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Fait partie de De la culture du coton en Algérie

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DE LA

CULTURE DU COTON
EN ALGÉRIE.

Les événements des États-Unis donnent lieu, en France comme en
Angleterre, à de graves préoccupations. Il est évident cpic l’esclavage va
disparaître du sol de l’Union (1), et l’abolition de l’esclavage, de quelque
manière quelle s’accomplisse, doit interrompre, ou du moins réduire
considérablement la culture du coton dans les États du Sud oii la produc­
tion agricole est subordonnée à l’existence du travail servile (2). Delà,
les inquiétudes qui saisissent les esprits, car le déficit des cotons des
États-Unis, si l’on ne crée pas une source nouvelle d’approvisionnement,
c’est la ruine de notre industrie cotonnière, la première de nos industries
principalement alimentée par les cotons de l’Union (3). C’est la disette
(1) Il ne s’agit plus aujourd’hui de savoir si les États du Sud conserveront chez eus
l’esclavage, avec ou sans droit de suite à l’égard de leurs esclaves fugitifs; les ardeurs
de la lutte ont fait franchir à la question un pas immense. Les proclamations fédérales
appellent maintenant les esclaves à la liberté. Attaqués par les armées du Nord qui
soutiendront bientôt les esclaves en révolte pour que la guerre continue, les États du
Sud ne peuvent maitnenir une institution qui soulève d’indignation la conscience de
tous les peuples civilisés. Il ne leur reste qu’à éviter les dangers d’un affranchissement
violent en se hâtant de cesser toute résistance, et de régler avec les Etats du Nord les
conditions d’un affranchissement pacifique.
(2) Les conditions désastreuses d’un affranchissement violent sont faciles à prévoir
pour qu’il y ait lieu d’insister; en supposant que les choses se passent autrement et que
l’abolition de l’esclavage soit réglée à l’amiable, l’émancipation n’en portera pas moins
une grave atteinte à l’agriculture du Sud. Le nègre à l’état libre est un détestable tra­
vailleur, si toutefois il consent à se charger d’un travail quelconque. Le jour où les
esclaves, maintenant les seuls ouvriers du Sud, seront rendus à la liberté, le personnel
d’exploitation fera complètement défaut aux planteurs, ou du moins la main-d’œuvre
s’offrira dans des conditions inacceptables; la production agricole se trouvera ainsi
paralysée en attendant qu’on puisse la reconstituer sur de nouvelles bases, œuvre
longue et difficile au milieu du désordre que quatre millions de nègres, fainéants et
vicieux, ne manqueront pas d’entretenir dans le pays.
(3) En France, la production industrielle de la filature des cotons ne s’élève pas

d’un produit manufacturé qui est devenu un objet de première nécessité (1).

Dans ces circonstances critiques, les regards d’espérance se portent vers
l’Algérie. Nos possessions de l’Afrique septentrionale ont une superficie
de 37 millions d’hectares (2). La majeure partie du sol arabe se prête à la
culture du coton, et la température y fournit la somme de chaleur néces­
saire à son développement et à sa maturité parfaite, jusqu’à une éléva­
tion de 6 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer (3). Avec de telles
conditions, de climat de sol et d’espace, l’Algérie se trouve admira­
blement préparée par la nature pour prémunir la France contre les consé-

moins de 800 millions de francs. Le capital engagé pour les broches seulement est de
140 millions. On a calculé qu’en 1851, époque à laquelle la production industrielle
s’élevait à 630 millions de francs, la filature française payait 378 millions de salaires
directs et indirects; en suivant la même proportion, elle doit payer aujourd’hui
840 millions de salaires. En France, 500,000 individus environ vivent de l’industrie
cotonnière.
Sur 111,495,000 kilogrammes de coton en laine importés en France, commerce spé­
cial, dans les premiers six mois de la présente année, 104.233,400 kilogrammes pro­
venaient des États-Unis. (Voir au Moniteur universel le tableau comparatif des prin­
cipales marchandises importées en France dans le premier semestre de l’an 1861.)
(1) La France consomme environ 60 millions de kilogrammes de tissus de coton,
valant 600 millions de francs. (Voir au Moniteur du 9 avril, l’article de M. Vitu sur le
coton.)
(2) C’est le chiffre donné par M. Chasseriaux dans un article inséré au Moniteur du
9 août 1853, et intitulé : Tableau de la situation des établissements français dans
l’Algérie. Depuis 1853, l’étendue des possessions françaises en Algérie a augmenté.
(3) Voir le Manuel du cultivateur de coton en Algérie, par M. Hardy, directeur de
la pépinière centrale du gouvernement à Alger; l’article Culture du coton, par le même,
dans le Recueil de traités d’agriculture et d’hygiène, à l’usage des colons de l’Algé­
rie, publié par ordre du ministre de la guerre; l’article Culture du coton en Algérie,
dans le Moniteur du 8 août 1852.
Les deux variétés de cotonniers qui réussissent le mieux en Algérie, sont le Géorgie
longue soie et le Louisiane blanc, c’est-à-dire la variété qui donne les produits les
plus recherchés et celle dont le rendement est le plus considérable. « A elles deux,
dit M. Hardy, elles peuvent occuper diverses situations de sol et d’exposition qui peu­
vent convenir aux cotonniers en générai. » Voir le rapport du ministre de la guerre à
l’Empereur, inséré dans le Moniteur du 22 mai 1854; Manuel du cultivateur de coton
en Algérie.
Quanta la qualité du coton de l’Algérie, les échantillons algériens ont obtenu onze
récompenses à la grande Exposition de Londres, en 1851. Voici comment s’exprime
JL Edmond Cox, filateur du département du Nord, relativement au Géorgie longue
soie de l’Algérie : « II résulte des expériences et des comparaisons que j’ai été à por­
tée de faire depuis trois ans sur les longues soie de l’Algérie, issues de bonnes graines
d’Amérique et confiées à des terrains convenables, que l’espèce, loin de dégénérer,
acquiert, en s’acclimatant sous le ciel de l’Afrique, de la force, de l’énergie, de la ductibilité, avec toutes les apparences des meilleurs types américains; qu’elle présente, en
un mot, les conditions recherchées dans l’industrie pour la filature de hauts numéros
qui servent à la confection des dentelles, tulles, et à la fabrication des beaux tissus des
manufactures de Tarare, Saint-Quentin, d’Alsace, etc. » (Rapport au ministre de. la
guerre, inséré dans le Moniteur du 15 octobre 1853.)

