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Médias
Fait partie de Projets de rues à ouvrir dans la ville de Périgueux : séance de la commission municipale du 20 avril 1857
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PROJETS
DE
RUES A OUVRIR
DANS LA VILLE DE PÉRIGUEUX.
RAPPORT DE M. DAUSSEL.
\
J’ai l’honneur de soumettre à votre délibération l’avis de
la commission que vous avez désignée pour procéder à
l’examen des divers projets de traverse proposés par M. le
Maire.
Au milieu d’intérêts fort légitimes, mais divers, que sou
levait cette importante question, et que votre décision devait
satisfaire ou froisser, votre commission a tâché, dans son
impartialité,
1° D’écarter tous projets qui lui paraissaient d’intérêt
restreint ;
2° De vous proposer celui qui, en satisfaisant le mieux les
i SE L A VILLE «
lPEHIGÜLU?- 1
— 2 —
intérêts généraux, ménageait à la fois ceux de la vieille ville
et ceux de la ville nouvelle;
3° De concilier l’exécution de ces projets avec les exigen
ces d’une sage administration financière.
Tel est le triple problème dont elle a essayé la solution.
L’opinion publique, vivement préoccupée de ces divers
projets, sollicite votre active mais prudente initiative. Tout
le monde comprend l’importance de l’ère nouvelle qui s’ou
vre pour notre cité; chacun sent parfaitement que le mo
ment est solennel et l’occasion unique pour les intérêts de
notre vieille ville.
Nous traçons aujourd’hui le programme de tout un avenir,
qui sera pour elle ou son salut ou sa perte, et alors il ne
resterait plus à cette portion si importante de notre cité, qu’à
subir avec résignation la ruine de ses intérêts, le successif
anéantissement de ses valeurs.
Et cependant cette vieille ville, si long-temps dédaignée,
renferme une population de plus de 8,000 habitants, des
maisons vastes, productives, sièges d’un commerce impor
tant, évaluées à une valeur imposable de 13,000,000 de
francs, et, enfin, des monuments, dont un surtout, celui de
Saint-Front, en sera l’éternel honneur.
Tels sont les intérêts qu’il y aurait injustice et imprudence
à déserter, et que l’administration supérieure a essayé de
sauvegarder, lorsque, par sa décision du 9 septembre 1856,
elle a imposé à la compagnie du chemin de fer un sacri
fice de 100,000 fr. pour concourir aux nouvelles rues qu’on
devait ouvrir dans l’intérieur de la ville, afin de faciliter
— 3
l’accès de la gare. Associons-nous à cet élan général, entrons
résolument dans cette voie, avec courage, mais sans témé
rité : ce sera la réparation d’un passé trop oublieux.
Il s’est produit dans ces derniers temps deux faits impor
tants qui doivent servir de base à nos projets, deux intérêts
nouveaux et immuables, qu’il s’agit de réunir et relier:
c’est l’établissement de la gare aux Quatre-Chemins, la
création du quai, projet sérieux et presque en voie d’exécu
tion, par le prolongement actuel de la navigation jusqu’au
Pont-Neuf.
Ces deux intérêts si importants, qui seront la vie commer
ciale de notre cité, sa fortune à venir, doivent être reliés et
rattachés ensemble par une voie directe et facile ; et, par
un de ces hasards qui sont un conseil et une indication, il
se trouve qu’entre le quai et la gare, la ligne la plus directe,
la communication la plus facile, doit partir du Pont-Vieux et
traverser la vieille ville dans son centre parfait.
Nous allons successivement examiner les divers projets
présentés dans le rapport de M. le Maire, énoncer les motifs
de rejet de quelques-uns, et développer les avantages et la
facilité d’exécution de celui que nous vous proposons
d’adopter.
Et d’abord, pour dégager entièrement l’exposé que j’ai
l’honneur de vous soumettre, il est deux points sur lesquels
la commission a été unanime, et nous avons la confiance
que vous partagerez son avis : c’est l’exécution immédiate
de l’ouverture de la rue Saint-Martin et son prolongement
jusqu’à la gare, afin de faciliter son accès, insuffisant en ce
moment, par le seul débouché de la roule de Bordeaux.
Une deuxième voie de communication est nécessairement
indiquée, c’est l’ouverture d’une rue de la Cité à la gare,
combinée avec un projet déjà reconnu nécessaire pour arri
ver à l’entrée de la caserne.
Le premier de ces projets est évalué 60,000 fr. On affec
terait au second une.6somme de 30,000 fr., reconnue sufsaute pour son exécution.
J’arrive, Messieurs, à la grande traverse d’intérieur de la
ville.
Trois projets ont été longuement et sérieusement discutés
au sein de votre commission, ce sont les directions :
. I
Par la rue Éguillerie,
Par la rue Taillefer,
Et par la rue Hiéras.
Nous allons successivement les examiner dans leurs avan
tages relatifs et leurs dépenses, et nous vous présenterons
ensuite un aperçu général des finances de la ville et des
moyens que nous vous proposons pour leur exécution.
TRAVERSE PAR LA RUE ÉGUILLERIE.
Cette rue, qui ne figure pas dans le rapport de M. le
Maire, et qui a surgi pendant le travail de la commission,
ne présente pas une idée nouvelle; elle avait été indiquée
dans plusieurs projets de rectification de la route n° 21 de
Paris à Barèges; elle n’offrait aucune difficulté d’exécution,
avait le précieux avantage de faire concourir l’État à l’élar-
gissement d’une voie nouvelle, et faire pénétrer l’air et la
circulation dans un quartier complètement abandonné; aussi
nos vœux appelaient-ils l’exécution de cette rectification
si naturelle et si facile.
Aujourd’hui les conditions ne sont plus les memes; il ne
s’agit plus d’obtenir le concours de l’Etat pour la rectifica
tion d’une route impériale et l’amélioration de viabilité d’un
seul quartier : un intérêt d’un ordre plus élevé nous
préoccupe, il s’agit d’exécuter de grands travaux d’utilité
publique, avec les ressources de la ville tout entière.
