B243226101PZ_1311.pdf

B243226101PZ_1311.pdf

Médias

Fait partie de De la Traverse de Périgueux : L'ancien Périgueux et le nouveau Périgueux

extracted text
DE LA

TRAVERSE
DE PÉRIGUEUX.

Par .0. IB. Tkloimnl ÏjEVSIAIBÏE.

PÉRIGUEUX

IMPRIMERIE DUPONT et G-, RUE TAILUEFER
1857

£.e.
PZ

Cette brochure, tirée à un petit nombre d’exemplaires, n’est
qu’une réimpression d'un article qui a paru dansl'Bc/io de Vésone
du 5 avril 1887.
Plusieurs autres brochures, publiées avant
l’article qui forme celle-ci, ont été écrites au sujet de la traverse
de Périgueux.

DE LA

Depuis la publication du remarquable rapport de
M. le maire de Périgueux, sur des projets de rues à

ouvrir dans cette ville, l’opinion publique paraît se
préoccuper vivement de la décision qui sera prise à cet

égard, d’ici à quelques jours, par la commission mu­
nicipale à laquelle sont confiés les intérêts et l’avenir
de la ville.

11 va sans dire que les propriétaires qui

ont des maisons dont la valeur augmenterait, selon
l’adoption de tel ou tel projet, sont ceux qui en sont
les plus préoccupés. Chacun d’eux les apprécie, les

accueille ou les critique à un point de vue qui peut se
traduire, du moins le plus souvent, par le mot si connu
de Molière :

Vous êtes orfèvre, monsieur Josse, et

votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire
de sa marchandise. De là, une divergence d’opinions
qui rendrait impossible l’exécution des choses les plus

utiles, si ces messieurs étaient les seuls juges de la

question.

Heureusement il n’en est pas ainsi; et leur

nombre est tort petit comparativement à celui des ha-

- 4 bitants de Périgueux qui ne considèrent, dans cette
grande affaire, que les intérêts généraux de la ville.

C’est de ces derniers que nous croyons être ici l’écho.
Ajoutons qu’il en est parmi eux qui, ne possédant au­
cun intérêt matériel dans notre cité, adoptée par eux
comme une nouvelle patrie, sont tous d’accord à recon­

naître l’urgence de la réalisation de l’un des projets
proposés par nos magistrats administrateurs, et dont
nous parlerons un peu plus bas.

Ainsi que ces honorables citoyens, juges entièrement

désintéressés, tout le monde est d’accord à reconnaître
la grande utilité d’une large voie de circulation entre
l’intérieur de la ville et la gare des chemins de fer.
Mais l’accord cesse d’être unanime aussitôt qu’il est
question de choisir les emplacements sur lesquels il
faut ouvrir ou élargir plusieurs rues. Alors rien de
plus curieux que le raisonnement de quelques per­
sonnes , fort honorables du reste. A les entendre,

cette grande voie, qui, pour être utile autant que pos­
sible, doit traverser la ville de manière à en vivifier

toutes les parties avec impartialité, devrait être dirigée
sur les extrémités de la vieille ville, dans un quartier
couvert de vieille.': maisons insalubres, très-éloigné du
centre des affaires, et, à cause de sa situation, nulle­
ment propre au commerce quand même on le rebâtiraiL

tout entier.

Il en est aussi d’autres, également hono­

rables, qui, en dépit du moindre esprit d’équité,

viennent nous dire, avec un merveilleux aplomb, que

dans l’intérêt général de Périgueux toutes les amélio­
rations projetées doivent être concentrées dans une

— 5

seule partie de la vieille ville, celle du nord.

Ainsi,

le centre, le midi et d’importants faubourgs de notre
cité ne seraient comptés pour rien! Enfin, il en est
encore d’autres, également honorables, qui ont des
idées non moins singulières, et qui se font une éton­
nante illusion sur l’importance que pourraient acquérir
les vieux quartiers, situés sur des rampes rapides,

très-éloignés du vaste plateau où la ville se porte depuis
quelques années, et qu’elle finira avant peu par occuper
entièrement.
On a dit qu’un haut fonctionnaire ne connaissait pas

bien notre ville. C’est encore une erreur. Mais ce
qu’il y a de positif, c’est que plusieurs de nos conci­
toyens paraissent ne connaître que leurs maisons.

