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Fait partie de Les Catholiques et les élections de 1906
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LISEZ ET FAITES LIRE
OUVRAGES DE Msr DELAMAIRE :
I
LE FRANC-MAÇON,
(
VOILA L’ENNEMI!
Discours prononce à Lille en novembre 1903, et dont les accusations
portées contre la Secte maçonnique ont été confirmées par des faits
récents, d’une façon si écrasante pour elle.
Paris, S, rue Bayard ; l’unité, 0,25 ; le cent, 10 fr. ; le mille, 60 fr.
CONSEILS AUX PROSCRITS
L’auteur démontre aux religieux et religieuses dispersés qu'ils ne
doivent pas s’exiler, mais rester en France, où une foule de ministères
les appellent pour des œuvres nouvelles et très fécondes.
Cette brochure est toujours d’actualité et sera consultée avec fruit.
Paris, rue Bayard, S. Prix : 0,30, port compris.
LES CATHOLIQUES
ET LES ELECTIONS DE 1906
Prix de propagande :
L’unité...........................
La douzaine.................
50 exemplaires..........
100
—
.......... ,
500
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..........
Le mille......................... .
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6 fr. » —
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—
....
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—
.. ..
0fi\15
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4 fr. 10
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28 fr. 10
45 fr. 80
Conditions spéciales pour les demandes de deux mille et au-dessus.
Demander à M. Cassard, imprimeur, Périgueux.
1
VvXOzov-vv*
Monseigneur DELAMAIRE
ÉVÊQUE DE PÉRIGUEUX ET DE SARLAT
LES CATHOLIQUES
ET LES
ÉLECTIONS DE 1906
PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE CASSARD JEUNE
Rue Denfert-Rochereau, 3, près de la Cathédrale.
1904
a
LES CATHOLIQUES
ET
LES ÉLECTIONS DE 1906
Les élections de 1906 et leur immense portée.
Ceci n’est pas un livre, un programme, une harangue, c’est
un appel pressé. pressant, à la grande lutte pour la vie natio
nale et catholique, lutte que les nécessités de l’histoire ont
engagée chez nous et qui nous réclame tous sans exception.
Les armées en présence, après maintes escarmouches, après
plus d’un sérieux et rude combat, non sans ruines et sans
victimes, s’acheminent lentement vers une date irrévocable
ment fixée où elles devront, bon gré mal gré, se rencontrer
dans un choc redoutable et quasi définitif,s’il y avait sur terre
des batailles d’idées qui fussent définitives.
Les forces rivales sont, d’une part, la Juiverie maçonni
que, lisez l’ambition et la vénalité, et, de l’autre, la France
chrétienne qui reconnaît comme siens tous les hommes d’idéal
et d’abnégation, depuis le croyant justement jaloux de son
orthodoxie et de sa douce charité universelle, jusqu’au librepenseur gouailleur, mais resté patriote, et qu’une cornette de
sœur d’hôpital ou un drapeau français flottant au vent font
quelquefois pleurer comme un enfant.
L’heure troublante du cruel conflit, désormais inévitable,
vers lequel se dirigent tous les mouvements des troupes
entrées en campagne, c’est l’année 1906, celle des élections
générales prochaines.
_
Il faudrait être aveugle pour nier qu’à cette époque la
France vivra une des pages les plus graves de son his
toire. C’est, d’ailleurs, la conviction de tous les partis. Aussi
chacun d’eux s’arme-t-il, entasse-t-il ses munitions et cher-
— 4 —
che-t-il à occuper de bonnes et solides positions, d’où l’on ne
puisse le déloger.
La question qui se pose, d’ores et déjà, et que la prochaine-'
consultation électorale tranchera, est celle-ci : La France res
tera-t-elle la terre classique du bon sens et de la tolérance,
de la paix familiale et du progrès par le travail, de l’expansion
chrétienne et civilisatrice ? ou va-t-elle tout à coup verser
dans le trou béant du collectivisme, vers lequel la haute
Juiverie et les haut gradés maçonniques, soigneusement ca
chés derrière leur masque, la poussent pour la détrousser
et s’enrichir de ses dépouilles, après l’avoir déshonorée (1) ?
Certaines grandes batailles dans notre passé furent terribles
et angoissantes ; celle qui se livrera autour des urnes, dans
quinze mois, le sera avec une énergie et une intensité bien au
tres. Tout ce qui pense, chez nous, en a la certitude, la vision, la
hantise. C’est que, jadis, on se battait pour protéger ou
affranchir le territoire, et que, cette fois,l’enjeu de la bataille
ce sera l’àme môme de la France.
Certaines fautes passées rendent nécessaire leur
préparation immédiate.
Les catholiques de France, à côté de belles actions qu’ils
ont pu mettre à leur actif dans le dernier siècle, comp
tent, hélas ! beaucoup de fautes, dont une notamment très
regrettable et très générale : c’est d’avoir déserté le devoir
politique. On a bien accusé les moines et les prêtres d’avoir
fait une part trop large au souci de ce devoir, mais les accu
sateurs, sans doute, n’ont pas manqué de rire secrètement de la
(1) Je ne veux pas évoquer, ici, ni surtout commenter les récents débats
de la Chambre sur « les fiches militaires du Grand-Orient »,tenant à con
server à ce travail son caractère de thèse générale ; mais je ne puis pas,
cependant, me défendre de rappeler ce que je disais à Lille, en novem
bre 1903, sur l’espionnage maçonnique.
Quelques-uns, alors, me taxèrent d’exagération ; aujourd’hui, c’est le
Suprême Conseil de la Maçonnerie lui-même qui se fait gloire des prati
ques que je flétrissais. Libre à lui, d’ailleurs ; quanta moi, je ne demande
qu’une chose, c’est qu’il continue de s’afficher ainsi, car, au terme de ses
impudentes déclarations, je vois l’effondrement de la secte.
— 5 —
créance accordée par les foules à cette habile et trop menson
gère affirmation. La vérité, c’est que les uns et les autres ont
été frappés hier ou léseront demain, précisément parce qu’ils
n’ont pas voulu faire de la politique, quand il le fallait, et
comme il le fallait. Si, de gauche ou de droite, on Voulait
nous contredire, nous demanderions qu’on nous citât les cours
de morale dans nos écoles, nos collèges et nos catéchismes, où
le clergé, tant régulier que séculier, avait l'habitude de
parler, avec quelque étendue et périodicité, des graves respon
sabilités de la conscience chrétienne en matière d’élection et
de représentation politiques (1) ?
La chaire chrétienne, dans la majeure partie du pays,
avouons-le, a été presque muette sur ces sujets, surtout depuis
cinquante ans. Or, le silence des maîtres sur une question, c’est,
pour les disciples, la nécessité de l’ignorance. Il n’y avait pas
lieu, évidemment, de remplir les chaires de nos écoles et de
nos églises de discussions passionnantes concernant les insti
tutions du moment, les lois ou les personnes; mais il eût fallu
exposer consciencieusement les principes de la morale sociale
et en saturer les âmes ; on ne l’a pas fait. La 'conséquence,
c’est que le citoyen chrétien ou même le simple citoyen
n’existent, pour ainsi dire, plus chez nous. Or, si nous
voulons avoir, en 1906, des élections meilleures et répara
trices, il faut commencer par refaire des citoyens. Il faut
que nos catholiques, surtout, réapprennent à dire : « Je suis
citoyen français » avec la même conscience de la noblesse, de
la puissance et de l’intangibilité de ce titre qu’avait au cœur
l’apôtre saint Paul, quand il invoquait sa qualité de citoyen
romain devant un tribunal abusant contre lui de ses pouvoirs.
(1) Une simple question posée, en passant, à nos directeurs d’écoles et de
collèges. Pourquoi sont-ils si peu qui aient introduit dans leurs maisons
l'usage du Munusl civique ? Ils auraient pu en composer un selon les
principes de la philosophie chrétienne et ils ne l’ont pas fait, du moins en
général. Pendant ce temps là, les Aulard et les Bayet rédigent, pour les
écoles qui subissent leur influence, des Manuels qui sont de vrais pam
phlets calomnieux et violents,dont le but visibleest d’éteindre dans lésâmes
la dernière étincelle de civisme chrétien qui pourrait y sommeiller encore.
Cette méconnaissance d’un grave devoir n’est-elle pas douloureuse et n’ex
plique-t-elle pas, en partie, la stérilité sociale de certains de nos anciens
élèves ?
2
— 6 —
La première condition pour réaliser celte indispensable
transformation, c'est que tout catholique sérieux et pratiquant
réfléchisse que, dans l'état actuel de notre société française,
le plus urgent de tous les devoirs sociaux, qui sollicite sa cons
cience, au nom et de la part de Dieu, c’est le devoir politique,
devoir qui, fidèlement et sagement rempli, lui permettra de
procurer aux hommes, ses frères : le pain quotidien, la paix,
l'honneur, la liberté de la foi et le salut des âmes ; qui, né
gligé, livrerait l’individu et la société à leurs pires ennemis.
La deuxième condition, c’est que les catholiques, en masse,
laïques et prêtres, hommes et femmes, ouvriers et patrons,
pauvres et riches, se considèrent comme des apôtres de
patriotisme chrétien auxquels le Christ a donné un mandat du
salut et qu’ils ne tolèrent pas un seul jour, dans leur vie, où
ils cessent de tendre à influencer, dans le sens d’une politique
chrétienne, ceux qui les approchent.
Il faut que cet effort s’esquisse immédiatement et qu’il
aboutisse à d’innombrables campagnes de presse, de confé
rences, de conversations entraînantes. Il faut que cet apos
tolat s’exerce partout, dans les salons et dans les ateliers, dans
les rues et dans les champs, môme dans les cafés et au milieu
des marchés publics; il faut qu’il étende sur le pays comme
un immense réseau dont chaque catholique devienne une
maille imperceptible mais fortement enveloppante, grâce à
son union avec des milliers d’autres.
Si l’on tardait à agir, l’œuvre serait vaine ; car, puisqu’on
prétend instruire tout un peuple, le temps devient pour cela
un facteur nécessaire. Si les pluies fines et prolongées pénè
trent, seules, la terre épaisse et dure, pour la féconder, seules
aussi les vérités maintes fois répétées entrent dans l’esprit
des foules, en chassent les préjugés et l’éclairent définitive
ment.
Nous avons quinze mois pour accomplir cette tâche énorme ;
c’est bien peu ; mais, enfin, avec de la générosité, de l’en
train et la bénédiction de Dieu, jamais refusée aux ouvriers
de bonne volonté, nous pouvons encore obtenir des résultats
appréciables.
Inutile d’ajouter combien seraient, non pas seulement
dignes de pitié et répréhensibles, mais absolument criminels,
— 7 —•
ceux qui, par dilettantisme, puritanisme politique, répu
gnance pour le régime actuel, remettraient au lendemain
leur concours, afin d’aider la patrie à s’arracher des mains de
ses oppresseurs.