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quences du déficit des cotons américains; elle pourrait, à elle seule ali­
menter la filature du monde entier (1).
• A une époque où rien n’indiquait cependant que le coton des États-Unis

dût manquer, le Gouvernement français se préoccupait déjà de tirer un
parti sérieux des immenses ressources qu’offre l’Algérie pour la produc­
tion du coton. Il s’efforçait d’employer ces ressources à assurer contre
toules sortes d’éventualités les approvisionnements de l’industrie fran­
çaise; il voulait affranchir celle-ci d’un tribut de plus de 100 millions payés
à l’étranger, et il se proposait de faire servir la culture du coton à la co­
lonisation et au peuplement de l’Algérie.
Les projets du Gouvernement constituaient dans leur ensemble une
entreprise vraiment nationale, pour le succès de laquelle, depuis 1850
surtout, rien n’a été négligé. Après avoir fait faire à ses frais toutes les
expériences locales qui devaient servir de base à la culture du coton en
Algérie, l’administration a fait consigner le résultat de ces expériences
dans des instructions rédigées à l’usage des colons ; elle a distribué gra­
tuitement des graines de choix ; elle s’est chargée de l’achat des récoltes
brutes, pour éviter aux colons les frais d’égrenage et pour leur assurer
le débouché de leurs produits; elle a fondé des prix au profit des colons
qui se signaleraient par les récoltes les plus abondantes et les plus
belles (2). Des primes ont été accordées à l’introduction en Algérie des
machines d’égrenage. L’Empereur a prélevé sur les revenus de sa liste
civile (3) une somme de 100,000 francs, pour fonder des prix d’encoura­
gement.
Les encouragements seront certainement continués aujourd’hui avec
plus d’empressement que jamais. Ce n’est plus contre des éventualités à
longue échéance qu’il s’agit de se précautionner, mais, selon toutes les
apparences, contre un péril imminent. On comprend aussi les avantages
politiques que le développement de la culture du coton en Algérie procu­
rerait à la France, si la production algérienne parvenait à se substituer
pour les approvisionnements de l’Angleterre à la production défaillante
des États-Unis (4) ; mais dans sa situation actuelle, l’agriculture algé­
rienne n’est pas en mesure de seconder énergiquement les efforts géné-

(1) On a calculé que 1,750,000 hectares appliqués à la culture du coton dans des con­
ditions convenables, fourniraient les 5,250,000 balles présentement nécessaires à. la
consommation générale du globe.
(2) Voir notamment les décrets du 16 octobre 1853.
(3) En accordant des encouragements à la culture du coton, l’Empereur n’a fait que
continuer les traditions du premier Empire. Napoléon Ier accorda aussi de nombreux
encouragements à la production du coton. (Voir le Cours d’agriculture de M. de Gasparin, tome IV.)
(4) En Angleterre, l’industrie des cotons entretient le cinquième de la population. Le
capital engagé dans cette industrie pour les besoins seulement est de 850 à 1,054 mil-

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reux et éclairés de l’administration (1). Les besoins pressants de notre
industrie ne sauraient trouver en Algérie leur satisfaction, si l’on ne s’em­
presse d’introduire un élément nouveau dans l’organisation agricole de la
colonie.
Il ne faut rien attendre de l’agriculteur indigène en fait d’innovations;
quant à l’agriculture coloniale proprement dite, son élément principal est
à peu près unique : c’est la petite culture (2) qui, dans tous les cas, doit
aborder la production du coton avec des précautions et avec des ménage­
ments infinis (3), et qui est forcée d’y renoncer tout à fait, si elle n’est pas
placée dans une situation de sol et dans des conditions de climat complè­
tement favorables (4). Le petit cultivateur ne peut pas opérer les grands
travaux, au moyen desquels la main de l’homme supplée à l’œuvre impar­
faite de la nature. Les difficultés que rencontre la petite culture pour la
production du coton en général deviennent insurmontables, quand il s’agit
du coton à courte soie, qui entre pour 8/10 environ dans la quantité de
matière première employée par nos manufactures. Le prix infime du coton
à courte soie ne peut rémunérer les frais de production que lorsque l’é­

tions de francs. L’exploitation des tissus et fils de coton représente 36 p. 0/0 de l’ex­
ploitation totale de l’Angleterre.
Ces chiffres indiquent suffisamment l’avantage qu’il y aurait pour la France à con­
tribuer pour une notable portion aux approvisionnements de la filature anglaise.
(1) Malgré tout ce qu’a pu faire le Gouvernement et malgré le zèle des administra­
teurs de l’Algérie, parmi lesquels nous sommes fiers de pouvoir citer notre compatriote
M. le conseiller d’Étal Mercier-Lacombe, la production du coton en Algérie a diminué
depuis 1856 au lieu d’augmenter. L’Algérie a exporté, de 1854 à 1853, 1,800 balles de
moyenne grandeur; la campagne de 1860 n’a donné qu’une récolte de 124,000 kilo­
grammes, soit environ 730 balles. (Voir dans le Moniteur du 12 juin 1861, les discours
de MM. Baudoing et Mercier-Lacombe.)
Sur les 5 millions de broches qu’emploie la France, il n’y en a que 650,000 occupées
à la filature de fin. (Voir le Moniteur du 9 avril 1861, article sur le coton de M. Vitu.)
(2) C’est ce dont on peut se convaincre en lisant les ouvrages publiés par M. Hardy,
sur la culture du coton en Algérie; le coton y apparaît toujours comme un petit cul­
tivateur; M. Hardy déclare qu’il ne connaît pas en Algérie une seule exploitation em­
ployant 50 travailleurs (Manuel du cultivateur, etc., page 84), ce qui supposerait seu­
lement une exploitation de 15O à 160 hectares. Il est vrai que M. Hardy écrivait
en 1856 ; mais les renseignements que nous avons puisés à d’excellentes sources nous
autorisent à affirmer que l’état de la propriété en Algérie ne s’est pas depuis sensible­
ment modifié.
(3) Pour se faire une idée de la prudence avec laquelle le petit cultivateur doit
aborder la culture du coton, il faut lire les conseils que M. Hardy adresse aux colons
dans son article sur la culture du coton, inséré au recueil de Traité d’agriculture et
d’hygiène, à l’usage des colons de l’Algérie. M. Hardy recommande expressément aux
colons de s’en tenir pour le début à la culture d’un quart d’hectare.
(4) Il y a dans les provinces d’Alger et de Constantine une immense étendue de ter­
rain susceptible de produire le coton dans d’excellentes conditions; cependant la culure du coton a décliné sensiblement dans ces deux provinces. (Voir dans le Moniteur
du 29 octobre 1853, le rapport du ministre de la guerre à l’Empereur, et dans le Moniteur
du 12 juin 1861, le discours prononcé au Corps législatif, par M. Mercier-Lacombe.)