A

ceux-ci, comme à d’autres, nous nous permettrons de
donner le conseil de faire une ou deux promenades,

extra-muros, jusqu’aux deux plus jolis points de vue
de Périgueux.
Transportez-vous d’abord sur le sommet du coteau
qui avoisine le château de Monplaisir, près la route
de Lyon ; ensuite, revenez sur vos pas, dirigez-vous

vers Cornebœuf et gravissez-le entièrement, ou, si vous

le préférez, montez jusqu’à la cime de la Boissière qui
est à quelques pas de là.

Du premier point, vous

apercevez de suite une ville du moyen-âge, bâtie en
amphithéâtre sur les rampes rapides d’un coteau, au
bas duquel coule la rivière.

Si vous êtes Périgourdin,

comme celui qui écrit ces lignes, vous contemplez
long-temps en silence le tableau que vous avez sous

— 6 —

les yeux ; vous vous rappelez qu’autour de notre vieille
cathédrale au clocher sans pareil en France, que vous
saluez de nouveau, vint se réfugier et se reformer l’an­
tique indépendance périgourdine, que les efforts mul­

tipliés d’une puissante féodalité ne purent jamais asser­
vir. Mais, sans avoir égard au sentiment de respect
et de vénération pour le passé, qui s’est emparé de

votre esprit, vous ne pouvez pas vous empêcher de
reconnaître que cette partie du vieux Périgueux doit
rester telle qu’elle est. Pour en faire disparaître les
rues étroites, tortueuses et escarpées, il ne faudrait
rien moins que tout démolir, et, avant de reconstruire,

niveler la colline sur laquelle l’intérêt de la sécurité a
l'ait jadis asseoir le bourg du Puy-Saint-Kront, devenu
plus tard la ville de Périgueux, c’est-à-dire le deuxième
Périgueux.

Du second point, du haut de Cornebœuf, le tableau
n’est plus le même.

A vos pieds commence une riche

vallée où de riants et fertiles jardins attirent un instant
vos premiers regards.

C’était là qu’étaient bâties l’an­

tique Vésone, la ville romaine, et, un peu plus loin,
la cité du moyen-âge qui fut le premier Périgueux.

Que de souvenirs ces lieux vont rappeler à votre pensée,
pour peu que vous ayez étudié leur histoire et que vous
vous livriez à vos méditations !

Mais passez outre,

iixez à peine notre curieux temple payen, avec ses
dix-huit cents ans d’existence, et portez vos regards

plus loin, encore plus loin que l’ancienne cathédrale
de Saint-Etienne, trop négligée de nos jours, et dont le
passé historique est bien plus riche que celui de sa

sœur et heureuse héritière. Vous distinguez parfaite­
ment une ville naissante, qui part du boulevard servant
de limite au côté du vieux Périgueux opposé à celui
que vous avez vu du coteau de Monplaisir, se développe
dans la partie supérieure de la plaine, principalement

depuis la route de Bordeaux jusqu’à celle d’Angoulême,
et s’étend jusqu’à la gare des chemins de fer. Cette
ville naissante dont vous remarquez les beaux édifices,
en commençant par le lycée impérial et en finissant

par le séminaire diocésain, distants l’un de l’autre d’une

demi-lieue, cette ville naissanLe dont vous pouvez, du
sommet de la Boissière, très-bien considérer l’immense
éLcndue, en suivant ses contours déjà dessinés, cette
nouvelle ville, que vous paraissez ne pas connaître, ne

porLe aujourd’hui, il est vrai, que les noms de trois ou
quatre faubourgs qui la composent. Elle les portera
peut-être encore long-temps ; mais, ne vous y trompez

pas, un jour elle les quittera et s’appellera Périgueux.
Pourquoi donc ne vous occupez-vous pas d’elle dans

votre examen critique et dans vos philanthropiques

projets d’intérêt général? Selon vous, l’ancienne ville
a été trop déshéritée dans les améliorations réalisées,
et depuis plus de quarante ans rien n’a été épargné
pour les autres quartiers. Cette assertion est double­
ment inexacte. N’avez-vous pas des rues bien pavées,
quelques-unes même avec une certaine coquetterie?

