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Médias

Fait partie de Embellissements de Périgueux : Note relative à l'avenue de la gare ou boulevard St-Martin adressée à M. le maire et à MM. les membres du conseil municipal

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EMBELLISSEMENTS DE PÉRIGUEUX.

NOTE
RELATIVE A

L’AVENUE DE LA GARE
ou

BOULEVARD ST-MARTIN
ADRESSÉE A M. LE MAIRE ET A MM. LES MEMBRES DU CONSEIL MUNICIPAL

Par

M. Eugène MASSOUBRE,
Rédacteur en chef de l’Écho de Vésone.

PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE DDPONT ET Ce, RUE TAILLEFER.
1860.

EMBELLISSEMENTS DE PÉRIGUEUX.

NOTE
relative a

L’AVENUE DE LA GARE
OU

BOULEVARD ST-MARTIN
Adressée à IJ. le Maire et à MM. les Membres du Conseil municipal.

L’avenue de la gare est commencée !

Cette voie de communication, appelée à de­
venir avant peu la principale artère du nou­
veau Périgueux, prend naissance au cœur
même de la ville actuelle, et traverse en ligne
droite le beau quartier Saint-Martin, pour
aboutir, après un kilomètre de parcours, à
une gare monumentale dont nous dirons l’im­
portance exceptionnelle en rappelant quelle
doit desservir quatre lignes de chemins de fer
et qu’elle sera le point d’intersection des ré-

— 4 —

seaux de Bordeaux à Lyon et de Paris aux
Pyrénées.
Il semble qu’une telle avenue devrait, pour
répondre à sa destination, être ouverte dans
des conditions également exceptionnelles de
viabilité, avec une large chaussée pour la cir­
culation des voitures, et de vastes trottoirs
pour la sécurité des piétons.

C’est ce qu’avaient pensé les auteurs d’une
pétition adressée au conseil municipal en
1858, laquelle pétition demandait que l’ave­
nue de la gare eût au moins 20 mètres de lar­
geur dans toute son étendue.
Malheureusement, le conseil municipal en
a décidé autrement, et, par une délibération
en date du 6 août de la même année, il a dé­
claré persister dans ses précédents votes, qui
assignent à l’avenue de la gare, depuis le cours
Michel-Montaigne jusqu’à la place Saint-Mar­
tin , une largeur évidemment insuffisante de
onze mètres.

C’est dans ces conditions que les travaux
viennent d'être commencés-. Depuis deux ou
trois jours, un certain nombre d’ouvriers, em­
ployés par l’administration municipale, sont
occupés à démolir, pour le reconstruire sur le
nouvel alignement, le mur de l’enclos des Ursulines.
Nous avions espéré jusqu’au dernier mo­
ment que les choses n’en viendraient pas à ce
point. Avant que le mal ne soit irréparable,

—5—

demandons-nous encore une fois si cette ma­
gnifique avenue que nos concitoyens avaient
rêvée, si ce splendide boulevard Saint-Martin
qu’ils auraient montré avec orgueil aux étran­
gers, sont à tout jamais condamnés par la dé­
libération municipale du 6 août 1858. Exa­
minons surtout si, depuis cette délibération,
qui n’a été prise qu’à une seule voix de majo­
rité (12 contre 11), il n’y aurait pas à invoquer
de nouvelles considérations qui, absentes alors,
auraient pu et pourraient encore changer le
résultat, en déplaçant cette faible majorité.
Dans un débat aussi grave , où se décide l’a­
venir de toute une cité, la vérité ne saurait
être connue trop tard. Si nous parvenons à la
faire luire aux yeux de l’administration, celleci, nous n’en doutons pas, sera la première à
la reconnaître loyalement.
Cette vérité, nous l’espérons, ressortira de
l’exposé qui va suivre.
Le conseil municipal vote l’ouverture de trois rues.

