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Fait partie de Embellissements de Périgueux : Observations sur les projets d'amélioration de la voirie urbaine adoptés par le conseil municipal et soumis à l'enquête

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EMBELLISSEMENTS DE PÉRIGUEUX.

OBSERVATIONS
SUR LES PROJETS

D’AMÉLIORATION
DE

LA VOIRIE URBAINE
ADOPTÉS PAR LE CONSEIL MUNICIPAL
ET SOUMIS A L’EXQUÊTE.

Par M. Eugène MASSOUBRE
Rédacteur en chef de l'Écho de Vésone.

PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE ADMINISTRATIVE DUPONT ET Ce,
Rues Taillefer et Aubergerie.

1858.

EMBELLISSEMENTS DE PÉRIGUEUX.

Observations sur les projets d’amélioration de la voirie urbaine adoptés
par le Conseil Municipal et soumis à l’enquête.

À M. LE MAIRE
ET

A MM. LES MEMBRES DU CONSEIL MUNICIPAL
DE PÉRIGUEUX.

Messieurs,

Par une délibération en date du 30 avril
1857, vous avez décidé l'ouverture et la rec­
tification de rues dans l’intérieur de la ville ;
par une deuxième délibération, en date du 24
mai 1858, vous avez approuvé les plans des
rues à ouvrir ou à rectifier, tels qu’ils, vous
ont été présentés par M. le Maire et tels qu’ils
figurent dans les pièces soumises en ce mo­
ment à l’enquête, savoir :

10 Ouverture d’une rue entre le Pont-Vieux

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et le boulevard , par la place Daumesnil, la
rue delà Clarté, la place de la Mairie et la
rue ïïiéras, sur une longueur de 458 mètres ;
2° Ouverture d’une rue entre le cours
Tourny et la cathédrale de Saint-Front, par
la rue des Serruriers, la rue Saint-Georges,
la place de ce nom et la rue de la Reconnais­
sance, sur une longueur de 228 mètres ;

3° Enfin, redressement de la rue SaintMartin et prolongement de cette rue jusqu’à
la gare du chemin de fer, sur une longueur
de 930 mètres.
Par votre même délibération du 24 mai
1858, vous avez décidé que chacune de ces
trois rues aurait une largeur de 11 mètres.
Il m’a semblé, en ce qui concerne les deux
premières de ces rues (celle du Pont-Vieux
et celle de Saint-Front), que la largeur de 11
mètres ne répondra pas complètement au but
que vous vous êtes proposé. Assurément, si
nous procédions par voie de comparaison, si
nous mettions en parallèle les ruelles sombres

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et humides qui existent dans notre ville du
moyen-âge et les deux voies que vous allez
percer, nous considérerions avec raison l’a­
mélioration à obtenir comme fort importante,
et vous auriez le droit de dire que vous assai­
nissez des quartiers privés d’air et de lu­
mière. Mais, si vous interrogez les besoins
de l’avenir, si vous vous reportez à ce que
sera la ville de Périgueux dans un siècle, si
vous ne perdez pas de vue que la rue du
Pont-Vieux est peut-être destinée à se prolon­
ger jusqu’à la route de Lyon par les Barris,
que la rue de Saint-Front doit conduire à la
cathédrale, au marché couvert, à la halle aux
grains, à la préfecture , alors , Messieurs,
vous regretterez avec moi que les ressources
financières de la commune ne vous aient pas
permis de donner à ces deux voies de com­
munication une largeur plus convenable.

Mais si, sur ce point, nous devons nous
borner à un regret stérile, il n’en sera pas de
même, je l’espère, à l’égard de la rue SaintMartin , sur laquelle j’appelle toute l’attention
du conseil municipal.

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La rue Saint-Martin, Messieurs, sera, dans
quelques années, l’avenue principale de la
gare. Sa longueur est de 930 mètres (presque
un kilomètre I) à partir du boulevard jusqu’à
la façade du bâtiment projeté des voyageurs.
Elle serait d’un kilomètre et demi si elle était
prolongée, par la rue Eguillerie et la rue Barbecanne, jusqu’au quai et jusqu’à la route im­
périale rectifiée. Admirablement située au
centre même du plateau qui appelle les cons­
tructions de la nouvelle ville; placée à égale
distance des routes de Bordeaux et d’Angou­
lême qui la suivent parallèlement dans sa
longueur ; communiquant déjà avec ces deux
routes par plusieurs voies très fréquentées, en
attendant l’ouverture d’une vaste rue qui la
coupera à angle droit dans l’alignement de la
Cité Féletz et à travers l’enclos des Ursulines,
la rue Saint-Martin est destinée sans contre­
dit à devenir l'artère vivifiante de Périgueux
régénéré.

