B243226101_PZ-1394.pdf
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Fait partie de Monseigneur J.-B.-A. George Massonnais : Evêque de Périgueux et de Sarlat : sa vie, ses oeuvres, sa mort, ses obsèques
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MONSEIGNEUR
J.-B.-A. GEORGE MASSONNAIS
SA VIE, SES ŒUVRES, SA MORT, SES OBSÈQUES.
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PERIGUEUX.
Édité et imprimé par Alf. LA VERTU JON Fils,
Autorisé (le MAI. les Vicaires-généraux capitulaires.
1860.
A LA MEMOIRE
DU MEILLEUR DES PÈRES EN N. S. J.-C
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MONSEIGNEUR
J.-B.-A. GEORGE MASSONNAIS
SA VIE, SES ŒUVRES, SA MORT, SES OBSÈQUES
PÉRIGUEUX.
Édité et imprimé par Alf. LAVER.TUJON Fils,
Autorisé de MM. lés Vicaires-généraux capitulaires,
1860.
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Monseigneur. Jean-Baptiste-Amédée GEORGE,
Évêque de Périgueux et de Sarlat.
In metnoria æterna erit juslus.
l’s. 114-
La mort d’un Evêque est toujours un grand deuil
pour l’Eglise : c’est la lampe du sanctuaire qui s’éteint,
c’est le vase d’élection qui se brise !
Mais ce deuil est encore plus grand quand l’Évêque
qui s’en va fut, non seulement la lampe qui éclai
rait, mais encore le foyer ardent qui réchauffait et
ranimait les âmes ; non seulement un vase d’élection,
mais encore un vase d’honneur que le Seigneur avait
préparé pour toutes sortes de bonnes œuvres.
Or, tel fut le saint et regrettable Pontife que nous
pleurons tous en ces jours.
Un Diocèse est un troupeau ; quand il perd son
Évêque, il perd son pasteur. Un Diocèse est une fa
mille; quand il perd son Évêque, il perd son père.
Voilà pourquoi tous , tant que nous sommes, petits
et grands, pauvres et riches, incrédules et croyants,
indifférents ou amis, en recevant le même coup, nous
nous sommes sentis frappés au cœur de la même
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— 8 —
douleur. Tous, le 20 décembre, nous avons perdu
notre Pasteur et notre Père. Et comme si ce n’était
pas assez de le perdre, nous l’avons perdu dans les
circonstances les plus capables d’augmenter notre
émotion et nos regrets.
Il ne faut pas qu’un homme de bien, qu’un bienfai
teur de notre Périgord, descende sans bruit dans le
silence de son tombeau. Il ne faut pas que la mé
moire du Juste s’éteigne après quelques jours de
pleurs. Il est dans les vœux de tous qu’un monument
lui soit élévé : monument de marbre dans la Cathé
drale (1), monument de filial regret dans une bio
graphie.
Pour satisfaire l’impatience publique, disons vite
et en quelques mots ce que nous savons de la vie, de
l’épiscopat, des écrits, des œuvres et des vertus de
notre vénéré Pasteur et Père.
Vienne sans tarder un architecte habile et puissant
qui substitue à ces humbles pages le monument du
rable et désiré de tous, qui célébrera et perpétuera la
mémoire du juste : «In memoria æterna erit justus.»
(1) La piété filiale des habitants de Périgueux a déjà porté un grand
nombre d’entr’eux à remettre à l’Évêché des offrandes pour l’érection
de ce monument.
— 9 —
I
Monseigneur Jean-Baptiste-Amédée-George naquit
à Saint-Denis-de-Gâtines, le 17 avril 1805, de M.
George Massonnais et d’une sœur du cardinal de
Cheverus. Quand il vint au monde, sa mère était veuve
depuis un mois.
Cette femme admirable était connue dans toute la
contrée sous le nom de Mère des Pauvres, et c’est
avec raison que l’historien du cardinal son frère dit
qu’elle a laissé une mémoire qui sera longtemps pré
cieuse devant les hommes et toujours devant Dieu,
par l’éminente sainteté de sa vie.
Dès l’âge le plus tendre, le plus jeune de ses fils
montra une intelligence remarquable, un caractère
affectueux mais ferme, une activité prodigieuse et un
penchant prononcé pour les choses religieuses. Afin de
surveiller l’éducation de ses enfants, l’excellente mère
vint fixer son séjour à Laval. C’est dans l’Eglise de la
Sainte-Trinité, aujourd’hui cathédrale, que le jeune
Amédée fit sa première communion. Cet acte impor
tant, que la charité de sa pieuse mère sut accompa
gner de toutes les attentions chrétiennes usitées dans
nos anciens âges, fit sur l’âme du jeune enfant une im
pression si profonde que bien des années après il en
parlait encore avec une émotion visible.
Il entra ensuite chez les RR. PP. Jésuites de SainteAnne-d’Auray. Dans cette excellente Maison, il se
— 10 —
distingua tellement par son application, ses succès et
sa piété, que l’un des principaux Pères de la Société
rapporta publiquement au clergé du diocèse les paro
les louangeuses du R. P. Provincial sur son ancien
élève, devenu Evêque de Périgueux. En 1822, il fut
reçu congréganiste, et obtint alors cette image de
Marie, qu’il faisait placer au fond de son lit une heure
avant sa mort : « Je veux la voir, disait-il, elle m’a
bien protégé toujours. »
Il perdit sa pieuse et sainte mère, dont le nom s’est
si souvent depuis retrouvé sur ses lèvres. Mais Dieu,
ne voulant pas le laisser orphelin , lui donna en ce
moment même un père et une mère tout à la fois, en
la personne de l’Apôtre de l’Amérique, du saint Evê
que de Boston, de Mgr de Cheverus, son oncle.
Nommé d’abord Evêque de Montauban, le saint
Pontife reçut son cher neveu, et voulut, avant de lui
laisser suivre l’attrait de sa vocation, l’éprouver en le
faisant séjourner une année dans le monde.
En 1825, âgé de vingt ans, il entra au Séminaire
de St-Sulpice, à Paris. Il y passa quatre ans dans
l’étude des sciences ecclésiastiques et la pratique de la
vertu. Sa piété fut telle, qu’il fut choisi pour être l’ange
conducteur du célèbre Père Libermann (1), qui lui
rendit le plus éclatant témoignage. Ce qui donne une
idée de scs talents, c’est qu’il fut nommé chef du
(1) Voir la Vie de ce célèbre serviteur de Dieu, par le R. P. Pitra.
— Celte circonstance lui fut rappelée au Concile d’Agen par le T. R.
P, Swindenbammer, digne successeur du P. Libermann.
.
—11 —
Catéchisme de Persévérance de la paroisse St-Sulpice,
auquel assistaient les filles des plus hautes Maisons
de Paris aussi bien que les simples enfants du peuple.
On admirait la parole et le genre du jeune et pieux
catéchiste.
Il conserva toujours un attachement profond pour
sa cellule du Séminaire. Chaque fois qu’il se rendait à
Paris, il allait la revoir et se refaire, sans en avoir
besoin, en pensant aux jours bénis de son adoles
cence , alors que Dieu habitait avec lui dans sa pai
sible retraite.
En 1829, il reçut le sacerdoce avec transport et
bonheur; son testament renferme la pieuse expression
de ce sentiment de son âme.
En quittant St-Sulpice, M. l’abbé George vintàBordeaux trouver son vénérable oncle, qui avait remplacé,
sur le siège de cette ville, l’admirable et saint arche
vêque Mgr d’Aviau. Le cardinal « avait pour lui la
» tendresse d’un père; mais toutefois il ne lit en sa
» faveur aucune concession à la «voix du sang et de
» l’amitié ; il voulut qu’il fût simple vicaire de paroisse,
•» assujetti à toutes les obligations de cette place, sans
» aucune distinction. Au bout d’un certain temps, le
» chapitre de la métropole , désirant voir entrer dans
» son sein un prêtre qui lui en semblait si digne, vint
» en corps demander comme une grâce à Monseigneur
» de le nommer au moins chanoine honoraire : ce fut
«inutilement. L'archevêque, après avoir remercié les
» chanoines de cette démarche, qui prouvait leur bien-
— 12 —
» veillance, leur répondit que son neveu n’avait pas
» encore assez travaillé pour mériter cette distinction,
» et qu’il avait trop bonne idée de lui pour penser
» qu’il la désirât.
M. George fut nommé successivement aumônier
des vieillards de l’hospice de Sainte-Croix, du Lycée
de Bordeaux, des Petits Savoyards, chanoine, vicairegénéral (1), vicaire capitulaire et archiprêtre de SaintAndré. Dans toutes ces fonctions diverses, il laissa
partout le même souvenir de prêtre pieux, bon, ins
truit et zélé.
Quand Mgr de Lostanges mourut, l’évêché de Pé
rigueux fut offert une première fois au Cardinal de
Cheverus pour son neveu ; cet évêché fut refusé. A
une seconde proposition, M. George refusa d’abord ;
mais, sur les vives et graves instances de Mgr Gous
set, fortifiées de celles du Nonce Apostolique, il se
résigna.
Nommé par ordonnance royale du 4 août 1840, il
reçut ses bulles de provision au mois de décembre
de la même année. Il fut sacré le 21 février 1841 par
(1) Mgr de Cheverus proposa cette place vacante à M. l’abbé Geor
ge. Celui-ci, aussi surpris qu’affligé, osa pour la première fois faire
un refus à son oncle. Monseigneur, loin de s’en offenser, se réjouit de
voir dans son neveu de tels sentiments et une telle conduite, il lui
déclara qu’il ne gênerait point sa liberté, mais qu’il attendait de lui,
qu’en homme sage, il consulterait et suivrait avec docilité les avis qui
lui seraient donnés. M. George consulta en effet, et tous les avis furent
unanimes; il lui fallut obéir aux désirs de Monseigneur. Depuis ce
moment, ce digne ecclésiastique demeura pour ainsi dire attaché à
tous ses pas.
— 13 —
Mgr Donnet. Les archevêque et évêques d’Aix, de
Luçon et du Mans , un nombreux clergé, une foule
incroyable, M. de Marcellus, M. Ravez, et un grand
nombre de notabilités assistèrent à cette imposante
cérémonie.
A peine sacré, Monseigneur George partit pour son
Diocèse. Il arriva à Périgueux le 25 février, accompa
gné de l’évêque de son diocèse natal, Mgr Bouvier.
Sous le porche de la cathédrale de St-Front, il fut
complimenté au nom du Chapitre par le vénérable
M. Lasserre :
« Entrez, Monseigneur, dit le représentant du Cba« pitre et le vétéran de l’ancien clergé, en terminant
« son allocution, entrez dans cette basilique; mettez
« vous en possession de cette chaire, illustrée par
« tant de grands et saints pontifes, dans le cours de
« seize cents ans.... Entrez avec ce vénérable pontife
« (Mgr l’évêque du Mans), aussi distingué par ses
« grandes lumières que par ses rares vertus. Sa pré« sence imprimera à la solennité de ce jour un carac« tère d’immortalité. Entrez aux cris de Hosanna! Be« nedictus qui vernit in nomine Domini : hosanna in
« excelsis ! »
Mgr George répondit d’une voix ferme et émue par
les souvenirs qu’avaient éveillés en lui les paroles du
vénérable confesseur de la foi :
« Monsieur,
« Vous bénissez le Seigneur de m’avoir élevé à l’é« minente dignité de l’épiscopat; et moi, je m’humi« lie ! Vous le remerciez de m’avoir placé à la tête de
« ce diocèse; et moi, je tremble ! Mais en tremblant,
14 —
« j’ai confiance dans le Dieu qui m’a donné ma mis« sion.
« Je remercie le Chapitre d’avoir choisi un prêtre
« aimé, estimé, vénéré dans tout ce diocèse, pour
« être l’interprète des sentiments qui l’animent en ce
« jour solennel et si touchant pour moi : il ne pouvait
« me donner une marque plus vraie d’une bienveil« lance qui me touche profondément.
« Vénérables frères, si le caractère dont je suis re« vêtu me le permettait, vous me verriez prosterné à
« vos pieds, demandant la bénédiction des vieillards
« et des confesseurs de la foi. Je sais tout le bien que
« vous avez opéré dans l’Eglise de Périgueux. Cette
'« église, elle m’est devenue bien chère depuis que la
« houlette du pasteur et l’anneau de la fidélité sont
« entre mes mains. Ses joies seront mes joies, sa re« connaissance doit être ma reconnaissance.
« Vous m’avez rappelé des souvenirs qui ne pour« ront jamais s’effacer de mon cœur. Le nom de Che« verus fait vibrer mon âme; celui qui le porta avec
« tant de gloire dans l’église, m’apprit à vénérer les
« anciens du sacerdoce, à aimer le pauvre, à remplir
« avec une sainte et admirable exactitude tous les de« voirs du pontife : Il fut mon guide, il sera mon mo« dèle.
« Vous m’invitez à prendre avec confiance posses« sion de ce siège; je réponds avec empressement à
«votre appel. Je viens en toute confiance au milieu
« de vous. Vénérables frères, vous me voyez accom« pagné d’un Pontife, la gloire et la lumière de l’épis« copal français, d’un prêtre, votre frère, vénéra« ble comme vous, confesseur de la foi comme vous ;
« mais dans quelques jours je serai seul, tout seul, au
« milieu de vous. Fort de ma faiblesse et de vos con« seils, j’espère pouvoir accomplir saintement, avec
— 15 —
« le secours du Seigneur qui m’envoie, la mission
« sainte qui m’est confiée.»
Monté en chaire, Monseigneur, d’une voix forte et
puissante, dans un discours remarqué de tous, expri
ma les sentiments divers de son âme, et traça d’avance
le programme de son épiscopat, qu’il a si fidèlement
et si constamment rempli :
« Lorsque la divine Providence, dont les desseins
sont impénétrables, nous eut fait entrevoir l’épiscopat
avec ses honneurs et ses charges, nous vous l’a
vouons, N. T. C. F., dans toute la simplicité de notre
cœur, notre âme fut comme bouleversée..... »
« Rassurez-vous , N. T. C.-F., après avoir tremblé
nous nous tiendrons ferme sur nos pieds, avec le
secours d’en haut; nous ne faillirons pas à notre
mission.......»
« Nous sommes faible, il est vrai; eh bien! Dieu
soit loué : n’a-t-il pas choisi ce qu’il y a de plus in
fime pour confondre les forts. Je puis tout en ce
lui qui me fortifie. Dès lors viennent les peines,
les sacrifices, les angoisses inséparables de l’aposto
lat, nihil horum vereor, je ne crains plus rien. Tribulationes me manent : ne savons-nous pas que la
tribulation est le pain quotidien de l’épiscopat. Qu’importe pourvu que nous accomplissions le ministère
que nous avons reçu du Seigneur Jésus, qui est de
prêcher l’évangile, garder le dépôt de la foi et sauver
les âmes? Sainte et sublime mission ! tu fais battre
par avance notre cœur de joie et d’espérance. Qu’ils
sont beaux les pieds de ceux qui évangélisent la
paix!....... »
« Nous sommes jeune, il est vrai encore; Dieu soit
— 16 —
loué toujours. Nos pieds alors seront plus agiles pour
courir après la brebis égarée, nos bras plus robustes
pour soutenir le faible, et tendre une main secoura
ble à l’infortuné tombé dans l’abîme, nos yeux seront
plus clairvoyants pour découvrir le malheur, nos
oreilles plus propres à entendre ses plaintes, et notre
cœur plus tendre à vous aimer dans le cœur de J.-C.
Oui, N. T. C. F., que le Dieu qui a réjoui notre en
fance et consacré notre jeunesse soit béni; plus long
temps nous demeurerons au milieu de vous, exerçant
ce ministère d’union, d’amour et de paix dont nous
venons d’être investi......»