Un fait hors de doute, c’est qu’au début
même de la question, l’administration muni­
cipale a eu l’intention de faire de grandes
choses. Voici en quels termes M. le maire de
Périgueux soumettait au conseil municipal,
dans la séance du 3 février 1857, ses projets
d’amélioration de la voirie urbaine
«Je soumets aujourd’hui à vos délibérations un pro» jet qui, par son influence sur l’avenir de notre ville et

— 6 —

» par l’étendue des obligations qu’il imposerait à la
» commune, doit appeler votre étude la plus sérieuse et
» la plus approfondie (page 1 du rapport).............. C’est
» une autre ère pour notre ville qu’il s’agit d’ouvrir
» aujourd’hui, et dont vous pouvez léguer à la généra» tion qui nous suivra le germe et les commence» ments........ Cette tâche vous revient, messieurs ; elle
» est digne de vos lumières et de votre dévouement
» aux intérêts de la ville (page 27)............ Nous avons
» donné à chacune des rues nouvelles une largeur de
» onze mètres............ »

Un fait non moins certain, c’est que le con­
seil municipal était animé des mêmes senti­
ments que le premier magistrat de la cité et
qu’il voulait comme lui doter la ville d’amélio­
rations importantes. On s’en convaincra enli­
sant les passages suivants du rapport de la
commission qui fut appelée à étudier les pro­
jets du maire :
« Nous traçons aujourd’hui, messieurs, disait le rap» porteur (séance du 20 avril 1857), le programme de
» tout un avenir, qui sera pour notre ville ou son salut
» ou sa perte............ L’opinion publique attend de votre
» sagesse une décision. Cette décision, j’en ai la con» fiance, sera digne de vous et à la hauteur des graves '
» intérêts que vous représentez. »

Au jour solennel du vote, le 24 mai 1858,
les dispositions de chacun étaient restées les
mêmes. Voici les paroles que fit entendre le
maire au moment où l’on allait procéder au
scrutin :
« Il serait superflu, messieurs, de revenir ici sur les
» motifs d’intérêt public qui ont inspiré le projet dont
» il s’agit. Assainir, en y faisant pénétrer l’air et la lu-

7 -

» mière, des quartiers formés de rues étroites, tor» tueuses et humides ; ouvrir de larges voies à la cir» culation, aujourd’hui difficile, entre l’intérieur et
» l’extérieur de la ville.......... tel est le but, tels seront
» les résultats de ce projet, véritable œuvre de salut
» pour notre cité, et qui a été accueilli avec une vive
» sympathie par l’opinion publique. »

Le conseil municipal vota avec empresse­
ment, nous pourrions dire avec entrainement,
l’adoption des plans qui lui étaient soumis.
Ces plans consistaient :

1° A ouvrir, sur une largeur de 11 mètres,
deux rues dans l’intérieur de la ville , la rue
Hiéras et la rue Saint-Front ;
2° A en redresser et élargir une troisième à
l’extérieur, la rue Saint-Martin (avenue de la
gare), pour la porter également à 11 mètres.
La dépense votée en principe, pour l'exé­
cution des travaux, était de 857,787 fr. 89 c.
(près d’un million).

Tel fut le résultat.
Il nous sera permis de le regretter, en ce
qui concerne la largeur insuffisante assignée
aux nouvelles rues. Evidemment, les repré­
sentants de la cité ont subi malgré eux, dans
cette circonstance, l’influence de la comparai­
son. Trois rues de 11 mètres — Tune de ces
rues fut-elle une avenue de gare — leur ont
paru une conquête immense sur ce système
de ruelles étroites et humides que nous a lé­

— 8 —

guées le moyen-âge, et qui font du vieux Péri­
gueux une ville malsaine et inhabitable.
Les trois rues votées sont soumises à l’enquête.

Reconnaissons-le, une faute avait été com­
mise, et cela avec les meilleures intentions du
monde. Cependant, elle pouvait être réparée,
car il restai t encore une épreuve à subir, celle de
l’enquête. Aux termes de l’ordonnance du 23
août 1835, la délibération d’un conseil muni­
cipal prescrivant des travaux d’utilité commu­
nale doit être portée à la connaissance du pu­
blic par voie d’enquête, et cette délibération
ne devient définitive que lorsque les observa­
tions des citoyens ontété reçues et appréciées.
La loi, dans une sage prévision, veut que
« tous les habitants soient appelés et admis
sans distinction à émettre leur vœu sur l’ob­
jet de l’enquête, qu’ils expliquent librement
ce qu’ils en pensent, et qu’ils déduisent les
motifs de leur opinion, principalement quand
elle est opposée aux vues de l’administration
qui les consulte. » (Circulaire du ministre de
l' intérieur.)

