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Fait partie de Le château de Bourdeille. Notice historique et archéologique

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*

«

Le Château
de Bourdeille
(DORDOGNE)

Notice historique et archéologique

‘Par Géraud LAVERGNE
Archiviste de la Dordogne

' éÎBLÎD ÎHi- OLÎÊ”?
DE LA V’LLE j
[ DE PÉRiGUEUX
MOULINS
CRÉPIN-LEBLOND, IMPR1MEUR-ÉDITEUR

1923

Le Château de Bourdeille
(DORDOGNE)

HlSTORIQUE
)N château comme Bourdeille n’ennoblit
pas seulement le paysage qu’il domine.
Dans son armure vénérable, sous ses
différents aspects, il offre un raccourci puissant
et bien ordonné de l’histoire de la terre. Incom­
parable témoin du passé, il en redit l’enchaîne­
ment avec l’assurance, la couleur et la note
d’émotion qu’il faut.

Ce n’est pas au hasard que cette forteresse
s’est dressée ainsi sur le « chemin peyrat » de
Périgueux à Angoulême, au passage de la
Dronne, et à proximité d’abbayes comme Bran­
tôme ou Chancelade. Qui prétendait-elle défen­
dre, ou qui menaçait-elle, sur ces marches
périgourdines, aux frontières de féodalités mal
définies ? On a dû lui attribuer de fabuleuses

— 5 —

Bourdeille
origines faute de pouvoir, à ces questions,
répondre avec certitude.
L’établissement d’un château à Bourdeille,

pour ancien qu’il soit, n'est contrôlé par les
textes que vers la fin du douzième siècle. A cette
date, la famille de ses bâtisseurs zcomptait déjà
parmi les lignages les plus actifs du Périgord, et
toute dévouée à l’Eglise, séculière ou régulière.
En 1183, les moines de Brantôme, inquiétés par
une incursion de Paillers, reçurent, eux et leurs re­
liques, asile à Bourdeille, alors qualifié de castrum.
Le treizième siècle, en aiguisant la rivalité
déjà ancienne des rois d'Angleterre et de France
dans le duché de Guyenne, a forcé les seigneurs
de Bourdeille à regarder au delà de leur horizon
et à adopter une politique. Ils ne semblent pas
s’être accordés sur le choix d’un suzerain.
Rêvant peut-être d’indépendance plus que de
lien féodal, ils oscillent par calcul entre Capé­
tiens et Plantagenets, Limousin et Périgord, et
dépensent leur énergie en guerres privées.
Au cours de ces

luttes confuses, dans la

seconde moitié du treizième siècle, la famille
s’était désunie, A l’appel d’Ebles de Bourdeille,
en guerre contre Boson, le château fut assiégé

en août 1263 par Guy VI, vicômte de Limoges.
Quelques années plus tard, Ebles encourait par
ses excès la sévérité de saint Louis et était banni

du royaume.
— 6 —

Historique
Son frère, Bernard, lui succéda dans le fief
de Bourdeille. Le traité de 1259 avait singu­

lièrement fortifié la position de l’Angleterre en
Périgord et en Guyenne. Bernard se mit sous
|a protection du roi d’Angleterre qui, entre
1276 et 1279, n’hésita pas à considérer Bour­
deille comme un château royal et digne d'être
confié à la garde de ses sénéchaux ’.
Mais tandis que veillait la garnison étrangère,
un curieux litige de suzeraineté, suscité, contre
Bernard de Bourdeille, par l’abbé et les moines
de Brantôme, allait contribuer à remettre sous le
contrôle du roi de France une forteresse et un
fief précieux pour l’avenir de la dynastie.

