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Médias

Fait partie de Vue d'ensemble avant les lotissements de Sainte-Ursule et de l'Hôpital / Ernest Dannery. première lettre

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LETTRES OUVERTES
AU CONSEIL MUNICIPAL DE PÉRIGUEUX
Sur le Passé, le Présent et l’Avenir
de notre Ville
--- -•

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PREMIÈRE LETTRE
Vue d’Ensemble avant les lotissements de
Sainte-Ursule et de l’Hôpital.

I
Dans sa séance du lundi 23 juin 1913, le
Conseil municipal de Périgueux a pris des
décisions d’une exceptionnelle gravité enga­
geant l’avenir de notre ville. Tant qu’elles ne
sont pas définitives, il appartient à chaque
citoyen de contribuer à leur mise au point ;
car, rien de ce qui intéresse notre cité ne doit
nous être indifferent.
S’il est très beau de voter l’achat du couvent
de Sainte-Ursule et la désaffectation de l’Hô­
pital ; s’il est très beau d’en faire faire des
plans de lotissements-, n'aurait-il pas été utile
d’envisager, tout au moins en même temps,
la place prépondérante que va prendre immé­
diatement le nouveau quartier que l’on veut
créer et les changements profonds qu’il va
apporter au point de vue municipal, écono­
mique et social à la vie actuelle de notre cité ?
N’aurait-il pas été utile de faire précéder
cette création d’une étude et d’un plan d’en­
semble sur l’extension et les embellissements
de Périgueux, d’après lesquels' on aurait pu
se rendre justement compte de l'importance
capitale de ce que l’on entreprenait et ménager
l’avenir ?
Il n’est que temps que les propositions de
loi Beauquier et Siegfried, ayant pour objet
d’imposer aux villes l’obligation de dresser
de pareils plans, soient votées. Car, nous
Périgourdins, nous n’aurions plus la douleur
de voir naître tous les jours des rues issues

i°£ <Z(

d’une génération spontanée et se fonder des
cités futures au gré et pour le seul plaisir des
hommes d’affaires.
Non, une opération de voirie de l’envergure
de celle qui nous occupe ne peut se faire par
à peu près. Ilfaut en examiner toutes les con­
séquences, en fixer toutes les éventualités et
surtout en prévoir toutes les solutions, afin de
ne point se priver de celle qui doit donner
satisfaction complète aux exigences et aux
intérêts matériels et économiques que réclame
le développement de notre cité.
Nous savons bien que dans sa fièvre de vie
intense et dans son indifférence des besoins
généraux, celle-ci ne s’est contentée que trop
jusqu’ici de ces à peu près. Mais il est de
notre devoir de l’avertir que non seulement
elle paie de ses deniers les erreurs ainsi com­
mises, mais qu’elle en porte aussi en partie les
responsabilités.
Et si nous réussissons nous pourrons répé­
ter la vieille devise de nos pères :
Et nos in Gallia utiles et dulces.

II

Avant d’aborder les problèmes complexes
que suscitent les questions ainsi soulevées,
qu’il nous soit permis de jeter quelques regrets
sur la disparition de l’importante communauté
de Sainte-Ursule.
Avec ceux qui aiment tout ce qui touche à
leur petite patrie, avec tous les fidèles aux
vieilles traditions, avec tous les artistes res­
pectueux des œuvres de leurs devanciers, avec
celles qui vécurent leur jeunesse dans ces
lieux paisibles et bons, nous pensons que c’est
une page importante de notre vie locale, écrite
pendant plusieurs siècles, qui s’en ira quand
la pioche des démolisseurs s’abattra sur l’œu­
vre maîtresse de l’architecte Mandin.
Le souvenir de tout ce passé, nous ne le
trouverons plus, hélas ! que pieusement con­
servé pour nos fils dans l’étude magistrale
qu’un de nos plus érudits concitoyens publie,
en ce moment, dans le Bulletin, toujours si
intéressant, de la Société historique et archéo­
logique du Périgord.
Nous saluons aussi de nos regrets la désaf-

