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Fait partie de Les réparations de l'église de la cité de Périgueux au XVIIème siècle
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PAR
Géraud LAVERGNE
Archiviste de la Dordogne
Correspondant du Ministère de l’Instruction Publique
CAEN
HENKI DELESQUES, IMPlîlMEUK-ÉI>1TEUR
A. OLIVIER, Successeur
34,
RUE DEMOLOMBE ,
1921
34
Extrait du Bulletin Monumental. — Année 1914.
I
LES RÉPARATIONS
DE
L’ÉGLISE DE LA CITÉ DE PERIGUEUX
AU XVIIe SIÈCLE
Il n’est personne, pour sensible qu’on soit au charme
des formes et des aspects familiers, qui ne regrette, mal
gré leur caractère indispensable, les derniers travaux exé
cutés à l’église de la Cite de Périgueux par le service des
Monuments historiques. Dans ce pays, où le démon de la
restauration a multiplié les froides indélicatesses (SaintFront, Brantôme, Cadouin), Saint-Etienne de Périgueux,
sorti mutilé des guerres civiles, prolongeait encore, aux
yeux des archéologues et des amateurs, le charme original
de ce style précis, élégant et sobre auquel nous devons les
belles églises de la Dordogne et du Lot. Ses toits de tuile
rousse, la patine vermeille de ses murs, ses lanternons
modelés par le temps lui conféraient une adorable dignité
et une poésie presque antique se dégageait de sa masse
pieuse. La voilà bien compromise par MM. les architec
tes, qui auraient pu, avant de se livrer à leurs « reconsti
tutions » (1), trouver dans les réparations qui furent faites
(1) Il suffit de rappeler ici la réfection de la coupole antérieure et sa
couverture en dallage substituée à la toiture de tuiles figurée dans les
documents dès le XVIIe siècle ; la transformation d’une des tours laté
rales, le remplacement des lanternons des coupoles, etc.
4
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
à l’église de la Cité pendant le XVIIe siècle, un exemple
d’une œuvre disciplinée, scrupuleuse et modeste. Je veux
parler des travaux exécutés sous l’épiscopat de François
de La Béraudière et qu'il semble utile de préciser ici, après
divers auteurs (1).
★★★
Il est de tradition que, fondée au temps de l’apostolat de
saint Front, sur l’emplacement d’un temple de Mars, bé
nite par saint Martial et dotée par lui des reliques du
protomartyr Étienne (2), l’église de la Cité aurait été con
sacrée en 1047. Plus exactement, elle remonte dans sa
dernière forme au premier quart du XIIe siècle environ.
Elle était alors cathédrale, avait son chapitre particu
lier (3) et recevait la sépulture des évêques, comme il appa
raît par le délicat mausolée roman de Jean d’Asside.
(1) Le souvenir de ces réparations, conservé par le P. Dupuy dans
L’Eslat de l'église de Périgord (1629), a passé dans les descriptions de
l’église de la Cité dues à W. de Taillefer, Antiquités de Vésone, t. II;
Périgueux, 1826, p. 547-561 ; et à J. de Verneilh, L’architecture byzantine
en France; Paris, 1851, p. 171-179. Il pouvait cependant être précisé. Les
documents inédits utilisés dans la présente étude sont : « l’Inventaire tant
des entrées.... intitulé le livre de Requiem, du chapitre de l’église cathé
drale de Périgueux », conservé à la Bibliothèque nationale, Périgord,
t. XXV, fos 252-274 ; les minutes des notaires Bonaud, Maigne et Bourgoin, aux archives de la Dordogne; la requête des chapitres de Péri
gueux pour leur union, publiée par le Bulletin de la Société archéologique
du Périgord, t. III; Périgueux, 1876, p.235-243; l’acte d’union des deux
chapitres du 11 janvier 1669, copie des archives départementales, série
G; le mémoire pour les Pénitents blancs de Périgueux, sur l’usage de
la chapelle Saint-Jean de la Cité au XVIIIe s., même dépôt, série H.
Remercions ici, pour les renseignements qu’ils nous ont fournis, MM. de
Bourdeille, Dujarric, Descombes, Durand, de Fayolle et Roux.
(2) Caries (le R. P.) : Les titulaires et les patrons du diocèse de Périgueux
et de Sarlat; Périgueux, 1883, p. 22. L’étude de ces origines reste à faire.