Le prêtre doit-il en général s’occuper
de politique ?
Mais qui donc se mettra à la tête de ce mouvement, qui
donc pourra provoquer ainsi les catholiques à cette grave
réforme? qui donc pourra obtenir d’eux qu’ils foulent aux
pieds leurs préjugés et leurs répugnances ; qu’ils secouent
leur torpeur et qu’ils déposent, enfin, leur absurde dédain
pour la politique ? Cette salutaire initiative appartient, je
n’hésite pas à le dire, d'abord, au clergé français. C’est lui qui,
providentiellement, a été établi pour cette grande et belle
entreprise. Il préférerait, peut-être, se dérober à la tâche
et continuer de se confiner dans ses sacristies et dans ses
réunions de dévotion, selon le conseil que lui donnent et son
goût pour une paisible tranquillité, et la foule intéressée de
ses ennemis ; mais, comme il n’est pas pasteur mercenaire,
le cri des âmes en danger le réveillera, lui, le premier, et le
jettera dans un corps à corps héroïque avec le loup dévorant
dont parlait jadis le Christ, et qui, en ce moment, menace non
pas seulement une brebis, mais le troupeau tout entier
Oui, il faut que le clergé français se décide à s’occuper,
lui aussi, lui surtout, des graves questions que-soulève l'inté
rêt politique ; et ce sont ses adversaires eux-mêmes qui l’y
contraignent, en faisant de la politique une perpétuelle cam
pagne de déchristianisation. Quand la crise sera passée, quand
le catholicisme français sera sauvé de la ruine par une
défense désespérée, le prêtre pourra alors, avec bonheur,
reprendre son œuvre spirituelle, mais non toutefois san la
perfectionner selon les conseils donnés plus haut.
En attendant, il est nécessaire qu'il entre dans la voie où,
de toutes nos forces, nous l’appelons aujourd’hui.
— 8 —
La politique a besoin de la morale du prêtre.
Il le faut, d’abord, parce que la politique, à un certain point
de vue général et très élevé, a visiblement besoin de lui.
11 n’y a pas, en effet, de champ où se développe l’activité
humaine, enseignement, industrie, commerce, etc., qui exige,
autant que la politique, le contrôle incessant, attentif et
sévère de la Morale. N’est-ce pas sur ce terrain que se don
nent rendez-vous toutes les passions humaines les plus viles
et les plus nuisibles, orgueil, ambition, cupidité, mensonge,*
abus de là force et égoïsmes de toute espèce ? N’est-ce
pas là aussi que les plus hautes vertus qui honorent l’hu
manité s’affirment, grandissent et conquièrent une maîtrise
souveraine et incontestée sur toutes les autres, la loyauté,
l’incorruptibilité, le dévouement à la chose publique et le
courage civique ? Or, qui donc, autant que le prêtre et plus
que le prêtre, a mission, talent et influence pour conserver
intactes ces règles des mœurs qui, envers et contre toutes
les passions, maintiennent indestructible, ici comme ailleurs,
la distinction nécessaire entre le Bien et le Mal ? N’est-il pas
par excellence la force éclairante et assainissante, rayonnant
au-dessus de nos conflits quotidiens pleins d’innombrables
bassesses, pour empêcher la politique humaine de devenir
très vite un abîme et un cloaque ?
Les politiciens qui font le mal n’aiment pas à sentir l’in
fluence du prêtre autour d’eux ou prés d’eux. Ils le disent
assez haut; mais leur haine pour le prêtre est exactement la
mesure de son utilité et des services qu’il est appelé à rendre
sur le terrain où ils voudraient se cantonner à l’abri de
tout contrôle de la conscience. Aussi, à leur grand déplaisir,
le prêtre, rentrant dans de vieilles traditions, un peu trop
abandonnées, aura-t-il soin de faire, désormais, une large
part dans son ministère à l’exposé des principes qui régissent
et dominent le devoir politique. Il dressera avec soin la liste,
non tronquée celle-là, des vrais droits imprescriptibles de
l’homme et du chrétien ; il rappellera souvent que l’intérêt
privé et local doit être sacrifié à un intérêt contraire, mais
grave et général ; il aura soin de redire sans cesse, entre
/1
— 9 —
autres choses, que voter contre sa conscience un jour d’élec
tion, ou dans une assemblée délibérante quelconque, c’est
toujours une faute, une faute parfois très lourde dont on de
vra compte à Dieu un jour, et qui nécessitera à l’heure du
repentir, pour être pardonnée, une réparation plus d’une fois
très onéreuse.
De ce chef, et comme interprète des lois naturelles et divi
nes, le prêtre, s’il y réfléchit sérieusement, comprendra qu’il
ne peut sans forfaiture, surtout en présence des événements
actuels, se dérober à une certaine haute direction morale de
la politique. Sa conscience pastorale, qui est délicate et ferme,
sera mise en demeure d’agir, par les faits ; et, enfin éclairée
sur des obligations trop longtemps laissées dans l’ombre, elle
s’empressera,, sans crainte de rien ni de personne, de les
remplir (1).
r
La politique trouve en lui l’ami vrai du peuple,
le patriote ardent, le citoyen intègre.
Mais le prêtre n’est pas seulement docteur en morale évan
gélique et, à ce titre, lumière sociale autant que foyer sancti(I.) Le Cléricalisme abhorré dont l’astucieux P.'. M;-. agite si souvent le
spectre-fantôme devant ses auditeurs de cabaret, et même devant des
hommes que leur culture devrait proléger contre de si ridicules frayeurs,
consiste-t-il vraiment dans l’influence des idées chrétiennes surla politique?
Pas le moins du monde ! C’est le sens, il est vrai, que voudrait habilement
lui donner la Secte ; mais traduire ainsi ce mot, c’est nn pur contre-sens.
Le Cléricalisme, c’est le prêtre supprimant le magistrat, c’est la direc
tion pratique de la Mairie, de la Préfecture, etc., par le prêlre ; c’est
cela, en bon français, et pas autre chose. Or, de ce régime personne ne
veut, avec raison ! et le prêtre en veut encore moins que les autres ! Les
anticléricaux établissent à dessein la confusion entre Cléricalisme et
Catholicisme pour chasser l’un, grâce à l’éloignement qu’on peut avoir
pour l’autre. C’est aux honnêtes gens de ne pas être assez naïfs pour se
laisser prendre à cette ruse grossière. Pour ce qui me concerne, j’ai la
prétention de n’avoir pas écrit une ligne dans cette brochure qui préco
nise le Cléricalisme proprement dit. Mon but est simplement d’amener les
éducateurs du peuple, prêtres et autres, à former de consciencieux citoyens,
dont le prêtre sera toujours saiisfait, retenez bien ceci, mime s’ils votent
contre son opinion personnelle, à la condition qu’ils votent honnêtement et
avec la préoccupation de procurer le plus grand bien.
— 10 —
ficaleur des âmes qui aspirent au salut éternel fil est encore
l’ami passionné et le serviteur inlassable du peuple ; il est le
patriote ardent et fidèle toujours ; il est un citoyen instruit,
qui compte parmi les plus dégagés de toute passion mesquine
et de toute coterie étroite.
Qui donc oserait prétendre aimer le peuple, c’est-à-dire
l’ouvrier, le tout petit, le pauvre, comme le prêtre ? En
leur présence et quand il les voit souffrir, son cœur, à chaque
instant, n’éprouve-t-il pas comme des élans de tendresse, et
ses yeux n’ont-ils pas de vraies larmes ? Quand devant lui on
les opprime, on les blesse, on les méprise, son âme n'est-elle
pas angoissée et l’indignation ne fait-elle pas rougir son front
et frémir sa lèvre ? Il connaît, lui, les réels désirs de ce peuple
et ses besoins profonds ; son affection, d’ailleurs,.les lui décou
vre et son propre sang les lui révèle. N'est-il pas sorti, presque
toujours, de ses rangs les plus infimes ? Et, par choix comme
par inclination, n’a-t-il pas élu ses hameaux et ses usines pour
y installer sa propre demeure ?
Patriote ardent. N’est ce pas lui qui créa l’âme de la Patrie
française au cœur des Geneviève, des Clotilde, des Clovis, des
saint Charlemagne et des saint Louis.? N’est-ce pas le clergé
français qui suscita Jeanne d’Arc, puis la Ligue ?qui, en 89,
offrit spontanément une partie de ses biens à la Patrie pour la
sauver de la banqueroute, et qui lui donna ensuite des flots
de son sang si pur, en 93, pour expier certains crimes sociaux
plusieurs fois séculaires?
Il est tellement patriote qu’il reste le défenseur énergique
et héroïque de son pays, même quand il en est chassé, comme
aujourd’hui, ou quand il n’en reçoit que la misère et la
mort.
Citoyen de premier ordre aussi, car s’il entend ne déserter
aucun des devoirs que la vie sociale lui impose et invoquer
tous les droits que la loi lui confère, il n’a pas l’étroitesse d’es
prit de se mettre en travers des vrais grands courants populai
res. Ce que veut son pays, il le veut avec lui, persuadé, au
regard de l'Evangile et de l’histoire, qu’on peut demeurer
honnête homme et faire son salut sous tous les régimes.
Tels sont nos prêtres français dans leur immense majorité.
Or, ne serait-ce pas une erreur grossière et presque un malï
11 —
heur national que de refuser à de tels hommes leur part
d’influence, d’ailleurs discrète et mesurée, sur ceux de qui
dépendent les affaires publiques et ainsi indirectement sur
ces affaires elles-mêmes ?
Poser la question, c’est, il me semble, la résoudre.
lre Objection : La politique n’est-elle pas inter
dite au prêtre si l’on voit en lui un fonction
naire ?
Il y a cependant à cette intervention du clergé dans le tem
porel quelques objections que nous ne pouvons pas laisser
sans réponse.
Le clergé, dit-on, étant rétribué par l’Etat et ayant, à cause
de cela, rang de fonctionnaire, ne peut-ni ne doit, en quoi
que ce soit, s'occuper de ce qui confine à la politique.
Nous devons, d’abord et avant tout, protester de toutes nos
forces contre cette prétention persistante de transformer le
prêtre en simple fonctionnaire ordinaire.
Il est vrai que l’Etat le paye ; mais l'Etat, en cela, il ne faut
pas l’oublier, ne fait qu’acquitter une dette sacrée et incon
testable. Le Clergé, qui, en 89, lui a consenti les plus grands
sacrifices par dévouement à la chose publique, en reçut
la promesse formelle d’une rente perpétuelle et équivalente
aux, dépenses nécessitées par l’exercice du Culte en France.
L’Etat, par le budget, remplit tout simplement l’obligation
contractée alors, et l’argent qu’il verse au Clergé, loin d’être
une faveur, n’est qu’un dû.