N’avez-vous pas un joli marché couvert? N’avez-vous
pas des fontaines monumenta/es avec une riche orne

mentation?

Vous auriez peut-être voulu le lycée, le

palais de justice, le séminaire et d’autres édifices élevés

- 8 —

dans les nouveaux quartiers? Convenez qu’ils sont
bien mieux là que dans la vieille ville, et que l’intérêt

personnel nous rend quelquefois aveugles et souvent
injustes.

Ces nouveaux quartiers, qui se forment tous les
jours sur les emplacements de nombreux jardins, non

pas depuis quarante ans, mais seulement depuis quel­
ques années, réclament aussi leur part des soins tuté­
laires de l’administration municipale dont ils ont le plus

grand besoin.

D’après la situation de la gare des chemins de fer,

il est incontestable que les intérêts des nouveaux quar­
tiers doivent et peuvent facilement se combiner avec

ceux de la vieille ville.

Ainsi que l’ont très-bien dit

M. le maire, dans son rapport, et M. l’ingénieur en

chef des ponts et chaussées du département, dans un
rapport publié l’année dernière, l’avenue de la gare
par la route de Bordeaux est absolument insuffisante.

Tout le monde sait que de certains jours do marché
cette route, malgré sa grande largeur, est tellement
encombrée aux abords de la place Bugeaud, qu’il est à
peu près impossible d’y passer en voiture, à moins
d’aller très-lentement. Ce serait encore bien pis avec

le service de la gare et les voyageurs toujours pressés :
la circulation serait souvent interceptée et de graves

accidents pourraient survenir.

Heureusement que la

sollicitude de l’administration municipale a prévu cet

état de choses.

— 9 -

L’avenue de la gare par la route de Bordeaux n’est
pas la plus directe pour arriver au principal centre de

la ville, c’est-à-dire à la place de l’hôtel-de-ville ou de
la mairie. Celle qui serait dirigée par la rue SaintMartin, avec quelques modifications, serait plus droite

et plus courte.

La différence est assez sensible, et on

l’aperçoit d’un coup-d’œil en se plaçant sur un point

convenable. Cette voie, en partie déjà créée, est
aujourd’hui étudiée sur plusieurs points. Elle partira
de l’entrée principale de la gare, traversera, sans

doute en zigzag à cause des déblais considérables à
opérer, le terrain joignant le chemin du cimetière,
vis-à-vis la rue nouvellement percée, qui sert de con­
tinuation à la rue Saint-Martin, et suivra cette rue

pour arriver dans la ville, en traversant le boulevard
qui sépare cette dernière des nouveaux quartiers, ou
plutôt de la nouvelle ville.

La rue Saint-Martin, dont l’avenir est magnifique, •
n’aboutit pas, il est vrai, à une voie conduisant direc­

tement au centre de la ville. Mais il est très-facile d’y
remédier au moyen d’une bifurcation faite, vers le
milieu de sa longueur, par l’ouverture d’une rue qui

passerait à côté de la Gérés, servirait de continuation
aux deux rues latérales du théâtre, et, par conséquent,
viendrait déboucher vis-à-vis la rue Hiéras, qui est,
incontestablement, la voie la plus directe pour arriver
au principal centre de la vieille ville.

Cette importante amélioration s’obtiendrait à peu de
frais. Une partie des terrains, situés derrière le théâtre,
2*

— 10 -

et jusqu’à la rue ïraversière, serait livrée gratuitement
par plusieurs propriétaires. De ce point à la rue SLMarlin, s’il n’en était pas de même, du moins est-il

évident que les terrains nécessaires à l’ouverture de la
rue coûteraient peu de chose, parce que ceux qui
resteraient aux propriétaires, de chaque côté, acquer­
raient une grande valeur en devenant très-propres à
d’excellentes, constructions. Ce quartier-là deviendra

tôt ou lard le cœur de la nouvelle ville.

