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Médias

Fait partie de Bugeaud, duc d'Isly, maréchal de France le conquérant de l'Algérie

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BUGEAUD,
DUC

D’ISLY,

MARÉCHAL

DE

FRANCE,

LE

«

CONQUÉRANT DE L’ALGÉRIE,

PAR

M. F. HUGONNET,
Ex-Capitaine,
Chef d’un bureau arabe, auteur des Souvenirs d’un chef de bureau arabe.

PARIS,
LIBRAIRIE MILITAIRE DE LENEVEU,
RUE DES GRANDS-AUGUSTINS, 18,
PRÈS I.F. PONT-NEUF.

1859

r.e,
pz.

EXTRAIT DU SPECTATEUR MILITAIRE (OCTOBRE 1859)

Paris, _ Imprimerie de L. Martinet, me Mignon, 2.

BUGEAUD,
DUC D’ISLY, MARÉCHAL DE FRANCE,

LE CONQUÉRANT DE L’ALGÉRIE,

Nous avons surtout à étudier dans le maréchal
Bugeaud, le conquérant de l’Algérie, le créateur du
mode de guerre qui devait nous assurer la conquête et
la conservation de ce vaste pays, le gouverneur de
notre colonie méditerranéenne. Nous croyons cepen­
dant devoir commencer par quelques pages sur la partie
de la vie du maréchal qui a précédé la guerre d’Afrique ;
elle nous fera mieux connaître l’homme illustre dont
nous voulons honorer la mémoire.
Bugeaud de la Piconnerie (Thomas-Robert) est né
à Limoges le 15 octobre 1784. Il fut nommé caporal
à Austerlitz (1805), et sous-lieutenant l’année sui­

vante. Après avoir fait les campagnes de Prusse et de
Pologne, il se rendit en Espagne avec le grade de lieu­
tenant adjudant-major, et il ne quitta plus ce pays
jusqu’en 1814.

Capitaine d’une compagnie d’élite, il se distingua
dans plusieurs circonstances, notamment au siège de
Tortose. Chef de bataillon devant Tarragone, il chasse

I

— 4 vigoureusement une colonne de Valenciens; il rend
chaque jour des services importants à l’armée d’Ara­
gon par son activité, son audace, son entente des
petites opérations de la guerre. Entre autres faits sail­
lants, le commandant Bugeaud était chargé par le
maréchal Suchet du commandement de l’arrière-garde
lors de la retraite qu’opéra l’armée d’Aragon après la
bataille de Vittoria. Pendant l’hiver 1813-181 à, il
avait sur le Lobrégat la direction des avant-postes,
genre de service dans lequel il s’était surtout fait re­
marquer, et c’est en cette qualité qu’il enleva plusieurs
détachements ennemis, et eut par suite à supporter
lui-même des attaques qu’il repoussa toujours avec
succès.
Lieutenant-colonel du 14° de ligne (1813), puis

colonel du même régiment l’année suivante, Bugeaud,
aux Cent-Jours, se retrouva à l’armée des Alpes sous
les ordres du maréchal Suchet. Ici il fut chargé du
commandement de l’avant-garde, et ne tarda pas à
renouveler ces hardis coups de main par lesquels il
s’était fait connaître à l’armée d’Aragon. Le 15 juin,
il enlève un bataillon de chasseurs piémontais; le 16,
il rencontre une brigade, la force à se retirer en lui
faisant 200 prisonniers. Le 23, il détruit un autre
bataillon à Moustier. Le 28 juin, au moment où il
venait de recevoir le bulletin de Waterloo, il n’hésite
pas à poursuivre ses opérations ; il harangue ses hommes,
leur parle de la France, de l’honneur du drapeau, et
tombe sur les Autrichiens. 11 accomplit, en cette occa­
sion, un fait d’armes extrêmement glorieux, dont le

souvenir est fêté chaque année dans le pays même.
Pendant dix heures de combat le colonel Bugeaud eut
à tenir tête, avec ses 1,700 hommes, à 10,000 Autri ­
chiens, et il sut si habilement manœuvrer qu’il finit
par les chasser en leur tuant 2,000 hommes et en
leur faisant 1,000 prisonniers. Les détails compliqués
des mouvements et incidents partiels de cette journée
ont été relatés par le maréchal lui-même.
Licencié au retour des Bourbons, Bugeaud se retira
dans le Périgord et se fit cultivateur. Il porta dans ses
nouvelles occupations la même activité, la même intel­
ligence, le même besoin de trouver des procédés nou­
veaux, préférables à ceux que nous lègue la routine.
11 contribua puissamment aux améliorations agricoles
qui se produisirent autour de lui, et, pour caractériser
d’un mot son rôle à ce point de vue, il suffit de rappeler que ce fut lui qui organisa le premier comice
agricole, institution qui devait avoir grand succès et
s’étendre rapidement.
Enfin arriva la révolution de 1830; le colonel Bu­
geaud fut remis en activité, comme la plupart des
licenciés de 1815 qui voulurent reprendre du service,
et il ne tarda pas à être nommé maréchal-de-camp
(1831). Peu de temps après, le général Bugeaud fut
chargé d’une mission qui eut une très grande impor­
tance dans sa vie, car elle fut en partie cause de l’ani­
mosité que la presse dite libérale ne cessa de lui porter.
C’est lui qui garda à Blaye, et plus tard conduisit à
Païenne, la duchesse de Berry. Or, bien qu’il se fût
acquitté de son devoir avec convenance et courtoisie.

6

un député, M. Dulong, osa lui reprocher en pleine
chambre de s’être fait geôlier. Un duel s’eu suivit, et
M. Dulong, qui était fort aimé de ses amis du parti de
l’opposition, perdit la vie. De là la haine de certains
journaux pour le général Bugeaud. Ils ne reculèrent
devant aucune calomnie pour ternir sa réputation ; en
voici un exemple concluant. Le général Bugeaud com­
mandait une partie des troupes employées contre
l’émeute en avril 183â. Les habitants d’une maison de
la rue Transnonain ayant été passés au fil de l'épée par
un détachement d’infanterie, on s’empressa de rejeter
tout l’odieux de cette exécution sur l’homme qui nous
occupe, bien que celui-ci, — des preuves plus que
suffisantes en ont été fournies, — n’ait eu aucune
action sur les troupes de la rue Transnonain, qui
n’étaient pas sous son commandement.
Cette malveillance de la presse a été très préjudi­
ciable, croyons-nous, au général Bugeaud, en ce
qu’elle a dû nuire aux intérêts de sa renommée. Luimême s’en est impressionné parfois très vivement, et
s’est mêlé à la polémique avec une certaine acrimonie.
On lui a même fait un reproche de s’être montré trop
sensible aux attaques des journaux, et cependant la
portée de ces dernières est telle qu’elles suffiront pour
empêcher de longtemps que la célébrité du maréchal
Bugeaud devienne très populaire. C’est là une de ces
injustices de l’opinion qui ne sont que trop communes.
Ainsi tel maréchal du premier Empire, parce que son
nom est cité dans les grandes batailles du commence­
ment du siècle, dans les bulletins du grand capitaine,

aura peut-être à tout jamais plus de renom que le vain­
queur d’isly, bien que doué d’une valeur militaire
moindre (1). Je me rappelle, pour mon compte, et je le
confesse humblement, que lorsque je sortis de Saint—
Cyr pour me rendre en Algérie, j’étais fort satisfait en
rejoignant mon bataillon, si ce n’est sur ce point, que
notre belle armée d’Afrique fût sous les ordres d’un
chef tel que Bugeaud. J’avais pris à la lettre les accu­
sations d’une certaine presse. Le revirement, comme
on le pense bien, ne fut pas long à se produire dans
mon opinion. Quelques entretiens avec mes nouveaux
camarades m’eurent, bientôt détrompé, jusqu’au jour
où, ayant vu personnellement le maréchal, et l’ayant
entendu parler guerre, je fus convaincu à tout jamais

de sa réelle supériorité.
(1) Il faut avoir entendu parler ie maréchal duc d’isly, l’avoir vu
au feu ou dans l’exercice du commandement, et avoir lu ses écrits
et ses lettres, pour se faire une idée exacte de la haute capacité mi­
litaire de cet homme illustre, taillé à l’antique et grand capitaine
dans toute l’acception du mot. Quiconque l’a étudié reste convaincu
qu’il avait dans la tête tout un système raisonné de faire la
guerre, et la bataille de l’Isly ne fut qu’une application de ce
système à un cas particulier. Les maréchaux du premier Empire,
à l’exception cependant de Gouvion Saint-Cyr, n’eurent jamais ni
grandes conceptions à imaginer, ni entreprises de longue haleine
à conduire, leur gloire n’est pour ainsi dire qu’un rayon de la gloire
éclatante de Napoléon 1er, qui souvent leur dictait jusqu’aux détails
de leurs opérations, de sorte qu’ils n’avaient plus qu’à entraîner
leurs troupes et les maintenir au combat. Le maréchal, au contraire,
a imaginé seul ce qu’il a fait; ses campagnes, sa conquête de l’Al­
gérie, ses victoires, sont des œuvres toutes personnelles qui, n’ayant
jamais été ternies par un seul revers, doivent le faire placer au
premier rang parmi les généraux qui ont commandé des armées.

8 —
Au mois de juin 1836, le général Bugeaud fut
envoyé en Algérie, avec mission de dégager la brigade
d’Arlanges, bloquée dans le camp de la Tafna,-et d’es­
sayer de rendre à nos armes, dans le pays, la supério­
rité morale. Débarqué à la tête de trois régiments de
ligne, il résolut de prendre aussitôt l’offensive, mais il
annonça en même temps une façon toute nouvelle de
conduire les opérations. Il prescrivit d’embarquer pour
Oran l’artillerie, les prolonges, les chariots, et de
garder seulement les chevaux de trait pour en faire
des bêtes de somme. On ne manqua pas d’adresser au
nouveau général de nombreuses objections sur les bons
effets des canons. Mais notre futur gouverneur avait
vu juste; il avait senti que l’artillerie traînée et les
convois de prolonges étaient cause de nos insuccès, en
nous attachant à une direction forcée, en nous ôtant
toute mobilité, en permettant aux Arabes de se grou­
per autour des passages difficiles, et de nous accabler
sans crainte de représailles, en nous interdisant de re­
pousser avec vigueur, fort au loin, dans les terrains les
plus difficiles les contingents ennemis.

Le général Bugeaud exposa ses idées aux officiers,
et chargea l’expérience d’en démontrer l’efficacité. A
la tête de 6,000 hommes, il quitta le camp de la Tafna
se dirigeant sur Oran ; l’ennemi essaya, comme d’habi­
tude, d’inquiéter les flancs et l’arrière-garde ; mais la
colonne expéditionnaire, débarrassée de ses impédi-

ments, et conduite d’une main ferme, repoussa vigou­
reusement les Arabes, et les dégoûta pour quelque
temps,

D’Oran, le général Bugeaud conduisit sa petite armée
à Tleincen, à travers une contrée tout hostile, et livra
près de cette ville le beau combat de la Sikkak, qui
marque le point de départ de la nouvelle manière de
combattre en Algérie. Les masses arabes d’Abd-elKader, poussées à fond avec une vigueur et une per­
sistance qu’elles n’étaient pas habituées à rencontrer,
se débandèrent en perdant beaucoup de monde, laissant
leurs morts et 200 prisonniers, fait nouveau qui ne
s’était pas encore produit. Le général Bugeaud s’en
revint sans être inquiété dans sa marche, et se rem­
barqua pour la France, où l’attendait le grade de lieu­

tenant-général.
Mais Abd-el-Kader n’avait pas tardé à se montrer de
nouveau dans la province d’Oran, à assaillir nos postes,
à couper nos communications. Le général Bugeaud fut
nommé commandant de la province d’Oran, avec la

1

mission de faire un traité de paix avec Abd-el-Kader.
Ce traité fut conclu le 31 mai 1837 sur les bords de la
Tafna : les détails en sont trop connus, ainsi que les
incidents de l’entrevue des deux chefs, pour que nous
les reproduisions ici.
Après la conclusion de la paix avec l’émir, le géné­
ral Bugeaud était revenu en France, où il remplissait
très activement son mandat de député d’Excideuil. Il
prenait souvent la parole à la Chambre, et jusqu’en
1840 il se montra peu favorable à l’occupation cornplète de l’Algérie. Il voyait en perspective, pour la réa­
lisation de cette entreprise, des dépenses d’hommes et

j

d’argent trop considérables. Mais lorsque les Arabes

i
i

10
eux-mêmes eurent recommencé les hostilités en 1839,
lorsque la guerre sainte fut proclamée, que l’opinion
en France se prononça énergiquement pour la con­
quête, le général qui avait seul donné les preuves d’une
capacité militaire à la hauteur de cette tâche dut en
être chargé, et le 29 décembre 1840 il lut nommé
gouverneur-général de nos possessions algériennes.
Nous avons vu que jusqu’à présent, par suite des
incertitudes du pouvoir, on n’avait guère suivi une
même ligne de conduite pendant une année complète.
On avait occupé et abandonné plusieurs fois les mêmes
postes, on avait accompli de beaux faits d’armes, mon­
tré beaucoup d’héroïsme, mais sans en recueillir les
fruits. Nos colonnes ne laissaient pas beaucoup plus de
traces dans le pays qu’elles traversaient que le vaisseau
dans les flots. Abd-el-Kader, qui avait organisé les
tribus et créé une sorte de gouvernement, occupait
toutes les villes de la province de l’ouest, excepté Oran
et Mostaganem, et il avait tous les Arabes de cette
contrée à sa dévotion; il détenait aussi plusieurs points
de la province d’Alger, tels que Boghar et Thaza, et il
exerçait son autorité sur toutes les populations de cette
province, excepté celles de la Mitidja, encore avait-il
des intelligences jusqu’au sein de ces dernières. La
guerre promenait ses horreurs jusque sous les murs
des villes que nous occupions.
Heureusement l’aspect de la colonie va bientôt chan­
ger. Le général Bugeaud n’a plus un simple comman­
dement partiel; il est le chef suprême dans toute
l’étendue de nos possessions du nord de l’Afrique; on

— 11 _

lui a promis tous les subsides dont il aura besoin, et il
se trouve enfin en présence d’une mission digne de ses

mérites divers.
Le nouveau gouverneur, qui se propose de pénétrer
partout en Algérie, de poursuivre les Arabes en tout
lieu avec le plus de célérité possible, supprime tous ces
blockhaus, toutes ces redoutes, ces camps retranchés
où étaient immobilisés, sous prétexte de garder le pays,
des corps de troupes qui perdaient beaucoup de monde
par les maladies, les privations, et ne rendaient aucun
service. Pour assurer la sécurité dans le pays, le gou­
verneur avait un plan bien plus simple et plus efficace ;
il se proposait de forcer les tribus arabes à se sou­
mettre, à reconnaître des chefs pris, il est vrai, dans leur
sein, et à répondre de la tranquillité du territoire (1).
Et, en effet, dès la soumission de la majorité des tribus,
en 1842, on vit sur nos routes et dans les contrées qui
sont situées entre les villes que nous occupions une
sécurité dont on n’avait point encore eu exemple, et
que les plus exigeants n’auraient osé espérer.
On connaît, en général, les détails des combats qui
ont fait l’objet de bulletins officiels, nous nous appe­
santirons de [préférence sur ce qui est moins su du
public.
(1) Un des mérites du maréchal duc d’Isly fut d’avoir un système
précis, un plan raisonné, car, dès qu’il eut prouvé par des succès
que sa méthode était bonne, sa présence personnelle ne fut plus
partout nécessaire, et il put charger ses généraux, et môme des offi­
ciers d’un rang peu élevé, d’agir sur une portion plus ou moins
étendue du territoire africain, d’après les exemples et les préceptes
catégoriques qu’il leur avait donnés.

