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Médias

Fait partie de Traduction des Psaumes de la Pénitence en vers provençaux

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TRADUCTION
DES

PSAUMES DE LA PÉNITENCE
EN VERS PROVENÇAUX.*
. Publiée pour la première fois d’après le manuscrit d’Avignon

PAR

Camille CHABANEAU

PARIS
M AISONNEUVE ET cie, ÉDITEURS
25, Quai Voltaire, 25
M DCCC LXXXI

b

DES

PSAUMES DE LA PÉNITENCE
EN VERS

PROVENÇAUX

Extrait de la Revue des langues romanes
(Mai 1881)

■&



^.p
PZ 3<3

TRADUCTION
DES

PSAUMES DE LA PÉNITENCE
EN VERS PROVENÇAUX

La traduction des psaumes de la pénitence, publiée ici pour la pre­
mière fois, est tirée d’un ms. conservé au Musée Calvet, d’Avignon.
Ce ms. forme un petit volume relié en maroquin rouge, du format d'un
in-18 carré, et qu'on a intitulé Poésies romanes. Une note inscrite sur
l’un des feuillets de garde nous apprend qu’il provient de la char­
treuse de Villeneuve-lez-Avignon, et qu’il a été acquis, par le Musée
Calvet, de M. Seguin, libraire à Montpellier, le 13 novembre 1854.
Il est incomplet du commencement. Dans son état actuel, il se com­
pose de 30 feuillets et renferme: 1° au folio 11, quia été déplacé (il
devrait être le premier), et du folio 1 au folio 9, recto, milieu de la
page, les psaumes de la pénitence traduits en vers provençaux,
moins les trois premiers en entier et huit versets du quatrième ; 2o du
folio 9 au folio 30 (sauf le folio 11), une paraphrase, aussi en vers
provençaux, des litanies des saints. S’il ne contenait, dans son état
primitif, que ces deux ouvrages, il doit manquer au plus une dizaine
de feuillets.
La paraphrase des litanies fut publiée en 1874 par M. V. Lieutaud,
alors bibliothécaire de la ville de Marseille *, qui donna en même
temps une description du ms. M. Damase-Arbaud dès 1862 {Chants
populaires de la Provence, I, 17) et un peu plus tard M. Bôhmer
{Jalirbuch für romanische und englische Literatur, X (1869), 202)
avaient déjà mentionné ce ms. et transcrit, l’un et l’autre, quelques
vers des Litanies. Mais ils n’ont rien cité, non plus que M. Lieutaud,
de la traduction des psaumes.
Cette traduction n’est pas sans mérite. Elle est bien supérieure à
1 Notes pour servir à l’histoire de Provence, n° 15. — Un troubadour
aptésien de l'ordre de S. François. Marseille et Aix, in 8°. Voy. sur cette pu­
blication la Revue des langues romanes, NU, 112.

»

— 6 —
celle du psaume 108 que M. Bartsch a publiée daus ses Denkmäler,
d’après un ms. de notre Bibliothèque nationale (n° 1745), et que je
reproduis ci-après en appendice. Ce sont des vers d’une juste et uni­
forme mesure (ou qui s’y laissent, malgré l'incorrection du ms., assez
facilement ramener), divisés presque toujours en stances de quatre
vers1, qui riment, dans le psaume 50, en a b a b, et, dans les trois
autres, en a a b b. Chaque stance correspond en général à un verset
du texte de la Vulgate ; on conçoit qu'à cause de la longueur, parfois
très-inégale, de ces versets, il n’ait pu toujours en être ainsi'-.
L’auteur, on s’en aperçoit bien vite à l'examen des rimes, connais­
sait les règles de la déclinaison et les appliquait. Aussi n'ai-je pas
hésité à rétablir dans le texte même les formes régulières, altérées
par le copiste, partout où la correction ne nécessitait que l’addition
ou la suppression d'un s ou d’un 3, lettres que j'ai placées, selon le
cas, entre crochets ou entre parenthèses.
La paraphrase des litanies qui suit nos psaumes dans le ms., où la
même main l’a transcrite, est-elle du même auteur que ceux-ci? 11 n'y
a rien d’impossible; mais on ne saurait l’affirmer, et j'incline à la
croire plus récente. Ce qui est certain, c'est que les Psaumes, comme
lés Litanies, annoncent un auteur de la Provence13, 42bien que les traits
dialectaux soient moins nombreux et moins caractéristiques dans le
premier que dans le second de ces deux ouvrages. Les plus probants
sont les rimes rcscont: mayson (ci. 23 , nom :generacion (ibid ,45),
non (pour nom'): mayson (ibid. ,2£). Les rimes van: an (ibid , 91',
pélicans: semblants (ibid., 20), sont encore à prendre en considéra­
tion. Moins importantes à noter sont les formes suivantes, bien fran­
chement provençales pourtant, parce que, n'étant pas à la rime, le
copiste, qui était certainement Provençal lui-même, eu est peut-être
seul responsable: aisin, enaisin (ci. 33, 40 et pflssôn*), reprennas
1 Le commencement de chaque stance est indiqué par le signe q à l'encre
rouge. Quelques-unes n’ont que deux vers, par exemple, ci, 33-34; 63-64.
2 Par ex., le vers 9 de et, qui correspond à la dernière partie d’un verset,
commence une stance. Les vers 17-20 du même psaume, qui forment une autre
stance, traduisent un verset entier et le commencement d’un autre. Même ob­
servation pour cxxix, 1-4, etc.
3 Peut-être ces Psaumes sont-ils ceux-là même dont parle Jean de Nostredame dans le proesme de ses Vies des anciens poètes provençatix (p. 17).
« De quelle sorte, dit-il, et taille de rithmes sont faictsles sept pseaumes penitentiaux, par ceux qui vont mendiant les aumosnes par les portes, qu’on ne
sçauroit trouver une plus belle rithme ! » Cf. César de Nostredame, Histoire
de Provence, p. 584.
4 enaisin est une fois à la rime (CXLVII, 22); on ne peut douter que l’n ne soit
ici un ajout du scribe, la rime correspondante étant ti.

7 —
(ci, 89), pregonea (cxxi, 1), renetnbrei (cxi.ii, 17); l’article maso,
sing. sujet le (ci, 101); cals, sans l’article, traduisant quis (cxxix,
12). Je crois devoir ajouter sers = servum (cxi.ii, 6 et 53), les formes
pareilles se rencontrant surtout dans des textes de la Provence.
Le ms., qui paraît être de la fin du XIVe siècle, est, je l’ai déjà dit,
fort incorrect. C’est évidemment une copie, faite par un scribe trèsnégligent, d'un texte antérieur d’une centaine d’années peut-être, et
dont il a souvent rajeuni la graphie, sinon la langue elle-même. Un
relevé rapide des principaux traits 1 de l’une et de l’autre ne sera pas
ici hors de propos.
1. Les groupes ia. io, ie, sont presque toujours de deux syllabes,
conformément aux règles de la prosodie lyrique. Ps. ci, 1, ma oration peut être lu m'oration ; on peut aussi facilement faire disparaître
la synérèse dans cxxix, 8 et 28, en supprimant et au premier de ces
vers, et en substituant dans le second ma, sans élision, à la mieua.
2. J’ai signalé tout à l’heure la substitution habituelle de la triphthongue ieu (yen', à la diphthongue eu, et montré que ceci doit être
le fait du scribe. Il faut aussi probablement lui attribuer l’y, qui pres­
que partout remplace l’t devant une voyelle, même, comme dans sya.
Syon, là où il n’est pas consonne.
3. Je viens aussi de parler de l’à initiale. Cette à, aiiv. 17 du ps.ci,
gêne la mesure en faisant obstacle à l’élision. Nouvelle preuve qu’elle
n’est due qu’au copiste.
4. Cl latin nous donne partout ch: drech, fach, fracli. 11 en est de
même de gi atone ( fuch = fugio et fugit) et du ti de toti (tuch).
5. Le t final ( = lat. tum, tem, ti ) est très-fréquemment, comme
dans les Litanies qui suivent, écrit ts. D’autres mss. présentent la
même particularité. Tel est, en grande partie, le ms. 1745 de la B. N.,
* Les particularités de langue ou de graphie à mettre au compte du copiste
se laissent assez facilement reconnaître, grâce à l’inconséquence dont il a fait
preuve eu maintenant à côté des formes nouvelles, qui probablement lui sont
propres, des formes plus ancienues, que nous sommes autorisés dès lors à
attribuer à l’auteur. Ainsi, eu (ego), à côté de heu, hieu,yeu; Deu à côté de
Dieu et byeu ; pareillement leu et greu rimant avec yeu, mieu, hyeu et
Dieu; à côté de hos (ci, 11), de hins, hiest, horacion, adhubnras, les form s
saus h de ces mêmes mots ou d’analogues. J'ai déjà cité heu et hieu. Ces h
ont été sans doute ajoutés par le copiste, conformément à l'orthographe qui
prévalait de son temps, en son pays, et qui devait d’ailleurs, en beaucoup de
cas du moins, figurer une prononciation réellement aspirée, comme le prouve
le renforcement de cette h en v dans plusieurs textes, p. ex., vont = hont =
ont (unde), vo — ho = o [hoc ou aut), vueil = hueil =
= oil (ocu-

lum).