Il faut donc qu’à une dépense générale corresponde un
intérêt général. Ce caractère nous paraît manquer au projet
par la rue Éguillerie.
En effet, celte rue, située sur le côté nord de la ville, n’a
pas cet avantage central que nous recherchons.
.
Elle n’a aucune activité commerciale, n’en a point l’ave
nir. C’est un quartier destiné à rester ce qu’il est : une
habitation de propriétaires et de rentiers. Il n’est donc
appelé à développer aucun intérêt actuel et à créer aucun
intérêt nouveau. Le seul avenir de cette rue est d’être
embellie, et de procurer à ceux qui l’habitent l’agrément du
soleil et d’une circulation commode.
Les rues qui y aboutissent sont étroites, les maisons de
peu de valeur.
La rue de l’Éguillerie, prolongée même jusqu’à la porte
Barbecane, a l’immense inconvénient de n’avoir à son en
trée, du côté de la rue Barbecane, aucun avenir possible :
elle débouche, du côté de la rivière, sur un point escarpé;
elle longe en corniche, jusqu’à l’Arceau, par une pente
i
— 6 —
assez roide; elle a, à sa gauche, la terrasse de Tourny; à
sa droite, elle est presque d’aplomb sur la rivière. Elle
n’offre donc aucune espérance ni possibilité de constructions.
Ainsi, cette traverse, qui n’a de raison d’être que si elle
est prolongée jusqu’à la porte Barbecane, part d’un point
sans valeur, et non susceptible d’en acquérir, pour se diri
ger à travers une rue sans commerce, et ne rencontrer dans
son parcours ni monuments publics, ni places publiques, ni
établissements industriels.
Cette voie ne peut établir aucune communication avec le
quai, dont l’exécution, en embellissant la basse ville, y
apportera la circulation, la vie et la salubrité, et mettra en
communication directe avec Saint-Front un faubourg qu’une
rampe presque infranchissable en sépare.
Ce quai si désiré paiera à ces populations une dette arrié
rée de protection et de justice.
Mais il est un grave danger dont nous menacerait l’adop
tion de ce tracé, et le voici : Le quai en projet que nous
devons à l’active sollicitude d’un ministre habile, n’a de
chances certaines d’exécution que par la combinaison des
deux intérêts : celui de la rectification de la route n° 21 et
celui de la navigation pour la construction du quai, qui
aidera puissamment à l’exécution de cette rectification dans
la ville de Périgueux. C’est avec l’aide de ce double con
cours que nous pouvons espérer de voir se réaliser, dans
un avenir prochain, l’exécution de ce projet.
Si on fait la traverse par la rue de l’Éguillerie, l’ad
ministration trouvera la rectification toute faite, et l’utilisera
7 —
inévitablement. Certes, personne ne pourrait avoir l’idée de
demander la rectification du n° 21 par le bord de l’eau,
lorsqu’il s’en offrirait une directe et toute faite, sans aucun
sacrifice pour l’État.
Avec la rue de l’Éguillerie, le quai n’a plus de possibilité
et de raison d’être. Son adoption, en détruisant nos espé
rances, sacrifierait, nous le craignons, des intérêts sérieux,
généraux et incontestables.
Les auteurs du projet ont parfaitement prévu les objec
tions qu’il fait naître, et reconnu d’avance la justesse des
reproches que nous lui faisons, car on a cru devoir le
compléter par deux rues perpendiculaires, venant aboutir
à la rue Éguillerie : l’une, partant de la place du Coderc
et se dirigeant par la rue de la Sagesse, sur la rue de l’É
guillerie; l’autre, partant de Saint-Front et se dirigeant à
Tourny, par la rue des Serruriers.
Cette dernière rue, la seule qui donne une apparence
d’utilité publique à ce projet, ne lui appartient nullement,
n’en fait pas partie intégrante.
Depuis long-temps cette rue est décidée ; son exécution
n’en était qu’ajournée, et dans le cours de ce rapport, nous
aurons occasion de la représenter, et outre les avantages
qu’elle paraît nous offrir, figurera en première ligne celui
de donner en partie satisfaction aux intérêts très respecta
bles de la rue de l’Éguillerie, et de tout le quartier dont les
promoteurs du projet se sont faits les habiles défenseurs.
Quant au petit embranchement par la rue de la Sagesse,
il a son utilité; c’est une voie facile à élargir pour com«
«
— 8 —
muniquer à la place du Coderc ; ce sont de ces projets d’un
ordre inférieur, à l’exécution desquels on arrivera par la
simple marche administrative ordinaire, avec le concours
des propriétaires intéressés; mais il ne saurait être consi
déré comme une des annexes importantes des grands projets
dont nous nous occupons.
La dépense que ce projet entraînerait se divise ainsi :
La rue Éguillerie serait ouverte sur une largeur de 11
mètres jusqu’à la place Saint-Georges; ce commencement
de traverse est évalué, dans le travail des auteurs du projet,
à........................................................................... 127,800 fr.
L’élargissement de la rue de la Sagesse est
estimé..................................................................
34,500
Enfin, celui de la rue Saint-Georges et de
la Reconnaissance....... ......................................
70,000
Total.................... 232,300 fr.
Il nous a paru évident que cette évaluation n’était pas la
dépense réelle ; pour cette traverse comme pour les autres,
nous n’avons, il est vrai, ni soumissions, ni promesses des
propriétaires; mais à défaut de vérification très régulière,
nous trouvons un terme de comparaison dans une rue que
nous avons fait étudier dans les mêmes conditions, c’est la
rue de Tourny à Saint-Front.