(3) En 1582, il comptait 15 chanoines et 4 prébendiers; en 1668, 4 ar
chidiacres, 1 chantre et maître-école, 15 chanoines, 4 prébendiers, 4
enfants de chœur, 15 musiciens et habitués.
DR LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
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Mais, au XVIe siècle, elle fut, suivant l’expression d’un
contemporain, mise en un monceau de pierres (1)- Aux
actes de vandalisme des habitants, qui avaient déjà «gâte»
leur église, s’ajoutent, en effet, les excès de tout genre qui
marquèrent la prise de Périgueux par les Huguenots de
Langoiran, en août 1575. En juin 1576, le roi de Navarre,
passant par cette ville, ne pouvait plus qu’admirer mélan
coliquement les débris de l’église insigne: deux voûtes et
le beau clocher bâti en pyramide au devant de la grande
porte. « Il voulut, dit Chilhaud, qu’ils fussent conser
vés » (2)- Mais les protestants tenaient Périgueux, où ils
poursuivirent pendant sept ans leurs « phalarismes » et
leurs démolitions systématiques. A la reprise des armes
de 1577, l’église de la Cité fut sapée, le clocher abattu, la
maison épiscopale découverte et dépouillée de tout le bois
qu’elle contenait, et une grande et ancienne tour qui joi
gnait la cathédrale, démolie (3). Quand, le 25 juillet 1581,
les catholiques recouvrèrent enfin Périgueux, la Cité,
l’église et ses appartenances n’étaient plus, elles aussi,
que leur « cadavre informe ». Des trois parties qui com
posaient ce monument, anciennement évalué à 238 pieds
de long, il ne restait plus que les deux travées actuelles (A).
Une partie antérieure et le clocher, dont on n’a d’autre
souvenir qu’une silhouette de la Cosmographie de Belleforest, étaient condamnés à une prompte disparition; de
même les cloîtres. Murs abattus et voûtes crevées, ver(1) Dupuy: op. cit., éd. Audierne; Périgueux, 1846, p. 205, et les autres
documents cités plus haut.
(2) Histoire de la prise de Périgueux par les Huguenots en 1575..., éd.
Audierne; Sarlat, 1884, p. 23.— Périgord, vol. XIII, f° 66.
(3) Relations conservées dans Périgord, vol. XIII, f° 65 et sq. et vol.
XLIX, p. 327. Cette dernière a été éditée dans les Archives historiques
de la Gironde, t. XXVI, p. 447.
(4) Lasteyrie (R. de): L’architecture religieuse en France à l’époque
romane; Paris, 1912, p. 475-476.
6
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
rières cassées, mobilier dispersé, archives et trésor pillés
tel était le bilan des guerres.
Le chapitre, qui avait déserté Saint-Etienne à la suite
des troubles et qui s’était joint à celui de la collégiale
Saint-Front pour célébrer le service divin, n’osait revenir
en cette cité « exposée au danger de toutes violences », et
encore moins s’engager dans les énormes réparations que
nécessitait l’état de cet édifice. Il paraissait impossible de
rebâtir l’église, « quand bien on employerait le revenu
entier de quarante ou cinquante ans du chapitre tout rui
né ». Aussi voit-on les deux chapitres se mettre d’accord
pour opérer leur réunion et la translation de la cathédrale
à Saint-Front, fort éprouvé lui aussi. Mais, avant que le
vœu formé par les chanoines de Périgueux dès 1582 puisse
se réaliser (1), un évêque, un artiste, va tenter de rétablir
la vieille cathédrale « en sa première fabrique » (2), et
finalement la sauver d’une ruine sans remède. C’est Fran
çois de La Béraudière, ancien conseiller au Parlement de
Paris, grand doyen de l’église de Poitiers et abbé de
Nouaillé, salué à son entrée à Périgueux, en 1014, du
titre de nouveau Chronope (3). Il arrivait dans des cir
constances favorables à l’exécution de son « pieux et hardi
dessein ». C’était le vœu de la population périgourdine de
voir promptement rétablis les édifices du culte démolis
par les protestants (4). C’était le désir des deux chapitres
de reprendre leur indépendance après vingt-six ans d’union
et de coopération aux réparations coûteuses de Saint(1) Bernaret (l’abbé R.) : Organisation des deux diocèses du Périgord,
Bull, cité, mêmes pages et documents cité,s p. 2, n® 1.