Les projets votés par le conseil municipal
furent donc soumis à l’enquête, et les plans
des rues à ouvrir furent déposés à la mairie
pendant quinze jours (du 5 au 21 juillet
1858). C’est là seulement que le public apprit
la parcimonie avec laquelle avait été mesuré
l’espace pour les nouvelles voies urbaines.

- 9 —

Ainsi qu’on devait s’y attendre, des observa­
tions écrites et imprimées furent remises en­
tre les mains du commissaire-enquêteur. Voici
dans quels termes elles étaient formulées :
« En ce qui concerne la rue du Pont-Vieux
» et celle de Saint-Front, il est évident que la
» largeur de 11 mètres ne répondra pas com» plètement au but que l’administration s’est
» proposé. Assurément, si nous procédions.
» par voie de comparaison , si nous mettions
» en parallèle les ruelles sombres et humides
» qui existent dans notre ville du moyen-âge
» et les deux voies que vous allez percer, nous
» considérerions avec raison l’amélioration à
» obtenir comme fort importante, et vous au» riez le droit de dire que vous assainissez des
» quartiers privés d’air et de lumière. Mais si
» vous interrogez les besoins de l’avenir, si
» vous vous reportez à ce que sera la ville de
» Périgueux dans un siècle, si vous ne perdez
» pas de vue que la rue du Pont-Vieux est peut» être destinée à se prolonger jusqu’à la route
» de Lyon par les Barris, que la rue de Saint» Front doit conduire à la cathédrale, au mar» ché couvert, à la. halle aux grains, à la pré» fecture, alors, messieurs, vous regretterez
» que les ressources financières de la com» mune ne vous aient pas permis de donner à
» ces deux voies de communication une lar» geur plus convenable.
» Mais si, sur ce point, nous devons nous
» borner à un regret stérile, il n’en sera pas
ï*

— 10 —

» de même à l’égard de la rue Saint-Martin,
» sur laquelle nous appelons toute l’attention
» du conseil municipal.

» La rue Saint-Martin sera, dans quelques
» années, l’avenue principale de la gare. Sa
» longueur est de 950 mètres (presque un ki» lomètre !) à partir du boulevard jusqu’à la
» façade du bâtiment projeté des voyageurs.
» Elle serait d’un kilomètre et demi si elle
» était prolongée, par la rue Eguillerie et la
» rue Barbecanne, jusqu’au quai et jusqu’à la
» route impériale rectifiée. Admirablement si» tuée au centre même du plateau qui appelle
» les constructions de la nouvelle ville ; pla» cée à égale distance des routes de Bordeaux
» et d’Angoulême qui la suivent parallèlement
» dans sa longueur ; communiquant déjà avec
» ces deux routes par plusieurs voies très fré» quentées, en attendant l’ouverture d’une
» vaste rue qui la coupera à angle droit dans
» l’alignement de la Cité Féletz et à travers
» l’enclos des Ursulines, la rue Saint-Martin
» est destinée sans contredit à devenir l’artère
» vivifiante de Périgueux régénéré.
» Evidemment, une largeur de 11 mètres
» ne saurait suffire, même dans le présent,
» pour une voie de cette importance. Ce n’est
» pas une rue s’offrant dans des conditions
» ordinaires, comme celles par exemple que
» vous voulez améliorer à l’intérieur; c’est, à
» proprement parler , une véritable route ,
» dont la chaussée sera exclusivement réser-

- 11

» vée aux voitures qui la sillonneront sans in» terruption, et sur les bords de laquelle il
» faudra ménager de vastes trottoirs pour la
» sécurité des piétons ; une route enfin qui
» donnera lieu à un mouvement de circulation
» supérieur à celui des routes impériales les
» plus fréquentées.