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grenage s’opère à l’aide de puissantes machines qui ne sont pas à la portée
du petit cultivateur (1).
Abstraction faite de toutes ces causes d’impuissance, une autre circon­
stance empêcherait encore la petite culture algérienne de rendre en ce
moment à notre industrie cotonnière le service que celle-ci réclame in­
stamment. Aux États-Unis, de la production du coton s’opère dans les
meilleures conditions, une récolte de 600,000 balles, chiffre de la con­
sommation de notre fabrication, est le fruit du travail de 60,000 esclaves (2).
La petite culture en Algérie est loin de représenter un effectif de
60,000 travailleurs, et les constatations du dernier recensement quin­
quennal ne permettent pas d’espérer qu’elle réalise cet effectif avant un
certain nombre d’années (3).
Pour que la production algérienne répondit aux vœux de notre indus­
trie, il faudrait que la grande culture prit un essor considérable dans la
colonie, où elle n’existe qu’à l’état de rare exception.
Organisée avec des capitaux proportionnés aux besoins de l’exploita­
tion, la grande culture peut attirer en quantité suffisante, par l’espoir d’un
salaire fixe et assuré, la main-d’œuvre que la condition du colon, cultivant
à ses risques et périls, tente médiocrement ; elle peut aller chercher le tra­
vailleur partout où il s’offre dans des conditions avantageuses, et faire face
aux frais de transport. Enhardie par les capitaux, en mesure d’employer
des hommes intelligents et pratiques, elle peut entreprendre sur une vaste
échelle la production du coton ; au moyen d’engrais et de travaux hydrau­
liques propres à corriger certaines imperfections du sol et du climat, elle
peut profiter de tous les terrains que la nature a préparés en Algérie pour
la culture du cotonnier, et amener ces terrains à leur maximum de rende­
ment. Elle peut s’aider de toutes les forces mécaniques favorisant la pro­
duction, à bon marché, de toutes les variétés de coton. Tous les efforts
doivent tendre au développement de la grande culture (4).
Compter aujourd’hui sur des entreprises industrielles pour multiplier
en Algérie les grandes exploitations, ce serait méconnaître à la fois les
dispositions du capital et l’état de l’opinion à l’égard de notre colonie de

(1) Voir dans le recueil de Traité d’agriculture et d'hygiène, à l’usage des colons de
l’Algérie, l’article Culture dn coton, par M. Hardy.
(2) Le Moniteur industriel du 30 juin.
(3) . En 1835, la population européenne agricole des territoires civils et militaires de
l’Algérie était de..................................................... 45,847 habitants.
En 1856, de........................................................
39,961
En 1837, de............................................................................... 45,317
(Voir le tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie, de 1856
à 1858. (Ministère de l’Algérie et des colonies.)
(4) Bien entendu, sans cesser d’encourager la petite culture ; il y aura toujours un
grand avantage à augmenter la population agricole de l’Algérie ; d’ailleurs la petite
culture peut rendre des services pour la production du coton longue soie.

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l’Afrique septentrionale. On trouverait difficilement en France un grand
nombre de riches capitalistes disposés à risquer leur fortune entière, ou la
plus grande partie de leur fortune, dans une opération industrielle quel­
conque, surtout si l’entreprise devait fonctionner en Algérie, contrée qui
apparaît encore comme l’inconnu. Mais nous voyons surgir tous les jours
des entreprises collectives, qui, se présentant avec plus ou moins de
chances de succès, se proposant un but plus ou moins imparfaitement
connu des actionnaires, parviennent néanmoins à se constituer à l’aide de
l’agglomération d’une foule de petits capitaux. Il faudrait profiter de cette
disposition du capital, à le risquer en partie, pour organiser de grandes
compagnies agricoles, auxquelles le Gouvernement concéderait en Algérie
de vastes terrains principalement destinés à la production du coton.
Une trentaine de ces compagnies, pourvues chacune de 10 ou 12 mil­
lions de capital, pourraient alimenter de leurs produits la filature fran­
çaise, et les services qu’elles rendraient ne seraient pas circonscrits dans
les limites de leur action propre. Les résultats obtenus par les compagnies
auraient du retentissement; la connaissance acquise des bénéfices que
procure la culture du cotonnier, entreprise dans de bonnes conditions,
attirerait une foule de producteurs nouveaux. C’est alors qu’on verrait se
développer rapidement la grande culture individuelle; en très-peu d’an­
nées, l’Algérie serait peuplée et colonisée, et la métropole recueillerait
enfin le fruit de tous ses sacrifices.
Afin de favoriser la formation des compagnies agricoles, il serait à
propos que le Gouvernement leur garantit un minimum d’intérêt, comme
aux compagnies des chemins de fer algériens. Cette mesure, propre à en­
courager la confiance des actionnaires, n’imposerait, par le fait, aucune
charge à l’État. Avec un bon choix de travailleurs, une méthode conve­
nable d’exploitation et un débouché assuré pour les produits, les compa­
gnies, ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir, réaliseraient des béné­
fices tels qu’il n’y aurait jamais lieu de demander l’exécution de la clause
de garantie.
Du choix de la main-d’œuvre dépend en grande partie le succès d’une
exploitation agricole; en employant des ouvriers européens, des Arabes,
des Kabyles, des engagés africains, les compagnies éprouveraient de
graves mécomptes; mais nous pensons qu’elles seraient parfaitement ser­
vies si elles recrutaient en Chine leurs travailleurs. L’Européen nouvelle­
ment débarqué en Algérie ne peut donner sous le climat de l’Afrique la
somme de travail qu’il fournit dans son pays natal, il est impropre à cerains genres de travaux pendant l’époque des chaleurs ; et il exige un
salaire fort élevé (1). L’Arabe est paresseux, le Kabyle, bon ouvrier d’ail-

(1) Dans une instruction hygiénique, insérée au recueil de Traité d’agriculture et
d’hygiène, etc., déjà cité, M. Foley, médecin à l’hôpital çivil d’Alger, et M. Martin,
médecin à l’hôpital militaire du Bey, recommandent aux colons « d’éviter en été de

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leurs, n’a pas plutôt amassé un petit pécule qu’il s’empresse de regagner
ses montagnes (1).
Les observations qu’on a pu ou qu’on peut faire encore à Saint-Domin­
gue, dans les colonies anglaises et dans les nôtres, prouvent que le nègre,
à l’état libre, est un détestable travailleur; sa paresse devient bientôt
insupportable, et son séjour dans les colonies oit il se fixe à l’expiration
de son engagement est presque toujours une source de désordre.
Le Chinois n’a aucun des défauts que nous venons de signaler chez les
Européens, les indigènes algériens et le nègre à l’état libre. Il est doux
et intelligent, robuste, laborieux; il supporte très-bien le travail sous le
soleil le plus ardent, se contente d’un modeste salaire. Avec de tels tra­
vailleurs, les compagnies posséderaient un élément essentiel de réussite.
On sait que les Chinois s’expatrient volontiers, et qu’on peut recruter en
Chine un nombre illimité d’engagés, louant leurs services pour un temps
assez long; avec de bons procédés et de bonnes récompenses, on parvient
à retenir les engagés chinois loin de leur pays. Les frais de transport des
coolies occasionneraient sans doute des déboursés considérables, mais l’ex­
cellence et le bon marché de la main-d’œuvre compenseraient ensuite
avec profit cette première dépense. L’arrivée d’un grand nombre de travail­
leurs asiatiques en Algérie n’est pas un fait qui puisse causer des appré­
hensions au Gouvernement. Les Chinois, avec leurs instincts d’ordre et de
paix, n’ont jamais troublé la tranquillité publique dans les pays où ils se
sont expatriés, et il semble, d’ailleurs, que toute crainte doit disparaître
devant le souvenir récent de la facilité avec laquelle quelques milliers de
Français ont eu raison des forces innombrables de l’empire chinois (2).
Quoique pourvues de bons travailleurs, les compagnies échoueraient
dans leur entreprise si elles employaient une méthode vicieuse de cul­
ture, si elles appliquaient exclusivement à la production du coton les ter­
rains qui leur seraient concédés. La fertilité naturelle du sol ne peut se
maintenir que par la pratique des assolements. Il faut considérer, en
outre, qu’entre l’époque des semailles et l’époque de la récolte des co-

