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Médias

Fait partie de Distribution solennelle des prix faite au Collège de Périgueux [...] le 28 août 1813

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DISTRIBUTION SOLENNELLE
DES PRIX,
Faite au Collège de..Férigueux, par JM. le Recteur de
/’Académie 'de Bordeaux, le 28 août i8i3.

J_ja dernière séance des ëxercîces publics, a commencé
par l’examen des cours d’histoire et de géographie, bran-,
ches d’enseignement trop long-temps négligées dans ce
collège. Le public a paru très-satisfait de la manière
nette et précise avec laquelle les élèves ont répondu ; et
ce n’est pas une des moindres améliorations opérées par
l’administration actuelle, que d’avoir introduit dans l’é­
tude de ces deux sciences l’esprit d’analyse et de mé­
thode, sans lequel on ne peut donner aux jeunes gens
que des connaissances superficielles et fugitives.
Aux examens a succédé un plaidoyer , dont le fonds,
de la plus grande simplicité, n’était cependant pas sans
intérêt. On suppose, dans la cause, qu’un père de famille,
ayant quatre fils, l’un paresseux , l’autre volage, le
troisième emporté, et le dernier complaisant à l’excès,
a fait élever chacun d’eux par un instituteur particulier.
La différence des défauts en a établi une entre les soins
des quatre instituteurs. De là des droits inégaux à la
reconnaissance du père. Celui-ci a laissé en mourant
quatre legs, l’un de 3o,ooo fr., l’autre de i5,ooo, le
troisième de 10,000 et le quatrième de 6,000 , destinés,
à récompenser proportionnellement les instituteurs de
ses'fils. Il s’agissait d’adjuger les legs. Chaque instituteur
a fait valoir ses droits, avec beaucoup de grâce et de
décence, et avec toute l’éloquence que comportait ce
jeu littéraire.
1
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Après la décision de l’affaire, le procureur impérial ,r
à la tête des avocats et des juges , redevenus comme lui
de timides écoliers, a remercié et complimenté AI. le
Recteur. Son petit discours, simple, ingénu, et pro-

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tO

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( 2 )
fioncé avecle tott du sentiment, a été couvert d’applaim
dissemens.
M. le Recteur, prenant ensuite la parole, a adressé
aux Elèves le discours suivant >

DISCOURS
De M. le Recteur de l’Académie de Bordeaux.

Jeunes Élevés ,
, Si j’ai quitté mes pénibles travaux pour venir assister
à la touchante solennité qui vous rassemble, ee n’est
pas que j’aye pensé que le zèle de vos maîtres eût
besoin d’un autre encouragement que de la satisfaction
d’avoir bien rempli les devoirs qu’ils ont contractés envers
vous; ce n’est pas non plus que j’aye cru que vous eus­
siez besoin vous-mêmes de recevoir Un autre prix de vos
efforts, que le plaisir de déposer vos couronnes dans les
mains de vos parens comblés de joie : c’est pour moi que
je suis venu, c’est pour connaître vos succès, pour en
fouir, pour vous faire entendre, au milieu de vos triom­
phes , quelques-uns de ces conseils paternels , que je
n’ai adressés jusqu’ici qu’à la jeunesse formée sous-mes
yeiix, et que mon devoir est de faire entendre à toute
celle sur laquelle reposent les espérances de la Patrie.
L’Université -, depuis sa création , a marché constam­
ment vers son- but, celui d’améliorer le système d’ins­
truction-, en ramenant tons les établissemens publics à
une étude plus approfondie des langues grecque et
latine , qa’elîe a regardées comme la base des vraies
lumières. C’était faire en apparence un pas rétrograde,
mais c’était revenir aux idées consacrées par une longue
expérience ; et s’il y a- une matière où il soit impor­
tant de consulter Fexpérierree, c’est sans doute celle
où, de la direction‘bonne ou vicieuse qu’on donne aux
premières impulsions de l’esprit, dépend celle -que
l’homme suivra dans toutes les actions de sa vie.