» Vous pouvez vous en convaincre par ce
» qui se passe dès à présent. Une seule ligne
» de chemin de fer est ouverte à Périgueux.
» Le service des voyageurs exige trois omni» bus qui parcourent la route de la gare douze
» fois par jour. Que sera-ce lorsque les qua» tre lignes seront livrées ; lorsque, au lieu de
» trois départs et de trois arrivées, nous en
» aurons à tous les instants ? Alors l’action
» sera incessante; l’avenue principale de la
» gare des voyageurs sera continuellement
» suivie par les omnibus, par les diligences,
» par les voitures particulières, par les pié» tons. Et ce qui ajoutera à l’encombrement,
» c’est que ce mouvement d’omnibus, de dili» gences, de voitures particulières, de piétons,
» s’opérera en même temps, aux mêmes heu» res, pourles départs commepour les arrivées.

» Il semble, messieurs, que toutes ces con» sidérations révèlent la nécessité de donner à
» la rue Saint-Martin une largeur exception» nelle, en rapport avec la situation présente,
» mais en rapport surtout avec le développe» ment que la ville prendra dans l’avenir.
» Nous voudrions, messieurs, une magnifique
PéIBLÏO î Ht 0LIÉ
DE LA VILLE
UE PERIGUEUX

12 —

» avenue de 20 mètres de largeur, plantée
» d’arbres de chaque côté, et permettant d’é» tablir des trottoirs de 5 mètres, pour les
» piétons et pour les promeneurs. Vous jugez
» de l’effet que produirait, aux yeux des étran» gers, ce grandiose boulevard d’un kilomètre
» de parcours. Jamais une occasion sembla» ble ne se présentera pour doter la ville de
» Périgueux d’un embellissement de cette na» ture. Sur toute celte immense étendue, à
» l’exception de quatre maisons, le terrain est
» libre, d’une faible valeur, en sorte qu’on
» peut largement tailler en plein champ ! »
Disons-le tout d’abord, M. le maire parut
accueillir favorablement ces projets d’embel­
lissement , mais en les considérant plutôt
comme une brillante utopie que comme une
idée applicable. Bans diverses occasions, cet
honorable magistrat déclara n’avoir à objecter
d’autres difficultés que des difficultés finan­
cières, en faisant observer que les ressources
de la commune allaient se trouver engagées
pendant plusieurs années dans les entreprises
votées par le. conseil municipal pour l’ouver­
ture des trois rues susdites, et en alléguant
qu’il y aurait des inconvénients sérieux à mo­
difier , dans l’intérêt de la rue Saint-Martin ,
l’économie du projet financier destiné à faire
face à ces entreprises.

Le rapport du commissaire-enquêteur ne
fut pas moins favorable aux modifications
proposées. Il en reconnut le mérite, lequel du

— 13 —

reste n’a jamais été contesté par personne, et il
émit le vœu de leur réalisation, en le subordon­
nant à la seule question des voies et moyens.

Nos concitoyens ont encore le souvenir de
cette séance mémorable du 6 août 1858, dans
laquelle le conseil municipal eut à se pro­
noncer sur les observations recueillies pen­
dant l’enquête. La discussion fut longue et
animée. On en connaît le résultat. Peu de
membres contestèrent les avantages qu’il y
aurait, au point de vue de la circulation et de
l’embellissement, à transformer en une vaste
avenue de 20 mètres la rue Saint-Martin.
Mais, cette fois encore, le projet fut considéré
comme « une brillante utopie, » et comme
devant entraîner la ville dans des dépenses
hors de toute proportion avec ses ressources.
Un deuxième motif de rejet fut invoqué. Il fut
dit que l’adoption des modifications propo­
sées aurait pour conséquence l’ajournement
des mesures que le conseil municipal avait
hâte de voir mettre à exécution et dont l’en­
fantement laborieux datait de plusieurs an­
nées ; on craignit que les nouvelles études ne
traînassent en longueur, et ne permissent pas
de soumettre en temps utile l’ensemble du
projet au Conseil d’Etat pour que la loi d’em­
prunt pût être présentée au Corps-Législatif
dans sa prochaine session. Enfin, en dernier
lieu, il fut excipé d’une exception légale : on
soutint que la législation qui régit les enquê­
tes municipales, tout en admettant les citoyens
à formuler leur opinion sur l’utilité publique

14 —

des travaux projetés, ne les autorise pas à
demander qu’il y soit apporté de modifications.

