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Médias

Fait partie de De la Condition des classes ouvrières en France à la fin du règne de Louis XV : conférence faite à Périgueux, le 14 mai 1870 : (Compte rendu sténographique)

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DE LA CONDITION
DES

CLASSES OUVRIÈRES
EN FRANCE
A LA FJN DU RÈGNE DE LOUIS XV

Conférence faite à Périgueux, le 14 mai 1870
PAR

'

M. ANTONIN DEBIDOUR
Ancien élève de l'Ecole normale, professeur d'Histoire au lycée de Périgueux

(Compte-rendu sténographique.J

Prix : 50 centimes.
"BIBLIOTHEQUE ■'
DE LA VILLE
DE PÉRIGUEUX

PERIGUEUX
IMPRIMERIE CHARLES RASTOUIL, RUE TAILLEFER ,

14.

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DE LA CONDITION
DES

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CLASSES OUVRIÈRES
EN FRANCE
A LA FIN DU RÈGNE DE LOUIS XV.

■—®

—•

Mesdames, Messieurs,

Le roi Louis XV, au milieu de la terrible crise
financière qu’avaient provoquée ses gaspillages,
organisa lui-même une fête — de fort bon goût,
selon lui — et qui coûta un million. — « Comment
« la trouvez-vous ? demandait-il au contrôleur géné« ral Terray. — Sire, je la trouve impayable. » —
Quelque temps après, le même prince, chassant
dans la forêt de Sénart, rencontre quelques paysans
chargés d’une bière. — « Qu’est-ce que cela ? —
« Sire, c’est un homme que nous portons en terre.
« — De quoi est-il mort ? — De faim. »

— 4 —

Ces deux anecdotes me paraissent résumer, par
un contraste navrant, l’état de la France telle que
l’avait faite l’ancienne monarchie, telle que nos
pères l’ont connue quelques années avant 1789 :
Splendeur factice et insouciance railleuse d’une
part, misère réelle et morne résignation de l’autre.
Autour d’un roi banqueroutier, qui donne sans
compter, se presse la foule souriante des courtisans,
auxquels le prince ne sait rien refuser. — « Vous
« avez un beau nom, ou simplement de l’esprit, et
« vous me plaisez ; eh bien, vous serez évêque,
« ou vous aurez un régiment. — Mais, Sire, le ré« giment coûte deux cent mille livres. — Les voici.
« — Sire, j’ai bien encore quelques dettes..... cinq
« cent mille livres. — On les paiera. » — Oui, et
pour les payer, on ajoutera un sou pour livre aux
impôts qui ruinent le pauvre ; on vendra le lit du
paysan qui n’a pas acquitté la taille ; on chassera
le malheureux de sa cabane, de sa hutte; et il sera
pendu comme maraudeur, s’il ne veut pas se résou­
dre à mourir de faim comme l’homme de Sénart !
C’est ainsi, Messieurs, que, jusqu’à la veille de la
révolution de 1789, vingt millions de travailleurs
sont exploités, saignés à blanc par une royauté sans
pudeur, au profit d’une aristocratie désœuvrée
qui exige tout du peuple, reçoit tout de l’État, et
ne donne rien au pays. Ces maux ne sont plus ; mais
il suffit que ma pensée s’y reporte pour que j’éprouve
une émotion que chacun de vous ressentirait, j’en
suis sûr, s’il pouvait se faire une idée des souffrances,

— 5 —

des douleurs, des misères, des tortures de ces labou­
reurs et de ces ouvriers qui, au prix de leur sang et
de leurs larmes, ont pu léguer à leurs descendants
l’égalité, l’honneur et la liberté. Ces va-nus-pieds
sans nom, sans pain, sans asile, méritent bien qu’on
s’occupe d’eux et qu’on leur rende publiquement un
hommage lilial. Eux aussi ont fait notre histoire ;
elle ne se trouve pas tout entière sur les champs de
bataille ou dans les salons de Versailles.
Que d’autres, par patriotisme, par piété, ou par
cet amour délicat des civilisations aristocratiques
qui sied si bien à certains esprits d’élite, s’éprennent
de nos gloires nationales, célèbrent nos triomphes
militaires, ou s’attachent par le souvenir à cette so­
ciété si aimable, si polie, que l’on nous décrivait
naguère avec tant de finesse et de bon goût. Nous
nous attacherons de préférence à la classe des déshé­
rités, de ceux que la naissance vouait à la misère,
et que la mort vouait à l’oubli. Eh ! nous aussi nous
avons des ancêtres à célébrer ; et nous ne croirons
pas avoir démérité de nos auditeurs, si nous nous
permettons de draper l’histoire, non dans le costume
d’un général ou d’un diplomate, mais dans les gue­
nilles d’un forgeron ou d’un laboureur.
Rechercher quelle était, à la fin du dix-huitième
siècle, quelques années avant la révolution, la con­
dition du travailleur français ; — remarquer avec
quel soin jaloux les privilégiés de tout ordre l’ex­
cluaient des faveurs royales, des fonctions honorifi­
ques et lucratives, dont ils conservaient le monopole ;

— 6 —

— énumérer rapidement les charges matérielles qui
rendaient au pauvre toute aisance impossible, lui
faisaient détester le travail, et arrêtaient fatalement
les progrès du commerce et de la civilisation ; —
dire par quelles lois, par quelles institutions iniques
le droit imprescriptible qu’a tout homme de consa­
crer ses forces et son intelligence à assurer sa vie
et celle des siens était, non-seulement froissé, mais
nié brutalement, mais foulé aux pieds ; comment le
travail lui-même était devenu un monopole et un
privilège ; comment la société refusait à ceux qui
manquaient de pain la liberté d’en gagner ; dire tout
cela, simplement, sans phrases, en présentant les
faits dans leur poignante réalité, c’est, je crois, me
montrer digne d’un public qui voit dans l’histoire
autre chose qu’une succession de batailles, qu’une
série d’événements sans causes, d’un public enfin
qui, dans notre France démocratique et libre, ne
ménage ses sympathies ni à ceux qui ont souffert,
ni à ceux qui souffrent.
On pourra m’accuser, je le sais, de traiter bien
durement ces pauvres ordres privilégiés, qui, sous
une monarchie absolue, n’étaient vraiment plus que
l’ombre de l’ancienne et puissante féodalité du
moyen âge. Mais veuillez bien considérer, Mes­
sieurs , que je me place toujours au point de vue du
peuple et non à celui de la royauté.
Que la noblesse et le clergé eussent perdu toute
influence politique, et qu’il n’y eut plus dans le
royaume d’autre seigneur souverain que le roi, c’est