Notre travail d’évaluation en élève la dépense à
130,000 fr., et celui des auteurs de la traverse Éguillerie
ne la fait figurer que pour une somme de 70,000 fr. Évidem
ment il y a une erreur qui sera la source d’un mécompte, et
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nous sommes presque certains que le chiffre de 130,000 fr.
sera à peine suffisant.
Si, dans les autres évaluations de ce projet, il y avait de
pareilles différences, nous arriverions à un chiffre bien
supérieur à celui de 230,000 fr., et alors il nous a paru
que les avantages de ce projet incomplet seraient trop chère
ment payés; et si on y ajoutait encore la dépense nécessaire
pour arriver à la porte Barbecane, il deviendrait coûteux, et
qn’ainsi disparaissait l’économie de cette voie, dont on faisait
un des principaux avantages.
La rue Éguillerie, malgré sa position directement en face
de la rue Saint-Martin, nous a paru ne pas devoir être adop
tée par les motifs suivants :
1° Cette traverse n’est pas assez centrale ;
2° Elle n’a aucune vie commerciale ni espérance d’ac
tivité ;
3° Elle n’aboutit directement à aucun point important,
car elle n’arrive qu’à la place Saint-Georges;
4° En la prolongeant même jusqu’à la porte Barbecane, elle
devient coûteuse, sans aboutir cependant à aucune place et
à aucun établissement important;
5° Enfin, elle compromet par son adoption les projets
d’exécution du quai.
Telles ont été les appréciations réfléchies et d’intérêt pu
blic, qui nous ont été suggérées par le projet de traverse
présenté par les propriétaires de la rue Éguillerie.
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4
«
■10 —
TRAVERSE PAR LA RUE TAILLEFER.
J’arrive, Messieurs, au projet de traverse par la rue Tail
lefer. il consiste à élargir et à rectifier les deux rues Tail
lefer et d’Enfer, à prolonger cette voie jusqu’au Pont-Vieux
par le remblai de la partie inférieure des places Daumesnil
et du Greffe et par celui de la rue du Pont-Vieux.
Ce projet offre de sérieux avantages; il aboutit à une
place importante, celle de la Clautre ; il débouche en face
de l’entrée principale de Saint-Front; il contribue au dé
gagement de notre magnifique cathédrale, descend au PontVieux, et met en communication directe le Triangle et le
Pont-Vieux, et par suite la gare et le quai.
Voilà certes un vaste et beau projet; il paraît donner la
solution à deux grandes idées; il fend à réunir la vieille et
la nouvelle ville.
Mais gardons-nous de nous laisser entraîner par la sé
duction des grands projets; songeons qu’en bonne adminis
tration, il faut, dans une sage mesure, tâcher de concilier
la beauté des projets et leur utilité, leur exécution et leurs
dangers.
Après avoir indiqué tous les avantages de ce plan, exami
nons son utilité relative et voyons ses inconvénients et ses
dangers.
Fa position topographique de la rue Taillefer enlève à son
élargissement un des grands avantages qu’on devrait en
attendre.
— 11—
Cette rue, qui est centrale par rapport au groupe des
maisons qui composent l’agglomération de Périgueux, est
placée sur l’arête extrême du coteau; le côté droit, vers la
préfecture, est sur une partie tellement déclive, que tous les
quartiers auxquels aboutissent les rues Aubergerie et du
Calvaire ne peuvent utiliser au profit de la circulation
l’élargissement de la rue Taillefer ; il n’y a que les maisons
placées directement sur la voie qui puissent en profiter.
Quant aux quartiers dont nous parlons, ils sont amenés
par leur ponte naturelle à aboutir à la route de Lyon, qui
dessert leurs intérêts, et leur donne communication avec le
bas de la ville et le marché. La traverse de la rue Taillefer,
inaccessible pour eux, ne leur sera d’aucune utilité.
La rue Taillefer se trouve donc ainsi, par sa position ,
placée à l’extrémité du plateau , au centre duquel il faut
porter la circulation et la vie.
Tel est le double inconvénient qu’on ne peut s’empêcher
d’y rencontrer.
Dans l’exécution , elle offre de sérieuses difficultés : la
première est l’abaissement du niveau de la rue et un fort
écrètement au point culminant, situé dans le milieu ; cet
abaissement est d’autant plus indispensable et considérable,
qu’il est la conséquence forcée de l’abaissement général de
la place de la Claûtre, à cause de l’entrée de Saint-Front.
Le minimum-exigé pour l’abaissement de la Claûtre est de
4 mètre 56 centimètres. Aussi, la rue Taillefer ne peut
s’exécuter sans un abaissement à son point culminant, près
de la maison Fargues, d’environ 4 mètre.
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CE LA VILLE
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Or, supposez la rue Taillefer abaissée, la place de la
Clautre également et forcément abaissée de 1 mètre 56 c., et
mesurez lès difficultés qu’on rencontrera dans les raccords
de circulation des rues entre elles. Ce sont des obstacles
sérieux et des dépenses dont là portée peut être difficilement
appréciée, surtout quand l’abaissement des niveaux porte
non-seulement sur une rue, mais sur une place entière, où
les maisons ont autant de valeur commerciale que sur la place
de la Clautre.
Il n’en est pas des abaissements comme des reculs ; pour
les constructions, on calcule la dépense qu’entraîne un re
cul; on ne peut aussi exactement la préciser en matière d’a
baissement : les voûtes des caves à refaire, et qui se trouvent
alors trop basses, des caves à creuser, des fondations à re
prendre, des entrées à modifier, et surtout pour des maga
sins; des escaliers intérieurs à ouvrir. On peut le dire, des
abaissements aussi considérables dans un quartier y jet
tent une entière perturbation.