Il serait singulier et fort peu honorable pour la France, aux
yeux de tout esprit impartial, qu’elle envisageât les choses
autrement, et que sa signature, après un siècle passé, n’eût
plus de valeur. Ce serait, en même temps, peu rassurant
pour les millions d’ouvriers ou de petites gens économes qui,
inscrits au Grand Livre, ont cru pouvoir donner à l’Etat leur
confiance et attendre de lui le service régulier de leurs
modestes rentes.
D’ailleurs, si le Gouvernement, se larguant de sa force bru
tale, en venait à renier sa signature, nous aurions, nous, le
'
.
HüÎBLIÛt hbOUL j
| DE.LA VILLE I
Ile Brigue D'd
— 12 —
droit,, dans ce cas, tout en laissant tranquilles les particuliers,
acquéreurs des anciens biens d’Eglise, de lui faire remarquer
qu’il détient encore, pour plusieurs centaines de millions
d’immeubles ecclésiastiques et qu’en bonne justice, les clau
ses d’acquisition étant inobservées, il doit rendre tout cela
à qui de droit (1).
S’il y a encore d'honnêtes gens parmi nos adversaires,
comme nous le supposons, nous livrons à leur probité l’appré
ciation de ce fait matériel et de ses conséquences nécessaires
•devant la conscience publique.
Enfin, admettons même qu’on ne nous dût rien, et que le
Budget des Cultes fût un don spontané de l’Etat motivé par
l’incontestable utilité publique d’un Clergé enseignant la
morale, ce ne serait cependant pas au nom du Gouverne
ment que ce Clergé prêcherait Jésus-Christ, ses lois et ses
sacrements I La mission du prêtre vient évidemment d’ailleurs,
et si on tient absolument à ce qu’il soit fonctionnaire parce
qu’il remplit une fonction, nous y consentons, mais à la con
dition qu’il ne soit fonctionnaire que de l’Eglise.
•3 *
,•
•
L’Etat, d’ailleurs, loin d’interdire la politique au
fonctionnaire, lui en fait trop faire.
Mais là n’est pas la vraie question, car on peut s’inscrire
en faux contre ces considérations, et, pour le besoin de la
mauvaise cause plaidée, nous déclarer fonctionnaires malgré
nous avec les obligations incombant, dit-on, à ceux-ci. Eh
bien, cela ne serait pas du tout pour nous gêner, car nous ne
voyons pas au nom de quel article de la Constitution un
fonctionnaire prêtre, professeur ou gendarme, pourrait se voir
enlever l'un quelconque de ses droits de citoyen et surtout
celui de se mêler à sa guise des questions politiques de son
(1) Cès immeubles sont aujourd’hui des casernes, des musées, des
lycées et des préfectures ; il leur est annexé des bois, des champs, des
vignes, d’où l’Etat tire d’assez jolis revenus. Celui-ci, ne servant plus les
rentes des biens qu’on lui a cédés conditionnellement, doit les restituer à
leur propriétaire, l’Eglise; c’est de toute évidence, du moins pour des
gens sans parti pris.
— 13
pays. Et, sur ce terrain, c’est le Gouvernement lui-même qui
nous donne le champ libre. Est-ce qu’il n’est pas évident,
pour tous, en effet, que les magistrats, instituteurs, cantonniers
et beaucoup d’autres sont, malgré certaines circulaires nées
caduques, ses courtiers politiques permanents, quand ils
veulent bien accepter ce rôle ? Or, au moment même où
il viole ainsi l’esprit de la loi pour faire la politique qui
lui plaît, avec l’aide de certains fonctionnaires, peut-il être
reçu à se plaindre des autres qui, ne violant aucune loi, et
sans sortir des limites de la vie privée, défendent ce qu’ils
aiment, par la plus licite et la plus loyale des interventions ?
C’est qu’en effet c’est le droit naturel, autant que légal, des
fonctionnaires de s’occuper des affaires de leur pays. Ils doi
vent même, à un certain point de vue, s’en soucier plus que
les autres ; car, serviteurs attitrés du peuple, payés par
l’impôt, ils doivent, plus que personne, chérir la patrie et
travailler à la grandir, en usant honnêtement de toute leur
influence personnelle pour cela.
Evidemment, les Etatistes ne verraient aucun inconvénient
à ce que les prêtres eux-mêmes fissent de la politique, si,
comme plusieurs chefs ou employés des administrations
publiques, ils renonçaient à penser librement pour se faire
les propagateurs successifs de toutes les pensées ministé
rielles, passant sans vergogne du bleu au rose, puis à l'écar
late, avec la même conviction feinte et le même enthou
siasme de commande.
Mais le clergé n’a pas l’habitude d’entendre ainsi les choses.
Il se tait complètement, ou, alors, s’il parle, c'est pour approu
ver le bien et blâmer le mal. Il sait, et mieux que beaucoup
d’autres, pour toutes sortes de raisons, que s’indigner contre
certains ministres qui parfois, sans le vouloir, compromettent
l’avenir de l’Etat, c’est faire preuve du plus élevé et du meil
leur des civismes. Il sait, l’histoire ancienne et moderne en
mains, que tous les ministères, même les plus nuisibles au
bien général, ont eu, chacun à leur tour, la prétention d’in
carner l’intérêt de l’Etat et d’exiger qu’on fît, pour les con
server, autant de sacrifices qu’on en ferait, dans une monar
chie, pour garder la dynastie régnante. H sait aussi qu’à ce
compte, il suffirait d’une demi-douzaine de ministères d’arri3
— 14 —
vistes, soutenus par des majorités semblables, pour tuer un
pays.
11 sait, enfin, qu’un changement de ministère faisant à
peine baisser la Bourse, ne ressemble en rien à une révo
lution, et qu'on peut se donner la satisfaction d’y aider
sans nuire aux intérêts de la Patrie. Nous en avons usé
plusieurs douzaines depuis 1870, et nous n’avons pas en
core vu, grâce à Dieu, de barricades dans les rues, à cette
occasion. •
Un fonctionnaire, prêtre ou non, peut donc éprouver une
antipathie raisonnée et active pour un ministère, voire
môme pour son propre ministre, sans cesser d’être un
parfait et idéal citoyen, sans commettre l’ombre même d’une
indélicatesse. Il suffit, pour cela, que son opposition se ren
ferme dans le domaine privé et qu’elle garde la mesure elles
convenances nécessaires.
Indignations peu sincères des anticléricaux.
Mais, vont s’écrier les feuilles à la dévotion des Loges, peuton tolérer le scandale de celle opposition faite au Gouverne
ment par des gens qu’il paye de ses deniers? A voir ces colères,
peu sincères d’ailleurs, on croirait, n’est-ce pas? que les hono
raires des employés de l’Etat sortent de la poche de MM. les
ministres ou de MM. les percepteurs, et que cet argent n’est
pas, bel et bien, celui de la France. Or, c’est précisément par
amour pour cette chère France et par dévouement à sa cause
que nous réclamons en laveur de ses premiers et de ses plus
nobles serviteurs, les fonctionnaires quels qu’ils soient, le
droit de chercher à la débarrasser d’hommes néfastes et de
lois injustes qui pourraient la faire pencher vers les pires divi
sions intestines et vers la ruine.
Nos publicistes anticléricaux, qui préconisent tant le libre
examen en matière de religion et de philosophie, et que
mon langage va, sans doute, exaspérer, feraient bien de se
réclamer, un peu plus souvent, du dit libre examen] en]ma
tière politique au bénéfice de ces pauvres fonctionnaires, au
lieu de les envelopper, comme ils le font, de leur odieux
espionnage et de les faire frapper si durement à la moindre
— l5
velléité d’indépendance vis-à-vis de leurs divers maîtres de
passage.
Nous ne verrions pas alors des carrières, honorables en ellesmêmes et très considérées jadis, se transformer j en: galères
infamantes pour les nombreux honnêtes gens qui ne peuvent
en sortir encore ; nous ne verrions pas ces mômes carrières
devenir, peu à peu, comme la terre promise des âmes à ven
dre ou des consciences éteintes.
Il nous souvient, à ce propos, que les journaux et les
orateurs radicaux avaient de fières et bruyantes indignations
jadis quand, sous la Ruyauté ou sous l’Empire, les préfets pour
suivaient de leurs tracasseries quelque humble maire de village
républicain, quelques professeurs ou fonctionnaires, un peu
trop libres dans l’expression de leurs idées.
Nous voudrions bien entendre ces mêmes libres-penseurs
défendre aujourd’hui les catholiques de tout rang et leurs
prêtres contre les tyrannies illégales du pouvoir ; mais c’est
en vain que nous attendrions cette preuve de leur sincère
libéralisme; ces gens-là ne comprennent et n’aiment la liberté
que pour eux tout seuls et pour leurs seules idées. Tant
qu’ils ne l’ont pas, ils la réclament; quand ils la possèdent,
cela leur suffit; et ils s’empressent de la refuser aux autres
ou même de la leur enlever.
Conclusion : que les fonctionnaires, prêtres ou non, ne se
laissent pas intimider; qu’ils secouent, surtout, le joug intolé
rable de l’embrigadement et du courtage obligatoires en
politique, quand on veut le leur imposer ; et, qu’avec tact et
dignité dans laforme,cela est toujours supposé, ilsservent leur
patrie aimée en usant de tous les droits inscrits pour eux dans
la loi.
2me Objection : La soumission du prêtre et du
catholique au Pape, en religion, n’en fait-elle
pas les esclaves d’un étranger en politique ?
Mais, insiste-t-on, le prêtre est inapte à traiter les affaires
du pays, ne pouvant plus, à raison de ses engagements et de
ses vœux, suivre les décisions de sa raison, ayant son intelli
gence prisonnière du dogme et esclave d’un étranger, le Pape.
—
— 16 —
Ceci, disons-le tout de suite et d’un mot, est aussi absurde
que lâchement insolent.
Le dogme politique du prêtre, on le connaît, c'estiqu'il faut
rendre à César ce qui est à César; c’est que tout pouvoir
loyalement et non frauduleusement établi reçoit de Dieu mis
sion de commander et droit au respect, fût-il représenté par
un Julien l’Apostat ou par un Copronyme ; c'est que les hom
mes doivent s’aimer comme des frères, s’entr’aider les uns
les autres et même se pardonner largement et indéfiniment
leurs mutuels écarts. C’est là tout le code social de l'Evangile,
lequel pourrait être signé par le moins religieux des écono
mistes comme par le plus libre-penseur des hommes d’Etat,
parce que, d’un bout à l’autre, il n’est que la raison suprême
traduite en de claires, fécondes et sublimes formules.