— 7 —

incontestable. Mais ce qui ne l’est pas moins, c’est
que si la royauté avait enlevé aux seigneurs tous
ceux de leurs droits qui pouvaient gêner l’action du
gouvernement, elle leur avait laissé tous ceux qui
ne gênaient que la liberté et la vie du peuple.—C’est
ce qu’on appelait les droits utiles : droit de chasse
(ruineux pour le pauvre cultivateur), droit de ga­
renne , fours et moulins banaux, péages sui* toutes
les routes et sur tous les ponts, et mille redevances
bizarres et iniques, établies par la force, mainte­
nues par l’usage. Ajoutez-y la dîme payée au
clergé et qui enlevait souvent au paysan et au petit
marchand le plus clair de son revenu, et vous pour­
rez vous convaincre que le peuple n’avait en rien
bénéficié de la chute de la féodalité. Foulé, pillé par
les privilégiés au quatorzième siècle, il l’était en­
core au dix-huitième. La noblesse et le clergé pos­
sédaient la moitié des terres et ne lui permettaient
de cultiver l’autre qu’aux conditions les plus oné­
reuses et les plus humiliantes.
Le malheureux que le sort avait 'fait naître dans
la roture et dans le travail avait-il au moins quelque
chance de devenir un jour, par son mérite, l’égal du
gentilhomme ignorant et oisif, qui regardait commeun honneur d’être exempt des charges publiques et
de n’être pas jugé par les mêmes tribunaux que le
manant ? Il pouvait l’espérer, sans doute ; mais réa­
liser ce rêve, c’est autre chose; c’est par unités que
l’on compte, sous l’ancien régime, les hommes du
tiers ordre qui furent ministres ou maréchaux de

— 8 —

Franco ; c’est par centaines que l’on compte les no­
bles. Ils ne se sont donné que la peine cle naître,
comme dit Figaro. — A douze ans, ils sont colo­
nels ; à quinze, ministres (1). Capables ou non, la
question n’est pas là. — Ont-ils leurs quartiers?
S’ils les ont, tout est dit : cordons, grades, pen­
sions, titres, pleuvront sur eux, en dépit de leur mé­
diocrité ou de leur sottise, pendant qu’un homme du
peuple, qui se sent du talent, peut-être du génie,
végétera toute sa vie dans une position subalterne.
Le duc de Richelieu et le comte de Maurepas, per­
sonnages de peu de valeur politique et militaire,
occupent les postes les plus élevés de l’État : l’un
est maréchal de France, l’autre est premier minis­
tre. Mais, en revanche, Carnot est capitaine, Hoche
est sergent, et ils ne fussent jamais sortis de l’obs­
curité sansda révolution.
Il semble pourtant, Messieurs, que, contre les
oppressions seigneuriales, contre la jalousie ombra­
geuse des ordres privilégiés, le peuple avait un re­
cours , un appui. A quoi lui servait donc cette
royauté toute puissante, sous laquelle la féodalité
matée n’osait même plus se débattre; cette royauté
amie des bourgeois et dès pauvres gens, ce gou­
vernement du pot au fait qui voulait que. toute la
France fût heureuse, et dont la sollicitude pater­
nelle s’étendait sur tous indistinctement?
Ah ! parlons-en un peu de cette sollicitude. Nous
(1) Exemple : Maurepas.

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allons la voir à l’œuvre, cette monarchie paternelle.
Nous allons dire ce qu’elle a fait de ce peuple,
qu’elle devait affranchir et rendre prospère, et dont
elle n’a su, au contraire, qu’appesantir les chaînes
et qu’aggraver la misère.
Je ne veux pas, Messieurs, entrer dans le détail
de l’organisation administrative de la France sous
l’ancien régime. Je pourrais vous montrer comment
un système que l’on vante beaucoup (et beaucoup
trop, à mon avis) d’avoir fait succéder l’ordre et la
régularité à la confusion et à l’anarchie, n’a fait,
au contraire, qu’aggraver ces maux en y ajoutant
le despotisme. Mais je sortirais ainsi de mon sujet.
Je ne veux aujourd’hui soulever qu’un coin du voile
et considérer la royauté que dans ses rapports avec
les classes populaires.
Je suppose que le premier des rois de France quij
pour augmenter leur pouvoir, se mirent àprotéger
(singulière protection, vous allez le voir) le TiersÉtat contre les deux autres, eût pu réunir tous les
manants du royaume et leur eût dit : « Vous payez
« tous les ans une certaine somme à vos seigneurs
« pour qu’ils vous défendent et vous gouvernent. Ils
« prennent la somme, vous défendent peu, vous
« gouvernent mal, et par-dessus tout, me gênent
« beaucoup. Eh bien ! je m’offre pour les remplacer
« auprès de vous. Comme je suis au moins quatre
« fois plus noble que le plus titré d’entre eux, vous
« me paierez quatre fois plus cher... Et vous conti« nuerez à les entretenir tout de même, car j’ai be2

- 10 —

« soin d’une cour brillante, et je ne suis pas assez
« riche pour la payer: » Croyez-vous, Messieurs,
que les contribuables eussent accepté ce marché ?
Mais la royauté ne révéla pas aussi naïvement ses
projets. Le Tiers-État, confiant et crédule, l’aida
bonnement à renverser la féodalité. Cette alliance
ne lui valut point l’égalité ; elle lui dit perdre ses
libertés locales ; elle ne lui rapporta qu’une aggra­
vation de charges sur laquelle je vous demande la
permission d’insister. Bénéfice tout négatif, comme
vous voyez.
La royauté, en somme, asservit la noblesse et le
clergé, sans délivrer le peuple. Elle le délivre si
peu, que les neuf dixièmes au moins des charges
matérielles qui pèsent au dix-huitième siècle sur les
travailleurs sont de création royale. Ce qu’expli­
quent , du reste, parfaitement les besoins crois­
sants d’une monarchie prodigue et belliqueuse qui
faisait la guerre sans motif, se croyait toujours as­
sez riche pour payer sa gloire, et s’imaginait faire
Vaumône en dépensant beaucoup. Le mot est histori­
que.
On impose donc à outrance les pauvres, car gé­
néralement l’impôt respecte les riches. On invente
chaque jour de nouveaux procédés de fiscalité pour
ruiner et désespérer les travailleurs. Ils crieront ;
mais le roi les fera pendre, sans scrupule. N’est-il
pas le maître ? N’a-t-il pas un droit absolu de pro­
priété sur toutes les richesses mobilières ou immo­
bilières que peut renfermer le royaume ? Écoutez

— 11 —

avec quelle assurance s’exprime à cet égard
Louis XIV :
« Vous devez, dit-il (il s’adresse à son fils, le Dau« phin), vous devez être persuadé que les rois ont
« naturellement la disposition pleine et entière de
« tous les biens qui sont possédés aussi bien par les
« gens dÉ’glise que par les séculiers, pour en user en
« tout temps comme de sages économes, c’est-à« dire suivant le besoin général de leur État. » (1)
Aussi, les sujets doivent s’estimer heureux qu’on
veuille bien leur laisser une faible part des fruits de
leur travail. — Le roi pourrait tout prendre. — Il
est vrai que, s’il ne prend pas tout, il ne s’en faut
de guère. — Passons en revue les principales sour­
ces du revenu public au dix-huitième siècle, et nous
pourrons aisément nous en convaincre.
Alors, comme aujourd’hui, les impôts généraux
sont de deux sortes : ils sont directs ou indirects,
c’est-à-dire qu’ils pèsent sur les revenus des citoyens
ou qu’ils sont perçus sur leur consommation. Sauf
cette ressemblance, il n’y a absolument rien de
commun entre notre système de contributions ac­
tuel et celui qui resta en vigueur chez nous jusqu’en
1789. De nos jours, les impôts sont, sauf quelques
anomalies appelées à disparaître sous peu, équita­
blement répartis et levés régulièrement, sans vio­
lence et sans fraude. Il n’en était pas ainsi sous l’ai
cien régime.
'
v

(1) Mémoires de Louis XIV.