Sous l’empire de ces diverses considéra­
tions , le conseil passa au scrutin. La modifi­
cation demandée, c’est-à-dire l’élargissement
à 20 mètres de l’avenue Saint-Martin, fut re­
poussée par 12 voix contre 11. Le déplace­
ment d’une seule voix aurait suffi pour faire
décider dans un autre sens cette importante
question d’avenir.
Demande d’un supplément d’enquête. — Opinion de la
commission du Corps-Législatif.

En présence d’une aussi faible majorité, il
y avait peut-être lieu de surseoir à l’exécution
des mesures , et de demander à un supplé­
ment d’enquête de nouveaux éléments de con­
viction.
Cette opinion fut généralement partagée
à Périgueux, car quelques jours après le vote
du conseil municipal, la pétition suivante,
couverte d’un millier de signatures, parmi
lesquelles figuraient celles des personnes les
plus compétentes et les plus haut placées, était
adressée à Son Excellence M. le ministre de
l’intérieur :

« Les soussignés, habitants de la ville de Périgueux,
» supplient respectueusement Son Excellence M. le mi» nistre de l’intérieur de vouloir bien ordonner un sup» plément d’instruction sur les projets d’amélioration

— 15 —

» de la voirie urbaine votés par le conseil municipal
» dans ses séances des 24 mai et 6 août 1858.
» Les soussignés ont la conviction que ce supplé» ment d’instruction démontrera la nécessité de modi» fier le plan relatif à la rue Saint-Martin, et de con» vertir Cette rue de 11 mètres en un vaste boulevard
» de 20 mètres, ainsi que l’exigent impérieusement les
» besoins de l’avenir.
» En soumettant cette supplique à Son Excellence,
» les soussignés la prient d’agréer l’hommage de leurs
» sentiments respectueux.
» Périgueux, le 12 août 1858. »

Cette pétition, si elle n’obtint pas le résul­
tat immédiat qu’en attendaient ses auteurs,
eut au moins l’avantage d’appeler la sollici­
tude de l’administration centrale sur nos af­
faires locales, et elle eut en outre l’insigne
honneur d’être appréciée favorablement par
l’un des grands corps de l’Etat. Nous avons
sous les yeux le rapport de la commission du
Corps-Législatif chargée d’examiner le projet
de loi tendant à autoriser la ville de Périgueux
à contracter un emprunt de 400,000 fr. et à
s’imposer extraordinairement pendant huit
ans pour subvenir aux dépenses d’ouverture
des nouvelles rues. Voici dans quels termes
est conçu ce rapport :
« Favorisée par sa situation topographique, la ville
» de Périgueux a pris dans ces derniers temps un dé» veloppement extraordinaire. Sa population, qui dé» passait à peine le chiffre de 6,000 âmes au commen» cernent de ce siècle, avait atteint celui de 15,000
» âmes à l’époque du recensement de 1856. Depuis
» lors, ta ville ayant été reliée au réseau des chemins

— 16 _

» de fer par l’ouverture de la section de Coutras, cette
» progression a suivi son cours, et elle doit se déve» lopper bien plus encore après l’achèvement des deux
»_ grandes lignes de Paris aux Pyrénées et de Lyon à
» Bordeaux, qui ont précisément à Périgueux leur point
» d’intersection.
» Cet accroissement de la population a amené des
» constructions si nombreuses, qu’une ville nouvelle,
» en quelque sorte, s’est élevée à côté de la ville du
» moyen-âge, dont les habitations, resserrées par les
» remparts qui servaient à la défendre, sont eu géné» ral insalubres ou incommodes.
» Il y a donc dans Périgueux deux agglomérations
» bien distinctes : 1° la vieille ville, assise sur les ver» sants d’un coteau rapide, avec ses rues étroites et
» tortueuses, ses maisons mal bâties ; 2° les quartiers
» nouveaux, qui, par un caprice de la destinée, se dé» veloppent, beaux et majestueux, sur l’emplacement
» de l’ancienne et splendide cité romaine, ruinée de
» fond en comble par les barbares, et à laquelle avait
» succédé la ville du moyen-âge.
» C’est dans cette dernière partie qu’est établie la
» gare du chemin de fer.
» La délibération municipale du 24 mai 1858, rap» pelée plus haut, a eu principalement pour but de
» donner à cette gare un accès qui lui manque, par
» l’ouverture d’une voie de communication ayant une
» largeur de 11 mètres et un parcours de près d’un
» kilomètre.