Le Parlement de Philippe le Hardi, saisi du
débat dès 1273, n’hésita pas à reconnaître, en
1281, les prétentions de l’abbé de Brantôme sur
le fief et châtellenie de Bourdeille 2. C’était fine­
ment servir la politique de reprises, après la
politique d’abandon, de permettre qu’au moins

dans le château de Bourdeille, un vassal de
France fît désormais bonne garde. En 1283, un
Maumont s’installa dans la forteresse et la tint
en fief de son frère l’abbé de Brantôme, rédui­
sant ainsi les réprésentants des Bourdeilles à un
rôle effacé de coseigneurs.
Telle est l’origine de cette division du fief de
1. Rôles gascons,
2. Olim.

— 7 —

Bourdeille
Bourdeille, et aussi le secret de tout l’avenir
historique du fier donjon. Tandis que ses anciens
et uniques possesseurs vont diminuer d’influence,
— sinon d'adresse, de ténacité et de courage, —
lui va grandir et, de maître en maître, jouer un
important rôle militaire.

En effet, l’occupation de Bourdeille par les
Maumont n’était et ne pouvait être que transi­

toire. Derrière eux, dès les premiers moments,
était le roi de France, supputant avec faillie de
quel poids lui serait la possession de Bourdeille
pour affermir en Périgord, la royauté. Philippe
le Bel, à la mort de Géraud de Maumont,
négocia vite avec ses ayants-droit l’échange de
la seigneurie. Il s’y installa en 1307, et, après
lui, la série des capitaines royaux du château.
On a dit, sans preuves, que le donjon de Bour­
deille était l’œuvre de ce roi avisé. Le certain,
c’est qu’il fut jaloux d’être le maître, et le seul
maître, à Bourdeille.
Son voisin dans la châtellenie, Bourdeille de
race, ne trouva pas en lui l’esprit conciliant des
Maumont. Il dut interrompre, sur ordre royal,
une tour qu’il avait entreprise dans sa partie, et
devant l’enceinte du château, sous prétexte
qu’elle constituait une menace à son adresse
( 13o8) '.
1. Olim.

— 8

Historique
En vain le roi d’Angleterre protesta-t-il contre
la surprise de Bourdeille par Philippe le Bel. Sa
position au royaume de France fut solennel­
lement proclamée en 1310, en réponse aux
griefs anglais, et renforcée d’une garnison royale.
Quelques années passent, au cours desquelles
la situation du royaume se raffermit en Guyenne,
et où l'occupation de Bourdeille perdit pour le
souverain de son intérêt. Hélie Rudel venait de
mourir. Philippe de Valois, alors désireux
d’obtenir du comte de Périgord qu’il lui aban­
donnât de cette succession l’importante ville de
Bergerac, n’hésita pas à y mettre le prix, et à y
ajouter celui de Bourdeille. Le château sur la
Dronne fut la menue monnaie de cette trans­
action (1340). Le comte de Périgord, RogerBernard, s’établit à son tour dans la forteresse,
déjà passée entre tant de mains.
A proprement parler, commence la période
comtale de l’histoire de Bourdeille, en souvenir
de laquelle on a quelquefois appelé comté le
château de Bourdeille, pour l’opposer à la
baronnie, possédée toujours en propre par l’an­

cienne famille seigneuriale.

Epoque héroïque, abondante en faits d’armes
et rudes excès ! Quand Philippe VI laissait
occuper Bourdeille par le comte de Périgord ",
1. Arch. mun. de Périgueux, CC 1 j.

— 9

Bourdeille
était-ce que, sentant venir la guerre avec l'An­
gleterre, il préférait se décharger sur d’autres
du soin de le garder ?
Les hostilités engagées, le comte paraît s’être
acquitté assez mal de ce devoir. Laissé de côté
par Derby, en 1345, la forteresse succomba à la
ruse anglaise en 1369. Le sire de Mussidan s’y
installa, au nom du roi d’Angleterre, et en fit
une place de sortie de toutes ses expéditions
pillardes. Le voisinage inquiète les consuls de
Périgueux: en 1371-1372, ils tentent de repren­
dre Bourdeille aux Anglais 1. Enfin, en 1377, le
duc d'Anjou et Du Guesclin les délivrèrent de

cette longue menace.

