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Fait partie de Le P. Charles de Damas

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LE

P. CHARLES DE DAMAS
Charles de Damas était le septième enfant
du Bon et de la Bonne de Damas. Le Général Bon
de Damas avait dû quitter le ministère de laguerre au mois de juillet 1824 pour prendre

celui des affaires étrangères, où il remplaça le
Vle -de Ghàteaubriand. Fidèle à son habitude
d’avoir toujours chez lui une chapelle où l’on
conservait le Saint-Sacrement, il en avait établi

une au ministère. L’abbé Dupanloup en fut
l’aumônier et c’est lui qui ondoya l'enfant le
lendemain de sa naissance. Charles était né le
31 juillet 1827, jour de la fête de St Ignace,
qui dès lors, sans doute, l’adopta pour fils.
En 1828, à la chute du ministère Villèle, le
Bon de Damas habita les Tuileries en qualité de
gouverneur de Monsieur le Duc de Bordeaux.________
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t UE PÉRIGUEUX

4 —

Il succédait au saint Duc -Mathieu de Mont­
morency et au Duc de Rivière, tous les deux
enlevés prématurément par la mort. — Après
la catastrophe de 1830, le Bon de Damas suivit
le Roi Charles X en Ecosse et en Allemagne. La
Baronne emmena ses enfants loin de Paris et
se réfugia en Périgord ; dernière héritière de la
famille d’Hautefort, elle possédait le château
de ce nom, plein de souvenirs historiques.
Marie d’Hautefort, femme du Maréchal Duc de
Schomberg, et dont Victor Cousin a écrit la vie

parmi celles des femmes illustres du xvIIe
siècle, y avait vu le jour. Le célèbre troubadour
Bertrand de Born avait plusieurs fois défendu
son château assiégé par les Rois d’Angleterre
au temps où la Guyenne cherchait à secouer le
joug de l’étranger. — L'admirable fidélité des
habitants d’Hautefort devait surtout adoucir la
douleur de ceux qui s’étaient ainsi séparés du

chef de famille. Déjà, sous la Terreur, les
révolutionnaires auraient voulu détruire le
château, mais ils s’étaient retirés devant la
population décidée à le défendre, et du haut

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de ses superbes terrasses le magnifique édifice
domine encore la contrée. En 1830, fidèles
aux traditions de leurs pères, les Périgourdins
accueillirent la famille de Damas avec une
sympathie dont le souvenir reste ineffaçable.
A mesure qu’il grandissait, Charles fut initié
aux premiers éléments de l’instruction par les
soins du précepteur et de l’institutrice de ses
frères et sœurs, modèles de dévouement, qui
vécurent de longues années au service de la
famille et ne s’en séparèrent qu’à leur mort. De

bonne heure le bon cœur de reniant tendit à
se manifester. En voici un exemple : En vertu
d’un usage déjà ancien, tous les lundis, les
pauvres de la contrée étaient admis dans la
grande cour en terrasse qui précède le château
d’Hautefort ; ils se groupaient devant l'ancien
pont-levis et recevaient une abondante aumône
de pain. Charles, tout jeune encore, presqu’en
robe, témoigna bientôt l’affection qu’il devait
conserver toute sa vie pour les pauvres. Il était
heureux d’assister à la distribution et de s’y

prêter de ses petites mains ; il discerna un

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vieillard qui lui parut mériter des égards
particuliers ; il l’adopta, ne voulut permettre; à
personne de l’assister. Peu à peu le vieux
pauvre eut l’autorisation de venir dans la
semaine ; Charles courait à lui, l’embrassait,

le faisait asseoir, avait toujours quelque chose
de bon à lui offrir. Avant peu le vieillard acquit
une sorte de célébrité : on l’appelait le pauvre

de Charles.
Lorsqu’il fallut aborder les hautes études le
Bon de Damas, revenu de l’exil, confia ses
enfants au collège de Fribourg, en Suisse, où
les Jésuites, bannis de France, réunissaient
l'élite de la jeunesse Française, Allemande et
Anglaise. Ce fut là que, grâce à l'habileté des
professeurs passés maîtres en fait d’éducation,

et entouré de condisciples héritiers des vertus
chevaleresques de la vieille Europe, Charles
sentit se' développer les heureuses dispositions
qu’il avait plu au Seigneur de faire naître en
lui. Il y eut à la fois six jeunes Damas au collège
de Fribourg ; la mort frappa bientôt le plus
jeune, les aînés s’éloignèrent, l'un d’eux entra