« Nous ferons respecter notre jeunesse en deve
nant, suivant l’avis de l’apôtre, l’exemple des fidèles
dans la foi et la charité; la foi, dont l’évêque est le
gardien-né et comme le flambeau; la charité, qui doit
être l’âme de son existence, la vie de son cœur, Nous
l’avons éprouvé en ce jour de notre consécration; car
l’esprit divin a daigné nous inspirer de saints trans
ports qui nous étaient inconnus jusqu’alors, parce
qu’ils sont réservés au cœur du Pontife comme à celui
d’un père, disons mieux encore, comme au cœur
d’une mère..... Vous en étiez, chers et bien-aimés
frères, les tendres objets en J.-C. qui est charité.... »
« La charité de J.-C. nous presse. Encore quel
ques jours et nous paraîtrons au milieu de vous. Le
successeur de Pierre, auquel nous voulons tenir du
fond de nos entrailles jusqu’à notre dernier soupir,
duquel seul émane toute mission, nous a donné la
nôtre. L’huile sainte coule sur notre front, la houlette
du pasteur est dans, nos mains. O frères bien-aimés I
notre bouche s’ouvre et notre cœur s’étend par les
saintes affections que nous vous portons. Il est assez
grand pour vous contenir tous. Le Dieu qui l’embrase,
— 17 —
l’a dilaté : Dilatamini et vos; que les vôtres se dila
tent aussi, car nous voulons que les liens de la cha
rité unissent fortement sur cette terre le pasteur au
troupeau. Ceux-là ne se brisent pas contre un sépul
cre ; ils se resserrent au ciel où nous serons plus for
tement unis encore dans l’amour de notre commun
Père. »
II
On peut dire de l’épiscopat de chacun des vrais
Pontifes de l’Église de Jésus-Christ, ce que S. Fran
çois de Sales a dit des saints : Ils ont tous eu des diffé
rences et variétés, à raison de quoi on chante de cha
cun , qu’il ne s’est pas trouvé son semblable qui con
servât comme lui la loi du Très-Haut. « Il faut, dit le
Pontifical, que l’Évêque juge, interprète, consacre, or
donne, offre, baptise et confirme.» Cette formule abré
gée de la charge pastorale, Mgr George l’a commentée
par ses œuvres et par ses paroles. Potens opéré et sermone. Il a fait les choses ordinaires que font les Évê
ques , mais il les a faites d’une manière non ordi
naire.
Il fut puissant : la nature lui avait donné la plus
vigoureuse constitution, une âme forte, énergique,
admirablement trempée, qui tenait de l’apôtre et du
martyr. L’éducation de sa sainte mère, les leçons et
les exemples des RR. PP. Jésuites, ceux du saint Car
dinal de Cheverus, favorisèrent puissamment en lui
2.
— 18 —
l’action de la grâce qui le fit évêque dans toute l’ac
ception large et forte de ce mot: « On veut que je
« sois évêque, eh bien, je le serai! » dit-il.
Aussi, ce qui frappe au premier aspect, lorsque
l’on considère dans leur ensemble les vingt ans de
son ministère, c’est l’activité ; une puissante, une in
croyable activité.
Ses Mandements, ses Lettres pastorales, ses Instruc
tions, tout ce qui est tombé de sa plume porte tou
jours un cachet d’utilité pratique. « Les hautes consi
dérations, les grandes vues, les doctrines transcen
dantes, ne rempliraient pas mon but, nous a-t-il dit
quelquefois; ce qu’il me faut, c’est quelque chose de
simple et de pratique. » Il a été constamment fidèle
à celte loi qu’il s’était imposée.
Qu’ils lui aient été commandés par l’usage ou inspi
rés par les circonstances, ses écrits ont tous ce carac
tère de simplicité et d’utilité pratique.
Dans les dix-huit Mandements qu’il a donnés à son
peuple, il prêche successivement tous les sujets im
portants. Et rien n’est plus intéressant que de voir
l’enchaînement qui les lie les uns aux autres dans
l’unique but du bien commun. L’Éducation le frappe
tout d’abord et il inculque en toutes manières la né
cessité de bien élever les enfants, au point de vue du
temps aussi bien qu’à celui de l’éternité. Le Diman
che, ce jour sacré dont la violation dans sa ville épis
copale et dans son Diocèse, lui causa tant de souffran
ces , ce jour dont il a voulu faire graver le précepte
sur le marbre de son tombeau, le Dimanche attire en
suite son attention :
« Mémento ut diem sabbati sanctifices. Hommes
de tout rang, de tout âge et de tout sexe , souvenezvous de sanctifier le jour du Seigneur. Vieillards, que
le dimanche soit employé par vous à songer aux
jours anciens pour les pleurer, et aux années éter
nelles pour en mériter les jouisssances. Jeunesse
ardente et folle de plaisirs, imite le jeune Tobie :
Tandis que ceux de son âge allaient, aux jours de
fête, danser autour des veaux d’or d’Israël, il se
dirigeait vers le temple de Jérusalem pour y adorer
son Dieu. Pères et mères, ne scandalisez plus vos
enfants par un travail sacrilège ou votre indifférence
coupable pour les cérémonies saintes. Comment n’ou
blieront-ils pas ce précepte : Tes père et mère hono
reras, quand ils vous voient désobéir à votre Père qui
est Dieu, à votre Mère qui est l’Eglise, lorsqu’ils vous
disent : Les dimanches tu garderas.
« Memento. Qui que vous soyez donc, N. T. C. F.,
grands ou petits, riches ou pauvres, maîtres ou servi
teurs, souvenez-vous bien que si vous voulez voir Dieu
glorifié, l’homme heureux, la société sauvée, il faut
écouter le Seigneur : Gravez mes paroles, vous ditil, dans vos cœurs ; tenez-les attachées à vos mains,
présentes à vos yeux; apprenez-les à vos enfants,
gravez-les sur les portes de vos maisons. Et ces pa
roles solennelles sont celles-ci : Les dimanches tu
garderas. »
De la sanctification de ce grand jour de l’homme
et de Dieu , sa pensée se porte sur l’Église, où se fait
surtout celte sanctification :
« Qu’avons-nous vu dans quelques Eglise de ce
— 20 —
diocèse ? les pavés du sanctuaire avec leurs pierres
brisées et dispersées, des chapelles en ruines, des
voûtes écrasées, des lambris menaçants. Nos tours et
nos clochers, autrefois si fiers de leurs puissantes et
majestueuses voix, qui réunissaient les fidèles, gémis
sent de se voir dépouillés de leurs plus chers orne
ments, et de n’avoir plus à faire entendre dans les
airs que des sons faibles et grêles, que le moindre
souffle emporte comme le plus léger murmure.
« Qu’avons-nous vu encore dans quelques autres
Eglises ? Des vases sacrés d’un vil métal, des orne
ments, des linges, des livres usés par une suite de gé
nérations, parfois même en lambeaux et dégoûtants ;
les fonts du baptême relégués dans une humide obs
curité , la lampe du sanctuaire ne projetant plus sa
lueur mystérieuse, preuve touchante de la présence
réelle de l’hôte divin qui l’habite ; la table sainte, les
tribunaux de la pénitence, la chaire de vérité, les au
tels, tombant en poussière ; l’arche sacrée elle-même,
le saint des saints, et le tabernacle du Dieu vivant,
exposés quelquefois aux intempéries des saisons ! »
« Pour nous, Frères bien-aimés en J.-C., nous ad
mirons et nous méditerons ces paroles du prophèteroi : Si je permets à mes yeux de dormir, à mes pau
pières de sommeiller, si je donne aucun repos à ma
tête jusqu’à ce que je trouve un lieu digne du Sei
gneur, un tabernacle pour le Dieu de Jacob... Nous
vous révélerons une ambition qui est au fond de notre
cœur.
« Nous voudrions que toutes les Églises de notre
Diocèse se relevassent de leurs ruines, se dépouil
lassent de ces vêtements de pauvreté et de misère,
pour prendre des ornements de gloire, que réclament
à la fois, et le grand Dieu qui les habite, et les mys-
— 21
tères qui s’y opèrent, et la reconnaissance des peu
ples qui vont y chercher la vérité et la vie. »
Après les enfants, après le jour et le temple du Sei
gneur, il s’occupe de l’œuvre des âmes, de celles d’a
bord qui meurent, chez les infidèles, dans les ténè
bres et l’ombre de la mort (Propagation de la Foi) ,
de celles qui, parmi nous, partent de ce monde dans
l’état de péché, sans avoir reçu les Sacrements de l’É
glise (Soin de faire administrer les malades), et de
celles, enfin, qui sont oubliées dans les flammes du
Purgatoire (Dévotion envers les pauvres morts.)
Les approches de la révolution de 1848 l’interrom
pent et lui font jeter son cri fameux : Periit fides !
la foi s’en va ! Cette âme vraiment antique, qui tenait
si fortement aux grands principes de l’ordre, des
mœurs, de la famille, de la propriété , de la religion
et de la société, n’a cessé d’être tourmentée par un
bruit importun dont les retentissements plus ou moins
terribles ont toujours frappé ses oreilles. « Je vois
peut-être trop en noir, disait-il, mais l’avenir est bien
sombre ! » Et chaque éclat de ce volcan souterrain, qui
minait le sol de la société, le jetait dans d’inexpri
mables tristesses. Monseigneur est un des hommes
qui ont le plus souffert de leur siècle.
« Certes, s’écrie-t-il, il faudrait avoir la vue bien
» obscurcie pour ne pas voir l’horizon se charger de
» nuages, ou dormir d’un sommeil léthargique pour
» ne pas sentir la terre trembler sous nos pas... Quel» les sont donc ces désolantes doctrines, infiltrées
» dans les masses avec une persistance infernale, et
— 22 —
» reçues par elles avec une effrayante avidité : doctri» nés hostiles à la propriété, et par conséquent sub» versives de la famille et de la société ; utopies funes» tes, exaltant les imaginations et les jetant dans une
» délirante frénésie ?... Periit fides ! la foi s’en va ! Si
» les grands et les petits ne nous écoutent pas, et si
» la mort ne vient promptement nous précipiter dans
» la tombe, nous tremblons de n’avoir que trop tôt à
» vous faire entendre de tristes et funèbres lamenta» tions....... »
Sans se laisser décourager, il reprend ses instruc
tions. Apôtre du catéchisme qu’il faisait encore quel
ques jours avant sa mort, il donne sur cet important
sujet son beau Mandement de 1849, qu’il faudrait citer
tout entier : « Ecoutez notre système, N. T. C. F., ou plutôt en
tendez ce cri de notre cœur, fondé sur l’expérience et
la révélation : Sans Catéchisme, plus de foi; sans foi,
plus de mœurs ; sans mœurs, plus de lois. Or, sans foi,
plus de religion; sans mœurs, plus de famille; sans
lois, plus de société : principes évidents, conséquen
ces rigoureuses que l’on ne peut révoquer en doute
sans fermer les yeux à la lumière ou se refuser à l’é
vidence...... »
« C’est donc au nom de la Religion, de la famille
et de la société que nous venons réclamer avec l’au
torité de l’Evêque qui commande, l’intérêt de l’ami
qui conseille, la tendresse du père qui conjure ; c’est
à ces trois titres que nous venons réclamer : 1° le Ca
téchisme du foyer domestique; 2° le Catéchisme du
village; 3° le Catéchisme de l’école ; 4° le Catéchisme
de la paroisse. Et si le Seigneur daigne encore, dans
sa miséricorde, nous accorder force et santé, nous
— 23 —
vous promettons dans toutes vos églises, lors de nos
courses apostoliques, le Catéchisme de la visite pas
torale...... »
« Saint Jean, dans sa vieillesse, malgré les remar
ques de ses disciples, répétait sans cesse les mêmes
paroles : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les
autres. Il mérita le titre A' Apôtre de la Charité, titre
glorieux qui doit être pour tout Evêque un objet
d’ambition....... »
« Nous voudrions, à la fin de notre carrière, en mé
riter un autre encore, N. T. C. F. Nous avons fait
jusqu’ici, nous faisons encore et nous ferons toujours
le Catéchisme de la visite pastorale. Si l’on nous re
proche , comme à saint Jean, de répéter toujours la
même chose, nous saurons sacrifier l’amour-propre à
l’intérêt de nos petits enfants, et partout et toujours
redire le Catéchisme de la visite pastorale. Heureux
si nous pouvions un jour être digne de ce beau titre
d'Apôtre du Catéchisme !..... »
Après le pain de la parole, le pain de l'Eucharistie.
Aussi, il écrit ensuite sur la communion. Mais aujour
d’hui , que d’efforts puissamment tentés pour éloigner
les pauvres âmes du pain de la parole et du pain de
l'Eucharistie! Cette vue attriste l’âme du saint Pon
tife. Il exhale ainsi les amertumes de son cœur :
« On cherche encore de nos jours, disons-le sans
détour, à détruire la foi par des doctrines impies, qui,
dans la capitale de notre France, du haut de certaines
chaires scientifiques, tombent sur l’esprit en délire
d’une jeunesse frémissante, pour se propager ensuite
jusqu’au fond de nos provinces. On mine chaque jour
l’autorité dans la famille et la société, par des systè-
— 24 —
mes qui conduisent droit à l’anarchie. On tue les
mœurs par cette reproduction et cette propagation
d’œuvres immondes que nous signalons encore, parce
que, dans nos visites pastorales, nous rencontrons
toujours ces incendiaires et ces empoisonneurs publics
que l’on appelle colporteurs.
« Commencée il y a plus d’un siècle, à ce cri que l’on
n’entend jamais sans frémir, à ce cri infernal de :
Écrasons l’infâme ! cette triple persécution s’est pour
suivie et se poursuit encore de nos jours. Le nier, ce
serait nier l’évidence. Oh ! que les affiliés à ces sinis
tres projets s’applaudissent et battent des mains, car
ils ont cruellement réussi à entasser autour d’eux des
décombres et des ruines. Dans quel état, en effet, sont
présentement les mœurs dans notre patrie ? Voilonsnous le front, N. T. C. F., et rougissons ! ! ! Qu’est
devenu, au foyer domestique et au milieu des masses,
ce principe tutélaire d’autorité qui sauvegardait autre
fois les familles et les nations ? Il a été vaincu par des
principes destructeurs de tout ordre et de toute paix :
il n’existe plus !!! Et la foi, par quel miracle vit-elle
encore dans notre France? Certes, il fallait que le
catholicisme eût jeté de bien profondes racines dans
notre sol, pour n’avoir pas été renversé par de si ef
froyables tempêtes....... »
« Quelque robuste cependant que soit l’homme, il
ne saurait résister toujours à des chocs continus ni à
des doses réitérées de poisons actifs ; il finit bientôt par
succomber et mourir. Ainsi, N. T. C. F., en est-il d’un
peuple, quelque fortement constitué qu’il soit. Il
éprouve d’abord des tiraillements pénibles; bientôt
viennent les grandes douleurs, puis les épouvantables
convulsions, et enfin le râle, les sueurs froides et le
dernier soupir. Serions-nous donc arrivés à cette la-
— 25 —
mentable période, c’est-à-dire à l’agonie et à la mort?
Qui oserait dire non, en face de l’avenir, s’il ne con
sidère que la terre ?......»
« Seigneur, j'ai levé les yeux vers les montagnes;
c'est de là seulement que je puis espérer assistance.
Non, tout n’est pas perdu, enfants bien-aimés en J.-C.,
et aux trois sujets de crainte que nous venons d’ex
primer pour le présent et l’avenir, opposons trois mo
tifs d’espérance....... »
»
Ce qui le consolait un peu, comme une éclaircie dans
un ciel bien sombre, c’étaient les œuvres, la liberté de
l’Eglise « ce retour vers Rome et ce dévouement généreux envers son auguste Chef », qu’il remarquait
de nos jours.
A un grand mal, il faut opposer de puissants remè
des. Ces remèdes, voyez comme sa charité les lui fait
trouver. Les Missions, tout d’abord :
i
« Le Missionnaire, N. T. C. F., ne l’oublions ja
mais , c’est tout à la fois le grand agitateur des cons
ciences, le juste réparateur des injustices, le doux
pacificateur des familles , et le puissant intermédiaire
entre la terre et les cieux.
» Sans doute le ministère pastoral est digne de tous
nos respects et de toute notre vénération ; il a une
grâce, une force tout spéciales et des bénédictions
qui lui sont propres ; mais quand des temps mauvais
surgissent, quand les épidémies morales se répan
dent , ce ministère auguste du Curé seul ne suffirait
plus à tous les besoins, et les âmes se perdraient.