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Le gouverneur, avec les troupes qui vinrent de
France et celles qu’il tira de divers postes, composa
plusieurs colonnes mobiles qui étaient destinées à rayon­
ner autour de certains points. Ceux-ci étaient les places
importantes que nous occupions déjà ou que nous re­
prîmes à l’émir dès le commencement des hostilités.
C’étaient, dans la province d’Alger, Blida, Médéa,
Miliana, Cherchell, Tenès et Orléansville, lorsque ces
deux dernières furent fondées ; dans la province d’Oran,
Oran, Mostaganem, Mascara et Tlemcen; enfin, dans

la province de l’est, Constantine, Bone, Philippeville,
Sétif et Batua. Le gouverneur lui-même se mettait à la
tête d’une ou plusieurs de ces colonnes réunies, à la­
quelle ou auxquelles il adjoignait quelques troupes de
réserve, habituellement tenues, à cet effet, à Alger ou
à Blida. C’est ainsi que, dès son arrivée, il parcourut
toute la province d’Oran, prenant Mostaganem pour
point de départ ; puis il opéra tour à tour dans les mon­
tagnes arrosées déjà de tant de sang français qui sépa­
rent Blida de Médéa et de Miliana, dans les pays diffi­
ciles qui bordent les deux branches du Chélif et qui
renferment l’Ouarensenis; puis encore dans les régions
montueuses qui s’étendent entre Cherchell et Miliana,
et que peuple la puissante tribu des Beni-Menasser.
Le général Changarnier eut une grande part dans ces
entreprises, et se signala par sa vigueur dans divers
combats. Le général Baraguay-d’Hilliers, les princes
d’Orléans rendirent également de glorieux services.
Pendant ces deux années (1811-1842), le gouver­
neur avait chassé de partout les représentants d’Abd-

I

— 13 —
él-Kader, les khalifas, tels que Berkani, Ben-Àllal-,

Ren-Thami, Bou-ïïamedi, qui avaient commandé à
Médéa, Miliana, Takdempt, Mascara et Tlemcen. îl
avait pris tous les postes occupés précédemment par
l’émir, reçu la soumission de la plupart des tribus, et
forcé le fils de Mahi-ed-Din et ses partisans à se réfu­
gier dans les steppes du Sahara ou dans les provinces
marocaines. L’unité, l’ensemble de la puissance d’Ahdel-Kader étaient à jamais brisés. Il restait bien encore
par-ci par-là quelques points non parcourus, où nous
devions nous attendre à rencontrer des résistances par­
tielles; mais ces opérations devant avoir lieu dans un
cercle restreint, n’étaient pas au-dessus des forces que
pouvaient faire mouvoir les commandants des colonnes
mobiles dont nous avons parlé.
Ainsi Ben-Salem, le seul des khalifas d: Abd-elKader qui lût encore debout, se tenait en Kabyîie,
d’oïi il nous bravait en attendant que son heure fût
venue. Quelques pâtés de montagnes étaient encore
hostiles dans le Dahra, le pays des Flittas sur la Mina,
et la subdivision de Tlemcen; il y avait aussi des tribus
de la province d’Oran, qui, à cheval sur le petit
Sahara et le Tell algérien, nous donnaient beaucoup de
mal, —ainsi que nous l’avons fait, comprendre dans la
notice sur Lamoricière, — pour parfaire la conquête.
Parmi elles, il faut citer les ïïarrar, les Hachem, les
Djafra, les Angad, etc. Quant aux tribus sahariennes,
il ne pouvait encore en être question. A la fin de 1842,
tout le Tell algérien, c’est-à-dire toute la partie culti­
vable de l’Algérie qui s’étend entre la mer et le Sahara,

— 14 —
reconnaissait notre autorité, à l’exception de la Kabylie et des quelques fractions du territoire que nous
avons indiquées, et il ne s’agissait point d’une de
ces reconnaissances d’autorité vagues et indéterminées

comme il s’en était fait autrefois. La tribu, sous peine
de punition, devait assurer la tranquillité sur son ter­
ritoire, payer un impôt, et exécuter tous les ordres qui
lui seraient donnés par l’intermédiaire d’un chef,
cheikh, caïd ou agha, que nous placions à sa tête, et
qui recevait de nous l’investiture. Il n’est pas inutile
de rappeler ici comment se sont faites les soumissions
successives des peuplades algériennes, et quelle est la
nature de l’engagement qui lie le vainqueur au vaincu.
Une tribu harcelée par nos colonnes demandait à se
soumettre ; on lui faisait part des conditions ; si elle les
trouvait trop dures, elle continuait la lutte jusqu’à ce
qu’à la suite de nouveaux désastres elle se décidât à
accepter. Presque toujours les Arabes étaient condam­
nés à payer des amendes en argent ou en bétail ; ils
reconnaissaient pour chefs des hommes investis par

nous, mais qui étaient, pour la plupart, les chefs an­
ciens et habituels de la tribu ; ils s’engageaient, de plus,
à maintenir la sécurité sur leur territoire, à cesser toute
relation avec l’ennemi, et à exécuter nos ordres pour
tout ce qui intéressait la tranquillité et l’administration
générale du pays.
De notre côté, nous promettions l’oubli du passé,
nous nous interdisions de rechercher les fauteurs de
désordres antérieurs à la soumission de la tribu, nous
assurions aux indigènes le respect de leurs mœurs et

— 15 —
de leur religion. Il 11e faut pas l’oublier, c’était là la
teneur de toutes les conventions partielles conclues par
nos généraux et commandants de colonne avec les tri­
bus au moment de leur soumission. Elles n’auraient
point accepté de se rendre à discrétion, et en l’exigeant,
nous nous condamnions à une guerre d’extermination,
incompatible avec le degré de civilisation auquel nous

sommes arrivés. Aujourd’hui donc que bien des gens
ont émis l’idée de nous assimiler quand même les indi­
gènes de l’Algérie, il est bon de faire remarquer qu’en
outre du danger toujours imminent qu’il y aurait à
forcer des masses belliqueuses à changer leurs usages
traditionnels, nous nous rendrions réellement coupables
d’un manque de parole qu’on serait en droit de nous
reprocher à tout jamais.
Pour obtenir rapidement les résultats que nous ve­
nons d’énumérer, le général Bugeaud, montrant
l’exemple à ses généraux, leur avait enseigné à pour­
suivre partout les populations rebelles, et comme elles
ne tenaient plus guère devant nos troupes, et fuyaient
en tout sens, il n’hésita pas à frapper les indigènes
dans les seuls intérêts saisissables qu’ils possèdent; ainsi
les récoltes sur pied, les plantations, les douars de
tentes ou les villages dans les montagnes, les bestiaux,
les silos, tout tombait entre nos mains ou devenait la
proie des flammes. C’était une rude nécessité, mais ou
voulait la conquête, et vis-à-vis des Arabes il n’y avait
pas d’autres moyens de l’assurer (1). Assez longtemps ils
(1) Les razzias du maréchal duc d’Isly étaient conformes aux

— 16 —

s étaient joués de notre longanimité et de notre habi­
tude de ne vouloir faire la guerre qu’aux groupes ar­
més, ce qui nous faisait accomplir de pénibles excur­
sions sans produire de résultats décisifs.
De plus, le gouverneur avait généralisé les mesures
qu’il avait prises jadis pour l’expédition de la Sikkak,
c’est-à-dire qu’il avait supprimé les canons traînés et
les convois de prolonge. Les colonnes mobiles furent
composées ainsi qu’il suit.
L’artillerie n’emmena plus en campagne d’autres
engins que de petits obusiers de montagne portés à dos
de mulets et organisés de manière qu’en quelques mi­
nutes ils étaient déchargés, posés sur leurs affûts et
prêts à l’action, et, aussitôt que l’ordre en était donné,
replacés de nouveau sur les bêtes de somme, qui re­
prenaient leur marche.
Les cavaliers montés sur des chevaux du pays avaient
un harnachement aussi simplifié que possible, un vête­
ment fort allégé, le sabre et le fusil comme armement;
ils ne portaient rien au delà du plus strict nécessaire,

et celui-ci était déjà fort considérable pour une marche
ordinaire. Toutefois, au moment de la charge, la ca­
valerie laissait sous la garde de l’infanterie tous ses

droits de la guerre, d’abord comme usitées et pratiquées de tout
temps par les tribus arabes dans leurs hostilités entre elles, ensuite
parce que la population entière, prenant part à la guerre, les biens
particuliers se trouvaient compris dans les ressources appartenant
à la force armée que l’on combattait, et par conséquent étaient sus­
ceptibles de devenir la proie du vainqueur aussi bien que le de­
viennent en Europe les magasins de l'ennemi.

I

— 17 —

impédiments, et elle se présentait au combat aussi
allégée que possible, hommes et chevaux, et débarras­
sée de tous ces détails de harnachement, d’équipement,
d’armement et d’habillement, qui rendent en France

nos cavaliers si lourds et si maladroits. Nous en parle­
rons plus longuement lors de la notice sur les généraux
de cavalerie. Les indigènes à notre solde, les contin­
gents des Arabes soumis, nous fournissaient, en outre,
des cavaliers excellents pour les reconnaissances, les
renseignements à prendre, l’escorte et la conduite des
convois, etc.

Les approvisionnements de la colonne étaient portés,
soit par des mulets appartenant à l’État et faisant par­
tie du train des équipages, soit par des bêtes de somme
des tribus louées pour un certain temps. Les blessés et
les malades étaient transportés à dos de mulets dans
des cacolets ou des litières.

Mais c’est surtout l’infanterie qui, composant à elle
seule la majeure partie des troupes, avait besoin de
modifications; elle en réalisa de très importantes. Le
fantassin avait autrefois en campagne un sac de cam­
pement ; ce sac fut donné décousu aux troupes, c’està-dire sous la forme d’un simple morceau de toile.
Trois ou quatre camarades, réunissant à chaque bi­
vouac chacun leur fragment, en firent une tente à
l’aide de ficelles et de deux bâtons pour supports. Le
fantassin était ainsi assuré de son abri qu’il portait avec

lui ; il n’était pas obligé d’attendre de longues heures
que le convoi des bagages amenât les grandes tentes de
seize hommes, lesquelles ne pouvaient même parfois

2

i

— 18 —
être distribuées aux divers corps ou entraînaient des
difficultés pour être montées. Le soldat d’infanterie dut
aussi être plus certain d’avoir chaque jour ses vivres,
et cependant exiger moins de moyens de transport. En
conséquence, il ne porta plus aucun vêtement de re­
change; avant de partir pour une expédition, il devait
être muni de chaussures et d’habillements pouvant
faire un bon usage. Le sac ne fut plus destiné qu’à con­
tenir la trousse pour les petits ustensiles nécessaires à
l’entretien des armes et à la réparation des effets,
quatrepaquets de cartouches et surtout des vivres. On
ne sortait jamais sans que le fantassin portât au moins
huit jours de vivres réglementaires en biscuit, riz, sel,
sucre et café, et quelques jours de vivres d’ordinaire
achetés avec les centimes versés à cet effet par les
hommes et qui se composaient de pain de soupe, lé­
gumes, supplément de riz, sel, poivre, sucre et café.
Sur les huit jours d’aliments réglementaires, un sa­
chet soigneusement cousu devait toujours en contenir
quatre en réserve. Lorsque le troupier était sensé n’a­
voir plus d’autres vivres que ceux-là, on faisait des
distributions nouvelles. La viande sur pied accompa­
gnait la colonne. Un convoi de mulets portait des ap­
provisionnements de quoi faire des distributions à la
troupe pendant dix ou quinze jours au plus (1). Si l’on
(1) On ne pouvait porter des vivres pour quinze jours que si les
colonnes expéditionnaires étaient très faibles ou que si on traversait
des pays abondant en orge à l’époque de la moisson, car, en d’autres
circonstances, l’approvisionnement du mulet à 3 kilogrammes d’orge
seulement par jour eût composé la moitié de son chargement et eût à

19 —
était obligé de rester plus longtemps dehors, on rece­
vait un convoi de ravitaillement ou bien l’on s’appro­
chait d’un des postes-magasins établis sur divers points
pour les besoins des colonnes.
Le fantassin avait, en outre, deux paquets de car­
touches dans la giberne. Il portait roulée sur le sac la
demi-couverture en été, la grande couverture en hiver.
Par escouade de huit à dix hommes, il y avait trois
ustensiles de cuisine : la gamelle, le bidon, la mar­
mite, que les camarades se répartissaient chaque jour
pour le transport. Chaque fantassin avait encore une
petite tasse en fer-blanc, un petit bidon de meme mé­
tal, contenant un litre, porté en bandoulière et recou­
vert avec du drap. En humectant ce drap de temps en
temps, on conservait l’eau assez fraîche.
Les soldats durent avoir des vêtements larges, la
plupart du temps déboutonnés sur la poitrine. Le col
fut supprimé et remplacé par la cravate en cotonnade,
facile à laver. Le képy léger et mou devint la coiffure
générale.
Les colonnes expéditionnaires comprenaient habi­
tuellement trois ou quatre bataillons d’infanterie, deux
peine suffi à 75 hommes pendant un jour, de sorte qu’en tenant
compte des déchets, il eût fallu environ 14 mulets pour 1,000 hommes
pendant un jour, ou 220 mulets pour le même nombre d’hommes
pendant quinze jours, et l’on n’a jamais disposé d’une aussi grande
quantité relative de bêtes de somme. Cependant, nous devons ajouter
qu’on s’est parfois beaucoup rapproché de cette proportion, par le
moyen des mulets de réquisition des Arabes, auxquels on ne don­
nait que peu ou point d’orge ; ou bien encore lorsque les généraux
se décidaient à faire distribuer à leur troupe demi-ration de biscuit,
ou du riz et de la viande en place de biscuit.