- 3 fectation de l’Hôpital actuel, œuvre non sans
valeur de Bouillon le père ; qui avait survécu
à tant de condamnations, qu’on aurait pu la
croire à jamais sauvée. Là, des hommes de
toutes conditions et de tous âges, sont morts
ou ont été guéris, et ont confié à ces murs,
qui en sont devenus presque sacrés, leurs dou­
leurs ou leurs espérances.
Souhaitons que ces monuments, œuvres de
piété et de pitié, élevés par des Périgourdins
épris d’art, aidés par les mains habiles d’ou­
vriers périgoudins, ne soient pas sacrifiés en
vain pour des bâtisses quelconques, bordant
des rues quelconques.
Et, si l’on a conçu l’opération de voirie
actuelle comme une nécessité inflexible fau­
chant brutalement tous les obstacles, faisons
en sorte d’y introduire, en vue de l’avenir, des
prévoyances de beautés possibles. Pour cela,
faisons appel à tous les enfants de Périgueux.
III
L’achat de Sainte-Ursule étant donc un fait
acquis et le déplacement de l’hôpital une
chose certaine, nous n’avons qu’à nous préoc­
cuper des conséquences devant en résulter
pour notre ville. Constatons toutefois le sort
singulier de nos communautés religieuses :
les couvents des Augustins et de Ste-Claire
faisant place au Musee et aux abattoirs ; ceux
des Récollets et des Jésuites transformés en
Ecoles normales d’instituteurs et d’institu­
trices ; l’ancien et le nouveau séminaire de­
venus des casernes; le couvent des reli­
gieuses de St-Benoît occupe par le Lycée,
etc., et passons.
Nous rechercherons, dans des études ulté­
rieures, soit en suivant le programme muni­
cipal, la meilleure utilisation possible des ter­
rains désaffectés, soit d’autres problèmes qui
se présentent presque aussi urgents.
Pour le moment nous avons plus grande
ambition et nous nous proposons d’examiner
comment on pourrait améliorer le plan d’en­
semble de notre ville. Nous estimons, en effet,
et non sans raisons, nous l’avons déjà dit,
que le projet de nos édiles n’est qu'un simple
accident à prévoir harmonieux dans cet en­
semble, ensemble qu’il faudra bien réaliser
un jour prochain.

— 4 Nous osons croire qu’on ne trouvera pas
notre audace trop grande ; car, la collabora­
tion de tous nous semble nécessaire pour le
plus grand bien de la cité ; et il nous paraît
préférable de présenter, en temps opportun,
des observations intéressantes, plutôt que de
faire plus tard et trop tard des critiques
vaines et sans résultat possible.
Et, pour bien poser les données du problème
que nous voulons essayer de résoudre, nous
jugeons indispensaple de faire au préalable
un rapide exposé du développement historique
de notre ville.
S’il a été commis des erreurs, nous les indi­
querons. Et l'on verra que c’est le désintéres­
sement de la chose publique qu’on trouve par
trop souvent à leur origine.
IV
Au moyen-âge nous nous trouvons en pré sence de deux villes limitrophes, fermées cha­
cune et par conséquent indépendantes : la
Cité et le Puy-St-Front. La réunion politique
de ces deux villes forma Périgueux. Mais elles
ont subsisté topographiquement jusqu’à la
première moitié du siècle dernier, attendant
que la démolition des murs d’enceinte permît
leur épanouissement et facilitât leur jonc­
tion. Nous disons « facilitât », car nous mon­
trerons que cette jonction n’est encore que
fictive.
Le véritable initiateur du Périgueux moder­
ne, Catoire, dont nulle rue ne porte le nom,
dont nulle plaque n’honore la mémoire, sans
doute parce qu'il ne fut qu’un architecte de
talent, eut alors la vision géniale de ce qu’il y
avait lieu de faire.
Chargé de la construction du Palais de Jus­
tice et du Théâtre, il sut disposer ces deux
importants monuments assez loin de la ligne
des remparts. Et les propriétaires riverains,
comprenant tout l’intérêt de cette disposition,
élevèrent des façades monumentales sur les
fossés qu’on comblait : nos boulevards étaient
créés.
On les compléta quelques années après par
l'acquisition d’une partie des terrains de Moneys et de Fayolle, la construction de la Pré­
fecture et récemment celle du Musée-Biblio­
thèque.