Voici donc une difficulté sérieuse; mais l’exécution de la
traverse elle-même entraîne de graves obstacles ; l’abaisse
ment amène forcément l’exécution immédiate et simultanée
des travaux de reconstruction. Or, la rue actuelle est telle
ment étroite, qu’on comprend difficilement cette exécution
simultanée, sans une interruption complète de circulation,
et cela pendant un assez long délai ; de là, perturbation sé
rieuse dans les affaires, et peut-être déplacement momen
tané du commerce de cette rue, et danger réel que ce dé
placement ne devienne définitif.
Mais, au point de vue de la question d’intérêt général,
un grave reproche à adresser à cette traverse, c’est qu’elle
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n’ouvre pas une Voie nouvelle, elle ne crée pas une circula
tion nouvelle; et cependant, c’est un avantage immense
dans une ville dont les accès sont difficiles ; car, en facilitant
l’ouverture de larges rues, vous créez des intérêts nouveaux,
en apportant la circulation, la lumière et la vie là où il n’y
avait ni air ni mouvement. L’élargissement de la rue Taille
fer ne crée sous ce rapport aucun intérêt nouveau ; c’est
une grande amélioration, mais une simple amélioration.
Du reste, Messieurs, la rue Taillefer conservera toujours
sa valeur commerciale : son heureuse situation entre la ca
thédrale, le marché et le boulevard, en ont fait un centre
forcé de circulation, qu’ont su développer encore l’intelligence
et l’activité commerciale de ses habitants. Elle n’a aucune
concurrence à redouter. Son élargissement se fera successi
vement, mais dans des proportions moins considérables ; ce
sera l’œuvre du temps, et les habitants de la rue Taillefer
sauront s’entendre avec l’administration pour en abréger
la durée.
Il est un autre inconvénient que cette traverse nous pré
sente : c’est une nouvelle concentration de mouvement sur
ce point. La rue Taillefer se trouverait ainsi une des avenues
de la gare ; la vieille ville serait en partie obligée de la
suivre pour déboucher sur la route de Bordeaux. On se plaint,
et avec raison, que l’encombrement se fera sur cette voie, qui
deviendrait insuffisante pour tout ce mouvement de circula
tion; que serait-ce donc si la traverse débouchait précisé
ment sur ce point encombré? Il y aurait un inconvénient et
un danger de plus.
Il faut encore ajouter qu’elle délaisse complètement la
partie de la vieille ville située entre Saint-Front et Tourny.
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J’arrive à la dépense qu’occasionnerait cette traverse.
Grâce à un travail aussi consciencieux qu’éclairé d’un de nos
collègues, nous pouvons vous présenter un aperçu exact de
ses dépenses.
Depuis son entrée jusqu’à la place Daumesnil, l’élargisse
ment de la rue a été évalué à.......................... 520,000 fr.
De*la place Daumesnil au Pont-Vieux........
Total....................
72,000
592,000 fr.
C’est donc une somme de 592,000 fr. que nous coûterait
cette voie. Cette évaluation, d’ailleurs très exacte, n’est pas
tout-à-fait complète, car dans cette dépense ne figurent pas
l’abaissement obligé de la place de la Clautre et les indem
nités à donner aux locataires des maisons et des magasins,
qui seront considérables, à cause du déplacement et de l’in
terruption de leur commerce.
En défalquant de ces 592,000 fr. les 100,000 fr. donnés
par la compagnie, reste une dépense de 492,000 fr.
Les propriétaires de la rue Taillefer, comprenant com
bien l’élargissement de cette rue dans les conditions indi
quées serait favorable à leurs intérêts particuliers, ont fait
l’offre de venir en aide à la ville pour une somme de
80,000 fr. environ, tant en argent qu’en concession de
terrains, ce qui réduirait la dépense à 412,000 fr. pour la
rue Taillefer seule, sans aucune autre traverse.
On pourrait diviser en étapes la dépense de ce projet.
L’exécution de la traverse dans la rue d’Enfcr et de la (
place Daumesnil au Pont-Vieux ne serait pas immédia-
tement nécessaire ; ces deux parties sont évaluées à
142,000 fr. ; il resterait donc à faire une dépense immé
diate pour cette seule rue de 370,000 fr. pour aller de la
place du Triangle à la place de la Clautre.
Et dans cette somme n’est pas comprise la. dépense occa
sionnée par l’abaissement des rues latérales et de la place
de la Clautre, les indemnités aux locataires.
Il faut maintenant ajouter à cette dépense les 60,000 fr.
pour la rue Saint-Martin et les 30,000 fr. pour les rues de
la Cité.
Ce qui porte à 400,000 fr. la dépense immédiate à exé
cuter dans la première période, et à 602,000 fr. la dépense
totale jusqu’au Pont-Vieux.
En résumé, Messieurs, la traverse par la rue Taillefer ne
nous a pas paru devoir être adoptée :
1° Elle n’est pas assez centrale, et délaisse complètement
toute la partie de ville comprise entre le Greffe et Tourny ;
2° Sa position sur la crête d’une pente rapide la rend
inutile pour un côté du quartier quelle longe dans son par
cours ;
3° Elle offre des difficultés d’exécution par l’abaissement
de niveau qu’elle nécessite dans sa traversée et sur la place
de la Clautre;
4° Elle n’ouvre dans la vieille ville aucune nouvelle voie ;
3° Elle offre l’inconvénient de concentrer le mouvement
d’accès à la gare sur un point de la ville déjà encombré ;
4
16 —
6° Enfin, clic entraîne dans son exécution une dépense
immédiate très considérable, et dont l’abaissement du ni
veau et les indemnités aux locataires ne permettent pas de
calculer toute l’importance'.
TRAVERSE DU PONT-VIEUX AU BOULEVARD.
J’arrive, Messieurs, au troisième projet, celui du PontVieux au Boulevard.
Ce tracé consisterait à ouvrir une rue en ligne droite,
partant de l’axe du théâtre, en suivant le côté sud de la rue
Hiéras, arriverait à la Mairie, en enlèverait une partie, irait
en droite ligne à la rue de la Clarté, et descendrait au PontVieux par une pente très facile.