20
escadrons de cavalerie, deux obusiers de montagne et
un convoi de bêtes de somme.
L’ordre de marche était presque toujours ainsi : la
cavalerie, le gros de l’infanterie, l’artillerie, l’ambu­
lance, le convoi, le troupeau et une solide arrièregarde. On campait en carré, l’infanterie sur les quatre
faces, la cavalerie, l’artillerie, l’état-major et tous les
bagages au centre, en dedans de l’infanterie. La nuit,
des grand’gardes de surveillance étaient établies en
avant des faces du carré. On partait, suivant la saison,
de trois à six heures du matin ; toutes les heures, il y
avait une halte de vingt minutes, pour la tête de la
colonne qui ne repartait que quand l’arrière garde
avait rejoint, et, à peu près à la moitié de la journée
de marche, on faisait une grande halte d’une heure
environ, que l’on appelait le café, parce que c’était,
la seule préparation que les troupiers eussent le temps
de mener à bien. Dans les journées de marche ordi­
naires, on arrivait au bivouac à deux ou trois heures
de l’après-midi. On abattait de suite la viande, et le
soldat faisait cuire pour le soir la soupe et le bœuf. Le

matin, avant le départ, il prenait le riz.
Lorsque, pendant la marche, il était besoin de pous­
ser rapidement une pointe, il arrivait quelquefois que
le commandant de la colonne laissait dans une bonne
position tous les bagages et le convoi, sous la garde
d’un ou de deux bataillons, et partait avec la cavalerie
et le restant de l’infanterie, auquel il avait fait déposer
les sacs au même endroit que les bagages. Le fantas­
sin, qui n’avait plus à porter que son fusil, sa giberne

et des paquets de cartouches dans la tente roulée

— 21 —
en bandoulière, partait allègre et plein d’ardeur.
Dès la fin de 1842, avons-nous dit, des résultats
vraiment extraordinaires avaient été obtenus : nous
commencions à entrer pleinement dans notre rôle de
dominateurs du pays. Au printemps de 1843, le gou­
verneur fut, élevé à la dignité de maréchal, qu’il avait
certes bien méritée. Abd-el-Kader se tenait dans le
Sahara ou sur la frontière du Maroc; là, il avait ap­
pelé à lui une partie des tribus de la province d’Oran,
auxquelles il avait persuadé d’émigrer, leur faisant un
cas de conscience de vivre sur le territoire dont le
chrétien était maître, et il dirigeait de temps à autre
quelques attaques sur les douars qui ne l’avaient point
écouté. Mais il éprouva cette année même (1843) deux
désastres importants : sa zmala lui fut enlevée par le
duc d’Aumale à Taguin, au mois de mai, et ses der­
niers réguliers, commandés par Embarek-ben-Allai,
furent détruits à la journée de l’Oued-Malah, à latin
de l’automne. L’émir, après ces deux échecs, s’éloigna
pour quelque temps du théâtre de la guerre, cherchant
à trouver un appui solide au Maroc. Aussi, au com­
mencement de 1844, le gouverneur crut-il le moment
favorable pour essayer de châtier ces fiers Kabyles éta­
blis dans les montagnes qui s’étendent entre Dellys, le
Djerdjera et Bougie. Le maréchal ne pouvait avoir
la pensée de conquérir tout d’abord, dans une pre­
mière expédition, le pâté entier; il voulait seulement
donner une leçon aux Flissas, qui s’étaient le plus fait
remarquer par leurs hostilités et leurs déprédations au
détriment des tribus soumises.
La Kabylie était un refuge assuré à nos ennemis ;

— 22 —
parmi eux, Si-el-Djoudi, Ben-Salem, Kassem-ouKassi, étaient des chefs considérables qui excitaient
sans cesse les populations contre nous. Cet asile laissé
aux rebelles devait encourager les tentatives des fana­
tiques ou des ambitiéux, qui, en cas de non-succès,
étaient certains de trouver un abri chez les monta­
gnards du Djerdjera. C’est ainsi qu’on a vu plus tard
s’y réfugier Bou-Sif, Si-Mohammed, Bou-Baghla et
d’autres restés plus obscurs. Il y a de plus une autre
raison qui devait naturellement nous entraîner à faire
la conquête complète de l’Algérie dès le jour où nous
avions soumis une partie des tribus, c’est que celles-ci,
par le fait seul de leur soumission à notre autorité,
étaient en butte aux attaques des groupes encore hos­
tiles. Chaque jour, ces fractions de population ve­
naient exposer leurs griefs et nous faire entendre que
nous étions étroitement obligés de les prémunir contre
le renouvellement de ces méfaits, sans quoi elles se
verraient contraintes de céder aux exigences de voisins
puissants et incommodes. Il était évident que nous de­
vions faire tous nos efforts pour rassurer nos nouveaux
sujets et les garantir autant que possible. Ce sont de
ces raisons que l’on sent parfaitement en Algérie, mais
qu’il est très difficile de faire comprendre en France,
à ce qu’il paraît, car on se montra toujours hostile aux
projets que le maréchal Bugeaud émit plusieurs fois,
de commencer la conquête de la Kabylie. Fort heureu­
sement, il se montra d’habitude peu soumis aux in­
structions qu’il recevait de Paris, sans quoi nos succès
eussent été souvent compromis.
Au commencement de 1844, avons-nous dit, le ma-

— 23 —
réchal voulut donner une leçon aux Plissas, et il la
donna. Il avait prévenu ces Kabyles que si, à un jour
déterminé, ils ne s’étaient point soumis à telles condi­
tions imposées, ils seraient punis. Et, en effet, le maré­
chal n’hésita pas, au jour fixé, à entrer en Kabylie à la
tête de 7 ou 8,000 hommes et à attaquer ces fameux
Plissas jugés si redoutables. Après avoir surmonté de
grandes difficultés de passages de rivières, de sentiers
boueux, puis de terrains d’un périlleux accès, il fit in­
cendier, malgré la résistance de l’ennemi, tous les vil­
lages qu’il rencontra et couper les arbres des vergers,
puis, ayant occupé de nuit une position dominante sur
les crêtes, il se trouva au lever du jour en position de
lancer ses bataillons de toutes parts sur les Kabyles,
qui, tournés, déconcertés et pourchassés avec une ex­

trême vigueur, firent des pertes énormes. Ces opéra­
tions avaient eu lieu du à au 16 mai; le 25, le maré­
chal quittait Dellys, port de mer qui venait d’être
occupé quelques jours auparavant, et se disposait à se
rendre sur la frontière du Maroc, où les hostilités com­
mençaient.
Nous avons énoncé, dans la notice précédente, que
les travaux de la redoute que nous établissions sur
l’emplacement de Lalla-Maghnïa nous avaient occa­
sionné des protestations de la part des Marocains. A la
suite de ces démarches, qui ne réussirent pas, les con­

tingents ennemis ne cessèrent de se rassembler sur
notre frontière. Le 30 mai, ils s’étaient crus assez forts
pour attaquer la colonne de Lamoricière; mais ils
avaient été repoussés. Les renseignements recueillis

— 24 —
annonçaient néanmoins que des forces marocaines con­
tinuaient à s’amasser sur nos limites : on parlait de
princes de la famille impériale pour les commander, et
tout présageait une lutte importante.

Le maréchal vint avec des renforts se joindre aux
troupes de Lamoricière; des ordres étaient donnés
pour que d’autres colonnes vinssent aussi se réunir
autour du gouverneur. En attendant, on essaya encore
des négociations; le général Bedeau, envoyé en parle­
mentaire le 14 juin, ne réussit pas. On lui manqua
même de respect, et, à la suite de la rupture de l’en­
trevue, il fallut faire une démonstration pour dégager
l’escorte du général et prendre l’offensive sur les
groupes marocains devenus par trop insolents. Huit ba­
taillons en échelons s’avancèrent fièrement contre les
masses de cavalerie arabe et les jetèrent dans le plus
grand désordre; nos cavaliers purent à leur tour char­
ger, et les spahis firent un trophée de cadavres.
De nouvelles tentatives furent encore faites par le
maréchal pour régler les affaires à l’amiable; il fit.
proposer un arrangement au chef marocain Si-elGuennaoui, et celui-ci répondit à la manière arabe,
c’est-à-dire sans rien préciser. Les hostilités repren­
nent. Le 19 juin, nous occupions, sans coup férir, la
petite ville d’Ouchda, bourgade marocaine-située sur
la ligne frontière, entourée de vergers très fourrés où
la colonne put se reposer à l’ombre fraîche des arbres.
De Lalla-Maghnïa à Ouchda et d’Ouchda à l'ouest, en
se dirigeant vers l’intérieur du Maroc, le pays est une

immense plaine découverte, accidentée seulement de

25
petits mouvements de terrain de peu d’importance.
Nous nous attendions à avoir affaire à des masses con­
sidérables de cavaliers, et plusieurs engagements par­
tiels nous confirmèrent dans cette pensée, notamment
le 4 et le 13 juillet, et au commencement d’août. Dans
une de ces journées de combat, nous vîmes au loin
Abd-el-Kader, au milieu de ses étendards, assister un
moment à la défaite des Marocains et disparaître pres­
que aussitôt à l'horizon. Le fils de Mahi-ed-Din se tint,
du reste, aux environs pendant toute la campagne,
guettant les événements et désirant alternativement,
soit notre défaite pour soulevé les tribus algériennes,
soit la déroute des Marocains pour profiter des mécon­
tentements de la population mogrebine, se créer des
partisans et prétendre au commandement d’une partie,
sinon de l’empire entier d’Abd-er-Hahman.
Déjà depuis longtemps nous attendions dans cette
triste plaine d’Ouchda. Le maréchal ne voulait pas at­
taquer le camp marocain avant que celui-ci se fût
grossi de tous les secours qu’il pouvait espérer réunir,
ici nous devons exposer une des théories favorites du
maréchal. Il soutenait que plus les niasses indiscipli­
nées étaient nombreuses, plus il était facile de les
battre, et plus leur défaite avait d’importance. Il faut
toutefois que l’armée régulière qui doit les vaincre ait
un nombre de combattants au-dessous duquel on ne
peut descendre, 15 à 20,000 par exemple. Avec une
armée française s’élevant à ce chiffre, le maréchal dé­

fiait les masses indisciplinées, quelque nombreuses
qu’elles fussent. Son raisonnement était assez cou-

— 26 —

cluant : « Un homme de courage et bien doué pour le
commandement, disait-il, peut à la rigueur, et mo­
mentanément, entraîner et diriger 300 ou 400 cava­
liers indisciplinés, et il y aurait plus à craindre de
quelques groupes de ce genre, menés par des chefs
vigoureux, que des masses nombreuses et sans organi­
sation. Mais, au milieu de ces dernières, dès que l’ac­
tion commence, il y a un tel désordre, un tel désarroi ;
les efforts des fractions diverses sont tellement contra­
riés les uns par les autres, que les cris, les disputes
partielles, les invectives, deviennent aussitôt l’occupa­
tion principale. C’est à peine si quelques isolés peuvent
s’échapper de la masse tourbillonnante et venir enga­
ger un combat personnel. Que l’action de l’ennemi se
fasse sentir, que des morts commencent à tomber
parmi ces masses indisciplinées et elles subissent rapi­

dement une déroute effroyable ; ce qu’elles ont de mieux
à faire alors est de fuir au plus vite. » Aussi, les exem­
ples fameux légués par l’histoire, de petites armées
régulières battant des masses énormes d’indisciplinés,
n’étonnaient-ils nullement le maréchal. Dans le cas
présent, il ne voulait attaquer que lorsque les Maro­
cains seraient aussi nombreux que possible. Certes, il
fallait une audace exceptionnelle, une rare énergie de
conviction pour mettre ainsi en pratique une théorie
séduisante dans la discussion, mais qui déconcertera
toujours les chefs les plus solides une fois qu’il s’agira
de la faire passer dans le domaine des faits. Comman­
der une armée de 10,000 hommes, avoir 20,000 en­

nemis devant soi et vouloir attendre qu’ils soient

27 —
40,000 et plus, si c’est possible, avant d’attaquer, est
un fait fort rare dans l’histoire militaire, si même, ce
que nous mettons en doute, il en existe plusieurs
exemples.
L’audace du maréchal Bugeaud paraît plus grande
encore lorsque l’on se rappelle les circonstances locales
au milieu desquelles il se trouvait sur la frontière. Les
indigènes de la province d’Oran conservaient depuis
plusieurs siècles une très grande crainte des Marocains,
en raison des incursions dévastatrices de ces derniers.
Lors donc qu’il fut certain que nous étions en guerre
avec les sujets d’Abd-er-Rahman, les Arabes de notre
province occidentale en furent vivement agités : les
uns redoutaient les succès des Marocains et se dispo­
saient à se soumettre à eux aussitôt qu’ils paraîtraient
pour éviter tout châtiment de leur part; les autres,
par animosité contre le chrétien conquérant, atten­
daient notre première défaite pour se soulever et se
joindre aux troupes de Fez. Plus on patientait, plus les
mauvaises dispositions des tribus s’exagéraient, et le
moindre échec de notre part devait certainement être
suivi d’une destruction complète de notre petit corps
d’armée, entouré de toutes parts de populations hos­
tiles. Une insurrection générale en Algérie en était la

conséquence, et la conquête toute récente était remise
en jeu. Le maréchal Bugeaud cependant persistait dans
sa résolution, et nous atteignîmes ainsi le milieu du
mois d’août. Enfin, le 12 août, quelques troupes de
renfort nous ayant rejoints, et les renseignements indi­
quant que l’armée marocaine était au grand complet,

— 28 —
la bataille fut résolue. Le soir même, dans une grande
réunion d’officiers, le maréchal en donna le plan et en
expliqua d’avance toutes les péripéties avec une assu­
rance admirable. C’était, du reste, l’habitude du gou­
verneur, de toujours réunir les corps d’officiers et de
leur exposer ses idées au début d’une expédition ou à la
veille d’un combat sérieux. Je vis pour la première
fois le conquérant de l’Algérie dans cette même cam­
pagne du Maroc : il était grand et de constitution vi­
goureuse; il avait le front haut et découvert, les che­
veux très blancs, le visage sans un poil de barbe. Ses
yeux étaient surtout remarquables : on n’apercevait ni
sourcils ni cils, mais seulement deux prunelles brunes,
fixes et brillantes, qui produisaient un effet singulier
que l’on ne pouvait oublier. On les a comparés à ceux
du lynx (1) ; je ne pourrais affirmer la ressemblance,
attendu que je n’ai jamais eu l’occasion de croiser mon
regard avec celui de ce dernier animal. Ajoutons que
le maréchal avait la voix très forte, ce qui est souvent
utile dans la vie militaire.
Le 13 août, l’armée simula un grand fourrage et fit
en réalité une répétition de la bataille qui devait avoir
lieu le lendemain. Les échelons furent formés par ba­
taillon, la marche eut lieu dans l’ordre qui devait être
observé pour le combat, chacun sut parfaitement ce
qu’il aurait à faire. On marcha ensuite en avant pen(1) Le lynx, étant un animal méchant, on pourrait penser que le
maréchal duc d’Isly avait aussi des yeux méchants; il n’en était rien :
son regard était assuré, pénétrant, mais il participait de la bonté
qui faisait le fond du cœur du noble vieillard dont il s’agit.