— 12 —

Les impôts directs, pour ne citer que les princi­
paux, car je ne veux pas fatiguer votre attention,
comprenaient la taille, la capitation et les ving­
tièmes.
La taille rapportait, bon an mal an, quatre-vingtdix millions, qui en vaudraient aujourd’hui deux
cent trente ou deux cent quarante ; mettons deux
cents. Deux cents millions, levés presque exclusive­
ment sur les pauvres, les travailleurs, les nécessi­
teux ! Car la noblesse était exempte de la taille ; le
clergé en était exempt; exempts aussi les magis­
trats, les financiers, et presque tous les fonction­
naires. Ceux-là seuls qui auraient dû être dégrevés
payaient pour eux et pour les riches.
Encore si la taille eût été répartie d’une façon
équitable ou simplement intelligente, la charge eût
paru moins lourde aux contribuables. Dans les^ays
d’États, comme la Provence, le Languedoc, la Bre­
tagne, qui avaient conservé un simulacre d’assem­
blées provinciales, cette taxe était réelle, c’est-àdire établie uniquement sur l’estimation des revenus
fonciers, estimation facilitée par un cadastre, que
l’on renouvelait tous les trente ans. — La réparti­
tion était, du reste, confiée aux Etats. Mais ne vous
y trompez pas : les pays d’Etats étaient rares en
France au dix-huitième siècle. La plus grande par­
tie du royaume se composait de pays d’élections, où
la répartition était faite par les intendants, leurs
subdèlèguès, les élus, tous officiers royaux. Là, la
taille était personnelle, c’est-à-dire qu’elle reposait

— 13 —

sur l’estimation arbitraire des revenus fonciers et
autres des contribuables. Estimation variable et
inique, comme vous l’allez voir. Tous les- ans, en
effet, l’dfo désignait, dans chacune des paroisses
soumises à son autorité, un contribuable qui, sous
le nom de collecteur, était chargé de répartir à son
gré, à ses risques et périls, l’impôt entre ses conci­
toyens, et de dresser les rôles. Or, la plupart des
gens riches étant exempts de taille, ce contribuable
se trouvait presque toujours être un petit cultiva­
teur, un paysan, qui ne savait ni lire ni écrire, que
la haine et l’envie poussaient souvent à abuser de
son pouvoir en attribuant à tel ou tel de ses voisins
un revenu exagéré et l’imposant en conséquence.
Ce qu’il y avait de plus triste, c’est que le malheu­
reux, loin de tirer aucun profit de l’honneur que lui
imposait l’administration, se ruinait généralement
dans l’exercice de ces onéreuses fonctions. La loi le
déclarait responsable de toutes les erreurs qu’il pou­
vait commettre (et Dieu sait- s’il en commettait !j et
solidaire de tous ceux des contribuables de sa pa­
roisse qui n’auraient pas exactement acquitté la
taille. Il en résultait qu’au bout de l’an le collecteur
était brouillé avec la plupart des habitants de son
village ; mais il était aussi brouillé avec l’adminis­
tration, qui vendait ses biens, sa maison, ses meu­
bles; il est vrai qu’elle dédommageait le pauvre
collecteur : elle lui offrait un asile..... en prison.
Ne croyez pas, du reste, que l’honneur des pour­
suites fût réservé au seul collecteur. Malheur aux

— 14 -

contribuables qui ne payaient pas exactement la
taille! Huissiers, recors, garnisaires, arrivent en
foule ; saisie, frais, procédure ruineuse ; la table, le
lit, les instruments de travail sont mis à l’encan. La
fureur des agents du fisc ne s’arrête pas là : « Il est
« même assez ordinaire, dit Vauban, de pousser les
« exécutions jusqu’à dépendre les portes des mai« sons, après avoir vendu ce qui était dedans, et on
« en a vu démolir, pour en tirer les poutres , les
« solives et les planches, qui ont été vendues cinq
« ou six fois moins qu’elles ne valaient en déduction
« de la taille. » (1)
Voilà, Messieurs, les procédés et les égards d’un
gouvernement paternel envers les indigents et les
affamés !
Vous croyez peut-être maintenant que si l’admi­
nistration traitait si durement les contribuables
récalcitrants, elle devait traiter avec amour, avec
bienveillance tout au moins, les contribuables exacts
et fidèles. C’est tout le- contraire qui arrivait. Les
agents du fisc s’entendaient, à ce qu’il paraît, avec
les exempts et les huissiers, pour multiplier les
poursuites et en partager le produit. Point de retard
dans les paiements, point de poursuites possibles.
Désespoir de l’administration, qui se fait ce raison­
nement : Un tel paie bien, il faut donc qu’il soit
plus riche que nous ne pensions. Et on augmente la
taille du pauvre diable, —jusqu’à ce qu’il ne paie
(1) Vauban, Dîme royale (ouvrage publié en 1707).

15 —

plus. Cet ingénieux système, je ne l’invente pas ; il
est très-nettement décrit par un économiste fameux
du dix-huitième siècle, le marquis de Mirabeau, père
de l’orateur : « Si certaines paroisses, dit-il, s’avi« sent d’être exactes et de payer sans contrainte, le
« receveur , qui se voit ôter le plus clair de son
« bien, se met de mauvaise humeur, et, au départe« ment prochain, entre lui, Messieurs les élus, le
« subdélégué et autres barbiers de la sorte, on
« s’arrange de façon que cette exacte paroisse porte
« double faix, pour lui apprendre à vivre. » (1)
Ainsi, la taille enferme le contribuable dans un
dilemme infranchissable : Si tu ne paies pas, tu seras
ruiné ; si tu paies, tu le seras tout de même.
Au demeurant, l’Etat embourse deux cents mil­
lions, les huissiers et receveurs à peu près autant.
Tout n’est-il pas pour le mieux ?
Et quand je dis deux cents millions, je me
trompe ; car la taille n’était pas le seul impôt direct
que payât le peuple. J’allais oublier la capitation
et les vingtièmes. Il est vrai que ces taxes, créées
par Louis XIV, avaient d’abord étaient réparties,
proportionnellement au revenu, sur tous les ci­
toyens. Mais les abus, les privilèges, les exemptions
n’avaient pas tardé à faire retomber sur le pauvre la
charge du riche. Le peuple, qui, à l’origine , ne
contribuait que pour un sixième à la somme totale
produite par la capitation, y contribuait, sous
(1) L’Ami des hommes, t. II, p. 43.