(2) Dupuy, op. cit.t p. 222.
(3) Il occupa le siège épiscopal de Périgueux de 1614 à mai 1646. Cf.
Périgord, t. XXXII, f° 171 et sq.
(4) Le 25 mai 1584, par exemple, défense est faite par le Conseil de
Ville de vendre les quartiers et pierres des églises ruinées par les hugue
nots. Périgord, vol. XIII, f° 28.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
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Front (1). Le retour à l’ancienne cathédrale, où le service
paroissial n’avait pas cessé d’être assuré, était réclamé
par la majorité des chanoines, et, conformément à leur
requête, le Parlement de Bordeaux y avait ordonné la
remise du service divin en 1607 (2). La Béraudière sut
adroitement exploiter cette opinion pour obtenir du cha
pitre de Saint-Etienne les sacrifices nécessaires à la mise
cil étal de son église.
Un contrat, reçu le 22 avril 1615, par Archambaud,
notaire royal, consacre l’accord des parties sur ce point.
Pour rebâtir l’église de la Cité, rendue au service de Dieu,
l’évêque fournirait le tiers de la dépense et le chapitre les
deux autres tiers. C’est là une pièce d’extrême importance
et sa date, conservée par le P. Dupuy, a servi au sagace
de Verneilh pour fixer l’âge d’un des lanternons de l’église.
Elle n’est pourtant pas décisive pour la chronologie des
travaux, parce que ceux-ci, à peine commencés, allaient
être interrompus la même année par les troubles de la
guerre de Rohan, puis enfin discontinués pendant plus de
dix ans par d’obscurs différends qui s’étaient élevés entre
l’évêque et les chanoines.
Toute querelle vidée par arrêt du Parlement de Bor
deaux de l’an 1624, le pieux La Béraudière, avec une loua
ble obstination, revenait bientôt à son projet. Le 3 jan
vier 1625, s’étant rendu à l’assemblée du chapitre, il n’avait
aucune peine à persuader les chanoines de reprendre les
travaux commencés à la Cité. En conséquence, il était
tenu, « scavoir est... de faire reffere toutes les murailles
(1) Transaction entre les deux chapitres, du 23 mai 1612, portant
entre autres renoncement du chapitre cathédral à toutes les prétentions
qu’il pouvait avoir à raison des sommes employées par lui aux répara
tions de Saint-Front, pendant les 26 ans que les deux chapitres furent
en communauté. Minutes Maignc, 1612.
(2) Arrêt du 16 juillet 1607, conforme à la requête présentée le 13 par
plusieurs chanoines. Périgord, vol. XXV, fos 249-250.
8
LES RÉPARATIONS DE L'ÉGLISE
de lad. esglize, sur les anciens fondementz d’icelle et de la
mesme hauteur quelle estoict anciennement, ensemble les
vaoultes qui ont esté rompeües et ruynées en la mesme
forme et manière que celle qui reste encore a presant
entière, et le tout faire couvrir bien et convenablement;
fournir la charpente, latefeuilhie, doux et tuylle que sera
necessere à ceste fin ; comme aussy fere reediffier le
grand autel et degretz d’icelluy au lieu ou il avoict accoustumé d’estre, ensemble de faire ranfermer le chœur de
rnuralhie de parpain, comme il estoict anciennement, sans
toutes foys que led. seigneur evesque soict tenu de faire
aulcunes repparations au clocher de lad. esglize. Pour
partye des quelles repparations, les dictz sieurs du cha
pitre ont consenty que les ouvriers qui seront miz par led.
sieur evesque se servent et employent tous les matheriaux,
cartellaige, pierre et autres matheriaux qui y sont, tant au
dedans que autour d’icelle eglize et clocher et ès environs
et dans les cloystres joingnant à icelle esglize, sans toutes
foys qu’il soict loyzible ny permis de desmolir les vaoultes
et ediffices qui sont encore en leur entier » (1).
Telles étaient les grandes lignes du programme que La
Béraudière s’engageait à accomplir, « mesmes en rendre
les portes d’icelle esglize fermées et fermant à clef le jour
de Sainct Jehan prochain venant, en troys ans, sy ce n’est
que par malheur des guerres civilles, que a Dieu ne plaize,
l’œuvre fust empeschée ». Quant aux frais des travaux,
les chanoines étaient tenus de fournir à l’évêque la somme
de 12.000 1. t., payables en dix années, soit 1.200 1.
par an à la Saint-Jean, par Martin Desassis, bourgeois
de Périgueux et receveur du chapitre. Conformément au
contrat de 1615, ils se réservaient les actions qui leur
étaient acquises pour recouvrer partie de la somme de
1.200 1. des sieurs Grand, archidiacre, chantre et maître
école et archidiacre de Bergerac.