29
dant une partie de la nuit, puis on fit une balte, mais
sans tracer de camp, chacun devant rester à la place
qu’il occupait au commandement de : Halte! Il nous
arriva dans cette occasion un accident dont les suites
auraient pu être très graves. Les fantassins dormaient
à terre, le fusil entre les jambes; un de ces fusils se
déchargea, et les soldats les plus proches, réveillés en
sursaut,, crièrent : Aux armes! La nuit, on entend
tous les bruits à une grande distance, surtout lorsque
l’on est couché sur le sol; à ce moment même rentrait
une reconnaissance composée de cavaliers indigènes :
tout le monde put donc percevoir le tintement métal­
lique de l’éperon sur le large étrier arabe, auquel on
reconnaît les cavaliers musulmans. Le coup de fusil, le
cri aux armes, le son des étriers se produisant en même
temps, tous les hommes furent aussitôt éveillés et sur
pied, croyant à une attaque de nuit et prêts à faire feu,
ainsi qu’il arrive habituellement dans un premier mo­
ment de surprise. Heureusement, ce malheur put être
évité, et les chefs annoncèrent qu’il y avait une arme
déchargée par hasard et un détachement de spahis qui
avait fait un mouvement.

Un peu avant le jour, la colonne continua sa marche,
et, quelques heures après, on commença à apercevoir
au loin le camp marocain. Il était parfaitement installé
sur une série de petits mamelons dominant toute la
plaine. On distinguait au centre une masse énorme qui
paraissait une redoute; il allait falloir l’enlever d’as­
saut, et les Marocains avaient du canon, nous le sa­
vions, car chaque soir ils annonçaient la prière par une

— 30 —
détonation. Nous voyions en perspective une belle et
rude affaire. Cependant nous avancions toujours; l’Isly
fut passé à gué, puis le vieux maréchal, tirant l’épée,
commanda de sa voix retentissante la manœuvre qu’il
nous avait fait exécuter la veille. Le feu avait déjà
commencé, et la commotion belliqueuse qui parcourt
les rangs au moment où va se livrer le combat s’était
aussitôt produite.
Les bataillons se disposèrent par échelons, prêts à
former le carré isolément et de manière à dessiner tous
ensemble ce que l’on a appelé la tête de porc. La cava­
lerie était à l’intérieur sur deux colonnes, attendant
l’instant de sortir par les intervalles des échelons et de
charger. L’artillerie était répartie sur divers points
pour faire feu entre les échelons; comme on ne devait
agir qu’en plaine et faire de petites marches, le maré­
chal s’était décidé à emmener quelques pièces de
12 traînées. On marcha lentement, mais sans hésita­
tion, et en se dirigeant sur cette éminence qui nous
avait semblé de loin une redoute et qui n’était autre
chose que l’immense tente du général marocain, le
prince impérial Si-Mohammed, entourée à une cer­
taine distance d’une sorte d’enceinte en toile d’une
hauteur de 3 mètres environ, entre laquelle et la tente
même du chef se trouvaient tous les petits compartiments destinés aux familiers et serviteurs du fils du
sultan de Fez.
Pendant que nos petits fantassins poursuivaient leur
marche, que faisaient de leur côté les Marocains? Ils
avaient vu de loin, et du haut de leurs mamelons,

— 31 —
notre armée au costume sombre s’avancer dans la
plaine. Ils nous comparèrent aussitôt à une traînée de
fourmis, et, pleins de mépris pour nos bataillons, les
cavaliers de l’entourage du prince disaient ironique ment de nous : « Les insensés ! ils n’hésitent pas à ve» nir!... Voyez donc cette poignée de Roumis, il n’en
» échappera pas un ; laissons-les approcher encore un
» peu... Ils n’oseront sans doute pas passer la rivière. »
Mais l’Isly fut passé, et la marche continua, malgré les
coups de fusil de quelques cavaliers impatients. Com­
ment! voilà l’avant-garde chrétienne qui est près du
camp ! son canon a déjà fait des ravages ; à cheval tout
le monde, sus aux Roumis, de tous côtés. Et la garde
nègre, troupe d’élite de l’Empire, et les cavaliers si
bien montés des tribus sahariennes, et les fantassins
des montagnes, et les canons servis par les renégats
espagnols de commencer leur action. Les Marocains
avaient enfin compris que l’attaque était très sérieuse,
et ils étaient brusquement passés de la complète sécu­
rité à l’inquiétude la plus manifeste; c’est ce qui expli­
que pourquoi nous trouvâmes, en entrant dans les tentes
ennemies, des tasses de thé ou de café à moitié pleines
encore, des pipes à moitié fumées, des parties d’accou­
trement indispensables laissées de côté, jusqu’à des
bourses oubliées. « Coupez la tête aux soldats et amenezmoi les chefs enchaînés, » avait dit Si-Mohammed. Ou
lui rapporta le conseil de fuir au plus tôt, car les ca­
valiers des chrétiens approchaient du camp, et leur
artillerie faisait déjà des victimes autour des tentes.
Les Marocains, au nombre d’au moins 40,000 hom-

— 32 —
mes, s’étaient développés tout autour de notre petite
troupe de 10,000 combattants, et les plus hardis se
lançaient au galop pour essayer de passer dans les in­
tervalles des échelons et de venir au centre de l’armée
porter le désordre et la mort; mais, lorsqu’ils arri­
vaient dans l’angle rentrant des échelons formés en
carré, ils recevaient du feu de toutes parts, et, la tête
perdue, ceux qui n’étaient pas frappés retournaient
plus vite qu’ils n’étaient venus. De nouveaux assail­
lants cherchaient à faire mieux, et, lorsqu’ils étaient
suffisamment nombreux et audacieux, notre artillerie
arrivait de son côté pour aider à la besogne de l’infan­
terie, et l’ennemi était repoussé encore une fois.
On put alors se convaincre de la vérité des idées du
maréchal. Dès que les Marocains eurent éprouvé quel­
ques pertes et que les chefs, mécontents, eurent com­
mencé à se chicaner, un désordre effrayant se mit dans
leur armée; les attaques ne furent plus que des tenta­
tives partielles désormais peu sérieuses. Nous eûmes
ainsi en spectacle quelques beaux cavaliers parfaite­
ment montés qui venaient, en poussant des cris affreux,
se faire tuer près de nos rangs. J’en remarquai un,
pour ma part, qui portait un étendard jaune et qui pa­
rada pendant plus d’un quart d’heure à proximité du
bataillon dont je faisais partie. Bien des balles lui furent
en vain adressées, et l’on commençait à s’intéresser à
lui lorsqu’il tomba pour ne plus se relever.

Dès que le moment avait paru propice au maréchal,
il avait lancé sa cavalerie, les chasseurs sous la direc­

tion du colonel Morris, les spahis sous le commande-

— 33 —

nient de Yusuf. Les chasseurs étaient tombés sur des
masses de fantassins qu’ils sabraient bravement, mais
qui devenaient inquiétants par leur nombre, lorsque
notre infanterie et notre artillerie approchèrent à pro­
pos. Quant aux spahis, ils avaient balayé la plaine, fait
des prisonniers, saisi le parasol et accompli également
une rude besogne; mais, au premier moment, le maré­
chal avait espéré mieux (1). Il avait indiqué au loin un
col sur lequel se dirigeaient un nombreux convoi et un
gros de fuyards : il voulait que la cavalerie de Yusuf se
portât au plus vite à ce col et nous ramenât tout ce qui
était resté en dedans. Mais la distance était sans doute
trop considérable, les mouvements de terrain plus acci­
dentés qu’ils ne le paraissaient de haut et de loin; on
dut laisser échapper l’armée battue de Si-Mohammed.
Les restes de ces troupes vaincues ne furent, du reste,
pas épargnés longtemps : les Kabyles des montagnes
voisines qui assistaient à la lutte du haut de leurs ro­
chers pour tomber sur le parti qui aurait le dessous
attaquèrent les soldats d’Abd-er-Rahman repoussés à
Isly et mirent leurs bagages au pillage.
Le lendemain, lorsqu’on s’occupa de réunir les
cadavres de l’ennemi, on en compta à peu près 800 ;
un grand nombre avaient sans doute été emportés du
champ de bataille, suivant l’usage arabe; quant aux
(1) Le maréchal avait fait ses premières armes dans l’infanterie,
et n’indiqua pas assez précisément dans ses moindres détails le rôle
que devait jouer la cavalerie. Nous croyons qu’elle se lança trop tôt
tout entière, et que quelques escadrons eussent dû être tenus en
réserve pour agir avec vigueur dans la phase dernière de la bataille.

— 34 —
blessés, ils durent être en quantité cinq ou six fois plus
considérable. Un millier de tentes fort belles restèrent
en notre pouvoir, à peu près autant de bêtes de somme,
ainsi que la tente du fils de l’Empereur et son parasol,
signe du commandement, plus douze à quinze pièces
d’artillerie, dont plusieurs mortiers, que l’on destinait
sans doute au bombardement de Tlemcen, d’Oran, etc.,

une grande quantité de boulets, et, chose presque in­
croyable, un immense monceau de chaînes, destinées,
nous fut-il affirmé plus tard, à lier les officiers fran­
çais, qui devaient être conduits en triomphe à Fez. Les
canons avaient été peu utiles aux Marocains ; ils avaient
été pris presque aussitôt qu’aperçus par notre cava­
lerie, qui sabra les artilleurs sur leurs pièces. Ceux-ci
étaient, dit-on, attachés à leur canon par des chaînes,
et on reconnut parmi eux des Européens, renégats à la
solde d’Abd-er-Rahman.
De leur côté, les prisonniers marocains que nous
fîmes parurent fort étonnés de voir nos soldats mar­
cher librement et isolément. En voyant de loin nos
pelotons alignés conserver à peu près leur ordonnance,

malgré le feu de l’ennemi, on s’était persuadé dans
l’armée de Si-Mohammed que nos fantassins étaient
liés les uns aux autres par le bras. Ce lien existe, il est
vrai, mais il est.tout moral et non matériel. C’est la
discipline qui rend si fortes les armées organisées.
On campa le jour même au milieu des tentes maro­
caines, des salves d’artillerie annoncèrent au loin notre
victoire. Ce beau succès nous avait à peine coûté
100 hommes, tant tués que blessés. Les prévisions du

35 —

maréchal s’étaient en tout réalisées. Une belle journée
était ajoutée à nos fastes militaires; une grande puis­
sance musulmane était battue; nous avions prouvé aux
indigènes algériens que les Marocains, si redoutés d’eux,
ne pouvaient nous résister ; la conquête africaine était
affermie, et notre armée entourée, en Algérie, d’un
nouveau prestige.
Le bulletin publié a donné tous les détails concernant
les corps de troupes qui prirent part à la bataille, et
les chefs qui les dirigeaient. Les principaux parmi ces

derniers étaient les généraux Lamoricière et Bedeau,
les colonels Pélissier, Morris, Yusuf, Gachot et Cavaignac du 32e de ligne, qu’il ne faut pas confondre, ainsi
que l’ont fait la plupart des narrateurs et biographes,
avec le Cavaignac des zouaves qui devint chef du pou­
voir exécutif en 1848. Le maréchal fut récompensé
par le brevet de duc d’Isly, distinction à laquelle il te­
nait peu, car il ne voulut jamais, dit-on, acquitter les
frais nécessaires à la délivrance régulière de son titre.
Bugeaud était avant tout plébéien ; il s’entretenait vo­
lontiers avec le soldat, le colon, le paysan; il se met­
tait à leur niveau, causait familièrement avec eux,
s’occupait avec instance de leur bien-être, cherchait
à répandre parmi eux quelques idées saines et utiles,
et cependant il était en haine aux organes de la presse
populaire. D’autres généraux, au contraire, de mœurs
et d’opinions tout aristocratiques, étaient présentés
par les journaux libéraux comme beaucoup plus amis
du peuple. M. A. Ponroy, dans son travail sur le ma­
réchal Bugeaud, a émis, à ce point, de vue, des idées

— 36 —
à la majeure partie desquelles je m’associe de grand
cœur (1).
Les journaux, ennemis déclarés du vainqueur d’ïsly,
ne pouvaient se décider à rendre justice à cet homme
de guerre si remarquable. Ils n’eurent pas plutôt en
main le bulletin de la bataille 'qu’ils s’écrièrent que
Bugeaud ne savait point profiter du succès, qu’il était
un capitaine bien incomplet. Selon eux, le maréchal
devait, après la bataille d’ïsly, marcher sur Fez et le
prendre. Or, pour juger de l’opportunité de ce beau
plan tracé à Paris, il est bon de rappeler ce qui suit. Il
y avait en avant de nous, pour marcher sur Fez, une
plaine d’au moins 20 lieues d’étendue (2), dans laquelle,
selon les renseignements recueillis, on ne pouvait
trouver d’eau. Il eût donc fallu appuyer adroite ou à
gauche du côté des montagnes ; mais là les populations
hostiles défendant des positions difficiles devaient nous
occuper longtemps à guerroyer, et bien des incidents
ne pouvaient manquer de se produire qui nous eussent
forcés à perdre de vue le but de la marche, la prise
de Fez. Ces retards eussent nécessairement laissé aux
Marocains tout le temps d’organiser la défense de leur
(1) Bon, noble cœur, généreux, brave à l’excès, le maréchal duc
d’Isly appréciait les beaux sentiments et le courage dans quelque
cœur qu’il les rencontrât, sans se soucier des castes.(2) Fez était à huit journées de marche au moins du champ de
bataille d’Isly, et l’on n’était nullement organisé pour pousser une
pointe aussi longue devant aboutir, loin de toutes ressources assu­
rées, à une ville de plus de 100,000 âmes entourée de murs. Le
gouvernement d’ailleurs n'avait point autorisé le maréchal à porter
la guerre jusqu’à la capitale du Maroc.