La bifurcation,

ou, pour être plus logique, la continuation d’une rue
qui existe déjà, aurait donc le triple avantage de lui

venir en aide, de rendre l’avenue de la gare aussi courte
que possible, et de la faire déboucher dans le quartier
le plus central de toute la ville actuelle, vis-à-vis la

rue Hiéras qui lui servirait de continuation jusqu’au
cœur de la vieille ville.

Pour arriver à ce résultat, l’élargissement de la rue
Hiéras est indispensable.

On pourrait l’obtenir sans

faire de grands sacrifices. Toutes les personnes qui
ont vu Paris vers 1830 se rappellent sans doute une

maison d’une certaine valeur, appelée l’hôtel dé Nan­
tes, qui était isolée sur la place du Carrousel, en face
du palais des Tuileries. Bien que tout le monde fût
offusqué de la voir là, elle ne fut démolie que long­
temps après. Il pourrait en être à peu près de même de

la grande maison qui fait face au théâtre de Périgueux.
Ne peut-on pas, sans la toucher le moins du monde,
parfaitement élargir la rue lliéras jusqu’à la place de la
Mairie, et, chemin faisant, trouver un emplacement
pour bâtir la halle, qui serait infiniment mieux placée

- 11—

que dans un quartier trop isolé et qui ne sera jamais
propre au commerce ? Nous disons qui ne sera jamais

propre au commerce, parce que la ville ne se portera
jamais sur le coteau septentrional qui lui sert de limite

de ce côté-là. Y bâtirait-on la plus belle préfecture de
la France qu’il en serait toujours de même et qu’elle y
resterait isolée. On parle aussi d’une nouvelle rue
partant de St-Front et aboutissant aux allées de Tourny.
Ne serait-elle pas cent fois plus utile, si elle était diri­
gée de manière à relier la nouvelle ville à l’ancienne et
à notre cathédrale ?
L’avenue de la gare , arrivant ainsi jusqu’au cœur de
la ville, pourrait facilement être continuée plus loin,

et sur toutes les directions, en dégageant simplement

les deux côtés de l’hôtel-de-ville. Par ce moyen, et
sans trop de démolitions, on peut en même temps rec­
tifier la rue Salinière, et, par la rue de la Clarté, pro­

longer l’avenue de la gare jusqu’au Pont-Vieux et

encore plus loin si l’on veut.

Il est incontestable qu’une grande artère, ainsi diri­
gée par les éentres des deux villes, esL la voie la plus
propre à en vivifier, avec toute l’équité possible, nonseulement tous les principaux quartiers, mais aussi ceux
des extrémités de la vieille ville, qui, en bonne jus­
tice, doivent également participer au bienfait commun.

Elle aurait en outre l’avantage d’être la voie la plus
courte, la plus directe, et la moins coûteuse de toutes
celles dont il est question. La rue Aiguiïlerie est
beaucoup trop éloignée du centre de la ville pour faire

- 12 —

partie de son parcours. D’ailleurs elle n’aboutit point
à une place, et eût-elle des aboutissants ils seraient
également trop éloignés. Elle ne peut être nullement
comparée à la rue Iliéras sous le rapport de l’intérêt

général de la ville.
la raison publique.

Dire le contraire est un outrage à
Reste la rue des Chaînes, qui vau­

drait infiniment mieux que la rue Aiguillerie, mais qui,

avec plusieurs désavantages, n’est pas aussi directe ni
aussi centrale que la rue Hiéras, et n’aboutit point,
comme celle-ci, au cœur de Périgueux, sur une place

entourée de toutes les autres places de la ville.

11 serait trop long de nous occuper ici des quatre
projets présentés par M. le maire de Périgueux, et ex­

posés , avec un sage esprit d’équité, dans le rapport
de ce magistrat, qui a été publié à part et inséré dans
YEcho de Vésone du lZi février dernier. Nous dirons

seulement quelques mots sur celui que l’opinion publi­
que nous paraît accueillir avec une faveur marquée.
C’est le plus grand, le plus beau, le plus utile à tous ;

celui dont dépend peut-être l’avenir du vieux Péri­
gueux. C’est le projet qui se rattache à la rééduca­

tion de l'hôtel de la préfecture.