5 Dans le feu de son inspiration, Catoire
dressa un plan magistral d'embellissement
et d'alignement dont l’exécution intégrale et
fidèle aurait eu les conséquences les plus heu­
reuses pour notre ville.
Et nous devons regretter, entr’autre, la
belle avenue projetée par lui, partant du sémi­
naire qu’il construisait alors pour aboutir à la
route de Bordeaux, aux Quatre-Chemins
actuels.
Cette percée de grande allure n’aurait pas
seulement donné à un superbe établissement,
devenu aujourd'hui une vague caserne provi­
soire, toute sa valeur, elle aurait eu des résul­
tats inappréciables pour les lotissements de
tout un quartier quel’on peut considérer com­
me complètement manqué.
La place Piumancy qui en est le centre est
un non-sens. Aucune artère digne de ce nom
ne la traverse ; aucun bâtiment public ne la
justifie. L’architecte seul avait vu le carrefour
qu’il fallait amplifier et qu’un jour très pro­
chain l’on sera obligé d’agrandir.
Un homme de 1913 ne pourrait lui repro­
cher de toute son oeuvre que d’avoir bloqué la
place Francheville par les maisons dites du
sommet du marché. Mais l'art et la raison
n’ordonnaient-ils pas à un homme de 1837,qui
ne pouvait avoir ni la presciencedes tramways,
ni celle de l’extension considérable de la ville
sur l’emplacement de l'antique Vésone, de
faire un fond grandiose aux nouveaux boule­
vards, et c’est ce qui fut fait.

V

Quelle solution élégante pour la fusion des
deux agglomérations autrefois rivales, et non
plus séparées par des murs, mais par des
boulevards, Catoire nous aurait proposé, s’il
lui avait été donné aussi de pressentir la
construction de la gare d'Orléans ! Quelle
voie magnifique d’entrée à Périgueux nous
aurait-il ménagée? Quelle liaison superbe
entre la Cité et le Puy St Front, son génie,
profitant des événements, aurait inventée?
Nous nous étendrons plus loin sur ce sujet ;
toutefois disons incidemment qu’au mo­
ment de l’établissement du chemin de fer,
personne ne se préoccupa sérieusement du pro­
I

— 6 —

blême que nous soulevons ici et qui reste en­
core à résoudre. La gare n’est aucunement
reliée à la ville, l’accès en est misérable ; et le
touriste qui arrive ne peut que se demander
dans quelle bourgade il ose s’arrêter ? Car,
où va-t-il aller ?
Cette erreur fondamentale, mais non irré­
médiable, a été accompagnée ou suivie,
hélas ! de bien d’autres.
Les quais commencés vers la même date
auraient pu, en effet, s’ils avaient été pro­
jetés avec des vues plus larges et moins
terre à terre, constituer une amélioration des
plus heureuses et des plus profitables. Mais,
sans souci du passé, on démolit le vieux et
joli pont Tournepiche; et, sans souci de l'ave­
nir on les disposa de telle sorte qu’ils ont
causé la ruine définitive de ces bas quartiers
qu’ils devaient enrichir. Pourquoi faire pas­
ser la Route Nationale en passage supérieur
alors que sa voie naturelle d’accès aux Boule­
vards était parles rues Barbecane, Notre-Dame
et Eguillerie ? Quelle nécessité obligeait les
ingénieurs à détruire aussi pour son établis­
sement la Tour Barbecane qui terminait avec
tant de charme vétuste la ligne de nos vieux
remparts ? Un de nos plus sympathiques con­
citoyens, notre confrère M. Culot, alors
conducteur des Ponts et Chaussées, et chargé
de la direction de cette partie de la route, ne
nous a-t-il pas rapporté qu’il aurait suffi pour
sauver cette Tour de se reculer de son épais­
seur ; et rien n’était plus facile. Les ingé­
nieurs n’auraient pas dû seulement se consi­
dérer comme des techniciens, directeurs de
travaux de voirie. Ils auraient dû savoir qu’il
y a des respects qui s’imposent et que les tra­
vaux de voirie peuvent et doivent être artisti­
ques.
Dans tous les cas, cet exemple ne doit-il pas
inciter les habitants d’une ville à obliger leurs
édiles à s’entourer de toutes les garanties vou­
lues avant d’entreprendre des opérations
aussi considérables?
Les fautes de ce genre sont de tous les jours,
surtout à Périgueux. N a-t-on pas saccagé, au
hasard des acheteurs, par des lotissements
opérés sans s’inquiéter d’un dispositifgénéral,
les terrains de Montbrun, par exemple, où se
trouvent la Banque de France et la Nouvelle

