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Médias

Fait partie de Le fanatisme dévoilé. La liberté ou la mort

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LE FANATISME
DÉVOILÉ.
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yz' La libertç- ou la mort.
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PÉRIGUE UX,

Chez J. P. Dubreuilh , Imprimeur du
Département de la Dordogne.

DISCOURS
Prononcé dans la Salle, de la Société
patriotique de Villamblard, à la séance
du 9 janvier 1792.

Messieurs.
Vous m’avez imposé une tâche pcnîble autant
que délicate, celle devons parler du fanatisme &
des suites qu’il peut avoir, quand on s’y abandonne
sans mesure. Vous n’attendez pas, sans doute, que
l’analyse ici ce monstre que l’enfer semble avoir
vomi pour le malheur du genre humain; je ne vous
peindrai pas non plus , avec les couleurs qui lui
conviennent, l’état de ceux qui sont atteints de cette
manie : indépendamment que ce seroit un soin su­
perflu , peu instructif pour quelques-uns , inutile
pour le plus -grand nombre, on ne manqueroit pas
d’attribuer mes expressions à quelque motif de haine
A 2

& de vengeance , pendant que je n’ai d’autre but
que celui d’instruire ceux qui , parmi le peuple ,
désirent d’être instruits , & de préserver ce même
peuple de la contagion qui a fait tant de progrès
en si peu de temps , & qui ne cesse de se répandre
sur toute la surface de l’empire, par le soin de sus
suppôts, qui ne cessent eux-mêmes de communi­
quer leurs erreurs,.en communiquant leur rage. Je
me bornerai à vous donner ici une définition courte
& précise du mot fanatisme, pour la satisfaction de
ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’étymologie
des mots composés , & qui ont leur racine dans
une langue étrangère, inconnue pour eux. Ce mot
vient du latin fanum , qui signifie temple ; de sorte
que, dans sa signification la pins naturelle, fana­
tisme signifie attachement au temple ou à ia religion,
comme patriotisme signifie attachement à la patrie;
mais comme le simple attachement à la vraie
religion serait, une vertu, & que le fanatisme est
un désordre , il est nécessaire de donner à ce dernier
un sens plus étendu , & de dire que le fanatisme est
un excès de zèle , une fureur de religion; de sorte
que ceux qui en sont atteints , se livrent le plus
souvent à toutes sortes de violences contre leurs
adversaires. s’emportent à tous les excès de la su, perstition ; de .sorte encore- qu’intolérance ou fana­
tisme sont à-peu-près synonimes & produisent les
mêmes effets : j’espère de vous en faire convenir
par le détail dans lequel je me propose d’entrer.
N’attendez pas, Messieurs, de trouver ici un discours
oratoire, ni rien de bien scientifique ; l’exposition
des vérités que je traite roulera sur des faits sim­
ples , mais frappans; c’est, je crois, le moyen d’être
utile à mes frères, & de remplir avantageusement
le but que vous vous êtes proposés. J’entre en
matière.

5*
.
'Dans tous les temps le fanatisme a fait sentir ses
influences dans le monde ; le paganisme même ne
fut pas à l’abri de son souffle empesté. Le chistianisme , dans son berceau , se vit livré à la merci
de ses fureurs, & c’est à ses persécutions que nous
devons cette foule de martyrs que la religion révère,
&qui tous sont tombés sous le glaive de la supersti­
tion : si nous parcourons le globe , nous trouve­
rons par-tout des traces de ses fureurs, par-tout nous
trouverons que l’homme a été tour-à-tour l’instru­
ment & la victime du fanatisme; mais c’est princi­
palement dans ia partie que nous habitons , c’est
sur notre Europe qu’il a dirigé ses coups les plus
furieux , & causé les plus grands ravages ; c’est
contre les peuples policés qu’il a tourné toute sa
fureur : enfans de l’ignorance , le fanatisme a pris
naissance avec les lumières , & semble avoir suivi
leurs progrès, mais c’étoit pour en arrêter le cours,
& pour les étouffer dès leur naissance. Le nord fut
long-temps le théâtre de ses fureurs , jusqu’à ce
qu’enfin , dompté par les mains même du fanatisme,
il fut relégué au-delà des monts qu’il avoit franchis,
pour désoler le reste de la terre : l’Angleterre ,
la partie des lumières & de la philosophie, ne fut
point à l’abri de ses atteintes, & ne crut pouvoir
cicatriser les playes qu’elle en avoit reçue , qu’en
le bannissant pour toujours de son île , de cette
terre fortunée qui fait l’admiration de l’homme
sage , comme elle est le séjour & les délices du
philosophe. Dès ce moment, les îles britanniques
se sont vues délivrées des plus cruelles persécu­
tions que l’extravagance humaine ait jamais inventée;
ou , s’il en reste encore quelques traces, elles
servent aux habitans d’avertissement, pour se ga­
rantir du retour du plus mortel ennemi de leur
repos. Ne parions pas du midi de l’Europe,personne

6
n'ignore que c’est là que le fanatisme & la supersti­
tion ont établi leur empire , & qu’ils y exercent
le plus impérieux despotisme.
Eh! pourquoi , Messieurs, irions-nous chercher
dans une terre étrangère des exemples que la France
nous fournit en abondance ? Remontons au seizième
siècle, & nous verrons que c’est le fanatisme qui
a ordonné la St, Barthélemi , journée affreuse ,
détestable, & dont l’histoire n’a conservé le triste
souvenir , que pour l’éternelle honte de nos aïeux ;
que c’est lui, le fanatisme, aidé de la superstition ,
qui a âlumé la guerre de la ligue, & l’a entretenue
durant trois règnes consécutifs; que c’est lui, qui,
cent ans après , ordonna les dragonnades & la
révocation d’un édit dicté par la sagesse & l’hu­
manité , & que l’orgueil, la tyrannie & la cruauté
firent révoquer ; révocation plus désastreuse pour
l’empire français , que toutes les guerres ruineuses
du règne de Louis XIV, N’est-il pas étonnant que ,
dans un siècle tel que le siècle dernier, siècle qu’on
appelé encore, à juste titre, le siècle des sciences
& des arts, parce qu’en effet ce fut dans ce siècle
que les arts & les sciences commencèrent à paroitre parmi nous ; n’est-il pas étonnant , dis-je ,
de Voir lefanatisme dominer encore les esprits ,
agiter les têtes, & les porter à une odieuse into­
lérance ? Mais , nous l’avons dit , Messieurs, le
fanatisme a pris naissance avec les lumières , ou
plutôt, ayant jeté de profondes racines à la faveur
des ténèbres de l’ignorance , il a fallu un siècle
pour le démasquer , & se garantir de ses funestes
atteintes. Un siècle , que dis-je ! il faudra peut-être
des milliers de siècles avant de le voir entièrement
banni de la terre que nous habitons. Qui l’auroit
cru que, sur la fin du dix-huitième siècle, au mi­
lieu de la raison & de la saine philosophie, nous