» Voyez, N. T. C. F., voyez le médecin, dans les
cas graves et compliqués : il appelle ses frères dans
la science, et il faudra tous leurs soins réunis et com-
— 22 —
» reçues par elles avec une effrayante avidité : doctri» nés hostiles à la propriété, et par conséquent sub» versives de la famille et de la société ; utopies funes» tes, exaltant les imaginations et les jetant dans une
» délirante frénésie ?... Periit fides ! la foi s’en va ! Si
» les grands et les petits ne nous écoutent pas, et si
» la mort ne vient promptement nous précipiter dans
» la tombe, nous tremblons de n’avoir que trop tôt à
» vous faire entendre de tristes et funèbres lamenta» tions....... »
Sans se laisser décourager, il reprend ses instruc
tions. Apôtre du catéchisme qu’il faisait encore quel
ques jours avant sa mort, il donne sur cet important
sujet son beau Mandement de 1849, qu’il faudrait citer
tout entier : •
« Ecoutez notre système, N. T. C. F., ou plutôt en
tendez ce cri de notre cœur, fondé sur l’expérience et
la révélation : Sans Catéchisme, plus de foi; sans foi,
plus de mœurs ; sans mœurs, plus de lois. Or, sans foi,
plus de religion; sans mœurs, plus de famille; sans
lois, plus de société : principes évidents, conséquen
ces rigoureuses que l’on ne peut révoquer en doute
sans fermer les yeux à la lumière ou se refuser à l’é
vidence...... »
« C’est donc au nom de la Religion, de la famille
et de la société que nous venons réclamer avec l’au
torité de l’Evêque qui commande, l’intérêt de l’ami
qui conseille, la tendresse du père qui conjure ; c’est
à ces trois titres que nous venons réclamer : 10 le Ca
téchisme du foyer domestique; 2° le Catéchisme du
village; 3° le Catéchisme de l’école ; 4° le Catéchisme
de la paroisse. Et si le Seigneur daigne encore, dans
sa miséricorde, nous accorder force et santé, nous
— 23 —
vous promettons dans toutes vos églises, lors de nos
courses apostoliques, le Catéchisme de la visite pas
torale...... »
« Saint Jean, dans sa vieillesse, malgré les remar
ques de ses disciples, répétait sans cesse les mêmes
paroles : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les
autres. Il mérita le titre d’Apôtre de la Charité, titre
glorieux qui doit être pour tout Evêque un objet
d’ambition....... »
« Nous voudrions, à la fin de notre carrière, en mé
riter un autre encore, N. T. C. F. Nous avons fait
jusqu’ici, nous faisons encore et nous ferons toujours
le Catéchisme de la visite pastorale. Si l’on nous re
proche , comme à saint Jean, de répéter toujours la
même chose, nous saurons sacrifier l’amour-propre à
l’intérêt de nos petits enfants, et partout et toujours
redire le Catéchisme de la visite pastorale. Heureux
si nous pouvions un jour être digne de ce beau titre
d'Apôtre du Catéchisme!..... »
Après le pain de la parole, le pain de ^Eucharistie.
Aussi, il écrit ensuite sur la communion. Mais aujour
d’hui , que d’efforts puissamment tentés pour éloigner
les pauvres âmes du pain de la parole et du pain de
l’Eucharistie! Cette vue attriste l’âme du saint Pon
tife. Il exhale ainsi les amertumes de son cœur :
« On cherche encore de nos jours, disons-le sans
détour, à détruire la foi par des doctrines impies, qui,
dans la capitale de notre France, du haut de certaines
chaires scientifiques, tombent sur l’esprit en délire
d’une jeunesse frémissante, pour se propager ensuite
jusqu’au fond de nos provinces. On mine chaque jour
l’autorité dans la famille et la société, par des systè-
— 24 —
mes qui conduisent droit à l’anarchie. On tue les
mœurs par cette reproduction et cette propagation
d’œuvres immondes que nous signalons encore, parce
que, dans nos visites pastorales, nous rencontrons
toujours ces incendiaires et ces empoisonneurs publics
que l’on appelle colporteurs.
« Commencée il y a plus d’un siècle, à ce cri que l’on
n’entend jamais sans frémir, à ce cri infernal de :
Écrasons l’infâme ! cette triple persécution s’est pour
suivie et se poursuit encore de nos jours. Le nier, ce
serait nier l’évidence. Oh ! que les affiliés à ces sinis
tres projets s’applaudissent et battent des mains, car
ils ont cruellement réussi à entasser autour d’eux des
décombres et des ruines. Dans quel état, en effet, sont
présentement les mœurs dans notre patrie? Voilonsnous le front, N. T. C. F., et rougissons ! ! ! Qu’est
devenu, au foyer domestique et au milieu des masses,
ce principe tutélaire d’autorité qui sauvegardait autre
fois les familles et les nations ? Il a été vaincu par des
principes destructeurs de tout ordre et de toute paix :
il n’existe plus ! ! ! Et la foi, par quel miracle vit-elle
encore dans notre France? Certes, il fallait que le
catholicisme eût jeté de bien profondes racines dans
notre sol, pour n’avoir pas été renversé par de si ef
froyables tempêtes....... »
« Quelque robuste cependant que soit l’homme, il
ne saurait résister toujours à des chocs continus ni à
des doses réitérées de poisons actifs ; il finit bientôt par
succomber et mourir. Ainsi, N. T. C. F., en est-il d’un
peuple, quelque fortement constitué qu’il soit. Il
éprouve d’abord des tiraillements pénibles ; bientôt
viennent les grandes douleurs, puis les épouvantables
convulsions, et enfin le râle, les sueurs froides et le
dernier soupir. Serions-nous donc arrivés à cette la-
25 —
mentable période, c’est-à-dire à l’agonie et à la mort?
Qui oserait dire non, en face de l’avenir, s’il ne con
sidère que la terre ?..... »
« Seigneur, j’ai levé les yeux vers les montagnes;
c'est de là seulement que je puis espérer assistance.
Non, tout n’est pas perdu, enfants bien-aimés en J.-C.,
et aux trois sujets de crainte que nous venons d’ex
primer pour le présent et l’avenir, opposons trois mo
tifs d’espérance.......»
„
Ce qui le consolait un peu, comme une éclaircie dans
un ciel bien sombre, c’étaient les œuvres, la liberté de
l’Eglise « ce retour vers Rome et ce dévouement généreux envers son auguste Chef », qu’il remarquait
de nos jours.
A un grand mal, il faut opposer de puissants remè
des. Ces remèdes, voyez comme sa charité les lui fait
trouver. Les Missions, tout d’abord :
i
« Le Missionnaire, N. T. C. F., ne l’oublions ja
mais , c’est tout à la fois le grand agitateur des cons
ciences, le juste réparateur des injustices, le doux
pacificateur des familles , et le puissant intermédiaire
entre la terre et les cieux.
» Sans doute le ministère pastoral est digne de tous
nos respects et de toute notre vénération ; il a une
grâce, une force tout spéciales et des bénédictions
qui lui sont propres ; mais quand des temps mauvais
surgissent, quand les épidémies morales se répan
dent, ce ministère auguste du Curé seul ne suffirait
plus à tous les besoins, et les âmes se perdraient.
» Voyez , N. T. C. F., voyez le médecin, dans les
cas graves et compliqués : il appelle ses frères dans
la science, et il faudra tous leurs soins réunis et coin-
— 26
binés pour arracher à la mort ses victimes et circons
crire le mal. Encore existe-t-il certaines plaies si
hideuses que le malade, au prix même de sa vie, ne
les découvrira qu’à celui même qui ne le connaît pas
et qu’il ne reverra jamais. Ayez pitié des tortures indi
cibles d’une pauvre âme que la honte retient, que le
remords tourmente et ronge, et qui ne se sera sauvée
que par le ministère de l’envoyé du Seigneur, c’est-àdire du Missionnaire....... »
En second lieu, la stabilité à la place que Dieu
nous a marquée dans les desseins de la Providence ;
ensuite les règles de l’Eglise sur les mauvais livres,
source impure d’où est venu tout le mal. (Sage et
forte mesure louée par un Bref du Saint-Siège du
1er mai 1884).
La définition de l’immaculée Conception -par l’ora
cle suprême de la chaire apostolique distrait sainte
ment sa pensée du cours ordinaire de ses instructions.
Il la reprend aussitôt, par une visite de père et d’évê
que , dans l’intérieur de la maison de chacun de ses
diocésains : Saintement curieux, il voit tout, et ra
mène chaque maison à être ce qu’elle devrait n’avoir
jamais cessé d’être, un temple domestique.
Comme il aimait les anciens usages des vieilles fa
milles !
« esprit de famille s'en va, N. T. C. F., et avec
lui les religieuses traditions, les antiques usages, les
bonnes et vieilles coutumes que nous avaient légués
nos pères.
« Autrefois, les différents anniversaires de la vie se
célébraient dans la joie ou la douleur, toujours dans
F'
- 27 —
la piété : l’anniversaire funèbre de la mort des vieux
parents, l'anniversaire pieux du baptême, de la pre
mière communion et des Saints Patrons, l’anniversaire joyeux du mariage, de la fête du père et de la mè
re avec les bouquets et les fleurs, du jour des Rois
avec le gâteau traditionnel : jours et fêtes si impa
tiemment attendus des enfants. Le matin, trois et
parfois quatre générations se réunissaient au banquet
eucharistique et le soir à la table patriarchale.
« Aujourd’hui tout a presque disparu. L’indifférence
éloigne de la table-sainte, et le luxe maudit a rendu
impossible le retour fréquent de ces agapes de famil
le , toujours édifiants et gracieux. Elles étaient cepen
dant si aimables et si joyeuses, parce qu’elles étaient
si pures, ces réunions périodiques qui resserraient de
plus en plus les liens de la charité entre les membres
d’une même famille. Presque nulle part ces usages
n’ont été conservés, et que voyons-nous ?
« Un ou deux enfants, trois tout au plus, sont tris
tement assis, pendant leur bas-âge, au foyer domes
tique : bientôt il sera désert et silencieux, triste par
conséquent et insupportable au père et à la mère , qui
n’en feront plus leur sanctuaire de prédilection. Dans
nos campagnes, le cabaret avec ses danses grossières,
ses boissons et ses jeux, les courses nocturnes et les
veillées toujours si dangereuses pour les mœurs, ont
tué l’esprit de famille; comme dans nos villes, les
théâtres, les lieux publics, les cercles et certaines
réunions avec leurs plaisirs réprouvés par nos Conci
les de Bordeaux et de la Rochelle , faisant du jour la
nuit et de la nuit le jour. Or, que devient la famille ,
et à qui .sont confiés les pauvres enfants pendant ces
longues soirées d’amusements et ces longues matinées
de sommeil ? Les mercenaires, devenus libres, sont
maîtres et souverains.
i
ii
7
fJ
— 28
« La pieuse mère ne se déchargeait sur personne
de la mission délicate du lever et du coucher de ses
enfants. Elle présidait elle-même à leurs petits exer
cices de piété, la prière du matin et du soir, jetait
l’eau bénite sur leur couche, déposait un baiser sur
leur front, et leur sommeil en était plus doux et plus
pur. Toujours au milieu d’eux, institutrice et caté
chiste par excellence, elle travaillait et priait avec
eux, récitant trois fois le jour l’Angelus au son de la
cloche, et avant et après le repas le Bénédicité et les
Grâces. Aujourd’hui le tourbillon du monde a tout em
porté ; le soin des enfants n’est qu’un devoir secondai
re , dont on aime à se décharger sur des mains étran
gères et salariées, et quand on boit ou mange, on n’o
se plus remercier et bénir. Aussi, les enfants s’abs
tiennent-ils de faire leur signe de croix, parce que
leurs pères et leurs mères n’ont pas le courage de le
retracer sur eux-mêmes.
« Qu’est devenue la prière du soir, précédée d’une
lecture édifiante, toujours suivie d’un pieux souve
nir pour les morts ? C’était cependant une coutume si
aimable et si touchante ? Après le repas de la fin du
jour, avant le repos de la nuit, le vieillard convoquait
ses enfants et petits-enfants, ses serviteurs et ses ser
vantes : tous étaient présents, car personne n’eût osé
manquer à l’appel. La vie du Saint était lue, la priè
re montait vers les Cieux, les pauvres morts n’étaient
jamais oubliés ; puis les enfants se suspendaient au
cou de leurs parents, et tous se retiraient pour s’en
dormir dans la paix du Seigneur.
« Nobles et pures traditions, pourquoi faut-il que ce
que l’on appelle usage et civilisation tende chaque
jour à vous faire disparaître ! Grâces à Dieu, cepen
dant, N. T. C. F.,bon nombre de familles encore les
ont précieusement conservées, et les transmettront à
— 29 -
leurs enfants. Puissent-elles revivre dans toutes les
maisons de notre Diocèse, ces religieuses coutumes,
et bientôt la foi et les mœurs refleuriront au milieu
de nous : l’esprit de famille y aura reparu !....»
Une fois qu’il a opposé au mal des remèdes si par
faitement efficaces quand on voudra les employer, il se
met à prêcher à son peuple régénéré les grandes pra
tiques de la religion , pratiques envers l'Adorable Eu
charistie , pratiques des œuvres catholiques, diocé
saines et paroissiales :
« Hâtons-nous, N. T. C. F., car le soleil baisse;
venit nox, la nuit s’approche. Voici, dit le Sei
gneur , que je riens pour rendre à chacun selon ses
œuvres. — Concluons avec St. Paul : Ergo dum tempus habemus operemur bonum, pendant que nous
avons le temps encore , faisons des œuvres saintes ;
et avec St. Jean : Bienheureux ceux qui meurent dans
le Seigneur. Dès maintenant, dit l’Esprit, ils se repo
sent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent :
Beati mortui qui in Domino morientur. Amodo jam
dicit Spiritus ut requiescant a laboribus suis : opera
enim illorum sequuntur illos. AMEN ! ........»
Les malheurs du Saint-Siège lui font écrire son der
nier Mandement, et, peu de jours avant sa mort, il
parlait de son projet de faire celui de 1861 , sur l’Ado
ration perpétuelle, comme un palladium pour l’Eglise
et la société contre les maux qui les menacent.
Et, chose remarquable, ces divers sujets ne sont
traités qu’au point de vue pratique. Il s’y trouve bien
par moments des considérations doctrinales et spécu
latives, mais toujours on voit le concret, le positif
a
— 30 —
domine partout, vite on arrive à la manière et à la
nécessité de mettre en action la vérité pour le bien de
l’individu, de la famille, de la société et de la reli
gion,
A côté de ses mandements se placent ses lettres
publiques. Rien ne donne mieux l’idée de la vie et de
l’unité de la Sainte Eglise Catholique que le tableau
des soins divers qui sollicitent le zèle des évêques et
remplissent leur correspondance publique.
Les pauvres, à qui il faisait distribuer le jour de
son installation 1,500 kilogrammes de pain, et à qui
il n’a cessé de donner les secours les plus abondants,
les pauvres sont l’objet de sa première lettre :
« Au jour de ma consécration épiscopale, une tou
chante et solennelle question me fut adressée : Vou
lez-vous être, pour le nom du Seigneur, doux et mi
séricordieux envers le pauvre ? et avec toute la cha
rité dont mon cœur fut capable, je répondis : Je le
veux.
» Je suis heureux de pouvoir aujourd’hui remplir
cette promesse , et je bénis le Seigneur de ce qu’un
des premiers actes de mon épiscopat ait pour objet les
pauvres....... »
Plus tard, il s’occupe encore des enfants abandon
nés, et, en 1857, d’une organisation de secours en fa
veur des indigents : les pauvres ont occupé une grande
partie de sa vie !
Son cher clergé absorbe ensuite son attention ; six
fois il l’engage solennellement à se retremper dans
le silence des retraites ecclésiastiques , et quand il a
— 31
eu le bonheur d’en avoir vu les exercices célébrés
pour la première fois dans son grand séminaire de
Périgueux, il fait publier, comme souvenir, la liste
de tous ceux qui y avaient pris part. Il excite plu
sieurs fois ses prêtres- à sanctifier les autres et à se
sanctifier eux-mêmes :
« Mettons-nous donc à l’œuvre , bien-aimés colla
borateurs : Ignem veni mittere in terram, et quid
volo nisi ut accendatur. Allumons partout cet incen
die sacré, en sorte qu’il y ait embrasement général,
et pour cela agitons saintement toutes les paroisses de
ce vaste diocèse , et remuons fortement les conscien
ces. Levate oculos vestros et videte regiones quia albae suntjam ad messem.
» Sans doute il y aura des fatigues et des peines ;
mais aussi, quelles ne seront pas les joies ! Venientes
autem venient cum exultatione portantes manipulos
suos. Sans doute la conversion des âmes a ses diffi
cultés, qui exigent souvent de pénibles sacrifices;
mais aussi quelles ne sont pas les promesses !... »
Devenons des saints! tel fut le dernier mot de sa
dernière lettre à ses prêtres........
Vient ensuite l’organisation des confréries, des fa
briques, des sonneries, des oblations et des rensei
gnements relatifs à toutes les paroisses du Périgord.
Pas un fléau ne menace les récoltes, sans que, pas
teur vigilant, il n’ordonne des prières; et quand ses
vœux sont exaucés, il trouve dans l’abondance des
récoltes matière à de touchantes exhortations.
Cette charité, qui le rendait si sensible aux besoins
du dedans, ne le rendait pas indifférent aux maux du
— 32 —
dehors : Quis infirmatur et ego non infirmor ? Ame
épiscopale , saintement émue, il s’attriste sur les be
soins spirituels et corporels des chrétiens d’Espagne,
d’Angleterre, de France, d’Amérique , d’Irlande et de
Syrie. L’archevêque de Paris tombe frappé sur les bar
ricades, et, à son lit de mort, arrive une lettre ardente
de l’Évêque de Périgueux. L’archevêque de Fribourg
se sent fortifié par les accents sortis du cœur de notre
Évêque, si brûlant d’amour pour l’Eglise.