(1) Contrat du 3 janvier 1625. Minutes Maigrie.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
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Il est inutile d’insister sur les termes de ce contrat, si
respectueux de l’ancien état de choses et qui ne laissait
en dehors que le clocher. Conformément à ses stipula
tions, les travaux étaient commencés de suite, et le 13
avril, François de La Béraudière passait prix fait de la
charpente de l’église de la Cité (1). De 1625 à 1629, nous
avons les quittances d’une somme globale de 5.800 1. ver
sée pour les réparations par le chapitre (2). Malheureu
sement, il nous est impossible de préciser sur la façon
dont furent menés les travaux, ni d’indiquer les entre
preneurs à qui ils furent confiés. Bientôt des difficultés
s’élèvent entre le chapitre et l’évêque sur le paiement des
arrérages. Le 27 mai 1633, sur la proposition faite par
La Béraudière aux chanoines de la Cité d’avoir à para
chever l’œuvre commencée pour la restauration de la
cathédrale, et qu’à ces fins, conformément à l’arrêt du
Parlement de Bordeaux, ils aient à fournir les sommes
auxquelles ils sont condamnés (arrérages passés et futurs,
tant en vertu de l’arrêt que de l’accord du 3 janvier
1625); les chanoines, tout en agréant cette proposition,
remontrent que la peste et la famine leur ont causé de si
grandes pertes de revenu que, s’il leur fallait exécuter
l’arrêt, ils seraient contraints de renoncer au service di
vin, tant ils ont peine à vivre: ils requièrent l’évêque
de prolonger une partie de ce qui lui est dû jusqu’à l’an
née prochaine, offrant la somme de 2.400 1. payable
tous les samedis aux ouvriers de la cathédrale, à condi
tion que l’évêque fournisse l’équivalent. L’offre est accep
tée (3)- Le 3 juin, il est aussi accordé par le chapitre
qu’en conséquence de ce que l’évêque a traité avec les
charpentiers dénommés au contrat reçu par Moisson,
les chanoines paieront la somme de 442 1. 10 s. aux
(1) Périgord, vol. XXXII, f° 173. Cet acte est perdu.
(2) Contrat du 3 janvier 1625, à la suite.
(3) 27 mai 1633. Minutes Maigne.
10
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
maçons, tailleurs de pierre et manœuvres qui doivent
commencer à travailler à l’église le 16 courant; l’évêque,
qui a promis une somme équivalente, n’aura rien à
payer avant que le chapitre se soit acquitté; le chapitre
ne paiera pas les charpentiers. Le paiement sera effec
tué semaine par semaine, sans contrevenir en rien à ce
qui a été convenu entre les chanoines et La Béraudière
sur les réparations de l’église, ni l’arrêt du Parlement (1).
D'après ces textes, il semble bien que l’évêque, décidé
à pousser activement les travaux dès 1633, rencontrait
auprès des chanoines une opposition intéressée. Elle
n’empêcha pas les réparations d’avancer. Le 23 janvier
1634, François Angelaud, prêtre, procureur de l’évêque,
donne quittance au chapitre d’une somme de 2.031 1. 8 s.,
employée cette année à la réfection de la cathédrale
et à déduire sur les sommes dues par le chapitre à l’évê
que, conformément au contrat de 1625 et à l’arrêt du
Parlement de septembre 1632 (2). Le 30 juillet, une
autre quittance de 40 1. 16 s. est donnée' au chapitre par
divers pierriers, bouviers et manœuvres, pour deux cents
quartiers de pierres qu’ils ont tirés de la carrière de
Saint-Sicaire et menés à pied d’œuvre pour le bâtiment
de la cathédrale (3). Enfin, le 10 février 1635, le chapi
tre passe prix-fait à M. Ricardel, Pierre Béraud, Pierre
Fayard et Léonard Clavieras, charpentiers, pour des
cendre les deux cloches qui sont au grand clocher et les
monter sur la grande voûte du côté de l’archidiaconé;
faire un petit clocher en bois, de la hauteur qu’il sera
besoin, en forme de tiers-point, couvert de tuiles plates,
pour lequel ils fourniront le bois et la lattefeuille néces
saires. Ils feront aussi deux portes, l’une double et l’autre
(1) Chapitre du 3 juin 1633. Minutes Maigne.