verrions reparaître, dans toute saforce,un monstre si
long temps combattuparles armes victorieuses de la
philosophie même? Nous l’avions cruattéré, anéanti,
& voilà qu’il levé encore parmi nous sa tête auda cieuse, & s’efforce d’obscurcir les lumières qui le
montrent à nud, & dévoilent toute sa turpitude.
Ah , Messieurs ! je touche ici à une époque bien
affligeante, bien humiliante pour nous. Cette épo­
que , nous la regardions comme le règne de la raison,
de l’humanité, de la liberté, &, je le dis en frémis­
sant, elle est devenue le règne de l’ignorance, de
la superstition, de la tyrannie; le fanatisme a reparu,
dans tout son jour , à l’époque de notre liberté
naissante ; & tel est son empire, il faut néces­
sairement qu’il anéantisse la liberté, dont à peine
nous commencions à jouir , ou qu’il soit étouffé
par elle, pour ne plus reparaître parmi nous. Cruelle
alternative, qui aura fait verser des flots de sang,
avant que nous sachions de quel côté se rangera
-la victoire ! Citoyens, combattons sans relâche ce
monstre qui ne dort pas ! suivons-le dans tous les
détours dont il s’enveloppe pour découvrir ses pièges;
épions les ruses qu’il emploie, afin de les déjouer:
avec ces précautions, & d’autres que laprudence peut
nous suggérer, nous le vaincrons , nous l’oblige­
rons peut-être à quitter la partie. Mais , avant de
vous parler des maux qu’il a causés, & qu’il peut
encore causer parmi nous , il est à propos de re­
monter à son origine , & de connoître ce qui lui
a donné naissance parmi un peuple éclairé , dont
les lumières dévoient le garantir des erreurs de la
superstition.
Qui a donné naissance au fanatisme parmi nous?
Quelle est l’époque de son origine actuelle ,& quel
est le but qu’il se propose par tous les mouvemen®
qu’il se donne?

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Ce n’est pas l’ignorance , Messieurs , qui a ra­
mené le fanatisme parmi nous; il n'est pas possible
de se le persuader, dans un siècle
les lumières
ont fait tant de progrès, que même, parmi le peuple ,
on ne trouve plus cette ignorance crasse qui fait la
honte des derniers siècles; & si on voit encore des
hommes livrés à la superstition , on peut dire qu’elle
est reléguée dans cette classe qui paroît condamnée
à une ignorance éternelle , parce que, dans les - ’
personnes de cette classe, tout est habitude & rou­
tine, parce qu’il n’est guère possible de les instruire
comme il conviendroit, & parce qu’enfin il se trouve
des-gens intéressés à entretenir leur ignorance. Quelle
est donc l’origine du fanatisme, qui ,a causé tant de
désordres dansnosprovinces, &qui peut-être amènera
la subversion totale de l’empire ? Ah , Messieurs !
qui pourroit s’y méprendre , & qui ne voit pas que
c’est l’orgueil des grands , leur ambition & leur
avarice, qui lui ont donne naissance ? On a frappé
sur les objets de luxe & de vanité; on a anéanti ces
titres pompeux si propres à nourrir l’orgueil & à
entretenir l’esclavage des peuples; on a rabaissé les
grands'au niveau des petits; & leur orgueil humilié,
indigné de se voir confondu dans une foule d’êtres
qu’il méprisoient, se porte à tous les excès de la
fureur; car, Messieursil est un fanatisme en po­
litique , comme en religion ; & tout ce qui passe les
bornes de la modération , tout ce qui ressent la
violence & la fureur, doit porter, ce nom. Ainsi,
tout ce que nous. voyons se passer sous nos yeux,
ces émigrations journalières, ces jactances, ces me­
naces , ces intrigues de toute espèce, nous devons
le regarder comme une suite du fanatisme des grands,
ou ce qui est la même chose, du fanatisme de l’aris­
tocratie, tant civile que religieuse.
Par la déclaration des droits, on a porté le dernier

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Ce n’est pas l’ignorance , Messieurs , qui a ra­
mené le fanatisme parmi nous; il Mest pas possible
de se le persuader, dans un siècle
les lumières
ont fait tant de progrès, que même, parmi le peuple,
on ne trouve plus cette ignorance crasse qui fait la
honte des derniers siècles; & si on voit encore des
hommes livrés à la superstition , on peut dire qu’elle
est reléguée dans cette classe qui paroît condamnée
à une ignorance éternelle , parce que, dans les ■
personnes de cette classe, tout est habitude & rou­
tine , parce qu’il n’est guère possible de les instruire
comme il conviendroit, & parce qu’enfin il se trouve
des.-gens intéressés à entretenir leur ignorance. Quelle
est donc l’origine du fanatisme, qui a causé tant de
désordres dans nos provinces, & qui peut-être amènera
la subversion totale de l’empire Y Ah , Messieurs !
qui pourroit s’y méprendre, & qui ne voit pas que
c’est l’orgueil des grands , leur ambition & leur
avarice,'qui lui ont donné naissance ? On a frappé
sur les objets de luxe & de vanité; on a anéanti ces
titres pompeux si propres à nourrir l’orgueil & à
entreténir l’esclavage des peuples; on a rabaissé les
grandsau niveau des petits; & leur orgueil humilié ,
indigné de se voir confondu dans une foule d’êtres
qu'il méprisoient, se porte à tous les excès de la
fureur ; car , Messieurs, il est nn fanatisme en po­
litique , comme en religion ; & tout ce qui passe les
bornes de la modération , tout ce qui ressent la
violence & la fureur, doit porter ce nom. Ainsi,
tout ce que nous, voyons se passer sous nos yeux,
ces émigrations journalières, ces jactances, ces me­
naces, ces intrigues de toute espèce, nous devons
le regarder comme une suite du fanatisme des grands,
ou ce qui est la même chose, du fanatisme de l’aris­
tocratie, tant civile que religieuse
Par la déclaration des droits, on a porté le dernier

coup a l ambition démesurée de l’aristocratie. Rap-.
pelez, Messieurs , ces privilèges de toute espèce,
faits pour alimenter fructueusement ceux qui en
jouissoient au détriment du peuple que ces mêmes
privilèges écrasoient; ce droit exclusif à toutes les
places honorables & lucratives, à la cour, dans le
militaire , la robe & le clergé, dans l’administration
& la finance, qui faisoient de la caste des nobles,
une caste de privilégiés, sur qui tomboient toutes
les faveurs de la cour, qui s’engraissoient journelle­
ment de la substance des peuples, & s’abreuvoient
de leurs sueurs. On a anéanti ces privilèges odieux.
Nous ne verrons plus porter à des places distinguées
des personnes dont tout le mérite consistoit dans
une naissance souvent équivoque ; le mérite , les
talens & la vertu, tels seront désormais les droits
aux premières places de l’état. Mais de quel œil les
grands ont-ils dû voir ces lois dictées par la sa­
gesse & la justice ? De quel œil ont-ils dû voir la
ioi de légalité des droits , eux les ennemis jurés
de toute égalité ? Devons-nous être surpris que leur
amour-propre s’en offense , & qu’ils cherchent tous
les moyens de s’en venger, en faisant tous leurs
efforts pour renverser une constitution qui les hu­
milie , en les rendant les égaux d’une classe d’hom­
mes qu’ils ont toujours regardé comme étant d’une
espèce bien inférieure à la leur; tranchons le mot,
qu’ils ont toujours regardé comme devant être leurs
esclaves , & faits pour ajouter à l’éclat de leur
pompe orgueilleuse ? Il suffisoit d’être né dans la
roture, pour être voué à 1eur mépris. Le roturier riche
attiroit, sans doute, les regards de la noblesse, assez
basse pour encencer l’opulence; mais intérieurement
elle étoit rongée de dépit, & d’envie, & accusoitla
fortune d’avoir si mal placé ses faveurs. L’homme
obscur , le vilain, ne perçoit jamais, quel que fût