Ses lettres privées sont innombrables : selon les
temps et les circonstances, elles s’échappaient de son
âme aussi nombreuses que les besoins de son trou
peau. Rapidement écrites, et sans souci aucun, il en
est d’admirables, et il est peu de personnes qui n’aient
la consolation d’en posséder plusieurs de ce genre.
Redisons-le, absorbé par ses œuvres, homme d’ac
tion et de simplicité, jamais il ne voulut chercher à
s’élever dans les hauteurs de la doctrine ; mais,
comme nous le disait le T. R. P. Dom Guéranger, il
possédait admirablement, et à un très haut degré, le
sens et le sentiment catholique; ce mente cordis,
dont parle M. de Maistre , cet œil du cœur et de l’âme,
qui saisissait promptement en toute chose ce qui était,
selon l’Eglise et propre à faire le bien. En tout, il
marchait selon les grandes et saintes idées, et les
Conciles provinciaux n’ont fait que sanctionner les
mesures déjà adoptées par lui. Cet instinct du cœur
ne lui a fait défaut en aucune circonstance.
Aussi, en lisant ses écrits, on y trouve toujours un
33 —
accent de foi, d’âme et d’énergie, une forme, une
physionomie, si l’on pouvait parler ainsi, particulière
à son genre de penser et de sentir. Tout y est senti
ment, même la pensée : tout y est énergie, images,
vie, force et conviction.
Sa parole était semblable à ses écrits, c’est-à-dire à
son âme. Sa voix était belle, puissante, sonore et
infatigable. Son geste, animé, noble et facile. Son
action, d’un naturel tel que le peuple ne se lassait
jamais de l’entendre : on le comprenait ! « Monsei
gneur, disait un de ses plus pauvres diocésains, est un
homme pénétré. Que j'aime à l’entendre ! » — « J’en
tends bien ce qu’il dit», disait une pauvre femme de
la campagne. Il parlait avec ce feu, ces images, ces
exclamations, ces comparaisons, ces traits pathéti
ques , cet abandon cordial, cet à-propos, ce genre,
enfin, qui fait l’orateur vraiment populaire. Quel
quefois , Monseigneur a prêché hors de son diocèse.
A Bordeaux, rien n’était plus goûté que ses prônes.
On l’a admiré à La Rochelle, à Tulle, à Poitiers,
où , l’an dernier, il célébrait la St Hilaire, etc. Cette
parole, dont nous avons pu remarquer plus d’une
fois l’accent vibrant, chaleureux, chevaleresque,
mériterait d’être plus connue, s’écriait le P. Pitra (1). Elle aurait pu être plus connue hors du
Périgord, si notre bon Évêque n’avait eu pour prin
cipe de se donner tout entier et avant tout à son diocè
se, dont il ne s’absentait que fort rarement. Aussi,
(1) Univers du 24 janv. 1859.
3
— 34 —
ses brebis le connaissaient, et elles entendaient sa
voix. Cette voix vénérée, elle a retenti un nombre
incalculable de fois sur tous les points du vaste pays,
dans les églises, dans les champs et les places pu
bliques , dans toutes les circonstances, toujours pleine
d’à-propos, de vigueur et de force, toujours avidement
recueillie. C’était surtout aux grandes occasions, à
celles qui touchaient de plus près à l’Eglise, qu’elle
était admirable d’enthousiasme et d’entrain ! Que de
fois, après les ordinations, enflammés par ses discours,
les lévites s’écriaient : «Ah! qu’il a bien parlé! je
l’aurais suivi jusqu’au martyre ! »
Il excellait dans les réponses qu’il faisait aux dis
cours qui lui étaient adressés. Il est impossible de
parler avec plus d’à-propos, de grâce, de concision,
d’élégance, de cœur et de talent que lui, dans ces allo
cutions privées.
Cette voix, la douleur l’affaiblit et l’entrecoupa,
mais la mort ne la fera pas taire. Du fond du sépul
cre elle raisonnera. Mort, Monseigneur veut parler
encore, et son épitaphe, qu’il a lui-même composée,
sera un perpétuel et touchant discours :
— 35 —
HIC
JACET
RR. DD. Joannes-Baptista-AmedæUs GEORGE,
EPISCOPUS PETROCORENSIS
et
SARLATENSIS.
Natus die XVII Aprilis M.DCCC.V.
Gonsecratus die XXI Februarii M.DCCC.XLI.
Obiit die XX Decembris M.DCCC.LX.
VENITE FILII DOCEBO VOS.
Les Dimanches tu garderas
En servant Dieu dévotement.
Tous tes péchés confesseras
A tout le moins une fois l’an.
Luxurieux point ne seras
De corps ni de consentement.
Ton Créateur tu recevras
Au moins à Pûques humblement.
UN ENFER A ÉVITER.
UN CIEL A GAGNER.
MEMORARE.
Defunctus adhuc loquor.
ORATE
PRO
ME
Ô VOS OMNES QUI TRANSITIS (1).
(1) Ici repose l’illustrissime et Révérendissime J.-B.-A. George,
évêque de Périgueux et de Sarlat, né le 17 avril 1805 , consacré le
21 février 1841, mort le 20 décembre 1860. — Venez, mes enfants,
je vous instruirai. —• Les dimanches, etc. — Souvenez-vous. — Mort,
je parle encore. — Priez pour moi, ô vous tous qui passez.
— 36 —
Avec la force, ce qui caractérisait notre regrettable
Prélat, c’était l'élan, c’était l’activité, cette activité si
exubérante et si connue qui signala, son enfance, et
dont la Providence se servit pour réaliser en Périgord
les œuvres nécessaires pour le bien du Diocèse. Puis
sant en paroles, il fut puissant en œuvres.
L’esprit de Dieu est un esprit d’ordre. Toujours les
grands évêques ont reçu l’esprit de Dieu pour lutter
contre le mal, ou pour créer le bien. Les plus ordinai
res d’entre eux n’ont eu pour vocation que la mission
facile de maintenir et de conserver.
Notre Évêque créa. Venu après deux admirables
Pontifes, au zèle desquels il n’a cessé de rendre hom
mage , il acheva leur travail et commença le sien.
L’état du clergé toucha d’abord son cœur : « En
considérant, s’écrie-t-il, le prêtre accablé par les infir
mités et les ans, combien de fois n’avons-nous pas
regretté de ne pouvoir adoucir les privations de ces
nobles vétérans, de ces glorieux invalides de la mi
lice sacrée ! Mieux que jamais alors nous avons com
pris ces paroles de l’Ecclésiastique : Deux choses ont
contristé mon cœur... l’homme de guerre et l’homme
sage, sous le poids de la pauvreté qui engendre le
mépris.
« Le soldat, après la fatigue des camps et le danger
des combats ; le magistrat et l’administrateur, après
leurs trente années de travaux, peuvent du moins
espérer d’avoir une vieillesse à l’abri de tous ces besoins
cruels de notre nature, qui ne font que s’accroître à
mesure que nous nous penchons vers la tombe.
« Le Prêtre, le Prêtre seul supportera le poids de la
— 37 —
chaleur et du jour, épuisera sa santé, ses forces et sa
vie au service de ses frères, et par conséquent de sa
patrie, sans pouvoir espérer le repos sur ses vieux
jours. Après quarante, cinquante, quelquefois soixante
années de labeurs, il ne lui sera pas permis, sous peine
de manquer d’asile et de pain , de respirer quelques
moments en paix avant d’entreprendre le grand voyage
de l’Eternité.
« Voici ce que nous avons vu et entendu, l’âme bri
sée et le cœur flétri, pendant nos visites pastorales.
Aussi nous sommes-nous hâté , après ce premier
devoir accompli, de mettre la main à l’œuvre que nous
voulons désormais appeler l'œuvre de notre prédilec
tion, puisqu’elle sera pour vous, frères bien-aimés,
l’œuvre qui calmera vos inquiétudes de l’avenir et sou
lagera vos infirmités présentes..... »
Et après avoir prudemment fondé cette œuvre ché
rie, il la surveilla sagement, et chaque année il lui
consacrait un encouragement notable.
Le pain qui fait vivre, ce n’est pas tout ; au clergé,
il faut deux choses, la science qui le fait luire comme
la lumière du monde, et la discipline qui le rend ter
rible comme une armée rangée en bataille. Monsei
gneur lui donna le premier de ces biens par les règle
ments nombreux et,détaillés relatifs aux études, aux
examens, à la marche générale de ses séminaires ;
le second, par ses statuts diocésains, utilement com
plétés par ses trois synodes tenus en 1852, 1855 et
1859, et par diverses lettres pastorales relatives à la
discipline et à la sainte liturgie.
Quelque saint, respectable et utile que soit le
38 —
ministère ordinaire des pasteurs, il faut que de loin en
loin il soit aidé, secouru de prêtres auxiliaires; aussi,
dès le début, fut fondée comme d’urgence et établie
sur des bases durables l’œuvre des Missionnaires. Et
l’expérience n’a cessé de montrer combien sage et
féconde était cette pensée du saint Pontife.
« Il y a onze ans, dit-il à ce propos, nous entrions en
retraite, N. T. C. F., pour nous préparer à Fonction
des pontifes, que nous recevions le 21 février 1841.
Nous les méditions aussi, ces paroles : Væ praelatis
dormientibus, dans la terreur et l’effroi de nos obli
gations futures ; nous conjurions le Seigneur de ne
pas permettre que nous pussions jamais nous endor
mir sur nos devoirs et vos besoins, et nous lui pro
mettions, élevé nous-même à l’école d’un Missionnaire
pontife, de favoriser et détendre l’œuvre bénie des
Missions. Dès le 21 novembre suivant, nous vous
annoncions avec joie la création de Missionnaires dio
césains, et vous connaissez tous, N. T. C. F., le bien
immense qu’ils ont opéré au milieu de nous.......»
Le Missionnaire, prêtre séculier, est puissant lui
aussi ; mais si on pouvait lui adjoindre des Mission
naires, religieux réguliers, prêchant autant par la pra
tique volontaire et obligatoire des conseils évangé
liques que par la parole, loin d’être entravé, le bien en
serait multiplié sur une plus large échelle. C’est à
cette soif d’un plus grand bien qu’est due la fondation,
dans la ville épiscopale, du couvent des RR. PP. Capu
cins , fondation que Monseigneur annonça à son dio
cèse par une lettre pastorale, qui restera comme un
monument de son inépuisable dévouement aux Ordres
— 39 —
religieux en général et aux fils de saint François en
particulier. Quand il voulait se reposer des fatigues
de son épiscopat, se recueillir et songer à la sainte
éternité, c’est dans leur humble demeure, dans une
de leurs étroites cellules qu’il se retirait, vivant
comme eux de leur vie pauvre , et gardant, à leur
grande édification , l’observance d’un simple reli
gieux.
Mais l’Ordre qu’il appela de tout cœur, à un point
de vue qui lui était particulièrement cher pour l’éduca
tion de la jeunesse, ce fut celui des enfants de S. Igna
ce , les RR. PP. de la Compagnie de Jésus. Ce n’était
pas seulement comme catholique, que Mgr George
aimait et estimait cette illustre Société, objet éternel
de la haine profonde de tous ceux qui détestent la
Sainte Eglise de J.-C. Il avait été leur élève. Il les
avait connus. Il leur avait donné des marques spécia
les d’affection qu’il refusa à d’autres, parce que,
comme il l’a déclaré solennellement sur son lit de
mort, l’expérience lui avait démontré que, dans d’au
tres Maisons, la foi et les mœurs des jeunes gens
n étaient pas en sûreté. Il n’a cessé, jusqu’au dernier
moment, nous le savons, de donner aux Révérends
Pères de Sarlat des marques spéciales d’affection et
de souvenir, et la Compagnie n’a cessé aussi d’entou
rer notre Évêque de son attachement et de son dé
vouement.
Quand la Providence lui envoya, comme un dernier
parfum vers le déclin de sa vie, les anges de la soli-
40 —
tude, les enfants de, S. Bruno , sa joie fut au comble.
Il écrivit au R. P. Général.
« Mon Révérend Père ,
» Si, le 21 juin 1858, le siège de Périgueux eût été
occupé par un saint évêque, comme le siège de Gre
noble en 1084, j’aurais vu en songe, comme saint Hu
gues, un nouvel autel s’élever dans mon diocèse et des
étoiles l’environner de leur splendeur.
» Toutefois, comme lui, j’ai eu le bonheur de voir
dans le R. P. Procureur un autre Bruno.
» Comme le Seigneur est bon envers un bien pau
vre Évêque d’un bien pauvre diocèse, en envoyant à
son aide des âmes d’élite qui l’aideront de leurs priè
res à sauver les cinq cent mille âmes qui pèsent sur
sa conscience !
» Votre digne représentant a dû vous dire, mon vé
néré Père , toute la joie et le bonheur que j’ai éprou
vés en apprenant la bénie nouvelle de l’établissement
au milieu de nous des enfants de saint Bruno.
» Leur souvenir à Vauclaire et dans les environs
est vivant encore et toujours précieux.
» Je vais attendre avec une sainte et bien vive im
patience une lettre de votre Révérence m’annonçant,
avec la prompte arrivée de vos religieux, la ratifica
tion de l’achat.
» Nos connaisseurs en propriétés disent, dans leur
langage humain :
» Les Chartreux ont fait une bonne affaire.
» Pour moi, à mon point de vue de foi et du salut
des âmes, je la regarde comme mille fois meilleure
encore , puisqu’elle sera pour l’Évêque et ses enfants
une source de grâces et de bénédictions.
» Après avoir remercié le Seigneur dans toute l’effu
sion de mon âme, par une messe d’actions de grâces,
- 41 —
j’ai voulu immédiatement vous adresser, avec toute
l’expression de ma joie et de mon bonheur, l’hommage
des sentiments dévoués et respectueux avec lesquels
» J’ai l’honneur d’être,
» Mon révérend Père,
» Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
» f JEAN,
» Évêque de Périgueux et de Sarlat. »
Les filles du Carmel lui arrivèrent encore comme
un pieux essaim d’abeilles , et il les recueillit au midi
de son diocèse dans un logement provisoire, leur pré
parant, dans sa sollicitude, des bâtiments réguliers,
qu’elles vont occuper au printemps prochain.
Outre ces Corporations, venues du dehors, audedans il en était une d’institution diocésaine, la Con
grégation de Sainte-Marthe, qui était fractionnée en
neuf communautés distinctes. Avec un tact, une
sagesse, une prudence et une paternité parfaite, il
arriva au but tant désiré de les réunir, pour leur plus
grand bien, en une seule famille, avec un Noviciat et
une Supérieure générale. L’unité vint, et le saint
Pasteur l’accueillit avec une joie difficile à décrire,
parce qu’il voyait en elle le gage assuré d’un plus
grand bien pour l’éducation des enfants et le soin des
malades (1).
Mais, de même que la grande œuvre du Fils de
Dieu fut de visiter les hommes et de leur prêcher la
bonne nouvelle de son saint Évangile, ainsi la grande
(1) Voir dans le Dictionnaire des Ordres religieux , de M. Migne,
les détails relatifs à cette fondation de Mgr.
%
!
i
— 42 —
œuvre de l’épiscopat de Mgr fut de visiter incessam
ment ses diocésains et de leur annoncer sans relâche la
doctrine de J.-C. Si cet infatigable ouvrier n’eût été
frappé par la mort, le lendemain de Noël il reprenait
ses courses apostoliques, et sur son bureau, quand il
rendait son âme à Dieu, on voyait, tracé de sa main,
un long itinéraire de paroisses à parcourir encore.