L’ère des catastrophes n’était pas close pour
cela. Dans l’avalanche de maux que fit tomber
sur la patrie périgourdine l’ambition incohérente
et la cruauté maladive d'un Archambaud V ou
d’un Archambaud VI, comtes indignes de ce
pays, Bourdeille a joué son rôle de comparse
et de complice. Aux mains des capitaines à la
dévotion des comtes, ou profitant de leurs fai­
blesses pour s’élever au rang de petits despotes
sanguinaires et sans scrupules, le château de
Bourdeille devint, de 1378 à 1399, un quartiergénéral de pillage et de crime. Comme Mon­
tignac, comme Auberoche et Roussille, il par1. Arch. mun. de Périgueux, CC 66.

O

Historique
tagea l’opprobre qui s’attachaitaux Archambauds,
déjà avant que le Roi les eût, de par ses armes
et sa main de justice, condamnés comme de
simples malfaiteurs et mis hors d’état de nuire.
A la suite de la confiscation définitive du comté
(1399), les consuls de Périgueux avaient obtenu
de Charles VI que Bourdeille fût démoli pour
l’exemple... Il fut sauvé par l’adroite interven­
tion d’Arnaud de Bourdeille1, qui représentait
alors, dans la baronnie, la famille des anciens
possesseurs évincés par l’arrêt de 1281. Bour­
deille suivit les destins du comté passé à Louis
d’Orléans (1400), puis à Jean de Bretagne
(1437). Encore un peu de patience, et bientôt
la famille de Bourdeille, dont l’irréprochable
attitude pendant la guerre anglaise avait fait l’un
des soutiens les plus sûrs de l’ordre royal, réu­
nirait dans ses mains le tronçon comtal de la
châtellenie et le vieux château héréditaire, qui
n’avait pas trop souffert des guerres. C’est le
10 janvier 1481 qu’une vente solennelle, passée
entre Alain d’Âlbret, alors comte de Périgord,
et François de Bourdeille, rétablit, pour 4,000
écus d’or, ce dernier dans tous les droits qu’exer­
çaient ses prédécesseurs avant 1281.

Le seizième siècle éleva définitivement au pre­
mier rang de la province, par ses alliances, sa
1. Arch, mun. de Périgueux, EE 16,

— 1 1 —____________
HlBUClHf QUE 1
DE L A V',L t E !

DE PERIGUEUX j

Bourdeille
fortune, ses mérites, l’antique maison de Bour­
deille qui, au siècle précédent, avait compté
presque un saint dans la personne du cardinal
Hélie (1483) et un rude guerrier dans celle
d’Arnaud. François et surtout ses fils, André
(qui fut sénéchal de Périgord, au plus fort des
guerres de religion) ; Pierre, qui prit le nom
de Brantôme, et s’avère l’un de nos grands
écrivains français ( 1539-1614), sont des types
représentatifs de cette lignée de « premiers
barons » et de marquis.
Désormais se closent les faits historiques du
château de Bourdeille. Ni la Ligue, ni la Fronde
n’ont su lui rendre d'importance militajre. Au
dix-septième siècle, l’extinction prématurée de
la branche aînée des Bourdeille l’impliqua dans
une longue chicane d’héritiers, qui eut pour
résultat de l’engager en 1710 jusqu’à la Révolution
à une famille de puissants financiers Périgourdins,
les Bertin. Ce n’est qu’en 1842, que les des­

cendants de Bourdeille, de la branche de Sain­
tonge, purent racheter le château de leurs an­
cêtres. Il supportait si allègrement ses six
cents ans d’histoire que les archéologues du dix-

neuvième siècle ont tous été frappés de son
parfait état de conservation.
Une voix autorisée, celle de M. de Caumont,
a salué en Bourdeille a l’une des plus belles for­
teresses féodales qui nous restent en France ».