travailler pendant les heures les plus chaudes » et « de cesser les défrichements à l’ap­
parition des chaleurs. »
Le salaire des ouvriers agricoles employés aujourd’hui en Algérie varie de 2 fr. 50
à 3 francs.
(1) Voir l’ouvrage du général Daumas sur les mœurs et coutumes de l’Algérie.
(2) Plusieurs fois déjà il a été question de faire venir en Algérie des coolies chinois,
mais à titre de colons et non d’engagés. Sans parler des dépenses de tout genre que ce
mode de colonisation et de peuplement de l’Algérie occasionnerait au Gouvernement et
de la difficulté qu’il y aurait, peut-être, à décider les coolies chinois à venir se fixer en
Algérie en qualité de colons, nous ferons remarquer que ces colons asiatiques se trou­
veraient à peu près dans la même position que les cultivateurs composant déjà le per­
sonnel de la petite culture coloniale, et nous croyons avoir prouvé que la petite culture
ne pouvait rendre que des services insignifiants pour la production du coton. (Voir le
rapport de Son Exc. le maréchal Vaillant à l’Empereur, 1857.)

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tons, il s’écoule seulement un laps de temps de cinq mois ; que les com­
pagnies ne sauraient entretenir pendant la plus grande partie de l’année
un personnel de travailleurs inoccupés et improductifs ; qu’une exploita­
tion agricole doit, autant que possible, produire ce qui est nécessaire à la
nourriture de ses ouvriers et de ses bestiaux ; enfin que pour une exploi­
tation, dont les revenus consistent dans un seul genre de produits, une
mauvaise récolte devient un événement tout à fait désastreux. Pour tous
ces motifs, les compagnies pourraient s’attacher principalement à la
production du coton ; mais elles devraient cultiver en même temps le
froment, l’orge, l’avoine, la vigne, le mûrier et l’olivier qui réussissent
parfaitement en Algérie, et qui offriraient l’avantage d’occuper utilement
le personnel d’exploitation pendant tout le cours de l'année. La récolte des
céréales, de la vigne et de l’olivier serviraient en partie à l’alimentation
de la ferme. Le mûrier serait une précieuse ressource pour les compagnies,
grâce à l’aptitude spéciale des Chinois pour la production de la soie. Les
compagnies devraient entretenir sur des terrains laissés en jachère ou pa­
cage un nombreux bétail qui fournirait aux besoins du travail et de la bou­
cherie, et duquel on pourrait obtenir de la laine et des engrais. Chaque
année, l’espace d’où l’on viendrait d’enlever le coton serait appliqué à la
culture des céréales et aux jachères ou pacages pour retourner l’année
suivante aux cotons et vice versa. Il faudrait affecter au vignoble un ter­
rain spécial, et mettre en réserve une certaine étendue de pacages qui ne
participeraient à l’assolement que par exception et seulement pour rem­
placer les terres trop épuisées.
En employant la méthode d’exploitation que nous venons d’indiquer, les
compagnies servies par des Chinois, et disposant d’ailleurs de tous les
moyens d’action que leurs capitaux peuvent leur procurer, ces compagnies,
disons-nous, se trouveraient relativement à la production dans des condi­
tions qui ne laisseraient rien à désirer. La production, il est vrai, n’est
pas le dernier terme d’une exploitation agricole : il reste encore à écouler
les produits; mais personne ne peut douter que les céréales, le vin, l’huile,
la soie, la laine ne trouvent en France un débouché facile. Quant au coton,
en tout état de cause, et en faisant abstraction de la crise américaine, les
compagnies pourraient compter sur le débouché de leurs récoltes. On a
remarqué que la consommation du coton, en général, augmente chaque
année dans une proportion bien plus considérable que la production.
En ce qui concerne le Géorgie longue soie, les États-Unis n’en peuvent
produire qu’une quantité limitée, 4,800,000 kilogrammes au maximum.
Les essais de culture de cette variété de coton, tentés en dehors de l’Algé­
rie, n’ont point réussi jusqu’à présent; or, dès 1853, l’industrie aurait ré­
clamé pour ses besoins numéros fins, environ six millions de kilogrammes.
Elle en réclamerait aujourd’hui bien davantage : ce serait donc l’Algérie
qui serait, dans tous les cas, chargée de satisfaire les demandes de la fila­
ture qui dépasseraient 4,800,000 kilogrammes.

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Sortons maintenant des généralités. Pour bien faire apprécier les ser­
vices que rendraient les compagnies et les bénéfices qu’elles réaliseraient
pour elles-mêmes, prenons un exemple qui nous permette d’exposer en
détail les dépenses et les revenus d’une de ces grandes entreprises.
Supposons une compagnie organisée avec un capital de 13,500,000 fr.
et exploitant une concession de 20,000 hectares. La compagnie se propose
la production du bétail, du coton, des froments, de l’orge, de l’avoine, du
vin, de l’huile et de la soie.
Le personnel de la Compagnie se divise en personnel d’administration
et en personnel d’exploitation.
Le service administratif comprend la direction générale, la surveillance
administrative, la comptabilité, les bureaux de ventes et achats, l’admi­
nistration des bâtiments, vivres et habillements, le service médical et
religieux.
Le personnel d’exploitation se compose d’abord d’un certain nombre
d’employés européens, savoir : un chef d’exploitation, un sous-chef, un
chef de bureau avec ses employés, deux chefs de section, huit conduc­
teurs, vingt piqueurs, deux cents chefs d’équipe, un chef chargé de l’en­
tretien du matériel, ayant sous ses ordres deux conducteurs, quatre con­
tre-maîtres et huit contre-maîtres travaillant.
Les appointements de ces employés et leurs frais de transport, joints
aux appointements d’un gérant et d'un conseil de surveillance, peuvent
occasionner une dépense annuelle de...................................................
800,000 fr.

Pour compléter son personnel d’exploitation, la compagnie engage,
pour huit ans, 4,100 Chinois. — Même en faisant une large part aux
chances de mortalité, ce nombre d’engagements doit fournir un effectif de
travailleurs suffisant pour que, dès la première campagne, la culture des
céréales occupe 1,500 hectares, et celle des cotons 4,500 hectares, pour
que toutes les plantations soient effectuées dans le cours de cette première
campagne et les travaux préparatoires poussés de manière à pouvoir,
l’année suivante, étendre considérablement la culture et terminer sans
effort l’œuvre de la préparation des terrains (1).
(1) Je suppose que les premiers travaux commenceront dans les premiers jours du
mois d’août.
En joignant aux 4,100 coolies les 205 hommes d’équipe travaillant, nous aurons un
total de 4,305 hommes; en les répartissant de la manière suivante
600 hommes
occupés par le matériel et les travaux domestiques, — 500 par les plantations — et
3,200 par les défrichements et la préparation des terres.
1° Le contingent du matériel sera spécialement chargé des soins à donner aux bes­
tiaux, des labours, hersages et charrois; il restera indivis entre les deux autres bri­
gades et se portera en totalité où en partie sur l’une ou sur l’autre;
2° Plantations, 500 hommes. — En supposant une moyenne par jour et par homme