Quant au Pape, oser dire qu’il est un étranger pour des ca
tholiques et surtout pour des Français, c’est absolument intolé
rable, car si une puissance se présente comme un modèle de
fidélité à la France, c’est bien la Papauté, qui seule, peut-être,
ne nous abandonna jamais, surtout dans les mauvais jours
de notre histoire. En tout cas, qu’est-ce que cette autorité
du Pape, si ce n’est l’autorité propre de l’Evangile, autrement
dit, de la Raison elle-même que le Christ a faite sienne en con
firmant la loi naturelle ? Il parle quelquefois de politique, il est
vrai, mais c’est toujours en se renfermant dans les limites des
principes et des doctrines indiscutables. Si l’on m’objecte que
de temps à autre il descend de ces régions élevées vers des
applications pratiques, je l’avouerai sans difficulté, mais je
ferai remarquer que lui-même, alors, quand la logique
n’impose jas des conclusions certaines, nous prévient qu’il
cesse de commander pour n’être plus qu’un très paternel et
très sage conseiller (1).
(1) La diplomatie européenne s’étonne grandement, depuis quelques
mois, de la fidélité chevaleresque de Pie X à la France. Tandis que le
Gouvernement français parle du Pape en pleine tribune, on sait dans
quels termes, tandis qu’il le laisse insulter de la façon, la plus grossière
par les journaux de ses amis, Pie X continue. de . défendre les intérêts
rançais avec la dernière énergie, allant même parfois plus loin que
Léon XIII dans ce sens. C’est à cette politique toute paternelle que se
— 17 —
La liberté du citoyen catholique, en matière politique, n’eslelle pas d’ailleurs de notoriété publique pour tous les esprits
impartiaux et un peu documentés en histoire, soit ancienne,
soit récente? Qui ne se souvient, à ce sujet, de la réponse
topique, qu’adressait récemment à M. Clémenceau ie distingué
sénateur du Morbihan, M. de Lamarzelle ? Ne faisait-il pas
remarquer à son interlocuteur que, sans être du tout traité
d’hérétique, il avait pu refuser de se rallier à la République,
malgré les avis réitérés de Léon XIII? Qui donc, encore, a
oublié la lutte tragique du centre allemand contre le Chan
celier de fer et son refus persistant, encouragé par les
Evêques, de lui aplanir le chemin de Canossa par les conces
sions que réclamait le même Léon XIII ? Ils résistèrent au
Pape sur ce terrain de politique pratique, très respectueuse
ment, il est vrai, mais très fermement et sans sortir de l’or
thodoxie. Même attitude ne fut-elle pas gardée par les ca
tholiques belges, il y a quelques années ?
En somme, le prêtre et le catholique sont cent fois plus
libres sur le terrain politique que ne le sont les députés
francs-maçons en surveillance de Loge ou les pauvres fonc
tionnaires menacés de disgrâce, s’ils s’avisent de broncher un
instant.
3me Objection : L’impopularité du Clergé sur le
terrain politique nuira aux causes qu’il veut
défendre.
Dernière objection beaucoup plus grave et beaucoup plus
spécieuse que les autres. Si le Clergé intervient dans la poli
tique, ce sont les causes mêmes qui lui sont chères qui en
souffriront, à raison de son extrême impopularité. La France,
dit-on, est profondément anticléricale, et ne veut absolument
pas que le prêtre se mêle de ses affaires. '
Disons tout de suite que, si, dans un coin du pays, nous nous
réfèrent le rattachement total de l’Oubanghi à la direction des Pères du
Saint-Esprit, le maintien de notre situation privilégiée en Chine, le règle
ment de multiples décisions pontificales au Dahomey et au Congo.
— 18 —
trouvions en face d’un brave curé qui, par exception, man
quât de tact et fût peu sympathique, ou encore en face d’une
population imprégnée jusqu’aux moelles des idées anticléri
cales, nous serions les premiers à réclamer que le curé de
céans se tînt entièrement à l’écart de tous les conflits qui
partagent les’esprits autour de lui (1).
Cette hypothèse se présente, évidemment, de temps à
autre, je n’en disconviens pas; mais j’affirme, en môme temps,
qu’elle n’est pas du'toul à généraliser, quoique certains puis
sent dire, et j’ai des preuves dans le sens de mon opinion.Yoici,
en effet, de longues années que je suis en contact avec le
peuple deffiotre vieux sol catholique. Je l’ai approché de très
près dansjles faubourgs de Paris, dans les usines et dans les
campagnes, et je crois le connaître à peu près autant que bien
d’autres, si non plus. Or, j’ai presque toujours trouvé que son
anticléricalisme avait pour origine, non pas ses jugements per
sonnels, mais les suggestions venues du dehors. Supprimez
comme par enchantement, dans une région déterminée, trois
ou quatre journaux mangeurs de prêtres, cinq ou six fonc
tionnaires ou FF.-. MM.-, terroristes, qui, tous les jours, répè
tent aux ouvriers et aux petits commerçants qu’ils sont anticlé
ricaux, qu’ils doivent l’être, les menaçant s’ils ne le sont
pas, et vous verrez ces braves gens, dès qu’ils seront livrés à
eux-mêmes, déposer peu à peu leur farouche anticlérica
lisme.
Un exemple : voici un champ d’expérience quelconque,
tel bourg pourri de la Libre-Pensée qui, à vos yeux, sem
ble être une vraie citadelle pour nos ennemis ; obtenez que
votre évêque envoie là un prêtre doux et bon, large d’idées
(1) Nous avons aussi des paroisses bien conservées au point de vue
cultuel et dotées de curés choisis, où, sans qu’on s’en doute, l’esprit géné
ral a été tellement faussé par toutes sortes d’infiltrations césariennes et
maçonniques, que le moindre mot qu’on y prononce se rapportant de loin
à la politique choque et scandalise même les hommes les plus prati
quants. Là encore, le prêtre devra user de prudence dans son langage et
dans sa conduite ; mais, là, en même temps, il devra revenir à l’ensei
gnement de la morale sociale si regrettablement abandonné. Toute « sa
politique consistera à se montrer, plus que jamais, le serviteur em
pressé et utile du peuple, et, dans la mesure de ses forces, à vivre- en
vrai saint ; et cette politique n’est, certes, pas la moins influente.
x
et discret, qui, sans être un orateur, possède une parole
claire, évangélique, utile. Qu’il reste là deux ou trois ans,
occupé uniquement à soigner le côté pieux et charitable de
son ministère, et, ce laps de temps écoulé, rendez-moi compte
avec sincérité de l’état d’esprit d’avant et de l’état d’esprit
d’après ; vous me direz alors si, huit fois sur dix, l’anticléri
calisme n’aura p^s notablement reculé au sein de celte popu
lation (I).
La vérité, c’est que l’électeur, en présence du prêtre, est
un peu (qu’on me pardonne cette comparaison familière)
comme le mari devant sa ménagère. Il ne demande pas mieux
que de suivre ses excellents conseils, mais à la condition
qu’il mette des formes en les donnant et qu’il n’ait pas
l’air de le conduire d’autorité. Ce qui équivaut à dire que
toutes les fois que le prêtre, restant dans son rôle tradition
nel, se contentera de poser solidement les principes et qu’il
laissera à ses fidèles le soin de tirer eux-mêmes les conclu
sions, il sera toujours écouté et souvent suivi. Où voir, dans
une telle attitude des populations à son égard, quoi que ce
soit qui ressemble à de l’anticléricalisme aigu? Je le demande.
D’ailleurs, nos propres adversaires s’empressent de nous éclai
rer très abondamment sur ce sujet.
I
Le Clergé, au contraire, est souvent si populaire
que les politiciens de métier le redoutent ou
tâchent de le gagner.
' Si le prêtre était aussi impopulaire qu’ils le prétendent et
que sa présence au milieu des combattants de la bataille poli
tique, pour les éclairer et les assagir, dût tout à fait ruiner son
crédit, comment expliquer que ses ennemis l’en détournent
avec tant de soin ? Ne devraient-ils pas, au contraire, l’y
(1) Je sais un curé des environs de Paris qui, en moins de deux ans,
sans s’en occuper directement, a modifié à fond l’état politique de sa
paroisse. Cette paroisse, qui compte 35,000 âmes, était, cependant, la
citadelle du collectivisme et de l’anarchie aux portes de la grande ville
— 20 —
engager à fond pour le perdre ensuite tout à fait ? Mais non,
ils s’efforcent sans cesse de l’en écarter par toutes sortes de
procédés hypocritement bienveillants ou rudement commina
toires, comme s’ils étaient profondément convaincus de sa
réelle et grande influence.
Et puis, combien de députés radicaux, voire môme socia
listes, qui n'hésitent pas à venir mendier secrètement ou
ostensiblement l’appui de tel ou tel curé qu’ils savent très
aimé de son peuple ? Ils sont des douzaines comme cela au
Parlement, et des plus cotés, à la honte, il faut bien le dire,
des malheureux prêtres aveuglés par de maudites amitiés sur
la valeur morale de tel ou tel député qu’ils ont soutenu au
moment de son élection.
Tout cela n’est-il pas fait, qu’on le reconnaisse, pour démon
trer que si le clergé voulait simplement utiliser les droits que
lui confère la loi en matière électorale, son action ne serait
pas si négligeable que d’aucuns le prétendent ?
Mais il faut en venir aux conclusions pratiques et dire jus
qu’à quel point et comment le clergé, sans compromettre en
rien sa dignité ni l’intérét de la religion, peut s’occuper de
politique et exercer sur ce terrain une saine et utile in
fluence.
Le prêtre, d’ailleurs, ne doit parler en chaire,
au point de vue politique, que des principes
généraux.
Il est certain, d'abord, que la chaire et les offices de l’église
ne sont pas destinés à devenir les cadres de ce genre d’apos
tolat, si noble et si nécessaire qu’il soit. La chaire, c’est la
montagne mystique d'où parle seul le Christ, perpétué dans
le prêtre ; elle est faite, surtout, pour l’enseignement des prin
cipes et des applications générales, non pour les questions
délicates qui mettent en conflit les intérêts compliqués d’un
groupement déterminé. Il serait même sage, pour les sujets
dont je parlais aux pages précédentes, et qui de droit appar
tiennent à l’enseignement intégral de la morale évangéli
que, mais dont le développement tend logiquement à diriger
21 —
l’altitude électorale de nos fidèles, d’en éviter le commentaire
pendant les quelques mois, qui précèdent une élection. Cette
précaution, loin de nuire à l’assimilation de la doctrine catho
lique par nos auditoires de fidèles, augmenterait notablement,
au contraire, sa force de pénétration dans les âmes.
Quand, d’ailleurs, on ne traite que des principes, je tiens à le
faire remarquer, ce n’est pas là, a proprement parler, faire de
la politique, même prononçât-on ce mot si désagréable à cer
taines oreilles trop chatouilleuses; faire de la politique, c’est
prendre part, au moyen de la parole et de l’action person
nelle, à la critique des hommes publics, aux compétitions
électorales, à l’élaboration plus ou moins immédiate des lois
du pays, toutes choses qui ne seraient pas à leur place dans
une église. Mais si je dissuade le clergé de faire ainsi de la
politique en chaire, ce n’est pas, du tout, pour la lui interdire
pratiquement ; c’est, au contraire, pour lui faire abandonner
une mauvaise position stratégique et le diriger sur la seule
bonne, la seule solide, celle d’où personne ni aucune loi ne
pourra jamais le déloger : l’action personnelle et privée. ,
/
Quand le prêtre fait de la politique, ce doit être
principalement dans ses relations privées.