Historique
En fait, elle a perdu ses ouvrages avancés, ses
fossés ont été comblés. L’enceinte qui épouse assez
exactement les contours sinueux et escarpés de
l’assiette naturelle, a subi, dans ses parties hautes,
d’importants remaniements aux quinzième et sei­
zième siècles. Déjà, à la porte d’entrée (A du plan),
basse entre les deux tours massives adaptées à

Plan d’ensemble

l'artillerie, c’est la Renaissance qui nous accueille.

C’est elle qui a élevé les murs de remblai parés
d’élégants portiques (B) qui, le long des jardins
en terrasse, mènent à l’esplanade, sur laquelle
s'élèvent, à droite et au plus haut point, le châ­
teau Renaissance (C) ; à gauche, l’habitation
actuelle (D), et un peu en contre-bas, le château
féodal (E, F) avec son donjon (G).

— 13 —

Bourdeille

LE CHATEAU

n

O

RENAI S S AN CE

attribue à Jacquette de Montbron, dame
de Bourdeille et de La Tour-Blanche, la

construction inachevée du château Renaissance,
toutdestyle sobre et de lignes pures. Il se compose
d’un corps de logis rectangulaire à deux étages,
de pierre soigneusement appareillée, largement
percé de fenêtres droites et de croisées gothiques

et recouvert d’une toiture plate entourée d’un
parapet massif. Des créneaux de fantaisie ornent

le haut de la façade septentrionale.

On accède à l'intérieur par un pavillon carré,
faisant saillie sur la façade orientale, d’une élé­
gante composition. Par une recherche orne­
mentale, les percements (larges portes en arc
au rez-de-chaussée ou fenêtres en croix au pre­
mier et au second étages) sont flanqués de pilas­
tres dont les chapiteaux et les frises diffèrent
selon les étages. En bas, l’ordre toscan suppor­
tant des triglyphes et des métopes ornés de
bucranes et autres attributs ; à la partie médiane,
l’ionique; en haut, le corinthien, couronné de
rinceaux. Une plinthe à consoles court au niveau
de la toiture de tuiles rondes. Les portes du
rez-de-chaussée sont amorties par un arc orné
14

Le Château Renaissance
de rosaces et dont le claveau central se pare d’un
modillon à volutes. Les écoinçons sont sculptés
de fleurs et de fruits.

La disposition intérieure du Château-Neuf
comprend de vastes salles, réparties à droite et
à gauche d’un couloir central soigneusement
dallé. On peut visiter au rez-de-chaussée le salon
à manger dit « salle marbrée », qui offre un
curieux emploi de marbre et de boiserie, et dont
le plafond à poutrelles est orné de peintures
bleues sur fond blanc ; une chambre à alcôve,
peinte de fleurs et de médaillons, surmontés de
couronnes héraldiques. On désigne quelquefois
cette chambre sous le nom de Catherine de
Médicis, bien que cette reine n'ait jamais sé­
journé à Bourdeille.

Un escalier de grande allure donne accès au
premier étage, où se trouve le grand salon ou
« chambre dorée » du château. Cette pièce, de
vastes dimensions, aux deux cheminées de me­
nuiserie richement ouvrées, est surtout remar­
quable par les peintures décoratives dont son
plafond et ses murs de boiserie sont recouverts.
Ces peintures semblent devoir être attribuées à
un peintre du début du dix-septième siècle,
Ambroise Le Noble, qui avait travaillé à Fon­
tainebleau avant de venir mourir à Bourdeille.
Les maîtresses poutres et les poutrelles du
plafond sont ornées d’arabesques de couleur sur

— 15 —

/

Bourdeille
lesquelles se détachent des culs-de-lampe et des
rosaces dorées ; les petits panneaux compliqués
des boiseries latérales offrent une série de
paysages dans un encadrement de rinceaux. On
peut y voir la représentation des fiefs de Bour­
deille. Ajoutons, dans l’intervalle des fenêtres,
deux Renommées de grandes proportions, de
couleur dorée, et environnées de banderoles.
sur lesquelles se lisent des inscriptions grecques
et latines.