— 8 —
où cette bizarre substitution de tz à t a lieu même dans le corps des
mots. Ceci répond-il à une réalité phonique, ou le -s n'est-il là qu'une
sorte d’enjolivement calligraphique? Cette dernière hypothèse peut
être en bien des cas la plus admissible. Mais la première ne paraît
pas pouvoir être écartée par une simple fin de non-recevoir1. La
question est complexe ; elle a de l'intérêt et de l'importance, et je ne
veux pas la traiter ici incidemment. J'y reviendrai prochainement
dans une dissertation spéciale. 11 est d’ailleurs évident que les tz ~
t de notre mss., qu’ils soient calligraphiques ou phoniques, sont du
fait du copiste et non de l'auteur.
6. Le d s’assimile à l’n précédente dans reprennas (ci, 89), trait
dialectal déjà noté.
7. 5 médial tombe dans pregonea, autre trait dialectal pareille­
ment signalé. Cette consonne est abusivement remplacée par 3 eu
finale dans envez (cxxix, 28), francs (ci, 69), et anticz (cxlii, 17).
Unie à c, elle donne ch dans prech et antich (ci, 3 et 76) = precs et
antics.
8. Au contraire l’s, beaucoup plus fréquemment, se substitue au z.
Mais l'étude des rimes prouve que l’auteur ne confondait pas ces
deux lettres. On serait par conséquent autorisé à rétablir le z partout
où l'étymologie l'appelle, p. ex., ps. l, vv.l, 13, 24, 26 ; ps. ci, vv. 3,
4,7,88-9, à la rime ; ps. cxxix,3-4, à la rime également; et par suite,
dans l'intérieur du vers, ps. ci, vv. 5, 6, 35; etc., etc.
9. Notre texte a deux exemples, déjà relevés ci-dessus, de la mu­
tation de v (f) final en s. C’est sers = sercum aux vers 6 et 53 du
ps. cxlii. Il y en a de pareils dans la Vie de saint Honorât et dans
d’autres textes de la Provence.
Le mot pregonea (cxxix, 1) nous offre un exemple de f devenant g,
non pas immédiatement, bien entendu, car la série est f-h-g. On peut
voir d’autres exemples de ces phénomènes, que l'on constate sporadi­
quement à peu près partout, dans ma Gramm. limousine,p. 359.
10. H passe à n, dans renembrei, autre trait provençal également
signalé déjà. En finale, même mutation dans an pour tint (ci, 18, 34;
etc.); et dans non pour nom (ci, 28).
1 Peut-être aussi est-ce une fausse analogie qui a introduit cette graphie,
dans une partie, tout au moins, des mss. où nous la rencontrons. On peut
supposer que plusieurs de ceux qui la pratiquaient ne connaissaient plus la
distinction des cas, déjà tombée, dans l’usage courant de la langue, en dé­
suétude, et que trouvant écrits par tz, dans les originaux qu’ils transcrivaient,
des mots qui, de leur temps et dans leur bouche, ne prenaient plus qu’un
simple t, ils auront considéré tz comme un équivalent de t et se seront crus
dès lors autorisés à l’y substituer.

9
11. L’n instable, c’est-à-dire celle qui n’est pas suivie en latin d’une
autre consonne, ne tombe pas dans notre texte. C’est encore là un
caractère essentiellement provençal. Les deux seules exceptions qu’on
remarque (e pour en, ci, 24, et mo pour mon, cxlii, 2) doivent proba­
blement s’expliquer par un oubli du tilde sur la voyelle'. J’ai déjà
parlé de la forme aysin.
12. La figuration de l’n mouillée est toujours nh; celle de 17
mouillée M. Les autres textes de la Provence préfèrent en général,
pour ces consonnes doubles, in et
(ou yn, yll).
13. Les règles de la déclinaison sont le plus souvent transgressées
par le copiste. Se conformant à l’usage qui prévalait de son temps, il
donne le s au sujet pluriel (l, 42, 46 ; ci, 3, 58, 77, 97, 108, 106;
etc., etc.) et le retire au sujet singulier (ci, 14, cxlii, 16; etc.). Il y
aurait sans doute beaucoup plus d’infractions de cette dernière sorte,
si notre scribe n’avait pas eu pour le groupe ts le goût maladif que
j’ai déjà signalé. Tandis, en effet, qu’il supprime volontiers l’s, il con­
serve généralement le z après t. J’ai, comme il a été dit plus haut,
rétabli ou supprimé ces consonnes partout où il était nécessaire et
possible en même temps. Je n’ai pas ajouté l’s à cor (ci, 14; cxlii,
16), parce que, d’après le Donat provençal comme d’après les Leys
d'amors, ce mot était considéré, — par quelques-uns du moins (car
les textes des XIIe et XIIIe siècles montrent que ce n’était point une
habitude générale), — comme indéclinable au singulier. Je ne l’ai pas
ajouté non plus à antich (ci, 76), parce que, ainsi que je l’ai dit plus
haut (7), je regarde ici le ch comme représentant lui-même la com­
binaison es*. Cf. le ch = tz, et inversement le tz = ch, dont on a
ailleurs quelques exemples. (Vov. Revue des langues romanes, XVI,
79). Pour le même motif, je considère comme égal à precs, et par
conséquent comme devant être réduit à prec, le prech sujet pluriel
qui se lit au v. 3 du même psaume. — Quant à fach = factus ou
factos (ci, 19, 21, 26, etc.), à visl (ci, 61) et à just (cxlii, 7), je ne
donne pas non plus à ces mots l’s flexionnelle, parce que, sous cette
forme, l’ancienne langue les traitait volontiers comme intégrais,
c’est-à-dire comme invariables, au même titre que les noms en s ou
en z, tels que naz, braz.crotz, etc.3
4 Si j’ai, malgré cela, proposé de corriger (cxlii, 41), tos plutôt que tons,
forme qui se trouve, avec nions, sons, entre autres mss., dans celui du Saint
Honorât que M. Sardou a publié, c’est parce que les Litanies, qui ont plu­
sieurs fois mos, sos, n’offrent pas d’exemple de nions, tons, sons.
2 l-es Litanies ont pareillement (v. 230) los luoch au pluriel, tandis que le
singulier du même mot y est luoc.
3 Cf. dans les Litanies, gauch (72) régime pluriel, et volguest (433) = vol-

guetz.

— 10 14. J’ai déjà noté, comme trait provençal, l’article le, sujet singu­
lier. Le correspondant féminin li, qui se trouve plusieurs fois, ainsi
que le, dans les Litanies, ne se rencontre pas dans notre texte.
15. La forme du cas oblique pour les pronoms personnels au
singulier est toujours en i (mi, ti, ce dernier alternant avec tu). Le
pronom masculin de la 3e pers. au sujet pluriel est yls (l, 221 et els
(ci, 77, 97, 103), que j’ai réduits à yl et à el. Les exemples de cette
dernière forme ne sont pas rares en d’autres textes. Mais il vaudrait
mieux probablement y substituer, de même qu’à yl, cil ou clh. Cf.
aquelh (ci, 31).
16. L’adjectif possessif absolu est, au féminin, mieua, tieua (une
fois las tuas, ci, 95). Ce sont là des formes qui abondent dans les
textes de la Provence. Mais le nôtre n’a pas d’exemple des mêmes
formes féminines, réduites à mieu, lieu, comme on les trouve assez
fréquemment ailleurs. —Le sujet pluriel masculin est en ieu, comme
le régime singulier, sauf une seule fois où il est en iey (miey, ci, 30).
Je suis porté à croire que les formes originales étaient partout en iei
(ou et), et, poui-le féminin, en ua plutôt qu’en t'eua.
17. La 3e personne du pluriel, dans les verbes, est étymologique1,
c’est-à-dire que an, en, on (un), répondent respectivement à des ant,
ent, unt latins: trebalhan, cxlii, 52; vengan, ci, 4; lauzavan et
juravan, ci, 31-32; aconten, ci, 77; deysendon, cxlii, 30; fugun,
ci, 91. Les seules exceptions, sans doute imputables au copiste, sont
recastenaven, ci, 29, et sien, l, 42, et cxxix, 6. Cette même personne
à. 1 ind. prés, des verbes faire, aver et estar, ainsi que dans les fu­
turs, est toujours en an.
Au prétérit de la lre conjugaison, la 2e pers. du sing. est une fois
en est (ci, 38), une autre fois en iest (ibid., 93). C’est toujours sous
cette dernière forme que se présente la même personne à l'ind. prés,
de esser. Je pense que là, comme dans ieu (Dieu, mieu. etc.),, c’est
au copiste que l’ï est dû et que l’auteur avait écrit partout est. Aussi
ai-je cru devoir préférer ei à iei, à la 1™ personne, en opérant les cor­
rections exigées par la mesure et la rime aux vers 17-18 du ps. cxlii.
Notre texte n'offre qu’un autre exemple du prétérit faible à la lr® pers.
du sing. C est au v. 85 du ps. ci, où le copiste a commis une faute
d’un autre genre, écrivant respondieu pour respondiey, que j’ai ré­
tabli. Voy. ci-après la note sur ce vers12.
1 De même dans les Litanies, sauf sien deux ou trois fois.
2 Les Litanies n’ont pas d’exemple de la lrc pers. La seconde, qui s’y ren­
contre très-fréquemment, est toujours en iest. Aux vers 448 et 450. receubest
et vènguest doivent être corrigés receubist et venguist.

