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Fait partie de Rivières de Dordogne : sonnets
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GÉRAUD LAVERGNE
RIVIERES DE DORDOGNE
— SONNETS —
Qizis caneret Nymphas?
Virgile
PÉRIGUEUX
MCMX1X
£.p
p-z.
GENIO FONTIUM
ET AMICIS
Ingolstadt. Erlangen. Périgueux.
1915-1919.
I
LE MANOIRE
arce qu’en moi, ce soir, je ne sais quel désir
P
Se réveille, et qu’il rôde, au fond de ma mémoire,
Un vieux songe encor cher ; à ta rive, ô Manoire,
J’irai chercher les mots faits pour me ressaisir.
Me voici confiant. Donne-moi le loisir
D’épier dans cette eau la truite qui la moire,
Et que j'y voie encore, avant qu’il soit nuit noire,
L’églantier se fermer et le ciel bleu rosir.
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IO
RIVIERES DE DORDOGNE
Un souffle, balançant les prêles et les feuilles,
Fait chanter tout ce coin. Ce chant, tu le recueilles ;
Ta lyre le soutient de ses sons d’argent clair.
Parle: j’écouterai. Je ne sens plus de fièvre
A ma tempe brûlante et, calmé dans ma chair,
J’élève entre mes doigts ta fraîcheur à mes lèvres.
II
LE TOULON
ue l’usine s’essouffle à tarir ton « abîme » ;
Q
Que le lavoir obscène en salisse les bords ;
Qu’un peuple sans contrainte y jette les chiens morts,
Ou que l’infanticide y cache sa victime ;
C’est le gré de ce siècle, ô Fontaine éponyme,
Dont la glace limpide a miré les ceps tors,
Les cortèges païens, les fastes et les sorts,
Et tous les anciens Dieux dont Vésone s’anime.
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RIVIÈRES DE DORDOGNE
Mais moi, qui sais ton nom sur les marbres gravé,
O Toulon ; pour qu’en moi puissent enfin germer
La magnanimité, le pardon des offenses
Et le mépris divin des maux ; discret et tel
Qu'il faut pour approcher ses paumes d’un autel ;
Je te consacre, ô Dieu, le prix de mes silences.
Ill
L’JSLE
ette Isle, auprès de qui, distrait, sans volonté,
C
Je m’attarde ; cette onde heureuse que je veille
Comme un beau corps de femme, et dont je m’émerveille,
A l’ombre qui fait mieux chatoyer sa beauté ;
Ah ! ce n’est pas ainsi qu’elle a toujours été !
Enfant vive et légère, à la brise pareille,
Elle allait et cueillait la bruyère vermeille,
Et son rire animait les bleus matins d’été.
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RIVIÈRES DE DORDOGNE
Maintenant, opulente et fière d’être femme,
De ses longs regards verts en qui couve une flamme
Elle appelle l’amour et sourit au désir.
Ne te laisse pas prendre au jeu de la Sirène,
Et crains, au lit de fange où sa bouche t’entraîne,
Le doux parfum de mort qu’exhale le plaisir.
Z
IV
FONTAINE DE VÉSONE
chevons, Palémon, cette chère frugale,
A
Et montrons-nous discrets et brefs en nos discours
La Nymphe, dont nos pas ont respecté le cours,
Aime par-dessus tout le chant de la cigale.
— Pourtant, si je disais sur ma flûte inégale
Les vertus de Vésone ? — On t’entendrait des tours !
— Par Vésone! Dis-moi, ces gazons sont bien courts!
Je rêverais d’un temple où règne une astragale.
iô
RIVIÈRES DE DORDOGNE
— Vit-on pareil bavard ! Tu fais peur à mes chèvres !
Faudra-t-il, grâce à toi, battre tous les genièvres ?
Tais-toi, pour mieux rêver ! — La Déesse t’entend,
Elle aussi, Mélibée ! — Eh bien ! sois le plus sage,
Et si tu la veux voir sourire à ton visage,
Gueille-lui de ces fleurs que la saison nous tend !
V
L’AUVÉZÈRE
épouille de vipère ou casaque de reître
D
A la griffe des houx déchirée en passant,
— Cette eau brune et suspecte a des taches de sang :
Par les jours des fourrés, on les voit apparaître.
Quels exploits de bandits et quels desseins de traître
Ont la complicité de ton cours frémissant,
Auvèzère? Et pourquoi, lorsque le soir descend
Sur tes gorges, l’effroi règne-t-il en seul maître?
i
I8
RIVIÈRES DE DORDOGNE
Car ce n’est pas le vent que ces vagues murmures ;
Ce n’est pas du bois mort qui tombe des ramures,
Et ce cri désolé, ce n’est pas le courlis !
Et malgré que la lune ait proclamé la trêve,
Les vieux genévriers, au flanc des éboulis,
Chacun sous leur manteau semblent cacher un glaive.
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VI
LA DRONNE
ymphe, si sur ton front les Ages ont uni
N
La mitre de l’abbesse au tortil de baronne ;
Nul insigne en éclat ne passe ta couronne
De vergnes, de jonquille et d’orobe et d’anis.
Et quel titre jamais valut ce nom de Dronne ?
Ces méandres joyeux entre les rocs jaunis?
Ces reflets caressants sous le babil des nids?
Ce pont, ce vieux clocher, ce moulin qui ronronne ?
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RIVIÈRES DE DORDOGNE
Par les soirs langoureux où, dupe de mon songe,
Je cherche vainement le rythme qui prolonge
Une heure, un souvenir, un mot; Nymphe, c'est toi
Qu’en admirant j evoque et qu’attristé, j’envie:
Car tu rends sa couleur à chaque instant de vie,
Et c’est l’Eternité que lui filent tes doigts.