Le Château du Moyen-âge

LE CHATEAU DU MOYEN-AGE

forteresse du Moyen-Age se compose
d’un châtelet ou « enceinte intérieure » rec­
tangulaire et d’un donjon octogonal, soudés à un
château ou maison forte seigneuriale de plan
barlong.
a

L

Ces dispositions semblent assez particulières
et ne paraissent pas avoir d’analogues en Guyenne
ou en Périgord. Les formes architecturales, en

particulier les mâchicoulis, et les détails d’orne­
mentation de cet ensemble puissant s’avèrent de
la fin du treizième-début du quatorzième siècle.
Est-ce ainsi que se présentait déjà la forteresse,
en 1281 ? S’agit-il d’une construction postérieure
à cette date, voire, comme on l’a soutenu pour
le donjon, de 1307 ? Les documents ne nous
permettent pas de trancher cette question de
chronologie.

Le châtelet était précédé, vraisemblablement,
d’un fossé profond aujourd’hui comblé. Avant
le percement, au seizième siècle, d’une porte
cochère dans la muraille de l’est, l'accès dans le
châtelet avait lieu par une porte en tiers-point,
qui s’ouvre au centre de la façade nord et fait

légèrement saillie.
— 17 —

5

'Bourdeille
Une herse défendait cette porte et protégeait
la porte intérieure, à chapiteaux ornementés,
dont la fermeture était assurée par des vantaux
de bois.
Les murs du châtelet, fort épais, étaient
pourvus de mâchicoulis à créneaux, modifiés,
pour la plupart, au seizième siècle, Ils avaient un
chemin de ronde, communiquant avec le second
étage du donjon, et des chambres de guetteurs
aux angles de l’est. On y accédait par des
escaliers pratiqués dans les massifs de maçon­
nerie.

A l’intérieur, à gauche de la porte et jusqu’à
la rencontre avec la façade du logis seigneurial,
le mur du nord présente des arrachements, qui
ont appartenu à un vaisseau rectangulaire, démoli
probablement pour faire de la place au donjon.
Cette construction avait un rez-de-chaussée à
trois travées voûtées d’ogives, et un étage supé­
rieur à deux travées voûtées de même façon.

Les profils des moulures et des nervures de ce
bâtiment — où d’aucuns voient des restes de
chapelle — attestent plutôt la fin du treizième
siècle.
Le logis seigneurial a environ trente-huit
mètres de long sur onze de large. Sa hauteur
est d’une quinzaine de mètres. Il est pourvu
d’une toiture peu ancienne à double pente, cou-

— 18 —

Le Château du Moyen-âge
verte de tuiles rondes. Les murs, épais, sont, en

partie, assis sur une base rocheuse.

Le rez-de-chaussée, voûté en berceau au sei­
zième siècle et pavé de cailloux pour servir
d’écurie et, plus tard, de cellier, n’est éclairé
que par des baies étroites et allongées, pratiquées
dans les murs latéraux. Il est absolument indé­
pendant de l’étage supérieur et n’offre rien de
bien remarquable.

Le premier étage, auquel un escalier de fortune
permet d’accéder par l'extérieur, était à usage
d’habitation. Il conserve les restes de deux che­
minées monumentales, établies contre la muraille
du nord. Il était largement éclairé : trois fenêtres
à banquettes à droite, une au fond, deux à
gauche. 11 commande l’escalier d'accès au

donjon.
Extérieurement, les murs droits et nus du

logis seigneurial en imposent par leur simplicité
sévère. Ils présentent deux types de fenêtres
dignes de remarque.

Les unes, d’assez grandes proportions, gémi­
nées en tiers point à remplages, ont le tympan
orné d’un trilobé et des arcs légèrement outre­
passés ; les autres, plus petites, également gémi­

nées, de plan carré, sont à linteau échancré en
trèfle.
La façade de l’ouest est la plus élevée. Elle
19 —

Bourdeille
dépasse la toiture et, au lieu de former pignon,
se termine à angle droit. Avec ses deux fenêtres
géminées superposées, et le bandeau qui les
sépare, cette façade est extrêmement intéres­
sante à cause des rapports étroits de ressem­
blance qu’elle offre avec celle.de l'ancien « cou­
vent » de Beynac, de l’hôtel de ville de Domme,
ou de deux maisons fortifiées de Beaumont. Il
semble que, comme eux, elle avait un parapet
pouvant servir de chemin de ronde, et recevoir,
en cas de siège, un système de hourds mobiles.