Il aimait ces visites pastorales dans la campagne :
« Qu’il est consolant et sublime, N. T. C. F., le
spectacle que présente au Ciel et à la terre, aux An
ges et aux hommes, la première et solennelle visite
du pasteur au milieu d’une population religieuse, qui
reconnaît en lui l’apôtre envoyé par J.-C. dont il est
le représentant ! Ce jour est vraiment un jour de fête
pour la grande famille. Les habitations et les champs
sont déserts ; les bourgades, les campagnes, rivalisent
de zèle, d’enthousiasme et de foi. Les arcs-de-triomphe s’élèvent, les arbres, les fleurs sont effeuillés, et
les guirlandes tressées par les mains de la piété. L’ai
rain, consacré par les prières de l’Eglise et par le feu
des batailles, unissent leurs accords et leurs voix
puissantes pour annoncer l’Oint du Seigneur. Les
cœurs, dans l’attente, sont émus. Les populations s’é
branlent. La croix s’avance et précède. Sa marche est
trop lente pour l’enfance, dont la foi est impatiente,
curieuse et aimante : aussi les premiers ambassadeurs
des populations vers l’Évêque, sont-ils toujours des
enfants. Ils ont aussi leur Hosanna pour le Pontife,
qui les bénit à l’exemple de J.-C.; puis, glorieux d’a
voir obtenu les prémices de ses bénédictions, ils s’en
vont, messagers rapides, porter la bonne nouvelle. Le
vieillard a retrouvé ses forces : il veut contempler en
core une fois, avant de descendre dans la tombe, le
— 43 —
successeur des Apôtres. La jeune vierge, aux vête
ments blancs, au cœur pur, marche sans crainte sous
la même bannière que le guerrier. Ainsi se trouve ac
complie la parole du prophète : La brebis et le lion
habiteront en paix. Il est vrai que cet étendard est
celui de la Croix, et que cette bannière est celle de
Marie. Les mères sont là, orgueilleuses de leur pre
mier-né, qu’elles exercent à retracer, pour la béné
diction du Pontife, le signe adorable de la croix. La
milice de la terre, ayant au milieu de ses rangs les
magistrats revêtus de leurs insignes, fraternise avec le
prêtre, soldat de J.-C. Tous veulent recevoir avec
honneur leur pasteur et leur chef. Il paraît ! l’encens
fume , les chants de l’Eglise se font entendre. Ecce sacerdos magnus ! Voici le Grand-Prêtre de la Nouvel
le-Alliance ! Le pavillon de la Jérusalem terrestre,
réserve au Seigneur et à ses représentants, a déployé
ses riches couleurs : le Pontife s’y est placé. Son cœur
est ému; ses yeux mouillés de larmes et sa main char
gée de bénédictions, se lèvent vers les cieux. Tous les
genoux fléchissent en terre, toutes les têtes s’inclinent.
Il s’avance et bénit. Que tes tabernacles sont beaux,
ô Jacob ! que tes lentes sont belles, ô Israël ! »
Cette joie, que de fois Monseigneur l’éprouva !
« Le Ciel nous est témoin, vous aussi, N. T. C. F.,
que depuis bien des années nous avons sillonné en tous
sens notre cher Périgord, parcouru vos plaines , tra
versé vos rivières, franchi vos vallons, gravi vos co
teaux et vos montagnes, pénétré dans vos bois et vos
forêts. Les six cents Églises de nos cités, de nos
bourgades et de nos hameaux ont vu leur Évêque, et
déjà deux fois dans presque toutes les paroisses de
notre immense Diocèse ; plus souvent encore dans
un très-grand nombre ; partout où nous avons
— 44 —
trouvé un autel et une chaire , nous avons offert l’Au
guste Sacrifice, dispensé le pain de la parole, fait le
catéchisme aux enfants, distribué la sainte commu
nion à d’innombrables multitudes, et confirmé près
de deux cent mille fidèles, devenus ainsi parfaits
chrétiens. »
Depuis qu’il écrivait ces pages, cette supputation
s’est considérablement accrue.
Ses œuvres privées correspondaient à ses œuvres
publiques. Faute de temps, faute d’espace, faute de
les connaître, nous ne pouvons les détailler toutes.
Sans parler de ces aumônes vulgaires de tous les jours,
qu’il n’a jamais omis de distribuer aux pauvres qu’il
trouvait si nombreux sur son passage, chaque hiver
il donnait aux indigents environ 1,200 fr. de secours.
Plus le froid sévissait, plus sa charité se dilatait, et il
atteignait bientôt le chiffre de 1,800 fr. Les pauvres
étaient habillés par ses soins le jour de son sacre; ils
recevaient, le jour de son installation, une abondante
distribution de pains, et, le jour de ses funérailles, une
aumône de 500 fr. Ami dévoué des malheureux, il
n’a cessé, tant qu’il a vécu, soit du haut de la chaire
de sa cathédrale, le jour de Noël, soit dans les réunions
des Messieurs et des Dames de la charité, de plaider
leur cause avec ardeur et charité. Il a été l’un des
principaux bienfaiteurs de l’hospice de Périgueux.
« Oh ! monsieur, nous disait un de ces jours un pauvre
de notre ville, arrêtez-vous , je vous prie. Que de
fois il m’a secouru! Que le bon Dieu lui donne, pour
le rendre heureux dans le Paradis, autant d’anges
— 45 —
qu'il m’a donné de secours! » Et plus loin, un autre
s’écriait : « Nous perdons beaucoup, mon pauvre Mon
sieur l’abbé! »
Sa générosité pour les autres œuvres répondait à sa
charité envers les pauvres. Il a fait don à sa chère
cathédrale d’une lampe de prix, d’un ostensoir de
6,000 fr.; il l’a dotée, en grande partie à ses frais, de ce
carillon joyeux qui, du haut de la tour de Saint-Front,
annonce nos grandes fêtes. Quant à son Saint-Georges,
son église de prédilection, « qui ne s’écarte des tradi» tions byzantines de Saint-Front et de la Cité que
» pour reproduire dans la sincérité de ses lignes les
» types irréprochables du xIIIe siècle (1), » il a donné,
lui seul, plus de 40,000 fr. pour sa construction. Un
jour, 14,000 fr. lui arrivent par testament : « Un évêque
ne doit pas s’enrichir, dit-il, aux conseillers de l’œu
vre, celte somme est à vous! » « Qu’on arrive à l’en
tablement, disait-il deux jours avant sa mort, et je
me charge du reste ! » Aussi, qu’il était heureux, le
29 août 1858, en bénissant la partie achevée de cette
chère église! Et ce temple encore inachevé, il en
projetait un autre et achetait le terrain pour le futur
Saint-Martin !
Le noviciat de Sainte-Marthe, bâti à la Cité, porte
dans ses fondements les marques indestructibles de
sa générosité.
Ce besoin d’œuvres le rendit intrépide quêteur; il
ne rougissait pas de ce nom ; il s’en vantait publique(1) Voir son discours au congrès archéologique.
- 46 —
ment un soir de Noël. Il est beau de l’entendre parler
lui-même de ses œuvres et de ses perpétuels besoins :
« Lorsque la Providence nous soumet à de pénibles
épreuves, N. T. C. F., loin de murmurer contre ses
desseins adorables, baisons avec amour et résignation
la main qui nous frappe : n’est-ce pas toujours la main
d’un Père, puisque toujours c’est la main d’un Dieu !
» Vous avez appris, enfants bien-aimés en JésusChrist, le désastre arrivé à notre Séminaire de Sarlat.,
dont une partie a été consumée parles flammes. Sans
doute le diocèse n’aura pas à supporter la perte tout
entière ; mais une assez forte somme nous devient né
cessaire pour relever les ruines et approprier le bâti
ment à sa nouvelle destination.
» Depuis que. le Seigneur nous a placé au milieu de
vous, N. T. C. F., ne semblerait-il pas, vraiment, qu’il
nous ait donné pour mission de frapper sans cesse à
la porte de votre cœur pour implorer la charité. Nous
ne nous en plaignons pas ; et si notre Église du Péri
gord ne peut être comptée parmi les Églises riches des
richesses d’ici-bas, elle n’en est que plus chère à notre
cœur, puisque toujours sa pauvreté s’est montrée large
et généreuse à l’appel de son Évêque. — Écoutez !
» Pendant quatre années d’une administration bé
nie, notre illustre prédécesseur, S. E. le cardinal
Gousset, jeta les fondements de notre magnifique Sé
minaire de Périgueux, et construisit les vastes bâti
ments du Petit Séminaire de Bergerac, pour lesquels
déjà, avant sa translation à Reims, plus de cent mille
francs avaient été payés, grâces à ses généreux sacri
fices et à votre charité.
» Restaient toutefois à solder encore près de soixante
mille francs, qui nous échurent en partage au jour de
notre Sacre ; et lorsqu’après plusieurs années d’efforts
— 47 -
constants nous commencions à entrevoir l’époque où
nous serions libérés , la translation de notre GrandSéminaire de Sarlat à Périgueux, l’achat du mobilier
tout entier à notre charge, vint nous replonger dans
les plus graves embarras. Plus de vingt-cinq mille
francs, qui nous étaient nécessaires pour frais de pre
mier établissement, et qui seront loin d’être suffisants,
n’ont encore pu être entièrement acquittés ; et cepen
dant il ne nous est pas possible, sans voir tarir la
source précieuse du sacerdoce, de diminuer les se
cours que nous accordons chaque année à nos Sémi
naires.
» Or, pendant que nous luttions contre ces nouvel
les difficultés, la terrible épreuve du feu est venue
nous atteindre.
» Fallait-il donc nous décourager, en face de ces
besoins sans cesse renaissants et de ces demandes in
cessantes qui sembleraient devoir être importunes à
des cœurs moins généreux que les vôtres ? Loin de
nous cette pensée, N. T. C. F., puisqu’àl’instant nous
nous sommes jeté aux pieds de notre Crucifix, et qu’après avoir dit, de cœur et de bouche : Seigneur, que
votre saint Nom soit toujours et à jamais béni ! nous
nous sommes relevé plein d’espérance et de cou
rage....... »
Bien des œuvres privées, qu’il n’est pas encore
permis de dire, témoignent de son tact, de sa généro
sité et de sa magnificence inconcevable dans sa posi
tion, si l’on ne connaissait l’extrême simplicité de
sa vie privée.
- 48 —
III
Les vertus! il s’attacha à les pratiquer toutes de
plus en plus, et, sous ce rapport, son séminaire a duré
autant que sa vie. Celle qui domina tout en lui fut ,1e
zèle, c’est-à-dire la ferveur de la charité.
Il aimait Notre Seigneur, et, pour l’amour de lui, il
suivait exactement; dans sa vie privée, un règlement,
dans lequel les exercices de piété avaient une large
part. Il aimait passionnément les âmes. Ce qu’il vou
lait à tout prix, et par dessus tout, c’était leur pro
grès, c’était leur salut. Tout ce qui pouvait entraver
leur marche vers Dieu excitait en son cœur les géné
reuses colères du plus saint dévouement. Il aimait, il
cherchait le bien en toutes choses. Il combattait le mal
en toutes rencontres, selon ce qui est écrit : « Ne
cherchez pas à devenir juges, si par votre force vous
ne pouvez rompre l’iniquité. » Il était bon, non de
cette lâche bonté qui n’est que faiblesse et faux amour
d’une vaine popularité, mais de cette bonté , la seule
véritable, qui, en ménageant autant que possible les
personnes, déteste et détruit l’iniquité. Semblable à
St Charles Borromée, il fut l’homme de la règle et du
devoir.
Il aimait prodigieusement l’Eglise de Dieu, et
comme, selon le beau mot de St François de Sales,
« le Pape et l’Eglise c’est tout un », il aimait ten
drement le Saint-Père. Attiré par un invincible aimant
— 49 —
vers la ville éternelle, pairie supérieure de toutes les
âmes, il partit pour Rome et vit Grégoire XVI, qui
voulait lui ôter tous ses pouvoirs, afin de le retenir
pour la fête de la St-Pierre. Il revenait, quand il eut le
regret d’apprendre sa mort. Rentré dans la ville éter
nelle , il eut la joie de voir son successeur dans la
splendeur des commencements de son pontificat.
Ecoutons-le nous raconter lui-même les divers détails
de son voyage :
« Tout fidèle, tout Prêtre, tout Évêque séparé de
Rome, languit et meurt, puisque tout schisme est la
mort : de là, l’heureuse et douce nécessité pour tout
Évêque de se tenir fortement uni au Successeur de
Pierre. Si donc nous allons vers lui pour revenir à
vous, N. T. C. F., c’est afin de communiquer à votre
esprit une lumière plus vive, à votre âme des eaux
plus pures, et à votre cœur une sève plus abondante
en fruit de bénédictions.
« Nous voulons, Frères bien-aimés en J.-C., par
l’acte solennel de notre visite à notre très-glorieux
pèreS. S. Grégoire XVI, nous voulons rendre hom
mage à sa primauté, non-seulement de dignité et
d’honneur, mais encore de juridiction et d’autorité
sur tout l’univers ; rendre hommage à cette Eglisemère qui tient en sa main la conduite des autres
Eglises ; à cette Chaire apostolique, la Chaire uni
que en laquelle seule tous gardent l’unité. »
« Nous irons à l’exemple de l’Apôtre des nations,
conférer avec Pierre de l’Evangile que nous vous
avons annoncé, N. T. C. F., et que nous vous annon
cerons pendant le cours de notre épiscopat, afin que
ce qu’il croit, enseigne et ordonne , soit cru, ensei
gné et saintement pratiqué dans notre chère Eglise du
4
— 50 —
Périgord, toujours si heureuse et si fière de son union
intime avec la Sainte Eglise Catholique, Apostolique
et Romaine..... »
« Daigne le glorieux St Front, député par l’Eglise
Romaine dès les premiers âges du christianisme vers
l’Eglise du Périgord, sourire du haut des cieux à son
indigne successeur, qui, après tant de siècles, s'ache
mine vers la même Rome, y rapportant, sinon les
mêmes vertus, du moins le même enseignement et la
même foi....... »
« Depuis que la mort a frappé notre très-saint et
très-vénéré Père, nous ne pouvons nous séparer de
ses restes mortels. Nous les avons visités dans la
Chapelle de son palais, alors qu’ils étaient exposés à
la vénération des fidèles, et nous les avons religieuse
ment accompagnés dans leur translation sous les
voûtes où reposent les corps de St Pierre et St
Paul.
« C’est là que chaque soir nous allions faire notre
triste et pieux pèlerinage. Une dernière fois, nous
avons été admis à baiser ses pieds si vénérables et si
beaux, qui évangélisaient la paix et les biens céles
tes. Ces dépouilles précieuses vont être renfermées
dans le tombeau, où nous déposerons, avec le souve
nir de nos éternels regrets, le tribut de nos prières et
de nos larmes...... »
« Déjà nous étions allé sur le tombeau de saint
François d’Assise demander pour vous et pour nous
une de ces étincelles de charité brûlante qui consuma
son cœur ; déjà, dans ce sanctuaire à jamais vénéra
ble de Notre-Dame-de-Lorette, tous vous aviez été of
ferts et consacrés à Marie. Nous avions dépassé Sinigaglia, patrie de Pie IX, mais qui ne connaissait pas
— 51 —
encore son bonheur : Nous touchions aux portes d’Imola, si fière aujourd’hui de ses deux évêques, Pie
VII et Pie IX, lorsque nous apprîmes la grande et
heureuse nouvelle.
« Notre cœur alors, comme celui de l’apôtre qui dé
sirait être réuni au Seigneur et demeurer avec ses en
fants, fut fortement presse de deux côtés : Nous eus
sions voulu arriver près de vous , N. T. C. F., et en
même temps aller nous prosterner aux pieds du SaintPère. Nous réfléchîmes, nous priâmes, et bientôt après
nous reprenions le chemin de Rome. Pouvions-nous ,
en effet, reparaître au milieu du bercail, après une
élection si miraculeuse et si prompte , sans rapporter
à nos brebis, outre la bénédiction du Pasteur que
nous pleurions et qui est aux cieux, celle de son di
gne et vénéré Successeur ?
« Ce fut, N. ï. C. F., au milieu des réjouissances
et des fêtes que nous traversâmes, rapidement et pour
la seconde fois, l’Italie. Toutes ces populations, qui
avaient vu naître, croître et grandir au milieu d’elles
lenouveau Pontife , connaissaient son zèle et sa chari
té ; aussi, dans l’ivresse de leur bonheur, faisaient-elles
disparaître, par leurs illuminations et leurs feux de
joie, les ténèbres de la nuit.
« Oh! que les cardinaux ont bien choisi ! nous di
sait un moissonneur auquel, sur sa demande, nous ap
prîmes l’élection , sous les murs même d’Imola ; c est
un si brave homme que notre évêque ! il nous aime
tant, et les pauvres aussi ! L’éloge du moissonneur
nous émut profondément ; nous avons voulu vous le
redire, N. T. C. F., ainsi que tous ces détails dans
toute leur naïve simplicité. L’Evêque n’est-il pas le
Patriarche et le Père qui, à l’exemple de saint Jean ,
se plaît à raconter ou à écrire à ses enfants ce qu'il
a vu et entendu ?
....... . . ..
bîbliothêouè:
DE LA VILLE .
LDE PÉHIG.UEL ■
— 52 —
« Le Seigneur exauça nos vœux, et nous pûmes
assister aux solennités des fêtes de saint Pierre et de
saint Paul. Dès le lendemain (c’était hier , ce souve
nir demeurera gravé dans notre âme jusqu’à notre
dernier soupir), nous étions prosterné aux pieds du
Saint-Père, et, pendant l’audience qu’il voulut bien
nous accorder, qu’il daigna même nous inviter , mal
gré ses immenses travaux,. à prolonger encore, il
nous fut donné de le voir seul à seul et de lui parler
os ad os, cœur à cœur.