— 11 —
L’imparfait du subjonctif prend l’a en finale : dcsliessa, salvessa,
ci, 75-76; volguessas, l, 32* .
Comme formes remarquables, il faut noter sucy = soi (sutri), d’où
dérivent siei et sei. qui se disent aujourd’hui en divers lieux, par ex.,
siei en Languedoc (la Provence a sieu), sei en bas Limousin (cf. ma
Gram, limousine, p. 228), et permoyras ( = pcnnanerc habes).Je
n’ai jusqu'ici remarqué de formes pareilles que dans des documents
gascons ( armayra = rémunéré habet; armayri = rémunéré habebat, Bayonne, 1273 ; Condom, 1314, etc.). L’y doit probablement y
représenter un il, qui, introduit par euphonie, a ensuite repoussé l’n
qui l’avait appelé. La série des formes serait dans ce cas permanras,
permandras, permadras, permayrns. et enfin permoyras, par affai­
blissement en oi de la diphthongue protonique ai, selon l’usage ac­
tuel de quelques dialectes. Les formes gasconnes d’infinitif, armader,
et d’imparfait, armaze, relevées dans les mêmes documents que je
viens de citer (cf. encore ibiil.; armat = remanel, armazeder = renianendus), viennent à l’appui de l’explication que je propose.
18. Presque partout les modifications réclamées par la rime ont
pour effet de rétablir en même temps la régularité grammaticale. C’est
la meilleure preuve que notre auteur visait à être un écrivain correct.
En deux ou trois endroits seulement, sans doute plus altérés que les
auties parle copiste, et sur lesquels je renvoie aux notes qui suivent
le texte, il ne m’a pas été possible de mettre à mou gré pleinement
d’accord la grammaire et la rime.
J’ai déjà signalé la rime de l’a ou de l’o suivis de l’n instable
(pélicans, van, mayson, generacîon) avec les mêmes voyelles suivies
d’une nasale fixe (semblans, an. rescont, nom). C’est là, je le répète,
un trait franchement provençal. Les Litanies qui suivent nos psaumes
dans le ms. nous offrent un exemple du même phénomène au vers
470, où dan (damnum) .rime avec van, man et Jordan, tous mots
dans lesquels an = anum ou anem.
19. Au point de vue lexicographique, notre texte peut aussi donner
lieu à quelques remarques. Voici la liste des mots, formes ou accep­
tions, qui manquent au Lexique roman.
Alligat (cxlii, 12), d’un verbe alligar, qui signifieraitïier, enchaî­
ner (Raynouard n’a que alliar, avec un autre sens). Mais il faut pro­
bablement corriger allogat. Voy. la note sur ce vers.
Aytrestal (ci, 22). Raynouard n’a que atrelal et altrctal. Mais il
donne atrestan. Ailre est déjà dans Boëce.
Heure (ci, 34 ), breuvage, boisson. Raynouard ne mentionne pas
cette acception, dont il ne donne non plus aucun exemple. Cf. le
‘ De même encore dans les Litanies.

— 12 —
vers qui termine la belle romance la Baya d'or (Revue des langues
romanes, I, 156):
E moun manjà sera d’erbage
E moun heure sera de plous.

Cant (pour quant, cxlii, 32) a ici la signification de parce que,
puisque, que Raynouard non plus n'a pas notée. Cf. ma Gram, li­
mousine, pp. 344 et 380.
Codonel (ci, 12) = fr. cretons ; traduit, avec le participe qui l’ac­
compagne, le subst. latin cremium, sur lequel voyez Du Cange. Rochegude a enregistré ce mot. Honnorat le donne aussi, sous les deux
formes codonel et eodenel. La dernière en indique peut-être l’étymo­
logie (codcna*).
Dons (l, 36), si la leçon est bonne, = dompté (doniilns). Raynouard
a domde, qui existe^encore.
Endenh (ci, 37), traduit indignatio. Raynouard n’indique d’autre ac­
ception que celle de dédain.
Envelhi(e)ran (ci, 99) = vieilliront, s'il ne faut pas corriger de
préférence velheziran, renverrait à un infinitif envelhir. Raynouard
u a que des formes en esir, tant pour le simple que pour les com­
posés.
Esdificar (ci, 60), édifier. Raynouard n’a que la forme plus correcte
edificar. La même substitution de es à un e initial, considéré à tort
comme un préfixe, se remarque assez fréquemment dans d’autres tex­
tes. Cf. esgleia, commun en catalan, pour egleia (ccclesia).
Eysoblidar (ci, 15), oublier. Eysoblidatz mi suy hieu de... ., lit­
téralement: je me suis oublié de... Pas d’exemple dans Raynouard
de cette tournure réfléchie, très-ordinaire dans le langage actuel.
Fidar (l, 12), si ma correction de fis en fit est la bonne. Raynouard
n'a que fizar, où renvoie le fis du ms., et fiar.
Gensamens (ci, 17 et 73) = gémissements; traduit gemitus. Du
verbe gensar — gémir, que le dictionnaire d’Azaïs (je ne l'ai trouvé
dans aucun autre) rend par haleter et donne comme spécialement pro1 On lit dans une ancienne traduction des psaumes en vers français, impri­
mée à la suite du Psautier d’Oxford (p. 328):
Car mi jour sicum funs faillirent.
Et mi os cum chaous sechirent.

Ce chaous (lis. cAaons?) a-t-il quelque rapport avec le codonel provençal?
Dans ce cas, ce dernier serait un diminutif d’une forme codon. Le Psautier
d’Oxford traduit ainsi le même verset: « Kar defistrent sicume fums li mien
ur, e li mien os sicume cretun seccherent. » Celui de Cambridge, qui suit la
version de saint Jérôme, où il y a frixa au lieu de cremium, rend le mot par

fritures

— 13

1

vençal. Ce verbe en effet a cours en Provence, comme le prouve le
passage suivant d’Aubanel :

i

Dins l'errour envoula, lis aucèu de malastre
Gençon coume d'enfant, quilon a faire pôu.

'i

« Envolés dans les ténèbres, les oiseaux de malheur gémissent
comme des enfants, jettent des cris d’épouvante. » (Revue des langues
romanes, IX, 298.)
Mon ami A. Boucherie, qui me signale ces deux vers, expliquetrès-bien gçnsar par ‘ gemitiare, qu’il rattache à gemitus, par l’inter­
médiaire de 'gemitium. Qï.exitus, exitium; inilus, initium, initiare.
Mulhadura (cxiji, 24), humidité, mouillure. Raynouard : moylladura, avec un seul exemple, tiré de Raimon Féraut.
Pregonea (cxxix, 1), profondeur. Raynouard donno ce mot sous
deux formes; preondesa, qu’il traduit exactement, et pregonessa,
dont il méconnaît absolument le sens, y voyant l’équivalent et le dé­
rivé du lat. præconium. Rochegude n'a pas commis la même faute.
Recastenar (ci, 29), reprocher, adresser des reproches. Raynouard:
rccastinar.
Salutaria (ci, 28), salutaire. Mais il faut probablement, comme il
est dit en note, corriger solitaria. Salutari manque à Raynouard et
aussi à Rochegude.
Talpen (ci, 24), crevasse; traduit non le domicilio de la Vulgate.
mais le parietinis d’une autre version latine, plus conforme à celle
des Septante. Ce mot dérive de talpa, qui a eu aussi le même sens,
comme on peut le voir dans Raynouard, chez qui manque talpen.
Tremer (ci, 55), trembler. Raynouard n’a que tremir.

i

i

1

Je me suis attaché, comme on le fait d’ordinaire pour les édi­
tions princeps, à n’introduire dans le texte même que le moins possi­
ble de corrections, à part celles qui consistent seulement à indiquer
par des parenthèses ou des crochets le retranchement ou 1 addition .
de lettres. Les plus importantes de celles qu’exigerait une édition
critique sont indiquées, implicitement tout au moins, dans les remar­
ques qui précèdent ou proposées dans les notes.
J’ai cru devoir^ imprimer le texte de la Vulgate au-dessous de la
version provençale, qui serait quelquefois, sans 1 aide du latin, d une
intelligence un peu malaisée. J’ai aussi, dans le provençal, distingué
et numéroté les versets, sans égard à la division strophique (qui n est
pas d’ailleurs, on l'a vu plus haut, toujours uniforme), comme ils le
sont dans les éditions de la Vulgate, afin de faciliter les références.

M. G. Guichard a eu l’obligeance de revoir sur le ms. quelques pas­
sages de ma copie, et il en a heureusement amendé plusieurs. Il a

d

14 —

*

/ La


i

aussi transcrit pour moi les 26 premiers vers, qui, par suite du dépla­
cement du folio qui les contieut, m'avaient échappé. Le savant con­
servateur du Musée Calvet, M. Augustin Delloye, a bien voulu prêter,
pour ce double travail, son concours à M. Guichard. C’est un devoir
pour moi d adresser ici publiquement à l'un et à l'autre l'expression
de ma gratitude.
C. C.