Il est en partie ainsi

formulé dans une lettre de M. le préfet de la Dordo­
gne, adressée à M. le maire de Périgueux, et repro­
duite dans le rapport de ce dernier :
« Ce projet consiste à placer la prélecture dans l’en» clos dépendant du couvent des Ursulines, en lui don» nant pour avenue principale, en deçà du boulevard,

— 13 -

» une rue dont la largeur comprendrait, avecTempla» cernent du théâtre, qui serait démoli, les deux rues

)i latérales, et, au-delà du boulevard, une voie à ou» vrir en ligne directe jusqu’à la place de la cathédrale,
» puis, au moyen d’une ligne brisée, jusqu’au Pont» Vieux, sur une largeur moindre mais suffisante pour
» mettre en communication avec la gare, et, par suite,
» vivifier toute l’ancienne ville.

» Les études préparatoires que vous avez fait faire
» vous ont convaincu, comme je l’avais espéré , mon-

» sieur le maire, que ce projet est pafaitement réalisa» ble aussi bien sous le rapport de son exécution maté» rielle que sous celui des ressources financières de la
» ville. »

La voie en ligne droite commencerait en face du
théâtre, suivrait la direction du côté sud de la rue
Iliéras, traverserait la place de la Mairie, et aboutirait

à celle de la Clautre ; de là, elle se prolongerait jusqu’au

Pont-Vieux en suivant la rue d’Enfer rectifiée, les pla­
ces Daumesnil et du Greffe.
Les nombreux avantages de l’ouverture de cette

grande voie, si féconde en résultats utiles pour le pré­
sent et pour l’avenir, sont développés, dans la lettre

de M. le préfet et dans le rapport de M. le maire,
beaucoup mieux que nous ne saurions le faire ici.
A ces avantages de toutes sortes, pour la prospérité
et F embellissement de Périgueux, viendrait se joindre

— 14

celui de créer une voie directe entre la nouvelle ville
et notre basilique de Saint-Front, là où ont long-temps
reposé les restes mortels du glorieux et très-vénéré
apôtre du Périgord.

Au centre de Périgueux ou à son

extrémité, notre cathédrale en sera toujours le palla­
dium.
La magnifique avenue de la préfecture projetée, qu’on

construirait près la rue St-Martin et en partie sur l’em­
placement qu’occupe la Gères, serait prolongée, par
plusieurs rues , jusqu’aux deux avenues immédiates de
la gare, laquelle se trouverait ainsi en communication
directe avec les deux villes.

Ce projet l’emporterait sur les autres, comme l’a dit
M. le maire, dans son rapport, « par la grandeur de
» ses résultats, par l’influence plus étendue qu’il de» vrait exercer à la fois sur l’amélioration des anciens
» quartiers de la ville, et sur l’avenir de sa partie nou» velle. »

I
Une aussi grande entreprise d’utilité publique doit

nécessairement entraîner la ville de Périgueux à des

dépenses considérables.

En pareil cas, le premier

calcul à faire esL assez difficile, car il s’agit d’établir

une proportion entre des dépenses à évaluer et des
résultats qui paraisscnl ne pouvoir être bien appréciés
qu’après avoir été obtenus. A notre avis, on se trompe
souvent lorsque, dans un semblable calcul, la première
pensée est consacrée à l’examen des dépenses. Et c’est

précisément ce qui arrive la plupart du temps.

Un

15 —

chiffre élevé épouvante toujours, impressionne l’esprit
et empêche d’entrevoir des résultats quelquefois im­

menses , et bien supérieurs aux grands sacrifices qu’ils
occasionneraient.

A cette erreur s’en joint souvent

une autre : celle de trop assimiler l’administration de la
fortune d’une ville à l’administration de la fortune d’un
particulier.

Ainsi, il serait sage d’examiner d’abord tous les
avantages et les conséquences d'une pareille entreprise.