La façade ouest ne se raccorde pas directement
avec la façade nord. L’angle de rencontre se
trouve marqué par une construction saillante à
trois pans, dont deux faces sont pourvues de
longues meurtrières en croix. La troisième, plus
étroite, rejoint par un décrochement la façade
nord. Cette partie du château, qui commande la
rivière, formait un réduit défensif à deux étages,
comme le corps principal, contenant deux cham­
bres voûtées d’ogives aux nervures très irrégu­
lières, par suite du tracé des murs.
Le donjon de Bourdeille est la principale
pièce d’architecture du château, la mieux con­
servée dans son ensemble. La beauté de son
appareil et la patine de ses pierres, ses propor­
tions hardies et élancées sont justement admirées
des archéologues et des touristes.
C’est une tour à huit pans, de trente-deux

— 20

Le Château du Moyen-âge
mètres de pourtour et de trente-quatre mètres de
haut environ. Les murs, renforcés en talus à la
partie inférieure, ont une épaisseur moyenne de

deux mètres.

Le donjon se dresse au point le plus vulnérable
de l’enceinte et opère la soudure entre l’enceinte
du châtelet et le logis seigneurial.
On accède au donjon par le premier étage du
château. Un escalier à vis, logé dans une cage
prismatique, accolée à la face nord-est du donjon,
dessert les trois chambres superposées dans
l'édifice et la plate-forme crénelée qui le sur­
monte.

Ces trois chambres, dont la première repose
sur la voûte des oubliettes, présentent le plan

octogonal, et sont pareillement voûtées sur des
ogives à huit branches, à clef nue et à moulures
prismatiques ou simplement épannelées. Un ban­
deau reçoit à mi-hauteur les retombées des arcs
ou les liernes, et, en ces points et au-dessous,
présente des culs-de-lampe à grotesques (animaux
ou personnages) et à feuillages de types variés.
On peut utilement rapprocher cette décoration
des frises sculptées de l’église de Beaumont du
Périgord, qui en sont, sans doute, contem­
poraines.

Sauf au troisième étage, où l'éclairage des
chambres comporte une jolie fenêtre géminée,

Bourdeille
ouverte à l’orient, il est partout ailleurs assuré

par des baies pourvues d’archères en croix.
Des latrines sont ménagées au premier et au
troisième étage. Une cheminée en anse de panier
existe dans la plus haute chambre.

La plate-forme qui coiffe le donjon et lui fait,
selon un dicton du pays, « porter couronne »,
est entourée d’un solide crénelage, dressé sur
encorbellements. Les corbeaux, à quatre assises,
reliés par des arcs en plein cintre, sont disposés,
un aux angles et trois sur chaque face du donjon.
Us rappellent, par leur forme, ceux des murailles
d’Avignon.
Deux longues gargouilles à tête humaine, un
peu au-dessous du niveau du dallage de la ter­
rasse, en vue d’assurer l’écoulement des eaux,
complètent la physionomie de ce donjon, qui
offre un type peu courant dans l’architecture
militaire de la Guyenne au quatorzième siècle.

La vue qui s’étend du haut de la tour est
admirable. Toitures brunes du village rapetissé,
fines tourelles de logis gothiques, clocher d’église,
dômes des ormeaux et des tilleuls, rochers
bizarres et colorés trouant l’émeraude des prés

baignés par la Dronne, vieux pont, lacets pou­
dreux des routes qui escaladent tous les points
de l’horizon boisé : tout se concentre en une
harmonieuse image de paix et de gaîté rustique,
dont l’œil séduit ne se détache qu'à regret.
22

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