Evidemment, Messieurs, une largeur de 11
mètres ne saurait suffire, même dans le pré­
sent, pour une voie de cette importance. Ce

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n’est pas une rue s’offrant dans des conditions
ordinaires, comme cellespar exemple que vous
voulez améliorer à l’intérieur; c’est, à pro­
prement parler, une véritable route, dont la
chaussée sera exclusivement réservée aux voi­
tures qui la sillonneront sans interruption,
et sur les bords de laquelle il faudra manager
de vastes trottoirs pour la sécurité des pié­
tons ; une route enfin qui donnera lieu à un
mouvement de circulation supérieur à celui
des routes impériales les plus fréquen­
tées.
Vous pouvez vous en convaincre, Messieurs,
par ce qui se passe dès à présent. Une seule
ligne de chemin de fer est ouverte à Péri­
gueux. Le service des voyageurs exige trois
omnibus qui parcourent la route de la gare
douze fois par jour. Que sera-ce lorsque les
quatre lignes seront livrées ; lorsque, au lieu
de trois départs et de trois arrivées, nous en
aurons à tous les instants? Alors l’action sera
incessante ; l’avenue principale de la gare des
voyageurs sera continuellement suivie par les
omnibus, par les diligences , par les voitures

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particulières, par les piétons. Et ce qui ajou­
tera à l’encombrement, c’est que ce mouve­
ment d’omnibus, de diligences , de voitures
particulières, de piétons, s’opérera en même
temps, aux mêmes heures, pour les départs
comme pour les arrivées.
Il me semble , Messieurs, que toutes ces
considérations révèlent la nécessité de donner
à la rue Saint-Martin une largeur exception­
nelle , en rapport avec la situation présente,
mais en rapport surtout avec le développe­
ment que la ville prendra dans l’avenir. Je
voudrais, Messieurs, une magnifique avenue
de 20 mètres de largeur, plantée d'arbres de
chaque côté, ét permettant d’établir des trot­
toirs de 5 mètres, pour les piétons et pour les
promeneurs. Vous jugez de l’effet que pro­
duirait , aux yeux des étrangers, ce grandiose
boulevard d’un kilomètre de parcours. Jamais
une occasion semblable ne se présentera pour
doter la ville de Périgueux d’un embellisse­
ment de cette nature. Sur toute cette immense
étendue, à l’exception de huit ou dix maisons
disséminées, le terrain est libre, d’une faible

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valeur, en sorte qu’on peut largement tailler
en plein champ !
Subsidiairement, et dans le cas où la dé­
pense vous paraîtrait néanmoins trop consi­
dérable pour réaliser, comme embellissement,
le projet que j’ai l’honneur de vous soumettre,
il vous resterait à vous occuper de la largeur
qu’il convient de donner à l’avenue de la gare
pour assurer un bon service et pour prévenir
les accidents résultant de l’encombrement.
Chacun de vous , Messieurs, sera convaincu
qu’il ne serait pas prudent de lui assigner
moins de 1S mètres. La chaussée, avons-nous
dit plus haut, devant être constamment sillon­
née par des voilures, il faut réserver de larges
trottoirs pour les personnes allant à pied ; ce
ne serait point trop de 3 mètres pour chaque
trottoir. Il vous resterait alors 9 mètres pour
la chaussée; vous ne pourriez lui donner
moins sans inconvénient et même sans
danger.

Cette largeur de 15 mètres est à peu près
celle des routes impériales. La route de Bor-

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deaux, si fréquemment obstruée à son entrée,
surtout les jours de marché, n’a que 12 mè­
tres devant la maison Cluzeau; plus loin, elle
mesure 15 et 16 mètres. Elle est déjà insuffi­
sante. Ce sera bien autre chose dans quelques
années.

