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Médias

Fait partie de Essai sur les propriétés physiques, chimiques et médicales des eaux de la Fontaine Chaude de la cité de Vésone

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ESSAI
PROPRIÉTÉS PHYSIQUES, CHIMIQUES
ET MEDICALES

DE LA CITÉ DE VÉSONE, VILLE ACTUELLE DE PÉRIGUEUX (dORDOGNe),
PR ESENTE

MAIRE DF. LA VILLE DE PERIGUEUX, CHEVALIER DG ORDRES ROYAUX ET MILITAIRES

DE SAINT-LOUIS ET DE LA LEGION D'HONNEUR , ETÇ. ,

CHIRURGIEN AIDE-MAJQR , BREVETE AU 5.e LEGER, AUTEUR DE PLUSIEURS MEMOIRES
DE MÉDECINE, DE CHIRURGIE ET DE PHARMACIE MILITAIRE, ETC.

Non quidj sed quo animo.

Sous les Romains, l’antique Vésone compta des ther­

mes au nombre de ses monumens civils (i). Leur ri­
chesse et leur splendeur égalaient sans doute la magni­
ficence des autres édifices dont ils s’étaient plu a em­
bellir cette cité, la ville actuelle de Périgueux, évêché
et chef-lieu du département de la Dordogne et de la
20.e division militaire
(i) Le nom de thermes doit être particulièrement donné à des bainsidôift léâ£
eaux sont naturellement chaudes. Cependant, quoique L'acception de ceTiiot™*"'^ r
s'étende à tous les étahlissemens de bains, je pense qu’il convient spéciale­
ment à ceux-ci.

Lors des déblaiemens faits il y a près de trente ans
sur l’emplacement même des thermes (1), dans les prés
de Sainte-Claire, au sud sud-est de la Cité de Vésone,
on découvrit quelle avait été leur étendue, ce qu’avaient
pu être leur construction et leur luxe (2). On doit sans
doute regretter qu’alors on n’ait pas recherché quelles
étaient les eaux qui fournissaient à cet établissement
de nécessité 5 car, les Romains profitèrent-ils des eaux
voisines, de celles de la rivière de l’ille, ou de celles
qui sourdent a travers le terrain marécageux et tour­
beux sur lequel les thermes étaient construits? Tout me
porte à adopter cette dernière idée , en raison de la
propriété thermale qu’elles acquièrent sans doute en
filtrant a travers les diverses couches des terrains qui
constituent ces prairies , plus encore le voisinage d’une
fontaine chaude ou source thermale, apparente particu­
lièrement l’hiver, sans doute par rapport au peu de pro­
fondeur de son bassin actuel, et dont les habitans voi­
sins font un usage économique des eaux.
Ceci ayant échappé a la sagacité des topographes ,
j’ai cru devoir en faire le sujet d’une Notice.
C’est au sud de la Cité, dans les prés de SainteSabine , a 104 pas de la rivière de l’ille , que se trouve
la fontaine chaude , qui, par sa position presque au ni­
veau du sol, est nulle l’été. L’existence de cette source
est connue depuis longues années , la chaleur de ses
eaux a sans doute engagé les habitans du voisinage à
venir y laver leur linge l’hiver. A cette époque, lors
de la crue, des eaux de la rivière, Peau de la source

1

(3 )
principale, après avoir rempli un bassin de huit à dix
pieds de diamètre, et de deux pieds de profondeur vers
son centre , coule au sud, vers la rivière. Elle fournit
alors par seconde deux pouces cubes d’eau.

On la voit sourdre par une infinité d’endroits, et
mener avec elle une quantité plus ou moins grande
de gaz. Dans les temps froids et humides de l’hiver,
les bulles qui crèvent a la surface de l’eau paraissent
faire de ce bassin une chaudière dont le liquide est prêt
d’entrer en ébullition. Alors , une vapeur assez épaisse
qui s’en élève souvent, la fait distinguer de loin.
Dans cette même saison , on semble , à l’approche
du bassin, sentir une odeur légèrement sulfureuse. On
voit quelquefois au-dessus de ses eaux une espèce de
bitume qui surnage. Ceci se remarque avant qu’elle ait
acquis les divers degré de chaleur qu’elle possède pen­
dant la saison rigoureuse de l’hiver. L’eau ne dépose
rien sur les parois du bassin , garnies en partie de pierres
et de tests de vases, amoncelés au hasard, que la terre
sableuse que l’eau déplace dans son mouvement d’as­
cension.
La végétation, l’hiver, est très-active sur les bords
de son bassin, comme sur ceux du ruisseau que les
eaux parcourent pour se rendre a la rivière. Quatre
saules plantés sur les rives de ce dernier ont une vé­
gétation active et anticipée pendant l’hiver.
Parmi quelques animaux qui habitent ces eaux , on
distingue la salamandre aquatique, le crapaud , le scor­
pion aquatique, etc. On y rencontre aussi des végé­
taux ÿ quelques-uns n’appartiennent qu’aux eaux ther­
males : ce sont des tremella. Ils croissent l’hiver, lorsque