On ouvrirait ensuite, perpendiculairement à cette ligne,
une rue qui partirait de la porte nord de Saint-Front, se
dirigerait en ligne droite à Tourny par la rue de la Recon
naissance et la rue des Serruriers.
Ainsi, une double communication large et facile se trou
verait établie entre Saint-Front et Tourny, entre le PontVieux et les boulevards.
,
Les avantages de ce projet sont immenses : il ouvre une
voie nouvelle au centre meme de la ville.
La rue qu’on exécute traverse et réunit par une belle
circulation trois places : le Greffe, le Coderc et fa Mairie,
les met en communication directe avec le Boulevard et la
promenade de Tourny.
— -17 —
Dans la percée de la rue de la Clarté à la Mairie, on abat
les maisons Galy, Grellety et Margat, pour agrandir la place
du Coderc et la faire aboutir directement à la traverse,
dont elle sera un des côtés. .
Nous aurons ainsi obtenu une belle place d’intérieur.
Cette voie longe notre élégant marché couvert, ménage
complètement les intérêts actuels et importants qu’elle ne
déplace pas, et cependant crée des valeurs nouvelles
considérables dans des parties de quartier de peu d’impor
tance; enfin, c’est la communication la plus centrale et la
plus directe entre le Boulevard et le quai, dont elle provo
quera et facilitera la prompte exécution.
Cette ligne a son complément dans la rue de Saint-Front
à Tourny, et qui fait partie intégrante du projet. L’indiquer,
c’est en démontrer l’utilité immense : elle traversera des
quartiers complètement abandonnés, et acquittera ainsi
cette dette arriérée de juste répartition d’avantages entre
les enfants d’une même cité.
Pour en comprendre toute la portée , nous n’avons besoin
que de nous rappeler une de vos récentes délibérations; ses
avantages y sont énumérés et complètement appréciés.
Au moyen de l’exécution simultanée de ces deux lignes,
l’intérieur de la ville se trouverait ouvert dans tous les sens,
et l’exécution du quai deviendrait une nécessité.
Tels sont les avantages directs et immédiats de ce projet.
Dans son ensemble, il est utile, beau et d’une facile exécu%
tion ; il satisfait le plus complètement aux intérêts généraux
de la vieille ville; par sa position admirablement centrale,
i
-
— 18
il lui donne un aspect tout nouveau sans bouleverser les
intérêts que le temps a consacrés, et cependant il en crée
de nouveaux; il n’opère aucun changement brusque dans
les rapports d’affaires établis; il ménage aux deux côtés de
la traverse un accès d’autant plus facile et moins coûteux,
que, coupant la ville en deux parties, et presque perpen
diculairement, les rues latérales qui y aboutissent pourront
être élargies sans aucune difficulté de rampe ou d’abaisse
ment de niveau.
La place de la Claûtre, située à peine à quelques mètres
de la traverse, y communiquera d’une manière parfaite,
par le simple recul de deux ou trois maisons dans la rue
Salinière.
Tels sont les avantages du projet que nous soumettons à
votre approbation.
Mais il ne suffit pas à votre justice d’avoir acquitté la dette
du passé en sauvegardant les intérêts de la vieille ville ;
votre prévoyance doit encore protéger les intérêts de l’ave
nir et favoriser, en s’y associant, le mouvement régénéra
teur qui donnera un développement nouveau à notre cité.
Vous devez réunir dans un même ensemble et la vieille et la
nouvelle ville, faire quelles ne soient pas deux parties sé
parées et distinctes, et que, liées l’une à l’autre par de larges
voies, les nouvelles constructions puissent s’harmoniser avec
ordre et régularité.
Cette question importante d’avenir n’a pas échappé à la
sollicitude éclairée du premier magistrat de ce départe
ment, et dans une lettre qu’il adressait à M. le Maire,
et qui a passé sous vos yeux, il lui signalait les avantages
19 —
considérables que la ville de Périgueux pourrait retirer de
la construction décidée par le conseil général d’une pré
fecture, et de son établissement possible dans l’enclos des
Ursulines.
Il a paru à la commission que c’était une fortune ines
pérée, et dont les résultats auraient pour conséquence d’ou
vrir immédiatement le centre du plateau qui s’étend entre
la rue Saint-Martin et la route de Bordeaux, et se prolonge
jusqu’à la gare.
Le rapport de M. le Maire vous a fait connaître ce projet;
il consisterait à placer la préfecture dans l’enclos dépendant,
du couvent des Ursulines, à lui donner pour avenue princi
pale une large voie qui comprendrait l’emplacement du
théâtre et les deux rues latérales, et ferait suite à la rue
ouverte dans le milieu de la ville, de telle sorte que la fa
çade de la préfecture servirait de point de vue à cette voie.
Ce projet, que nous examinerons plus tard au point de
vue financier, serait le complément et la suite de la traverse
par la rue Hiéras; il ouvre une nouvelle voie entre la vieille
et la nouvelle ville, entre la ville et la gare,, à laquelle on
aboutirait par quatre rues différentes : par la route de
Bordeaux, par la rue Saint-Martin, la route d’Angoulême,
et enfin par la rue latérale à la nouvelle préfecture.
Voilà les quatre grandes artères par lesquelles la vieille
ville se trouverait liée à la ville nouvelle, qui fixeront d’une,
manière régulière les constructions à venir, détermineront
la création des quartiers nouveaux, et mettront un terme à
cet éparpillement de bâtisses sans ordre et sans harmonie.
Mais nous aurons de plus l’avantage immédiat d’utiliser,
pour l'agrandissement et l’embellissement de noire ville, une
partie de ces vastes emplacements inutiles au couvent de
Sainte-Ursule, et qui lui offriront une source immense de
valeurs actuellement improductives.