son mérite d’ailleurs ; la noblesse, dans l’excès de
son égoïsme, lui opposoit sans cesse une barrière
que tous les talens n’auroient pu franchir. Tel étoit
le crédit de cette classe d’hommes qui disposoit de
tout, jouissoit de tout, enlevoit tout, hormis les
charges de l’état ; & elle supporterait tranquillement
& sans murmurer, qu’on lui en fasse partager le
fardeau , qu’on la prive des privilèges qui n’avoient
été établis que pour elle, qu’on fasse passer en des
mains roturières les faveurs , les préférences qui
n’étoient que pour des mains nobles. Oh, Messieurs !
ne le croyons pas, la noblesse française préférera
de s’anéantir sous les ruines de la patrie , à l’humi­
liation de se voir déchue des grands avantages dont
elle a si long-temps & si constamment joui.
L’avarice est encore une source qui a donné naissance
au fanatisme actuel. Je ne parle pas , Messieurs ,
de cette avarice sordide qui consiste à accumuler
des trésors auxquels on n’ose toucher ; mais je
parle de ce désir de tout envahir, d’accaparer des
richesses , pour les dissiper ensuite avec profusion :
sans parler ici de ce qu’on appeloit la haute noblesse,
la noblesse titrée, dont le mérite singulier consistoit à prendre de toutes mains , & à ne jamais payer
personne , dont toute l’étude étoit une application
constante à faire des dupes, à se jouer de la petite
vanité des sots& dela bonne foi des simples , jetons
un coup-d’œil rapide sur la manière de se conduire
de nos anciens prélats, qui portoient dans le sanc­
tuaire tous les vices de la noblesse, dont ils tiraient
leur origine ; orgueilleux comme les grands , ils
accabloient du plus profond mépris tout ce qui étoit
au-dessous d’eux ; ambitieux & avares , comme
ceux de la même caste, ils pensoient que tout étoit
fait pour satisfaire leur insatiable avidité.
L’Assemblée constituante , voulant travailler à la

II

régénération de l’état & au bonheur du peuple , a
frappé sur cette odieuse inégalité de pouvoirs & de
richesses, qui faisoit d’une petite troupe de citoyens
çibarytes, une troupe de petits tyrans , vivant dans
la mollesse & l’oisiveté, pendant que la multitude
gémissoit sous le poids du travail, de la misère &
de l’oppression. Nos représentant ont coupé la ra­
cine à ce mal ; ils ont tari la source qui alimentoit
ce luxe scandaleux , par l’abolition des abbayes &
autres bénéfices opulens , qui, dans le principe ,
croient le patrimoine des pauvres, mais qui, depuis
des siècles, étoient devenus, par l’abus le plus frap­
pant , le patrimoine delà noblesse, puisqu’ils étoient
celui de nos ci-devant prélats. Nos évêques l’ont vu,
& se sont cru perdus; dès-lors ils ont crié au sacri­
lège , & se sont apprêtés à parer le coup par tous les
moyens que leur imagination, féconde en inventions,
a pu leur suggérer.
L’un de ces moyens fut de se coaliser avec la
noblesse, (font la cause leur parut devoir être la
même, puisque, par le droit public français , c’étoit
la noblesse qui fournissoit exclusivement aux prélatures. La noblesse, qui ne voyoit point sans jalou­
sie l’opulence qui règnoit dans le sanctuaire , &
qui auroit bien voulu y porter une main sacrilège,
si les lois, depuis long-temps, n’avoient mis obs­
tacle au noble désir qu’elle a toujours manifesté de
s’emparer de tout ; la noblesse, espérant de for­
tifier sa fause en l’appuyant du crédit immense du
clergé , s’unit à lui pour faire cause commune. Eh ,
Messieurs! combien nous devons être étonnés que
les deux corps, je ne dis pas les plus puissans ,
mais les seuls puissans de l’état, agissant de con­
cert , aidés de la robe & de la finance, puissamment
secourus par les efforts du despotisme alarmé ,
n’aient pas écrasé la nation du poids énorme de,



12
leur puissance ; qu’ils ne l’aient pas remise aux fers !
Rappelons un moment les journées du 23 juin
1789 & du 14 juillet suivant, où le despotisme se
manifesta dans tout l’éclat de sa puissance 8c avec
l’appareil formidable de la force. Le peuple le vit,
& n’en fut point effrayé ; il attaqua les tyrans, il
terrassa le despotisme, & devint libre. Tel est le
commencement de notre liberté , mais tel est aussi
l’origine , le commencement du fanatisme religieux
que nous déplorons. Ne pouvant réussir par la force,
il fallut avoir recours à la ruse , & c’est le second
moyen que nos aristocrates ont employé.
La noblesse , voyant ses premières entreprises
déjouées, se mit à l’écart, & laissa manœuvrer le
clergé , sauf à se montrer ensuite, quand le temps
en seroit venu. Le corps épiscopal , malgré son
ancienne autorité,dont il fut toujours si jaloux, se
croyant, pour la première fois , trop foible contre
la multitude d’opposans qu’il avoit à combattre ,
chercha à s’appuyer du crédit de la cour de Rome ;
il s’adressa au père commun des fidèles. Le St. Père ,
déjà indisposé lui-même contre les opérations de
l’Assemblée nationale, qui venoit de supprimer les
annales & tout ce qui s’ensuit, de retrancher , par
ce coup d’autorité , aussi hardi que nécessaire, en ­
viron deux millions du revenu annuel du premier
évêque de la chrétienté , St de faire ce qu’une
longue suite de nos rois n’auroient osé entreprendre,
le St. Père, disons-nous, promit & tint parole ;
il fit tonner les foudres du Vatican, mais malheu­
reusement l’éclat s’en perdit dans les airs , St ne
causa de fracas que dans les têtes exaltées, ou sur des
esprits foibles et ignorans. Le St. Père redoubla de vivigueur, & ses derniers efforts n’eurent pasplus d’effet;
personne ne prit le change sur le motif de ses démar­
ches; St en respectant le chef visible del’église, en de-

meurant attachés au saint siège, comme au centre de
l’unité,dontlanationfrançaisen’eutjamais l’intention
de se séparer, on a su démêler les droits inhérens
à la chaire de St. Pierre , les séparer des projets
d’ambition du pape qui l’occupe , & mettre des
bornes à ses entreprises. La fermeté de l’Assemblée
constituante contre les prétentions de Rome , fut
un coup de foudre pour nos prélats ; mais leur
courage n’en fut pas abattu ; ils prirent un dernier
parti qui leur a réussi, non pas selon toute l’éten­
due de leurs désirs, mais au-delà de ce que les gens
sages & instruits auraient pu croire ; ce fut d’inonder
la France de mandemens & de lettres prétendues
pastorales , pour exciter le peuple contre le peuple,
le clergé contre le clergé, & porter ainsi la déso­
lation au milieu de la société & jusques dans le
sanctuaire. Ce fut alors que nous vîmes se répandre ,
sur la surface de l’empire , cette foule d’émissaires,
qui, tenant d’une main le bref du pape, de l’autre
le mandement d’un évéque fanatique , alloient prê­
chant l’intolérance & la guerre, la désobéissance &
la rébellion aux lois , avec ce ton fanatique qui
auroit embrasé l’empire & peut-être l’Europe en­
tière, si nous avions été plus jeunes de deux siècles.
Les moines , sortis de leurs retraites , & répandus
au milieu d’un monde qu’ils avoient si long-temps
trompé , crurent pouvoir le tromper encore par les
mêmes insinuations qui leur avoient si bien réussi
pour abuser les so s. Les chanoines , chassés de leurs
stales, à l’ombre desquelles ils menoient une vie
si commode, si douce, si sensuelle, si délicate;
les chanoines , assez inutiles d’ailleurs, mais tirant
leur importance de leur inutilité même , ont été
des plus sensibles au coup qu’on leur a porté , &
pour s’en venger, ils ont fait à la société tout le
mal qu’ils ont pu. Certains missionnaires , vivant