» Mais en même temps, dans une louable pensée de
» sollicitude pour les intérêts de la vieille ville, l’ad» ministration municipale a voulu faire pénétrer l’air
» et la lumière dans des quartiers qui en ont été trop
» long-temps privés, et elle a décidé l’ouverture de
» deux rues qui les traverseront dans leur plus grande
» étendue, sur une largeur de 11 mètres, égale à celle
» de l’avenue projetée de la gare.
» Toutes les formalités prescrites par la loi ont été
» accomplies. L’enquête municipale a été régulière-

- 17

» ment faite, et l’opportunité des projets n’a été con» testée, par personne. Un fait cependant, quiamérité
n d’appeler l’attention de votre commission, s’est pro» duit pendant celte enquête. Il a été présenté des ob» servations tendantes à établir que l’une des trois
» rues à ouvrir (l’avenue de la gare) ne répondrait
» pas suffisamment aux besoins qu’elle est destinée à
» satisfaire ; on a fait observer que cette avenue d’un
» kilomètre, traversant la nouvelle ville dans toute
» son étendue, et aboutissant à une gare qui desser» vira quatre lignes de chemins de fer, devrait avoir,
» en raison même de sa destination et de sa longueur,
» une largeur supérieure à onze mètres ; on a demandé
» qu’elle fût portée à vingt mètres, en démontrant
» que la dépense résultant de cette modification serait
» relativement peu considérable, puisque les terrains
» à acquérir sont libres de toutes constructions et
» n’ont qu’une faible valeur. Le conseil municipal, ap» pelé à se prononcer sur ces observations, ne les a
» repoussées que par une très petite majorité. Depuis
» ce vote, une pétition, signée par un grand nombre
» d’habitants notables de Périgueux, a demandé un
» supplément d’enquête qui ne pouvait être accordé,
» attendu que toutes les formalités légales avaient été
» remplies. Sans nous immiscer dans les actes de l’ad» ministration municipale de Périgueux, nous croyons
» répondre aux sentiments de la population, du conseil
» municipal et de l’administration elle-même, en ex» PRIMANT LE DÉSIR QUE, DANS L’EXÉCUTION DES TRAVAUX,
» IL SOIT TENU COMPTE, AUTANT QUE POSSIBLE, DES VŒUX
» CI-DESSUS RELATÉS. ))

Ainsi s’est exprimé le Corps-Législatif, par
l’organe de sa commission. La tribune a re­
tenti de nos doléances. Espérons que cette
manifestation suprême, tombée de si haut,
sera reçue avec tout le respect et toute la dé­
férence dus au pouvoir qui, après l’Empe­
reur, est l’expression la plus large des senti­
ments du pays.

— 18 —

La question financière.

Nous avons hâte d’arriver à cette question.
Il ne nous suffit pas d’avoir constaté que la
transformation de la rue Saint-Martin en une
avenue de 20 mètres réunit l’assentiment gé­
néral. Il nous faut démontrer que cette amé­
lioration est immédiatement réalisable, et que
les dépenses auxquelles elle donnera lieu ne
sont en disproportion ni avec les ressources
financières de la commune ni avec le carac­
tère de l’œuvre qu’il s’agit d'accomplir.
L’ouverture des trois rues coûtera à la ville,
d’après les évaluations officielles , une somme
de 857,7.87 fr. 89 c., ainsi répartie :

Rue Hiéras....................... 559,354fr. 70 c.
Rue Saint-Front............. 187,006

24

Rue Saint-Martin (avenue
de la gare)............................. 111,426

95

Total égal.... 857,787fr. 89 c.
Cette somme s’élèvera à un million, car les
prévisions sont déjà dépassées de cent trente
mille francs. Une pareille charge est lourde
pour les finances de la ville ; mais on remar­
quera que l’avenue Saint-Martin , avec les
111,426 fr. 95 c. qui lui sont appliqués, y
figure pour la plus faible part; et si l’on veut