Le champ de combat pour la Religion et pour la Patrie,
pour lésâmes et pour le peuple, où nous appelons le prêlre, le
voilà. Ce champ s’ouvre devant lui large, clair et propice ; il
peut y évoluer, non seulement le dimanche et au profit de quel
ques croyants, mais tous les jours de la semaine et pour tout
le monde. Il y fera lui-même et mieux qu’eux souvent, parce
qu’il a plus d’autorité, ce que nous conseillions tout à l’heure
aux simples catholiques; il les préparera surtout à le faire à
sa suite, et là où il ne peut pénétrer. Chaque petit fait de sa
vie quotidienne lui servira d’occasion à des causeries docu
mentées et lumineuses : visites faites ou reçues, rencontres
fortuites ou ménagées, lectures offertes ou déconseillées.
A tout propos, il reviendra sur certains thèmes essentiels,
expliquant, preuves en mains, que tout est menacé chez
nous, travail de l’ouvrier, prospérité du commerce, liberté
_ 22
des pères de famille. Il démontrera surtout, chose, hélas 1 trop
facile, que la France, devenue dans le monde comme un foyer
de pestilence par ses faiblesses coupables à l’égard des violents
du collectivisme et de l’anarchie, se trouve être, ou au
moins sera demain, la grande gêneuse, que ses voisins,
amis de la paix, intérieure, redoutent et voudraient voir sup
primée.
Il pourra même, et très justement, faire remarquer que les
mêmes hommes qui, par une sorte d’aberration criminelle,
s’emploient à faire craindre l'influence malsaine de notre pays,
ne cessent d’affaiblir sa puissance militaire, comme si, au fond
(ce qui n’est pas, nous voulons le croire), leur secret dessein
était de le livrer sans défense à ses pires ennemis.
Enfin, si le Concordat est toujours sérieusement menacé,
si surtout sa dénonciation a reçu un commencement d’exé
cution antilibérale, il aura le plus clair, le plus fort et
le plus convaincant des arguments contre la vieille majo
rité que la candidature officielle a poussée au pouvoir. Ce
sera un jeu pour lui, alors, de prouver que nos libres
penseurs français du monde parlementaire, à part quelques
honorables exceptions, ne sont qu’un immense syndicat de
Juifs, de francs-maçons et d’athées, qui a juré la ruine du
Catholicisme, c'est-à-dire de la Religion en France -, un jeu,
de clouer au pilori touâ les gros socialistes-châtelains qui
font tant parade de leur amour pour le peuple et qui croient
pouvoir se faire payer par lui, sur l’impôt, de splendidesfauteuils dorés à l'Opéra et des trains spéciaux sur nos voies
ferrées. Il ne manquera pas de mettre en regard de la grasse
vie de ces coryphées de la Sociale leur indifférence pra
tique et réelle pour ce même peuple auquel, d’un trait de
plume, ils enlèvent la direction morale de ses propresenfants par l’école athée obligatoire et dont ils veulent
fermer les églises, parce que, là, à leur grand déplaisir, il
vient prendre conscience de sa dignité, goûter de trop
douces joies et chercher de trop réconfortantes consola
tions (4).
(1) Tout le monde alu le projet de loi présenté par le Gouvernement
lui-même pour remplacer le Concordat actuel. Sera-t-il voté ou non ?Nous-
— 23 —
La grande et habile politique du prêtre doit
consister, surtout, à décider les catholiques
à en faire.
Quand le prêlre, objet d’injustes suspicions ou de graves
menaces, ne pourra absolument pas se faire lui-même le hé
raut de toutes ces vérités, il lui restera de tourner simple
ment la difficulté et de choisir pour interprète l’ami, le voi
sin, le client, ou quelque allié du citoyen qu’il veut affran
chir de l’esclavage anticlérical.
D’ailleurs, point important sur lequel j’insiste et que je
tiens à bien mettre en lumière, ce n’est’ pas précisément
l’action directe du Clergé sur les électeurs en général que je
préconise dans ces pages, mais son action sur les catholi
ques, qui, s’il parle clair, l’écouteront et marcheront. La mis
sion du Clergé, c’est de les introduire en foule dans la politi
que, afin que, là, comme ailleurs, ils soient, par la pratique de
la morale évangélique, le sel de la terre, le grand antiseptique
des masses populaires ; c’est de faire disparaître totalement
de leurs habitudes l’abstention, le vote au hasard, le vote de
complaisance, le vote vénal ; c/esl d’obtenir d’eux qu’ils consi
dèrent la démarche du vote municipal ou politique comme un
devoir de religion et comme l’un des plus graves de ceux
qui pèsent sur leur conscience de chrétiens. Tant qu’il ne
sera pas parvenu à ce résultat, rien de vraiment utile n’aura
été fait, et c’est à cela que, à tout prix, il faut qu’il arrive (1).
l’ignorons. En tout cas, c’est un document hors prix en sociologie et qui
nous révèle la vraie mentalité du parti au pouvoir.
Depuis l’empereur Julien, qui maintenant est dépassé de beaucoup, pas
un Etat n'avait inventé une machine à étouffer la conscience religieuse,
aussi perfectionnée et aussi puissante.
Il y a, dans cette série d’articles,comme une débauche d’oppression dont
le seul aspect a dû faire frémir d’aise toute la Maçonnerie française. Au
milieu de leurs malheurs, les catholiques français ont quelque gain à voir
ainsi la Libre Pensée dévoiler toute sa hideur devant l’histoire, qui n’ou
blie rien !
(1) Les catholiques français jettent souvent des regards d’envie sur l’indé
pendance qu’ont su conquérir leurs frères de Belgique, ils l’obtiendront,
à leur tour, quand ils l’auront méritée comme eux. Je voyais récemment
i
— 24 —
IL importe aussi qu’il décide tous ceux qui forment l'élite
intellectuelle et morale de la société religieuse à briguer le
pouvoir à tous les degrés et sous toutes les formes, surtout les
mandats représentatifs. Nous sommes sous un régime démo
cratique, sur un sol que nous n’avons pas choisi ; il faut, bon
gré mal gré, vivre là et combattre sur ce terrain. Que ceux qui
aiment sincèrement le Christ et le peuple prennent donc
généreusement leur parti et qu’ils n’attendent pas ridi
culement et lâchement la réalisation d’hypothèses compli
quées et lointaines, pour se dévouer à l’un et à l’autre.
Le Christ et la Patrie les appellent hic et nunc, tout de
suite et là même, pour prouver leur attachement à ces
saintes causes. Pourquoi réclamer des délais, poser des
conditions? Ce n’est pas ainsi qu’on agit, quand on croit et
quand on aime ; l’appel une fois entendu, on répond:
présent; on prend sans observation sa place dans le rang
et on se bat vaillamment sans même songer à la récom
pense.
' Grâce à Dieu, nous avons des hommes de clairvoyance et
d’abnégation qui déjà, depuis longtemps, ont compris cela et
qui agissent diaprés ces idées. Nous en avons même qui vont
plus loin et qui s’inspirant des tendances démocratiques du
jour, ne craignent pas de mettre en avant pour les fonctions
électives de degré supérieur, Conseils généraux, Chambre,
Sénat, des braves gens de situation modeste, mais profondé
ment catholiques, et qui deviennent nos candidats ouvriers
à nous, en face des autres. Ils démontrent ainsi, par des
faits, que, dans nos rangs, les riches ne cherchent pas à acca
parer les places, et que, surtout, ils n’ont ni défiance pour
le peuple ni peur de lui. Ils prouvent que le vrai catholique
n’est pas ambitieux, n’aime pas le pouvoir, mais y; porte
toujours volontiers les autres, sans jamais hésiter cependant
un haut personnage de l’aristocratie belge qui, convoqué par lettre de son
comité électoral Gantois, n'a pas hésité à faire, avec onze de ses compatriotes
présents à Rome, le voyage de cette ville à Gand, c’est-à-dire plusieurs
milliers de kilomètres, uniquement pour déposer un bulletin de vote
dans l’urne. On peut se demander combien de catholiques français
seraient capables d'imiter cet exemple. Ce n’est, cependant, qu’au prix
de telles énergies qu’on peut arriver à la délivrance.
\
— 25 —
à l’accepter lui-même, quand c’est pour le soustraire à des
incapables et à des indignes.
Voilà ce que le Clergé français pense et doit redire sans
cesse, en ce moment, voilà les doctrines dont il doit pénétrer
ses fidèles et ses amis, voilà dans quel sens nous l’engageons
à développer la prochaine campagne électorale et toutes celles
qui suivront, tant que notre belle Patrie ne sera pas délivrée
du joug judéo-maçonnique qui la déshonore et qui l’étouffe.
«5
Le Clergé ne se rattache à aucun parti. Il ne veut
servir que la France.
C’est bien, me dira-t-on. Vous poussez le Clergé à des
cendre dans l’arène politique ou, plus exactement, à y
conduire les fidèles qui l’écoulent, mais qu’y vient-il faire?
Quel est son but, quel parti sert-il et à quoi se rattache
son action ? S’il réussit au gré de vos désirs, quelles sont vos
espérances ? Rêveriez-vous, par hasard, d’une sorte de démo
cratie théocratique ? Précisez !
Nous répondons : Le Clergé n’a pas de parti à servir, il
n’est, il ne peut être et ne veut être que le serviteur de la
France. Quand on se déclare pour la raison, pour la probité,
pour la Religion, on ne se range dans aucun parti, parce que
tous les partis honorables se réclament de ces grandes et
belles choses.
Pour lui, le Clergé ne veut rien que le statu quo de son
vieux Concordat, ou si on le brise, un peu de vraie liberté et
de bienveillante tolérance. Mais pour la France, il se met à la
suite de quiconque l’aime sincèrement, depuis le radical d’al
lure loyale et franche, qu’il s’appelle Maret ou Goblet,
jusqu’aux braves et fidèles représentants des régimes disparus,
les Cuverville, les Cochin et les Lasies, en passant par les
hommes de la nouvelle école,- les Piou, les de Marcére eL leurs
amis, c’est-à-dire, à la suite des Français qui mettent la France
au-dpssus de tout, au-dessus de la République, de la Monarchie
et de l’Empire.