— 16

Louis XVI , pour les trois quarts. Quaut aux
vingtièmes, cette taille déguisée fut doublée en
1756, triplée en 1760, augmentée de je ne sais com­
bien de squs pour livre. Le clergé s’en était fait
exempter; les nobles effrayaient les répartiteurs,
ou faisaient de fausses déclarations de revenus. Les
pauvres seuls payaient exactement. Les revenus de
la capitation et des vingtièmes réunis égalaient à
peu près ceux de la taille. Inutile d’ajouter que les
procédés de l’administration étaient tout aussi ingé­
nieux, tout aussi aimables pour le recouvrement de
ces deux impôts que pour celui du premier.
Messieurs, tout cela n’est rien; toutes les charges
dont je viens de vous parler ne sont rien à côté de
celles dont il me reste à vous entretenir. Je voudrais
que le temps me permit de vous décrire la nature,
l’organisation, le mécanisme de ces impôts indirects,
qui ont été de tous temps si odieux au pauvre, parce
qu’ils frappent sur sa consommation de chaque
jour, sur le pain qu’il mange, sur le vin qu’il boit,
sur le vêtement qu’il porte, et presque sur L’air qu’il
respire.
On me dira que ces contributions devaient lui
paraître moins lourdes que les premières, parce
que celles-ci pesaient exclusivement sur lui, tandis
que les impôts indirects pesaient un peu sur tout le
monde. D’abord, c’est une médiocre - consolation
pour un homme qui portait un fardeau de cent livres,
et auquel on en impose cent de plus, de savoir que
son voisin en va porter vingt-cinq. Puis, les abus,

- 17 -

les privilèges, les exemptions que nous avons si­
gnalés en parlant des impôts directs, se retrouvaient
en partie, déguisés et masqués, mais enfin se re­
trouvaient dans l’organisation des impôts indirects.
Ajoutez que ces taxes, au lieu d’être levées sans in­
termédiaire par l’État, étaient généralement affer­
mées à des financiers (1) qui doublaient à leur profit
les charges du pauvre et s’engraissaient scanda­
leusement du sang du peuple.
Je ne dis rien du monopole du tabac que l’État
s’était attribué. Le tabac n’était pas alors un objet
de première nécessité; il l’est peut-être devenu
depuis. Mais que penser de cet étrange et mons­
trueux monopole du sel, qui sous le nom de Gabelle,
était devenu la terreur des pauvres gens et des
affamés ? Que penser d’un gouvernement qui avait
l’impudeur de vendre à des paysans et à des ouvriers
une denrée si abondante et de si peu de prix, jus­
qu’à soixante-dix livres le quintal? (Il faudrait tri­
pler la somme pour en avoir la valeur actuelle.)
Oui, dans ce qu’on appelait les provinces de
Grande Gabelle, l’État, seul débitant de sel, forçait
les habitants de s’approvisionner à ce taux exorbi­
tant. Tout individu âgé de plus de sept ans, devait,
annuellement, et au minimum, acheter, dans cer­
taines provinces sept, dans d’autres jusqu’à vingtcinq livres de sel. C’était ce qu’on appelait le sel du
devoir. (Remarquez qu’il ne devait servir que pour
(1) Les fermiers généraux.

3

— 18 —

le pot et salière ; la loi était formelle ; le sel pour
salaisons devait être acheté en sus, et la moindre
contravention à cet égard était punie de la prison
et d’amendes énormes.
Tout le monde, au moins, était-il soumis à cette
odieuse obligation? Non. Beaucoup de privilégiés,
c’est-à-dire beaucoup de riches, recevaient, sous le
nom de francs-salès, des distributions à peu près
gratuites de sel. C’était presque un titre de noblesse
que d’avoir des francs-salés. Cette inégalité n’était
pas, du reste, la seule dont le peuple eût à souffrir. La
France, ce pays que Louis XIV passe pour avoir ra­
mené à l’unité-, comptait dans chaque administration
presque autant de régimes divers, que le royaume
comptait de provinces. L’organisation des gabelles
en est la preuve la plus évidente. Le royaume com­
prenait, en effet, des pays de grande gabelle, de pe­
tite gabelle, des pays rèdimès, de (faart-bouillon, des
pays francs, etc., etc., le tout mêlé, confondu, en­
chevêtré, embrouillé de telle sorte que dans l’Artois,
par exemple, pays franc, — le sel coûtait quatre et
même deux livres le quintal, et qu’à côté, en Pi­
cardie, pays de grande gabelle, on le payait soixantedeux livres ! Dans la Basse-Auvergne, pays rédimé,
huit livres ; dans la Haute-Auvergne, pays de petite
gabelle,- trente-quatre livres. — Ici, la loi vous fai­
sait une condition à peu près supportable ; à cinq
cents pas plus loin, elle vous en faisait une into­
lérable.
Faut-il s’étonner, après cela, de la contrebande,

— 19 —

que des tentations légitimes avaient fait naître, et
que la sollicitude du gouvernement ne parvint ja­
mais à détruire ? sollicitude, du reste , aussi ferme
que paternelle. Un édit de 1727, par exemple,
frappe les coupables de neuf ans de galères — la
première fois ; les récidivistes, du gibet. Une milice
sauvage porte dans les familles la terreur et l’inqui­
sition , organise et salarie la délation, procure bon
an mal an onze mille hôtes aux prisons et cinq cents
aux galères ; je ne parle pas des pendus.
Tout cela, Messieurs, rapportait à Sa Majesté
Très-Chrétienne cent cinquante millions de notre
monnaie.
La législation sur les aides n’est ni moins compli­
quée , ni moins oppressive que les règlements sur la
gabelle. Les aides, impôts sur les boissons, sur la
viande et une multitude d’autres objets de consom­
mation qu’il serait trop long d’énumérer, étaient
devenus ia source du plus odieux despotisme et des
exactions les plus criantes.
Pour vous en donner un exemple, le propriétaire
de vignobles était soumis, aussitôt après la récolte,
à des visites incessantes, à mie surveillance conti­
nuelle. Des commis arrivaient, inspectaient son cel­
lier, jaugeaient ses tonneaux, fixaient rigoureuse­
ment le nombre de pièces que le cultivateur devait
conserver pour sa consommation ; tout le reste de­
vait être vendu, ou sinon — confisqué, avec un bon
procès, qui ne finissait jamais. Inutile de dire que
les agents revenaient quand bon leur semblait, et

— 20 —

que leurs visites et leurs procès-verbaux étaient
toujours payés, et largement, par le propriétaire.
Voltaire représente quelque part un honnête Cham­
penois assailli par des hôtes de cette espèce. Il les
reçoit très-bien, les fait dîner, l’imprudent ! Le des­
sert se termine par la remise d’une note formidable.
« Je fais, dit l’agent,
Je fais loyalement deux parts de votre bien ;
La première est au roi qui n’en retire rien ;
La seconde est à moi. Voici votre mémoire :
Tant pour les brocs de vins qu’ici nous avons bus ;
Tant pour ceux qu’aux marchands vous n’avez point vendus,
Et pour ceux qu’avec vous nous comptons encor boire.
Tant pour le sel marin, duquel nous présumons
Que vous deviez garnir vos savoureux jambons.
Vous ne l’avez point pris, et vous le deviez prendre.
Je ne suis pas méchant, et j’ai l’âme assez tendre ;
Composons , s’il vous plaît. Payez dans ce moment
Deux mille écus tournois par accommodement.

Le campagnard trouve la somme forte ; un de ses
fils également ; ils protestent, ils résistent. Impru­
dents, toujours imprudents !
On les prend, on les lie, on les mène en prison ;
On les j uge ; on en fait de nobles Argonautes
Qui, du port de Toulon devenus nouveaux hôtes,
Vont ramer pour le roi vers la mer de Cadix.
La pauvre mère expire en embrassant son fils.
L’enfant abandonné gémit dans l’indigence.
La fille sans secours est servante à Paris.
C’est ainsi qu’on travaille un royaume en finances. (1)
(1) Voltaire. Les Finances.