19

bien se rappeler que la compagnie du chemin
de fer contribue pour 100,000 fr. à l’exécu­
tion des travaux devant faciliter les abords de
la gare, on estimera que ladite avenue n’a pas
été traitée avec trop de libéralité dans les lar­
gesses municipales et qu’on ne peut lui re­
procher de grever trop fortement à elle seule
le budget de la cité.
Nous avons déjà dit que dans la plus grande
partie de son parcours, la rue Saint-Martin
traverse des champs cultivés, libres de toute
construction. Depuis la gare jusqu’à la place
Saint-Martin, depuis la place jusqu’à la rue
Traversière (maison Berger), la dépense pour
l’élargissement à 20 mètres se bornera à
l’achat de 4,785 mètres carrés de terrain,
qui, estimés à 6 fr. le mètre, coûteraient la
somme de 28,710 fr., conformément au détail
qui suit :
Mètres carrés.



Francs.

1° De la gare à la place SaintMartin, 5 mètres d’élargissement
à acquérir sur une longueur de
507 mètres, donnent, à raison
de 6 fr. le mètre carré.....................

2,535

=

2° De la place Saint-Martin à
la rue Traversière, 9 mètres d’é­
largissement à acquérir sur une
longueur de 250 mètres, don­
nent, à raison de 6 fr. le mètre
carré..............................................................

2,250

= 13,500

4,785

= 28,710

15,210

Ainsi donc, une somme de 28,710 fr. suf-

— 20 —

lirait à mettre la ville en possession des ter­
rains nécessaires pour l’élargissement de
l’avenue à 20 mètres depuis la gare jusqu’à la
rue Traversière, c’est-à-dire jusqu’aux ap­
proches des boulevards. L’évaluation de 6 fr.
e mètre repose sur une hase certaine : c’est
e prix auquel les Ursulines viennent de con­
sentir la vente de leur enclos.
On pourrait se borner provisoirement à
exécuter cette première partie, qui ne donne­
rait lieu qu’à une dépense presque insigni­
fiante et n’affecterait pas l’économie du projet
financier de la ville.

De la rue Traversière aux boulevards, il ne
reste qu’un pâté de maisons assez mal cons­
truites, appartenant à quatre propriétaires,
et dont l’évaluation ne dépassera certainement
pas 120,000 fr. pour la partie à acquérir. Si
les ressources communales ne permettaient
pas de l’abattre immédiatement, on pourrait
le respecter, pour procéder plus tard envers
lui par voie d’alignement et par étapes annuel­
les , de sorte que l’élargissement s’opérerait
d’une manière presque insensible pour le
budget municipal.
Résumé.

De ce qui précède, il résulte que la trans­
formation de la rue Saint-Martin en un bou­
levard de 20 mètres est unanimement recon-

— 21 —

nue comme indispensable aux besoins de la
circulation et comme constituant un notable
embellissement ; il en résulte également que
cette amélioration n’est pas, comme on l’a dit,
« une brillante utopie, » mais une œuvre
immédiatement réalisable, puisqu’il est dé­
montré qu’avec une somme de 28,710 fr. on
ouvrirait le boulevard dans sa plus grande
étendue depuis la gare jusqu’à la rue Tra­
versière.

Qu’aurions-nous à dire maintenant? La
cause est gagnée dans l’esprit même de l’ad­
ministration et du conseil municipal. N’a-t-on
pas vu récemment cette assemblée répudier
en quelque sorte les errements du passé, en
imposant à un propriétaire qui demandait
l’autorisation d’ouvrir une rue de 11 mètres
l’obligation de la porter à 12 mètres, par le
motif qu’elle débouchait dans l’avenue de la
gare? « Cette rue, disait le rapport, destinée
» à relier ensemble deux larges voies, l’ave» nue Saint-Martin et la rue d’Angoulême, doit
» avoir 12 mètres au lieu de 11. » Ce n’est pas
seulement la rue Prat que le conseil a voulue
à 12 mètres, c’est encore la rue Pont-SaintNicolas, la rue du Palais-de-Justice, la rue de
l’école communale, qui, débouchant dans
l’avenue Saint-Martin ou y conduisant, re­
présentent assez de grandes rivières se jetant
dans un ruisseau, à l’encontre des lois de la
nature.
Le projet de l’administration qualifie d’élar-