— 37
ville principale. Mais ce n’est pas tout; il y a un autre
détail bien plus important à mettre en relief. Jusqu’au
jour de la bataille, et malgré l’extrême chaleur, les
troupes, bien qu’en campagne depuis quatre ou cinq
mois, s’étaient conservées en assez bonne santé, grâce
sans doute au stimulant de la grande victoire à rem­
porter ; mais dès le lendemain de la journée d’Isly les
maladies commencèrent à se déclarer. Il y eut dans
l’espace de quelques jours plusieurs convois de 500 ma­
lades environ à évacuer sur Lalla-Maghnia. A ce
compte, les 10,000 hommes d’Isly devaient être bien­
tôt fondus ; le vieux maréchal s’était un matin écrié
mécontent, en assistant à la visite des médecins :
« Qu’est-ce que c’est qu’une armée qui s’en va toute à
l’hôpital. » Puis, faisant réflexion, il ajouta à voix plus
basse : « Quand il n’y a plus d’huile dans la lampe il
faut bien qu’elle s’éteigne ; nous rentrerons au plus tôt. »
C’est ce qui eut heureusement lieu.
Pendant la fin de l’année 1844, et jusqu’au mois de
septembre 1845, l’Algérie fut assez tranquille. Abdel-Kader rôdait constamment, soit au sud, soit sur la
frontière du Maroc, sans pouvoir réussir à faire une
trouée et déterminer une insurrection, lorsqu’au milieu
du mois de septembre, quelques jours après le départ
du maréchal pour la France, divers accidents survenus
coup sur coup donnèrent beau jeu à notre ennemi, et
remirent encore tout en question dans la province
d’Oran. Le chef du bureau arabe et le commandant
supérieur de Sebdou avaient été assassinés avec leur

escorte; vers le 21 ou le 22, pour l'intronisation du
ramadan, le 8e bataillon de chasseurs était détruit à
Sidi-Brahim ; la redoute de Lalla-Maghnia était bloquée.
Le 23, le 9e chasseurs à pied et le 2e chasseurs d’Afrique
livraient à Tiphour, chez les Flittas (subdivision de
Mostaganem), un combat terrible contre les populations
soulevées par Bou-Maza. Mettant à profit ces circon­
stances, Abd-el-Kader, à quelques jours de là (le 27),
faisait rendre les armes à un détachement isolé se ren­
dant de Tlemcen à Oran, et il parcourait au galop la
province occidentale pour remuer les tribus. Le maré­
chal revint en toute hâte. Déjà l’insurrection avait été
battue du côté d’Oran, et Abd-el-Kader s’était décidé
à poursuivre ses tentatives dans le Dahra, chez les Flittas, sur la Mina, dans l’Ouarensenis, et au sud de la
province d’Alger. Des colonnes furent mises sur pied
de divers côtés, le maréchal lui-même ne cessa de ma­
nœuvrer dans les pays que nous venons d’indiquer
jusqu’au commencement de l’année 1846. A la fin de
décembre 1845, le général Yusuf, envoyé en avant avec
la cavalerie sur les traces d’Abd-el-Kader, avait réussi
à lui faire éprouver une défaite à Tamda, à la suite
d’une marche excessivement longue et fatigante.
L’émir, toutefois, ne se laissa pas encore décourager,
et il alla porter la révolte dans l’Ouennougha (février
1846), entre Médéa et Sétif; le maréchal le suivit là
encore et le chassa. Mais notre colonne étant rentrée à
Alger, Abd-el-Kader reparut avec une rapidité fou­
droyante, châtia avec une cruauté hideuse une tribu

39
peu éloignée d’Alger même, et répandit une grande
inquiétude dans toute la Mitidja. Ce ne fut là cepen­
dant qu’une apparition de quelques jours; nos co­
lonnes se remettaient en marche avec une grande acti­
vité, et l’émir ayant éprouvé un premier échec entre
Alger et Dellys, en cheminant, sans s’en douter, à

proximité d’un corps de troupes qui prit résolument
l’offensive, se dirigea au plus vite vers le sud. Là encore
il fut surpris par le colonel Camou, puis parle général
Yusuf, qui le poursuivit à outrance pendant plusieurs
mois au milieu des immenses steppes du Sahara. La
fin de l’année 1846 s’écoula sans événements remar­
quables. Bou-Maza, qui eut un moment beaucoup
d’éclat, avait vainement essayé de guerroyer dans le
sud des provinces d’Alger et de Constantine. Chassé de
partout, il était venu, au commencement de 1847, se
remettre entre les mains du colonel Saint-Arnaud, à
Orléansville, chef-lieu du pays qui avait vu ses pre­
miers exploits.
Sur ces entrefaites, le poste d’Aumale était fondé au
sud du Djerdjera, et cette entreprise indiquait que l’on
se disposait à resserrer dans des limites de plus en plus
étroites le territoire insoumis des Kabyles. Le moment
semblait venu d’en finir avec ces fractions de monta­
gnards qui méconnaissaient encore notre autorité. Le
restant de l’Algérie était tranquille ; les Kabyles seuls
continuaient leurs actes d’hostilité contre nos tribus,
donnaient refuge aux voleurs et à leurs prises, aux
assassins, aux fauteurs de troubles, aux faux chérifs à
bout de ressources. Cette situation ne pouvait être to-

— 40 —
lérée plus longtemps sans compromettre notre autorité
morale dans le pays, et les circonstances étaient du
reste propices pour compléter la conquête. L’armée

avait encore un effectif nombreux ; elle était faite à la
guerre d’Afrique et suffisamment reposée; le maréchal
Bugeaud la commandait encore, tout semblait inviter
le gouvernement à profiter de l’opportunité, il n’en fut
pas ainsi : de Paris on n’a jamais bien su diriger les
affaires d’Afrique, et surtout à cette époque ; les intri­
gues parlementaires déjouaient les plans les mieux
conçus ; non-seulement on déniait au maréchal les
services rendus, maison voulait l’empêcher d’en rendre
de nouveaux. Heureusement le gouverneur était assez
bien trempé de caractère pour passer outre ; sa déso­
béissance à un pouvoir faible et ignorant lui avait déjà
réussi plusieurs fois; elle eut encore, au printemps de
1847, un plein succès.
Le maréchal se proposait d’aller à la tête d’une co­
lonne d’Alger à Bougie, en contournant le Djerdjera
et suivant la rivière de Bougie. Il livrerait à droite et à
gauche les combats qui lui paraîtraient nécessaires
pour châtier certaines populations, et se ferait aider
par une forte colonne que le général Bedeau devait
amener de Constantine, avec mission d’opérer une diver­
sion sur la partie orientale des tribus que le maréchal
devait inquiéter à l’ouest. On comptait d’avance sur
un gros combat chez les Beni-Abbes, tribu très forte
située entre la rivière de Bougie et Sétif, et sur une
seconde affaire au défilé de Fellaye, point où la rivière
est resserrée entre des montagnes assez rapprochées.

i

- 41 —
Le maréchal pensait toutefois qu’un premier combat

vigoureux et décisif nous éviterait le second, et c’est ce
qui arriva en effet.
Nous avons rappelé que les circonstances les plus
favorables se présentaient pour une campagne en Ka­
bylie, et nous avons omis de citer parmi elles une des
plus importantes. L’ex-khalifa Ben-Salem, et le Kabyle
Kassem-ou-Kassi, les deux chefs qui tenaient constam­
ment les Kabyles en état d’insurrection contre nous,
avaient fait leur soumission à la France, ils s’étaient
rendus à Alger. Ben-Salem avait demandé à se retirer
de la politique, mais son frère avait reçu un comman­
dement ; Kassem-ou-Kassi avait été investi de l’auto­
rité régulière sur les tribus que jusqu’à ce jour il avait
dirigées à sa guise. Disons en passant que Kassem-ouKassi, qui s’était montré jusque-là guerrier redou­
table , devint aussitôt un administrateur intelligent,
habile, très dévoué aux intérêts généraux du pays, qui
fit l’étonnement des chefs français chargés de le diri­
ger et de le surveiller.
Le 6 mai, le maréchal partait d’Alger avec
8,000 hommes, malgré la désapprobation du gouver­
nement. Le 13 ou le 14, avant d’entrer dans la région
où l’on devait s’attendre à de la résistance, le pays de
la poudre, comme disent les Arabes, le maréchal ras­
sembla les officiers du corps d’armée, ainsi qu’il avait
l’habitude de le faire, exposa le plan de campagne et
rappela les principes qu’il avait établis lui-même pour
la guerre de montagnes. Il venait cependant de rece­

voir. dit-on, un ordre formel de renoncer à son entre-

— 42 —
prise ou de se voir seul responsable des conséquences
que pourrait avoir l’expédition. Le maréchal continua
sa marche, plein d’amertume et de dégoût vis-à-vis du
gouvernement, mais toujours le même pour sa troupe.
Empressé de veiller au bien-être du soldat, il avait

soin de ne lui faire faire, sauf les exigences de guerre,
que de petites journées de marche, de lui choisir de
bons bivouacs, à l’ombre des arbres, s’il était possible,
à proximité d’une eau bonne et abondante; de lui as­
surer des ravitaillements en temps opportun et de lui
éviter toutes tracasseries inutiles. J’entendis quelque­
fois, pendant cette campagne, murmurer dans les
rangs, lorsqu’un chef de bataillon ou un colonel se
montrait difficile dans la rectification de l’alignement,
avant d’ordonner de former les faisceaux et de poser
les sacs à terre, les mots suivants : « Attends, attends,
si le père Bugeaud te voit, tu vas avoir ton affaire. »
Le maréchal s’était, en effet, déjà fâché plusieurs fois
contre des officiers supérieurs qui, trop pénétrés des
principes de la théorie et pas assez des souffrances de
leurs troupiers, perdaient un temps précieux à faire
avancer ou reculer des pelotons de 1 ou de 2 centi­
mètres. Il en avait même admonesté quelques-uns au

grand contentement des soldats : « Qu’est-ce que fait
» ce commandant là-bas? Je me f... pas mal de vos
» alignements; faites reposer vos hommes, sac à

» 'terre... »
Le 15 au soir, la colonne bivouaquait sur la rive

gauche de la rivière qui se perd près de Bougie ; elle se
trouvait vis-à-vis des Beni-Abbes, dont les villages

_ 43 sont situés sur les hauteurs, dans les montagnes de la
rive droite. Au milieu de la nuit, une fusillade épou­

vantable dirigée sur le camp, ce que les Kabyles ap­
pellent une taraka, vint éveiller nos soldats. Un ordre
prononcé à haute voix prescrivit de ne pas se lever, les
hommes couchés devant être moins facilement atteints
et les grand’gardes ayant les instructions nécessaires
pour repousser l’ennemi. Mais la fusillade continuant,
le vieux maréchal ne pouvait se contenir, il voulait ab­
solument que l’on marchât de nuit sur les positions ka­
byles. Les officiers de son entourage parvinrent cepen­
dant à lui faire prendre patience en rappelant que l’on
avait une rivière à traverser, des montagnes difficiles
et pas encore reconnues à gravir, et que l’on s’exposait
à compromettre par trop de précipitation un succès
qui était assuré si l’on attendait le jour. Le gouverneur
se rendit à ces raisons ; mais un peu avant les premières
lueurs de l’aurore il s’empressa de faire sonner le dé­
part.
Les bagages et les sacs de l’infanterie furent placés
sur une bonne position que durent garder trois ba­
taillons, et le reste de la colonne gravit lestement les
premiers mamelons.. Le maréchal dirigea les diverses

fractions de troupes avec son coup d’œil habituel, et le
succès se décida assez facilement pour nous jusqu’au
moment de l’attaque du dernier village, Azrou, le plus
élevé et le mieux défendu, parce qu’il servait de re­
fuge à la plupart des habitants des premiers villages
enlevés. La résistance fut opiniâtre et fit grand hon­
neur aux Kabyles; mais enfin nos soldats finirent par

- 44 -

entrer victorieux dans la petite cité, et les représentants
des Beni-Abbess demandèrent à se soumettre. Dès le
lendemain, les députés des fractions battues la veille
vinrent à notre camp, et l’organisation du pays fut ré­
glée en leur présence. Des cheikhs pris parmi les plus
aptes et désignés, du reste, par l’opinion publique
furent investis, les conditions de la soumission expli­
quées et acceptées.
Ainsi que l’avait pensé le maréchal, il n’y eut plus
aucun rassemblement hostile sur notre route, même
au défilé de Fellaye, facile à défendre et qui avait dû
fortement tenter l’esprit, d’indépendance des Kabyles.
Je me rappelle que le maréchal profita du passage dans
ce défilé pour poser des questions aux officiers supé­
rieurs qui l’entouraient; la discussion était on 11e peut
plus instructive. J’eus, du reste, pendant cette expédi­
tion plusieurs fois l’honneur d’approcher le duc d’Isly ;
dans chacune de ces circonstances, je l’entendis expo­
ser des idées sur la guerre avec une sûreté d’apprécia­
tion, une lucidité d’exposition dont l’impression est en­
core toute vive dans ma mémoire.
Le 20 mai, la colonne arrivait à Bougie, et le géné­
ral Bedeau, qui avait, à la tête de 7 à 8,000 hommes,
battu diverses tribus récalcitrantes, nous rejoignait
le 21.
Le maréchal avait encore mené à bien cette excur­
sion importante ; mais ce devait être sa dernière entre­
prise en Algérie. Profondément froissé du mauvais
vouloir qu’on lui témoignait à Paris, il fit ses adieux à
l’armée à Bougie même, où il s’embarqua, en décla-

— 45 —
rantque son rôle était fini et qu’il ne reviendrait plus

en Afrique.
L’armée expéditionnaire partie d’Alger y revint sans
être inquiétée et par la même voie qu’elle avait déjà
suivie. Quelque temps après, le duc d’Aumale fut
nommé gouverneur, et, à la fin de la même année
18à7, Abd-el-Kader, à bout de ressources, se rendait
entre les mains de Lamoricière. L’époque de lutte gé­
nérale était passée; il 11e restait plus qu’à compléter la
soumission desZouaoua du Djerdjera et à étendre notre
domination au sud. Dès 1843, le général Marey-Monge
avait fait une heureuse excursion à Laghouat et à
Aïn-Madhy ; notre suzeraineté avait été reconnue dans
cette partie du Sahara algérien, et chaque année devait
amener dans ces immenses steppes une nouvelle ex­
tension de notre autorité.
Le maréchal Bugeaud a non-seulement créé et vul­

garisé la manière de faire la guerre en Afrique, à tel
point qu’aujourd’hui le dernier capitaine qui a fait
quelques campagnes dans notre colonie est apte à y
conduire une opération militaire quelconque, mais il a
fondé l’administration des indigènes des tribus. Dès
1844, il avait développé l’institution des bureaux arabes
et décidé qu’il y aurait un de ces bureaux dans chaque
cercle militaire. Nous en parlerons plus longuement
dans la notice sur le général Daumas et les affaires
arabes; rappelons seulement en ce moment, à la
grande gloire du maréchal Bugeaud, que ses procédés
vis-à-vis des indigènes soumis furent toujours d’une
bienveillance extrême. Il a adressé à ce sujet à ses