7 —

Halle ? N’a-t-on pas ouvert le tortueux boule­
vard de Vésone sans lui donner d’aboutissant
pourtant indispensable ? Et n’a-t-on pas laissé
se former là tout un quartier où ne mènent
que des rues secondaires ? N’a-t-on pas établi
une passerelle pour relier les gares des mar­
chandises et des voyageurs de si étrange
façon qu’il est impossible de trouver l’une des
issues, alors qu’il était si simple de faire cet
ouvrage dans le prolongement de la rue des
Mobiles-de-Coulmiers ? Et ne vient-on pas
d’aligner une de nos plus grandes et ancien­
nes voies, la rue Taillefer, avec tant de len­
teur, qu’elle a eu le temps d’y perdre la plus
grande partie de sa richesse commerciale et
de plus et à tout jamais le bénéfice d’un ni­
vellement convenable ?
VI
Pour revenir au développement de notre
ville, ajoutons que faute de suite dans les
idées des municipalités qui se sont succédé et
de direction générale, les circonstances et
l’habileté de quelques particuliers à bénéficier
de cet état de choses, ont facilité une exten­
sion anormale par rapport au chiffre de la
population. Extension anormale, car, on
s’imagine difficilement le nombre de kilomè­
tres de rues qu’il faut pourvoir de tout et entre­
tenir.
Les faubourgs se sont développés, en effet,
en longueur sur les routes nationales exis­
tantes, bien tracées, et sont arrivés à faire
des touts assez complets.
Le Toulon bénéficiant de la population des
ateliers s’est allongé sur la route de LaRochelle
et possède aujourd’hui : écoles, église, place
publique, tramways. Les Barris-St-Georges
entre les routes de Paris à Barèges et de Lyon
à Bordeaux, ont eux aussi pris un accroisse­
ment motivé par une école normale d’insti­
tuteurs, des écoles primaires, un asile des
Petites sœurs des Pauvres, un cimetière, une
école professionnelle, une église, une gare,
et vont encore s’amplifier par la construction
d'une caserne d’artillerie.
Les groupements du Pont de la Cité et de
Mondésir commencent eux aussi à s’étendre
sur les routes de Bordeaux et de Paris.

Les routes nationales, bien que manquant
de largeur, sont d’ailleurs les seules artères
intéressantes desservant Périgueux. L’on ne
peut que déplorer le manque de liaison qu’ont
avec elles : le lycée, les abattoirs, les casernes,
sans oublier l’Asile de Beaufort, le boulevard
et le square de Vésone, le jardin des Arènes,
etc , etc.
Joignons, en passant, nos protestations à
celles qui furent faites, à si juste titre, à
l’époque, contre l’installation indésirable de
la gare des tramways sur la place Francheville, gare qu’il était si facile de reporter à un
endroit plus favorable.
Il est malheureux qu’on n’ait pas su ampêcher une Compagnie sans souci esthétique
de s’emparer de cet emplacement qu'elle a
déshonoré par une construction hideuse et
dont elle a saboté et l’ampleur et l’aspect.
VII
Cet historique nous indique clairement que
Périgueux doit son ancienne transformation
au siècle dernier, période de construction de
la plupart de ses monuments publics (18251865). Transformation occasionnée d’abord
par le besoin d’expansion hors des anciennes
enceintes et ensuite par l’installation du
chemin de fer d'Orléans.
Il nous montre aussi ce que nos devanciers
ont fait : les bons exemples qu’il faut méditer,
les mauvais qu’il faut éviter.
Nous livrons donc nos remarques sur ce
point à nos concitoyens, les priant d’examiner
avec conscience et sympathie une opinion qui
peut parfois différer de la leur.
Nous les prions d’excuser notre exposé, qui
nous a paru : utile pour expliquer les idées
que nous allons présenter, nécessaire en vertu
de cette loi que l’avenir sort logiquement du
passe et s’appuie sur lui.
Le passé, le présent et l’avenir, a dit un
philosophe contemporain, doivent collaborer
dans le progrès des collectivités, et nous,
nous voudrions de tout cœur que le passé
vivifie le présent et nous fasse mieux voir
l’avenir.
VIII
Nous avons tout à, l’heure parlé du besoin
immédiat d'un plan d’ensemble. Nous allons

