
C’est la salle la plus grande du refuge. Au plafond sont
percés deux trous d’aération ayant de 6 à 8 cm. de dia­
mètre.
Cette pièce offre une particularité intéressante : c’est un
puits circulaire (M), creusé près de la paroi Est, large de

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0m70 sur 075, et profond de 0m90. En réalité, on en ignore
la profondeur ; il nous a paru que ce puits avait été comblé.
C’était peut-être un silo pour conservation de graines et de
fruits secs (seigle, châtaignes, etc.). Il est regrettable que les
propriétaires n’aient pas retiré les pierrailles et la terre
amoncelés, de façon qu’on pût examiner cette excavation et
en déterminer l’usage véritable.
C’est cette salle L qui a livré les seuls vestiges d’habitat
qui restassent dans le refuge. Mais c'étaient seulement quel­
ques os d’animaux, des cendres, des charbons, et des tessons
de poteries grossières tournées à la main. En conséquence, il
n’a pas été possible de préciser l’antiquité de cette habita­
tion (1).
En résumé, le souterrain de Loubatour peut se caractériser
par les traits suivants : l’étroitesse des couloirs de commu­
nication ; les changements brusques de direction de ces
couloirs ; la déclivité assez forte de l’ensemble ; la tendance
générale à la forme quadrangulaire pour les salles ; la mul­
tiplicité des trous d’aération ou cheminées ; le grand nombre
des barrages intérieurs ; l’habileté à reprendre, d’un bout à
l’autre de l’ensemble, l’orientation nord-nord-est — sud-sudouest, chaque fois qu’elle a été rompue par un coude.
Franck Delage.
(1) On se gardera bien de suivre ceux qui, non contents d’attribuer ce
souterrain au haut moyen-âge, ou à l’époque gallo-romaine ou même gau­
loise, ont cru pouvoir l'attribuer « soit à l’époque magdalénienne et solu­
tréenne, soit à la phase moustérienne de la période paléolithique. » Sans
■offenser personne, c’est jongler aisément avec les millénaires.