( 4 )
l’eau qui emplit le bassin en a déjà couvert le fond pen­
dant quelques mois. Une prairie couvre l’espace à tra­
vers duquel l’eau source. Le terrain est noir et pesant
au voisinage de la fontaine ; il est moins foncé et plus
léger à quelque distance. A une certaine profondeur,
il a tous les caractères d’une terre tourbeuse, bitumen
turfa.
Une autre petite source , du diamètre de 60 centi­
mètres sur autant de profondeur, est située à dix-sept
pas à l’ouest de celle-ci. Elle a les mêmes propriétés j
elle la devance par rapport à sa température, sans doute
parce que le terrain à travers lequel elle source est
vierge, et que de nombreux débris de matériaux ne
l’encombrent pas.
L’eau de ces fontaines ou sources est assez limpide,
quoique dans son mouvement d’ascension elle entraîne
constamment un sable quartzeux coloré.
A la source , son odeur est sensible lors du froid.
Sa saveur est fade. Refroidie, elle est assez agréable
à boire.

. Sa pesanteur est d’un demi-degré de moins que quel­
ques-unes des eaux voisines, entre autres celles des puits
du quartier.

Sa température moyenne est de 16 degrés, thermo­
mètre de Réaumur.
On observe que son odeur , sa saveur et sa tempé­
rature varient selon l’état atmosphérique. La nuit, le
matin et le soir, toutes sont très-sensibles, surtout par
un froid assez intense j moins pendant le cours du jour.

On doit déduire de tout ceci et de divers examens

( 5 )
comparatifs faits, que les eaux de la fontaine chaude
sont plus légères et d’une température constamment
plus élevée que les autres, et qu’en conséquence, sauf
leurs propriétés chimiques, elles doivent leur être pré­
férables.
L’examen, par les réactifs, a produit ce qui suit,
dans les eaux de cette fontaine chaude.
L’eau de chaux blanchit lentement et précipite.

La solution d’acétate de plomb fournit un précipité
assez abondant.
La solution d’acide oxalique, de même.
L’ammoniaque rend l’eau blanche et laiteuse'.

La solution de carbonate de potasse donne un pré­
cipité cristallisé.
L’acide nitrique fait promptement disparaître l’odeur
et précipite peu.
La solution de nitrate d’argent occasione un préci­
pité floconneux blanc, soluble dans l’ammoniaque. ( Le
précipité occasioné par le nitrate d’argent noircit à la
longue ).
La solution de nitrate de baryte trouble un peu l’eau.
L’eau de savon tranche subitement et dépose.
L’alcohol blanchit l’eau.

A l’évaporation, cette eau donne un résidu blanchâ­
tre, puis charbonné. Le premier est peu fusible ; le
second laisse dégager un peu d’odeur empireumatique,
ayant ajouté un peu de solution de potasse caustique.
Les propriétés chimiques de ces eaux chaudes, d’a­
près l’examen précédent, qui peut mettre” sur la voie

(6)
d’une analyse étendue, sont donc de contenir en dis­
solution des sels à base de chaux et de magnésie , de
l’acide carbonique et de l’hydrogène sulfuré libre, plu­
tôt que combiné , quoique l’on puisse aussi y soupçon­
ner la présence de quelques atomes de soufre.