Ce projet vraiment grandiose est digne de l’avenir promis
à notre cité. Les conditions proposées à la ville pour la cons
truction de l’hôtel de la préfecture dans l’enclos des Ursulines sont celles-ci :
1° La ville se chargera de l’acquisition de remplacement
nécessaire à la construction d’une préfecture, moyennant une
somme de 80,000 fr. que lui donnerait le département;
2° La ville prendrait l’engagement de démolir la salle de
spectacle et de prolonger l’ouverture dans toute sa largeur
et celle des rues latérales, jusqu’à la rue Traversière-SaintMartin.
f
Examinons maintenant la dépense qu’entraînerait l’exécu
tion complète de ce projet.
Ces dépenses se décomposent ainsi :
I.
4° Du boulevard à la Mairie par la rue Hiéras, la dé
pense est évaluée à la somme de............... 1 80,000 fr.
2° De la Mairie à la rue de la Clarté.....
160,000
3° De la rue de la Clarté au Pont-Vieux..
72,000
d reporier........
i
412,000 fr.
21 —
412,000 fr.
Report..............
4° De Saint-Front à Tourny par la rue
des Serruriers..............................................
130,000
5°Reconstruction de la Mairie.................
150,000
Total.............
692,000 fr.
il.
1° L’acquisition des terrains et maisons pour l’emplacement
de la préfecture dans l’enclos Sainte-Ursule, a été estimée
par M. l’architecte du département à..........
111,000 fr.
2° Celle des terrains et maisons situés
derrière la salle de spectacle.......................
30,000
3° La construction de la salle de spectacle
200,000
Total..............
En déduisant les 80,000 fr. donnés par
le département, reste une dépense de.......
à ajouter aux six cent quatre-vingt-douze
mille francs, ci..............................................
des dépenses que nous avons énumérées,
ce qui formerait pour toutes ces dépenses
un total de....................................................
341,000 fr.
261,000 fr.
692,000 fr.
953,000 fr.
En déduisant les cent mille francs, ci....
100,000
donnés par la compagnie , il resterait à_______ _
pourvoir à une dépense de...........................
853,000 fr.
yl reporier.........
853,000 fr.
— 22 —
Report.............
Auxquels il faut encore ajouter la dépense
pour la rue Saint-Martin....... 60,000 fr.
853,000 fr.
Pour les rues de la Cité...... 30,000
Et pour la construction de
la halle, une dépense que nous
évaluons à............................... 70,000
\
f
I
,
160,000
Ce qui donnerait en totalité une dépense
de.................................................................. 1,013,000 fr.
Cette dépense considérable a quelque chose d’effrayant;
mais sans, nous laisser dominer trop promptement par l’é
normité de ce chiffre, pénétrons-nous bien de l’utilité de ce
projet, de son importance, de sa nécessité, et nous cher
cherons ensuite les moyens d’exécution que nous offrira la
division de cette dépense en plusieurs étapes, et en en reje
tant sur l’avenir une grande partie.
L’exécution immédiate de la totalité de ces travaux n’est
pas de la même urgence : la construction de la Mairie et de
la salle de spectacle peuvent sans difficulté être ajournées.
Les parties de traverse elles-mêmes peuvent être succes
sivement exécutées; voici leur ordre naturel :
10 La première partie à exécuter consisterait à commencer
immédiatement l’ouverture du Boulevard à la Mairie, de
Tourny à Saint-Front jusqu’à la place Saint-Georges; de
déblayer le terrain pour la construction de la préfecture,
sans toutefois démolir la salle de spectacle;
— 23 —
Faire la rue Saint-Martin ;
Faire les abords de la Cité.
2° Dans la seconde période, on construirait la halle. Cette
dépense, reconnue indispensable à tous les points de vue, a
été consacrée par un vote du conseil; seulement, il n’est
plus nécessaire quelle soit dans les mêmes conditions, puis
qu’une partie du but qu’on se proposait est atteint par la
rue de Saint-Front. Aussi nous ne faisons figurer la cons
truction de la halle que pour 70,000 fr. ;
On achèverait l’ouverture de la rue de Tourny à St-Front;
On exécuterait la rue du Pont-Vieux jusqu’à la rue de la
Clarté;
On reconstruirait la salle de spectacle.
Troisième étape enfin, on ouvrirait la rue depuis la Mairie
jusqu’à la rue de la Clarté.
On reconstruirait la Mairie.
Tel est l’ordre de priorité basé sur l’utilité générale et
l’opportunité qui nous a paru devoir être adopté. Il s’agit
maintenant de pouvoir le faire concorder avec nos ressources
financières.
EXÉCUTION DES TRAVAUX.
Première étape.
Les dépenses à faire dans celte première période consis
tent à exécuter immédiatement :
1° L’ouverture de la Mairie au Boulevard..
180,000 fr.
A reporter.............
180,000 fr.
— 24 —
Report.............
2° Acquisition des terrains pour la préfec
ture...................................................................
141,000
3° Ouverture de la rue de Saint-Front......
80,000
4° Rue Saint-Martin...................................
60,000
5° Abords et rues dans la Cité...................
30,000
Total.......................
-180,000 fr.
491,000 fr.
Quelles seront nos ressources immédiates pour solder ces
dépenses?
1° Les 100,000 fr. donnés par la compagnie
100,000 fr.
2° Les premiers 40,000 fr. donnés par le
département............................ >......................
40,000
3° Pour arriver à payer une dépense de
351,000 fr., il faut avoir recours à un em
prunt de......................................... .................
351,000
Total..’...................
491,000 fr.
Deuxième étape.
Dans celte seconde étape, nous avons à couvrir les dé
penses suivantes :
1° Construction d’une halle.......................
70,000 fr.
2° Achèvement de l’ouverture de Tourny à
Saint-Front......................................................
50,000
A reporter..........
120,000 fr.
25 —
Report.............
3° On exécuterait la rue du Pont-Vieux à
la rue de la Clarté..........................................