— 46 —
lieutenants des circulaires que nous voudrions repro­
duire textuellement, tant elles reflètent de sentiments

généreux et humains. Il s’indignait parfois d’apprendre
que, dans Alger même, des Européens se permettaient,
en passant dans les rues, de donner des coups de bâton
aux Arabes du dehors venus par hasard dans la capi­
tale algérienne, et il rappelait avec raison qu’un coup
de canne administré dans Alger à un Arabe, c’était
une tête chrétienne de plus coupée dans la Mitidja.
Le maréchal Bugeaud s’est occupé sérieusement de
la colonisation algérienne. Lui qui avait passé quinze
années successives de sa vie à faire avec ardeur de
l’agriculture intelligente, et qui avait pris pour devise :
Erise et aratro, semblait plus que tout autre apte à cette
double mission de conquérant et de colonisateur. Ses
idées sur la manière de coloniser furent cependant très
vivement combattues. Voici, en résumé, en quoi elles
consistaient.
Le maréchal avançait que la colonisation de l’Al­
gérie était, de même que la conquête, une très rude
entreprise. Pour accomplir cette dernière, il avait fallu
pendant quelques années 100,000 hommes et 100 mil­
lions de francs ; et, malgré cela, la réussite à ce prix
valait encore mieux qu’une dépense moitié moindre
prolongée indéfiniment sans résultat décisif. Il pensait
de même que la colonisation ne pourrait se faire qu’avec
l’aide de l’Etat, qui choisirait les hommes et fournirait
des secours de toute sorte. Le duc d’Isly proposait, en
conséquence, de prendre des volontaires parmi les
soldats de l’armée d’Afrique encore en activité de ser-

— 47 —
vice, de les installer sur les hauts plateaux généralementassez sains et fertiles qui séparent le Tell du Sahara,
et de leur prodiguer pendant quelques années l’appui
de l’État et la main-d’œuvre de leurs frères de l’armée.
A ces conditions, le maréchal espérait composer un
cadre de colonisation qui aurait quelques chances de
prospérité, et qui, conservant une partie des habitudes
militaires, aurait la solidité nécessaire au milieu des
populations indigènes. Une fois ce cadre fortement
établi, la colonisation libre serait venue s’installer à
l’intérieur et remplir les vides. Les nombreux adver­
saires du maréchal Bugeaud s’empressèrent de répandre
qu’il voulait coloniser au son du tambour, faire faire
les travaux agricoles au coup de baguette, et il n’en
fallut pas davantage pour empêcher l’acceptation de

ses projets.
Nous croyons, pour notre compte, que le rôle des
Européens en Algérie doit être d’abord de développer
et d’accaparer le commerce et l’industrie, et de n’en­
treprendre l’agriculture que lorsque, établis depuis
longtemps dans le pays, ils auront recueilli assez de
renseignements et de données diverses pour n’agir qu’à
coup sûr. Mais étant donné ce problème : « coloniser
l’Algérie au plus vite, » de même qu’autrefois avait été
posé celui-ci : « conquérir le pays au plus tôt, » nous
ne pouvons nous empêcher de reconnaître que le projet
du maréchal assurait une solution assez prompte, tandis
que par d’autres moyens on était condamné, ainsi qu’il
l’avait prévu, à marcher lentement et à dépenser beau­
coup. Rappelons-nous que le gouvernement de Février

— 48 —
j

vota 50 millions pour établir des agriculteurs en Algérie,
des bijoutiers, des passementiers et autres ouvriers de
Paris. Il n’en est pas resté un dixième dans les cam­
pagnes. A la première saison de maladies, au troisième
trimestre, comme disent les soldats, la mortalité en
avait enlevé un bon nombre, et le reste s’était réfugié
dans les villes pour y exercer divers métiers. Avec
quelques sommes de cette importance, le maréchal
Bugeaud, lui, eût constitué le cadre de colonisation qui
le préoccupait et qu’il voulait vigoureux et éprouvé.

En tout cas, l’armée d’Afrique a accompli sous les
ordres du duc d’Isly des travaux très considérables et
utiles à la colonisation, car elle ne quittait le fusil que
pour prendre la pioche. Dès le lendemain du retour
d’une expédition, les troupes se remettaient au travail.
Elles ont construit un nombre important de casernes,
d’hôpitaux, de magasins, d’édifices destinés aux services
publics, de ponts, d’aqueducs, de puits, de fontaines.
Elles ont ouvert à travers les rochers de la Chilfa la voie
qui conduit de Blida à Médéa, et ont tracé dans tous
les sens une foule de routes diverses ; elles ont desséché
des marais, fait des barrages, défriché des terres in­

cultes pour les colons, organisé des jardins autour de
toutes les villes de garnison, et laissé partout des ves­
tiges glorieux de l’occupation.
Nous ne pouvons omettre de rappeler que le maré­
chal Bugeaud a publié divers écrits. Il a exposé avec sa
clarté habituelle ses opérations à l’armée des Alpes,
en 1815, dans les environs de l’Hôpital sous Conflans,
et quelques détails sur l’expédition de la Sikkak. Il a

— 49 —
développé son système sur les avant-postes, sur la ma­
nière de combattre dans les montagnes, de passer les
défilés, etc. Il a émis quelques avis dans ses Aperçus
sur les manœuvres et sur les devoirs d’un chef de
troupe. Il est à regretter que le maréchal n’ait pas pu­
blié un grand ouvrage comprenant ses idées complètes
sur toutes les parties de la guerre, et qui fût devenu le
véritable bréviaire des gens du métier.
J ’ ai entend u raconter par divers officiers que M. Thiers,
qui avait cherché à s’entretenir avec toutes les célé­
brités militaires au sujet de ses travaux historiques,
n’avait rencontré aucun capitaine qui lui fît comprendre
une bataille aussi bien que le maréchal Bugeaud. Si le
fait n’est pas vrai, il est très vraisemblable, car le duc
d’Isly possédait, ainsi que nous l’avons dit, une clarté
d’exposition fort remarquable.
L’illustre conquérant de l’Algérie est mort à Paris
le 10 juin 1849, frappé par le choléra. Sa mort fit
grande sensation dans la capitale. Deux statues ont été
érigées depuis en son honneur, l’une à Périgueux,
l’autre à Alger.
Parmi les militaires qui furent les premiers lieute­
nants du maréchal Bugeaud, et parmi ceux qui se for­
mèrent à son école et se sont fait un renom plus tard,
nous avons remarqué comme illustrations purement
militaires : les maréchaux Baraguey-d’Hilliers, SaintArnaud, Pélissier, Canrobert, de Mac-Mahon, estimé
par bon nombre d’hommes de guerre comme le pre­
mier de nos chefs d’armée actuels; les princes d’Or­
léans, les généraux Changarnier, d’Arbouville, de

4

— 50 —

Bourjolly, Renault, Morris, d’Allonville, Jusuf, Ladmirault, Uhricli, Tartas, d’Autemarre, Bazaine, Bour­
baki, Camou, Mellinet, Vinoy, de Forton, Cassaignolles,
Korte,‘Montauban, Géry, Bisson, Espinasse,Wimpffen.
D’autres se sont signalés par un remarquable en­
semble de talents militaires et administratifs; ce sont
surtout : le maréchal Bosquet, le duc d’Aumale, les
généraux Lamoricière, Bedeau, Cavaignac, de Martimprey, Daumas, Marey-Monge, Walsin-Estlierazy, Herbillon, Rivet, Desvaux, Durrieu, Trochu, Périgot.
Enfin quelques-uns, à la tête desquels nous place­
rons le maréchal Randon, se sont adonnés de préfé­
rence aux détails administratifs, et se sont fort distingués
par leur aptitude dans ce genre de services.

P. S. A propos de la campagne d’isly, nous trouvons dans un ordre du
jour que le général Martimprey vient d’adresser, à Alger, aux troupes qui
partent pour la frontière du Maroc, les réflexions suivantes, que nous sommes
heureux de citer :

« J’étais à Isly et j’ai présentes les leçons que cette campagne nous a
fournies.
» Vos frères d’armes d’alors se distinguaient par l’ordre qui régnait dans
leurs rangs, aussi bien dans les marches que dans les attaques.
» L’élan appartenait aux nombreux tirailleurs et derrière eux marchaient
des bataillons solides et irrésistibles.
» Qu’aujourd’hui il en soit ainsi.
» Je blâmerais, dans les chefs comme dans les soldats, une fougue intem­
pestive qui, nous amenant en désordre devant les positions à conquérir,
nous ferait heurter de front et prématurément les obstacles, et entraînerait
le sacrifice des plus vaillants.
» Au contraire, en faisant concourir au même but le feu de l’artillerie et
les mouvements tournants, on arrive quelques instants plus tard à triompher
sûrement des obstacles, en épargnant un sang précieux. »

Ouvrages de M. le maréchal Bugeaud delaPiconnerie.
1. Adresse de M. Bugeaud au roi Louis XVIII. Imprimé dans le
Moniteur du 31 août 1814.

«. 2. Essai sur quelques manœuvres d’infanterie,que l’auteur propose
d’ajouter à l’ordonnance. Lyon, 1813, in-12 avec planches.
3. Mémoire sur l’impôt du sel. À nos collègues les députés de la France
et à MM. les ministres. Paris, impr. de Guiraudet, 1831, in-4 de 8 p.
_ 4. Aperçus sur quelques détails de la guerre, avec des planches
explicatives. Nouvelle édition, imprimée par ordre de S. A. R. le
duc d’Orléans. Paris, impr. de Duverger, 1832, in-12 de 120 pages,
avec 3 planches. 3e édition. Paris, Leneveu, 1846, in-32 de
3 feuilles avec 3 planches.
Les deux premières éditions ont été imprimées par les ordres et aux frais du duc
d’Orléans.

5. Réflexions sur l’état de la guerre en Biscaye et en Navarre.
Imprimé dans le Journal des Débats, le 23 juin 1833.

— G. De l’organisation unitaire de l’armée, avec l’infanterie partie
détachée et partie cantonnée. Paris, 1835, in-8 de 32 pages.

- 7. Mémoire sur notre établissement dans la province d’Oran par
suite de la paix (juillet 1837). Paris, Gaultier-Laguionie, -1838,
in-8 de 64 pages, plus un plan.

2 fr. 50

— 8. De l’Établissement de légions de colons militaires dans les
possessions françaises du nord de l’Afrique, suivi d’un Projet
d’ordonnance adressé au Gouvernement et aux Chambres. Paris, de
l’imprimerie de F. Didot, 1838, in-8 de 60 pages.
9. Guerre d’Afrique. Lettre d’un lieutenant de l’armée d’Afrique, à son
oncle, vieux soldat de la Révolution et de l’Empire. Paris, de l’im­
primerie de Gaultier-Laguionie, 1839, in-12 de 36 pages. (Anon).

10. De l’Établissement des troupes à cheval dans les grandes
fermes. Paris, imprimerie de Brière, 1841, in-8 de 28 pages.
- 11. Algérie (p). Des moyens de l’utiliser. Paris, Dentu, 1842, in-8
de 128 pages.

2 fr. 50 c.

Cet écrit a donné lieu à la publication des suivants :
Algérie. Quatorze observations sur le dernier mémoire du général Bugeaud; par
le général Duvivier. Paris, Delloye, Garnier frères, 1842, in-8 de 150 pages.
Examen de ce mémoire par M. le docteur Guyon, membre delà Société asiatique.
Alger, 1842.
Algérie. Piéponse à l’Examen publié par M. Guyon, docteur, membre de la Société
scientifique d’Afrique, sur les quatorze Observations, par le général Duvivier. Paris,
Delloye, Garnier, 1843, in-8 de 2 feuilles 1/2.
Etat de la question d’Afrique. Réponse à la brochure de M. le général Bugeaud;
par M. Gustave de Beaumont. Paris, Paulin, 1843, in-8 de 3 feuilles 1/4.

12. Exposé de l’état actuel de la Société arabe, du Gouvernement
et de la Législation. Alger, 1844, in-8.
2 fr. 50 c.
13. Rapport de M. le maréchal Bugeaud, 17 août 1844, sur la prise
de la smala d’Abd-el-Kader.
Imprimé dans quelques journaux et publications de l’époque.

14. Récit de la bataille d’Isly. Imprimé dans la Revue des DeuxMondes, du 1er mars 1845.

15. Quelques Réflexions sur trois questions fondamentales de notre
établissement en Algérie. Alger, imprimerie du Gouvernement,
1846, brochure in-8.

1 fr. 50 c.

— 16. De la Colonisation de l’Algérie. Alger, impr. du Gouvernement,
1847, brochure in-8.

- 17. Observations de M. le maréchal gouverneur-général, sur le
projet de colonisation présenté pour la province d’Oran, par M. le
lieutenant-général de Lamoricière. Alger, de l’imprimerie du Gou­
vernement. 1847, in-8 de 88 pages.

_ 18. Travailleurs (des) dans nos grandes villes. Imprimé dans la
Revue des Deux-Mondes, du 1er juin 1848.

19. Socialistes (les) et le travail en commun. Paris, Gerdès, 1848,
in-18 de 36 p. —2e édit. Lyon, impr. de Chanoine, 1849, in-16 de 32p.
Extrait de la Revue des Deux-Mondes, n° du 15 juillet 1848.

20. Veillées d’une chaumière de la Vendée. Lyon, de l’imprimerie de
Guyot, 1849, et Paris et Lyon, Guyot, 1849, in-32 de 48 pages.
Un extrait de la deuxième Veillée a été imprimé à Lons-le-Saulnier, par Gauthier,
dans la meme année, in-18 de 12 pages.

Ajoutons que le maréchal Bugeaud a écrit tour à tour dans YAckbar,
dans le Moniteur Algérien, qui paraissent à Alger, dans le Spectateur
militaire. On a de lui beaucoup de discours à la tribune, et de rapports
militaires imprimés dans le Moniteur.
Ecrits pour et contre le maréchal Bugeaud de la Piconnerie.

21. Duel de M. Dulong, député patriote, et M. Bugeaud, général, député
ministériel, gardien de la duchesse de Berry au château de Blaye,
fameux champion et défenseur de Louis-Philippe, notre monarque
actuel; par Vaillant. Paris, impr. Selligue, 1834, in-4 de 2 pages.
22. Détails et Révélations sur le duel de Dulong. Paris, Paulin,
1834, in-8 de 56 pages.
23. Biographie de Thomas-Robert Bugeaud, général-député.
Imprimée dans la Biographie des hommes du jour, par MM. G. Sarrut et
B. Saint-Edme (t. I, novembre 1835), in-4, p. 355-60.

24. Général (le) Bugeaud à Excideuil. Imprimé dans le Journal des
Débats, du 12 septembre 1839.
C'est le récit d'une fête agricole dans laquelle le général a harangué les paysans
du canton dont il était mandataire.