5

|PSALM L]

10............................................
(F° 11, r°)

Et alcgransa si ti plas ;
Gran gauch auray, cant o fai as,
Totz los osses humiliatz.
11. Senher, si (a) ti ven en plazer,
5 Ta fas torna dels mieus peccatz,
Et rtcstruy per lo tie[u] porter
Las mieuas grans enequitatz.
12. Senher, tal cor mi l'ay aver
Que sia net[z] con flor[s] novella,
10 Drech esperit per ton plazer
Dintre mon ventre reno[ve]lla.
Psalmus L

3. Miserere mei, Deus,* secundum magnam misericordiam tuam.
Et secundum multitudiuem miserationum tuarum, * dele iniquitatem
meam.
4. Ampliuslava me ab iniquitate mea, ‘et apeccato meo munda me.
5. Quoniam iniquitatem meam ego cognosco, * et peccatum meum
contra me est semper.
6. Tibi soli peccavi, et malum coram te feci : * ut justificeris in sermonibus tuis, et vincas cum judicaris.
7. Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum ; * et in peccatis concepit me mater mea.
8. Ecce enim veritatem dilexisti: * incerta et occulta sapientia* tua1
manifestasti mihi.
9. Asperges me hyssopo, et mundabor ; * lavabis me, et super nivera dealbabor.
10. Auditui meo dabis gaudium et lætitiam,*et exultabunt ossa huiniliata.
11. A verte faciem tuam à peccatis meis, * et omnes iniquitates meas
dele.
12. Cor mundum créa in me, Deus, * et spiritum rectum innova in
visceribus meis.
, .$

— 16
13. G-lorios Dieufs] en oui mi fis,
Nom gitar de la tieua fas,
[V°]
El tyeu sant honrat [ejspirit
15 Non mi tollas, si a tu plaz.
14. Rent mi lo gauch especial,
Senher, de la tieua salut,
D’esperit ferm e principal
Conforma mi e ma vertut.

20

15. Als félons ensenh[ar]ay yeu,
Bel[sj Senher Dieu[s], las tieuas vias,
Et yl(s) a tu tantost e leu
Si convertran de lur folias.

16. Delieura mi de[l]s sancs, sit(i) plas,
25 Dieu[s], Dieu[s] de la mieua salut;
(Et) alegrara(s) ma lengua en pas
[Fo 1>r0]
Ton drech e la tieua vertut(z).
17. Mas lavias adhubriras,
Senher, cant a tu plazera,
30 E ta lauzor, cant o faras,
La mieua boca (o) contara.

18. Car situ volg[ujessa[s] aver
Sacrifices, yeu donarai ben ;
Ma[s] yeu en os so say ben ver
35 Non ti delicharas per ren.
13. Ne projicias me a facie tua, * et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.
14. Redde mihi lætitiam salutaris tui, * et spiritu principali con­
firma me.
15. Docebo iniquos vias tuas, * et impii ad te convertentur.
16. Libéra me de sanguinibus, Deus, Deus salutis meæ, * et exulabit lingua meajustitiam tuam.
17. Domine, labia mea aperies, * et os meum annuntiabit laudem
tuam.
18. Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique ; * holocaustis non delectaberis.

— 17 —
19. [E]sp[e]rit[z] dons e trebalhat
Es sacrifici a Dieu plazent ;
Dieu[s], cor frach et huraeliatz
Non (en)tendras en desprezament.

[V°]

40

45

20. Senher, a Sion francament
Fay, en ta bona voluntat(z),
Quel mur(s) sien coraplidament(z)
De Jeruzalem acabat(z).
21. Adonx penras lo sacrifis
De drechura e los dons grans ;
A(n)donx seran vedel(s) complis
Sobre lo tyeu autar pauzat(z).
[PSALM

CI]

2. Senher, aujas ma oration.
E ma clamor tota sazon,
Que totz los prech que heu ti fas
A ti vengan, si a tu plas.

5
[F° 2]

3. Bel[s] Senher Dieus, si plas a ti,
Tu non torna ta fas en mi ;
T’aurelha a mi, si ti plas,
Enclina quant er trebalhatz,
To[t] jorn que apellaray tu.

19. Sacrificium Deo spiritus contribulatus : * cor contritum et humiliatum, Deus, non despicies.
20. Benigne fac, Domine, in bona voluntate tua, Sion, * ut ædificentur mûri Jérusalem.
21. Tune acceptabis sacrificium justitiæ, oblationes et holocausta ;
* tune imponent super altare tuum vitulos.
Psalmus CI

2. Domine, exaudi orationem meam, * et clamor meus ad te veniat.
3. Non avertas faciem tuam a me ; * in quacumque die tribulor, in­
clina ad me aurem tuam.

— 18 —
4..........................................

10 Aysin con fum[s] que defalli leu.
E li mieu hos son tuch secat(s)
Aysi con codonel cremat(z).

15

5. Enaysin con fen[s] suy ferit[z],
Mon cor es secat[z] e falhitfz],
Car eysoblidat[z] mi suy hyeu
Del tôt. de manjar lo pan mieu.

6. Del[s] gensament[z] que heu ay menatjzl,
S’es an ma carn l’os ajostatz.
[V°]

7- Heu suy fach al ausel semblantz
20 I)e l’ausel c’a nom pelican[s],
E sy suy [heu] fach per egual
Enaysin e tôt aytrestal
Con nuchola que si rescon(t)
E lo talpen de la mayson-

25

8. Heu ay velhat ben lo[n]gamens
E si suy fach tôt eysamens
Con la pacera en mayson,
Que salutaria a non.

9. Recastenaven mi tôt jorn
30 Myey enemix qu'e[ra]n entorn,
E tuch aquelh que mi lauzavan
[F° 3] Encontrami ben fort juravan.

In quacumque die invocavero te, * velociter exaudi me :
4. Quia defecerunt sicut fumus dies mei, * et ossa mea sicut cremium
aruerunt.
5. Percussus sum ut fœnum, et aruit cor meum, * quia oblitus sum
comedere panem meum.
6. A voce gemitus mei, * adhæsit os meum carni meæ.
7. Similis factus sum pellicano solitudinis, * factus sum sicut nycticorax in domicilio.
8. Vigilavi, * et factus sum sicut passer solitarius in tecto.
9. Tota die exprobrabant mihi inimici mei: * et qui laudabant me
adversum me jurabant.

19 —
10. Car senre(s) aysin cou pan manjava

E lomieu bcure an plor mesclava.

35

11. De la fas de ta ira greu
E de la fas de l’endenh t(y)eu,
Car eant tu mi aguist levat,(z),
Mi deroquest. per mon peccat(z).

12. Li mieu jorn son declinat(z) tuch
4') Enaysin con umbra [que] fuch,
Et yeu suey en aysi secatz
Con es lo fen[s] e desanatz.

[V«]

13. Mas tu, Senher. sertanamens
Hifejst e seras durablamens;
45 El memorial[s] del tieu nom
En tota generacion.

14. Senher, can tu ti levaras,
De Syon pietat auras,
Car temps de’ pietat aver,
50 Car vengut[z] es lo temps en ver.

15. Cai als sers que tu as agut(z)
An las peyras d’ella plagut(z),
E de sa terra bonament
Auran merce e cauzimen[t].

55

16. Bel|s] Senher, las gens temeran
Lo tieu sant non; e tr[e]meran,
E ta lauzor tota sazon

10. Quia cinerem tanquam panem manducabam, * et potum meum
cum fletu miscebam.
11. A facieiræ et indignationis tuæ ; * quia elevans allisisti me.
12. Dies mei sicut umbra declinaverunt ; * et ego sicut fœnum arui.
13. Tu autem, Domine, in æternun permanes, ‘et memoriale tuum
in generationem et generationem.
14. Tu exurgens misereberis Siou, * quia tempus miserendi ejus,
quia venit tempus.
15. Quoniam placuerunt servis tuis lapides ejus, * et terne ejus miserebuntur.
16. Et timebunt gentes nomeu tuum, Domine, * et omnes reges
terræ gloriam tuam.

*r

«

- 20 —
Trastotz los reys qu’en terra son.

[F° 4]

17. Car nostre Senher a fondada
60 Syon e l’a esdificada,
E sera vistsertanamens
En sa gloria honradamens.

18. Las horacions dels francz (re)gardet,
E lo lur prec non mesprezet.

65

19. Ayso sia escrich a bandon
En autra generacion,
El pobol[s] que creatz sera
Nostre Senhor en lausara,

20. Car el a vist(z) [et] esgardat(z)
70 Del sieu sant luoc aut et onrat(z);
[V°]
Nostre Senhor del cel la sus
A esgardat en terra jus,



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21. Quez el auzis los gensamens
Dels enferriatz malamens,
75 E per so quez el desliessa
Los fils dels antich el[s] salvessa;

22. Quez el(s) aconten(s) ad onor
En Syon lo nom del Senhor,
E ta lauzor[s] sancta et honrada
80 Sya en Jeruzalem contada.

17. Quia ædificavit Dominus Sion, * et videbitur in gloria sua.
18. Respexit in orationem humiliutn ; * et non sprevit precem eorum.
19. Scribantur hæc in generatione altéra; * et populus, qui creabitur, laudabit Dominum,
20. quia prospexit de excelso sancto suo ; * Dominus de cœlo in
terrain aspexit,
21. ut audiret gemitus compeditorum, * ut solveret filios interemptorum ;
22. ut annuntient in Sion nomen Domini, * et laudem ejus in Jéru­
salem.