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au noviciat des Jésuites et Charles resta avec
celui qui devait trouver une mort glorieuse
dans la campagne de Chine, en 1860.
Charles n’avait pas quinze ans lorsqu’une
douleur dont il souffrait dans la jambe gauche
s’aggrava à tel point qu’il ne pouvait plus
quitter l’infirmerie ; les médecins ne le
soulageaient pas; Charles eut l’inspiration de
demander sa guérison par la vertu d'une relique
insigne que l’on venait d'apporter au collège :
c’était un fragment de la Sainte Tunique de
Notre-Seigneur, vénérée à Argenteuil, près

Paris. La foi du jeune malade fut récompensée;
il obtint après plusieurs neuvaines l’attouche­
ment de la relique et le mal disparut pour ne

plus revenir.
En 1844, Charles, après les vacances passées
dans sa famille, à Hautefort, partit pour le noviciat

des Jésuites à Avignon.
Nous ne le suivrons que peu dans l’exercice
d'une vie modeste et cachée. Nous nous
contenterons de dire que le religieux fut
merveilleux d'humilité, de simplicité et

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d'obéissance et que son dévouement du jour et
de la nuit au service des âmes fut sa note

caractéristique. Il fut successivement employé
dans les collèges et dans ces maisons appelées
résidences destinées exclusivement à l’exercice
du ministère sacerdotal.

Ce n’est pas que la vie aventureuse du
missionnaire répugnât à sa nature. Au besoin
il savait sortir du cloître.
Il passa quatre ans en Afrique, où le Maréchal

Bugeaud avait confié aux Jésuites une colonie
pénitentiaire; c’était dansun terrain marécageux
et malsain, qu'il fallut défricher, et où Charles,
comme plus d'un des Pères, fut atteint des fièvres
qui lui laissèrent des traces pendant toute sa vie;
mais rien n'était plus difficile à défricher que les

âmes des enfants. Le Père Charles s’empara des
plus mauvais et s’y prit si bien, qu’il parvint à
les toucher et à les transformer. Un jour, le
Général Pélissier, qui passait pour n’avoir pas le
cœur tendre, vint à Bouffarick dans un moment
où le Père Charles était à la chapelle avec les

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enfants ; il les faisait prier de telle manière que
le Général s’essuyait les yeux.
Pendant l’année terrible, le saint religieux
accompagna les volontaires Lyonnais en qualité
d’âumônier et fut. avec eux. enfermé à Belfort ;

il y arrivait avec cinquante francs dans sa poche,
mais avec 15,000 hommes à préparer aux
dangers ou à la mort. Dieu seul sait le bien
immense qu’il a fait aux âmes pendant ce temps.
Un obus lui enleva une partie de sa soutane et
blessa mortellement un jeune mobile ; le Père,
renversé, eut à la jambe une contusion qui
devint une blessure dont il souffrit toute sa vie.
Il se traîna près du mobile, afin de lui donner
l'absolution, et se laissa soigner ensuite; il passa

trois semaines dans son lit, mais voulut dire la
Messe le jour de Noël. Deux mobiles le soutinrent
sous les bras pendant cette Messe, célébrée sur
une vieille caisse, dans un atelier. — Il savait
relever le courage de tous. Le ComtedeTournon,
qui commandait les mobiles, nous racontait
gaiement qu'attaqué d’une maladie dont il ne
croyait pas pouvoir guérir, il s’était résigné a se

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mettre au lit et que le Père, entrant chez lui,
lui dit en riant : « Comment’, vous allez vous
laisser mourir dans un lit quand les Allemands

sont à nos portes, que dans huit jours vous
pourrez vous faire tuer à l’ennemi ; un Tournon,
fi donc ! »
Après celte campagne, le Père Charles fut
souvent employé comme aumônier militaire, et
beaucoup d’officiers et de soldats se rappellent
avec reconnaissance combien il leur fut utile et
dévoué. — Plus tard, il s’embarqua pour le
Tonkin et demanda aux flots de la mer, souvent
inclémente, de le transporter parmi les blessés

de notre armée, pour leur prodiguer ses soins.
Dès 1872, sa gorge et ses bronches nécessitèrent
des soins, et plusieurs fois il fallut l’envoyer
aux eaux de Cauterets ; là, il se plaisait à prier
la Ste-Vierge, à Lourdes, comme il le faisait
si souvent à Fourvières. Il avait un amour
profond pour notre bonne Mère du Ciel et ne.
prononçait jamais un sermon sans parler d’Elle.