— 9 --

maintenant nous permettre de l’esquisser à
larges traits, en jetant les bases de son pro­
gramme, nous réservant d’en étudier les dé­
tails en temps opportun.
Mais auparavant posons ce principe évident :
la circulation est le but essentiel des rues et
le trafic de la ville en dépend. Le tracé des
voies doit donc s’accommoder aux courants
principaux de la circulation présente et future
et il ne faut pas oublier de tenir compte des
lignes de tramways à installer.
Or, les gares constituant un centre de mou­
vement, d’attraction et de rayonnement, dé­
terminent la direction des grandes artères. Ne
sont-elles pas, en effet, le cœur d’une ville au
vingtième siècle ?
Et n'avons-nous pas justement constaté que
la relation entre le noyau principal de notre
cite et la gare n’existait pas et restait à réa­
liser ?
Ce serait donc d’après nous la première opé­
ration à faire et nous rattacherions tous les
autres projets sinon à l’exécution tout au
moins à la prévision de celui-ci.
La rue de Bordeaux fut détournée au mo­
ment de l’établissement du chemin de fer. Le
tronçon partant des Quatre-Chemins devint la
rue des Mobiles et on le prolongea par la rue
Denis-Papin.
Ce sont ces trois tronçons qui sont devenus
par la force des événements, malgré la rue
Gambetta, la voie naturelle, commerciale par
excellence, de Périgueux. Voie il est vrai no­
toirement insuffisante comme ampleur et mal­
heureuse comme direction.
Une rue aussi droite que possible étant né­
cessaire pour un aspect monumental et un
grand roulage, il nous semble donc urgent de
parler de la véritable avenue de la Gare que
mérite Périgueux.
IX
On pourrait, à notre avis, profiter des cir­
constances que va produire la disparition de
l’hôpital et de Ste-Ursule, pour élargir le dé­
part de la rue de Bordeaux.
I1 nous semble que l’enlèvement des im­
meubles qui séparent cette rue de la rue Arago s’impose et cous donnerait une largeur
suffisante pour une avenue plantée d’arbres

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et entourée, comme paraît le désirer la muni­
cipalité, d’édifices dignes d’un tel boulevard.
Cette avenue, continuation des cours Bugeaud, Montaigne et des allées de Tourny,
prolongée directement dans l’alignement
ainsi donné, aboutit dans l’axe de la gare.
Elle ferait l’accès le plus magnifique et le
plus imposant qu’il soit possible à notre co­
quette et artistique cité.
Les tramways pourraient y circuler libre­
ment, les maisons de commerce s’y multiplier
aisément et notre ville aurait enfin la soudure
qui manque à ses differentes parties.
Qu’on ne nous objecte pas les difficultés fi­
nancières ; car, d'autres villes, et tout près de
nous Agen, n’ont pas hésité à faire les sacri­
fices nécessaires pour obtenir un tel résultat.
Et ces sacrifices n’en valent-ils pas d’autres ?
Qu’on ne nous objecte pas les différences de
niveau que l’on peut résoudre aussi élégam­
ment et aussi habilement qu’Haussmann, à
Paris, pour les boulevards Poissonnière et
Saint-Denis.
Cette avenue est d’après nous la base iné­
luctable sur laquelle tout embellissement de
Périgueux doit s’appuyer.
Nous savons que nos concitoyens le sentent
et le pensent avec nous. A eux de nous sou­
tenir et de nous apporter leur aide puissante.
X
Cette artère créée, nous voyons, sans hési­
tation, l’affectation à donner aux terrains de
l’hôpital et de Sainte-Ursule, augmentés du
théâtre actuel et de la place du 4-Septembre.
Au milieu de l’espace libre ainsi obtenu,
déjà tout verdoyant et fleuri, nous dispose­
rions avec amour l’hôtel de ville que récla­
ment tous les Périgourdins, un hôtel des
postes qui manque à nos besoins, un théâtre
digne de l’importance de notre population. Et
pourquoi ne conserverions-nous pas la cha­
pelle de Sainte-Ursule que sans distinction
d’opinion et de religion on ne peut qu’admirer
pour en faire, en y adjoignant quelques-uns
des bâtiments actuels, les services d’un
évêché ?
Il n’y a pas trop de ces deux enclos pour
arranger convenablement un pareil ensemble
et en faire l’équivalent des places Richelieu à