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.

— 21 —
23. En ajostant .1. cada un
Totz lo popols que son en .1.
Els reys que son per terra onrat.(z),
Per servir lo Senhor en grat(z).

[F° 5]

85

90

24. Yeu respondiey e dis a Dyeu,
En la via del podersieu:
Dyeu[s], la pauqueza dels mieus jors
Mi fay saber que son tan cors.
25. Non mi reprennas, Senher Dieus,
Hins en la mieytat dels jors mieus,
Que tan tost fugun e son van,
En l'engenrament deltieu an.

26. Senher, tu fundiest fermament
La terra en lo comensament,
95 Et obras de las tuas mans
Son los cels que istan sobrans.

[Vo]

27. El(s) periran, mas tu seras
Et per totz segles permoyras ;
Tuch envelhi(e)ran verament
100 Aysi con fa le vestimens.
Et en aysin con tu volras,
Con cubertor los mudaras,
Et el(s) seran del tot(z) mudat(z).

105

28. Mas tu, Senher, per veritat(z)
Hiest un mezeis onrat e graz
E los tieus ans non falhiran.

23. In conveniendo populos in unum et reges, *ut serviant Domino.
24. Respondit ei in via virtutis suæ: ‘ Pnucitatem dierum meorum
nuntia mihi.
25. Ne revoces me in dimidio dierum meorum; * in geucrationem
et generationem anui tui.
26. Initio tu, Domine, terram fundasti, * et opéra manuum tuarum
sunt cœli.
27. Ipsi peribunt, tu autem permanes ; * et omnes sicut vestimentum veterascent.
Et sicut opertorium mutabis eos, et mutabuntur;
28. tu autem idem ipse es, et anui tui non déficient.
2

fr

[F° 6]

110

29. Li fils fiels tieus sers estaran
Et an gran pas habitaran.
(La) lur semensa a vida sera
Et el segle s’adreysara.

[Psalm CXXIX]
1. De pregonea de peccat
Senher Dieu[s], ay a tu crifiat(z):
2. Aujas, Senher, la mieua vos
E garda mi fiel mortal pos.
5 Dieu que [a] tot[z] [los] precs ententz,
Sien fachas ben entendent[z]
Tas aurelhas tota sazon,
En vos de la mieua oracion.

3. Si tu esgardas, Senher D(i)eus.
10 Las enequitatz els facli greus
Que cascuns fa tro al morir,
Senher, cal[sj poyra sostenir?
[V

4. Car enves ti es pietatz
E misericordia e pas,
15 E per ta ley qu' yeu ay volgut(z),
Senher, ti ayyeu sostengut(z).
En la paraula a tota via
De Deu sostengut(z) l’arma mia:
5. L’arma mia a fort esperat(z)
20 En lo Senhor fort(z) e onrat(z).

29. Filii servorum tuorum habitabunt ; * et semen eorum in sæculum
dirigetur.
PSALMDS CXXIX

1. De profundis clamavi ad te. Domine :
2. Domine, exaudi vocem meam.
Fiant aures tuæ intendentes * in vocem deprecationis meæ.
3. Si iniquitates observaveris, Domine; * Domine, quis sustinebit ?
4. Quia apud te propitatio est ; * et propter legem tuam sustinui te,
Domine.
Sustinuit anima mea in verbo ejus :
5. speravit anima mea in Domino.

— 23 —
6. De la garda del bon matin
Entro a la nuech de la fin,
Aia Israël ses duptansa
En notre Senhor esperansa.
25
[F° 7]

7. Car enves Dyeu es pietat.[z]
E misericordia e pas,
Et aondosa redempcionjs]
Es envez el tota[s] sazon[s].

8. Et el, cant a luy plazera,
30 Tot(z) Israël resemera
I)e las sieuas enequitas
E de trastotz los syeus peccatz.

[Psalm CXLII J
1. Senher, aujas so qu’eu ti prec,
An tas aurelhas pren mo prec,
En ta veritat(z) fina e pura,
Mi aujas et en ta drechura.
5
[V°]

2. E non intres en jugament[z]
An lo tieu sers, car om viventz
Non es trobatz just ses peccat[z]
Davant la tieua sancta fas.

3. L’enemic[s] a m’arma encausada;
10 En terra a ma vida baysada ;
Aysin con mors que son annat(z)
6. A custodia matutina usque ad noctem : * speret Israël in Do­
mino.
7. Quia apud Dominum misericordia, * et copiosa apud eum redemptio.
8. Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus.

Psalmus CXLII
1. Domine, exaudi orationem meam ; auribus percipe obsecrationem meam in veritate tua : * exaudi me in tua justitia.
2. Et non intres in judicium cum servo tuo : * quia non justificatur
in conspectu tuo omnis vivens.
3. Quia persecutus est inimicus animam meam; * humiliavit in
terra viam meam.

— 24 —
D’aquest. segle m’a alligat(z)
En luoc escur que es fort greu [s].

15

F° 8]

4. Desobre mi l’esperitfz] m(i)eu[s]
Fach angoysos e trebalhatz,
En mi es lo mieu[s] cor torbat[z].

5. Dels jors antiez mi renembr[e]i
Entotas tas obras (hieu) pens[e]i ;
[Et] en los fach que yeu pensava
20 De las tieuas mans mi gardava.
6. Mas mans ay estendut a ti ;
La mieua arma es enaysi(n)
A tu con terra seca e dura,
Sens aygua e sens mulhadura.
7. Aujas mi to[s]t, bel[s] Senher Dieu[s],
Que falhitz es l’esperit[z] mieu[s].
Dieu[s], per la tyeua pietat,
Tu non girar de mi ta fas.
Qu'eu séria ad aquels semblans
30 Que deysendon en lo lac gran.

25

[V*]

8. Fay mi auzir ta pietat(z>
Matin, cant ay ti esperat(z);
Fay [a] mi conoyser la via
En que yeu venga tota dia ;
35 Car a tu ay m’arma levada
Que per tu sya aconselhada.

Collocavit me in obscuris sicut mortuos sæculi :
4. et anxiatus est super me spiritus meus, in me turbatum est cor
meum.
5. Memor fui dierum antiquorum: meditatus sum in omnibus operibus tuis : * in factis manuum tuarum meditabar.
6. Expandi manus meas ad te : * anima mea sicut terra sine aqua tibi:
7. velociter exaudi me, Domine:* defecit spiritus meus.
Non avertas faciem tuam a me ; * et similis ero descendentibus in
lacum.
8. Auditam fac mihi mane misericordiam tuam, * quia in te speravi.
Notam fac mihi viam in qua ambulem, * quia ad te levavi animani
meam.

25 —
9. Hieu fuch a tu, bel[s] Senher Dieu[s],
Tu mi tray dels enemix mieus ;
10. Far m’ensenha ta voluntat(z)
40 Car.yest mon Dieu per veritat(z).
'Pou esperitz bon[s] mi motra
En terra que drecha sera.

F° 9

11. Per lo tieu sant nom, Senher mieu,
Mi faras vyeu en lo drech tieu ;
45 I)e tôt trebalh foras trayras
La mieua arma
12.
e destruyras
En ta merce, bel[s] Senher Dieus,
Totz ensems los enemix mieus.
50 Aquels destruyras totz ensems,
Que mi fan mal en alcun temps,
Ni que trebalhan l’arma mieua,
Qu’es del tieu sers e sera tieua.

9. Eripe me de inimicis meis, Domine ; ad te confugi :
10. doce me facere voluntatem tuam, quia Deus meus es tu..
Spiritus tuus bonus deducet me iu terrain rectam :
11. propter nomeu tuum, Domine, vivificabis me in æquitate tua.
Educes de tribulatione animam meam,
12. et in misericordia tua disperdes inimicos meos.
Et perdes omnes qui tribulant animam meam, * quoniam ego servus
tuus sum.