25. M. Bugeaud journaliste.
Article anonyme de la Quotidienne, n’du 2 septembre 1845.

26. Le maréchal Bugeaud; par Arm. Marrast.
Imprimé dans le Dictionn. de la conversation et de la lecture, au nom Bugeaud.

27. Souvenirs du maréchal Bugeaud. De l’Algérie et du Maroc, par
P. Christian, ancien secrétaire du maréchal. Paris, Cadot, 1845,
2 volumes in-8.
Le maréchal a démenti l'authenticité de ces Souvenirs.

28. Maréchal (le) Bugeaud, par un homme de rien (M. L. de Loménie).
Notice faisant partie du t. IX de la Galerie des contemporains illustres, 1840,
in-18.

29. Bugeaudiade (la), poëme héroïque en quatre chants; par À. H....,
avocat. Laval, de l’imprimerie de Godbert, 1846, in-8 de 36 pages.

t 30. Maréchal (le) Bugeaud aux Invalides. Ode. Paris, de l’imprimerie
Guiraudet, 1849, in-8 de 4 pages.
Signé Julia Griffon.

31. Biographie complète de M. le maréchal Bugeaud; par M. Besancenez. Imprimé dans la France algérienne. Paris, 1845, in-8.
32. Biographie complète de M. le maréchal Bugeaud, publiée par
A. Besancenez. Paris, impr. de Poussielgue, 1849,in-fol. d’une feuille.
33. Maréchal (le) Bugeaud. Récit des camps, des champs et de la tri­
bune; par M. Arthur Ponroy. Paris, 1852, in-12.
2 fr.
34. Maréchal (le) Bugeaud. Notice, par A. Théodore Chéron. Limoges,
imprimerie de Ducourtieux, 1852, in-8 de 24 pages.
La notice est suivie de deux pièces en vers : La mort du maréchal Bugeaud, la
Statue du maréchal.

35. Bugeaud de la Piconnerie, duc d’Isly, maréchal de France.
Notice de M. Rosenwald, insérée dans la Biographie générale de MM, F, Didot,

t. VII (1853), p, 746-51,

MEMENTO
DE QUELQUES

PRINCIPES UTILES
A L’ADMINISTRATEUR MILITAIRE

administrateur. — Les qualités sociales d’un administrateur ont une grande

influence sur son administration. Leur empire doit être fortifié par l’as­
cendant des vertus. Descendant à tous les instants dans le fond de sa
conscience, l’administrateur doit placer ses travaux sous l’égide d’une vie
sans reproches. (Bon Guérard de Rouilly. — Princ. gén. d'admé).
administration. — En administration, toutes les sottises sont mères (Larochefoucault.) — Eviter, autant que possible, les mesures rétrogrades, —
Bienveillance raisonnée, douce affabilité. — Dangers d’un respect forcé,
d’une dignité froide et exagérée.
célérité.—Nécessité dominante et dont l’administrateur doit se faire une
habitude, en gardant le calme et la liberté d’esprit qui le sauve des
dangers de la précipitation.
conduite. — conscience. — Mon ami, faire le mieux qu’il est possible, et
se tenir récompensé de son témoignage; voilà le grand secret avec
lequel on n’est jamais ni imposteur, ni flatteur, ni âcre, ni importun, ni
vindicatif, ni criminel. — Sois de constante gaîté, et jamais de découra­
gement. Si l’on trouve les hommes méchants et ingrats, souviens-toi de la
grande, quoique bouffonne maxime de Scapin : « Sachons-leur gré de tous
les crimes que l'on ne commet pas. » (Lettre du général Bonaparte à
i l’ordonnateur Sucy, à Nice. Paris, 30 therm. an m.)
contraventions. — S’attacher à prévenir plus qu’à réprimer.
décision. — dépêche. — Une dépêche du Ministre n’a le caractère de déci1 sion qu’autant qu’elle statue sur un litige administratif.
discernement. — Une des qualités essentielles de l’administrateur est de
savoir allier, par un discernement délicat, les principes inflexibles d’une
fermeté souvent nécessaire avec les ménagements de l’indulgence et les hé­
sitations de la bonté. C’est déjuger avec la finesse d’un tact exercé les cir­
constances dans lesquelles il lui est permis, jusqu’à un certain point, de flé­
chir. et celles où il doit sacrifier au maintien d’une autorité compromise les
conseils de la douceur, devenus dangereux.
discrétion. — Observer la plus grande discrétion à l’égard des fournisseurs,
quant aux dispositions prises ou à prendre pour l’approvisionnement.

discussion. — Accordez et faites valoir ce que votre adversaire dit de bon et

de vrai; car vous ne l’amènerez pas à votre opinion par vos idées, mais par
les siennes. (Terrasson).— V. Personnalités.
faim. — La faim dans l'homme n’est pas comme dans le lion l’âme du cou­
rage et de l’activité. (Ct. deBrülh).
flatterie. — C’est, peut-être le pire de tous les parjures (Madrolle).
frondeur. — Un frondeur passe sa vie à être fâché de ce que la Seine va du
côté de Rouen au lieu d’aller de celui de Melun (Terrasson). — Voir, au
commencement de la 2e partie de la méthode de Descartes, pourquoi il ne
saurait approuver ces humeurs brouillonnes et inquiètes qui, n’étant point
appelées à la direction des affaires publiques, ne laissent pas que d’y faire
toujours en idée quelque réformation.
LANGUE.— L’extrême exactitude tient du

pédantisme- Les recherches qu’elle
occasionne causent une perte de temps pour l’administrateur.
personnalités. — Éviter avec soin tout ce qui peut faire naître des rivalités
d’attributions, des griefs personnels, des irritations privées, et faire des­
cendre l’administration et la surveillance de la haute région où elles doivent
s'exercer, sur le terrain vulgaire des petites passions individuelles (V.rapp.
à l’Empereur, 12 janvier 1853).
PHILOSOPHIE. — La philosophie, appliquée à la haute administration,

apprend
adonner parfois plus à la pratique qu’à la spéculation, à la tolérance qu’à la
règle, à l’opinion commune qu’à la vérité métaphysique (Terrasson).
plume. — L’aile, comme la serre, a de vaillants ébats;
La plume soutient l’aigle au-dessus des combats:
Tout vit, agit, prospère et grandit par son zèle ;
Nuis moyens, nuis succès et nul ordre sans elle ;
Aussi, la destinant au bonheur des humains,
Dieu mit souvent le plume en de bien nobles mains.

précipitation. — Voyez Célérité.— Omnia

non properanti clara. Festinatio

improvida est et cœca (Tite-Live.).
raison. — Quand on ne veut pas écouter la raison, elle ne manque jamais de

se faire sentir. (Franklin).
règles. — Chercher toujours dans les règlements des facilités pour le bien;

et ne les présenter jamais comme entraves par esprit d’opposition ou par
vanité d’instruction, mais seulement pour empêcher un mal véritable.
rouages administratifs. — C’est la plus mauvaise roue du char qui crie tou­
jours. Ainsi, roulez et ne criez pas.
serment. — La dernière pensée admise par les hommes en société, et que le

temps n’effacera jamais, est le serment, où les Dieux sont cautions, et même
parties au contrat. (Denis d’Halicarnasse).
C’estpeu de ne rien faire contre le souverain à qui nous l’avons prêté. Nous
lui devons étroitement la fidélité la plus utile-, car c’est Dieu qui, se mettant à
la place de l’Empereur, nous a demandé le serment, et l’entend comme il
sait que l’Empereur le désire. (L. N. — Sainteté du serment).

LE CHIEN, LE LAPIN ET LE CHASSEUR
fable faite en 1782, par Napoléon Ier, qui n’avait alors que 13 ans.
César, chien d’arrêt renommé,
Mais trop enflé de son mérite,
Tenait arrêté dans son gîte
Un malheureux lapin de peur inanimé.
Rends-toi! lui cria-t-il d’une voix de tonnerre
Qui fit au loin trembler les peuplades des bois,
Je suis César connu par ses exploits,
Et dont le nom remplit toute la terre.
A ce grand nom, Jeannot lapin,
Recommandant à Dieu son âme pénitente,
Demande d’une voix tremblante :
Très-sénérissime mâtin,
Si je me rends quel sera mon destin?
— Tu mourras. — Je mourrai! dit la bête innocente.
Et si je fuis? — Ton trépas est certain.
— Quoi ! reprit l’animal qui se nourrit de thym,
Des deux côtés je dois perdre la vie !
Que votre auguste seigneurie
Veuille me pardonner, puisqu’il me faut mourir,
Si j’ose tenter de m’enfuir.
Il dit, et fuit en héros de garenne.
Caton l’aurait blâmé : je dis qu’il n’eût pas tort.
Car le chasseur le voit à peine
Qu’il l’ajuste, le tire... et le chien tombe mort.
Que dirait de ceci notre bon Lafontaine?
Aide-toi, le ciel t’aidera.
J’approuve fort celte méthode-là.

Extrait de l’ouvrage intitulé : Les Bonaparte et leurs œuvres littéraires,
Essai historique et bibliographique contenant la généalogie de la famille
Bonaparte. In-8. Prix..................................................................
5 fr.

Ayant acheté les bibliothèques de plusieurs maréchaux de France et géné­
raux, il existe dans mes magasins cent mille volumes d’ouvrages militaires à
très-bon marché. En s’adressant directement à moi, on pourrait monter une
très-nombreuse et une très-belle bibliothèque militaire à moitié des prix des
catalogues ordinaires, et beaucoup d’ouvrages seraient très-bien reliés sans
augmentation.
Achat au comptant de toutes espèces le livres.

Cent mille volumes
SUR L’ART ET L’HISTOIRE MILITAIRES
A TRÈS-BON MARCHÉ

A la Librairie Militaire de A. LENEVEU
RUE DES GRANDS-AUGUSTINS, 18, A PARIS

Près le Pont-Neuf.
Imprimerie Pilloy, boulevard Pigallc, 50. à Montmartre.

*

ou

AIDE-MÉMOIRE POUR LA PRATIQUE DE LA GUERRE
A L’USAGE DES MILITAIRES DE TOUTES ARMES ET DE TOUS PAYS

D’après un manuscrit rédigé en 1815, par un général d’alors, et
revu, en 1855, pour être mis en harmonie avec les
connaissances et l’organisation du jour,

1 volume format de poche, avec

planches. — 3 fr.

LL. EE. les Maréchaux de France Saint-Arnaud, Baraguey-d’IIilliers, deCasTELLANE, MAGNAN, PÉLISSIER, DUC DE MaLAKOFF, PtANDON, CANROBERT, BOSQUET,

Mac-Mahon, duc de Magenta, Régnault de Saint-Jean d’Angély, Niel, in’ont
honoré de lettres de chaleureuses félicitations.

« Ce livre figurera clignement dans une bibliothèque militaire ; je suis heztrcttm
« de pouvoir en donner l'assurance.
« Le Maréchal commandant en chef l'armée de l’Est. Signé MAGNAN. »
Table des matières. — Principes généraux. — Avant le départ. — Marches loin de
l’ennemi. — Marches près de l’ennemi. — Guides. — Eclaireurs et flanqueurs. — Déta­
chements placés sur les flancs d’une colonne. — Arrière-garde. — Bivouacs. — Avantpostes. — Grand’gardcs. — Etablissement des grand’gardes. — Emplacement de nuit. —
Sentinelles et vedettes. — Des rondes. — Des patrouilles. — Des découvertes. — Recon­
naissances offensives. — Des espions. — Des indices. — Parlementaires. — Des détache­
ments, — Des partisans. — Des fourrages. — Des Convois. — De l’offensive. — De la
défensive. — Manœuvres. — Evolutions. — Bataille. — Ordres de bataille. — Combat. —
Emploi de l’infanterie. — Emploi delà cavalerie. — Règles particulières pour le combat de
cavalerie. — Contre-cavalerie en ligne ou en colonne. — Cavalerie contre infanterie. — Ca­
valerie contre artillerie. — Emploi de l’artillerie. — Armes de main. — Des corps de ré­
serve. — Des retraites. — Des subsistances. — Table des officiers en campagne. — Des
bagages.—Du droit des gens et des usages de la guerre.— Guérillas ou guerre de partisans.
Environ cent sommités militaires, généraux des plus distingués par leur savoir et leur
expérience, ont apprécié le livre ainsi :

ECOLE

IMPÉRIALE SPÉCIALE

Saint-Cyr, le-10 avril 1856,

Monsieur Leneveu,

MILITAIRE.

J’ai lu avec le plus vif intérêt le recueil des Maximes,
Conseils et Instructions sur l'art de la guerre, réper—
toire universel des connaissances militaires, et que je con­
sidère comme le meilleur guide pratique pour les officier»
de tous grades. Je le recommanderai aux élèves comme devant leur être de ia
plus grande utilité pendant toute leur carrière.
Recevez, etc.
Signé: Le général comte de Monet,

Cabinet du Général Commandant.

Commandant l’école impériale militaire do SainUCyr.

Lunéville, le 2 décembre 1853.
« A Monsieur Leneveu,
« J’ai reçu les Maximes, Conseils et Instructions sur l’art de la guerre; c’est, à
« mon avis." un excellent ouvrage, et le meilleur résumé que je connaisse ; je l’ai lu et relu
« et toujours en m’instruisant et en le trouvant meilleur.
« Je l’ai recommandé à ma division par un ordre du jour qui fait connaître les hauts suf« frages qui l’ont jugé et approuvé.
« Signé : le général de division comte de Goyon.
« Aide de camp de l'Empereur. »

Eupatoria, le 11 janvier 1S56.
« Monsieur Leneveu,
« Le général de Failly me charge de vous remercier de l’envoi direct et personnel que vous
a lui avez l'ait des Maximes, Conseils et Instructions sur l’art de la guerre.
« Le général me charge de vous dire qu’il a lu ce manuel avec beaucoup d’intérêt, qu’il le
« c'onsidère comme un ouvrage classique et des plus utiles ; il pense qu’il devrait être dans
« la main de tous comme une théorie, et ne coûter, comme ce dernier livre, au maximum
« un franc.
« Signé : l’officier d’ordonnance du général de Failly. »

Armée de Lyon, division de cavalerie.
« Monsieur Leneveu,
« J’ai lu avec le plus grand intérêt les Maximes ; elles contiennent des instructions, non« seulement utiles, mais indispensables ; c’est le meilleur ouvrage qui ait paru ; j’en ai fait
« prendre connaissance aux officiers de la division que j’ai l’honneur de commander, et je
« ne doute pas que lorsque MM. les officiers et sous-officiers, etc., en connaîtront le con­
te tenu et l’auront apprécié, MM. les chefs de corps ne s’empressent de vous faire des com­
te mandes considérables.
« Signé : le général de division Partouneaux. »
Quartier général de l’armée anglaise, en Crimée.
« Monsieur Leneveu,
« Je suis chargé, par le général Scarlett, de vous prier de lui envoyer, à Scutari, ou se
« préparent nos quartiers d’hiver, 200 exemplaires des Maximes, Conseils et Instructions
« sur l’art de la guerre pour les officiers sous ses ordres.
Signé : James Gonolly, chef d’état-major. »

Eu Crimée, au camp, le 20 mai 1855.

