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Médias

Fait partie de Raoul Pugno et Mme Marguerite Bériza au Théâtre municipal de la Ville de Périgueux le samedi 18 janvier 1908

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M. RAOUL PUGNO

Parmi les meilleurs artistes de notre époque, M. Raoul Pugno, le
grand pianiste, incomparable virtuose, occupe le premier rang.

Né aA Paris en 1852, Raoul Pugno, fils d’un éditeur de musique, com-
menca ses études dans la maison paternelle et progressa dune maniére
étonnante ; en effet, 4 l’Age de six ans, il se faisait entendre dans un
concert de bienfaisance donné a Hotel de Ville.

Il entra au Conservatoire en 1866, ot il remporta d’emblée le premier
prix de piano et une deuxiéme médaille de solkege; en 1867, il obtint le
premier prix d’harmonie et la premiére médaille de solfége, puis, en
1869, le premier prix d’orgue et le deuxiéme prix de contrepoint et
fugue; étant fils d’Italien et pas encore naturalisé, M. Raoul Pugno ne
put concourir pour le prix de Rome.

Ce nest que vers 1893 que M. Raou! Pugno se révéla au_ public
comme pianiste de premier ordre. A cette époque, il se fit entendre a la
Société des Concerts du Conservatoire, ot il interpréta le Concerto en
La mineur de Grieg avec une telle fougue, une telle virtuosité, quil
déchaina un enthousiasme indescriptible.

De ce jour, le grand yirtuose ne connait plus que les applaudisse-
ments [rénétiques, les ovations prolongées ; sa réputation est faite, le
triomphe le suit partout. Dans tous les concerts ot il préte son concours,
le nom seul de M. Raoul Pugno suffit pour attirer une foule énorme.
C’est un vrai régal pour les amateurs de musique que son jeu d’une
pureté meryeilleuse, d’une netteté de rythme irréprochable.

Son interprétation est celle d'un musicien instruit et convaincu. Doué
dune extraordinaire facilité d’assimilation, svivant les ceuvres quwil
exécute, il sait conserver 4 chacune le sentiment d’expression, le carac-
tére qui lui sont propres.

M. Raoul Pugno a été comparé a Rubinstein. le grand pianiste russe,
mais il différe de lui en cela que, lorsqwil interpréte du Beethoven, du
Liszt, du Chopin, ete., il ne joue pas du Pugno, alors que Rubinstein,
dans n’importe quelle ceuvre, ne savait jouer que du Rubinstein.

Ce n'est pas seulement un meryeilleux pianiste, il est aussi un com-
positeur de talent. Parmi ses ceuvres, ses piéces romantiques, Aw bord
de Veau et Sérénade a la Lune, sont pleines de fantaisie et de grace et
ont obtenu le plus grand succes.

Mais quel triomphe a valu a l’'auteur son Concerstiick pour piano et
orchestre? Cette ceuyre est des plus remarquables et le seul reproche
quon ait pu lui faire, c’est quelle serait difficilement jouée par un
autre que par lauteur.

En 1892, M. Raoul Pugno, alors maitre de chapelle & Saint-Eugene,
quitta cette église pour remplir les fonctions de professeur d’harmonie
au Conservatoire, puis, en 1896, dirigea une des classes de piano ot les
nombreux succés remportés par ses éléves témoignent hautement de
la maitrise du professeur.

La croix de la Légion d’honneur est venue consacrer définitivement
la gloire de grand artiste le 31 juillet 1907.

Pour se consacrer 4 son art, M. Raoul Pugno a donné sa démission
de professeur au Conservatoire: il compose et fait de grandes tournées
artistiques. Ceux qui ’entendent vibrent d’enthousiasme, aussi est-ce
avec une véritable joie que ’annonce de sa venue estiaccueillie.

QUELQUES CRITIQUES

CONCERTS:COLONNE

PARIS Le Gaulois, 20 Octobre 1907.

L’énergique symphonie de Lalo nous avait d’abord enchantés par sa noble
construction, le caractére personnel — vraiment personnel ! — des themes.
M. Colonne l’avail merveilleusement dirigée. Pugno, triomphalement accueilli,
a perlé le concerto de Mozart — en mi bemol — dont l’adagio est une meédita-
tion admirable de douleur et de gravité... et sa virtuosité s’est magnifique-
ment déployée dans le Concerto de Grieg,

G. PELCA.

Le Matin, 28 Octobre 1907.

M. Raoul Pugno s’est montré, une fois de plus, incomparable. A la robus-
tesse loute classique, aux sévérilés d’écriture et de forme, & la regle rigou-
reuse de l’autre dimanche, succédaient la fantaisie pittoresque, le caprice
harmonique, la grace aimable et séduisante. Je vous ai dit d’ailleurs mon
sentiment sur Grieg, il y a tres peu de temps, lorsque nous avons eu la
tristesse de le perdre. Je crois inulile de me répéter

A. BRUNEAU.

Le Gil Blas, 28 Octobre 1907.

Raoul Pugno nous a joué le Concerto n° 9 de Mozart pour piano et
orchestre (en mi bémol). Je ne crois pas qu’on puisse réver une exécution
plus adéquate & la pensée du maitre de Salzbourg. Ce fut une pureté exquise
dans la sonorité, ce fut un engouement, un esprit indicibles, ce ful dans
Vandantino comme de la sérénilé chantante.

Ce n’élait pas Raoul Pugno qui jouait, c’était Mozart luimméme qui parlait
& chacun de nous. Quand un interpréte traduit de cette facon un chef-d’ceuvre,
il atteint la perfection. « On s’attendait voir un pianiste et l'on entend un
homme », dirai-je en parodiant la phrase de La Bruyere ; et rien ne me
paratt mieux caractériser le coeur el l’ame que Pugno a mis au service de
ce 9° Concerto de Mozart.

C’était & la mémoire de Grieg, le musicien norvégien, récemment décéde,
qu’était consacrée la seconde partie du programme. Pugno a vu grandir
son triomphe aprés l’exécution qu'il nous a donnée du Concerto en la mineur,
pour piano et orchestre, une fort belle ceuvre. tres justement populaire, ou
la pensée a je ne sais quoi de vaporeusement mélancolique, avec des retours
subis a la joie. C’est fort beau, assurément, mais je ne crois pas exprimer
une opinion sacrilége en disant que Mozart est plus humain. Raoul Pugno,
du reste, fait chanter l’excellent et sonore Pleyel qu’il avait & sa disposition
avec non moins de virluosilé ailée dans le Concerto de Grieg que dans celui
de Mozart.

Le Monde Musical, 30 Octobre 1907.

En vérité, le public montra plus d’enthousiasme quand vint l’adorable
shantre de Mozart avec son Concerto en mi bémoil. On connait l’éloquence