en congrégation , & par conséquent divisés entre
eux, comme d’avec toute société , les mission­
naires , l’objet constant du mépris des évêques ,
sont ceux qui les ont servi le plus efficacement par
tout le zèle qu’ils ont mis à répandre leurs erreurs ,
à souffler le feu du fanatisme dans l’esprit du foible , & à entretenir la superstition des peuples.
Plusieurs curés même, les uns entraînés par l’exem­
ple de leurs supérieurs, les autres , sensibles à leur
intérêt, ou victimes de leur bonne foi ou de leur
ignorance, se sont faits les champions du fanatisme.
Ils se sont coalisé-s avec tout ce qu’ils ont trouvé
de malveillant, pour semer de concert la division
& la discorde parmi le peuple , & pour affoiblir
de cette sorte le parti de la bonne cause. Cette
multitude de fanatiques , cette horde misérable
d’illuminés de toute espèce, se connoissant à peine
entre eux , mais se haïssant de bonne foi, & se
méprisant réciproquement, se sont accordés sur un
point unique, qui est une haine implacable qu’ils
ont jurée , comme à l’envi, contre le nouvel ordre
des choses. De-là ces manœuvres gourdes que nous
leur avons vu pratiquer dans les villes & la cam­
pagne, manœuvres qui manifestent leurs noirs des­
seins , mais qui n’en échappent pas moins à lavigilance des magistrats & à l’activité des gardes nationales.
Il nous convient, Messieurs , d’être justes, & de
ne p*s accuser également tous ceux qui se sont
refusés à la loi du serment. Parmi ceux-là il en
est ici, comme par-tout ailleurs , qui sont de bonne
foi, mais simples, ignorans & superstitieux. Tout
leur malheur vient d’avoir été trop crédules, &-de
servir , pour ainsi dire, machinalement la passion
de leurs séducteurs; si ceux-là sont coupables en­
vers la société , pour avoir résisté à ses lois, on
doit dire que les autres sont très-criminels d’abuser

ainsi de la simplicité des personnes peu instruites
& assez crédules , pour se laisser séduire par le ton
magistral qu'ils affectent de prendre, & par une cer­
taine réputation de savoir qu’il leur a été facile
d’acquérir dans ces conciliabules, ordinairement
composés de femmelettes, de dévotes, d’autres qui
ne sont point dévotes , qui ne sont là, comme de
raison, que pour les ora pra nobis, & qui , d’un
air béat & bouche béante, reçoivent comme autant
d’oracles tout ce qui sort de la bouche infaillible
& sacrée de leur sycophontes. C’est ainsi, Messieurs,
c’est par ces moyens incidieux que nos réfractaires
abusent de la crédulité des peuples, & les attirent
dans leurs pièges , en prenant avec eux un ton hy­
pocrite , pour mieux les séduire ; c’est ainsi qu’ils
jettent le germe de division , qui sépare la femme
de son mari, le père de ses enfans, les filles de leur
mère; c’est à la faveur de ces divisions scandaleuses
qu’ils entretiennent de tout leur pouvoir, qu’ils se
glissent comme des serpens dans l’intérieur des
maisons , & qu’ils y laissent toujours quelques traces
du venin qu’ils s’efforcent de répandre ; & pour
cela ils ont un moyen infaillible , c’est de s’adresser
aux personnes du sexe. Ce sexe, locace autant que
léger & facile, saura placer à propos les leçons qu’on
lui donne. Bientôt les voisines en seront instruites *
à la fontaine, au four , au lavoir, & pendant les
veillées, quelles occasions plus favorables f plus sé­
duisantes, pour communiquer les avis du directeur.,
avis qu’elles se réservent toujours la liberté d’interpré­
ter & de rendre à leur manière ! Mais c’est à la grille sur­
tout que le fanatisme & la superstition jouent beau
jeu; c’est là qu’ils triomphent sans opposition ; c’est
là, c’est dans les communautés religieuses que les
jeunes personnes qu’on y envoie pour recevoir une
éducation chrétienne, apprennent à désobéir aux lois,
& à haïr tous, ceux qui ne sont pas dans les principes

16
qu’on leur a enseignés; parens, amis, pasteurs, tout leur
est égal, il faut faire schisme avec eux , dès qu’ils
ont une opinion contraire à celle de la communauté.
Je n’exagère pas, Messieurs, nous avons des exem­
ples en preuve • & puis de tout temps les religieuses
n’ont-elles pas joué le plus grand rôle dans les
querelles de religion ? de tout temps on les a
mises en avant, pour soutenir le parti qu’-on vouloir
favoriser , bien assurés que si elles n’y mettoient
pas beaucoup de raison, elles y mettroient au moins
de l’entêtement, de l’opiniâtreté, mais sur-tout beau­
coup de tapage.
Je reviens , Messieurs , j’ai dit que nos prêtres
fanatiques laissent toujours , dans les maisons où iis
ont entrée , des traces du venin qu’ils tachent de
répandre ; or ce venin, c’est le venin de l’erreur.
Quelle foule d’erreurs en effet n’ont-ils pas répandu
contre nous parmi le petit peuple ? erreurs encore
qu’ils sont venus à bout de persuader à des personnes
qui ne se croient point du peuple ; ils ont dit que les
prêtres sermentés sont des apostats, des schismati­
ques , des excommuniés, incapables de dire la messe ,
d’administrer les sacremens ; qu’il ne faut point
assister à leur messe ; qu’il vaut mieux n’en point
entendre. Ils disent ( risum teneatïs, amici ) que
l’autel sur lequel célèbrent les conformistes est pol­
lué , & qu’eux , les non-conformistes , ne peuvent
célébrer sur le même autel , sans sé polluer euxmêmes. Malgré cela pourtant ils y. célèbrent tous
les jours; mais ce n’est pas là la seule contradiction
dans laquelle ils tombent; il seroit bien étonnant
que des gens conduits, aveuglés par leur passion,
ne donnassent que dans un écart. Ils disent que
l’évêque, dès qu’il a prêté le serment, ne peut point
en sacrer un autre; que l’évêque constitutionnel n’a
point le pouvoir de faire de prêtres, & que ceux

1

qui reçoivent l’imposition des mains d’un tel évê­
que , ne sont point prêtres, pas plus que des chiens ,
expression grossière autant qu’indécente , & qui est
une nouvelle preuve du délire de leur passion; or,
Messieurs, si ce ne sont pas là des erreurs, comptez
qu’il n’y en eut jamais dans l’église. Je passe sous
silence une infinité d’autres absurdités qu’ils ont
de même débité si haut & tant de fois , que le
dernier des. polissons vous les rcpéteroit à vousmêmes , pour les avoir apprises de,sa mère; comme
si les gens de cette classe savent bien ce que c’est
.que schisme, apostasie, excommunication; comme
si c’étoit à eux de juger des actions qui doivent
être soumises aux censures canoniques ; pour mettre
le comble à leur mauvaise foi , ils ajoutent qu’en
prêtant le serment, en nous soumettant aux lois de
l’état , nous avons voulu la destruction du genre
humain. Quelle indigne imputation ! Mais-je vous
prie, Messieurs, de retenir l’envie que vous auriez
de rire d’un aussi plaisant reproche, la matière est de­
venue trop sérieuse, pour se permettre d’autres mouvemens à ce sujet, que ceux de l’indignation & d’un
profond mépris. Je ne crains point qu’on me reproche
de récriminer, quand je dirai que ce sont eux, les
réfractaires, qui se sont déclarés si gratuitement nos
..ennemis, qui ont cessé de nous voir, dès que nous
avons manifesté notre obéissance aux lois; que ce
sont eux, dis-je, qui désirent cette subversion to­
tale, & qui tâchent de la procurer par tous les
moyens qui sont en leur pouvoir. Qui ne sait que,
s’ils avoient pris le parti des bons patriotes , tout
seroit en paix , comme tout- est tranquille, à cet
égard , dans les paroisses qui ont eu le bonheur de
se garantir de leurs perfides insinuations.? Qui ne sait '
que , s’il y a du désordre , ce .sont eux qui le
causent dans les lieux qu’ils fréquentent, & où ils
B