4° On construirait la salle de spectacle....
Total.......................
120,000 fr.
72,000
200,000
392,000 fr.
Pour couvrir cette dépense, nous aurions :
1° Les 40,000 fr. restés dus par le dépar
tement.............................................................
40,000
2° Un emprunt de.......................................
352,000
Somme
égale.......................
392,000 fr.
Troisième étape.
1° Ouverture de la rue depuis la Mairie jusqu’à la rue de
la Clarté...........................................................
160,000 fr.
2° Reconstruction de la Mairie...................
Total...................
150,000
310,000 fr.
Un emprunt de cette somme serait nécessaire pour en
solder la dépense.
Ainsi, en exéculant le projet dans l’ordre que son utilité
nous indique, la dépense qu’il occasionne sera couverte dans
une période peu éloignée, et les emprunts successifs peuvent
être remboursés de la manière suivante :
1° Les 351,000 fr. empruntés pour la première étape des
travaux à exécuter immédiatement seront remboursés en
huit années, moyennant un amortissement de 45,000 fr.
par an ;
— 26
2° L’emprunt pour la deuxième partie, s’élevant à
352,000 fr., sera amorti en moins de huit ans;
3° Enfin, la troisième étape, pour laquelle nous avons à
dépenser 310,000 fr. qui seront employés immédiatement,
seront amortis de la même manière en sept années.
Mais veuillez remarquer que dans les seize premières
années, nous exécutons complètement tous nos travaux,
nous jouissons de nos traverses achevées, et les années audelà ne sont nécessaires que pour le paiement de la dépense.
Tel est, Messieurs, le jeu régulier de vos finances et la
puissance de votre amortissement; il s’applique de la même
manière aux dépenses occasionnées par les deux autres tra
verses que j’ai discutées. En leur affectant un amortisse
ment de 45,000 fr. par an, vous jugerez de la durée néces
saire pour éteindre leur dette.
Il ne suffit pas d’avoir prouvé l’indispensable utilité de
l’exécution des traverses, d’avoir établi qu’avec un amortis
sement de 45,000 fr. par an leur dépense sera facilement
éteinte, il nous reste à le justifier et à le prouver par l’étal,
de nos ressources du budget, .l’arrive donc naturellement à
l’exanïen de nos ressources financières.
ÉTAT FINANCIER DE LA VILLE.
Vous avez remarqué, Messieurs, que dans le cours de ce
rapport, j’ai toujours fait abstraction de la dette actuelle ; je
n’en ai tenu nul compte, et je ne l’ai jamais fait entrer
dans mes divers calculs. Ce n’est point par oubli, c’est avec
intention, et en voici le motif : La ville de Périgueux a en
ce moment une dette de 340,000 fr. Cette dette n’est nulle*
_
— 27 —
ment gênante pour l’administration financière de la ville;
elle vous laisse toute liberté d’action, à ce point que vous
avez aujourd’hui la faculté de pouvoir disposer d’une somme
de 45,000 fr. annuellement.
Je suis donc logiquement amené à considérer cette situa
tion comme un état normal financier, comme un élément
essentiel d’un budget communal.
A mes yeux, c’est le signe certain d’une administration
sagement progressive.
Aussi, partant de ce principe, que les villes, pour réaliser
des améliorations utiles, ne peuvent le faire qu’au moyen
d’une dette permanente, sagement en rapport avec leurs
ressources, et jamais avec leurs économies accumulées.
Les fortunes privées et les, finances publiques ne s’admi
nistrent pas de la même manière ; les premières ne peuvent
procéder que par l’ordre, qui accroît les ressources, et l’é
conomie, qui thésaurise pour solder la dépense avec le fruit
de l’épargne.
Les finances publiques, au contraire, doivent d’abord exé
cuter leurs projets, et dépenser en raison et en prévision de
leurs ressources, et ensuite les solder avec leurs économies,
Ce sont deux ordres d’idées complètement opposés, mais
par lesquels on arrive au même but.
L’expérience a prouvé que les communes qui, arrêtées
par une fatale timidité, attendaient la réalisation de leurs
économies, afin de n’opérer qu’avec l’épargne amassée, ne
font jamais de grands travaux d’utilité publique.
En effet, à mesure que la réserve se fait dans la caisse,
28 —
des circonstances fortuites, et que la possession de l’argent
provoque et fait naître, donnent souvent à celte réserve une
autre direction, et le but qu’on se proposait, presque tou
jours retardé, est rarement atteint.
Lorsque, au contraire, une dépense communale reconnue
utile et nécessaire a été exécutée avec prévision de ressour
ces pour la solder, enchaînée par les obligations que la
commune a contractées, elle arrive à la payer sans distraire
ses fonds par un fâcheux éparpillement; de là nécessité
pour une commune d’avoir un programme arreté de dépen
ses, et, par conséquent, une dette modérée, mais normale,
dans son budget. Celle de la ville de Périgueux, de
340,000 fr., ne nous paraît pas dépasser de sages limites.
C’est, comme vous le voyez, par cet enchaînement d’idées
que j’ai été conduit à ne pas m’occuper de la dette actuel
lement existante; je la regarde comme partie intégrante
d’un budget normal, sans me préoccuper de son rembour
sement.
Pour connaître nos ressources actuelles, jetons un rapide
coup-d’œil sur leur ensemble; rappelons ce qui a été fait
dans le passé avec des moyens financiers bien moins puis
sants que ceux dont nous disposons aujourd’hui, et nous
nous convaincrons que la dépense que nous voulons entre
prendre n’a rien d’exagéré, et que l’amortissement de
45,000 fr. que nous faisons figurer dans nos prévisions est
rigoureusement exact.
Notre budget annuel est, en recettes, de 190,000 fr.
En dépense, de 190,000 fr.
— 29 —
Il se balance en comprenant les intérêts et les amortisse
ments, qui sont de 45,000 fr. par an.