12
On peut évaluer, au maximum, a 1/10 pour la première année et à
1/20 pour les années subséquentes, les pertes que la mortalité fera subir
au contingent asiatique.
Pour entretenir au même chiffre ce contingent, il faut donc que la com­
pagnie fasse venir, dans le cours de la première année, 400 engagés nou­
veaux et 200 dans chacune des années suivantes. Nous supposons qu’à la
huitième année, la Compagnie soit obligée de renouveler complètement le
personnel de ses engagés chinois.
La Compagnie n’engage que des hommes pour le service de la première
campagne, mais ensuite, toutes les fois qu’il y a des remplacements à effec­
tuer, elle a soin d’engager des familles entières; la plupart des travaux de
culture peuvent être exécutés par des femmes et des enfants, qui se trans­
portent à meilleur compte que les hommes, et dont les gages et les frais
de nourriture sont moins considérables. La compagnie a le plus grand
intérêt à employer, aussitôt qu’elle le pourra, des femmes et des enfants,
et, en faisant venir des familles entières pour son avantage particulier,
elle travaille au peuplement de la colonie; mais, dans le calcul des dé­
penses du contingent chinois, nous procéderons comme si la Compagnie
n’engageait jamais que des hommes.
D’après les renseignements que nous avons pris sur les lieux et d’après
ceux que nous ont fournis des maisons de commerce et des capitaines au
long cours, qui se sont spécialement occupés de l’engagement et du trans­
port des coolies chinois, nous pouvons évaluer à 850 francs, au maximum,
les frais d’engagement et de transport d’un Chinois se rendant en Algérie.
En se reportant à ce que nous avons dit plus haut, on voit que les frais
d’engagement et de transport donnent lieu, dès le début des opérations de
la compagnie :

A une dépense de....................................................................................

3,485,000 fr.

A une dépense de................................................... .. ...............................
(dans le cours de la première année.)

340,000

Et à une dépense de..............................................................................

170,000

de i trous de lm2 sur 0m80 de, profondeur, nous aurons pour un mois ou vingt-cinq
jours 50,000 trous; et pour cinq mois et huit jours 266,000 trous suffisant aux planta­
tions. — Les quatre mois restant de la saison des plantations, seront employés aux
plantations de vignes ;
3° Défrichement et préparation des terres, 3,200 hommes. — Ce contingent, aidé par
celui du matériel, devra être suffisant ; en effet, en supposant le travail par jour et par
homme de 1 are 25 centiares, nous aurons pour 3,200 hommes et pour un jour 40 hec­
tares, pour un mois ou vingt-cinq jours 1,000 hectares, et pour six mois 6,000 hec­
tares, chiffre suffisant à la première année.
Les trois mois restant devront être employés à la préparation des terres destinées
aux cotonneries ou à des travaux d’établissement, etc., etc.,...

13 —
dans le cours des années suivantes, jusqu’à la huitième, où nous suppo­
sons que les dépenses susmentionnées se renouvelleront périodiquement.
En louant leurs services, les engagés chinois stipulent qu’on leur four­
nira annuellement un ensemble de vêtements valant environ 50 francs,
qu’on leur payera 4 piastres (1) par mois, et ils exigent un genre de nour­
riture qu’on peut estimer à 70 centimes par jour. En supposant le contin­
gent chinois toujours au complet, les gages, la nourriture et les vêle­
ments des Chinois occasionnent une dépense annuelle de.. 2,285,750 fr.
Le bétail de la Compagnie se compose de (2) :

1,000 mules, à 800 francs l’une, plus les frais de
transport...............................................................................................................
350 paires de bœufs ou vaches d’Espagne, à 450 francs
l’une, transport compris............................................................................
1,000 bœufs ou vaches du pays, pour la boucherie....
500 béliers, à 11 francs l’un............................
5,000 brebis, à 8 francs l’une.........................................................
600 laies, à 35 francs l’une............................................. ................
100 verrats, à 40 francs l’un................................ ,....................
50 chevaux et juments du pays, pour le service de la
ferme, à 400 francs l’un...................... .....................................................
Volaille................. ...................... •...................................................................
Cas imprévus.......................................................................... ...................
Total...................................................... .. ...................

830,000 fr.

157,500
140,000
5,600
40,000
21,000
4,000
20,000
5,000
35,000

1,258,000 fr.

Les Chinois sont répartis par groupes de 20 personnes, et logés ainsi
dans 205 habitations, qui reviennent chacune à '15,000 francs environ,
garnies de tous les objets nécessaires à leur logement. Ces constructions
sont établies définitivement au début de la campagne; elles donnent
lieu à une dépense de................................................................................
3,075,000 fr.

Quant aux bâtiments d’administration et aux bâtiments d’exploitation,
la compagnie, pour la première année, se contente de constructions pro­
visoires, dont nous évaluons la dépense à..................................
500,000 fr.

(1) Change de la piastre, 5 fr. 23.
(2) C’est d’après les renseignements que m’a fournis 51. Daniel, ancien chef de la colo­
nisation de la province d’Oran, que j’ai établi le revenu et le nombre d’animaux néces­
saire à celle exploitation.

i

— 14
La deuxième année, ces constructions provisoires commencent à se
transformer en constructions définitives, ce qui donne lieu à une dépense
de............................................................. .. .............................................................
800,000 fr.

La transformation est complète, la troisième année, moyennant une
dépense de........................................................................................................
800,000 fr.
La quatrième année, la compagnie emploie à la construction de caves,
de chaix et à l’achat du matériel qui doit garnir cet établissement une
somme de...........................................................................................................
325,000

La cinquième année, il faut dépenser pour la magnanerie et pour les
accessoires de la magnanerie................................................................
280,000
La septième année, la fabrication de l’huile exige des constructions et
un matériel qui peuvent coûter...........................................................
300,000

Nous évaluons à 100,000 francs la dépense annuelle de l’entretien des
bâtiments et de leurs accessoires (1).
Le matériel de la ferme se compose de :

700 charrues Dombasle, à 70 francs l’une, transport
compris.................................................................................................................
700 charrues américaines et autres, à 60 francs l’une..
Extirpateurs en tous genres..............................................................
300 herses Valcour et autres, à 70 francs l’une..............
100 rouleaux à émotter, à 80 francs l’un... .,.............
Socs et pièces de rechange de charrues, herses, etc....
400 chariots à mules ou à bœufs, avec accessoires, à
270 francs l’un........................................................... ....................................
Harnais en tous genres, avec fournitures...............................
1,000 brouettes, à 12 francs l’une.............................................
4,000 pioches, à 7 francs l’une......................................................
4,000 bidents à houe, à 7 francs l’un...................................
5,000 houes, à 3 fr. 50 c. l’une..................................................
5,000 binettes, à 3 fr. 50 c. l’une..........................................
4,000 pelles à bêcher, à 4 francs l’une..................................
4,000 pelles ordinaires, manche compris, à 3 fr. l’une
Râteaux, cordeaux, mires, jalons, niveaux et autres..
Report..................