4-

19

.

t

18
“Contenterai de dire ici que cette sortie de M. Mauri
se permettent de s’ingérer dans les fonctions publi­
fest visiblement l’effet d’un zèle amer, du fana­
ques ï Oh, qu’ils auroientpris un parti bien différent,
tisme de ce futur cardinal , & une preuve de son
s’ils avoient cru pouvoir faire observer l’interdit que
grand attachement à la personne de celui qui oc­
pie VI avoit dessein de jeter sur tout le royaume !
cupe le saint siège ; mais comme les erreurs & les
Alors, au lieu de s’appliquer aux fonctions du mi­
écarts qu’il prétend relever, regardent tous les prê­
nistère , au lieu de célébrer , on aurait, comme
tres assermentés , comme tout le monde n’est pas
autrefois , semé de la cendre dans le parvis du tem­
au fait de ces matières , & qu’on pourrait bien ,
ple , les portes en auraient été fermées, & on aurait
sur la réputation de M. Mauri , nous croire cou­
porté la dépouille des autels dans les champs , sur
pables de désertion envers les évêques & la religion ,
des tas de pierres, au milieu des ronces & des épi­
dont ils sont les premiers ministres, je ne suis pas
nes ; mais jugeant avec raison que ce moyen trop
usé ne leur réussirait pas , ils ont préféré de céder t fâché d’avoir l’occasion de répéter ici une partie de
ce que j’ai écrit ailleurs,, afin de prouver à tous ceux
aux circonstances, se promettant bien de troubler
qui pourraient être dans les. principes du docteur
par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, &
Mauri, qu’on n’est pas toujours dans le mauvais
de s’opposer de toutes leurs forces à l’accomplisse­
parti pour avoir déserté celui des évêques, & qu’on
ment de la loi. A présent , Messieurs , qui ne
peut être plein de respect pour l’épiscopat & ceux
voit pas que, si nous avions été tous réfractaires ,
qui l’occupent, sans qu’il soit besoin pour cela,
comme eux, tous rebelles, comme eux , l’empire
serait déjà, depuis long-temps , en combustion ? d’entrer .dans les vues ambitieuses de nos ci-devant
Mais il falloir défendre la religion , & nous l’avons prélats; enfin qu’on peut avoir à se plaindre du corps
épiscopal, sans rien perdre des sentimens de véné­
abandonnée, en désertant la cause des évêques.
Voilà, Messieurs, le dernier & sanglant reproche ration è< de soumission qu’on doit à cet ordre vrai­
que nos dissidens nous adressent paria bouche de ment respectable.
D’abord il paraît que le plan de M. Mauri étoit
leur oracle , M. Mauri , dans un discours plein
d’éioquence comme de faussetés. Voilà le fondement tout formé, puisqu’il ne sc contente pas d’avoir pro­
de tous ceux qu’ils se permettent de nous faire , noncé son discours en pleine assemblée, mais qu’il
■ comme s’il étroit sans exemple que les évêques d’une a le soin bientôt après de le livrer à l’impression, de
nation entière peuvent se tromper, même en matière faire circuler & répandre dans le royaume cet écrit,
de foi ; comme si nos ci-devant prélats étoient des qui ne respire.qüe le schisme & la division , & qui
modèles à suivre en tout , & qu’il n’eût pas été pouvoir devenir la source de bien des maux. Cet ora­
possible de s’écarter un moment de la ligne qu’ils teur n’a-t-il voulu donner par-là qu’une preuve de
auraient tracée par leur conduite , sans s’égarer & son zèle pour la religion ? Mais quel artifice de la
tomber dans l’erreur. Mon dessein n’est point de part de cet homme, d’attribuer, à un motif aussi
répondre aux invectives dont M. Mauri prétend .noble, aussi pur, un écrit dont le but est visiblement
accabler le clergé assermenté. Ayant répondu ailleurs de détruire la charité chrétienne, en soufiant dans
& dans le temps au fonds de la question, je mi tous les cœurs le feu de la discorde ï un ouvrage insB 2

■>

20
pire par un esprit d’orgueil & d’ambition, de haine,
& de vengeance ! Encore s’il s’agissoit de quelques
points fondamentaux, de quelques articles essentiels
à la religion , s’il s’agissoit de la foi, on pourrait l’ex­
cuser sur ses violences, l’importance de la matière
contribuerait sans doute à diminuer ses torts à notre
égard, on pourrait lui savoir quelque gré de scs
efforts ,& le louer de son zèle; mais il ne s’agit point
de la foi, ni de rien qui touche essentiellement à
la religion , il s’agit d’une nouvelle circonscription
de diocèses & de paroisses,il s’agit de la nomina­
tion ou élection des pasteurs du premier & second
ordre; de l’institution ou confirmation de ces me­
mes pasteurs, dans les places où les suffrages du peu­
ple les auront portés : pour tout dire, en un mat,
il s’agit de quelques règles de discipline, règles
aussi variables que les hommes dont elles sont l’ouvra­
ge, &qui dans le fait ont éprouvé plusieurs changenrens; que les temps & les circonstances ont amené,
or ce qui est sujet à la vicissitude des temps, n’appar­
tient point à là foi, dont les dogmes sont à l’abri
de tous les temps; il ne tient pas non plus à la mo­
rale, dont les principes sont aussi invariables, aussi
immuables que le souverain législateur qui les a
gravés dans tous les cœurs. Il s’agit encore, mais M.
Mauri ne voudrait pas qu’on s’en apperçut, il s’agit
de la réduction des grands revenus afl'ectés aux
grands bénéfices, il s’agit de la suppression des abbayes, de l’abolition de la dîme, & sur-tout delà
vente des biens ecclésiastiques, dont notre orateur
se trou voit assez bien pôurvu. V oilà, dans la vérité ,
le motif des grands reproches, qu’il nous adresse
avec si peu de ménagement ; mais un tel motif
montre,, dans ceux qui en sont animés , plus d’atta­
chement à leur intérêt -personnel; que de vrai zélé
p.ojir la reh vie n, qv.'i m’est que fc? prétexte de leurs
léc'amations.

21
Mais , dit-on, c’est le serment qui a causé tout
ie mal, sans lui tout le monde eut accepté la cons­
titution. Plaisante raison ! A qui donc prétendoit-on
faire croire une pareille ineptie? Ne le croyez pas,
Messieurs, du moins de nos prélats, ni de leurs créa­
tures ; ils ne se sont opposés au serment, que parce
qu’ils détestoient la constitution française ■ ils
avoient manifesté leurs dispositions dès le com­
mencement de la révolution, & n’atténdoient qu’un
moment favorable p»ur réclamer contre ce qu’ils
nommoient les entreprises de l’Assemblée Natio­
nale; le moment du serment leur a paru l’occasion
qu’ils cherchoient, & ils s’en sont servis, comme
d’un épouventail, non pour effrayer les malveillàns,
ils savoient à quoi s’en tenir, mais les simples, les
ignorans , & les sots. Quant à eux, ils avoient déjà
manifesté leurs vrais sentimens, dans cette fameuse
protestation du mois d’avril 1790, qu’ils signèrent
au nombre de trois cents, qu’un peut appeler les
quinze-vingts de l’Assemblée; protestation qui lit
tant de bruit dans le temps, & que le plus profond
mépris condamna bientôt à un éternel oubli. Or,
tout le monde sait qu’il n’étoit pas question alors
de donner une nouvelle forme au clergé de France,
qu’il ne s’agissoit que de la mise en vente des biens
ecclésiastiques, qu’on avoit déclarés biens natio­
naux. Ainsi, on auroit laissé subsister les évêchés &
les cures dans leur ancien état; on auroit laissé
subsister l’ancien usage d’y pourvoir; on auroit
abandonné aux évêques le soin de pourvoir aux
cures vacantes; on auroit laissé au roi la nomina­
tion des évêques, & à ceux-ci, la liberté de se
pourvoir à Rome pour les bulles d’institution ; que,
si on avoit supprimé les annates &. tout l’assortiment,
Rome auroit tonné , & n’auroit point envové de
bulles ; si on avoit réduit le revenu des évêchés &