Leur importance une fois reconnue, on serait bien

mieux disposé à aborder la question financière, à éta­
blir les évaluations de dépenses, et surtout à les com­
biner avec les ressources de la ville.
Cette combinaison est peut-être moins difficile qu’elle
paraît l’être au premier examen. Avec du temps et
de la persévérance on parvient à faire de grandes cho­
ses. Malheureusement, cette persévérance, sans la­
quelle le génie même serait souvent infructueux, ne se
trouve que bien rarement chez ceux qui devraient le
plus en avoir. Un homme de beaucoup d’esprit, M.
Romieu, qui fut long-temps préfet de la Dordogne, di­
sait un jour aux membres du conseil général de ce dé­
partement : «Vous avez entrepris de grandes choses,
» dont quelques-uns vous blâment : on ne croit pas

n facilement à la métamorphose d'un pays.

C’est qu’en

» effet l’esprit de suite, le seul qui amène des résul» tats, est si rare à trouver, que le public n’y a pas
» confiance.

Il mesure de son coup d’œil borné les

» dimensions du projet, et, comme sa faible vue n’en

— 16 —

» aperçoit pas les limites, il recule effrayé et proclame

» l’impossible. »

C’est ce qui arrive encore aujourd’hui au sujet du

projet éminemment utile qui nous occupe. Quelques
hommes éclairés et très-honorables, mais sous l’im­

pression d’un sentiment que nous avons indiqué plus
haut, et qui prend sa source dans la prudence, se lais­

sent entraîner jusqu’à douter de la possibilité de son
exécution, eu égard aux ressources de la ville. D’au­
tres personnes, dont un tout autre sentiment est le mo­
bile, ne craignent pas de venir contester, toujours avec
un merveilleux aplomb, et en dépit du sens commun,
les nombreux avantages immédiats que ce projet pré­
sente dans l’intérêt général de la ville.

Et pourtant la possibilité de réaliser cette grande
amélioration est positivement démontrée dans le rap­
port de M. le maire. Une combinaison des ressources
de la ville avec les dépenses à effectuer y a été établie,
par ce magistrat, avec une parfaite intelligence des

affaires et surtout avec un grand esprit de prudence.

Nous n’avons point à nous occuper ici de la question
financière. Messieurs les membres de la commission
municipale, dont les lumières et l’expérience sont con­
nues, sauront bien l’étudier et l’approfondir. Nous
faisons des vœux pour qu’ils puissent la résoudre avec
toute l’impartialité que chacun de nous est en droit

d’attendre de leur patriotisme.

17 —

Toutefois, il est un fait que nous 11e pouvons passer
sous silence.

D’après le rapport de M. le maire, la
dette de la commune de Périgueux s’élève aujourd’hui
à 346,000 francs, et doit être amortie en 1861. Aux
yeux des hommes compétents, cette situation finan­
cière d’une ville aussi florissante que la nôtre est des

plus satisfaisantes.

Ainsi, c’est à tort que certaines per­

sonnes viennent dire publiquement le contraire. Il a
cLé démontré que la ville se trouve dans une position à
pouvoir contracter les obligations nécessaires à une
grande entreprise d’utilité publique. D’ailleurs il y a
pour elle une occasion qui ne se représentera plus,

celle de profiter de la subvention de 100,000 francs,
imposée à la compagnie des chemins de fer, pour fa­
ciliter les communications entre la gare et l’intérieur
de la ville.

Les avantages de toutes sortes pour la prospérité de
Périgueux, qui résulteraient de la construction du nou­
vel hôtel de la préfecture dans l’enclos des Ursulines,
sont incalculables.

La grande artère, qui porterait la vie dans les vieux
quartiers, les relierait en même temps à la nouvelle

ville, et à la gare des chemins de fer. Dans un ave­
nir rapproché, le vaste enclos des Ursulines, dont la
belle situation se voit très-bien de la rue Pont-Saint-

Nicolas, ne serait plus un obstacle au développement

des nouvelles constructions qui viennent l’entourer tous
les jours. Les terrains qui l’avoisinent augmenteraient

de valeur, ainsi que ceux qui se trouvent entre les fau-

— 18 —

bourgs de Ste-Ursule et de la Cité.

Ces derniers sont

destinés aussi, mais un peu plus tard, à recevoir de
nombreuses constructions qui réuniront la vieille Cité
à la ville nouvelle.
L’hôtel de la préfecture se trouverait dans une ma­

gnifique situation ; entouré des principaux édifices et

établissements, il contribuerait puissamment à embellir

une ville dont il assurerait la prospérité future.