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Bordeaux, Stanislas à Nancy, voire même
Vendôme et des Victoires à Paris.
La disposition que nous adopterions et que
nous livrerons au public prochainement, nous
dispenserait de toucher à la plupart des cons­
tructions en bordure du cours Bugeaud et per­
mettrait, très probablement, d’élever quel­
ques belles habitations sur les rues de Bor­
deaux et du Quatre-Septembre.
Ce centre municipal, bien dans l’axe de la
ville, bien desservi par les boulevards et les
tramways, à proximité de nos deux gares,
serait d’un effet saisissant, dans un tel cadre,
et ne pourrait qu’accentuer l’aspect plein de
noblesse que Catoire avait déjà réussi à
donner à une partie de notre cité.
XI
Ceci réglé, nous nous trouvons en présence
de ce que nous avons dénommé les maisons
du sommet du marché.
Quelque folie que cela puisse paraître à pre­
mière vue, nous n’hésiterions pas à les sacri­
fier pour dégager ce côté des boulevards et
accompagner par un motif décoratif notre
centre municipal. Nous les remplacerions par
un rond-point agrémenté de balustrades en
pierre et dominant une large pièce d’eau.
Nous accolerions aux deux rues actuelles,
que d’autres balustrades limiteraient de la
place Francheville, des escaliers en pierre
suivant la forme du rond-point et aboutis­
sant à sa base.
Et là, dans le prolongement des statues de
nos gloires locales, les Fénelon, les Mon­
taigne, les Daumesnil, les Bugeaud, se déga­
geant sur le fond de la place, où nous vou­
drions voir s’édifier enfin une gare monumen­
tale, nous dresserions le monument si désiré
par nos félibres des Troubadours Périgourdins.
Leur place est bien là, entre les deux cités
si pleines de leur souvenir, voisinant St-Front
et Saint-Etienne, la tour Mataguerre et le
château Barrière, pour nous rappeler ce
qu’elles furent, nous donner «souvenance»des
« fols » exploits de nos aïeux contre les enva­
hisseurs de « doulce France », nous parler des
nobles « damoiselles », nous conter les chefsd’œuvre des artisans d’alors et surtout nous
chanter l’éternelle beauté de la petite patrie.
BIBLIOTHEQUE
DE LA VIlLe ;
DE FVÉR1GUEUX J

12 —



XII

Jusqu’à présent nous n’avons pas encore
parlé du trouble profond que le projet Saumande va apporter à l’existence économique
et sociale de Périgueux.
Nos concitoyens se rendent évidemment
compte que c’est le déplacement complet du
centre commercial et de la vie municipale qui
va être effectué, sans esprit de retour.
La rue Taillefer, déjà en partie ruinée, va
voir ses boutiquiers l'abandonner et descendre
vers de nouveaux terrains plus près des gares,
vers des locaux plus modernes. La rue de la
République, privée de l’Hôtel de Ville, va per­
dre, elle aussi, de son importance.
La situation est donc grave pour tous ceux
qui possèdent des immeubles dans ce quartier
et pour tous les commerçants qui ont eu con­
fiance dans ses destinées.
Au lieu d’entreprendre de vaines polémi­
ques, nous voudrions les voir rechercher avec
nous la solution possible.
Cette solution, ce remède, existent. Il ne
manque pas d’élégance.
Une circulation nouvelle est, en effet, pro­
mise à la rue Taillefer par une ligne de tram­
ways qui desservira agréablement nos trois
marches, de la Mairie, du Coderc et de la
Clautre, auxquels la rue de la République
donne aussi accès.
Il s’agirait simplement de donner à ces
marchés l’ampleur qui leur est d’ailleurs ne­
cessaire ; et, nous proposerions dans ce but
leur réunion.
La démolition d’une Halle insuffisante et des
immeubles sans intérêts qui les séparent leur
donnerait un sang nouveau. Nous finirions
en même temps de dégager de la façon la
plus heureuse la cathédrale. Les visiteurs
auraient enfin le recul voulu pour bien saisir
sa silhouette générale et admirer son clocher
qui se dresse si superbement vers le ciel.
Sur cet emplacement magnifique, en rela­
tions directes avec tout Périgueux, nous ins­
tallerions des Halles centrales et nous insti­
tuerions un marché de première main ali­
mentant tous les marchés secondaires : le
Toulon, Saint-Georges, etc.

— 13 —
Nous solutionnerions ainsi, tout en réser­
vant les intérêts de l’agglomération princi­
pale, cette question toujours en suspens des
marchés de nos faubourgs. Les réclamations
renouvelées dé leurs habitants, placés si loin
de tout approvisionnement commode, sont
des plus justifiées et nous leur donnerions
ainsi satisfaction.