NOTES

Psalm. L.— V. 2-3. Corr. auran? ou En totz los osses (ou mieux
os) ? Cette dernière correction donnerait une phrase plus grammati­
cale ; la première, une traduction plus littérale.
V. 12. « mi fis. » Corr. fit, de fidar? Des formes analogues se
rencontrent dans la Vie de S. Honorât (p. ex., audida, 131 b, Inul
= laudeni, 166, 177) et d’autres textes de Provence (vedenza, audenza, laudet. Revue des Sociétés savantes, 1870, 2, 370 ; 1877, 1,
203). Le dsc maintient encore aujourd’hui, en de pareils mots, dans
le dialecte de Nice (suda, lauda, audi, etc.)— 13. « nom ». Ms. non.
15. «tollas. » Ms. tollat.
21. « Bel[s]. » Ms. Del.
26. « alegrara(s). » Traduction servile du latin. Et, dont la mesure
du vers exige la suppression, n’est pas dans la version des Septante,
non plus que dans la traduction latine faite sur cette version.
33. Corr. Sacrifis? Cf. v. 44. —Ibid. « donarai. » Corr. donarat
= je te donnerais)? ou seulement donara ou donaria?
34. « en os » (tn ossa), sous-entendu crematzf. Ms. e uos.— 35. Il
faut sous entendre que devant Non ti.
36. « dons e. » Corr. d'ome et, v. 38, humeliatÇz')? Si la leçon du
ms. esf la bonne, il faudrait au contraire corriger, v. 36, trebalhat[z],
et v. 38, cor[s], qui serait ainsi au pluriel.
37. Corr. Sacrifis... plazcnt[z]?
39. Corr. pendras en desprez amenez]?
45. Corr. els dons en grat?
46. La régularité grammaticale exigerait complit. Mais la rime n'y
serait plus. Le copiste a peut-être écrit complis par erreur, au lieu
d’un nom intégral en is Çiz), ou d’un nom en ici. Dans ce dernier cas,
il faudrait corriger sacrifici au v. 44.
Psalm. CI. — V. 3. « Que. » Ms. De. — Corr. luch li prec. Dans la
graphie de notre scribe, preelt doit représenter precs, comme il a été
dit dans l’introduction. Cf. plus loin, v. 76, dels anlich.
5. « a ti. » Ms. a tu.— 6. « en. » Corr. de? Cf. le texte latin. —
8. « er. » Correction imposée par la mesure. Ms. scrag.
9. Il y a après ce vers une lacune de deux vers au moins. Le ms.
n’en indique aucune et fait une stance unique et distincte des vers
9-12.

— 28
11. Ms. secacs.— 14. « Mon cor. » Il n’y a pas lieu de corriger
mos, l’adjectif qui précède immédiatement cor pouvant rester, comme
ce substantif (voy. ci-dessus, p. 9), invariable au singulier. C’est la
doctrine des Leys d'amors, II, 176, qui donnent cet exemple : freoI
cor es le meus. Cf. celui-ci, tiré du Chansonnier 854 de la B. N.,
f° 133: per autra no s'esjau mon cor. On en pourrait citer beaucoup
d'autres. — 17. « que heu. » Corr. qu'eu.
19. Corr. semblans.— 20. « del ausel. » Répétition probablement
fautive. Corr. Del desert ?
28 Corr. solitaria ? Ou faut-il laisser cette bévue sur le compte de
l’auteur? Ce serait bien assez pour lui d'avoir commis celle de prendre
une épithète pour un nom propre.
30. Corr. enemic. Cette substitution de x à c se remarque assez
fréquemment en d’autres textes plus anciens, où l’on va par suite jus­
qu’à écrire æs pour es.
40. On pourrait aussi corriger con [ZZ] timbra fuch.
57. « ta lauzor. » Ms. tota l. —58. Corr. Trastuch li rey.
63. Corr. francs. —71. Corr. Senher.
79. » Eta. » Corr. E sa.
85. Ms. respondieu. Cette forme, comme imparfait, serait accep­
table (cf. ma Grammaire limousine, p. 373); mais le contexte exige
ici le prétérit1. Le traducteur a fait du reste un contre-sens, avant lu
sans doute respondi, au lieu de respondit. dans l’original.
88. « tan cors. » La grammaire exigerait tant cort. Mais il n’est
pas rare que l’attribut, quand il suit le verbe, se mette au cas régime.
A la rigueur on pourrait corriger ques fan.
91. « son van. » La correction s'en van se présente d’elle-même.
La rime serait meilleure, l’a de van (vani) étant estreit. Mais voy. cidessus, p. 6 et 11.
95-6. On pourrait corriger delà tua. man.. .li cel. .. sobran. Mais
cf. la note sur le v. 88, et aussi l, 37.
99. Corr. veramens. —105. « graz. »> Corr. gran ? Pour l’absence
del’s, et du z à onrat, cf. 88 et 96. —106. Corr. li tieu an. —110.
« el. » Ms. en lo.
Psalm. CXXIX. — 17-18. Construisez: L'arma mia a sostengut
tota via en la paraula de Deu. —28. Corr. enves.
Psalm. CXLII.—5.« en jugament[z].»Le singulier serait préférable;
mais la rime exige ici le pluriel. —12. « alligat. » Corr. allogat? Cf.

1 Le copiste aura ici changé iei (ou ei) en ieu, entraîné peut-être par l’ha­
bitude d’opérer le même changement au sujet pluriel des pronoms possessifs.
Cf., dans les Litanies (v. 324). enblieust pour enbliest.

— 29 le latin collocavit et voy. ci-dessus, p. 11. — 14. Corr. Es sobre? ou
bien es du v 16 sert-il aussi pour le v. 15?
17. Corr. antics.— 21. « a ti ». Ms. a tu.—27. Corr. Za[Y]
pietat[z\l Ce pluriel serait bien insolite1; mais il faut atz pour la
rime
29. Corr. semblant Cf. l, 37; ci, 88,96, 99. 11 faudrait autrement
corriger Zo[s] Z«c[sj //ran[s], ce qui parait moins acceptable.
34. « dia. » Ms. di'e. — 40. « mon Dieu. » On pourrait corriger
>no[s] DicwfsJ. Mais voy. la note sur ci, 88.
41. « Ton. » Corr. Tos.
43-44. Ms. Senher tieu....... drech mieu. Corr. »nteu[s] et Zo[s]
drech ti'eu[s].»
53. Ms. Que del tieu sers es e sera tieua.
1 Cf. pourtant, dans l'ancienne trid. française précitée (ps. 52, verset 17):
Mais les pitiés de Deus seront
Tous jours sor ceus qui le crieudront.

APPENDICE

M. Karl Rartsch, ainsi que je l’ai déjà rappelé ci-dessus (p. 5),
a publié en 1856, dans ses Denkmœler (1er provensalischen Literatur, p. 71, d’après le ms. 1745 de notre Bibliothèque nationale,
une traduction en vers du psaume 108. Je crois devoir la reproduire1,
afin que le lecteur ait ici tout ce que l’on possède, à ma connaissance
du moins, de traductions des Psaumes envers provençaux1
2. 3Comme
*
je l’ai fait pour les Psaumes de la pénitence, j’imprime au-dessous
le texte latin de la Vulgate, en numérotant les versets, dans le pro­
vençal comme dans le latin.
Cette traduction du psaume 108 se distingue nettement, à première
vue, de celle des Psaumes de la pénitence, qu’on a lue plus haut, en
ce qu’elle révèle chez celui qui en est l’auteur un bien moindre souci
de la grammaire et de la prosodie. Il n’y a aucune uniformité dans la
mesure des vers, qui sont ad libitum de 6, 7, 8, 10 ou 12 syllabes.
Dans ce dernier cas, ils peuvent avoir des rimes ou assonnances in­
térieures, alternées ou non. Les rimes vont tantôt par paires, tantôt
par quatre, par cinq ou par six. Elles sont ou plates (c’est l’ordinaire),
ou alternées (74-77, 78-81, 104-107). Elles se réduisent très-souvent
à une simple assonnance; ainsi plazer* : me (11-12), el : merce (44-5),
el: parais (4S-9), dolor : destruction* (46-7), soi/; sofrachos5 (82-3),
1 Je fais cette reproduction d'après la copie de M. Bartsch, que je suppose
exacte, et que je ne puis d’ailleurs contrôler.
2 Je dis traductions et en vers provençaux, p&rce que d'un côté il en existe
en prose, et que. de l’autre, je connais une paraphrase, très-libre, des psaumes
pénitentiaux, en vers de huit syllabes à rimes plates, écrite ou tout au moins
transcrite par un Gascon au XIV0 siècle. Cette paraphrase sera publiée trèsprochainement dans la Revue. — On connaît encore une autre paraphrase en
vers, pareillement inédite, si je ne me trompe (la Revue la publiera également,
au moins par extraits), de plusieurs psaumes. Mais cette paraphrase, qui est
conservée à la bibliothèque Inguimbert (ms. n° 20), est en provençal mo­
derne (XVIIe siècle?), et je n’ai ici en vue que l’ancienne langue, je veux dire
celle du moyen âge. Pour le même motif, il n’y a lieu de mentionner ici que
pour mémoire les traductions complètes du Psautier composées au XVI* siè­
cle, en vers gascons (ou béarnais), parPey de Garros et Arnaud de Salettes.
3 Sans doute prononcéplazé, comme aujourd’hui.
1 On devait prononcer destructiou : doulou.
5 On prononçait peut-être sofrachois. Voy. ma Gramm. limousine, p. 368.
On pourrait aussi obtenir ici d’une autre façon une rime pleine, en changeant