— 21 —

Voilà déjà le prix du vin singulièrement aug­
menté par tous ces frais : mais nous n’aurions pas
fini, nous en aurions même pour longtemps si nous
voulions seulement énumérer tous les droits bizar' res, iniques, odieux, qui quintuplaient, décuplaient
môme pour le pauvre la valeur des boissons : gros,
augmentation, anciens cinq sous, nouveaux cinq sous,
quatrième, octroi, douze deniers des conservateurs,
jauge, courtage, chemins, ponts, etc., sans compter
les droits de débit prélevés dans les auberges et les
cabarets. Ajoutez, ce qui ne doit pas vous étonner,
que les droits de détail, qui pesaient exclusivement
sur le pauvre, constituaient la partie la plus consi­
dérable des aides. Avec cela nulle proportionnalité
dans les tarifs; ils sont dressés presque toujours
d’après la quantité plutôt que d’après la qualité des
produits ; de telle sorte qu’un tonneau de vin mé­
diocre ou frelaté, boisson du pauvre, paie tout au­
tant que le tonneau de vin fin destiné au gentil­
homme ou au financier.
Les fraudes étaient donc nombreuses, vousn’en êtes
pas surpris. Mais vingt-sept mille employés y met­
taient bon ordre ; et tel, qui avait voulu boire du vin
à bon marché, allait boire de l’eau le reste de ses
jours... vers la mer de Cadix. L’espionnag'e et la
délation étaient organisés en grand dans les cam­
pagnes comme dans les villes. On croyait voir par­
tout des gabelous et des rats-de-cave. J.-J. Rous­
seau fut pris pour l’un d’eux dans une de ses
promenades. Son hôte, qu’il eut quelque peine à

— 22 —

détromper, lui dit qu’il serait un liomme perdu « si
l’on pouvait se douter qu’il ne mourrût pas de
faim. » (1)
L’exposé que je viens de vous faire ne serait pas
complet, Messieurs, si je ne disais un mot des trai­
tes ou douanes qui, sous l’ancien régime, entra­
vaient presque à chaque pas la circulation et
élevaient, hors de toute raison, le prix des mar­
chandises. Pour vous en donner une idée, une cer­
taine quantité de vin, prise à Orléans, coûtait un
sou; transportée à Rouen, elle valait vingt-quatre
sous! Certaines douanes étaient de véritables coupegorges; — le mot n’est pas de moi; il est d’un
orateur des États du Dauphiné, qui s’exprimait en
ces termes au sujet de la douane de Valence :
« Ce subside a eu la naissance et l’accroissement
« d’un crocodile, et en peu de temps il s’est rendu
« l’effroi de ceux qui voyagent par eau, ainsi que
« des marchands qui vont par terre. Les marchands
« effrayés s’éloignent de ce passage comme d’un
« coupe-gorge. S’ils y tombent, on les y fait languir
« des semaines entières avant que de composer du
« payement, et la liberté no leur est rendue que
« lorsqu’on a vu le fond de leurs balles et de leurs
« bourses. » (2) — En résumé, douze cents lieues de
barrières intérieures, des péages sur les routes et
sur les rivières (il y en avait vingt-huit rien que sur
(1) V. l’anecdote dans les Confessions de J.-J. Rousseau.
(2) Forbonnais, Recherches sur les finances, t. I., p. 41.

— 23 _

la Loire), opposaient un obstacle presque insurmon­
table à la circulation et au développement de la
fortune publique.
Que dis-je ? de la fortune ; la vie même des
citoyens était compromise par les règlements les
plus absurdes, les plus odieux. Que dire, par exem­
ple, de la défense absolue d’exporter des grains, d’en
transporter d’une province dans une autre ? Le Pé­
rigord regorgeait de blé, la Bretagne en manquait.
Eh bien ! la Bretagne devait mourir de faim, de
par la loi, ou attendre que le gouvernement eût
avisé. Les partisans de la libre circulation, nom­
breux au dix-huitième siècle, triomphent cependant
à certaines époques, notamment en 1764. Mais alors
qu’arrive-t-il? B arrive que des financiers et des
gens de cour, auxquels le roi lui-même ne rougit
pas de s’associer, font, au capital de trente ou qua­
rante millions, une grande entreprise d’accapare­
ments, (1) et, à défaut de disettes naturelles, en
produisent de factices pour élever le prix des grains.
La France, affamée, rejette sur la liberté le crime
des spéculateurs et revient — presque avec joie —
au régime meurtrier des prohibitions.
Voilà donc , Messieurs, ce que la royauté pater­
nelle de Henri IV, ce que la royauté glorieuse de
Louis XIV. avait donné au pays, en échange de sa
liberté ! La taille, la capitation, les vingtièmes ; les
impôts indirects, avec les fermiers généraux ; la ga(1) Le Pacte de famine.

- 24 -=

belle, les aides, les traites, — avec les prisons et
les galères ; et, pour couronnement, la misère et la
faim ! — Est-ce tout? Non, l’ouvrier et le paysan
lui devaient encore d’autres progrès, d’autres inno­
vations.
Nous avons jusqu’à présent énuméré bien des
charges pécuniaires qui pesaient presque exclusi­
vement sur le pauvre. Voici maintenant des charges
personnelles, corporelles, si je puis m’exprimer
ainsi ; et celles-là sont exclusivement réservées à la
roture. C’est, la corvée, c’est la milice, grâce aux­
quelles l’Etat, non content de prélever la part du
lion sur le salaire du pauvre, s’arroge encore le
droit d’arracher le paysan à la charrue, l’ouvrier à
l’atelier, et de disposer de leurs forces et de leur
temps sans rémunération.
Dès. la fin du règne de Louis XIV, le gouverne­
ment avait pris l’habitude de ne plus faire construire
et entretenir les grands chemins qu’au moyen de la
corvée. Cet usage fut érigé en loi générale par le
contrôleur général Orry, en 1737 ; et bientôt l’obli­
gation de la corvée s’étendit à toutes sortes d’entre­
prises, telles que transports militaires, transports
des forçats, des mendiants, des bois de construc­
tions navales, etc. Jusqu’à la fin de l’ancien régime,
on vit les paysans traînés par les soldats, jusqu’à
deux et trois jours par semaine, à des labeurs
ingrats et stériles. Les bœufs et les chevaux
mouraient à la tâche ;. les moissons attendaient
et se desséchaient. Mais qu’importait au roi ? Les

25 —

criaillories des malheureux n’arrivaient même- pas
jusqu’à lui. Les routes étaient droites, les ponts
étaient superbes, et cela ne coûtait rien au Tré­
sor. (1)
Qu’importaient aussi les plaintes des familles qui
se voyaient ravir par la milice un beau garçon de,
vingt ans, vigoureux et vaillant, et dont le départ
était pour la maison le prélude de la ruine et de la
misère ? Notre conscription d’aujourd’hui a au moins
cela de bon qu’elle frappe sur tout le monde, et que
le pauvre a autant de chances que le riche d’y
échapper. Mais, sous l’ancien régime, le tirage au
sort n’était qu’une odieuse comédie : nobles, ecclé*siastiques, magistrats, financiers, fonctionnaires,
industriels, commerçants, tout ce qui vivait à l'aise,
en était exempt. L’exemption était même partagé©
par les serviteurs de ces privilégiés. L’Etat n’était
sans pitié que pour le pauvre. Il l’enrôlait de force,
après une révision arbitraire ,• dérisoire ; il pouvait
le retenir sous les drapeaux jusqu’à l’âge de qua­
rante ans, sans faculté de remplacement, sans- pos­
sibilité d’avancement. Aussi, avec quelle terreur le
malheureux voyait-il arriver l’heure du tirage !
Beaucoup fuyaient dans les bois pour se soustraire
à l’impôt du sang. Mais ceux qui restaient, furieux
de voir diminuer leurs chances de liberté, les y
(1) Il est bon de faire remarquer que l’établissement des Corvées
royftles n’avait point fait disparaître les corvées féodales, et que le
peuple travaillait gratuitement pour le compte des seigneurs aussi bien
que pour le compte de l’État.