(2) 23 janvier 1634. Minutes Maigne.
(3) 30 juillet 1634. Minutes Maigne.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
1.1
simple, l’une au fond de l’escalier qui est à la grande
voûte dans le mur, et l’autre à la cime, au fond du
petit degré pour monter au clocher sur la grande voûte,
le tout pour la somme de 36 livres (1).
Malgré les conflits qui s’étaient élevés entre La Béraudière et le clergé de son diocèse, ce transport de cloches
semble indiquer que la mise en état de la cathédrale
s’avançait. Le 3 juillet 1637, commission est donnée de
l’office de sacristain et portier de l’église de SaintÉtienne; parmi les objets déposés dans l’église et confiés
à sa garde figurent même douze tableaux, un coffre aux
armes de l’évêque François de Bourdeille, six pièces de
grande tapisserie vieille, contenant la vie de saint Mar
tin et de saint Étienne, deux grands parements de satin
rouge garnis, représentant, l’un un crucifix et quatre
personnages en broderie d’or, d’argent et de soie, et
l’autre Notre-Dame tenant sur ses genoux le Christ des
cendu de la croix, et un grand nombre d’objets du
culte (2).
•
.
On avait compté sans les difficultés matérielles. Le
25 janvier 1640, un sérieux écroulement de murs s’étant
produit (3), on renonçait bientôt à rebâtir l’église anté
rieure et on bornait tous ses efforts à consolider la seule
partie capable de résister : celle qui forme l’église ac
tuelle. Le 27 du même mois, le chapitre et l’évêque s’ac
cordaient sur la nécessité de restaurer la vieille voûte de
Saint-Étienne et, le 15 mai suivant, ils passaient contrat
à ce sujet avec Jean Chauvain, masson, et Pierre Fayard,
charpentier, de Périgueux, « scavoir ledict Chauvain à
(1) 10 lévrier 1635. Minutes Maignc.
(2) 3 juillet 1637. Ibid.
(3) Périgord, vol. XXXII, f° 174. Il ne resta du « nouvel édifice »
qu’un pan de muraille du côté du grand chemin qui va de la Cité à
Périgueux.
12
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
construire et bastir une murailhe de l’espesseur de quatre
pieds du Roy despuis le pied de lad. voulte, du costé des
deux voultes ruinées, jusques au hault et joignant l’ar
cade de lad. voulte, avec les réparations nesessaires a
lad. arcade et faire dans icelle murailhe et au bas d’icelle
trovs portes en voulte et au hault de lad. murailhe troys
grandes fenestres ou vitraux d’une grandeur convenable,
ensemble de faire au dessus de lad. voulte des pilhiers
de pierre de tailhe de la largeur de deux pieds au carré
ou parpains requis et necessères pour soustenir la charpante et couverture de lad. voulte et icelle reparer et re
mettre du côté de la chapelle ou se faict a presant le divin
service..., en, par led. seigneur evesque et dicts sieurs
chanoisnes metant toute matière sur plasse sauf la
chaux ou l’eau que led. Chauvain sera chargé de fournir
et faire porter et se servir de la pierre de tailhe et aultre
matière qui est a presant sur la place, sans que lesd.
sieurs contractants soyent obligez luy en fournir d’aultre;
et aud. Fayard, m° charpentier, pour couvrir lad. vieilhe
voulte, fournir les essartements, chafaudages de ce qui
reste à faire en icelle avec les chevrons, filières, sabliè
res, escouvaux de chascun costé de lad. voulte de troys
pieds de large et qui passe au delà des murailhes de
chasque costé de troys autres pieds... »
Le montant de l’entreprise était de 1.000 livres pour la
vieille voûte et de 200 livres pour la charpente qui devait
la recouvrir. Il était stipulé que sur la somme totale le
chapitre contribuerait pour un tiers et l’évêque pour
deux (1)Cet acte, qui procède de la même méthode de restau
ration scrupuleuse que les précédents, fut corrobore par
une délibération du chapitre de l’église cathédrale de la
Cité, du 16 mai 1642, ratifiant le contrat fait entre le
(1) 15 mai 1642. Minutes Bourgoin-Périgord, ibid.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
13
chapitre et l’évêque au sujet de la vieille voûte. Il ordon
nait à M. de Lagarde syndic, de retirer la copie dud.