r'
22

n avoit aboli la dime, les
abbayes , les chapitres , les moines, & sur-tout si
on avoit vendu les biens de l’église, les évêques,
les abbés, les chanoines, les moines, cette foule
de fanatiques , & leurs adhérons, auraient, ainsi
qu’ils le font, jeté -les hauts cris , & n’auroient
point voulu d’une constitution qui attaque la reli­
gion, parce qu’elle attaque dans sa source le luxe
du haut clergé.
Mais, avons-nous déserté la cause de la religion,
en désertant celle des évêques? Qu’y a-t-il donc de
commun entre la religion & la manière d’exister
de nos prélats ? Quoi ! les intérêts temporels des
évêques seraient tellement mêlés , tellement con­
fondus avec les intérêts spirituels de la religion ,
qu’on ne puisse appercevoir la ligne qui les sépare,
& qu’on ne puisse toucher aux uns, sans porter
atteinte aux autres? 'Mais enfin qu’exige-1 - on de
nous , que demande-t-on aux évêques qu’on puisse
dire être contraire aux principes de la religion chré­
tienne ? L’Assemblée ne conteste aucune des: vé­
rités que la religion enseigne; elle n’établit aucune
des erreurs que la religion proscrit ; elle maintient
la foi & la morale dans toute leur pureté : mais se
croyant avec raison établie pour faire des lois ré­
formatrices des abus , elle a voulu travailler efficassement à la régénération de l’état & au bonheur
des peuples ; à quoi elle n’auroit jamais réussi ,
pendant qu’elle aurait laissé subsister entre les ci­
toyens une inégalité révoltante. Quoi ! la religion
sera moins pure, moins respectée, moins chérie,,
parce que ceux qui sont à la tête de cette religion
pour l’édifier par leurs exemples , autant que par
leurs paroles, ne se verront plus dans leurs palais,
&piussouvent, au milieu de la capitale, plongés dans
les délices du faste, de l’oisiveté, & quelque fois

V

23
dans une licence scandaleuse? parce que, obligés
de se contenter d’une médiocrité décente, ils seront
plus assidus aux règles de la résidence, & ne se
reposeront plus de leurs augustes fonctions, sur une
troupe de subalternes adulateurs, appelés pour for­
mer leurs cours, plutôt que leur conseil, & pour
les décharger du poids du ministère? La religion
sera-t-elle moins sainte, moins auguste, parée que
les évêques ne seront plus, ce que nous les avons
toujours vu , hauts, impérieux & pleins d’ambition;
si nous les voyons enfin devenir, ce qu’ils auroient
dû toujours être, modestes, doux, patiens, compatissans, & les modèles vivans du troupeau qui
leur est confié?
Mais, nous avons lâchement abandonné la cause
des évêques. La cause des évêques ! & qu’avoient-ils
besoins, ces seigneurs, de notre secours pour la
soutenir ? jouissans de richesses immenses, d’u'nô
autorité & d’un crédit sans bornes j leur cause ne
devoit-elle pas naturellement se soutenir par ellemême ? Mais si tous ces moyens se sont trouvés
impuissans devant la nation , indignée depuis long­
temps de l’abus qu’ils en faisoient, comment pouvoient-ils compter sur quelque secours delapart d’un
ordre de pasteurs secondaires, pauvres , indigens,
pour la plupart sans faveur, sans crédit, & que
les évêques avoient constamment travaillé à affoiblir
en les dépouillant de leurs droits naturels, en les
tenant dans une sorte de dépendance, qui approche
assez de la servitude , 'en les réduisant dans un état
d’impuissance absolue ? Devoient-ils naturellement
s’y attendre? Il me reste à vous faire voir sur quoi
ils auroient prétendu fonder leur espoir à cet égard.
Par une erreur qu’on a peine à concevoir, on a
toujours cru que le clergé de France, ne formant
qu’un seul & même corps , sous la direction immé-

.
24
diate des évêques , ne pouvoit avoir d’intérêts sé­
parés, & que , tant les prérogatives temporelles que
les intérêts spirituels delà religion, dévoient appar­
tenir indistinctement à tous les pasteurs du premier
& du second ordre, en accordant à ceux au pre­
mier les droits incontestablement inhérens à leur
qualité desupérieurs
s
dans l’ordre de la hiérarchie ,& de
successeurs-des apôtres. Il seroit fort à désirer que la
chose eut été ainsi, & que jamais l’ambition n’eût
porté les premiers pasteurs à franchir lesLornes de
leur autorité , & à user du droit du plus fort pour
écraser les plus foibles. Il seroit à désirer que ,
tendant tous à un même but, les pasteurs du premier
& du second ordre n’eussent employé que les mêmes
moyens pour y parvenir. De cette harmonie édi­
fiante il seroit résulté un ordre de choses propre
à nous concilier' l’estime , la considération & la
confiance des peuples , confiance sans laquelle on
ne peut se promettre aucun bien dans l’église; au
lieu de cela les évêques ont fait corps à part ; iis
nous ont laissé dans la fange ; ils se sont servi de
leurs richesses , de leur crédit, de leur accès auprès
du trône , pour attirer tout à eux : ils ont plus fait,
ils ont surpris la religion de nos rois , pour tenir les
pasteurs du second ordre dans une sorte d’asservis­
sement propre à nous humilier & à nourrir leur
orgueil. Ils ont obtenu des arrêts du conseil , qui
privent les curés du droit dont ils avoient jouit jus­
ques bien avant dans le siècle de Louis XIV , de
se nommer un syndic propre à soutenir leurs droits,
& à porter leurs justes réclamations aux pieds du
trône , ou à les faire valoir dans les tribunaux de
la justice. Depuis lors il n’y a plus eu dans les
diocèses qu’un syndic, qu’on disoit l’homme du
clergé , mais qui, dans le fait, étoit la créature de
l’évêque , dont celui-ci disposoit à son gré. Les