« Monsieur Leneveu,

« Je vous j)rie d'envoyer le plus tôt possible à Vadresse des ré­
giments suivants, 300 exemplaires des Maximes, Conseils et In­
structions sur l’art de la guerre, à raison de 50 exemplaires
par régiment, pour les 1er et
hussards, 1er et 4e chasseurs d’A­
frique, 6e et 7 e dragons.
« Le général de division, Commandant la cavalerie en Crimée,
« Signé : Morris. »

En présence du danger, on sent vite ce qui est utile, car
plus de 4,000 exemplaires ont été demandés de la Crimée,
et 5,000 nar l’armée d’Italie.

L’ÉDITEUR A L’ARMÉE
Malgré la bravoure et l’intelligence des jeunes officiers
français, il est bon de leur retracer les leçons de l’expérience :
il est des principes et des préceptes qu’il faut toujours avoir
présents. Le livre intitulé : Maximes et Conseils est surtout
concis, et c’est son principal mérite : il indique seulement ce
qu’on peut ou doit toujours faire, au lieu de s’étendre sur
beaucoup de théories d’une exécution difficile, et dont le ré­
sultat n’est pas toujours en raison des risques qu’on y court.
La science du commandement est un don inné du ciel ; c’est
le génie qui inspire les grands généraux ; de là leur rareté :
au contraire, pour faire un bon militaire en sous-ordre, il
ne faut que de l’instruction et de l’expérience; en consé­
quence, ceux qui ont étudié et pratiqué l’art militaire peu­
vent seuls y introduire les jeunes gens; des livres faits par
des hommes plus savants que militaires donnent souvent de
fausses idées.
Puisse la jeunesse militaire française, à laquelle est destiné
cet opuscule, le lire sans ennui, et attacher, à ce legs d’un
vieux soldat, le prix que l’on met dans une famille à une an­
cienne épée de bataille.
Le plus bel éloge que l’on puisse faire de l’ouvrage, c’est
que la première édition, tirée à 5,000 exemplaires, a été ven­
due en deux mois, du 5 mai au 5 juillet. C’est le véritable
livre de guerre, on en sent la nécessité lorsque l’on se bat;
il a été absorbé par l’armée de Crimée, et 5,000 exemplaires
ont été vendus à l’armée d’Italie.

En anglais, prix : 3 sch.
S. A. R. le duc de Cambridge, commandant en chef l’ar­
mée anglaise, en a acheté 3,000 exemplaires pour son armée.
Son Excellence Mehmed Ruchdi-Pacha, ministre de la
guerre de la Sublime-Porte, m’en a demandé mille exem­
plaires en turc.

fi Lfi LIBRAIRIE MILITAIRE DE LENEVEU,
Rue des Grands-Augustins, 18,
près le pont neuf, à Paris.

Extrait du Compte-Rendu du Spectateur militaire,
du 15 septembre 1855.

Un bon livre est une chose si rare, que lorsqu’on le trouve,
on doit se hâter d’en faire part à ses amis. C’est ce que nous
nous empressons de faire aujourd’hui, en signalant à l’atten­
tion de l’armée un volume, format de poche, véritable livre
d’or, qui a le grand mérite de convenir aux militaires de tous
grades; le jeune officier y trouvera de bons conseils et le gé­
néral d’excellents préceptes.
Nous regrettons infiniment que notre cadre ne nous per­
mette pas d’en donner des citations ; l’ouvrage est tellement
parfait dans son petit volume, qu’il eût fallu tout reproduire.
Ce résumé est appelé à un succès remarquable, parce que
l’auteur a su grouper, dans un volume format portefeuille,
tout ce qu’on peut dire de sérieux et de vrai, depuis ce qui
concerne la pose d’une vedette jusqu’à l’emploi des diffé­
rentes armes sur le terrain.
Les Maximes s’adressent à tous, au plus simple officier
comme au générai. Ce n’est pas de la science, c’est plutôt de
la logique et du bon-sens. Les préceptes de ce livre sont nets
et concis ; il écarte le vague et les généralités qui sont le dé­
faut de presque tous les traités analogues. Un cachet particu­
lier qui le distingue est qu’il indique catégoriquement ce
qu’il faut éviter, et c’est un point essentiel, car si on sait bien
ce dont il importe de s’abstenir, on trouvera facilement ce
qu’il y a à faire. Toutefois, il ne procède pas uniquement par
voie d’exclusion et pour une foule de circonstances, il trace
positivement la conduite à tenir. Résumant les leçons de
tous les maîtres, indiquant ce qui a été reconnu bon ou mau­
vais, soit par le raisonnement, soit par la pratique, il met
de suite celui qui l’a lu avec fruit en état de se tirer d’affaire
en toute occasion, pourvu qu’il ait un jugement sain et qu’il
sache distinguer l’analogie du cas où il se trouve avec ceux
qu’il a étudies.
Nous sommes heureux d’être un des premiers à signaler
ce livre à l’attention de nos lecteurs, et nous sommes per­
suadé que, malgré tout ce que nous avons pu dire de flatteur,
nous sommes resté fort au-dessous des éloges qu’il mérite ;
nous n’hésitons pas à le proclamer l’un des meilleurs.

Mentmartrc. - Typ. PILLOY, boulevart Pigallc, 53.

pour changer une ligne de face sur son emplacement, et pour faire manœu­
vrer quatre bataillons dans un espace où, de prime abord, il semblerait qu’un
seul dût se trouver à l’étroit, ont également appelé les réflexions des officiers
qui se préoccupent de l’application des mouvements au terrain, comme de la
leçon supérieure à donner aux troupes et de l’emploi pratique autant que ra­
tionnel des principes posés dans les ordonnances.
,
La première édition de l'Album a été rapidement épuisée; la seconde vient
de paraître, avec l’adjonction de nouvelles manœuvres d’une exécution facile
et qui seraient très-avantageuses devant l’ennemi. Voici quelles sont les plus #
importantes de ces manœuvres.
Sous le titre d’évolutions de ligne, on trouve divers mouvements possibles
à une colonne de bataillons en masse, qui les exécutent sans quitter leur for­
mation.
L’ordonnance s’est bornée à indiquer le changement de direction, après
avoir mis la distance de 40 pas entre les masses ; M. le général de Schramm
prend cette colonne, et, sans arrêter sa marche, sans qu’elle ait à se mouvoir
parle flanc des subdivisions, il la forme en bataille dans l’ordre direct ou in­
verse, en avant, à droite, à gauche, sur la droite ou sur la gauche ; et, réci­
proquement, il fait passer une ligne de bataillons en masse à l’ordre en co­
lonne, par un simple changement de direction de chaque bataillon.
Evidemment, il y a plus de simplicité dans ce système que dans celui de
l’ordonnance, qui consiste à faire marcher les subdivisions par le flanc droit
ou le flanc gauche pour changer de direction de pied ferme, et, presque tou­
jours, à commencer un mouvement offensif par une retraite de flanc. En outre,
la majeure partie des marches de cette espèce est évitée; les bataillons se por­
tent tout de suite et de front sur la nouvelle ligne, et cela est d’une imp®rtance majeure, si la manœuvre se fait à portée de l’ennemi. Une troupe atta­
quée en flanc résiste moins que celle qui marche au-devant de son adversaire ;
il faudrait méconnaître la furia francese et les actions de guerre de tous les
temps pour nier ce fait. Ainsi, les mouvements des colonnes et des lignes de
bataillons en masse ont pour premier avantage de maintenir la force morale
dans les rangs; c’est déjà un résultat immense.
Dans les changements de front d’une ligne de plusieurs bataillons, l’aile
marchante, lorsqu’elle forme les colonnes doubles, commence encore par un
mouvement en arrière. D’après l'Album (évolution n° 4), ces colonnes doubles
sont formées en avançant; tous les bataillons s’ébranlent de front, et les pelo­
tons des ailes entrent dans chaque colonne comme s’ils eussent rencontré des
obstacles.
Il y a encore dans ce mouvement un bénéfice de temps et d’espace qui fera
sans doute adopter la colonne double, formée en marchant, au nombre des
manœuvres réglementaires de l’infanterie.
M. le général Schramm donne, dans la nouvelle édition de son Album, la
formation delà colonne double de régiment et de brigade, de pied ferme et en
avançant.
La première s’exécute pour marcher en retraite par le troisième rang ; la
seconde, analogue au passage du défilé, présente une innovation très-impor­
tante dans les mouvements de l’infanterie : après avoir rompu par peloton à
gauche et à droite, les bataillons continuent leur mouvement en colonne sans
le moindre retard.
D’après l’ordonnance, les subdivisions d’une troupe qui passe de l’ordre en
bataille à l’ordre en colonne sont toujours arrêtées et alignées après la con­
version.

Ainsi, dans une circonstance urgente, une ligne s’ébranle pour se porter à

L

droite, à gauche ou en avant. Le commandement de marche détermine quel­
quefois un mouvement en arrière, et, dans tous les cas, il est suivi de ceux-ci :
Halle. — A droite (ou à gauche) alignement. — Fixe.
Halle! fixe! quand il faut marcher, quand un danger pressant, peut-être,
appelle les forces qui manœuvrent; évidemment, il y a là un non-sens.
Les mouvements de la cavalerie sont continus, et cependant ils s’exécutent
a vec ordre et précision.
L’ordonnance sur les manœuvres des chasseurs à pied (titre IV, 2e partie,
article 1er, nos 67 et suivants) admet la continuation du mouvement lorsqu’on
a rompu à droite, à gauche, en arrière à droite ou en arrière à gauche ; mais
cela est exceptionnel.
M. le comte de Schramm tranche nettement la question; il prescrit le mou­
vement continu pour former la colonne double en avant, sans s’occuper de
l’arme qui exécute cettte manœuvre. C’est une application aussi neuve qu’im­
portante; et dont l’utilité pratique ne peut tarder à être reconnue. On s’aper­
cevrait bientôt que, dans la marche en colonne, il n’y a pas, au bout d’une
minute, la moindre différence entre une troupe dont chaque subdivision aura
été arrêtée, alignée, rectifiée, dont chaque guide se sera placé très-exactement
à sa distance et à son chef de file, et une troupe qui, ayant rompu par peloton
ou par division, poursuivrait sa marche une fois la conversion achevée. L’or­
donnance elle-même préconise indirectement la marche continue, puisqu’elle
dit (2e partie, n° 64) : « Les guides qui ne seraient pas dans la direction, ne
s’y placeront que lorsque la colonne se mettra en marche. »
Le déploiement du carré exige, d’après la théorie, une formation préalable
de toute la troupe en colonne, et cette colonne, pour faire face à droite ou à
gaucho, doit prendre ses distances ou se former sur la droite ou sur la gauche
en bataille.
Avec les principes donnés dans l’Album, le carré de bataillon, comme celui
de régiment ou de brigade, se déploie dans tous les sens par un mouvement
plus simple et toujours sous la protection du feu des pelotons qui servent do
base au déploiement (Théorie des carrés, n° 4).
C’est là un avantage incontestable; car on trouve à la fois, dans cette mé­
thode, célérité, précision et sécurité.
Si les manœuvres de l’A Ibum de M. le général comte de Schramm sont com
prises un jour parmi les mouvements usuels de l’infanterie, les officiers de
tout grade qui les auront étudiées s’applaudiront de ce travail, et dans tous les
cas, ces manœuvres, par leur simplicité, sont pour les militaires une étudo
facile, un sujet de méditations instructives; pour les corps de troupe, elles
présentent des exercices dont il peut être tiré, dans l’occasion, un parti trèsavantageux; leur mécanisme, d’ailleurs, n’est susceptible d’aucun reproche,
car elles empruntent tous leurs éléments à l’ordonnance même, dont elles ne
sont, en résumé, qu’une application logique et une conséquence naturelle
habilement mise en œuvre.
R. DE GOYNART,

Chef d'escadron d'état-major.
(Article du Moniteur de l'Armée).

Édition diamant. — 30 fr.

INSTRUCTIONS PRATIQUES
DU MARÉCHAL BUGEAUD
DUC D’ISLY

POUR LES TROUPES EN CAMPAGNE
AVANT-POSTES, — RECONNAISSANCES,
— STRATÉGIE, TACTIQUE, — DE 1,’ORDRE DES COMBATS,—RETRAITES,—
PASSAGE DES DÉFILÉS DANS LES MONTAGNES.

CASIPS. — BIVOUACS.

AVEC TROIS PLANCHES EXPLICATIVES.
Un vol. in-18, 1854.—Prix : 3 fr.
Ouvrage inédit en Europe, imprimé par l’imprimerie du gouvernement en
Afrique. Le maréchal Bugeaud en avait donné peu d’exemplaires à ses amis.
Ce grand capitaine, taillé à l’antique, et doué par la nature des plus éminentes
qualités, était né homme de guerre-, placé de plus, dès sa jeunesse, dans des
circonstances difficiles, il avait pu mûrir et éprouver les excellents préceptes
qu’il exposait, avec cette lucidité particulière à son esprit. Basant sur eux ses
opérations grandes ou petites, il les vit toujours réussir ; jamais il ne fut battu.
Ce sont les leçons d’art militaire de cet homme célèbre que nous publions.
Qu’on n’aille pas dire que ses succès furent l’effet du hasard et de la fortune;
il ne les dut qu’à ses hautes conceptions, toujours basées sur les vrais prin­
cipes. 11 n’estcertes pas donné à tout le monde d’égaler les grands généraux ;
mais en étudiant avec soin les méthodes et les moyens qu’ils employaient et,
profitant de leur expérience, on peut conquérir au-dessous d’eux un rang
honorable en même temps qu'on se rend capable de mieux servir son pays.
S’il est des règles que peuvent modifier les lieux, les armes, la nature des
hommes et des choses, il en est d’autres qui sont immuables; ce sont parti­
culièrement ces dernières qu’enseignait le maréchal Bugeaud.
Voici un court extrait de l’ouvrage du duc d’Isly.
Quand on essaie de poser un principe sur la guerre, aussitôt un grand nombre
d'officiers, croyant résoudre la question, s'écrient :
« Tout dépend des circonstances ; comme vient le vent, il faut mettre la voile. »
Mais si, d'avance, vous ne savez pas quelle est la voile qui convient pour tel ou tel
vent, comment mettrez-vous la voile selon le vent ?
Ces observations trop habituelles doivent nous faire penser que ces militaires
jugent impossible, et peut-être même dangereux, de poser des principes. Essayons
de détruire cette erreur, etc., etc., etc.

Maréchal BUGEAUD, Duc d’Isly.
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