49,000 fr.
42,000
20,000
21,000
8,000
25,000

108,000
100,000
12,000
28,000
28,000
17,500
17,500
16,000
12,000
10,000

514,000 fr.

(1) Voir, page 16, le paragraphe intitulé : Frais divers, chances de pertes.

— 15 —
A reporter.................
Faux, faucilles et autres......................................................................
Haches, scies et autres outils pour les coolies..................
Forges, avec provision de fer, acier et charbon, rem­
plaçant les frais de réparation des outils à bras....................
Ateliers de charronnage, avec fournitures de bois et fer,
pour les frais de réparations du matériel.....................................
10 machines à vapeur à battre, avec vanoirs complets
et pièces de rechange.................................................................................
Machines à vapeur à égrener le coton, avec pièces de
rechange et frais d’installation..............................................................

514,000 fr.
7,000
8,000

Total.............................................

800,000 fr.

Les frais d’ensemencement pour la compagnie sont de (1) :
Coton (frais approximatifs) achat de semences..............
Blé : 800 hectares, à 150 litres par hectare, soit 1,200
hectolitres, à 20 francs.....................................................................
Orge : 400 hectares, à 2 hectolitres par hectare, soit
800 hectolitres, à 12 francs....................................................................
Avoine : 300 hectares, à 3 hectolitres par hectare, soit
900 hectolitres, jà 40francs....................................................................
Graines fourragères,potagèreset forestières...........................
Cas imprévus...,...................................................................................
Total...................................................

Les frais de plantation pour la compagnie sont de :
180,000 oliviers, à 0 fr. 50 c. l’un.............................................
110,000 mûriers, à 0 fr. 50 c. l’un...........................................
Cépages de vigne, à 100 francs par hectare, soit pour
1,000 hectares.......................................................................................... .. ..
Achat d’arbres pour abris et autres......................... .................
Arbres fruitiers, pour jardins et autres....................................
Cas imprévus.................................. ...........................................................
Total.........................

50,000

50,000
55,000
116,000

70,000 fr.
24,000

9,600
9,000
25,000
25,000
163,000 fr.

90,000 fr.
55,000
400,000
65,000
50,000
24,000

384,000 fin

(I) Je prélèverai sur les revenus de la première année le complément des semences
qui s’élèveront à :
Blé.......................................................................
24,000
Orge.....................................................................
49,200
Avoine.................................................................
12,000
Plantes fourragères, potagères et forestières...
25,000
Cas imprévus......................................................
20,000
Total..................................................

100,200

16 —
Les engrais sont pour la ferme une question fort importante : à part les
engrais que produira la ferme , on pourra employer la chaux, la marne,
les sables de mer et le guano (1).
Dans mes comptes, je ne fais figurer les engrais que la 3me année,
pensant que les trois premières années la ferme en produirait assez pour
se suffire. — A partir de la 3me année, j’ouvre un crédit annuel de
100,000 francs aux engrais jusqu’à la 10me année, et à partir de la
10me année jusqu’à la fin du second engagement, un crédit annuel de
130,000 francs.
Travaux hydrauliques. — Drainage. —Ne connaissant pas la conces­
sion, il me serait difficile d’estimer dès à présent les travaux hydrauliques (2)
et de drainage à exécuter; mais sachant que de là dépend la majeure partie
des produits de la ferme, j’ai affecté dans le capital une somme de
230,000 francs qui devra être employée la lre année aux forages de
puits artésiens, à des travaux d’art, à l’achat de machines hydrauliques ou
de pompes à feu. Il sera en outre prélevé sur les revenus de la lre an­
née une somme de 300,000 francs; sur ceux de la seconde et de la troi­
sième année le même chiffre, et de la 4me année 230,000 francs (3).
Frais divers. — Chances de Pertes. ■— Sous ce titre : Frais divers. —
Chances de pertes, j’ai entendu ouvrir à la fin de chaque année un crédit
qui peut couvrir les frais et faux frais d’entretien des bâtiments et du
matériel, et les éventualités de pertes (4) qu’on pourrait avoir à subir
dans le cours de l’année suivante. — Ce crédit s’élève à 600,000 francs.
Sur l’étendue de la concession , les bâtiments, leschemins d’exploita­
tion , les jardins , les plantations de mûriers et d’oliviers absorbent une
superficie de 600 hectares. Le vignoble occupe 1,000 hectares, 1,800
hectares sont spécialement réservés aux pacages et ne sont destinés à
participer à l’assollement que par exception, pour remplacer des terrains
(1) Le guano sera d’autant plus utile en Algérie, qu’il a la propriété d’entretenir,
même dans les plus fortes chaleurs, une certaine humidité au pied des plantes aux­
quelles il donne une vigueur extraordinaire. Le guano est aussi très-efficace pour pré­
server les jeunes semis des insectes.
Le guano, employé en France à raison de 400 kilogrammes par hectare, pourrait, sui­
vant toute probabilité, s’employer en Algérie en quantité bien moindre. Cet engrais vaut,
en détail, en Algérie, 35 francs les 100 kilogrammes.
(2) Sous cette dénomination, travaux hydrauliques, je comprends toute espèce de prise
d’eau, tel que puits artésien Noria, canaux, etc., etc.
(3) Je crois que ce capital de 2,000,000 francs affecté à la construction de travaux
hydrauliques et a l’achat de machines devra suffire, attendu que les travaux de terrasse­
ments, consistant en tranchées, canaux et forages de puits artésiens seront fait par les
coolies, aidés du matériel.
(4) Le comte de Gasparin estime la moyenne des pertes à une récolte sur seize; dans
mon appréciation, en y comprenant les frais et faux frais d’entretien des bâtiments et
du matériel de la ferme, je l’estime à une récolte sur neuf. {Recherches sur la valeur
vénale des propriétés et de leurs revenus moyens. — Cours d’agriculture de M. le
comte de Gasparin, ancien paire de France et membre de l’Institut.)

1

— 17
trop épuisés. Le surplus de l’exploitation, comprenant 16,600 hectares, se
divise en deux parties de 8,300 hectares chaque.
Une de ces parties sera chaque année consacrée à la culture des cotons,
les 8,300 hectares qui restent, seront divisés en deux lots, dont l’un de
3.600 hectares sera consacré à la culture des céréales, et l’autre de
4,700 hectares sera mené en jachère ou mis en pacages. Ces deux der­
niers lots, de 3,600 et de 4,700 hectares, seront destinés à remplacer, dans
la culture du coton, les terres qu’occupait ce genre de produit l’année
précédente.
Je vais maintenant parler en détail de chacun des genres de culture
qu’on devra pratiquer dans l’établissement.
Céréales. — On sème en Algérie 1 hectolitre 1/2 de blé par hectare; en
portant le revenu à 10 pour 1, j’ai cru être de beaucoup au-dessous de la
vérité. On sème 2 hectolitres d’orge et 3 d’avoine par hectare, j’en porte
aussi le revenu à 10 pour 1 (1).
En supposant la culture suivante :
Blé, 1,600 hectares (2) ; j’aurais pour un an, d’après les chiffres cidessus, 24,000 hectolitres de blé qui, à 16 francs l’un, donneraient
384,000 francs.
Orge, 1,200 hectares; j’aurais pour un an 24,000 hectolitres qui, à
10 francs l’un, produiraient 240,000 francs.
Avoine, 800 hectares; j’aurais pour un an, 24,000 hectolitres qui, à
8 francs l’un, donneraient 192,000 francs (3).
Coton. — En supposant une culture de 8,300 hectares de coton, nous
aurions un revenu net (4) de 8,300,000 francs. Je ne fais figurer en
lignes de compte pour la lrc année que 4,600 hectares (5), pour la seconde
7.600 hectares et la 3me année la récolte entière.
Vignes (Q).— La vigne, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir,