VII
la beune
n m’avait dit : « La Beûne ! Un site bien précaire !
O
Du sable, des roseaux frileux, pas de maison,
Un coin qui ne connaît que la morte-saison,
Un marais où Juillet dresse sa moustiquaire ! »
J’y suis allé pourtant. J’ai vu la salicaire
Et l’inule embaumer la riche fenaison.
J’ai surpris — et ceci dépasse ma raison —
De ces manoirs exquis dont rêve l’antiquaire.
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RIVIÈRES DE DORDOGNE
Mais la Beûne? — La Beûne 1 Avoûrai-je, à ma honte,
Que je n’ai jamais pu m’en rendre un très bon compte
Dans la bourbe de joncs qui fondait sous mes pas?
Cette Nymphe en tout point ressemble à la couleuvre.
La mâtine est experte aux fuyantes manœuvres ;
Et c’est en la cherchant qu’on ne la trouve pas.
VIII
LE CANAL A PÉRIGUEUX
ourquoi sourire ainsi ? C’est un désir banal,
P
J’en conviens, mais est-il tellement ridicule?
Préférerais-tu donc ce monde qui circule
Au silence embaumé qui dort sur le Canal ?
Nous irions nous morfondre avec le tribunal
Qui devant les cafés juge la canicule?
C’est trop de lui fournir encor l’adminicule
De ma tête légère et de ton cœur vénal.
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RIVIERES DE DORDOGNE
Evitons le regret de perdre un si beau soir
Et partons. Tant qu’on est dans la ville, il fait noir ;
Mais voici le chemin : le voile se soulève.
Au verger des coteaux, la lune est un beau fruit,
Et tous deux, nous avons senti frémir la nuit,
Comme un papillon bleu pris aux mailles du Rêve.
IX
LA VÉZÈRE
mpérieux et pur comme un cor de Féerie,
I
Le beau nom de Vézère, en cristal dans le vent,
Eveille, au seuil des rocs frappés par le levant,
Un monde d’aventure et de chevalerie.
C’est un mur de donjon sous la ronce fleurie ;
Un ormeau foudroyé, qui vit Losse et Vivans;
Une grotte, où l’aurochs précéda le savant ;
Un moûtier qu’une fresque étrange colorie...
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RIVIÈRES DE DORDOGNE
Le long des fameux bords taillés comme à l’épée,
La rivière s’exalte en couplets d’épopée,
Qu'acclame, d’un envol, le noir peuple des freux.
Car ils ont, d’un passé de tumulte et de crimes,
Gravement conservé l’amour des nobles rimes,
Et leur aile tressaille au nom mâle des Preux.
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A
FONTAINE VOTIVE
aysanne aux seins durs, qui descends le coteau,
P
Et qui, par ce midi lumineux qui m’altère,
Portes, pour le remplir à la font solitaire,
Ton vaste seau de bois taillé comme au couteau ;
Si je te demandais l’histoire de cette eau,
Et comment, en des temps entourés de mystère,
Un saint Moine, y buvant, la rendit salutaire
(C’est ainsi que, du moins, on la conte au Château) ;
28
RIVIÈRES DE DORDOGNE
Bannirais-je du lieu la volupté païenne,
Lorsque, comme inspiré par l’idylle ancienne,
Ton geste de puiser m’évoque Thestylis?
Et l’odeur du miracle est-elle assez subtile
Pour vaincre le parfum de fenouil et d’iris
Qui rappelle à ces bords l’ombre du doux Virgile ?
*
XI
LE CÉOU
uelle mule gasconne agite en dévalant
Q
Ses grelots de vieux cuivre au fond du paysage ?
Et me va-t-il falloir, pour lui livrer passage,
Quitter l'étroit chemin que parsème le gland ?
M’enfoncer dans ce pré toujours étincelant
De rosée? Ou, prenant le parti le plus sage,
Du flanc de ce coteau raviné par l’orage,
Menacer à mon tour le carrosse insolent ?
P
RIVIÈRES DE DORDOGNE
Les yeux écarquillés sur l’horizon qui s’ouvre,
J’attendrais vainement à l’ombre de ce rouvre
Mon équipage de Marquis de Carabas...
Car tout ce bruit, ce n’est que ta course folâtre
A travers les rochers qui volent en éclats,
O mon petit Céou, svelte et brun comme un pâtre !
XII
LA DORDOGNE
es cingles frangés d’ocre aux pacages épais,
D
De la rive sableuse aux coteaux lourds de vigne,
Elle trace sans bruit son éclatante ligne
Et partout fait fleurir l’abondance et la paix.
En vain le Rhin puissant et tendre me fait signe,
En vain la Loire, en vain la Seine et ses palais.
C’est à tes bords vermeils, Dordogne, que se plaît
Le cœur fervent et doux qui déjà se résigne.
RIVIÈRES DE DORDOGNE
Ah ! puissé-je longtemps, mesurant à ton cours
Indolent et profond le rythme de mes jours,
Egaler ma fatigue à ton indifférence !
Et de tout un passé de désir et d’orgueil
Ne garder, comme toi, que douceur dans l’accueil ;
Que fugaces reflets et que divins silences !
Le Manoire......................................................................
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Le Toulon........................................................................
ii
L’IsIe..................................................................................
i3
Fontaine de Vésone.......................................................
|5
L’Auvézère......................................................................
17
La Dronne......................................................................
>9
La Beûne...........................................................................
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Le Canal à Périgueux.......................................................
23
La Vézère..............................................................................
25
Fontaine Votive.............................................................
27
Le Céou...........................................................................
29
La Dordogne..................................................................
Impriméen Décembre igig
Par
A
CRÉP1N-LEBLOND,
Moulins-sur-Allier
La couverture et les vignettes dessinées par Pierre DES Corats