contrat, reçu par Bourgoin, notaire à Château-l’Ëvêque,
et mandait au receveur du chapitre de délivrer le tiers
de la somme de 100 livres qu’il fallait donner au masson lundi prochain et a toutes occurrences, a mesure
que les travaux avanceraient, de délivrer le tiers des
frais du chapitre, les deux autres tiers devant être four
nis par l’évêque. En conséquence, M° Jean Boucher,
bourgeois et receveur du chapitre, recevait le même jour
de l’évêque la somme de 100 livres promise et la remet
tait, le 18, au sieur Chauvain, dont il prenait reçu en
présence de François Garlandie, praticien, et d’Étienne
de Badailhac, sargetier (1).
Les années 1644 à 1647 allaient voir la fin de ces im
portants travaux. Le 16 octobre 1644, « en la maison de
MB Simon Nicard, le chapitre Saint-Étienne baillait
à prix fait à Guichard et Chauvain, m”3 architectes,
à savoir fermer le chœur que led. chapitre entend faire
faire pour faire le divin service dans les deux grandes
voûtes couvertes et fermées de lad. église cathédrale;
iceluy chœur fermer de parpaing de l’epaisseur de neuf
pouces et mettre une corniche à la cime dud. parpaing;
item de paver le chœur de bon cartelage bien uni de
deux pieds en carré chaque pièce; item de faire le jubé
au bas dud. chœur; feront des piles dans le parpaing
dud. chœur devers led. jubé aux endroits nécessaires ;
icelles bien faites et bien fortes pour porter les arcades
qui appuyeront sur lesd. piles et sur la muraille de nou
veau faite pour fermer l’église du côté des voûtes rom
pues et mettront sur lesd. arcades de grandes pièces de
cartelage sur plafonds; feront un escalier de trots pieds
de marche où dedans doivent, à l’endroit que leur a été
(1) Ibid., à la suite.
14
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
montré et comme le lieu jugé le plus commode; comme
aussi feront le parpaing de la hauteur que leur sera mon
trée, et une grande porte en arcade pour faire l’entrée
dud. chœur à l’opposite de la grande porte qui est dans
lad. muraille faite à neuf, comme aussi deux autres
portes, une à chaque bout de courroir, des deux côtés
dud. chœur. Seront tenus de bâtir led. parpaing sur les
vieux fondements dud. chœur en cas qu’il s’en trouve,
et, en cas qu’il ne s’en trouve, seront tenus de bastir lesd.
fondements jusqu’à fleur de terre et faire faire lad. beso
gne à la journée, en fournissant toute matière en place
par led. chapitre et payant par led. chapitre les ouvriers
qui feront la besogne séparément ».
Le travail était adjugé à Guichard et Chauvain sur le
déboutement de Pierre Pichardit, masson, faute d’avoir
passé contrat, et baillé caution. Le prix fixé était de 11
livres par brasse de besogne, tant plein que vide, arcades
et plafond, la brasse mesurée en hauteur à partir de
terre. La besogne devait être poussée sans interruption
et terminée à la Saint-Michel (1).
Cette dernière clause fut exécutée par les entrepre
neurs, puisque, le 21 décembre 1644, ils recevaient du
chapitre un premier versement de 150 livres. Les quit
tances se suivent à courts intervalles : 100 livres le
15 janvier; 100 livres le 5 février; 300 livres le 26 mars,
provenant de l’emprunt sur les religieuses de SainteClaire; 200 livres le 9 avril, de l’emprunt de Pierre
Souc, bourgeois; d’autres payements de 200 livres sont
effectués le 29 avril, le 21 mai, le 30 juin, le 30 juillet,
le 6 octobre, le 7 novembre, le 10 décembre 1645, enfin,
le 19 avril 1646, 175 1. 13 s. 4 d., de l’emprunt de 800
livres sur François Lavaud, apothicaire. Soit une somme
totale de 2.225 1. 13 s. 4 d. pour 252 brasses un tiers de
(1) 16 octobre 1644. Minutes Maigne.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
15
brasse de besogne. A cette dernière date, les entrepre
neurs touchent en plus 20 livres pour avoir l'ait la chaire
de pierre derrière le grand autel pour la réception des
évêques; 20 livres pour murer les deux grandes portes
de l’église ou cloîtres et faire la muraille pour asseoir les
chaires du chœur; 30 livres pour le pavage et fondement
de la sacristie; 80 livres pour la réparation du cloître, soit
un total de 3.025 1. 13 s. 4 d., dont quittance est donnée,
sans préjudice toutefois pour le chapitre de se pourvoir
pour la réclamation des deux tiers de la somme envers
l’évêque de Périgueux (1).