(1) Ce genre de culture sera d’autant plus avantageux pour la société, qu’on aura la
facilité de faire les semailles avant ou après la récolte des cotons, la moisson des
céréales se faisant, en Algérie, vers la mi-juin, époque où les plantations de coton de­
mandent plus de soins que de travail; on pourra y employer facilement une partie des
ouvriers. Le dépiquage qui se fera au moyen de batteuses à vapeur sera d’un embarras
sans importance.
(2) Voir le Traité d’agriculture et d’hygicne, à l’usage des colons de l’Algérie.
(3) Je ne porte, pour la première année, que 800 hectares de blé, 400 d’orge et
300 d’avoine; ayant la seconde année 4,500 hectares provenant de l’assolement des
cotons, j’ai cru pouvoir porter la récolte entière.
(4) Le coton Louisiane, d’après le Moniteur, les documents statistiques de l’Algérie,
les ouvrages de M. Hardy, intitulés : Culture du coton en Algérie, et imprimés par les
soins de l’administration, produit plus de 1,500 francs par hectare ; je ne porte son re­
venu net qu’à 1,000 francs par hectare. Je ne parle pas des cotons Géorgie qui rapportent
plus de 2,000 francs par hectare. (Voir le Traité sur la culture des cotons, par
M. Hardy, directeur de la pépinière centrale du gouvernement à Alger.
(5) Voir la note 1, page 1.
(6) La vigne est appelée à jouer un rôle important daps U-s produits agricoles de

— 18 —
rapporte en Algérie un revenu net de 1,600 francs par hectare; je n’en
porte le revenu qu’à 800 francs et à l’âge de 5 ans (1-2).
Mûriers (3). — En supposant un revenu moyen de 3 francs par arbre
après 6 ans de plantation (4), et en admettant l’existence de 100,000 mû­
riers, nous aurons un revenu de 300,000 francs.
Oliviers. — L’olivier croît naturellement en Algérie. Cet arbre planté
le long des chemins de la ferme, sur un ou plusieurs rangs, et dans les
endroits où il ne pourrait nuire aux autres récoltes, donnerait après quel­
ques années des produits considérables. En effet, après 11 ans de planta­
tion et en supposant une moyenne de 8 arbres par hectares et un revenu
net de 8 litres d’huile par arbre (S), on aurait 163,000 oliviers, qui, en
portant la valeur du litre d’huile à 1 franc, produiraient un revenu annuel
de 1,320,000 francs.
Produit et revenu des animaux, soit pour un an (6) :
3,300 brebis ou moutons à 12 fr. par tête, laine et élevage
compris (7)....................................................................................................................... 66,000 fr.
600 laies portant 2 fois l’an une moyenne de 6 petits chaque
fois à 13 fr. l’une....................................................................................................... 108,000fr.
1,000 bœufs ou vaches du pays à 33 fr. l’un.................................. 33,000 fr.
30 chevaux ou juments, élevage par le service de la ferme..
Volaille. — Consommation de la ferme.................................................
Total................................................ 209,000 fr.
l’Algérie, recevant une partie de ses travaux dans la morte saison, elle permettrait d’oc­
cuper avantageusement le nombre de bras que serait obligé d’avoir la compagnie pour
sa, culture d’été. On devrait la planter à rangs assez espacés pour qu’on pût lui donner,
au moyen de charrues, une partie des façons d’été ou planter dans les intervalles des
mûriers ou des oliviers. Une partie de ses produits pourrait être distribuée aux ouvriers,
et l’on éviterait peut-être ainsi les maladies qu’occasionne le climat de l’Algérie.
(1) Nous lisons dans le discours sur l’Algérie que M. le conseiller d’État MercierLacombe a prononcé au Corps législatif (séance du 11 juin 1861) : « La vigne dont le
produit est abondant et s’obtient en trois années. »
(2) Si je ne fais pas figurer la consommation de la ferme sur les produits de la vigne,
c’est que j’ai porté à part les frais de consommation de la ferme.
(3) On devra planter le mûrier en grande, quantité et autant que possible derrière les
abris qui seront probablement indispensables pour les jeunes cotonneries.
(4) Chiffre inférieur à celui qu’indique SI. de Gasparin pour le Slidi de la France et
à l’âge de cinq ans.
(5) M. Maffre porte son revenu à 12 litres et à l’âge de huit ans. [Traité d'agricul­
ture et d'hygiène, à l’usage des colons de l’Algérie.)
(6) Dans la répartition des terres de la ferme, nous avons laissé 1,800 hectares en
prairies et pacages. Ces 1,800 hectares représentent le capital dont le revenu nourrit les
animaux; à part ces prairies et pacages, la ferme disposera toujours de 4,700 hectares
qui, se trouvant en jachère, pendant la durée d’une année, peuvent être convertis en prai­
ries artificielles ou en pacages.
(7; 5,000 brebis portant deux fois l’an, un petit chaque fois à 5 francs l’un. 50,000 fr.
5,500 brebis ou moutons donnant en laine 3 francs l’un..................... 16,500
Total................................................................................

66,500

— 19

EXPLOITATION D’UNE COLONIE ALGÉRIENNE
PAR DES COOLIES CHINOIS.

Administration............................................................................... Fr.
Transport de 4,100 Chinois, à fr. 850 l’un.....................................
Habillements et effets divers.............................................................
Gages de 4,100 coolies, à 4 $ par mois et par homme, soit pour
un an (change de la piastre, 5 fr. 25 c.).......................................
Nourriture : 70 c. par jour et par homme, soit pour un an........
Bétail......................................................................................................
Instruments aratoires, harnais, forges, machines et ateliers........
Graines pour premier ensemencement etmenus frais..................
Achat d’arbres à fruit et autres.........................................................
Construction de 205 habitations, une habitation par 20 hommes,
à 15,000 fr. l’une..............................................................................
Travaux hydrauliques..........................................................................
BâLimenls provisoires, d’administration etd’exploitation..............
Cas imprévus........................................................................................

800,000
3,485,000
205,000

Capital............................ Fr.

13,500,000

1,033,200
1,047,550
1,258,000
800,000
163,000
384,000

3,075,000
250,000
500,000
500,000

Revenus.

Ire année.

800 hectares blé à fr. 240...............
400 — orge à fr. 200.............
300 — avoine à fr. 240...........
Bétail.................................................
4,500 hectares coton à fr. 1,000 ..