Son ambition et son espoir sont de conduire vers les charges
publiques les hommes de bon sens, de modération et de
— 26
cœur, au détriment des agitateurs, des ambitieux et des mili
tants de l’athéisme. Quand, chemin faisant, on provoquera
son appréciation sur un candidat quelconque, il fera marquer
au crayon rouge de la flétrissure les FF.-. MM.-, enfoncés dans
le sectarisme ou convaincus d’hypocrisie répugnante, comme
il y en a tant. Il fera écarter les personnalités vénales, même
étrangères aux Loges, qui, dans ces dernières années, ont voté
les lois les plus honteuses pour la civilisation moderne et qui,
si on l’avait exigé d’elles, auraient été prêtes à déchaîner
même la guerre civile, plutôt que de s’exposer à perdre une
part des faveurs ministérielles (I).
Le Clergé est et sera toujours, passionnément, pour les hon
nêtes gens simplement dits et sans épithète, contre tous ces va
gues et incolores candidats, adorateurs duMoi, pour qui l’on est
clérical, dés qu’on semble croire sérieusement à la conscience,
à la Patrie ou à un idéal quelconque. Il travaillera, enfin, à faire
rentrer la franchise et le courage civique dans notre politi
que d’où la félonie et la veulerie maçonniques les avait lente
ment mais impitoyablement expulsés, comme des sentiments
aussi absurdes qu’embarrassants.
x
Le Clergé n’imite pas tant de politiciens véreux
qui mentent au peuple pour le gagner.
N'est-ce pas, en particulier, chose aussi comique que navrante
de voir certains hommes du Parlement, de la presse et des
fl) Si l’on nous jugeait trop sévère pour le monde parlementaire, sur
tout pour les hommes qui, par principe, sont toujours de la majorité,
qu’on mçdite ce petit morceau extrait de la Lanterne, qui doit connaître,
au moins’, les siens. Nous l’extrayons d’une ’vîolenle tirade qu’elle diri
geait, Je mois dernier, contre le scrutin d’arrondissement, auquel nous
devons la Chambre actuelle : « C’est, dit-elle, la démoralisation la plus
» complète, le marché de tous les cynismes, la foire de toutes les fripon» neries. C’est le scrutin du rapport, c’est l’élection faussée, viciée dès
» son origine.
» Le député ainsi élu n'a ni indépendance ni dignité...... 11 n’est, en
» définitive, qu’un courtier de basses besognes.
» Assez de ces Parlements de serviteurs, plus assidus dans les anti» chambres ministérielles qu’à la Chambre. »
— 27 —
ligues diverses se réclamer du radicalisme et du socialisme,
alors que toute leur vie n’est qu’une longue et perpétuelle
protestation contre tout ce que ces mots expriment ?
Qu’ils soient radicaux ou socialistes, c’est leur affaire ; mais,
dè grâce, quand ils s’appliquent ces étiquettes au front, qu’ils
ne s’en servent pas pour cacher un mensonge, et qu’alors ils
déclarent clairement et tout au long à leurs électeurs en q«oi
consistent les prétentieuses et hasardeuses théories dont ils se
réclament.
Mais non, ils se présenteront sous couleur avancée, pour se
donner des allures d’indépendance, de modernisme, de servi
lité populacière; et, simultanément, dans leurs tête à tête
avec les paysans, les commerçants, les curés eux-mêmes, ils
se vanteront, quand cela leur est utile, de leur modéran
tisme extrême, de la piété de leur femme, voire même
de leurs antécédents religieux personnels (1)... Evidemment,
à considérer tant de politiciens riches, bien apparentés et fré
quentant les gens d’église, qui se prétendent radicaux et socia
listes, le peuple, toujours simpliste, ne peut qu’être égaré sur
ce que peuvent signifier ces mots, et, quand il vote ensuite,
voter tout de travers. La vérité, c'est qu’il est circonvenu par
une foule de barnums politiques qui se moquent de lui et qui,
avec une cynique cruauté, le font, tout le temps, sourire et
goûter au poison, en attendant qû’ils s’en servent pour le tuer.
Eh bien, il faut que toutes ces sinistres comédies, toutes ces
basses trahisons prennent fin. Et, n’en déplaise aux gens qui
ont l’horreur native des remèdes efficaces, ce n’est qu’une
bonne poussée de christianisme, c’est-à-dire, en définitive,
(!) Nous ne désespérons pas de voir on jour ou l’autre toute la pitoya
ble et plate coterie des arrivistes qui nous tient prisonniers de ses men
songes, rencontrer, sur le chemin de l’histoire contemporaine, son Sardou ou
son Emile Augier. La satire aura beau jeu pour la mordre et pour provo
quer contre elle le rire méprisant du peuple enfin désabusé. 11 se vengera
ainsi pacifiquement et à la bonne gauloise do ses venimeux exploiteurs, et
il aura bien raison. Quel inépuisable thème à comédie ne trouvera-t-on
pas, surtout, chez tous ces FF.-. MM.-, que les derniers événements ont
exhibés en de si singulières postures ! Si l’Ecriture, dans son style imagé,
nous dit quelque part que le Seigneur se rira de ses ennemis, c’est bien,
sans doute, pour nous autoriser à le faire nous-mêmes, quand une bonne
occasion comme celle-ci s’en présente.
d’action sacerdotale qui les fera cesser. Les autres remèdes
ont une influence que nous ne nions pas, que nous appelons
même de tous nos vœux,mais celle qui vient delà, seule, sera
décisive.
Puissent les honnêtes gens de tous les partis s’en convain
cre et n’eri pas refuser l’application par un sot respect hu
main, fruit fatal de l’ambiance maçonnique ! 11 y va probable
ment du salut du pays, qu’ils aiment, et dont ils poursuivent
avec tant d’ardeur le nécessaire relèvement.
L’échec définitif des catholiques est impossible.
Mais si nous échouons, qu’arrivera-t-il? Ne payerons-nous
pas trop cher la faute d’avoir obéi à la dangereuse tentation
de nous mettre en avant ?
D’abord, notre conviction, c’est que l’échec n’est pas si pro
bable qu’on pourrait le croire.
Il faut observer, en effet, qu’une intervention sérieuse du
Clergé, qui n’eût pas été comprise de l’opinion, il y a vingt
ans, a toutes chances de l’être cette fois.
N’est-il pas avéré, aujourd’hui, que les Chambres, de
puis quelques années, ne s’occupent plus guère, et tou
jours avec haine et malveillance, que des questions reli
gieuses ? Or, le suffrage universel perçoit très bien certains
grands éclairs qui illuminent tout à coup une vaste situation
comme la nôtre. Aussi n’ignore-t-il pas et songe-t-il, avec
tristesse et anxiété, que la Religion, sa Religion, court, en ce
moment, de réels dangers. Ce sera donc certainement sans sur
prise ni scandale qu’il verra ses prêtres, dans de telles circons
tances, la défendre contre ses pirés ennemis. C’est aussi sans
hésiter qu’au lendemain d’une défaite il veillerait à les proté
ger contre la rancune des politiciens vainqueurs qui essaye
raient de se venger durement des bons citoyens qui, ayant eu
l’audace de se garder contre eux, leur auraient disputé la
victoire.
Ensuite, nos hommes publics du jour, je tiens à en faire l’ob
servation, méconnaissent beaucoup trop l’abondante réserve
de catholicisme qui sommeille par atavisme au tréfonds de
— 29 —
l’âme française, et ils ne songent pas assez aux désenchan
tements qu’elle ménage à leur anticléricalisme intempé
rant et forcené.
Un revirement est etdemeuredonc chose fort possible, chose
probable même. Que les catholiques veuillent bien s’entendre
(ce qui se fera nécessairement sous l’influence de la persécu
tion aiguë), qu’ils se décident à donner avec vigueur dans
l’action, et les chances de succès sont assez sérieuses de leur
côté pour leur permettre d'engager la grande bataille.
Pour ma part, je ne crains pas de le dire, je crois absolu
ment à la victoire Anale. Elle se fera attendre plus ou moins
longtemps, mais sûrement nous l’aurons. Quant à dire que
ce sera pour 1908 ou pour plus tard, je ne le puis. En tout
cas, si les événements me donnent prochainement raison,
tout sera pour le mieux, cap on sait que, sur les champs de
bataille politiques, comme sur les autres, le succès est le
signal de l’affranchissement et de la générosité pour les frères
d’armes et pour tous les alliés.
Si, au contraire, nous sommes défaits, eh bien, nous ferons
face de nouveau à la tempête avec bravoure, et, celte fois,
dans la meilleure des postures.
Nous aurons lutté, en effet, non pas pour un homme, non
pas pour un parti nécessairement étroit, mais pour la France
et pour la Religion toutes seules. On nous frappera violem
ment et on nous frappera pour cela, ce qui engagera la
persécution sur un terrain splendide où les forces catholiques
ne peuvent que trouver la victoire à brève échéance, dans
un pays de suffrage universel et de presse libre comme le
nôtre. Ce sera reculer d’une étape la délivrance, mais ce sera
en assurer davantage l’avènement et en élargir grandement
les résultats.
Il ne faut pas surtout que nos adversaires s’imaginent que
nous, catholiques français du xxe siècle, nous soupirions
après le martyre des siècles de Néron, de Robespierre ou de
Tu-Duc. Tendre ainsi le col au glaive des légionnaires ou au
couperet des révolutionnaires, nous semble une façon beau
coup trop commode de gagner le Paradis. Nous trouvons
aussi glorieux, et peut-être plus méritoire et plus utile,
socialement parlant, de vendre chèrement notre vie et de
30 —
lutter pied à pied, parmi les incidents de chaque jour, dans
les salles de réunion et devant les urnes. Et c’est ce que
nous ferons, je puis leur en donner l’assurance (1) I
Ils auront cru tuer le catholicisme français en fabriquant
quelques mauvaises lois de savante et hypocrite intolé
rance et en affamant le clergé ; leur échec sera pitoyable.
Ils auront voulu être terribles ; ils n’auront été que ridicules.
Pour avoir vraiment raison du catholicisme chez nous, il n’y a
qu’un moyen, c’est de tuer la Patrie elle-même. Or, s’il y a
des FF.-. MM.-, qui ont rêvé de ce coup, dans leur haine sata
nique de la France chrétienne, celui qui doit le porter n’est
pas encore né, et les Loges peuvent soupirer quelques
bons lustres après ce Messie d’un nouveau genre, avant d’en
saluer l’apparition de leurs batteries d’allégresse.
Un grave obstacle à l’union, pour la victoire,
de tous les honnêtes gens.
Disons, en terminant, que l’un des plus grands obstacles au
succès de la campagne que nous conseillons, c’est certaine
ment la répugnance profonde mais injustifiable qu’éprouvent,
non pas les populations, mais les vieux états-majors du parti
modéré à tendre la main aux catholiques.
Une certaine ambiance voltairienne persistante dans notre
bourgeoisie, les rabâchages anticléricaux des mille organes
(i) Il est évident que si, en 1906, les modérés sont vaincus, c’est le
clergé surtout qui sera la victime des sectaires triomphants.
Les suppressions de traitement, sans parler du reste, tomberont dru sur
lui comme les feuilles en automne, un jour de tempête.