- 32 —

i

ombra: lagosta (86-8), facha : intrada et sitada (67-69), gastat :
ajudar (42-3), vcnra : far1: paguat (62-64), fach: menespresat : cap
(94-6), benisiras : alegrara(104-7), pcrsegwens .• salvamen (119-120).
Je ne parle pas des vers qui ne riment pas du tout. Il y en a plusieurs
dans le ms. Mais ce doit être par la faute du copiste, la rime ou
l’assonnance se laissant partout rétablir, comme on le verra dans les
notes, avec la plus grande probabilité.
Quant aux règles de la grammaire, je parle surtout de celles des
cas, elles ne sont pas traitées moins librement que celles de la ver­
sification. Il est visible que l’auteur, aussi bien que le copiste, ne con­
naissait aux noms qu'une seule forme pour chaque nombre.
Tout se réunit ainsi pour faire supposer que nous avons ici l’ou­
vrage d'un homme peu lettré. Certaines formes d’un caractère dia­
lectal très-prononcé s’ajoutent à ces indices pour rendre l’hypothèse
plus probable encore. Je croirais volontiers que ce psaume a été rimé
plutôt par quelque sorcier, pour servir à ses maléfices, que par un
moine ou un simple clerc, dans une intention pieuse. Le psaume 108,
en efl’et, s’il ne joue pas dans la liturgie, comme les Psaumes de la
pénitence, un rôle particulier et prépondérant, de nature à expliquer
le choix qu’en aurait fait,de préférence atout autre,pour le mettre en
rimes, un poète dévot, en joue au contraire, en devait au moins jouer
autrefois, un tout spécial et d’une certaine importance daus les pra­
tiques de sorcellerie. C’est ce qui résulte d’un passage du curé Thiers,
au tome 1, p. 157, de son Traité des superstitions. Cet écrivain,
parmi les maléfices qu'il énumère en cet endroit de son livre, men­
tionne, sans plus de détails, malheureusement, celui qui consiste à
« faire des imprécations contre quelqu'un en éteignant toutes les lu­
mières du logis, en tournant le dos aux..........* voisines, en se roulant
par terre et en récitant le psaume 108. » Si de pareilles pratiques
étaient en usage au XVIIe siècle, on doit croire qu’elles ne dataient
pas de la veille, et il y a lieu, au contraire, de supposer qu’elles de­
vaient être plus fréquentes encore trois ou quatre cents ans plus tôt3.
On s’expliquerait ainsi facilement et le fait même de l’existence de
.«o,y en sos. Cette forme est rare, mais non sans exemples. Cf. Peire Milon
(Gedichte, 19. 672 et 673) : la hella de cui sos. J’ai trouvé une forme pa­
reille (sious) daus des textes modernes de l’Ardèche, de l’Isère, et aussi, sauf
erreur, de l’Aveyron.
1 On devrait prononcer fa, comme aujourd'hui, et de même pagua, etc.,
sans faire sentir dans ces mots la consonne finale. Cf. au v. 40 usurias =

usuriars.
2 Lacune laissée à dessein par Thiers lui-même. Est-ce maisons qu’il faut
suppléer?
3 Je n'ai pu, malgré les recherches que j’ai faites dans les bibliothèques a

- 33 —
cette version isolée du psaume 108, et son infime condition littéraire.
Le trait dialectal le plus marqué de notre texte est le renforcement
qui s'y remarque de ie en ia, dans usurias 40 = usuriers, despiach
49, miach 116, et, passim, dans diaus, diau, tiau,siau. Si la correc­
tion que je propose aux vers 78-80 est la bonne, il faut admettre que
ces formes en iau étaient celles de l’auteur. Celles en ieu, qui alternent
avec les autres, seraient alors du fait du copiste. Iau pour ieu se
rencontre sporadiquement dans des textes de l'Auvergne, delà Marche,
du haut Limousin4, du Toulousain, du pays de Foix. Mais c’estseulement dans des textes de la Provence que cette mutation a lieu com­
munément. Voy. Ste Agnès, où elle est constante, et Si Honorât.
Les formes en ia(r) pour ier sont aujourd’hui communes dans
l’Aveyron et la Lozère. Les textes anciens de la même contrée, ainsi
que ceux du Quercy, de l’Albigeois, du bas Languedoc (Béziers,
Montpellier, etc.), en offrent de nombreux exemples. Ou en trouve
aussi beaucoup dans des textes de la Provence propre.
La Vie de St Honorât, du moins dans le ms. publié par M Sardou,
qu’on sait avoir été exécuté en Provence, présente fréquemment le
renforcement de ie en ia, devant i, comme notre texte devant c/i, dans
les mêmes mots ou dans les pareils. Ainsi miay (= lat. mei et me­
dium), siay, puaia. Je ne me rappelle pas avoir remarqué ce phéno­
mène ailleurs. Aussi serais-je facilement porté à conclure de la pré­
sence simultanée, dans notre version du psaume 108, de iach (= iai du
St Honorât') et de iau et ia(r)s (= iers), que l'auteur de cette version
était provençal.
Les autres détails phoniques ou morphologiques n'ont rien d’assez
particulier pour mériter d'être relevés. Notons pourtant la chute de
l’r devants dans usurias 40, chute dont il y a aussi des exemples dès
la fin du XIIIe siècle dans des textes de la Provence, et la substitu­
tion qui se fait d'une nasale à l’autre dans an pour am, passim, cm 20
pour en, semblant 13 pour semblan, anom 37 pour anon, substitution
qui prouve que lbn ne devait plus avoir, pour lecopiste du ms., sinon
pour l’auteur lui-même, d'autre valeur que Yn.
On a, au verset 14, à moins qu’il ne faille corriger sian du v. 51
en sia, un exemple de syllepse de nombre, le verbe étant régi par
ma portée, trouver d’autre témoignage que celui de Thiers sur cet emploi
du psaume 103 comme instrument de maléfice. On devait, au reste, user plus
souvent des psaumes, en général, dans une intention bienfaisante. Voy. Du
Cange sous ensalmus. Ce mot est resté en Espagne (castillan et portugais
ensalmo, catalan ensalm), avec ses dérivés ensalmar, ensalmador, au sens
purement favorable de charme, remède superstitieux.
4 Aujourd’hui iau pour ieu ou iu est habituel dans la basse Auvergne et
très-commun dans la Marche et le haut Limousin.

l'idée de pluralité qui est communiquée au sujet singulier par le
complément de celui-ci.— Que, au v. 84, est explétif, comme il l'est
quelquefois ailleurs, même hors de la Gascogne. — Quant à a luy du
v. 113, dernière particularité syntactique qu'il paraisse utile de re­
lever, c’est une reproduction servile du latin, et je ne pense pas qu'il
y faille voir un trait dialectal, tel que serait la substitution spontanée,
comme en gascon, du datif à l'accusatif.
Au point de vue lexicographique, quelques mots sont à noter, soit
pour leur forme, soit pour leur acception:
Acabar,\. 28: Vacabe= (que cela) lui réussisse, lui profite. Accep­
tion qui manque à Raynouard et dont il y a ailleurs d’autres exemples.
Avesvar 34, rendre veuf. Cette forme est dans Raynouard, qui n’en
donne pas d'autre exemple que celui même de notre psaume. L'accord
de Raynouard et de M. Bartsch ne permet pas de douter qu'il n’y ait
bien avesvada dans le ms., et l'on ne manque pas d’ailleurs d’exem­
ples du changement du v ou de Vf en a (x) en finale, sinon, comme
ici, dans le corps d'un mot devant une consonne, biais peut-être est-ce
une erreur du copiste, pour aveusada (car avefvada aurait une phy­
sionomie bien française). Aveusar (aveuzar) manque à Raynouard,
mais c'est une forme connue. Elle est du reste dans Rochegude.
Calar 2. Ici verbe actif. Raynouard ne le connaît que comme in­
transitif (se taire).
Destramenar 84, perdre, tourmenter. Forme populaire de dcstermenar, qui est dans Raynouard seulement au sens propre. Voy. Sau­
vages, destremena.
Endignejar 38, mépriser. Manque à Raynouard, qui n’a que le sub­
stantif correspondant endenh.
Lagosta 88, sauterelle. Raynouard n'a que des formes à nasale
(langosta, leng... ling... ).
Reminerar 19, rémunérer. Manque à Raynouard, aussi bien que
remunerar. Peut-être renumerar qu’on trouve chez lui (iv, 348),avec
la signification de compter de nouveau, n’est-il qu’une autre forme,
mal comprise, du même verbe, si ce n’est pas simplement une mauvaise
lecture.
Siau 80 (si ma correction est sûre), doux (suavis), forme aujour­
d’hui très-commune. Raynouard n'a que suau. Cf. pieis (pour pueis),
qu on trouve déjà dans Jaufre et dans St Honorât, et qui est la forme
actuelle de post en Provence.
Sitar 69, asseoir, établir. Manque à Raynouard.
tZswrtas40, usuriers. Raynouard: usurier. Voir ci-dessus, p. 33.
Vatgar 36, errer. Le t s’est introduit ici par analogie, d’après des
formes telles que coratgue, coratgos. Raynouard n'a que vagar.

Psalm CVIII
(Ms. B. N. 1745, f° 182)

5

2. Senher Dieus, per ta honor
Tu non cales ma lauzor,
Car boca de peccador
Manifesta ma dolor,
E boca de messorguier
Mi fer dans eascun ladrier.

3. Quar encontra me am parlai
E non pas per veritat,
Am lengua de iniquitat
10 Entorn m’an esvironat,
Non per drechuras, per plazer
Si combato encontra me.
4. Davan fasian semblam d’amar
E pueys detras de mal lausar;
15 Ieu, Senher Diaus glorios [e clar]1,
Non cessava de te preguar.