Dans toutes les villes où il séjourna, combien
d'âmes éprouvèrent le don de direction spirituelle

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qu’il avait reçu de Dieu ! Beaucoup s’adressaient
à lui, et les personnes d’un rang élevé comme
les pauvres, les pensionnats en renom comme
les plus humbles maisons religieuses éprouvaient
les effets de sa bonté et recevaient les sages
conseils de sa piété et les lumières de son jugement
droit et sûr. Sa foi religieuse et royaliste ne se
démentit jamais. — A Dieu, pour Dieu, toujours
à Dieu et, après Dieu, aux âmes des Chrétiens

ses frères, telle fut sa devise. Il y resta fidèle,
et tomba simplement sous le coup de la mort le
,1er mars 1898, avec les sentiments d’un fils qui
retourne à la maison paternelle.
L’année suivante, Dieu parut vouloir accorder
une grâce insigne à celui qui avait mené sur la

terre une vie d’insigne dévouement. La relation
du fait qui suit nous a été communiquée par
l’autorité ecclésiastique de Lyon. Sans prévenir un
jugement qu’Elle peut, être appelée à prononcer
plus tard, Elle croit cette relation capable d’édifier
la famille et d’encourager la foi traditionnelle des

membres qui la composent.
Au mois de janvier 1899, la Sœur Marie
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! CF LA VILLE !

; Ch

:

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Mechtilde de Jésus fut atteinte d'une épidémie
grippale et commença à se plaindre de douleurs
au côté gauche du bas-ventre. La grippe passée,
les douleurs continuèrent et devinrent insuppor­

tables. La malade perdit complètement l'appétit
et le sommeil. Des vomissements et des maux
de cœur devinrent presque continuels. Du mois
d’avril au mois de juin la maladie empira. Un
jour la Sœur désira si fort d’assister à la Sainte

Messe, qu’on crut devoir la satisfaire. Elle essaya
de se lever ; mais, dès qu’elle fut assise, la
souffrance devint si intense, qu’il fallut la remettre

au lit.
Au moisde juin, un médecin, chef de clinique
à l’Antiquaille, fut appelé pour voir la malade.
Il constata l'existence d'une salpingite à l’état
aigu, accompagnée d’une suppuration abondante
et ayant causé une vive inflammation. Après
quelques visites, il déclara qu'une opération était
urgente, car l’enflure, occasionnée par l’inflam­

mation, était, disait-il, aussi grosse que ses deux
poings réunis et ne pouvait guérir; il craignait

même la gangrène.

X

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Quelques jours après cette décision, l’état de
la malade s’aggrava. Les injections amenèrent
des lambeaux de chair décomposée et même
putréfiée. Ce soir-là même, l’Aumônier prévint
la Supérieure que la Sœur, à laquelle il venait
de porter la Communion, approchait de sa fin,
et que son avis était qu'il ne fallait pas tarder
à l'administrer. Elle répondit que, puisqu’on
devait l’opérer, on lui donnerait les derniers
Sacrements avant de la porter à l’hôpital SaintJoseph : ce qui ne le satisfit point, car il aurait
voulu qu’on l’administrât immédiatement.
Ayant fait faire depuis longtemps des neu­
vaines à N.-D. de Lourdes et les voyant sans
résultat, la Supérieure eut l'inspiration d’en

commencer une nouvelle, toujours à N.-D. de
Lourdes, mais par l'intercession du R. Père
Charles de Damas, très vénéré dans la Commu­
nauté dont il avait été le Confesseur extraordi­
naire. Donc, le soir du jeudi 13 juillet, ayant
réuni la Communauté autour de la malade et
ayant exposé sa pensée qui fut acceptée, la Su­
périeure fit le vœu, si la Sœur guérissait, de la