26 -

poursuivaient et les traquaient comme des bêtes
fauves, de concert avec la force publique, jusqu’à
ce que les malheureux fussent morts ou qu’ils se
rendissent.
Il doit vous paraître impossible qu’aux charges
déjà si lourdes qui pesaient sur le peuple, l’État se
crût en droit d’en ajouter d’autres, encore plus vexatoires et moins justifiables. Le malheureux qui avait
usé tristement sa stérile jeunesse sous les verges mi­
litaires ; qui, deux ou trois jours par semaine, cas­
sait des cailloux ou creusait des fossés pour le compte
des nobles ou du gouvernement ; qui acquittait, en
sujet docile et fidèle, tous les impôts directs ou indi­
rects ; cet homme pouvait se croire quitte envers une
société qui lui vendait si chèrement la faculté de
vivre, — de vivre mal et de manger peu en travail­
lant beaucoup et en souffrant sans relâche. Oui, s’il
était paysan, s’il travaillait aux champs comme
serf, colon, métayer, la loi avait pour lui cette insi­
gne clémence de lui dire : « Je te prends la moitié
« de ton temps, les trois quarts de ton revenu ; le
« reste t’appartient. » Mais s’il était ouvrier, s’il
habitait la ville, s’il lui prenait la fantaisie étrange
d’y vivre d’un métier, l’ambition exorbitante d’être
tailleur, cordonnier ou maréchal-ferrant, oh ! alors,
croyez-vous que la loi le laissât faire ? « Comment,
« malheureux ! tu veux faire des habits ou des sou- '
« liers, par cette unique raison que tu as faim? Ta
« faim est très-respectable, sans doute, mais les
« règlements le sont encore davantage. Fais-toi re-

I

— 27 —

« cevoir dans la corporation, — si tu peux, — et tu
« travailleras ensuite, — si je veux. »
Ah! la corporation, c’est l’arche sainte; sous
l’ancien régime, il n’y faut pas toucher. L’État ne
reconnaissait qu’à elle seule le droit de fabriquer et
de débiter les objets de première nécessité aussi
bien que les produits de luxe. Le travail, je le disais
en commençant, sous un régime anormal qui ne
pouvait subsister qu’en maintenant et augmentant
la division des classes, le travail était devenu un
monopole et un privilège. Il faut bien le dire, la no­
blesse et le clergé n’étaient pas les seuls ordres en
dehors du droit commun. Il y avait aussi l’aristocra­
tie de l’atelier et de la boutique ; et ce n’était pas la
moins oppressive pour les pauvres gens. Quelques
détails très-courts sur l’organisation des corps de
métiers nous montreront, jusqu’à la dernière évi­
dence , les abus d’un régime qui en était venu à
dénier à l’homme du peuple la seule'liberté qui lui
restât, celle du travail, la faculté de vivre sans
voler et sans mendier.
Il n’y a presque pas, en France, au dix-huitième
siècle, de villes de quelque importance où un artisan
puisse exercer à son gré la profession qui lui plaît.
Tous les ouvriers, fabricants, marchands de même
métier sont enrégimentés dans une corporation,
petite communauté jalouse, exclusive, exigeante,
hors de laquelle il n’y a point de salut. Cette insti­
tution avait pris naissance, ou du moins s’était
développée dans l’anarchie du moyen âge, lorsque

— 28 —

les hommes du peuple avaient senti le besoin de se
grouper, pour se fortifier, s’entr’aider, se défendre
des vexations et des tyrannies féodales. La corpo­
ration avait alors sa raison d’être. C’était une es­
pèce de confrérie, une association bienfaisante, où
les travailleurs venaient sagement confondre leurs
sentiments et leurs intérêts. Mais ces intérêts,
qu’avaient-ils à craindre au dix-huitième siècle, à
une époque où la féodalité politique était depuis
longtemps anéantie, où la royauté victorieuse ga­
rantissait à tous l’ordre et la sécurité, sinon la li­
berté ? — N’importe, les corporations existaient en­
core presque toutes, avec leurs règlements suran­
nés du xme siècle, avec leurs monopoles, leurs
privilèges, leurs passe-droits monstrueux qui pa­
ralysaient l’industrie en désespérant le travailleur.
Si les corporations, qui confisquaient la liberté de
l’individu au nom'de la communauté, eussent été
libres comme communautés, on comprendrait en­
core la durée et l’utilité de cette institution. Mais la
royauté n’avait eu garde de laisser à ces sociétés
une indépendance qui, au point de vue monarchi­
que , eût pu devenir dangereuse. Le gouvernement
tenait dans sa main toutes les corporations, leur im­
posait les règlements de fabrication et de police les
plus minutieux et les plus vexatoires : la lon­
gueur , la largeur d’une pièce de drap, le nombre
de fils dont devait se composer la trame, tout cela
était déterminé d’avance ; et malheur au contreve­
nant ! L’Etat pouvait sanctionner ou casser la nomi-

— 29 -

nation des jurés, syndics, prud’hommes, que la cor­
poration s’était donnés. Il soumettait les jurandes à
la surveillance, au contrôle incessant de fonctionnai­
res innombrables, qu’il nommait et qu’elles payaient
(Louis XIV en institua quarante mille nouveaux
d’un seul coup). L’État délivrait, à prix d’argent,
des lettres de maîtrise, qui exemptaient le postulant
des formalités ordinaires. L’État, enfin, prélevait,
. sur les revenus de l’association en général et de
chaque associé en particulier, sous mille formes et
sous mille noms différents, des impôts dont les pa­
tentes actuelles ne peuvent certainement pas vous
donner une idée. Ajoutez que la plupart des corpo­
rations se trouvaient, depuis des siècles, sous le
patronage imposé de quelques grands officiers de la
couronne, qui les protégeaient très-peu, mais qui
se faisaient payer très-cher les services qu’ils ne
rendaient pas.
Il est vrai que les corporations, opprimées par
l’État, se vengeaient en opprimant le public, et
c’était, à tout prendre, une compensation. Elles ne
couraient pas après les clients, comme on ferait
aujourd’hui ; elles s’imposaient à eux. Les mar­
chands de vin de Paris, par exemple, ne pouvaient,
sous peine d’amende, se dispenser, chaque fois
qu’ils perçaient une pièce nouvelle, de la faire an­
noncer dans les rues par les crieurs privilégiés. Le
consommateur fait un peu la loi de nos jours ; mais
alors il était l’esclave, la victime de l’industriel et
du marchand, qui pouvait sans crainte fabriquer

-30-

fort mal et vendre fort cher, puisque la concurrence
n’existait pas.
La concurrence , il n’en faut pas trop, sans doute,
et je comprends qu’elle ait ses abus. Mais les corpo­
rations abusaient du monopole plus qu’on ne ferajamais de la liberté. La surveillance la plus jalouse et
la plus tracassière , la susceptibilité la plus irritable
faisaient de chaque métier l’ennemi implacable de son
voisin , qu’il épiait jour et nuit, pour le prendre en
flagrant délit d’empiétement et d’usurpation. Les
tailleurs ne laissaient guère dormir les fripiers ; et
les cordonniers récriminaient sans cesse contre les
savetiers. Un fripier s’était-il permis de se faire à
lui-même un habit neuf? il avait fait acte de tail­
leur ; vite, un procès. Le savetier avait-il eu l’au­
dace de se fabriquer une paire de souliers ?
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait.......