évêques , intimement liés entre eux , ont fait un
corps, & n’ont point souffert que les curés en for­
massent un, & qu’ils eussent entre eux aucun in­
térêt commun. Ils ont voulut qu’ils fussent seuls,
isolés, afin de pouvoir les dominer plus avantageu­
sement. Ils les ont exclus de toute assemblée
ecclésiastique, si on en excepte les .bureaux dio­
césains , dont ils n’avoient pu les exclure encore ,
malgré les efforts qu’ils avoient fait pour cela, ou
tout au moins pour diminuer le nombre de leurs
représentans dans ces bureaux , pour demeurer en
tout les maîtres, & les seuls maîtres. Dire qu’ils ne.
l’étoientpas, soutenir que le département n’étoitpas
fait, que tout n’étoit pas prêt à signer avant qu’on
songeât à convoquer l’assemblée , autant vaudrait
nier l’existance de la lumière, quand le soleil paraît
sur l’horizon.
On dira peut-être que, dans toutes les assemblées
générales du clergé, qui se tenoient par ordre du
roi, chaque métropole envoyoitun député du second
ordre, pour assister & délibérer avec les autres. Nous
en convenons; mais qui ne sait pas que ce député
étoit tel, qu’on devoit plutôt le regarder comme
un second député du corps épicospal, que comme
l’homme du bas clergé? Et puis, quelle sensation
auraient pu faire dix-huit curés députés , dans une
assemblée composée de trente -six prélats ? Mais,
dans le fait, ce député du second ordre étoit tou­
jours une créature de quelque évêque ; un abbé qui
aspirait lui-même à devenir évêque; un vicaire gé­
néral qui ne faisoit lui même le voyage que pour
solliciter des bénéfices ou des pensions , de sorte
que de droit ou de fait, il avoit des intérêts person­
nels tout opposés aux intérêts des personnes qu’il
alloit représenter. Quel député ! combien il étoit
digne de notre confiance ! Aussi bien personne

n’ignore avec quel excès de zèle on servoit la
cause des curés dans ces augustes assemblées.
A cesprivations sensibles pour tout être qui pense,
les évêques venoient tout récemment d’en ajouter
une d’une nouvelle espèce , qui est le comble de
l’humiliation pour les curés. Ils ont employé , daiys
ces derniers temps,, le crédit épiscopal, dont tout
le monde connoissoit l’étendue, pour nous enlever
la seule consolation qui reste à des membres épars,
celle que la nature semble leur accorder , & dont
la tyrannie seule peut se montrer jalouse; celle, en
un mot, de nous assembler de temps en temps
pour nous consoler mutuellement dans l’exercice
des pénibles fonctions du ministère , pour nous
instruire réciproquement, & apprendre , dans ces
assemblées toujours paisibles, toujours édifiantes ,
les moyens de remplir , d’une manière digne de
notre caractère, les vues de l’auteur de la religion
sainte que nous enseignons. Eh, on y a réussi sous
le règne du meilleur des rois ! Dieu , avec quels
arfices ils ont donc trompé sa sollicitude paternelle !
Mais les evêques y ont réussi, & il n’en faut pas
davantage pour nous convaincre des dispositions
dans lesquelles ils se sont [toujours montrés à.notre
égard. Iis ont surpris un arrêt du conseil, qui nous
enlevoit ce reste de liberté qu’on ne refuse pas
même à la plus petite communauté, quand elle ne
s’assemble pas tumultuairement, & que sa réunion
n’a pour objet que l’intérêt commun. Pour tout
dire, en un mot, par cet arrêt du conseil, il étoit
défendu aux curés de s’assembler entre eux, s’ils
n’y étoient autorisés par la permission expresse de
l’évêque diocésain; comme si la réunion de quel­
ques individus pauvres & isolés, qui n’ont jamais
fait sensation dans la société politique , étoit faite
pour donner des sujets d’alarme à un corps riche

27
& puissant; mais enfin il a plu à nos prélats de
s’en inquiéter, &, sous ce prétexte, de nous enlever
ce foible , mais bien précieux avantage.
Il a plu encore au corps épiscopal, tout respec­
table qu’il est, de changer l’état des congruistes;
si c’eût été pour l’améliorer, on auroit béni son zèle
& son désintéressement. Mais, dans le fait, on peut
dire que nos prélats n’ont cherché en cela que leurs
intérêts personnels, en cherchant à étouffer les justes
réclamations des congruistes contre les entreprises
des fermiers & la dureté des curés primitifs. Au
moyen d’une modique somme , d’abord de yoo 1.
& en dernier lieu de 700 1., ils se sont arrogés,
dans les cures qui dépendoient d’eux, tous les
droits , hormis ceux d’y faire du bien. On réclama
contre cette dernière injustice ; mais on sait, les
moyens que les prélats employèrent contre les ré­
clamations des curés de la ci-devant province du
Dauphiné , assemblés malgré ia défense de leurs
évêques respectifs , mais autorisés par un arrêt du
parlement ; on sait , dis-je, par quels moyens les
évêques vinrent à bout d’étouffer les plaintes des
réclamans, & de les empêcher de pénétrer jusqu’au
trône. Ce dernier trait, qui,caractérise assez ceux
qui en sont les auteurs, ce nouvel abus d’une au­
torité & d’un crédit sans bornes , scandalisèrent ,
dans le temps, le public qui pense. On fut indigné
sur-tout de voir qu’un évêque, qui ne s’en croÿoit
jamais assez avec un revenu immense , mais, qui
sollicitoit sans cesse , & obtenoit presque toujours
de nouveaux bénéfices ; on fut indigné que cet
évêque pût se persuader qu’un curé , à la tête d’une
vaste paroisse , 'entouré de pauvres , qui la pluspart
ne subsistent que par ses soins, est suffisamment
pourvu avec 700 liv., quelle que soit la rigueur
des temps. De là cette puissance énorme dans le

28
corps épiscopal; de là ces richesses excessives &
cette grandeur gigantesque, qui depuis long-temps
commençoit à faire ombrage & à révolter tous les
gens de bien; de là cet état d’humiliation & d’avi­
lissement, où se trouvoient réduits ceux du clergé
de France, que notre pieux monarque daigne appe •
1er lui-même du nom de bons & utiles -.pasteurs ;
humiliation vivement sentie, trop propre à les porter
au découragement, & plus contraire qu’on ne pense
au maintien , au progrès de la religion.
En voilà plus qu'il n’en faut , Messieurs , pour
vous mettre à portée de juger qui a raison , ou de
nos réfractaires qui ne cessent de nous reprocher
d’avoir déserté la religion , en abandonnant la cause
des évêques, ou de nous qui disons qu’il n’est ni
de l’intérêt de la religion, ni du nôtre, d’épouser
la querelle de nos ci-devant prélats; je n’en aurais
même pas tant dit, dans la crainte de lasser votre
patience, si ces gens, d’une insigne mauvaise foi,
ne répétoient sans cesse à leurs complaisait s, qu’ils
ont prouvé notre apostasie d’une manière invincible,
& qu’il nous est impossible de répondre aux preuves
qu’ils en donnent. Vous, Messieurs, qui êtes faits
pour juger du mérite des preuves , prononcez
entre eux & nous , 'd’après le peu que vous venez
d’entendre, & je vous prie de croire qu’on a ré­
pondu àleurs autres difficultés avec bien plus de force
encore ;mais la passion qui les aveugle, tes empêche
de le voir & de le sentir ; la colère qui les transporte,
l’orgueil qui les domine, le désir de la vengeance
qui les possède, le dépit, la haine, la rage, qui les
animent, toutes ces passions réunies les portent à
nous faire tout le mal qu’ils peuvent, à nous décrier
dans l’esprit du peuple', & à nous susciter le plus
d’ennemis qu’il leur est possible; à nous enlever la
confiance de nos paroissiens, à les éloigner de nous;.