« Vous fûtes l’objet de nos entretiens , vénérables
membres de notre Chapitre, pieux Directeurs de nos
Séminaires , bien-aimés Pasteurs des âmes, jeunes et
intéressants Lévites, dignes Epouses de J.-C., estima
bles Frères des Ecoles-Chrétiennes , fidèles de tout
sexe ; tous, selon nos promesses , vous fûtes présen
tés au Souverain Pontife par votre Evêque, qui, par
deux fois, reçut, pour venir en aide à sa misère et à
vos besoins, ses plus amples bénédictions....... »
Le second des évêques, en France, Mgr rétablit, le
1er décembre 1844, la sainte Liturgie Romaine, aban
donnée depuis peu (en -1781). Non content de la réta
blir , il en facilita l’exécution à ses prêtres par son Rè
glement sur les cérémonies, adopté dans plusieurs
diocèses, à ses fidèles par ses petits calendriers, qui
la leur expliquaient et la mettaient à leur portée. À tous,
il donnait l’exemple d’en accomplir avec une scrupu
leuse exactitude les moindres détails. Son esprit d’o
béissance aux règles de l’Eglise a édifié tous les Con
ciles provinciaux auxquels il a pris part.
Entendons-le encore :
« Pour nous, appelé si jeune à porter ce lourd far-
— 53
deau de l’épiscopat, destiné peut-être à le sentir de
longues années encore peser de tout son poids sur nos
trop faibles épaules; pour nous qui, sans cesse, avons
présent à notre pensée le terrible jugement réservé à
ceux qui ont eu le pouvoir, nous n’envisageons jamais
qu’avec un saint effroi ce tribunal où seront jugées les
justices même, et discutés tous et chacun des actes
de notre administration.
» Il en est un, toutefois, que nous irons porter sans
crainte, nous dirons même avec confiance et joie, aux
pieds du Souverain Juge : lorsque de notre main
défaillante s’échappera la houlette du pasteur, il nous
semble qu’une de nos grandes consolations sera d’a
voir rendu à notre Eglise, toujours Une par sa foi
avec celle de Pierre, son antique et précieuse Unité
de prières, de cérémonies et de Rits avec l’Eglise Ro
maine...... »
« Si, lors de notre récent pèlerinage aux Tombeaux
des Apôtres, nous reçûmes les félicitations des Princes
de l’Eglise, si une bouche auguste daigna nous donner
de précieux encouragements pour cet acte de notre
administration, ces félicitations et ces encouragements
pour ce retour à l’unité liturgique vous sont dus , et
nous sommes heureux de vous les transmettre, véné
rés Frères de notre Chapitre, qui, de concert avec
nous, y avez concouru, prêtres et pasteurs des âmes
qui l’avez accueilli avec cet esprit de foi, qui fait notre
gloire et notre force....... »
« Nos désirs sont comblés, prêtres de J.-C., et notre
joie est grande , puisque notre Eglise du Périgord,
toujours Une dans sa foi, va bientôt le devenir dans
ses prières et ses cérémonies.
« Rallions-nous toujours à ce trône de Pierre, qui
— 54 —
ne croulera pas, d’après la parole de Jésus-Christ luimême. Dans un siècle surtout où tous les efforts ten
dent avec une habileté si acharnée à diviser pour dé
truire, enlaçons-nous plus fortement que jamais à cet
arbre mystérieux de l’Eglise, que les tempêtes pour
ront agiter, mais qu’elles ne renverseront pas. Plus
une branche est près du tronc, plus elle a de force et
de vie.
« Un clergé tendrement uni à son évêque, étroite
ment uni lui-même à la chaire pontificale, c’est la
forteresse inexpugnable, c’est l’armée rangée en ba
taille dont parlent nos livres saints. Elle se lève et
marche comme un seul homme, toujours invincible,
puisqu’elle n’a qu’un cœur et qu’une âme. Les amis
de l’Eglise édifiés, fortifiés, s’en glorifieront, et ses
ennemis humiliés nous respecteront. »
La bouche parle de l’abondance du cœur : aussi,
combien de fois, avec quels intraduisibles accents il
parlait du Saint-Siège, de sa suprême et irréfragable
autorité, de ses malheurs et de son attachement pour
lui ! Les souffrances du Saint-Père étaient les siennes,
et il a montré, par de précieux effets , que son amour
n’était pas stérile. « Je suis en deuil, » disait-il depuis
plusieurs mois , et il se privait, on le sait, pour sou
lager son Père dans la détresse.
■
I î I !'
i
I
Dix jours avant sa mort, il nous lisait cette Instruc
tion qu’il avait lui-même écrite de sa main, sur le
Pape et le Denier de saint Pierre : Il aurait voulu
que tout le monde la lût. Et, arrivé au trait de l’or
pheline de l’hôpital de Périgueux, nous vîmes des
larmes tomber de sa paupière.
— 55 —
Rome l’aima. Pie IX garda de lui un précieux sou
venir et lui écrivait :
« Il Nous a semble, en effet, vous voir et vous en
tendre nous parler à Nous-même, lorsque Nous lisions
les lettres où vous Nous exposiez la profonde douleur
que vous ont causée, à vous, au Chapitre de votre
église cathédrale, à tout votre clergé et au peuple
fidèle confié à vos soins, la violence faite à Notre Per
sonne, dans notre palais du Quirinal, et les détestables
forfaits accomplis alors à Rome..... »
M. Maupoint ayant dit à Sa Sainteté qu’un évêque
de Bretagne avait été le premier évêque français béni
par Elle. « Vous vous trompez, répliqua le SaintPère , le premier évêque français que j’ai vu, c’est
Mgr de Périgueux.» — «Vous avez là un bon Monsei
gneur », dit le même Pape à un ecclésiastique de
France. Suprême témoignage d’affection paternelle
de la Chaire pontificale, lui arriva, peu après son dé
cès, l’indulgence plénière, qui est accordée d’ordi
naire aux cardinaux mourants.
Il aimait la Sainte-Vierge. Par rescrit du 17 sep
tembre 1841, il obtint la permission d’ajouter à la
Conception le mot Immaculée. Le 21 novembre de 1a.
même année, il fonda à Saint-Front l’Archiconfrérie,
et, tous les samedis, quand il était à Périgueux, il di
sait la messe à l’autel de la Vierge , pour la conversion
des pécheurs. Il fil recueillir l’histoire du culte de
Marie en Périgord, et jeta les fondements d’une nou
velle église au pélerinage de Capelou. « Dès nos plus
» tendres années, dit-il, nous n’avons eu rien de plus
— 56 —
» cher que d’honorer Marie d’une piété particulière et
» du dévouement le plus intime de notre cœur. » Il
voua à la Vierge sa vie et son épiscopat. Quelques heu
res avant sa mort, il faisait mettre au fond de son lit
l’image de la Vierge de Sainte-Anne-d’Auray, afin de
mourir sous son regard et sa bénédiction ! Il consacra
un de ses Mandements à la Très-Sainte Vierge :
« Entendez la voix de votre Évêque , qui que vous
soyez, petits enfants, jeunes gens, jeunes personnes,
pères, mères, vieillards, vierges et guerriers, riches
et pauvres, justes et pécheurs : après Dieu, aimez
Marie de toute votre âme, de tout votre cœur et de
toutes vos forces, et soyez fidèles aux diverses prati
ques de son culte ; portez sur vous son chapelet, sa
médaille et son saint habit ; ayez dans l’intérieur de
vos maisons sa statue ou son image, soyez de toutes
ses fêtes et confréries, ornez ses autels et fréquentez
ses pélerinages, mais, surtout et avant tout, imitez
ses vertus !
« Il y a dix-huit ans, N. T. C. F., à pareil jour, pros
terné au pied des autels , nous reçûmes, avec l’impo
sition des mains, fonction sainte et la plénitude du
sacerdoce, et nous nous relevâmes votre Pontife et
votre Père. Tremblant en face de la terrible responsa
bilité des cinq cent mille âmes dont nous répondions
devant Dieu, nous parûmes au milieu de vous, et nos
premières paroles furent celles-ci : « O Prince des
» pasteurs, venez à notre aide et bénissez notre apos» tolat ! Cœur divin de Jésus, nous vous en consa» crons les prémices ; Vierge sainte, nous le plaçons
» sous votre puissante protection ! Vous en sanctifie» rez les commencements, vous en activerez les pro» grès, vous en bénirez le terme..... »
— 57 —
Il aimait de tout, son cœur son diocèse. Plusieurs
fois, on lui offrit des dignités plus élevées, et, tout ré
cemment encore, un archevêché, il refusa toujours. Il
était saintement jaloux de la gloire de son cher Péri
gord , et il aurait voulu le voir au premier rang dans
le tableau des œuvres catholiques.
Un jour, son troupeau fut frappé d’une maladie
mortelle :
« Voici qu’un fléau terrible s’est abattu sur nous,
comme l’oiseau de proie sur sa victime. A sa première
apparition, notre cœur se serra comme celui d’une
mère près du berceau de son enfant menacé par la
mort. Les efforts de la science s’unirent à la tendre
sollicitude des magistrats. Il y eut de beaux dévoue
ments, de généreux sacrifices, de nobles victimes.
Nous levâmes nos mains suppliantes vers le ciel ;
nous fîmes célébrer aux tombeaux de St Pierre et de
St Paul, le sacrifice de l’expiation. Les Épouses de
J.-C., du fond de leur retraite, priaient; le Prêtre et
le Pontife, prosternés entre le vestibule et l’autel,
imploraient miséricorde et pardon. La main venge
resse du Seigneur frappait toujours, quia peccavimus,
nous avions péché. La mort et le tombeau se mon
traient insatiables ; le sépulcre ne savait plus dire
c'est assez.
« Nous nous rappelâmes l’illustre Belzunce, que
notre Eglise se glorifiera toujours d’avoir enfanté ; à
son exemple, nous consacrâmes, de l’autel du sacrifice
qu’environnait une foule immense, gémissante, éplo
rée, nous consacrâmes hautement notre ville, notre
diocèse, au cœur de Jésus. Nous plaçâmes sous la
protection du cœur de Marie, tout ce que nous avions
de plus cher au monde, vous tous par conséquent,
N. T. C. F., qui êtes nos enfants....... »
Son esprit de zèle ardent faisait qu’il n’écoutait ja
mais la nature. Dans son invincible intrépidité, il ne
voyait que le but : ses goûts et ses forces ne lui étaient
rien. Il allait toujours cherchant la gloire de Dieu et
le salut des âmes. On l’a rapporté presque mourant
d’une de ses visites pastorales. À peine arrivé, il
allait présider les examens de ses lévites, ou édifier
et fortifier ses religieuses.
Il était toujours occupé, et toujours il avait en vue
de nouveaux travaux
Dans son entretien, Mgr George était affable, bon
et gracieux. Doué d’une grande mémoire, d’un esprit
délicat, d’une politesse antique, d’un tact exquis,
d’une rare intelligence des hommes et d’un sens
extrêmement pratique, sa parole était facile, sa ré
partie vive et juste ; on aimait à le visiter, à l’entre
tenir; et on sortait de chez lui toujours meilleur.
Rien n’était plus remarquable que la simplicité de
son intérieur. En le voyant ainsi seul à seul, le soir,
après le travail de la journée, on éprouvait une véri
table jouissance à contempler à découvert le beau
spectacle d’un véritable cœur d’Evêque.
Dans ses loisirs, il étudiait. Ses livres le suivaient
dans ses voyages. Sans viser à une science extraordi
naire, il possédait très-clairement et à un haut degré
— 59 —
toutes les connaissances théologiques, liturgiques et
canoniques nécessaires à un Evêque.
II pratiquait excellemment l’hospitalité. Plusieurs
Evêques vinrent le visiter. L’Archevêque de Cincin
nati , Mgr Purcell se détourna de sa route pour voir en
lui le neveu de Mgr de Cheverus, et il partait ravi de
la réception que lui avait faite notre Evêque.
Monseigneur a été aimé ; il a eu des amis dévoués.
Mgr Dupuch fut de ce nombre ; la plus étroite liaison
exista entr’eux. Ceux qui l’approchèrent de plus près
lui étaient, nul ne peut l’ignorer, extrêmement atta
chés. Oui, il y a des cœurs où son souvenir est gravé
pour toujours. L’âme forte de ce saint Evêque savait
ressentir et inspirer des amitiés saintes et courageu
ses : on l’aimait, non d’une manière faible et ordi
naire , mais d’une affection puissante et généreuse.
IV
Revenu depuis peu d’une tournée pastorale dans le
nord du diocèse, Monseigneur présida, le jeudi 13 dé
cembre, une réunion générale de la Société de SaintVincent-de-Paul ; le dimanche suivant, il entendit, à
Saint-Front, un sermon sur la mort du juste. Le soir,
à sept heures, il ressentit une indisposition qu’on crut
légère. Il n’en était rien, hélas ! c’était une inflammad’entrailles qui se déclarait. La journée du lundi fut
— 60 —
mauvaise ; le mardi, le mal fit de rapides progrès ; le
mercredi, les symptômes devinrent alarmants, et, le
jeudi, tout espoir de conserver une vie si précieuse
fut perdu sans retour.
Dans l’après-midi, Monseigneur, voyant arriver sa
dernière heure avec courage et confiance, demanda
les derniers sacrements. Les tintements du bourdon
de Saint-Front annoncèrent à la ville cette triste céré
monie. Vers trois heures, le chapitre, le clergé de la
ville, les RR. PP. Capucins se réunirent dans les ap
partements du vénérable malade, qui reçut le SaintViatique, l’Extrême-Onction et l’Indulgence plénière.
Les larmes et les sanglots éclataient de tous côtés.
Après avoir communié, Monseigneur, d’une voix
entrecoupée et faible dit : « Merci à mon Chapitre,
« à mes Directeurs, à tout mon Clergé. Dans un
«épiscopat de vingt ans, j’ai dû faire des fautes;
« mais, je puis le dire , je n’ai cherché que la gloire
« de Dieu et le salut des pauvres âmes..... J’ai tra« vaillé beaucoup, je ne sais si j’ai bien travaillé......
« Grâces à Dieu, j’ai eu d’excellents Grands-Vicaires,
« et de bons Secrétaires, qui m’ont toujours très-bien
« aidé..... Le Chapitre, le Clergé... les bons Pères Ca« pucins , les Jésuites..... C’est une consolation pour
« moi de les avoir appelés dans le Diocèse.... Les Jé« suites... les Capucins.... les Chartreux.... j’aurais
« voulu ensuite appeler les autres.... Je crois avoir
« été attaché au Souverain Pontife dans mes écrits et
« mes actes.... Soyons lui tous attachés , croyons ce
« qu’il enseigne... II est si malheureux en ce mo« ment.... Merci à mes médecins.... à mes domesti-
— 61 —
« ques !.... J’ai voulu faire le bien, je regrette de n’a« voir pu achever.... Priez pour que le Seigneur me
«pardonne..., je le prie de me pardonner... Mon
«Dieu!... que votre volonté soit faite... Il m’a fait
« la grâce de me préparer..... il faut être toujours
«prêt.... Merci.... que votre volonté soit faite!...
« Allons ! je célébrerai dans le Ciel la fête de Noël, je
« verrai l’enfant Jésus !... J’aimais de tout mon cœur
«cette Eglise de Périgueux !.... Mes Directeurs du
« Petit-Séminaire, les Communautés religieuses !....
«je n’oublie personne, dites-le leur.... Au ciel nous
« nous reverrons !. .. Ne pleurez pas ! »
Pendant qu’il recevait les sacrements, tout en s’u
nissant aux prières de l’Eglise, on lui entendait
dire : « Mon Dieu, je vous aime !... tout à vous !...
«Je refusais l’épiscopat, j’avais raison!... Quelle
« charge!... Sainte-Vierge ma Mère, je vous ai bien
« aimée !... Je suis content d’avoir souffert avant de
« mourir ! »
Au moment de recevoir l’indulgence plénière :
« Oh ! donnez-la moi bien pleine, dit-il ; un Evêque
« en a besoin ; il a tant de responsabilité ! »
Il donna ensuite sa main à baiser à tout le clergé ;
plusieurs fois, il montra le ciel y donnant rendezvous; puis il dit à plusieurs de ses prêtres : « Aimez
« toujours la Sainte Eglise, comme vous l’avez aimée,
« cela vous portera bonheur !.... »
Quand le prêtre, avant de se retirer, le bénit avec
le Saint-Ciboire, s’inclinant et croisant pieusement les
mains, il dit : « Oh ! oui, bénissez-moi, mon Dieu ! »
Il retomba plus fatigué sur sa couche de douleur.