Vainement objecterait-on encore, pour cette
deuxième proposition subsidiaire, l’insuffi­
sance des ressources de la commune. Si cet
obstacle était réellement insurmontable, alors
je dirais : « N’entreprenez pas ! Mandataires
» de la commune, laissez aux administrations
» qui viendront dans des temps plus heureux
» le soin et l’honneur de l’exécution, et ne
» contrariez pas la loi de l’avenir par une
» résolution calamiteuse. Les propriétaires de
» terrains et les spéculateurs attendent un
» alignement pour construire; une fois la
» décision prise, le mal que vous auriez fait
» serait irrémédiable. »
Mais , Messieurs, j’ai une trop grande con­
fiance dans le patriotisme qui vous anime et
dans votre dévouement éclairé aux intérêts de

vos concitoyens, pour craindre un seul ins­
tant que sur une question touchant de si près
à la prospérité de la ville, vous hésitiez de­
vant un sacrifice nécessaire. Vous n’oublierez
pas que la compagnie du chemin de fer a mis
à la disposition de l’administration munici­
pale une somme de cent mille francs pour
l’amélioration des voies donnant accès à la
gare, et vous tiendrez à honneur d’assigner
à cette somme sa véritable destination en l’em­
ployant, concurremment avec l’allocation que
vous voterez , à l’embellissement de la grande
avenue de Saint-Martin.
Cette considération, Messieurs, vous gui­
dera , j’en suis convaincu. Vous connaissez la
condition qui est attachée à la libéralité de la
compagnie du chemin de fer. Il a été stipulé
que la compagnie s’engageait à entrer pour
un tiers, jusqu’à concurrence de 100,000 fr.,
dans les dépenses que la ville s’imposera afin
de faciliter les abords de la gare. Pour avoir
droit à cette somme de 100,000 fr. , vous de­
vez donc dépenser 200,000 fr. en travaux dont
le but est déterminé d’avance. Or, le redressebibûûthëqùe
DE LA VILLE
PÉRI GUEUX

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ment de la rue Saint-Martin , qui remplit seul
la condition imposée, ne figure dans le total
de la dépense affectée à l’exécution de tous vos
projets, que pour une somme de 112,000 fr.,
c’est-à-dire que la ville ne fait aucun sacrifice
en faveur de l’avenue de la gare, et quelle
se borne à lui consacrer l’allocation quelle
recevra de l’administration du chemin de
fer.

Vous apprécierez dans votre sagesse, Mes­
sieurs, les observations qui viennent de vous
être présentées. Vous reconnaîtrez qu’il est
temps d’en finir avec les demi-projets qui n’a­
boutissent qu’à des résultats négatifs et qui
engendrent des regrets inutiles. En créant le
cours Saint-Martin, vous êtes appelés à jeter
les bases de la ville nouvelle. C’est de votre
impulsion que dépendra l’avenir de la cité
qui se lève. Vous voudrez, Messieurs, qu’elle
soit riche, qu’elle soit prospère, quelle re­
couvre l’antique splendeur du municipe des
Césars ! Ce résultat atteint sera votre titre de
gloire auprès des générations futures.

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Par ces motifs, j’ai l’honneur de demander
au conseil municipal :

1° Que la rue Saint-Martin, dont la largeur
est fixée à 11 mètres dans sa plus grande par­
tie par délibération du 24 mai 1858, soit
transformée en un cours de 20 mètres sur
toute son étendue ;

2° Subsidiairement, dans l’hypothèse où
cette première proposition n’obtiendrait pas
l’assentiment du conseil, que la rue reçoive
la largeur d’une route impériale et que cette
largeur ne soit pas inférieure à 15 mètres ;

3° Que le conseil municipal veuille bien
ordonner l’estimation des terrains pour l’un
comme pour l’autre des deux projets ;

4° Enfin, dans le cas où les ressources ac-

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tuelles de la ville ne permettraient pas d’ou­
vrir immédiatement le bordevard sur tout son
parcours, que ce travail s’effectue par étapes,
selon l’importance des voies et moyens qu’il
conviendra au conseil municipal de créer.

Veuillez agréer, Messieurs , l’hommage de
mes sentiments respectueux.

Eugène Massoubre ,
Rédacteur en chef de Z’Echo de Vésone.

Périgueux, le 19 juillet 1838.