Ainsi, en 1856, sans l’emprunt des bons de pain, nous
aurions amorti plus de 45,000 fr.
En 1857, nous amortirons plus de 50,000 fr.
Par conséquent, les calculs que j’ai eu l’honneur de vous
soumettre, qui portent l’amortissement annuel à 45,000 fr.,
sont complètement justifiés; c’est donc sans inconvénient et
sans danger que nous pouvons emprunter 351,000 fr. pour
l’exécution de la première partie du programme que je vous
ai proposé.
Lorsque cette somme aurait été remboursée, vous recom
menceriez un deuxième emprunt de 352,000 fr. ; vous
feriez exécuter les travaux immédiatement, vous paieriez
ce second emprunt dans cette deuxième période.
Enfin, à l’expiration de cette deuxième période, vous
recommencez un nouvel emprunt, qui est de 310,000 fr.
Vous exécutez immédiatement vos travaux, et vous les sol
dez par votre amortissement régulier.
Ainsi, vous exécuterez tous vos travaux dans l’espace de
seize ans, et vous les solderez dans le délai de vingt-deux
ans. Vous ne faites que léguer à un avenir peu éloigné, le
paiement d’avantages dont il jouira, et vous obtenez ce ré
sultat sans aggravation des charges et des impôts actuels.
Cherchons dans notre propre passé des enseignements et
de précieux motifs de sécurité. Il fut un temps, vers 1835,
à l’époque des grands travaux qui furent exécutés, la com
mune avait une dette qui, en 1842, s’éleva à 700,000 fr,
— 30 —
A cette époque, l’amortissement était bien moindre qu’à
présent : il était de 30 à 35,000 fr., et cependant, malgré
les dépenses considérables non comprises dans les prévi
sions d’alors, et qui furent accidentellement occasionnées,
et dont je n’énumère que quelques-unes, telles que :
4° L’appropriation du lycée, qui a coûté
200,000 fr.
2° Deux distributions de bons de réduc
tion de pain..................................................
83,000
3° Place Francheville, qui a coûté.........
30,000
4° Maisons de la rue des Chaînes............
50,000
5° Dépôt de mendicité..............................
23,000
nous sommes arrivés à tout solder et à ne rester devoir que
340,000 fr.
Malgré l’élévation de notre dette actuelle, nous parvien
drons graduellement à l’éteindre avec l’amortissement consi
dérable dont nous disposons.
Si des occasions accidentelles de dépenses inévitables nous
surviennent dans l’avenir, nous aurons pour y faire face les
augmentations successives de nos octrois et des recettes
de toute espèce que nous produiront immanquablement la
construction de la gare et son établissement à Périgueux, et
l’exploitation si productive des chemins de fer qui nous tra
versent. Voilà des causes certaines et appréciables déjà dans
leurs résultats.
Eh effet, notre octroi, qui n’avait produit en
1854 que.........................................................
123,000 fr.
En 1855, la somme de.................................
116,000
31 —
A donné en 4 856....................................... .
1 42,000 fr.
1857 promet une augmentation de recettes considéra
ble sur 1 856, car dans le premier trimestre, l’augmentation
est déjà de plus de 15,000 fr.
Veuillez remarquer ensuite que si une dépense impérieu
sement nécessaire venait à se produire, vous pourriez la
solder en reculant l’amortissement de votre dette et- en
l’appliquant à cette dépense.
Ainsi, une large part est faite aux chances de l’avenir, et
nous pouvons sans crainte nous occuper à réaliser les projets
qui vous sont soumis.
L’ancienne ville est à la veille de subir une transformation
complète par suite des trois grands projets dont quelques-uns
sont en voie d’exécution : la restauration de notre belle
cathédrale, les projets du quai, et, enfin, l’ouverture des
grandes voies que vous avez à décider aujourd’hui.
La ville nouvelle, qui lui sera reliée par ces travaux,
trouvera le développement de son activité dans l’établisse
ment de la gare importante qui va s’élever.
Vous pouvez, Messieurs, hâter et favoriser ces immenses
avantages sans grever le présent et sans compromettre
l’avenir; ce sera un acte d’habile administration en même
temps que de justice.
L’opinion publique attend avec impatience de votre sagesse
une décision qui fixe son avenir; cette décision, j’en ai la
confiance, sera digne de vous et à la hauteur des graves
intérêts que vous représentez.
y
— 32
CONCLUSION.
En conséquence, j’ai l’honneur de vous proposer, au nom
de votre commission :
1° De décider qu’une rue de onze mètres sera ouverte
depuis le Pont-Vieux jusqu’au Boulevard, parla rue dela
Clarté, la place de la Mairie et la rue Hiéras ;
2° Que cette voie sera continuée sur l’emplacement du
théâtre, qui sera démoli dans un délai de sept ans, et
jusqu’à la rencontre de la rue Traversière-Saint-Martin ;
3° Qu’un terrain conforme au plan convenu sera livré au
département pour la construction de l’hôtel de la préfecture,
moyennant une somme de80,000fr. qui serait payée àla ville ;
4° Que simultanément avec l’exécution de cette voie, il
sera ouvert une rue de onze mètres partant de Tourny,
allant à Saint-Front par la rue des Serruriers;
5° Que la rue Saint-Martin sera rectifiée et élargie dans
son parcours ;
6° Que des voies de communication seront ouvertes de
la Cité à la gare sur des plans ultérieurement fixés ;
7° Que la dépense occasionnée par la construction de la
halle trouvera sa place dans la deuxième période des travaux ;
8° Pour réaliser ces divers projets et procéder à leur
exécution partielle, il faut demander que l’autorisation d’em
prunt de la somme de 280,000 fr. voté pour la construc
tion de la halle soit annulée, et il en sera fait un nouveau de
351,000 fr.
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Périgueux, imprimerie Dupont et Ce. — Avril 57.