Nous le’ savons et nous sommes prêts à subir ce nouvel assaut de l'ar
bitraire et de l’injustice. J'ajoute que ce n’est pas avec découragement et
dépit que nous verrons venir ces exécutions, c’est avec enthousiasme et
fierté. Nous souffrirons, c’est entendu ; mais nous serons bien payés de
notre peine par la pensée de la noble cause à laquelle nous nous serons
sacrifiés, et par le révéil catholique de nos populations qu’une lutte fran
che, saine et patriotique aura enfin provoqué. Et puis, ce sera même un
profit pour nous tous, prêtres et fidèles, que de faire, par ces épreuves,,
l’apprentissage de la dénonciation du Concordat. Ce sera comme la répé
tition générale, très utile, de la grande bataille prochaine.
31 —
de la maçonnerie, la crainte, bien illusoire d'ailleurs, d’être
dominé ensuite par l’influence catholique, tout cela met du
gravier dans les rouages de la machine politique qui, tout à
l’heure, serait prête à partir et à nous entraîner, nous, honnêtes
gens de tous les partis, vers une belle et féconde région de
pacification nationale.
Le péril commun qui commande l’union et que
seuls les catholiques peuvent conjurer.
Il faut, cependant, que l’alliance se fasse entre ces honnêtes
gens et nous, car rien de solide ne s’édifiera dans notre pays,
vu son tempérament propre et ses tendances chrétiennes
indéracinables, si l’on refuse de marcher avec les catholiques.
Quel est, en effet, le gros nuage noir qui monte plein de
menaces à notre horizon national, depuis quelques années?
De l’aveu de tous, c’est le Socialisme. Or, qui donc, en dehors
des catholiques, est capable de canaliser et d’endiguer le
courant impétueux des aspirations auxquelles il a donné
l’essor ? Qui donc est capable de satisfaire, tout à la fois
sérieusement et prudemment, les nouveaux besoins qui s’en
dégagent ? Personne en dehors des catholiques (1) !
(t) Les théories du Socialisme continuent d’attirer les masses ouvrières
de la ville et de la campagne qui ne savent pas encore bien ce que ce mot
veut dire ; mais celles qui ont eu le temps et le moyen, d’y regarder d’un
peu près, perdent beaucoup de leur enthousiasme premier. Certaines
populations que la presse anticléricale surchauffe sans cesse se réclament
encore assez spontanément du cri : « Ni Dieu ni maître »; mais elles ne veu
lent plus de la formule pratique du collectivisme : « Pas de Dieu et (rien que
des maîtres. » Dans les pays où fleurissent les syndicats rouges, on voit, en
effet, des choses qui, sous ce rapport, projettent une étrange lumière sur
l’étatsocial ouvrier de demain et qui instruisent les intéressés. Ne lisionsnous pas, ces jours derniers, dans une feuille belge, l’histoire navrante d’un
ouvrier, père de neuf enfants, jeté sur le pavé, après quinze ans d’ins
cription au syndicat, pour avoir refusé de prendre à la boulangerie syndi
cale un pain qui rendait sa femme malade ? A Toulon et à Marseille,
n’a-t-on pas vu la fraternité socialiste se manifester par des coups de feu
et par des coups de couteau entre ouvriers ? Comme en Belgique et en
Allemagne, éclairons largement nos gens sur les conséquences certaines du
— 32 —
i
L’Eglise détient par l’Evangile, son code immortel, la
suprême formule de la vérité sociale, laborieux et sublime
alliage de justice et de bonté ; elle a, de plus, Tardent amour
de l’ouvrier et des pauvres, avec ce je ne sais quoi de partial
en leur faveur, que le-Christ lui a enseigné et qui captive
leur confiance. A cela, elle unit la défense courageuse de
la richesse bien acquise et dignement possédée, lé respect
des hiérarchies naturelles, le culte de tous les véritables pro
grès moraux et matériels que suscite l’extrême activité de
nos générations modernes.
Elle possède enfin, et elle sait communiquer à ses disciples
une trempe si spéciale d’abnégation et de dévouement au
bien commun, une capacité si étendue de transformabilité et
d’adaptation à tous les états sociaux (la vérité restant sauve),
que, mise en présence de telle hypothèse politique viable
que Ton voudra, nul ne pourra jamais s’en accommoder
comme elle et, quels que soient les sacrifices qu’elle impose,
la supporter.
Croit-on, par exemple, que nos ploutocrates libres penseurs
ou nos législateurs anticléricaux seront jamais de taille à
soutenir contre l'Eglise le duel grandiose qui doit donner la
victoire à qui saura, le mieux et le plus, s’immoler soi-même
pour les autres ?
Si demain, en effet, les bourgeois qui se disent socialistes
apprenaient que cette épithète, dont ils se font si facilement
honneur, dût être pour eux, personnellement, à brève échéance,
une cause certaine de ruine, ou même simplement de rude
travail ouvrier, combien seraient-ils qui la garderaient qua
rante-huit heures ? Le grand chambardement qu’on se plait à
nous prédire survenant, que verrait-on? On verrait nos socia
listes de parade émigrer à l’étranger par centaines avec leurs
millions, tandis que les catholiques et leurs prêtres, eux, res
teraient, et mieux que personne feraient bonne figure sous le
régime austère, et, d’ailleurs, certainement éphémère, qui
régime socialiste, et, une fois qu’ils seront prévenus, les Jaurès, Béranger
etCie les trouveront peu accessibles à leur grandiloquence et à leurs peu
coûteuses promesses. Quant aux progrès nécessaires et désirés, nous
tâcherons, nous catholiques, d’être les premiers à les réaliser.
— 33 —
serait imposé au pays par l’arbitraire tyrannique de quelques
égarés (1).
En résumé, les hommes intelligents et les patriotes sincères
qui tremblent pour la France, en voyant nos gouvernants des
dernières années multiplier leurs avances inconsidérées au
collectivisme, l’unique vrai socialisme pour le peuple, et qui
veulent enrayer un mouvement dont le dernier terme est la
fin de la nation, ces hommes, ayant dans les mains, contre les
soubresauts de l’âme populaire, un frein doux et fort comme
le catholicisme, ne peuvent ni tenter de le briser ni môme
de le repousser; ils doivent, au contraire, le garder en main
et s’en servir. Leur haute et patriotique sagesse, en laquelle
j’ai foi, me fait espérer qu’un jour la coalition générale des
honnêtes gens de France se fera, acceptant, enfin, les catholi
ques et leur faisant une place franche et honorable dans leurs
rangs.
'
Qu’en sera-t-il ? Je l’ignore. Mais je crois, cependant, que
cela se fera. Le mouvement sera timide, d’abord, et accom
pagné de toutes sortes de mauvais procédés à l’égard des
catholiques ; puis, comme ceux-ci sont patients, comme ils
sont profondément désintéressés, comme ils sont prêts à tout
sacrifier, leur conscience exceptée, pour sauver leur pays,
comme, enfin, l’on constatera clairement qu’on ne peut pas se
passer d'eux, on leur fera-signe et ils arriveront.
(1) Si les coryphées du socialisme so résignaient, par amour du peuple,
à partager leurs biens avec lui, comme les premiers chrétiens, et à vivre
de sa vie, comme les franciscains du moyen-âge, on pourrait croire à la
sincérité de leurs convictions socialistes. Malheureusement personne
n’aime plus qu’eux l’infâme capital et ne s’entend mieux à le grossir.
Témoin d'état suivant des fortunes socialistes que fort indiscrètement
la presse indépendante nous citait, il y a quelques mois, à l’occasion
du congrès d’Amsterdam : Paul Lafargue, 1,200,000 fr. ; Van Ko/,
4,000,000 fr. ; Vandervelde, 4,800,000 fr ; Bebel, 3,750,000 fr. ; Singen,
8,750,000 fr., etc. Pauvres naïfs ouvriers qui chassent ceux qui se
dépouillent, les moines, et qui mettent à leur tête ceux qui s’en
graissent à leurs dépens, les ci-dessus millionnaires ! Et ceci n’est pas
une simple et maligne boutade, car il est connu de tout le monde que
les Chartreux, par exemple, dépensaient en libéralités le plus clair de
leurs bénéfices, et non moins connu, aussi, que ces Messieurs de la
Sociale les Jaurès, les Berleaux, les Sembat, etc., font tout le contraire.
— 34 —
Ce jour sera grand dans notre histoire et comme l’aurore
d’une ère nouvelle, pleine de paix, d’honneur et de prospé
rité'. Ce sera une belle page pour tous les fidèles enfants de la
France et surtout, au premier rang parmi eux, pour le Clergé
catholique, dont le sens juste des possibilités, la vigoureuse
endurance et l’indéconcertable confiance dans le Christ,
auront fait, une fois encore, le sauveur de la Patrie comme
au temps des Sarrazins, des Huguenots et des Septembri
seurs.
Le vrai chemin de la victoire catholique.
Cette espérance est belle ; mais c’est tout de suite et
non demain qu’il faut prendre les moyens d’en faire une
réalité.
Le moyen, c’est d’abord la prière, le recours à Dieu, je le
sais, et des multitudes de fidèles l’ont mis en œuvre depuis
longtemps déjà; mais la prière ne nous porte pas malgré nous,
ne nous contraint pas de marcher; elle nous donne seulement
la force d’aller de l’avant, de monter à l’assaut et de nous
battre. Nous eh avons besoin ; mais il nous reste à utiliser
cette force.
Le moyen, c’est tout ce que nous venons de dire, au cours
de ces pages et sans en rien retrancher.
C’est l’entrée des catholiques, visage découvert et l’âme
sans peur, dans la politique pour pratiquer, là, leur devoir en
revendiquant leurs droits. C’est leur union infrangible et le
sacrifice total, sur l’ordre du Christ et de l’Eglise, de tout
ce qui pourrait tant soit peu les diviser.
C’est leur activité sociale intense, fiévreuse et incessante;
c’est cela, qu’on m’entende bien.pfws que tout le reste.
Il faut que le peuple, les ouvriers, les trouvent partout,
eux et leurs prêtres, au premier rang de leurs .amis ; il faut
que, parmi ceux-ci, ils les considèrent comme les plus haçdis
par l’initiative et les plus pratiques par la sagesse et la fécon
dité de leurs entreprises ; il faut qu’ils les rencontrent dans les
ligues agraires et commerciales, dans les syndicats de tout
— 35 —
nom, dans les coopératives et dans les Banques de crédit popu
laire, etc. (1).
C’est le déploiement d’un zèle ardent, industrieux, tenace
dans l’apostolat par la presse, la conférence, le livre, l’image,
même par le théâtre et, j’oserai le dire, par des refrains
joyeux et « des couplets qu’on s’en va chantant ».
C’est une prodigalité princière au service de ces œuvres,
l’or des riches et les sous des pauvres, coulant à flots, pour
alimenter la noble entreprise.