— 22 -

gissement les redressements que l’on opère
dans la rue Saint-Martin pour lui donner les
proportions d’une avenue de gare. Si, — ce
qu’à Dieu ne plaise, — ce projet était exécuté
sans modification, ce n’est pas l’élargissement,
mais le rétrécissement qu’il faudrait dire,
car la rue Saint-Martin, à son débouché sur
les boulevards, mesure 12mètres, et elle serait
continuée à 11 ; en quelques endroits, notam­
ment devant la maison de Mallet, elle n’aurait
que 10 mètres 50 centimètres l Est-ce là
ce qu’on pourrait appeler une avenue de
gare !
Nous terminerons par une dernière consi­
dération.

Un des motifs qui décidèrent le vote défa­
vorable du conseil municipal, dans la séance
du 6 août 1858, fut la crainte que les modi­
fications demandées ne compromissent, par
un ajournement indéfini, des projets que l’on
élaborait depuis plusieurs années et que l’on
avait hâte de voir mettre à exécution. Ce motif
n’existe plus. Toutes les formalités légales sont
remplies, l’expropriation est prononcée, la
commune est en possession des terrains. Si
l’administration sanctionne les propositions
qui font l’objet de cette Note, il lui suffira de
traiter à l’amiable avec les propriétaires rive­
rains pour obtenir aux meilleures conditions
possibles les terrains nécessaires à l’élargisse­
ment, et tout sera fait. C’est ce qu’a voulu dire
la commission du Corps-Législatif lorsqu’elle

— 23 -

a exprimé le désir que, dans l’exécution
des travaux, il fût tenu compte autant que
possible des vœux dont elle avait reconnu
la légitimité.
Eugène MASSOUBRE.
BÏBLÎCTHFOUE '

CE L A ViLLE
DE PERIGUEUX !
Périgueux, 18 Juillet 1860.

-

CHRONIQUE LOCALE.
.

49 fu^-a^neo.

La pétition suivante, adressée à M. le maire et à
MM. les membres du comeil municipal de Périgueux ,
circule dans notre ville, où elle se couvre de nombreu­
ses signatures :

A M. le maire et à MM. les membres du conseil
municipal de Périgueux.
« Messieurs,
» Par voire délibération du 24 mai 1858, vous avez
doté la ville de Périgueux d’améliorations importantes,
en votant l'ouverture ou le redressement de diverses
rues.
» Ces améliorations, qui vous donnent des titres à
la reconnaissance de la cité, sont en cours d’exécution
depuis plusieurs jours. Nous nous en félicitons, et
nous éprouvons à le dire la satisfaction que cause l’as­
pect de tout progrès accompli.
» Nous croyons, Messieurs, seconder les intentions
qui vous animent, en venant, par voie de pétition,
appeler votre sollicitude sur un projet qui serait le
complément des mesures votées par vous : ce projet
consisterait à transformer la rue Saint-Martin en un
vaste boulevard de vingt mètres, muni de larges trot­
toirs et planté d’arbres de chaque côté.
» Cet élargissement aurait peut-être son utilité aq
point de vue de la circulation, car la rue Saint-Martin
est et restera toujours la principale avenue de la gare,
sur une longueur d’un kilomètre; mais nous ne le
considérons ici que comme un embellissement pro­
prement dit, comme une promenade à créer dans celle
partie de la ville, comme un monument qui puisse
être montré avec orgueil aux étrangers, comme un
type servant à l’avenir de terme de comparaison et
exerçant une salutaire influence sur notre système de
vicinalité urbaine.
» D’après les calculs auxquels on s’est livré, la dé­
pense serait peu considérable, et dans tous les cas elle
ne serait en disproportion ni avec les ressources fi­
nancières de la cornu une, ni avec le caractère de l’œu­
vre à réaliser.
» Aussi, en appelant avec confiance votre attention
sur ce projet, nous vous prions de vouloir bien le faire
mettre à l’étude. Nous sommes convaincus que l’ins­
truction à laquelle il sera procédé vous en démontrera
la nécessité. Ce résultat satisfera nos vœux.
» Périgueux, le 27 juillet 1860. »
.

[Suivent les signatures.)

il
!