192,000
80,000
72,000
209,000
4,500,000
5.053,000

A déduire. — Intérêt à 5 p. 0/0 .
Fr. 13,500,000............
Frais de transport de 400
Chinois et menus frais...
Construction de bâtiments
d’administration et d’ex­
ploitation..........................
Travaux hydrauliques........
Semences et menus frais...
Frais divers, chances de
pertes...............................

675,000
365,000

800,000
500,000
100,000

600,000

3,040,000

2,013,000

A reporter..........

2,013,000

— 20 2e ANNÉE.

Report...................
1,600 hectares blé...........................
384,000
240,000

orge................ ........
1,200
192,000

avoine .............
800
209,000
7,600,000
7,600 hectares coton.............. ____

2,013,000

8,625,000
A déduire.

3e ANNÉE.

675,000
Intérêts à 5 p. 0/0..............
- ■
Nourriture, gages, habillements de 4,100 coolies.. 2,285,000
Frais de transport de 200
170,000
Chinois.............................
800,000
Administration.....................
Construction de bâtiments
d’administration et d’ex800,000
ploitation...........................
500,000
Travaux hydrauliques........
Frais divers, chances de
600,000
5,830,000
pertes...............................
Céréales, mêmes produits que cidessus .....................................
Bétail...........................................
8,300,000 hectares coton........

2,795,000

816,000
209,000
8,300,000
9,325,000

A déduire.

4n ANNÉE.
A déduire.

675,000
Intérêts à 5 p. 0/0..............
Gages, nourriture et habil­
lements de 4,100 Chinois 2,285,000
800,000
Administration.....................
l
Frais de construction de caves, chaises, et achats de
325,000
matériel............................
500,000
Travaux hydrauliques........
170,000
Transport de 200 Chinois..
Frais divers, chances de
600,000
pertes................................
Mêmes revenus que la 3e année...
Intérêts, gages, nourriture,
effets des Chinois, admitration............................... 3,760,000
Construction d’une magna-

3,970,000

9,325,000

A reporter..........

8,778,000

— 21 •nerie et accessoires........
Travaux hydrauliques........
Transport de 200 Chinois..
Frais divers , chances de
perles...............................
Engrais.................................
5« ANNÉE.

Report.........
280,000
250,000
170,000
600,000
100,000

Mêmes revenus brut que la précédente.............................
1,000 hectares de vignes à fr. 800
l’un...............................

8,778,000

5,160,000

4,165,000

9,325,000

/

800,000
10,125,000

A déduire. — Intérêts, gages, nourriture,
effets des Chinois, admitration...............................
Engrais.................................
Transport de 200 Chinois..
Frais divers, chances de
pertes...............................
6e ANNÉE.

3,760,000
100,000
170,000

600,000

4,630,000

Mêmes revenus bruts que la 5e année
100,000 mûriers à fr. 3 l’un........

10,125,000
300,000

5,495,000

10,425,000
A déduire. — Intérêts, gages, nourriture,
effets des Chinois, admi­
nistration ..........................
Engrais et transport des
Chinois.............................
Frais divers, chances de
pertes................................

3,760,000
270,000
600,000

4,630,000

Mêmes revenus bruts que la 6e année
A déduire. — Intérêts, gages, nourriture,
effets des Chinois, admi­
nistration.......................... 3,760,000
Engrais et transport de 200
Chinois.............................
270,000
Construction d’une huilerie
et accessoires..................
300,000
Frais divers, chances de
pertes................................
600,000

10,425,000

7e ANNÉE.

5,795,000

4,930,000

5,495,000

A reporter..........

29,728,000

— 22 —
Report...................
Mêmes revenus bruts que la 6e année 10,425,000
A déduire. — Intérêts, gages, nourriture,
effets des Chinois, admi­
nistration.......................... 3,760,000
Engrais et transport de 200
270,000
Chinois.............................
Frais du 2e engagement de
4,100 Chinois................... 4,500,000
Frais divers, chances de
9,130,000
600,000
perles...............................

29,728,000

8e ANNÉE.

Mêmes revenus bruts que la précédente.......................
A déduire. — Intérêts, gages, etc., des
Chinois, administration,
engrais, frais de transport. 4,030,000
Frais divers, chances de
pertes......................................
600,000

1,295,000

9e ANNÉE.

Mêmes revenusbrutsquela 9eannée
10e ANNÉE.
A déduire. — Intérêts, gages, etc., des
Chinois, administration ,
frais de transport............ 4,030,000
Frais divers, chances de
600,000
pertes.................................
11e ANNÉE,

Mêmes revenu? bruts que la précédente...........................
165,000 oliviers produisant
1,320,000 litres d’huile à fr. !..

10,425,000

4,630,000

5,795,000

10,425,000

4,630,000

5,795,000

10,425,000
1,320,000
11,745,000

A déduire. — Intérêts, gages, etc., des
Chinois, administration.. 3,760,000
, Frais de transport de 200
170,000
Chinois.............................
150,000
Engrais.................................
Frais divers, chances de
600,000
pertes...............................

4,680,000

7,065,000

12e, 13e, 14e, 15e
et 16e années.
Mêmes revenus nets que la -il® an­
née, soit pour 5 ans à fr............

7,065,000

35,325,000

Total des revenus de 16 années.. .Fr.

85,003,000

— 23
Ces chiffres démontrent suffisamment les services que rendraient ces
compagnies en réalisant pour elles-mêmes des bénéfices considérables.
En résumé, la source ordinaire des approvisionnements de notre indus­
trie cotonnière menace de tarir, et il est urgent d’en créer une autre ; la
nature a tout disposé en Algérie pour qu’on puisse obtenir de cette contrée
d’immenses quantités et d’excellentes qualités de cotons en laine ; mais,
faute de bras et de capitaux, l’agriculture coloniale n’est pas actuellement
en mesure d’utiliser ces ressources naturelles dans la proportion que la
situation semble l’exiger; à notre avis, de grandes entreprises collectives
peuvent seules introduire immédiatement en Algérie la main-d’œuvre et
les capitaux qui y manquent.
L’intérêt des industriels français, les avantages assurés aux actionnai­
res, les encouragements de l’État, devraient favoriser l’organisation des
Compagnies agricoles que nous proposons de former. Ces Compagnies
donneraient satisfaction aux besoins de la filature française.
Par leur action propre et par leur exemple elles serviraient puissamment
à la colonisation et au peuplement de l’Algérie; et la production algérienne
serait peut-être portée à un degré tel, que la France serait en état d’ap­
provisionner l’industrie étrangère, et que l’on verrait ainsi disparaître tout
prétexte d’opposition au mouvement de régénération qui est en voie de
s’accomplir aux Etats-Unis. Cet ensemble de résultats conforme au pro­
gramme du discours de Bordeaux, ne serait pas un des événements les
moins mémorables du règne glorieux de l’empereur Napoléon III.

PARIS, IMP. PAUL DUPONT, RUE DE GRENELLE-SAlNT-IIüXÜRE, 45.

PARIS, IMPRIMERIE DE PAUL DUPONT,
RUE DE GREtiELLE-SAINT-HOPfORË, 45