« Le froid de la mort me gagne, » dit-il. Il fit mettre
— 62 —
au bas de son lit, sous ses yeux, l’image de la Vierge
de Saint-Anne-d’Auray, il demanda les prières de la
recommandation de l’âme, et comme on voulait les
abréger « Non, non, dit-il, toutes! » Il perdit la
connaissance, et peu de moments après, il rendait sa
belle âme à son Créateur, après quatre jours d’in
croyables souffrances, virilement supportées.
La nouvelle d’une si prompte mort se répandit ins
tantanément dans la ville, et, avec elle, la douleur, la
stupéfaction et le deuil. Cette impression gagna de
proche en proche tout le diocèse, à mesure que s’y
redisait cette triste parole : Monseigneur est mort !
Ce n’a été de tous côtés qu’un concert unanime de
respects, de larmes et d’éloges.
Le corps du vénérable défunt est resté exposé du
rant sept jours dans une chapelle ardente. Une foule
innombrable n’a cessé de s’y réunir ; des messes y ont
été célébrées, de nombreuses communions faites. La
piété des fidèles a exigé que l’on fit toucher aux reli
ques du saint Pontife une incroyable quantité de
pieux objets. Les regards ne pouvaient se détacher de
cette figure digne et calme dormant le sommeil de la
paix , et illuminée d’un reflet de la gloire éternelle!
« Quel brave homme ! » disait un pauvre ouvrier. —
« C’était un saint! » lui répondait son compagnon.
Monseigneur n’a emporté devant Dieu que le senti
ment d’une exquise charité.
Dans son testament, il remercie le Seigneur de
l’avoir fait naître catholique et de lui avoir ménagé le
— 63 —
bonheur et l’honneur du sacerdoce. Il parle de ses
craintes de l’épiscopat, et ajoute que, n’ayant voulu
que le bien, il pardonne à tous ceux qui ont pu lui
faire de la peine !
« Bienheureux le serviteur que le Seigneur, quand
il viendra, trouvera agissant de la sorte ; je vous le
dis en vérité, il lui dira de se reposer, et, passant, il
le servira !..... »
Et maintenant, ô saint Pontife, ô pieux Évêque, ô
Père, ô ami, ô char d'Israël, recevez l’expression pu
blique de l’admiration et de l’affection de tous vos en
fants ! Pour nous instruire encore et pour échapper à
tout éloge, vous avez vous-même composé votre pro
pre épitaphe. Si le marbre n’est pas assez expressif à
notre gré, nos âmes parleront. Tous les chemins du
Périgord garderont la trace de vos pas, tous ses échos
le son de votre parole, et tous nos cœurs porteront,
gravées comme un .perpétuel souvenir, ces ineffaça
bles paroles : « Il fut un bon évêque ! il fut l’apôtre
de la foi ! il fut l’apôtre de la charité ! il passa en fai
sant le bien. Il nous a aimés ! il est mort en ser
vant notre pays ! Que sa mémoire soit en bénédic
tion ! » (1)
P. D.
(1) Faite en trois jours, cette notice est nécessairement imparfaite.
On prie ceux qui auraient des détails relatifs à Mgr George de vouloir
bien les transmettre à l’Evêché de Périgueux.
V
On l’a dit avec raison : la grande affaire de l'homme
c'est la vie, et la grande affaire dans la vie, c’est la
mort. Monseigneur George, ayant admirablement
exécuté ces deux choses, il fallait que, de son côté,
le Diocèse s’acquittât de sa dette envers lui dans la
grande affaire de ses funérailles.
Il n’y a pas manqué.
Le 27 décembre, jour fixé pour la triste cérémonie,
les abords dela Cathédrale étaient encombrés par plus
de cinq mille personnes, accourues de toutes parts
pour voir une dernière fois leur Pasteur, et lui donner,
en assistant à ses obsèques, un suprême témoignage
d’attachement. L’affliction se lisait sur tous les visages,
comme elle était au fond de tous les cœurs.
Malheureusement, la pluie ne permit pas à l’im
mense convoi funèbre de parcourir les rues de la
ville, qui fut ainsi privée d’un imposant et édifiant
spectacle.
On descendit immédiatement àSt-Front. La Cathé
drale était entièrement tendue de noires et sombres
draperies. Les obsèques furent célébrées par S.E.Mgr
le Cardinal Donnet, Archevêque de Bordeaux, assisté
de Nosseigneurs les Évêques de Tulle et d’Angoulême,
et d’une affluence de Prêtres telle que , de mémoire
d’homme, Périgueux n’en avait vu de semblable,
même dans les circonstances les plus solennelles, en
5
— 66 —
présence de toutes les autorités civiles et militaires,
et au milieu d’un concours incroyable de fidèles, dont
les flots pressés regorgeaient de tous côtés aux alen
tours.
Sur un immense catafalque était exposé, dans la
nef, entouré d’un grand nombre de flambeaux, le
corps du vénérable défunt, revêtu de tous ses habits
pontificaux violets, la mitre blanche en tête.
Après la messe de Requiem, Son Éminence, du
haut de la chaire, prononça ce discours :
Vir Dei es tu.
Vous êtes l’homme de Dieu.
« Messeigneurs et vous tous Nos Très-Chers Frères,
» En me voyant dans cette chaire où la voix de votre
Évêque semble retentir encore; en contemplant ce
siège où il avait coutume de s’asseoir au milieu de vous ;
en présence de ce lugubre appareil, vous attendez sans
doute de moi l’éloge funèbre de celui que vous pleurez.
Hélas! puis-je être capable d’autre chose que de mêler
mes larmes aux vôtres , que de confondre ma douleur
avec votre douleur! ou si vous voulez que je fasse da
vantage, je chercherai, à l’aide des moyens puissants
que la Religion nous présente, à offrir à vos cœurs le
heaume d’une consolation toute sainte. Mon embarras,
en ce moment, n’est pas cependant celui qu’éprouvent
d’ordinaire les orateurs chargés de célébrer les louanges
des morts devant leurs contemporains; je n’aurai besoin
ni d’habileté pour couvrir des fautes, ni de précautions
pour excuser des torts, ni de votre charité pour par
donner des erreurs ; car la mémoire de votre Pasteur et
Père s’élève, selon l’expression de l’Écriture, comme
l’encens qui brûle dans l’intérieur de nos temples et y répand
de suaves odeurs, , ce qui vaut mieux que les plus longs et
— 67 —
les plus éloquents panégyriques. Votre Évêque a été, à,
Bordeaux, à Périgueux, toujours et partout, non l’homme
du parti-pris ni des circonstances, mais l’homme de Dieu :
Vir Dei es tu. Que pourrait-on demander de plus pour
caractériser celui à qui le Seigneur donne la mission de
diriger et d’instruire les peuples. Vir Dei es lu.
» Ce texte ne vous retrace-t-il pas fidèlement le bienaimé Pontife dont la perte est si vivement sentie? Ne
dirait-on pas que c’est lui que l’Esprit-Saint désignait
dans les paroles que je viens de citer ? N’êtes-vous pas
tous àmême de juger s’il a mérité cet éloge. Cette pen
sée se présentait ici d’elle-même. Elle nous servira de
guide dans ces quelques mots consacrés à la mémoire
de Monseigneur Amédée-Jean-Baptiste George, Évêque
de Périgueux et de Sarlat. Elles seront le partage tout
indiqué de mes pensées et de mes paroles. Vous êtes
l’homme de Dieu, Vir Dei es tu. Puissiez-vous, N. T. C.F.,
les avoir entendues dans le même sens que nous, nous
aurons fait alors plus que remplir les hautes convenances
du panégyrique : nous vous aurons donné un grand et
utile enseignement.
» Mgr Amédée George naquit à St-Denis-de-Gâtines
(Mayenne), le 17 avril 1805- Si la vertu, la probité la
plus sévère, la piété la plus éclairée, la charité la plus
expansive ne sont pas des titres à l’estime et à la con
sidération publique, M. George aurait pu se passer
d’ancêtres. Il se serait borné à dire avec le jeune Tobie :
Filii sanctorum sumus. Mais nous savons qu’il appartenait,
par sa famille et les alliances qu’elle avait contractées
avec plusieurs illustrations de la province, à des parents
dont quelques-uns furent distingués par la triple gran
deur de la vertu, du courage et du malheur. Sa nais
sance, h l’époque de la réouverture de nos temples, et
au moment où nos provinces de l’Ouest déposaient les
armes qu’une héroïque fidélité avait mises entre leurs
mains, ne semblait-elle pas le prédestiner à la noble
mission dont il accomplira un jour, avec un dévouement
au-dessus de tout éloge, les sublimes devoirs.
— 68 —
» Élevé dans les habitudes douces et simples du vil
lage, entouré des soins d’une mère admirable, il puisa
au foyer domestique une simplicité touchante et ce culte
de la famille qui ne l’abandonna jamais ; à cette école,
on lui parla de bonne heure de l’oncle, de l’apôtre, du
pontife que la tourmente révolutionnaire avait jeté dans
les déserts du Nouveau Monde, et, dès-lors, on put re
marquer dans le jeune Amédée une élévation de senti
ments, qui s’allia toujours avec cette grâce naïve, cette
touchante simplicité, cette gaîté grave, cette aménité
de mœurs qui lui conciliaient l’estime et l’affection gé
nérales.
» Ce qu’il avait été à la maison paternelle, il le fut à
Sainte Anne d’Auray et au Séminaire de St-Sulpice, où
ses condisciples n’ont trouvé en lui que simplicité et
candeur : doué d’une grande énergie dans ses résolutions
et d’un naturel ardent, il n’offensa jamais personne. Il
ne connut, comme tous les hommes supérieurs qui ob
servent et savent se décider, d’autre habileté que sa droi
ture ; esprit juste et prompt, il saisissait la vérité d’un
premier coup-d’œil; esprit pénétrant et facile, il savait
embrasser, avec la science des détails, chose fort rare,
les plus hautes vues, les plans les plus vastes, comme
vous en avez été souvent les témoins. Actif et laborieux,
il était en même temps d’un discernement et d’une sa
gesse à laquelle, on rendra plus de justice aujourd’hui
qu’on ne l’a fait dans les premiers temps de son épis
copat.
» Il eut, dans sa jeunesse, la prudence des vieillards.
Personne n’ignore qu’après vingt ans d’épiscopat il avait
tout le charme des premières années de sa vie. Il m’é
crivait il y a peu de jours, en me parlant de la plus
grande des infortunes de notre époque : « Si ma main
» est toute tremblante en vous traçant ces lignes, c’est
» que mon cœur est encore tout neuf, et sait aimer le
» Vicaire de Jésus-Christ comme le jour où vous m’im» posâtes les mains. »
» Ce serait, a dit le- plus célèbre historien du temps
69 —
d’Auguste, faire injure à un homme qui se respecte,
que de vanter sa probité, sa tempérance, sa loyauté et.
son courage; il me semble, qu’en présence de cet audi
toire, je suis en droit d’en dire autant des vertus qui
doivent être le partage du prêtre et du pontife. Mgr
George ne dut, ni aux malheurs de la patrie (ses plaies
venaient d’être fermées), ni à des mécomptes person
nels, ni à des revers de famille , le désir, le besoin qu’il
éprouvait de se donner tout entier au Seigneur. Sa fidé
lité à la grâce, dès ses plus tendres années, doubla sans
doute ses mérites, augmenta ses vertus, mais il n’eut
jamais à pleurer les erreurs d’une jeunesse frivole et
dissipée; s’il parut quelquefois craindre les terribles
jugements du Seigneur, la confiance prenait vite le des
sus, comme on a pu s’en convaincre à sa dernière heure
où on l’a entendu s’écrier : < Je célébrerai cette année
» les fêtes de Noël au sein de Dieu ! Je verrai l’Enfant
» Jésus ! »
» Dans un moment où le fardeau de l’épiscopat lui
paraissait trop pesant, il nous rappelait le vif désir qui
l’avait poursuivi longtemps d’une abnégation plus
grande : « Combien de fois ne me suis-je pas surpris,
» m’écrivait-il, à regretter de n’avoir point placé mon
» existence à l’abri des orages, dans une Communauté
» religieuse; c’est là qu’on obéit sans dépendre, que l’on
» gouverne sans commander ; c’est là que l’autorité est
» dans la douceur, où le respect s’entretient sans le se» cours de la crainte, b
» Le jeune Prêtre n’avait pu suivre l’attrait de son
cœur ; la Providence le réservait comme un modèle au
clergé séculier, et voulait en faire un des plus dignes
pontifes de notre temps. Il fallait que les fidèles et les
lévites vissent en lui, selon la belle pensée de Bossuet,
l’innocence à l’autel, le zèle à la chaire, l’assiduité à la
prière, la patience dans la conduite des âmes, et une
ardeur sans mesure pour toutes les affaires de l’Eglise.
b Tel se montre à nos regards le vicaire de St-André,
l’aumônier des Vieillards et du Collège, l’archiprêtre
— 70
delà Cathédrale, le grand-vicaire de Bordeaux, l’évêque
de Périgueux et de Sarlat. Que je voudrais, N. T. C. F.,
qu’il nous fût possible de le suivre dans ces différentes
positions. Pourquoi tous ceux qui l’ont connu ou qui
l’ont vu à l’œuvre, comme il nous a été donné de l’y
voir nous-même, ne se lèvent-ils pas pour raconter
ses bienfaits, pour célébrer ses vertus? C’est à eux qu’il
appartient de composer son éloge : Laudent eum opéra,
ejus !
# Mais le temps nous presse; c’est de l’Évêque de
Périgueux, c’est de votre bien-aimé Pontife que nous
devons vous parler. Notre tâche ne sera pas difficile, car
cette vie vous est connue. Il ne nous reste donc qu’à
évoquer vos souvenirs et vos regrets. Et comment ré
pondre autrement à votre attente? Toute la province
n’a-t-elle pas entendu raconter le bien qu’il a opéré, les
œuvres de charité qu’il a créées ou qu’il féconda : Pas
teur infatigable, Administrateur habile, Père tendre, Ami
fidèle et discret, il n’est resté étranger à aucun genre de
bien; les conversions qu’il obtint dans sa ville épisco
pale et dans le cours de ses visites pastorales, les aumô
nes qu’il répandit, les œuvres qu’il encouragea, les con
seils qu’il donna le rendirent l’objet de l’admiration gé
nérale.
s Combien de personnes parmi celles qui m’enten
dent durent peut-être au pieux Évêque leur retour à
Dieu, leur progrès dans le bien, des consolations dans
leurs peines, du courage dans leurs revers? Gomme
cet oncle dont il parlait avec tant d’amour , et dont
nous sommes heureux qu’on nous rappelle souvent à
nous-même les exemples et les vertus, il avait le secret
de toucher les cœurs, d’exciter la générosité, de soula
ger les misères.
» Nous voudrions que le temps nous permît de rap
peler ici les règles qu’il s’était tracées, à Bordeaux , pour
le gouvernement de sa paroisse, et à Périgueux pour
l’administration de son diocèse; vous y admireriez tou
tes les saintes habiletés du zèle le plus ardent, la défiance
71 —
de soi-même, et toutes les précautions d’une vertu sans
tache. Depuis sa promotion à l’épiscopat, il se répétait
souvent à lui-même ces paroles que saint Bernard adres
sait à. un jeune pontife : « Que de maux à guérir, que de
» ruines à réparer ! Comme au jour où l’on releva celles
» de Jérusalem, il faudra d’une main rassembler les pier» res et de l’autre repousser les ennemis acharnés à con» trarier l’œuvre de Dieu. »
» Ici, N. T. C. F., viendraient se placer bien des dé
tails intimes, bien des peines secrètes que le monde ne
soupçonne pas, bien des tribulations qui sont le partage
de vos pontifes. Jamais, depuis le premier jour de mon
sacerdoce, je n’ai franchi le seuil d’une demeure épisco
pale sans m’écrier : « Voilà le séjour de l’homme sur le
quel repose le plus pesant des fardeaux, la plus terrible
des responsabilités. » On est généralement trop porté à
ne voir l’héroïsme que dans les actions d’éclat. Le patient,
a dit l’Écriture, vaut mieux que le fort, et celui qui dompte
son coeur vaut mieux que celui qui gagne des batailles.
» Ce serait le cas de vous parler ici des rapports de
l’Évêque de Périgueux avec le Vicaire de Jésus-Christ.
Personne n’ignore qu’il a toujours regardé l’absolu dé
vouement à la personne du Successeur de Pierre et la
fidélité aux doctrines et aux traditions apostoliques
comme une gloire et un devoir. Avec quel empresse
ment il partit pour la ville éternelle dès les premières
années de son épiscopat, et il rentrait dans son diocèse
quand il apprit l’élection de Pie IX. Avec quel sentiment
de foi et d’amour ne revint-il point sur ses pas pour se
jeter , le premier de tous les évêques de France, entre
les bras d’un Pontife dont les tribulations lui ont causé
une de ces douleurs qui n’a pas été étrangère au cruel
événement qui nous réunit près d’une tombe.