29
.
à leur inspirer les mêmes sentimens dont ils sont
eüx-mêmes animés envers nous ; à nous rendre ,
autant qu’ils le peuvent , des objets de haine
& de mépris. Mais on m’accusera peut-être d’en
avoir trop dit : ah, Messieurs! que ne puis-je
me le persuader à moi-même ! ce seroit une erreur
que j’aurois bientôt réparée en la rétractant. Mais ,
puis-je croire d’en avoir trop dit , quand ils nous
donnent chaque jour des sujets de plaintes & de
nouveaux motifs d’aoeuser leur mauvaise foi 7
Iis nous accusent, par exemple, de les persécuter.
.Nous, leurspersécuteurs .Maisàquoi, ne se seroientils pas trouvés exposés', si nous avions été, comme
ils le sont, animés de la fureur de l’intolérance, de
de la manie du fanatisme 7 Nous les persécutons !
Mais où sont les violences qu’ils prétendent nous
reprocher? Quels procès leurs avons-nous suscité?
quelles dénonciations avons-nous faites contre leurs
entreprises? Vous le savez, Messieurs, plus d’une fois
ils se sont furtivement immiscés dans nos fonctions,
5c nous avons fermé les yeux , nous avons feint de
l’ignorer, pas le plus petit reproche de notre part ;
souvent nous nous sommes relâchés de nos droits
pour évitpr le scandale, & nous les persécutons!
Quelle insigne mauvaise foi ! Cependant ils se sont
déclarés nos ennemis : du moment qu’ils ont mani­
festé leurs opinions, ils ont cessé de nous entendre,
5c de parler de nous ; autrement que pour en dire
tout le mal imaginable, sans penser aux suites
qu’une telle conduite pouvoit avoir sur l’esprit du
peuple; 5c c’est, ce qu’ils appellent une conduite
édifiante , un effet de leur zèle pour la religion?
c’est ce qu’ils nomment un devoir que la religion
commande? c’est-à-dire, que la religion leur or­
donne l’intolérance, l’éloignement, le mépris de
leurs frères, la haine, le désir de se venger de leurs

. 30

ennemis, & de leur faire tout le mal qui est en leüf
pouvoir? C’est-à-dire, que leur devoir est de dé­
sobéir aux lois, de manquer de respect aux auto­
rités constituées, de mettre la division dans les
familles , & le désordre dans tout le royaume.
Grand Dieu ! où en sommes-nous, si Ce sont là
les principes des ministres de j. C. & de l’évan­
gile ! Mais ce n’est pas là l’esprit de l’évangile, & de
J. C. son auteur, qui est un esprit de douceur, de
patience & d’amour. Au lieu que l’esprit de fanatis­
me est un esprit de haine, d’intolérance, de trou­
ble , & de désordre. C’est à ces traits que nous,
pouvons reconnoître nos réfractaires zélateurs ,
c’est sous ces rapports qu’ils se sont montrés des le
commencement des troubles.
Résumons-nous, Messieurs, afin de nous fixer sur
les objets qui nous occupent , & dont le détail
compliqué peut échapper à l’attention la mieux sou­
tenue. Raportons-nous un instant à l’époque qui a
ramené le fanatisme parmi nous, sur ce qui l’a pro­
duit, & il nous sera aisé de voir le but qu’il se
propose, les maux qu’il a dû causer, & ceux qu’il
nous prépare dans sa fureur. A peine avions-nous
une juste idée de la liberté que nous réclamions,
que le fanatisme s’agita pour en empêcher la con­
quête ; mais dès que l’étendard de la liberté com­
mença à se déployer parmi nous', & à rallier lès
bons patriotes , dès cet instant le fanatisme se mon­
tra à découvert, il commença d’agiter les esprits,
& d’exalter les têtes. C’est donc à l’epoque de la
révolution que nous devons fixer celle de son exis­
tence actuelle; c’est donc à l’orgueil, à la tyrannie
des grands , qu’il doit son origine , son accroisse­
ment & toute la consistance que nous lui avons
vu prendre depuis. Oui, Messieurs, Costa l’ambition,
à l’orgueil, à toutes les passions des nobles , c’est

31

aux intrigues des prêtres malveillans , c est à leur Hypocrisie,
à leur haine & aux divers mouvemens qui les portent à la
vengeance, que nous devons les maux incalculables de toute
espece, qui se sont opérés depuis la révolution , & les maux
plus incalculables encore qu’on nous prépare. Je sais qu’on
attribue les premiers a l’insurrection dupeuple; mais je demande
à mon tour qui a provoqué cette insurrection ? Je n’ai trouvé
encore personne d’assez, bonne foi pour convenir qu’elle avoit
été provoquée par les derniers effors du despotisme. Et cette
somme de malheurs dont notre patrie est menacée, s’ils viennent
jamais à fondre sur elle , si nous sommes livrés aux fléaux d’une
guerre civile , si nous sommes exposés de nouveau au reveil
terrible des peuples , à quoi devrons-nous l’attribuer? Je prie
notre noblesse & nos malveillans en général de vouloir dé­
cider cette question.
Quoi qu’il en soit, Messieurs, tel est le but que se pro­
posent nos fanatiques de tous les ordres, & ils ne s’en cachent
pas ; nous connoissons les moyens qu’ils emploient pour exé­
cuter leurs barbares projets ; ruses, adresse, violences, me­
naces , forfanteries , propos indécens & mensongers, discours
calomniçux, rien ne leur coûte , & tout est permis à leur zèle.
Avccquelle ardeur frénétique ils appellent la contre-révolution
dont on nous menace ! Avec quelle activité ils préparent les
moyens qui peuvent servir à l’opéier , en disposant les esprits
qu’ils peuvent séduire , ( eh , combien n’eq séduisent-ils pas ! )
en leur inspirant des sentimens anti-patriotes , des dispositions
sanguinaires. Ils seront peut-être les premières victimes des
troubles qu’ils excitent ; ils tomberont peut-être des premiers
dans l’abîme qu’ils creusent ; n’importe , pourvu que leur perte
entraîne celle de leurs semblables , la plus affreuse perspective
ne sauroit ralentir l’ardeur de leur zèle, il leur faut des vic­
times pour appaiser le courroux du ciel. C’est ainsi, qu’en
outrageant la divinité, le fanatique croit devoir ensanglanter
la terre au nom du ciel.

Ce moment , Messieurs , doit être pour nous le moment
du reveil. Nous connoissons nos ennemis , leurs vues , leurs
projets, leurs efforts nous sont connus. Nous devons donc
nous tenir sur nos gardes, pour découvrir , de plus en plus,
leurs trames , leurs complots , afin de les déjouet. Rusons
avec ceux qui rusent; mais sur-tout attaquons-les avec les ar­
mes du ridicule; elles seules peuvent les déconcerter ; l’op­
position , la violence ne serviroient qu’à irriter leurs désirs ,

à redoubler leurs efforts. Ne. les perdons pas de vue un ins­
tant ; épions leurs démarches , afin qu’ils ne puissent nous
échapper au moment de la guerre qu’ils appellent depuis si
long-tempi, & que nous puissions nous assurer, dans ce mo­
ment fatal , qui peut n’être pas fort éloigné , qu’ils ne feront
pas à leur patrie tout le mal qu’ils méditent de lui faire. Jusqueslà contentons-nous de les rendre la fable du public; c’est,
pour le moment, la seule vengeance qui soit permise à des
citoyens libres & généreux.
Voilà, Messieurs , ce que j’ai pu dire de. mieux sur la
matière que j’ai dû traiter d’après vos ordres. Si je mérite
votre approbation, je m’en applaudis d’avance; mais si j’ai
manqué le Lijtit- que vous vous proposiez , ou si je n’ai.rempli
vos vues que d’une manière incomplète , je mérite encore
votre indulgence. J’ai senti que je pouvois mieux faire, mais
.je vous prie de croire que je ne l’ai pas pu.

•'ÇT'
- '

La liberté ou la mort, c’est ainsi que j’ai commencé,
c’est ainsi que je termine, en parlant a des Français qui
ont conquis leur liberté.

Du
’ilîamblard, ayant entendu la lecture du
discours , intitulé : le Fanatisme dévoilé , jugeant que l’ou­
vrage peut devenir utile au peuple , en l’éclairant sur les
manœuvres qu’on emploie pour l’égarer, arrête unanimement
. qu’il : sera • incessamment imprimé aux frais de la société.
A Villamblard , le même jour & an que dessus, signés ,

, président.
Lacaud, Lestanc, secrétaire^-'
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