Nous ne sommes plus à l’heure de construire seulement des
chapelles et des écoles, à l’heure où l’on peut sans scrupule se
payer des châteaux ou des bijoux inutiles, mais à celle de don
ner sans compter pour sauver la vie religieuse et nationale de
la France.
Il faut que tous les Catholiques prennent ce
chemin coûte que coûte.
Je sais bien que nombre de catholiques ont le plus vif
désir qu’on les laisse tranquillement dormir, comme par le
passé, qu’ils ont à leur usage toutes sortes de formules piétistes, sceptiques ou politiques, parfois même ironiques
(simples raisons de paresseux, au fond), pour se persuader
qu’il n’y a qu’à laisser les événements se développer, pour
que tout s’arrange à la longue.
Libre à eux de ne pas se réveiller, au bruit de la bataille
et à la voix de la raison, pour faire face bravement à l’ennemi
qui cerne leur maison. Libre à eux de se poser en pacifistes
entêtés et de se dérober au combat, j’y consens ; mais je les
préviens qu’ils seront sacrifiés comme les autres et même
plus vite que les autres.
(1) En Italie,en Belgique,en Allemagne, en Suisse, en Amérique, partout le
prêtre est étroitement mêlé à la vie sociale et civique de ses fidèles, non
pour les mener malgré eux, ce qui serait le cléricalisme, mais pour être de
cœur et de vie avec eux par la confiance et le dévouement mutuels. Les
laïques chrétiens de ces pays considèrent comme une énigme la défiance
de certains de nos « marguilliers » français pour le prêtre, en matière po
litique. Or, quelle est la meilleure attitude, la leur, qui leur a donné la
liberté, ou la nôtre qui nous a chargés de chaînes ?
— 36 —
Nos adversaires, en effet, mis en goût par notre apathie et
notre mollesse, ont juré, dans leurs Loges et dans leurs sousloges, la ruine entière du Catholicisme, S’ils sont victorieux en
1906, les catholiques seront tous frappés, les résignés comme
les combatifs; je veux dire que toutes leurs libertés religieu
ses seront immolées sans pitié et sans exception. Au point où
nous en sommes, le clergé de France avec ses fidèles pour
raient prendre à l’unanimité le parti de se faire les plus
humbles et les plus petits possible, de se soumettre, sans mot
dire, à tous les caprices anticléricaux des francs-maçons, que,
môme alors, pas un coup ne leur serait épargné pour prix
de leur effacement. L’exécution du Catholicisme, en la sup
posant possible, aurait lieu, aussi haineuse, aussi prompte
et aussi complète qu’après la plus belle et la plus héroï
que défense. Leur sort serait le même avec le déshonneur en
plus.
Il y aurait seulement un peu moins de bruit, parce que les
victimes se tairaient et que leurs ennemis ne trouvant devant
eux que des moutons résignés à tout, n’auraient, à la place
de la colère bruyante des lutteurs exaspérés, que les nau
sées et la courbature des bourreaux écrasés de besogne. Ce
serait, hélas ! l’unique et peu glorieuse différence.
Il fut un temps, peut-être, où les catholiques auraient ren
contré une majorité de gauche prête à les défendre par
un certain amour supérieur de la liberté en elle-même;
ce temps n’est plus. Nous verrons quelques hommes de
ce côté montrer, dans les débuts d'une discussion, la vel
léité de protéger dans nos personnes la liberté des autres ;
ce ne sera qu’une velléité et, à la dernière heure, la liberté
sera mise en minorité, parce qu'il s’agira, de la liberté des
catholiques. On ne nous respectera que si l’on nous croit
forts et dans la mesure où nous ferons peur, et ce serait folie
de compter sur d’autres que sur nous-mêmes.
Il y a donc tout avantage à entamer la lutte avec ensemble,
énergie et décision, surtout en restant sur le terrain du droit
naturel et de la juste légalité, seul terrain que peuvent adopter
les catholiques, terrain si solide et si favorable, d’ailleurs, où
des hommes de tactique et de volonté peuvent aller si loin,
tout en gardant le beau rôle.
— 37 —
D’ailleurs, même vaincus en apparence, ils
resteraient vainqueurs.
Que nous soyons battus, ce qui, je le répète, est difficile à ad
mettre, nous ne le serions certainement que pour une période
relativement courte et d’une façon purement matérielle.
Nous ne le serions que pour nous relever bientôt après,
tandis que nos adversaires, eux, resteraient écrasés sous
le poids de leur honteuse victoire. Ils auraient été les plus
forts ; ils seraient devenus les maîtres et, au fond, c’est nous
qui serions vainqueurs.
Nous le sommes déjà, d’ailleurs, oui, nous le sommes! N’estce pas, en effet, un vrai triomphe pour nous, catholiques, de
constater à quel point les événements et l’opinion donnent
raison à nos doctrines? Pouvons-nous, surtout, assister sans
quelque dédaigneuse et piquante ironie au spectacle suggestif
que nous offrent, en ce moment, les leaders de la Libre Pensée
et de la Maçonnerie ? Tous ces gens là ne sont devenus quel
que chose, dans le monde de la politique, qu’en se récla
mant des droits de l’homme et de son indépendance absolue,
et voilà qu’avec une désinvolture pleine de cynisme, à la face
de l’univers écœuré, ils s’en vont prostituer leur libéralisme
d’antan dans des débauches de sectarisme comme jamais l’his
toire n’en vit à ses plus mauvaises heures.
Les Aurore, les Humanité et les Dépêche peuvent conti
nuer leur entreprise commerciale d’antireligion, elles ser
vent admirablement notre cause, et leurs colonnes devien
nent pour nous l’arsenal de demain, où nous ne manque
rons pas de puiser pour prouver aux loyales générations
qui poussent que la Libre Pensée est une infâme comédie et
la Maçonnerie un mauvais lieu, école tout à la fois de plati
tude, de vénalité et d’abjecte hypocrisie,... ne parlons pas de
délation !
Allons, courage, Messieurs Glémenceau, Briand, Buisson et
Rabier ! car il faut du courage pour descendre si bas ; achevez
de vous enfoncer dans la boue et de vous déshonorer par
votre sectarisme ; vous faites excellemment nos affaires et ce
— 38 —
«
ne sont pas des paroles de haine que nous vous devons, mais
de reconnaissance !
Oui, de reconnaissance, car, non seulement vous portez
des coups mortels à l’anticléricalisme et vous nous vengez de
votre propre main, mais, de plus, vous nous réveillez et
vous nous régénérez.
Faut-Il, pendant que je tiens la parole, vous dire tout ce que
je pense? Eh bien ! oui, je le dirai, dussé-je vous donner ma
tière contre moi à quelque citation tronquée, comme vous
avez l’habitude d’en faire. La vérité totale, la voici:c’est que la
paix dont nous, catholiques, nous jouissions en France depuis
cinquante ans, était en train de nous perdre ; cette paix et
la protection émolliente de César annihilaient nos meilleures
qualités. Citoyens, nous ne l’étions plus ; hommes d’idéal et
d’énergie, nous cessions de l’être ; trembleurs devant le Pou
voir qui menace et devant la souffrance, nous le devenions;
assoiffés d’argent, de confortable et de bonnes places oisives,
nous commencions à l’être comme les vôtres ; et tout cela
menaçait d’être pire pour nous, en fin de compte, et beau
coup plus dangereux que vos violences d’hier et que votre
Kulturkampf de demain. Vous nous auriez laissés vivre sous !
ce régime quelque vingt ans encore (réserve faite d’une cer
taine élite), nous n’aurions plus été que des ombres de chré
tiens, que la Maçonnerie, d’un souffle, eût renversés et anéan
tis. Voilà, désormais, que vous nous persécutez ouvertement
et à fond; allez de l'avant, Messieurs les faux libéraux ! allez !
si ce que vous faites est illégal, criminel et odieux, c’est de
la bonne besogne pour nous. Notre salut est, certainement,
au bout, salut politique, j’entends, autant que moral et
surnaturel I
Mais si c’est notre salut et celui de la France en même
temps, ce ne sera pas le vôtre, car la logique providentielle
des événements veut que le triomphe des uns soit, ici, le glas
qui annonce la ruine des autres.
Vous pouvez donc profiter, comme le Balthasar des temps
jadis, de ce que vous êtes à table pour l’instant, et vous
saturer de grand luxe, vous griser de pouvoir, vous donner la
"joie capiteuse de faire pleurer des femmes, des pères de
famille et de vieux prêtres ; cela ne durera pas toujours... Vos
— 39 —
moments, en effet, sont comptés. Déjà je vois briller sur les
murailles de la salle du festin les mots fatidiques qui firent
blêmir le vieux jouisseurdont l'histoire reste toujours jeune...
Quand la violence et l’idée sont en lutte, (l’ignoreriez-vous ?)
ce n’est pas la violence ordinairement qui l’emporte, c’est
l’idée, surtout quand l’idée se nomme le Christianisme.
Aussi, au lieu de blasphémer ou de ricaner comme vous le
ferez probablement en me lisant, vous agiriez plus sagement
en songeant à l’issue de tous les bouleversements dont vous
prenez si follement l’initiative et la responsabilité.
Un dernier mot sur le sort que l’opinion va réserver à
cette modeste brochure, d’allure un peu insolite et hardie, je
l’avoue. Sera-t-on bienveillant pour elle ou sera-t-on sévère ?
J’ai prévu des critiques et des louanges. Les unes, assez
mal motivées, n’étaient pas pour m’arrêter, ni les autres,
pour m’attirer. Je me suis simplement demandé si, dans les
temps singuliers et dans les graves circonstances que nous
traversons, il y avait utilité et devoir à parler; ma cons
cience de citoyen français ayant nettement et fortement
répondu à cette question par l’affirmative, j’ai parlé.
L’on me saura gré, je pense, de la façon dont je l’ai fait
et spécialement de mes efforts d’impartialité et de ma réserve
à l’égard des personnes en charge. Si j’ai cru devoir flageller,
chemin faisant, certains vices et certains égarements, j’ai tou
jours évité de préciser les responsabilités, si ce n’est pour
ceux qui, au su et vu de tous, se glorifient, chaque jour, du
mal qu’ils font et des ravages qu’ils exercent.
Maintenant que j’ai protesté de la rectitude de mes inten
tions et dit l’espoir fondé qui m’a inspiré ces pages, je les
livre aux caprices toujours pleins d’imprévu d’un vent qui
souffle en tempête, demandant à Dieu pour elles sa bénédic
tion et désirant, pour les lire, des Français d’esprit loyal, de
cœur noble et d’âme vaillante et résolue.
~------- ,. ,, -,
RltJLlûT HEQU{ ’i
Périgueux, 8 décembre 1904.
DE LA VILLE ■
DE —P-------érigueux I
- -—
Périgueux. — lmp. Cassard jeune, 3, rue ffenfert-Rochereau,