» En parlant des douleurs auxquelles le cœur de votre
Évêque a été en proie dans ces derniers temps, nous au
rions désiré pouvoir nous abstenir de signaler, du haut
de cette chaire une rumeur infâme, dont la ville de Pé
rigueux avait déjà fait justice; mais, depuis quelques
— 72 —
jours, elle vient de prendre au-dehors d’effroyables pro
portions.
» Qu’on le sache, et je le proclame d’une voix quia
mission de faire entendre ici toute la vérité, aucun prê
tre, aucun religieux n’a abreuvé d’amertume les derniers
moments de son Evêque. Un calomniateur s’est rencon
tré. Mais la justice humaine le poursuit, et bientôt, j’en
ai la confiance, il répondra devant elle du bruit atroce
qu’il a cru pouvoir répandre impunément.
» Non, le Prêtre ne porte pas le déshonneur au sein
des familles, et tandis qu’une philosophie railleuse et
sceptique cherche à enlever à l’habitant des campagnes
sa foi et ses espérances, le Missionnaire consacre au
service de ce peuple tout ce qu’il y a d’activité dans son
esprit, de générosité dans son cœur. Vous pourrez lui
ôter la vie, à. cet homme, mais l’honneur, jamais; il
pourra se laisser égorger, mais jamais avilir.
» Puisque nous avons parlé de ses œuvres, nous n’hé
siterons pas à donner le rang qui leur appartient à la
fondation des Missionnaires diocésains, à l’introduction
des Jésuites, des Capucins et des Chartreux; le dévelop
pement de ces institutions, leurs succès, la reconnais
sance et la vénération des peuples, les services incontes
tables qu’ils ont déjà rendus, indiquent assez leur impor
tance et leur nécessité.
» Il était le seul assurément qui ne se doutât pas de tout
le bien qu’il faisait. Selon le principe du maître : sa main
gauche parut toujours ignorer ce que sa droite répandait
dans le sein de l’infortune. Il se dissimulait à lui-même
ses bonnes actions, et lorsque leur éclat devait trahir
son humilité, son ingénieuse modestie savait comme se
les rendre étrangères ; il semblait avoir conseillé plutôt
que fondé ou soutenu celles qui ne devaient leur exis
tance qu’à ses sacrifices personnels- Au reste, ce n’était
point dans les seules limites de son diocèse que son ab
négation et la générosité de son zèle étaient connues ;
sa mort a été une douleur générale dans le sein de l’é
piscopat; un de nos pontifes les plus autorisés nous
— 73 —
adressait hier ces touchantes paroles : « Je ne suis pas
» encore revenu de l’étourdissement d’un pareil coup.
» Pour la blessure de mon cœur, elle ne se fermera ja» mais ; et le vôtre, Eminence, comme il doit être meur» tri, sitôt après les déchirements de Nevers ! Qu’est-ce
» donc que Dieu veut faire de nous, en nous retirant ses
» vaillants chefs, à la veille de luttes si terribles ! »
» Habitants du Périgord, vous n’oublierez jamais l’or
ganisation donnée à la Congrégation des Sœurs de
Sainte-Marthe, si populaires dans ce diocèse ! Religieu
ses de la Visitation, Carmélites de Bergerac , Sœurs de
Nevers, vos élégantes chapelles retentiront sans cesse
de vos prières, en même temps que sa chère Cathédrale,
qu’il voyait avec tant de bonheur sortir de ses ruines
pour redevenir la merveille de notre province !
» Et vous, pieux lévites, pour qui il a construit le
palais qui vous abrite ; enfants de Bergerac et de Sarlat,
objets de tant d’affection ; habitants des deux faubourgs
de cette cité, n’est-ce pas en votre faveur qu’il élevait
en ce moment deux sanctuaires, dont la nécessité se
faisait sentir depuis si longtemps? Vous redirez aux
générations futures quels trésors de charité renfermait
son cœur !
» Ce grand nombre d’œuvres accomplies, cette répu
tation de fermeté et de sagesse attirèrent plusieurs fois
sur Mgr George l’attention du Pouvoir. Les tortures
causées à son âme par la pensée d’être transplanté sous
un autre ciel que celui où il était résolu à vivre et à
mourir, assombrirent, comme j’en ai les preuves entre
les mains, quelques heures de son existence : « Je tiens,
» m’a-t-il écrit plusieurs fois, à mourir au milieu des
» premiers enfants que Dieu m’a donnés, à placer ma
» tombe sous la protection des saints pontifes de Péri» gueux et de Sarlat ; les liens qui m’unissent à ce dio» cèse sont trop forts pour se rompre par ma volonté ,
» je ne quitterai mes diocésains qu’à la mort. » Et, un an
après, la mort brisait ces liens d’une manière si cruelle
pour tous !
74 —
» Oui, bien-aimé Pontife , nous bénissons cette assu
rance échappée à votre cœur dans ces épanchements de
l’amitié qui ne trompent jamais, ces paroles qui sem
blent nous arriver d’outre-tombe, d’où ne sortit jamais
que la vérité. Hélas ! quand vos enfants craignaient
qu’une volonté supérieure à la vôtre vînt vous arracher
à leur amour, qui leur eût dit que, si peu de temps
après, une mort en dehors de toutes les prévisions hu
maines viendrait rompre des liens resserrés par la
preuve nouvelle que vous leur donniez de votre atta
chement ?
» Hélas! N. T. G. F.,rien, en effet, ne semblait faire
pressentir une fin si prochaine; saisi, au retour d’une
pénible tournée pastorale, d’une violente irritation d’en
trailles, on l’entendit s’écrier qu’il était prêt pour la
mort ; il la vit venir, debout sur ses pieds, comme un
vaillant d’Israël, car à peine s’était—il reposé quelques
heures qu’il sentit la dernière sonner irrévocablement
pour lui.
Le soir du 20 décembre, le tintement de toutes les clo
ches annonce que le Père de la grande famille diocésai
ne, entouré de quelques-uns de ses plus chers enfants,
va recevoir son Dieu. Celui qui a dit si souvent aux au
tres : Conforlare et esta robustus, se l’est dit à lui-même :
et au milieu des gémissements et des sanglots qui écla
tent de toutes parts , on entend tomber de ses lèvres
mourantes ces paroles que nous donnons ici textuelle
ment, comme le plus éloquent de tous les panégyriques :
« Merci à mon Chapitre, à tout mon clergé ; dans un
»épiscopat de vingt ans, j’ai dû faire des fautes ; mais je
» puis le dire, je n’ai cherché que la gloire de Dieu et le
»salut des pauvres âmes.... j’ai travaillé beaucoup, je ne
» sais si j’ai bien travaillé... Grâces à Dieu, j’ai eu d’ex» cellents Grands-Vicaires et de bons secrétaires qui m’ont
» toujours puissamment aidé... Le Chapitre, le Clergé,
» les bons Pères Capucins, les Jésuites, les Chartreux,
» c’est une consolation pour moi de les avoir appelés
» dans le diocèse. J’aurais voulu ensuite appeler les au-
I
-78-
» tres... Je crois avoir été attaché au Souverain-Pontife
» dans mes écrits et dans mes actes... Soyons-lui tous
» attachés, croyons ce qu’il enseigne.... Il est si malheu» reux en ce moment.... Merci à mes médecins.... A mes
# domestiques.... J’ai voulu faire le bien, je regrett»de
» n’avoir pu achever...... Priez pour que le Seigneur
# me pardonne... Je le prie de me pardonner.... Mon
» Dieu!... que votre volonté soit faite.... Il m’a fait la
» grâce de me préparer.... Il faut être toujours prêt...
» Merci !... que votre volonté soit faite !.... Allons ! jecé» lébrerai dans le ciel la fête de Noël, je verrai l’Enfant
» Jésus !.... J’aimais de tout mon cœur cette Église de
» Périgueux !... Mes directeurs du Petit-Séminaire, les
» Communautés religieuses!... je n’oublie personne, di» tes-le leur... Au ciel nous nous reverrons !... Ne pleu» rez pas ! Mon Dieu, je vous aime! tout à vous!... Jere» fusais .l’épiscopat, j’avais raison !... Quelle charge!...
» Sainte Vierge ma mère, je vous ai bien aimée!... Je
» suis content de souffrir avant de mourir. »
« Au moment de recevoir l'indulgence plénière : Oh !
» oui, donnez-la moi bien pleine, a-t-il dit, un évêque a
» tant de responsabilité !... »
» Il a présenté ensuite sa main à baiser à tout le
clergé; plusieurs fois il a montré le ciel, y donnant
rendez-vous.
» C’est là aussi, N. T. C. F., que nous vous donnons,
en finissant, un rendez-vous général. Dignes Évêques
qui êtes venu pleurer le plus aimé, le plus regretté des
collègues, vous le verrez au Ciel; Membres vénéra
bles de ce Chapitre , Pasteurs des âmes, pieuses Com
munautés, nobles magistrats, braves guerriers, il vous
honorait, il vous aimait, il vous tend la main, il vous
appelle, vous le reverrez au Ciel....... AMEN. »
.j
La cérémonie des cinq absoutes fut faite immédia
tement après par Monseigneur le Cardinal, par Mon-
■■
- 76 -
seigneur Berteaud, évêque de Tulle, par Monsei
gneur Cousseau, évêque d’Angoulême, par M. Bor
des , vicaire-général d’Agen, et par M. l’abbé du Pa
villon, chanoine, doyen du Chapitre de la Cathédrale
de Périgueux.
Dans la soirée, le corps de Monseigneur George fut
mis dans le cercueil, en présence du Chapitre, de
quelques autorités et autres témoins. Sur ses pieds, on
mit la mitre et les bulles d’institution. On souda le
tout, et le précieux dépôt fut placé sous les dalles de
la Cathédrale, en face de l’autel de la paroisse, dans la
coupole du Midi, pour y attendre en paix la résurrec
tion bienheureuse.
Ame virile, vaillant et noble cœur, tel fut le Pontife
que nous pleurons. Ceux qui le connurent ne s’y trom
pèrent pas ; ceux que les circonstances tinrent éloi
gnés de lui le devinèrent.
Quel touchant désespoir! Quelle émouvante tris
tesse! Que d’abattement dans cette douleur de sa
grande famille du Périgord ! C’est que la voix aimée
ne se fera plus entendre ; c’est que la main toujours
prête à bénir ne se lèvera plus ; c’est que nos campapagnes, qu’il parcourait de ce pas léger et rapide qui
le menait, intrépide et infatigable, à la conquête des
âmes, ne le verront plus apportant la paix, les conso
lations, les trésors d’amour et de charité qu’il ai
mait à répandre sur son passage ; c’est que ce vaste
diocèse de Périgueux est orphelin ! ! !
I
VI
La mort de Mgr George a été « une douleur géné
rale dans le sein de l’épiscopat. » Les Évêques de la
Province ont envoyé, au vénérable Chapitre, des let
tres d’éloges, de larmes et de regrets, au sujet de ce
triste événement. M. le Ministre des Cultes a exprimé
à l’Évêché « la vive douleur que lui causait... la perte
de ce digne Prélat. » Monument du deuil diocésain ,
nous insérons, en finissant, le Mandement de MM. les
Vicaires Capitulaires. Il restera suspendu ainsi qu’une
lampe funéraire sur la tombe du saint Pasteur comme
ces flambeaux que la piété des fidèles y fait déjà brû
ler : irrécusable témoignage, non pas seulement de
l’estime et de l’affection , mais encore de la vénération
religieuse et profonde inspirée par ce serviteur de
Dieu , mort, on peut le dire, en odeur de sainteté :
Nos Très-Ciiers Frères,
Le digne et vénérable Chapitre de la Cathédrale a déjà
porté à votre connaissance le coup terrible dont la main
de Dieu vient de nous frapper et la perte douloureuse
que nous avons faite en la personne de Monseigneur l’Il
lustrissime et Révérendissime Seigneur et Père bienaimé Jean-Baptiste Amédée George, Évêque de Péri
gueux et de Sarlat ; et à cette nouvelle, aussi triste
qu’inattendue, votre cœur a été brisé comme le nôtre.
Encore dans la vigueur de l’âge, dans toute la ferveur
d’un zèle qui semblait croître avec le nombre des années,
nous espérions voir ce regrettable et saint Prélat con
tinuer longtemps l’œuvre laborieuse de son admirable
épiscopat.
Et voici que le Seigneur, dont les décrets sont toujours
— 78 —
adorables, a voulu donner à son serviteur la récompense
de ses travaux au moment même où il méditait de nou
veaux moyens de procurer sa gloire.
Car, que ne devions-nous pas attendre, N. T. C- F.,
après tout ce que nous avions déjà vu ? Sans parler ici
de son tendre amour pour les pauvres, ni des prodiges
de zèle et de charité dont vous avez été souvent vousmêmes les témoins dans ses visites pastorales, que n’au
rions-nous pas à vous dire des oeuvres si nombreuses de
son apostolat : le Clergé doté d’un enseignement plus
complet, ses Prêtres pourvus des secours nécessaires
pour la vieillesse ou les infirmités, le corps des Mission
naires fondé, les Ordres religieux appelés, les Congré
gations déjà existantes réorganisées, la Sainte Liturgie
romaine rétablie, trois Synodes diocésains et un Concile
provincial tenus sous les vieilles coupoles de St-Front,
presque toutes les églises du diocèse ramenées à la di
gnité du culte par le renouvellement des ornements et
des vases sacrés, la plupart, et surtout sa chère Cathé
drale , relevées ou se relevant de leurs ruines par son
incessante sollicitude, etc., etc., et ce n’était encore là
qu’une partie de ce qu’il avait projeté.
Le but de toutes ses œuvres, N. T. C. F., c’était la
gloire de Dieu et le salut des âmes. La source de cette
activité que nous avons tous si souvent admirée en lui,
c’était un zèle ardent. Zelatus sum bonum : ce mot résume
toute sa vie. C’était le zèle qui éclatait dans sa voix forte,
animée et facile ; le zèle qui se montrait dans ses écrits,
reflets de sa parole et de son âme ; le zèle qui le tour
mentait à la vue des malheurs qui menacent l’Eglise et
la Société; le zèle enfin qui l’a fait tomber avant l’heure
sur le sillon si laborieusement commencé.
Subitement arrêté au moment de reprendre le cours
de ses visites pastorales, en proie à de cruelles douleurs,
il a béni le Seigneur de lui avoir ménagé le bonheur de
souffrir avant de mourir, et, voyant arriver avec cou
rage et confiance son heure dernière, il a reçu les Sacre
ments de la Sainte Eglise avec une foi, une piété, une
79 —
ferveur, qui ont laissé dans le cœur de tous ceux qui en
ont été les heureux témoins un ineffaçable souvenir. Oh !
oui, c’est ainsi que meurent les élus de Dieu... Aussi ne
doutons-nous pas que cette âme vraiment épiscopale ne
soit déjà couronnée dans le Ciel et ne jouisse des délices
promises à ceux qui ont gardé le dépôt de la Foi, combattu
les bons combats du Seigneur.
Mais, N. T. C. F., comme la justice divine trouve des
taches jusque dans ses Saints, et que plus les charges sont
lourdes, plus est grand le compte que l’on doit en ren
dre , prions pour le repos de l’âme de notre Père vénéré.
Il nous a aimés, N. T. C. F., il a aimé son cher Péri
gord , qu’il n’a pas voulu quitter malgré les dignités plus
élevées qui lui ont été offertes, et comme il nous l’avait
promis, il est mort au milieu de nous, en nous prêchant
le royaume de Dieu et de son fils Jésus-Christ. La cha
rité donc et la justice, aussi bien que nos cœurs, nous
font un devoir de prier pour cette âme si chère, afin
que, si déjà elle n’a reçu sa récompense, elle sorte bien
vite du lieu de l’expiation pour entrer dans celui du rafraî
chissement , de la lumière et de la paix !
Ne perdons jamais le souvenir d’un si saint Pasteur,
et soyons toujours fidèles à ses leçons et à ses exem
ples.
Prions aussi, N. T. C. F., pour que le Seigneur, dans
sa miséricorde, lui donne un successeur selon son cœur,
et qui continue l’œuvre saintement commencée. Ne ces
sons, pour cela, d’invoquer l’Esprit-Saint et d’implorer,
avec l’Auguste Marie Immaculée, saint Front et les au
tres saints de notre antique Église du Périgord.
Daigne aussi, notre saint et regrettable Seigneur et
Père, joindre ses prières aux nôtres et nous obtenir du
ciel un Évêque qui lui ressemble.
Imprimatur.
Pctiocoræ, die XXIX Decemb. M.DCCC.LX.
MINIÈRE, DE St-EXUPÉRY, Vic. cap.
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