La mort, c’est beaucoup dire. Mais le malheureux
devait compter avec les procureurs et les juges, qui
ne vivaient pas de peu. Les contestations ne finis­
saient jamais. On connaît des procès de corporations
qui ont duré trois siècles ; et l’on calculait, à la fin
du règne de Louis XV, qu’à Paris seulement, les
querelles de ce genre coûtaient aux métiers huit
cent mille livres par an.
Si les corporations s’excluaient les unes les au­
tres, elles excluaient bien plus sévèrement les tra­
vailleurs étrangers aux jurandes. Bien plus ! l’ou-

— 31 —

,

>

vrier même qui, membre d’un métier, quittait une
localité pour aller chercher fortune dans une autre,
un orfèvre de Bordeaux, par exemple, qui se rendait
à Paris, n’était pas sûr que les orfèvres de cette
ville lui permissent d’y vivre ou du moins d’y tra­
vailler. Il lui fallait payer des droits exorbitants ou
recommencer l’apprentissage, le compagnonnage,
pour venir enfin échouer, faute d’argent, devant la
maîtrise.
Apprentissage, Compagnonnage, Maîtrise! Tels
sont, en effet, les trois degrés que doit franchir le
pauvre pour pouvoir enfin goûter les avantages de
l’association industrielle ou commerciale. Tant qu’il
n’aura pas gravi le dernier, il n’en ressentira que
les charges et les injustices.
Or, est-il facile, sous l’ancien régime, à l’ouvrier
qui n’a pour toute ressource que ses deux bras et
son courage, de devenir maître, c’est-à-dire patron,
de cesser de travailler pour les autres, et de travail­
ler enfin pour lui? Les règlements de la plupart des
corporations doivent lui enlever à cet égard toute
espérance.
D’abord, l’ouvrier doit servir gratuitement un
maître ; — et le maître ne peut avoir à la fois que
deux ou même un seul apprenti. — L’apprentissage
dure six ou sept ans en moyenne; il va jusqu’à
douze dans certaines corporations. Le jeune homme
ne reçoit rien de son patron; il le paie même, lui
donne jusqu’à cinq cents livres. Il lui appartient
corps et âme, comme un prisonner, comme un es-

- 32 —

clave. S’il s’enfuit, le maître le fait reprendre par
l’autorité. S’il veut résilier son engagement, il
paiera un dédit énorme. Le maître, au contraire,
peut l’abandonner, se débarrasser de lui, le vendre,
par exemple, à un de ses confrères pour le temps
qui lui reste à faire.
L’apprentissage terminé, l’ouvrier passe compa­
gnon ou valet, et reçoit un salaire. Mais il lui est
interdit de travailler pour son compte, de s’établir ;
et, la loi ne tolérant ni grèves ni coalitions, les tra­
vailleurs restent absolument à la merci des patrons.
L’ouvrier demeure dans cette situation quinze ans,
durée obligatoire du compagnonnage dans presque
toutes les corporations.
Ce terme achevé, pourra-t-il enfin aspirer au
grade de maïtret Les règlements le lui permettent,
mais ses ressources le lui défendent presque tou­
jours. Les frais de réceptions, tels que banquet de
bienvenue, droits de l’État, droits de la communauté,
droits des jurés, etc., s’élèvent dans certains métiers
jusqu’à trois mille livres! Où les prendrait-il, le
malheureux, ces trois mille livres ? Ajoutez l’obli­
gation du chef-d'œuvre, pièce difficile et sans utilité,
et qui demandait parfois à l’ouvrier six mois de tra­
vail sans rémunération. Mais enfin, je suppose con­
tre toute vraisemblance que cet infortuné puisse
s’imposer ces sacrifices : il viendra frapper à la porte
de la maîtrise et... il la trouvera fermée; elle ne
s’ouvrira pas pour lui. Il n’y a dans chaque métiet
qu’un certain nombre de places à acheter. Celle qu’il

<

— 33 —

sollicite aura été donnée par l’État à quelque auti'e,
moyennant finances, ou sera devenue la propriété
de quelque fils de maître qui, dispensé dû compa­
gnonnage, du banquet, du chef-d’œuvre, de mille
droits onéreux, obtient, par droit de naissance, ce
que le malheureux ne peut obtenir par droit de
travail et de mérite.
Ainsi, même dans ce champ sacré du travail, qui
semble être le domaine des déshérités, le privilège
donne tout aux riches, refuse tout aux pauvres.
N’est pas maître qui veut, n’est pas compagnon qui
veut, n’est pas apprenti qui veut. Et les corpora­
tions, autrefois protectrices bénies de l’indigence,
ne sont plus que les pourvoyeuses égoïstes du
vagabondage et de la misère.
L’homme du peuple se trouve presque toujours
placé dans cette alternative : travailler pour les
autres ou manquer de travail. Et qu’en résulte-t-il?
Oh ! c’est bien simple, en vérité : il meurt de faim.
Et croyez bien qu’en employant cette expression,
je ne me sers pas d’une hyperbole. Jamais la misère
chez nous ne fut plus profonde, plus hideuse, plus
navrante qu’en ce siècle philanthropique où les
grands seigneurs et les rois conspiraient bruyam­
ment avec les philosophes et les économistes pour
l’amélioration du sort des classes populaires. Pen­
dant que les marquis faisaient élever leurs enfants
à la Jean-Jacques, et que Marie-Antoinette apprenaitfaire du beurre dans les laiteries de Trianon,
douze cent mille malheureux mendiaient sur tous

— 34

les grands chemins du royaume. Douze cent mille !
c’est Necker qui le constate, et la France ne comp­
tait pas beaucoup plus de vingt millions d’habitants !
Le mal n’avait guère diminué depuis le temps où
Vauban publiait les douloureuses révélations qu’on
peut lire dans la Dîme royale (1). Aux années les
plus prospères en apparence du règne de Louis XV,
sous l’administration de l’économe et sage Fleury,
voici ce qu’écrivait un ministre honnête', observa­
teur et clairvoyant, le marquis d’Argenson, —
d’Argenson la bête, comme on l’appelait à la cour :
« Au moment où j’écris, en pleine paix (en 1740),
« avec les apparences d’une récolte sinon abondante,
« du moins passable, les hommes meurent autour
« de nous, dru comme mouches, de pauvreté, en
« broutant l’herbe... Le duc d’Orléans porta derniè« rement au conseil un morceau de pain de fougère.
« A l’ouverture de la séance, il le posa sur la table
« du roi, disant : Sire, voilà,de quoi vos sujets se
« nourrissent. Dimanche dernier , le roi allant à
« Cboisy, par Issy, traversa le faubourg Saint-Vic« tor. Cela fut su ; le peuple s’amassa et cria non
«plus Vive le roi, mais misère ! famine ! du pain!
« Le roi en fut mortifié... Le nombre des pauvres
« dépassera bientôt celui des gens qui peuvent vivre
(1) « ... Près de la dixième partie du peuple'est réduite à mendier;
des neuf autres parties, cinq ne peuvent faire l’aumône à celle-là, dont
elles ne diffèrent guère; trois sont fort malaisées; la dixième ne
compte pas plus de cent mille familles, dont il n’y a pas dix mille fort
à leur aise. » — Dîme royale, p. 34.