Ainsi, quoique l’eau soit le dissolvant par excellence,
celle thermale doit cependant avoir la préférence, sur­
tout lorsque sur les lieux que l’on habite on peut en
faire un usage thérapeutique à peu de frais.
A jeun, cette eau bue à la source , à la dose de
quelques verrées, et sa température étant de 12° à 20°
(Réaumur ) , ne fatigue pas l’estomac ; elle active la cir­
culation dans toute l’économie. Tandis qu’après les re­
pas , elle est nauséuse.
Employée en bains, en douches , ses boues mêmes
appliquées sur la .peau , siège de certaines affections ,
ne peuvent que produire des effets salutaires , en raison
de leur calorique et de leurs propriétés physiques et
chimiques , d’où nous déduisons celles médicales.
Les personnes atteintes de phlegmasies chroniques des
divers organes, de ceux digestifs particulièrement, etc.,
peuvent faire usage de ses eaux seules ou mêlées au lait.
De même , comme nous l’avons lait pressentir , celles
atteintes de phlegmasies chroniques de la peau , de dou­
leurs vagues, de rhumatismes, de paralysies partielles,
d’engorgemens glandulaires , etc., pourront faire usage
extérieurement des eaux et des boues déjà citées ; car
nous admettons toujours que le calorique, de même
que les autres principes qu’elles contiennent, sont les
causes des bons effets que l’on doit en attendre.
Telles sont donc, à notre avis, les maladies pour les-

( 7 )
quelles ont peut conseiller et employer les eaux de la
fontaine chaude de la Cité de Vésone; nous pensons
même que déjà, à des époques reculées, elles ont eu
la même destination.
Notre essai philanthropique engagera certainement
quelques-uns à faire des recherches plus étendues sur
ses eaux et leurs diverses propriétés. Nul doute qu’en
faisant quelques fouilles profondes on aurait un résultat
chimique plus avantageux et plus riche. C’est alors qu’une
construction , ou plutôt rétablissement de thermes mo­
dernes , serait à la fois utile et lucratif.
J’aurai donc atteint le but que j’ai dû me proposer,
si, en faisant connaître une richesse thérapeutique lo­
cale , j’ai pu fixer sur elle l’attention d’un Administra­
teur éclairé, et contribuer au soulagement de l’huma­
nité.
Multa cadunt quae non sunt in honore, multa vero
renascuntur quœ jam cecidêre.

Cet Essai fait partie d’un Mémoire sur la topographie
physique et médicale de la ville de Périgueux; il doit
être adressé au conseil de santé des armées.

A PÉRIGUEUX, chez DUPONT, père et fils, imprimeurs
DE LA

PRÉFECTURE.

LA FONTAINE
CHAUDE.
Air : Quand, les bœufs vont deux à deux.

( De Richard. )

Gai , gai, célébrons les bienfaits

Et les salutaires effets
De cette eau qui fait fureur :
Honneur et gloire au Docteur !

Désormais soyons sans crainte,
Amusons-nous sans contrainte,

Et narguons la Faculté ;

Mieux que rhubarbe et saignée,

Cette eau privilégiée
Va nous donner la santé.

Gai, gai, etc.
O vous qui, sans nulle attrape,

Exercez l’art d’Esculape,
Reculez avec effroi!

( - )
Gallien ! ta panacée
Est maintenant éclipsée ;

Tremble aussi, fameux Leroy!
Gai, gai, etc.

Cette source est merveilleuse,

Et son eau miraculeuse
A d’étonnantes vertus.
Ayez fièvre, apoplexie,

Rhumatisme, hydropisie,
Buvez, il n’y paraît plus.

Gai, gai, etc.

Buvons donc tous à l’envie :

Pour prolonger notre vie,

Le remède le voilà.
Que rien ne nous inquiète,
Nous casserions-nous la tète.,

La fontaine chaude est là.
Gai, gai, etc.

Vous, qui de cette eau peu claire
Courez emplir cruche et verre,

Fillettes, de Figaro

(3)
Ignorez-vous donc l’adage ?
A l’emplir faut qu’on soit sage,
Car tant va la cruche à l’eau.....

Gai, gai, etc.
Amans! quand fait jour à peine,
Qui buvez à la fontaine,

D’y trop aller ayez peur;

Cette eau, je vous le répète,
Hélas ! à mainte pauvrette

Pourrait donner mal au cœur.

Gai, gai, célébrons les bienfaits

Et les salutaires effets
De cette eau qui fait fureur :
Honneur et gloire au Docteur.

A. D., S.-O£f. au 5.e léger.

BIBLIOTHÈQUE
Dï. LA VILLE
DE PÉRIGUEUX
CHEZ DUPONT, PÈRE ET FILS,
Imprimeurs à Pc'rigueux.

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