Encore un effort et l’église serait remise complètement
en état. Une quittance de 190 livres est payée le 12 octo
bre 1640 par le chapitre à Bernard Vacalin, m° menui
sier, pour façon de sept portes faites à l’église de la
Cité, savoir deux dans la grande muraille neuve audessous du chœur, une pour l’argenterie, deux pour la
sacristie, la porte au bas de l’escalier du jubé, l’autre sur
le jubé pour aller sur le cloître de l’église (2). Élie
Manouire, me serrurier, reçoit, le 31 mai 1646, 56 1. s.
6 d., pour avoir ferré les portes des deux couloirs de
Notre-Dame et de Saint-Laurent; plus avoir fait la ser
rure et les clefs de l’autre couloir, qui est à l’opposite
(1) Ibid., à la suite. Nous avons quittance de neuf vingts livres,
donnée au chapitre Nicolas Guichard et par Pierre Chauvain, architectes,
pour raison du prix fait « de remettre les pierres tombées du haut des
cloîtres de l’église, du côté de la vieille voûte tirant à la chapelle
ou se fait depeu le divin service et fermer l’ouverture faite auxdits cloîtres
de la longueur de 13 brasses et d’en garnir le tour de mortier lavé
à chaux et sable frais, qui n’ait esté en usage ; fermer trois arcades
desdits cloîtres et muraille à chaux et sable en talussant ; garnir le bas
des autres arcades de quartiers de la hauteur de deux pieds chacun pour
servir de liaison auxdites arcades, à condition de se servir des vieux
quartiers de pierre et sable qui sont dans l’enclos dudit cloître, suivant
l’acte du 31 août 1645 ». 31 mai 1646. Minutes Maigne.
(2) 12 octobre 1646, Ibid.
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LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE
et du côté de l’autel Saint-Laurent ; plus pour les roses
et bandes de fer posées à la porte du choeur (1). Déjà,
Dufour, serrurier, avait touché, en mars 1645, une cer
taine somme pour le fer des vitraux de l’église (2).
Désormais, les chanoines de Saint-Étienne, qui célé
braient le service divin dans la chapelle Saint-JeanBaptiste, à côté de la Cité, pouvaient réintégrer leur
église et mettre cette chapelle à la disposition des Péni
tents blancs pour y faire leurs assemblées, services, ex
positions et bénédictions du Saint-Sacrement (26 jan
vier 1647) (3). Le vœu de l’évêque La Béraudière était ac
compli, non sans difficultés, et dans son Otium épisco
pale, il pouvait constater orgueilleusement qu’il laissait
Son église refaite à nulle autre seconde (4).
Des cartouches sculptés aux armes de l’évêque et du
chapitre devaient attester à jamais cette restauration mo
dèle de la Cité, admirée par tous les archéologues, de
Verneilh à Lasteyrie. A vrai dire, elle allait être fort
compromise par les excès des Frondeurs et en particulier
de, Chanlost. Une mention contemporaine affirme que,
si la mort n’était venue le surprendre, le lieutenant de
Condé à Périgueux eût démoli complètement cette pauvre
église, où il avait installé les écuries de sa cavalerie (5),
Longtemps après 1657, le chapitre devait payer de nom
breuses sommes pour travaux exécutés après que Péri
gueux eut été délivré de Chanlost, sauf au syndic, comme
le stipulent les quittances, de poursuivre auprès de l’évê
que la répétition des deux tiers des sommes payées. C’est
(1) 31 mai 1646. Minutes Maigne.
(2) 26 mars et 27 mai 1645. Ibid.
(3) 26 janvier 1647. Ibid.
(4) Imprimé à Périgueux, chez Dalvy, en 1655.
(5) Acte d’union de 1669 et mémoire pour les pénitents.
DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
17
ainsi que le 25 juillet 1661, Pierre Fayard, charpentier,
donne quittance de 57 1. 14 sous employée à remettre la
charpente de la tranche du cloître entièrement abattue par
les gens de guerre, selon le prix fait verbal du 22 no
vembre 1652 (1); le lendemain 26 juillet, le même donne
quittance de 527 1. 7 s. pour avoir, d’après le marché ver
bal passé avec Jean de Lagarde, me école et chanoine
de la Cité, fait, et posé la charpente de la grande voûte
de la cathédrale, l’avoir latée et rendue prête à être cou
verte de tuiles, les parapets de la grande voûte ayant été
complètement abattus et la couverture d’icelle toute gâtée
durant les guerres civiles » (2). Le 3 août 1661, Pierre
Desaunières et Bertrand Filhol, menuisiers, donnent
quittance au syndic du chapitre d’une somme de 150
livres, reste des 350 livres portées au prix fait de la
réfection du chance! du chœur et des ornements du grand
autel de Saint-Étienne, commandée en 1656 (3)- Le
1er novembre, c’est Jean Leyssenot, dit Brunet, couvreur,
qui touche 7 1. t. pour réfection de partie de la couver
ture de la grande voûte neuve (4). En 1656, on a égale
ment fait referrer toutes les verrières de la cathédrale
et, le 30 juillet 1662, Jean Pommier, me vitrier, confesse
avoir reçu pour ce travail 200 1. t. (5).
Une seconde fois, en quatre-vingts ans, l’église de
la Cité était sauvée de la ruine; on l’avait remise en état,
pourvue des objets du culte indispensables: aubes, amicts,
etc. Même Guillaume Gournial, orfèvre, avait façonné
dans l’ébène un bâton de bedeau parsemé de plaques
d’argent en forme de fleurs de lys, avec, en pointe, une
(1) 25 juillet 1661. Minutes Maigne.
(2) 26 juillet 1661. Ibid.
(3) 3 août 1661. Ibid.
(4) 1er novembre 1661. Ibid.
(5) 30 juillet 1662. Ibid.
18
LES RÉPARATIONS DE L’ÉGLISE DE LA CITÉ DE PÉRIGUEUX
couronne ainsi d’argent (1). Mais, malgré La Béraudière,
malgré les 40.500 livres dépensées à celle belle œuvre (2),
la réunion des chapitres, voulue et activée par les évê
ques Philibert de Brandon et Guillaume Leboux, en dépit
de l’opposition de quelques chanoines profondément atta
chés à leur cathédrale, devait, dès 1669, enlever à SaintÉtienne, devenue simple paroisse, loul autre prestige que
celui des souvenirs (3).
Il ne résulte pas moins de cet exposé que les répara
tions effectuées à la Cité de 1625 à 1647 et de 1652 à 1656,
dans des temps troublés, lanl au point de vue général
que particulier (car l’épiscopat de La Béraudière a été
l’un des plus riches en conflits que l'on connaisse) (4),
poursuivies avec des ressources restreintes, éclairent d’un
jour nouveau les idées de nos aïeux en matière de res
tauration d’édifices. A une époque qui passe pour avoir
dénaturé le caractère de tant d’églises, la méthode impo
sée par le chapitre de Périgueux aux architectes et aux
entrepreneurs des travaux de Saint-Etienne, la rédaction
des contrats de prix fait en ce qui concerne le respect
de l’ancien état de choses et l’utilisation des matériaux
anciens est un exemple capable de faire naître les ré
flexions les plus profitables, même en notre siècle de
progrès.
(1) 29 juillet 1661. Ibid.
(2) 10 juin 1668. Minutes Paillet.
(3) Sur cette union, cf. Riboulet (abbé) : Étude historique sur
Mgr Leboux, Bull, de la Soc. hist. et arch. du Périgord,. , t. I, Périgueux,
1874,p. 171-174 ; Pécout (abbé Th.): Périgueux..., Lille, 1899, p. 304-307.
(4) Très soucieux en particulier (le ses prérogatives, il voulait remettre
en état les églises ruinées de son diocèse, réformer les abus provenant
de la simonie, confidence, administration des sacrements, prédications
sans légitime pouvoir, mariages clandestins et non résidence des curés.
Il eut, à propos de la tenue des synodes diocésains, des démêlés intermi
nables avec son clergé. Bibl. nat., Périgord, t. XXXII, f» 172.
Imprimerie A. OLIVIER, 34, rue Demolombe, Caen.