• -Â

— 35 —

« sans mendier. Dans la ville de Châtellerault, on a
« obligé chaque bourgeois à entretenir à ses frais
« un pauvre. La population est de quatre mille
« âmes ; il s’est trouvé dix-huit cents pauvres enrô« lés à la charge des bourgeois... Sa Majesté a dit à
« M. de La Rochefoucauld que le royaume avait
« diminué d’un sixième depuis un an. Il est positif
« qu’il est mort plus de Français de misère depuis
« deux ans que n’en ont tué toutes les guerres de
« Louis XIV... C’est aujourd’hui à faire jûtié même
« aux bourreaux... » (1)
Il n’y a rien à ajouter à de pareils détails, si ce
n’est que le gouvernement, qui voulait bien quel­
quefois paraître mortifié , se montrait plus souvent
irrité et violent envers la tourbe affamée qui venait,
à défaut de travail, lui demander du pain. A Dijon,
les mendiants s’attroupent. Le gouverneur fait
charger ses canons. « Mes amis, dit-il, l’herbe
« commence à pousser-, allez la paître. » Quelque­
fois , il est vrai, l’Etat témoigne au misérable une
sollicitude plus touchante. Les édits de 1727 et de
1764 en font foi. Tous les mendiants seront arrêtés.
En 1767 on en prend cinquante mille — d’un seul
coup. Les hommes valides iront aux galères; les
femmes, les enfants, les malades et les vieillards de
plus de soixante-dix ans, dans les hôpitaux ! Et
quels hôpitaux ! Neuf hommes dans le même lit ! Et
l’on mourait par centaines.
(1) Mémoires du marquis d’Argenson, t. II, p. 24, ‘27,29,33,34.

- 36 —

Faut-il s’étonner, après cela, de la haine farou­
che, implacable, que ces parias portent au fond de
l’âme contre les privilégiés, leurs bourreaux? Le
peuple souffle et se tait. Mais que de colère il
amasse et met en réserve pour le jour de la déli­
vrance et de l’expiation ! Que de vengeances atroces
il se promet ! — La Révolution , ne la cherchez pas
dans les livres des philosophes et des encyclopédis­
tes; ils n’eussent jamais rien fait sans le peuple, et
le peuple ne les lisait pas. —La Révolution, elle
est dans le cœur du paysan, de l’ouvrier en haillons,
sans travail et sans pain, que le carrosse du gen­
tilhomme éclabousse au coin de la borne, où le
malheureux est tombé de froid et d’inanition. C’est
le bon sens qui lui crie : « Cet homme, que tu
envies, la nature l’avait fait ton égal; les conven­
tions sociales en ont fait ton seigneur et ton maître.
Il n’est ni plus fort ni plus intelligent que toi ; et
cependant, il est jugé propre à tout : il deviendra
sans peine général, évêque, ministre; toi, tu ne
seras jamais que soldat, curé de campagne ou con­
tribuable. A lui la gloire, à toi la peine. S’il faut
payer, on l’en dispensera, et tout le poids des char­
ges publiques retombera sur toi. Il est oisif, et tu
travailles; mais on l’enrichit, et on te condamne à
la misère. Tu gagnes.ton pain, mais il le mange.
Rien n’est à toi dans ce monde; tes bras même ne
t’appartiennent pas; et des privilégiés peuvent léga­
lement t’assassiner, en te contraignant à l’oisiveté.
N’as-tu pas assez de honte, de servitude et de mi-

— 37—

sère ? Regarde au moins en face ceux qui t’exploi­
tent et vivent de toi. Compte-les ! Ils sont cinq
cent mille; toi et les tiens, vous êtes vingt mil­
lions.»
Voilà ce que le misérable entend au fond de son
âme. Et cependant, il étouffe encore sa colère; et
que demande-t-il, après tant de siècles de souffran­
ces? Là liberté et l’égalité des droits. La liberté de
travailler et de jouir des fruits de son travail ; une
répartition équitable des charges publiques. Que les
privilégiés, suivant les règles de l’intérêt bien en­
tendu , sachent renoncer à leurs privilèges, à leurs
monopoles, sans attendre qu’on les leur arrache, et
le peuple reconnaissant les bénira comme des bien­
faiteurs. La société se réformera elle-même, sans
secousses, sans émeutes, sans vengeances; et la
nation française, régénérée, ne sera plus qu’un
peuple de frères.
Tel était le rêve de quelques esprits généreux et
profonds qui, comme Turgot et quelques autres,
poursuivirent toute leur vie l’émancipation des
classes laborieuses par la révolution légale et paci­
fique. Nous aurons , Messieurs , si vous voulez bien
m’accorder une seconde fois votre bienveillante at­
tention , à raconter leurs nobles efforts. Nous as­
sisterons à leurs luttes ; nous assisterons aussi au
douloureux spectacle des résistances opiniâtres et
aveugles qui hâtèrent la chute de l’ancienne mo­
narchie et la violente explosion de 1789. Enfin, sans
entrer dans le récit de nos discordes politiques ,

— 38 —

nous applaudirons aux grandes assemblées révolu­
tionnaires qui, sur les ruines du monopole et du
privilège , fondèrent l’empire indestructible de l’é­
galité et de la justice (1).

(1) On pourra se convaincre que le tableau que nous présentons au
lecteur n’est point une œuvre de fantaisie, en consultant, indépendam­
ment des ouvrages cités dans le cours de la conférence : l’Etablissement
des métiers de Paris, d’Étienne Boileau ; — l’Histoire de la Révolution
française, de Louis Blanc (Origines et causes}; l’Histoire de la Révolu­
tion française, de Michelet (Introduction) ; l'Histoire des classes ouvriè­
res jusqu’en '1789 , de Levasseur ; la Liberté civile, de Jules Simon ; —
le Dictionnaire des institutions, mœurs et coutumes de la France, de
Chéruel; — l’Ancien régime et la révolution, de Tocqueville. Le
dernier de ces livres surtout sera d’une lecture très-profitable. On y
trouvera, puissamment développée et appuyée de nombreuses preuves,
cette thèse , si paradoxale en apparence , que la condition dupaysan

Périgueux, imprimerie Ch. RASTOUIL, rue Taillefer, 14.