5. Mal an gitat encontra me
De so que lur fasia per be.
Tôt ayssi m’an reminerat2
20 Qu’em loc d’amar m’an asirat.
Psalmus CVIII

1. In finem, Psalmus David.
2. Deus, laudem meam ne tacueris : quia os peccatoris, et os dolosi
super me apertum est.
3. Locuti sunt adversum me lingua dolosa, et sermonibus odii eircumdederunt me: et expugnaverunt me gratis.
4. Pro eo ut me diligerent, detrahebaut mihi : ego autem orabam.
5. Et posuerunt adversum me mala pro bonis : et odium pro dilectione mea.
1 M. Bartsch : [.Vus] ieu, Senher Diaus glorios, ce qui laisse le vers sans
rime. — 2 M. Bartsch corrige rémunérât.

4

— 36

I !
I ;

6. Dieus, sobre luy un peccador
Constituiscas per senhor,
E lo diable perluy gardar
Fay a la man drecha estar.

25

30

7. E quant en cort sera intrat
Qu’encontra se sia condampnat,
Et quant el volra Diaus preguar,
L’acabe aytan com a peccar.

8. To(u,ts los siaus jorns sian leu passatz4
E tots sos bes sian dessipats
E per autrui gen sian gastats.

9. Los siaus enfans sian orphes fachs,
E sa mollier sia trebalhada
E del marit leu avesvada.

35

40

10. I os siaus efans sian pauc presats,
Coma vatgans sian transportât^,
Tostemps anon endignejatz 2
E sian de lur terra gitatz.

11. Tôt quant aura en son cabal
Per usurias vengua a mal ;
So qu’an trebalh aura ganliat
Per autruy gen li sia gastat.
12. No sia hom quel vulha ajudar,

f
6. Constitue super eum peccatorem: et diabolus stet a dextris ejus.
7. Cum judicatur, exeat condemnatus: et oratio ejus fiat in peccatum.

8. Fiant dies ejus pauci: et episcopatum ejus accipiat aller.
9. Fiant filii ejus orpbani: et uxor ejus vidua.
10. Nutantes transferantur filii ejus et mendicent: et ejiciantur de
habita tionibus suis.
11. Scrutetur fœnerator omnem substantiam ejus : et diripiant alieni
labores ejus.
12. Non sit illi adjutor:nec sit qui misereatur pupillis ejus.

I î
P;

t t

4 M. Bartsch écrit l’enpassatz.— * Ms. a nomen digneiar. M. Bartsch : a
no m’en [ca/] dignatz.

37 —
Ni als enfans per amor d’el
45 No sia home qu’aja merce.
13. Los filz siaus ajon gran dolor,
Totz vengon a destruction,
E neguns hom(e) de sos parens
Non port son nom per despiach d’el.

50

14. L’eniquitat, dels siaus payro(n)s
Sian membrans al rey glorios,
Ni de sa mayre lo peccat
Jamay no li sia perdonat.

15. Totz lur fatz sian Diaus offendenz’
55 Per tôt lo mon sian desmembratz.

16. Car non aviaper son peccat
Misericordia ni pietat.

60

17. Los hommes fort a persegu[i]ts
He2 los paures 3 et los me[n]dits*,
Sels qu’en lur cor eron greujatz
E perseguts et mal menats.

18. Mal a volgut e bel5 ve[n]ra ;
Jamai no vole ben dir ni far ;
Per que ne sera be paguat,
65 Jamay negun be non aura,
Mas d’el tostemps se lonhara.
13. Fiant natiejus in interitum : in generatione una deleatur nomen
ejus.
14. In memoriam redeat iniquitas patrum ejus in conspectu Domini:
et peccatum matris ejus non deleatur.
15. Fiant contra Dominum semper, et dispereat de terra memoria
eorum :
16. pro eo quod non est recordatus facere misericordiam.
17. Et persecutus est hominem inopem, et mendicum, etcompunctum corde mortificare.
18. Et dilexit maledictionem, et veniet ei : et noluit benedictionem,
et elongabitur ab eo.

1 Corr. Diaus offendenz sian totz lur fatz. — * Hoc. — 3 Correct, de
M. Bartsch. Ms. parens. — 4 Pour mendies. Cf. dans le Rreviari d’amor
(v. 27157-8) : enemiex : esperitz. — ® = 6e Zi, où be est adverbe. Le sujet
de venra est mal.
3

- 38 —

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70

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75

H

80

85
1

ii

De maledictio sa vestimenta lia facha,
Coma aygua quant plou en son cors es intrada.
Si con oli traucan4 els osses s’es sitada.
19. Maladictio lotengua defra tôt lo siau cors ;
Ayssi com vestimenta
lo te cubert defor[s],
Et ayssi fort l’estrengua2
tôt entorn senturatz
Ayssi con fa la senha3
quan defors s’es senhatz.
20. Aquesta obraes per aquels
Que an Diau mi van mal lausan
E que parlo encontra me,
Per so que a m’arma tengo dan.
21. Senher Dieus, tu fassas per me4
Per lo teu nom meravilhos,
Car tu5 iest [lo] rey 6 mot suau
E fort misericordios.
Desliura me.
22. car paures soy
E de ta7 gracia sofrachos
E que soy tan destramenat8
Que lo miau cor es tôt torbat.
23. Si com per lo solelh fa l’ombra9

Et induit maledictionem sicut vestimentum, et intravit sicut aqua
in interiora ejus, et sicut oleum in ossibus ejus.
19. Fiat ei sicut vestimentum. quo operitur : et sicut zona, qua
semper præcingitur.
20. Hoc opus eorum, qui detrahunt mihi apud Dominum:et qui
loquuntur mala ad versus animam meam.
21. Et tu, Domine, Domine, fac mecum propter nomen tuum: quia
suavis est misericordia tua.
Libéra me,
22. quia egenus, et pauper ego sum : et cor meum conturbatum
est intra me.
1 M. Bartsch: trancan.
2 Leçon du ms. M. Bartsch corrige estrenha. — 3 Corr. senta ?— 4 Corr.
Tu fassas per me, Senher Diaus, et au vers 80......... reys mot siaus? Cette
dernière forme est aujourd’hui celle de plusieurs dialectes, p. ex., du langue­
docien. — s fy. — c M. Bartsch : iest rey [e] m. — 1 Corr. par M. Bartsch.
Ms. tota. — 8 M. Bartsch écrit d’estra menât. — 9 Corr. Si com pel solelh
(ou per lo sol) l’ombra, ou encore Si col solelh fa l’ombra ? M. Bartsch pro­
pose simplement de supprimer per lo.

P

— 39

Ayssi soy decassat;
Ayssi con es lagosta
Ayssi soy encaussat,1.
90

24. Mos ginols son emalautis
Eper (so) dejun13 enfrevolitz,
2
E ma carn es fort cambiada
E per oli es transmutada.

25. Tan soy as els en anta fach,
95 Quant m'an vist, m’an menesprezat;
Quant m’an vist, an mogut lo cap.

26. Senher Diaus, vulhas m’ajudar;
Salva me, Diaus, per pietat,
Vulhas misericordia far.

100

105

27. Sapion, Senher, qu’ayso s’es fach
Car la tia ma ho a obrat,,
La quai ma es per te facha3
E tu ho as adordenat4.

28. Els mal diran, et tu benisiras;
Sels que si levaran trastuch

23. Sicut umbra cum déclinât, ablatus sum: et excussus sum sicut
locustes.
24. Genua mea infirmata sunt a jejunio : et caro mea immutata est
propter oleum.
25. Et ego factus sum opprobrium illis : viderunt me, et moverunt
capita sua.
26. Adjuva me, Domine Deus meus : salvum me fac secundum mi­
sericordiam tuam.
27. Et sciant quia manus tua hæc: et tu, Domine, fecisti eam.
1 J'ai conservé ici la division de M. Bartsch; mais peut-être vaudrait-il
mieux écrire en deux vers, en considérant ombra: lagosta comme des assonnances intérieures :
Si com pel solelh l’ombra
ayssi soy decassat ;
Ayssi com es lagosta
ayssi soy encaussat.
2 Corr. pel dejun’l—3 Corr. La quai per le facha a estât? — * Corr. de
M. Bartsch. Ms. adornenat.

Encontra me sian confondutz,
E lo tiau sers s’alegrara.
29- Sels quem real lausaran
De vergonha sian
110 Totzvestitz si con liom es cubert dejupo,
Ayssi sian els cuberts de lur confusion1.

30. De tôt en tôt ieu a Diau [me] redray,
Am ma boca a luy cofessaray;
E miacb de mots lo siau nom lausaray.
115

31. El es lo quai a la dextra a istat,
De me paupre e m’a ben governat
E m’a gardat de totz mos perseguens,
Per que m’arma vengues a salvamen.

28. Maledicent illi, et tu benedices: qui insurgunt in me, confundantur : servus autem tuus lætabitur.
29. Induantur qui detrahunt mihi, pudore : et operiantur sicut di­
ploïde confusione sua.
30. Confitebor Domino uimis in ore meo : et in medio multorum
laudabo eum.
31. Quia astitit a destris pauperis, ut salvam faceret a persequentibus animam meam.
1 Ces deux vers en font quatre chez M. Bartsch, où, par suite, le premier
et le troisième (... hom,... cuberts) ne riment pas.

["BrêfelOTHEQUE
DE LA VIL.LP

1 PE

Montpellier, Imprimerie centrale du Midi. — hamelin frères