Pourquoi un si beau projet no deviendrait-il pas une
réalité, et pourquoi sommes-nous menacés de voir bâtir,
ailleurs la préfecture? C’est que la ville n’est peutêtre pas assez riche pour s’imposer d’assez grands sa­

crifices.

C’est peut-être aussi, il faut bien le dire,

parce que quelques intérêts privés n’y gagneraient

rien.

Si, dans cette grave et importante affaire d’uti­

lité publique, la persévérance n’abandonne pas ceux
qui n’ont en vue que l’intérêt général, et s’ils se prê­

tent un mutuel appui, ils réussiront, comme jadis d’au­

tres ont réussi, et seront les bienfaiteurs du pays.
A qui la ville de Bordeaux doit-elle une partie de sa
magnificence, de sa splendeur et peut-être de sa for­

tune?

A l’illustre intendant de la Guienne, à M. de

Tourny, ce grand administrateur qui eut souvent à

lutter contre de nombreux intérêts privés et. même
quelquefois contre la jurade. A qui la ville de Péri­
gueux, long-temps privée d’eau, doit-elle ses fontaines,
plusieurs édifices et d’utiles embellissements auxquels

personne n’avait encore songé?

A un homme perse-

19 -

vérant, qui sut lutter avec énergie contre des membres
influents du conseil municipal ; à un administrateur
auquel notre histoire locale saura consacrer une page
de reconnaissance ; à M. de Marcillac, alors maire de
Périgueux, et plus tard préfet du département de la
Dordogne.

Espérons que ces nobles exemples ne seront pas
oubliés et que l’esprit d’imprévoyance ne prévaudra
pas. Si toutefois, après un examen approfondi et

impartial des ressources de la ville, l’impossibilité
d’exécuter exactement le plan proposé est démontrée,
qu’on n’oublie pas, au moins, les immenses intérêts

d’avenir qui s’y rattachent., que chacun y mette un peu

de bonne volonté, eL qu’à l’aide de quelques modifica­
tions une aussi belle entreprise d’utilité générale ne soit
pas abandonnée.
La démolition et la reconstruction de notre théâtre,
exigées dans ce projet, coûteraient environ 200,000

francs à la commune. Ce serait, aujourd’hui, un grand
sacrifice, bien que plus tard, malgré tout ce qu’on peut
faire ou ne pas faire, cela deviendra, en partie, une

nécessité absolue. Tous les amis de notre malencon­
treux théâtre savent qu’à peine âgé de vingt ans, plus

de la moitié de sa vie s’est déjà écoulée, et qu’à cause
de son exiguïté il ne peut tarder à mourir pour renaître
ailleurs. Ne serait-il pas possible de le laisser jusqu’à
scs derniers moments au milieu de la large avenue
projetée?

Les deux passages qui resteraient à ses

côtés suffiraient certainement à la circulation et per-

— 20 —

mettraient aussi d’admirer du boulevard l’hôtel de la
préfecture.
D’autres modifications, en ce qui concerne la voie

principale à ouvrir dans l’intérieur de la ville, pour­
raient aussi avoir lieu, d’après le môme principe, c’est-

à-dire en sacrifiant un peu la beauté à l’utilité.

11 en

résulterait une économie de dépenses qui ferait dispa­
raître les seuls obstacles que l’on puisse sérieusement
opposer à la réalisation d’un projet, dont dépendent
peut-être, nous le répétons encore, l’avenir du vieux
Périgueux et une partie de celui de la nouvelle ville.
Lorsque le corps municipal aura suffisamment étudié
celte grave question, et qu’il sera pénétré du grand
intérêt public qui y est attaché , peut-être pourra-t-il

obtenir une combinaison des intérêts de la commune
avec ceux du département, qui soit plus favorable aux
ressources financières de la ville.
Le premier magistrat de notre département, à qui
nous devons l’initiative d’une aussi belle et grande
entreprise, sera heureux , nous n’en doutons pas, d’en

favoriser l’exécution. Le patriotisme périgourdin
n’oubliera jamais son administration éclairée et son
dévouement à la prospérité de notre pays. Quoi qu’il
en arrive, la lettre de M. Ladreit de Lacharrière, préfet
de la Dordogne, restera comme un témoignage de sa
haute et bienveillante sollicitude pour les intérêts de
Périgueux. L’histoire de notre vieille commune ne
l’oubliera pas.
trer.