XIII

Nous n’examinerons pas ici le transfert de
l’Hôpital et son installation dans des bâti­
ments nullement faits pour cet nsage et qu’il
faudra augmenter de pavillons aussi nombreuxque coûteux pour répondre aux exigen­
ces légitimes des règlements administratifs.
Cet hôpital est indépendant de notre grande
artère et nous n’osons reparler de l’avenue
projetée par Catoire, qui ferait la jonction
souhaitée.
D’autant que l’on ne manquera pas de nous
reprocher outre mesure nos projets actuels,
qui seront trouvés trop grandioses, chimé­
riques ou irréalisables, financièrement par­
lant.
Nous n’en persisterons pas moins à procla­
mer la nécessité absolue de cette ligne de bou­
levards partant de l’axe de la gare, passant par
le centre municipal, desservant les tramways,
les marchés, la Cathédrale ; conduisant au
Palais de Justice, au Musée-Bibliothèque, à la
Préfecture, et qui, après avoir relie toute la
ville, se finirait merveilleusement sur le coup
d’œil féerique que les allées de Tourny nous
donnent sur ce qui fut la plaine de Reydy et
qui est devenu ce populeux faubourg SaintGeorges, le jardin de Périgueux.
Nous n’en persisterons pas moins à procla­
mer cette nécessité, pour qu’on eu tienne tout
au moins compte dans les lotissements éven­
tuels de l’hôpital et de Ste-Ursule.

Ces quelques réflexions prouveront, nous
l’espérons, et c est là notre but, que notre ap­
pel n’est pas une clameur inutile, que notre
cité est à un instant critique de son histoire

- 14

et que son développement dépend de ce qui
va être fait et qui doit être bien fait.
Il ne s’agit pas d’appliquer des projets de
Sociétés financières ne prévoyant que des
réalisations de bénéfices. Il vaut mieux sacri­
fier un or sans beauté et voir loin, même dans
un rêve : car tous les rêves humains sont
réalisables.
Périgueux, ville d’art, l’égale de Nîmes et
d’Orange pour tout ce qui est gallo-romain ;
Périgueux, ville d’art, rivale de Constantino­
ple et de Venise et comme elles capitale du
romano-byzantin ; Périgueux, ville d’art pour
tous ceux qui estiment que la Renaissance a
pu être belle ailleurs que sur les bords de la
Loire ; Périgueux se doit à son passé.
Il faut que notre ville moderne soit aussi
notre gloire. Il faut qu’elle soit toute de lu­
mière, de verdure et d’harmonie. Il faut que
les monuments publics qui la pareront riva­
lisent avec sa préfecture et son incomparable
cathédrale. Il faut que ses nouvelles rues,
largement et noblement percées, au roulage
intense, soient peuplées de somptueuses de­
meures qui égalent en beauté nos maisons
ancestrales : élégantes villas romaines, habi­
tations romanes si pures de lignes, logis de
la Renaissance aux escaliers sans rivaux.
l)e ce qui sera fait peut découler une vie qui
nous manque ; et nous en avons assez de vé­
géter !
Nous qui sommes nés dans ce Périgueux
que nous aimons ardemment et que nous vou­
lons toujours plus artistique, nous deman­
dons avec instance au conseil municipal de
s’entourer de gens compétents, d’archéolo­
gues, d’artistes, d’artisans, d’architectes —et
nous avons tout cela sur place — pour étudier
avec eux ces problèmes angoissants d’exten­
sion et d’embellissement.
Nous lui demandons de ne pas prononcer
de sentence definitive avant de s’être préoc­
cupé de l’avenir, de tout l’avenir.
Ediles Périgourdins, vous ne faillirez
certes pas à votre devoir. Car vous avez tous
présents à votre mémoire ces mots de vérité
séculaire qui flamboient dans les armes de
notre cité :

- 15 Fortitudo mea civium, fides

mots que je me permettrai de traduire
ainsi :
Ma force, ma fortune et ma beauté, je les
dois à mes enfants, qui ont foi en mes desti­
nées et qui les veulent grandes parce que je
suis pour eux la terre sacrée de leurs an­
cêtres !
Juin-Juillet 1913.
Ernest DANNERY,
Architecte diplômé par le gouvernement, ancien
élève de l’Ecole nationale des Beaux-Arts
de Paris.
Successeur de M. A. Dubet, ancien architecte du
département et de la Banque de France.

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DE LA VILLE ;
DE PÉRIGUEUX i