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conduire à Lourdes en action de grâces, et im­

médiatement après, la neuvaine fut commencée
en ces termes : « Ma bonne Mère, nous vous
supplions de nous accorder par l’intercession de
Votre Serviteur le Père de Damas la guérison de

notre Sœur. » Et la malade tenait habituellement
à la main la, croix d’un chapelet ayant appar­
tenu au Père de Damas. Le soir même, elle s'en­
dormit à 9 heures, chose qui lui avait été im­

possible jusqu’alors, et elle ne s’éveilla qu'à
4 heures du matin. » Nous attribuâmes, dit la
Supérieure, ce reposa la prière. » Le lendemain,
elle s’endormit à 9 heures et ne fut réveillée le
surlendemain que par la cloche du lever, à

4 h. 3/4.
Ce jour-là, le chirurgien revint afin de pré­
venir la Sœur et de l’encourager, comme aussi
pour rédiger une lettre de recommandation à
M. Gouilloud, chirurgien à l’hôpital Saint-Joseph,
qui devait faire l’opération. Il voulait qu’on des­
cendit la malade immédiatement et qu’on l’opé­
rât sans retard. Il se rendit ensuite auprès de la
malade et l’examina de nouveau attentivement.

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Et tout d’un coup, se tournant vers la Supé­
rieure, il lui dit : — Ma Mère, il n’y a plus

d’opération à faire.
Très effrayée et surprise, elle lui répondit :
— Mais le mal s’est donc bien aggravé qu'on ne

peut plus faire l’opération ?
— Non, lui dit-il, mais sur quoi opérerait le
Chirurgien? Il n'y a plus de mal, tout a disparu ;
il n’en reste plus aucune trace.
Et, à ses interrogatoires, la Supérieure ré­
pondit en racontant le vœu fait à N.-D. de
Lourdes. Il ne put qu’admirer la bonté de la
Sle-Vierge et, se levant, il dit à la Sœur MarieMechtilde : « Eh bien ! ma Sœur, vous irez à

Lourdes, car vous êtes radicalement guérie. » Il
la prévint cependant que l’appétit et le sommeil
ne viendraient pas de longtemps, à cause de
l’épuisement des nerfs.
De suite, après le départ du docteur, la Sœur
se leva, marcha et s’assit tour à tour, sans
éprouver la moindre souffrance. Tous ces mou­
vements lui étaient devenus impossibles depuis
longtemps et la faisaient crier. Dès lors, elle ne

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criait plus. Le lendemain, elle était à la Messe
de communauté.
Cependant, la Sœur mangeait peu et avec
répugnance. Encouragées par la réussite de leur
première prière au Père Charles de Damas et

voyant arriver l’époque de sa fête, les religieuses
firent dans la communauté une nouvelle neu­
vaine pour demander à la Stc-Vierge et au Père
de rendre l'appétit à la Sœur, et le 4 novembre,

fête de St-Charles, dernier jour de la neuvaine,
elles furent pleinement exaucées. Depuis ce jour
la Sœur a toujours mangé, plus même qu'elle
ne le faisait avant sa maladie.
Le docteur revit la Sœur plusieurs fois, sui­
vant le désir de la Supérieure, pour s’assurer
de la continuation de la guérison, et au mois de
novembre il donna le certificat ci-joint :
« Madame Sœur Marie-Mechtilde de Jésus, re­

ligieuse adoratrice de Jésus-Hostie, était atteinte
d’une affection aiguë et inflammatoire de l'ab­
domen, qui avait résisté depuis plusieurs mois
et qui nécessitait l'intervention chirurgicale.
Subitement, la guérison a été radicale. —

Lyon, le 5 novembre 1899. — Signé : Docteur
COIGNET. »

M. le docteur Boissarie, de Lourdes, a re­
connu dans cette guérison qui lui a été relatée
un fait extraordinaire. Il a prié la Supérieure
de la communauté de lui en envoyer la rela­
tion par écrit, et il en a donné lui-même tous
les détails, en présence d’un grand nombre de
personnes, dans la salle des attestations médi­

cales.
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