Elle doit tout recueillir, tout enregis­

— 21 —

Ce n’est pas sans regret que nous avons vu quelques
personnes honorables se déclarer publiquement les
ennemis de la nouvelle ville. Aux yeux de tout bon

citoyen, les intérêts du vieux et du nouveau Périgueux
doivent se lier étroitement, et obtenir une égale pro­
tection. Si nous avons cru devoir relever certaines
distractions, échappées sans doute à des préoccupations

d’intérêt particulier, c’est par amour de la justice et de
la vérité. C’est encore ce même sentiment qui nous
fait ajouter ce qui suit.
Malgré tout ce qu’on peut dire, tout ce qu’on peut
écrire, et tout ce qu’on pourra faire, on n’empêchera
pas la ville de se porterai! dehors ; on n’empêchera pas

les habitants non commerçants d’aller chercher dans
la nouvelle ville des habitations plus vastes, la plupart
entourées de jardins, et dans lesquelles ils pourront
surtout respirer un air infiniment plus pur que celui
des anciens quartiers. Aujourd’hui, la majeure partie
de la population de Périgueux est encore dans la vieille
ville; dans quelques années elle n’y sera plus. Long­
temps encore, bien long-temps sans doute, le com­
merce de détail restera dans la vieille ville, mais,

indubitablement, et cela est facile à comprendre, il

émigrera à son tour pour se rapprocher de ceux qui
lui donnent la vie. Le mouvement, une fois sérieuse­
ment commencé, pourra devenir très-rapide. Et

même, ne voyons-nous pas déjà sur nos boulevards,
en dehors de la ville, un certain nombre de magasins,
là où il n’y en avait pas un seul il y a quelques années?
Et l’industrie, n’a-t-elle pas déjà fondé plusieurs éla-

- 22 -

blissements dans la nouvelle ville? Ne s’y trouve-t-il
pas aussi de nombreux entrepôts? Et la gare des che­

mins de fer, ne sera-t-elle pas un puissant élément de
prospérité commerciale ?

11 y a environ douze cents ans que la ville actuelle a
commencé à s’établir sur une partie de l’emplacement
qu’elle occupe aujourd’hui, c’est-à-dire sur le PuySaint-Front. Alors il y avait aussi, à une faible dis­
tance, la ville dont nous avons déjà parlé plus haut,
qui comptait plusieurs siècles d’existence, que les
Romains s’étaient plu à embellir avec une magnificence,
dont les preuves, conservées dans notre musée, sont
visibles pour tous. Cette ville était la mère de celle
que nous voyons. Elle lutta long-temps contre sa fdle,
succomba, et finit enfin par devenir un modeste fau­

bourg de son heureuse rivale, sous le nom de quartier
de la Cité. Hélas! moins la violence des luttes, un
jour viendra où il en sera à peu près de même de la
ville actuelle et de celle que nous voyons s’élever non

loin de son aïeule, l’antique Vésone.

Cela est dans la

nature des choses, et cela ne sera pas autrement.
L’expérience est là pour le prouver.

11 en sera de

Périgueux comme de plusieurs autres villes de France
qui offrent un pareil exemple des mêmes vicissitudes.
Aussi pourrait-on comparer la plus grande partie de
l’ancien Périgueux à un noble vieillard, dont il faut

prolonger la précieuse existence aussi long-temps que
possible, qui a pour successeur un jeune enfant déjà

plein de vigueur, et auquel plusieurs circonstances
promettent un riche avenir et une vie plus longue que

- 23 -

celle de son prédécesseur. Cet enfant, c’est le nou­
veau Périgueux à qui on ne peut refuser les soins
paternels qui lui sont nécessaires, à moins d’être injuste
et de ne tenir aucun compte de l'opinion publique.