(3 )
_
Durant quelques années , par un amour insensé dés
nouveautés , on avait négligé, pour ne pas dire re­
jeté -, toutes les traditions qu’avaient suivies et prescrit
de suivre , à leur exemple, des Hommes Consommés
dans l’art d’instruire' l’enfance, des hommes qui,’ comme
Rollin, ayant passé leur vie entière dans l’obscurité
des collèges, s’étaient élevés néanmoins à une haute
réputation. Des Philosophes très-éclairés* du siècle1 der­
nier n’avaient pas même été à l’abri de la séduction;
ils avaient souvent répété qu’on donnait trop de temps
à l’enseignement des langues anciennes, qu’on1 sacri­
fiait ainsi les solidès instructions à dè vaines combi­
naisons de mots,- qui ne laissaient dans l’ésprit attcuné
trace.
De tels sophismes, qui flattent la paresse, pénètrent
facilement dans l’ame des enfans, toujours pressés d’a­
bandonner le chemin qu’on les forcé de suivre ; et je
ne doute pas, Jeunes Elèves, que' vods-mêmeS ne vous
soyez! impatientés plus d’une fois de ne pas' entrer as­
sez tbt dans le Sanctuaire des muses ; que vous ne véus
soyez plaints d’être trop long-temps retenus sur le'
Seuil, et qu’en' Vous obligeant dé vous traîner sur d’a­
rides règles de grammaire, on étouffait yotre imagination'
naissante , qui, séchée ainsi dans' sa fleur y fle pouvait
plus produire aucun fruit.
L’Université a dédaigné ces plaintes. Elle sait qué
les règles de la construction des langues, qui vous sem­
blent si arides, sont pourtant Ce qui vous aide à re­
présenter au dehors la succession de vos pensées. Pou­
vez-vous', si vous voulez vous faire comprendre, les
présenter au hasard, sans méthode,' avec confusion^
Ne devez-vous pas placer dans leur ordre naturel les
idées d’une action , du lieu de cette action , du temps’
de cette action? Que sont les principes de la gram­
maire, si ce n’est l’expression des rapports’ secrets dé
nos pensées ou de nos jngemens; et s’il y a quelques1
langues, qui, dans l’énonciation de ces rapports, emploient
des combinaisons moins simples ou plus profondes'que
d’autres, n’est-ce .pas à l’étude de celles-là qu’il faut
attacher.. de préférence?

( 4 )
Plus une langue est riche en pensées exprimées
par ce grands écrivains, plus les règles de l’arran­
gement des mots qui ont servi à cette expression sont
multipliées, et plus sans doute vous avez besoin de
temps pour les bien comprendre, et d’efforts de mé­
moire pour les bien retenir ; mais n’en êtes-vous pas
dédommagés par tant ce qui en reste dans votre es­
prit? Votre mémoire n'.î-î-elie retenu que des mots?
N’avez-vous pas recueilli et conservé tout ce qu’ont
pensé avant vous ces beaux génies de l’antiquité, qui
n’ont ignoré, des secrets de.l’esprit ou du cœur hu­
main , que ceux que le temps seul dévoile ? Ne sortez
vous pas de vos études , quand vous le voulez , riches
de toutes les conceptions d’hommes qui, placés sous
le ciel le plus heureux , doués de l’organisation la
plus parfaite, dans les circonstances les pins favorables
de civilisation’, de gouvernement, d’indépendance, ont
cultivé leur raison, développé leurs sentimens, étendu
leurs facultés, sans contrainte, jusqu’au plus haut point
où la nature puisse les porter, et nous ont laissé, dans
tous les arts de l’esprit , de précieux trésors et de par­
faits modèles.
Si vous n’aviez pas ces modèles, si vous étiez obli­
gés de créer vous-mêmes votre langue, que d’idées vous
manqueraient,que de sentimens pour lesquels vous n’au­
riez pas d’expressions, que de passions dont vous igno­
reriez le langage ? Voyez les nations qui n’ont pas ex­
ploité ces mines fécondes : combien leur littérature est
pauvre, leur éloquence sauvage , leur poésie rude et
grossière ; et en général, combien leur fond d’idées,
d’images, de sentimens , est borné; quel étroit horison
elles embrassent daus les vues de l’esprit, et encore plus
dans les développemens du cœur, qui dépendent, bien
plus qu’on ne le pense, de l’étendue des lumières!
Quel reproche singulier que celui de ne vous enseigner
que des mots, lorsqu’on vous fait puiser dans les sources
les plus abondantes de la plus sublime poésie, des plus
pures maximes de la morale ou de la philosophie, des
fictions les plus ingénieuses et les plus riantes , des sentiniens les plus vrais, les plusnatûrcls-etles plusprofouds?

( 5 )
Sans cloute il vous faut du travail pour vous emparer
de ces richesses; mais qu’est-ce gu’on acquiert sans tra­
vail ? Félicitez-vous du moins, Jeunes Elèves, que ce
soient les premières années de votre vie, que vous pas­
siez à dévorer les épines, et que vous n’ayez plus ensuite
qu’à exprimer le suc des fleurs. Vos premières années
se perdraient dans des jeux enl'aulÎDS, dans une oisiveté
frivole, dans une inapplication de vos facultés, qui vous
rendrait dans la suite toute contrainte insupportable. Pour
avoir passé votre enfance dans une entière liberté, vous ne
pourriez pins jouir de votre jeunesse ou de votreâge mûr.
Inhabiles aux emplois de la société, que vous seriez néan­
moins forcés de remplir, vous n’y porteriez qu’incapacitë, qu’indififëreDce, que dégoût; vous vous traî­
neriez avec ennui dans des carrières qu’il faut parcou­
rir avec gloire pour s’y attacher. Votre vie serait
avortée , et ce serait bien vainement que vous vou­
driez alors refaire votre éducation vous-mêmes. Ce
n’est pas quand la saison de la moisson est venue, qu’il
faut jeter en terre des semences qui n’y germent plus.
C’est une vérité que n’ont pu étouder les sophisme»
élioqoens d’un écrivain célèbre, qui, s’occupant trop ex­
clusivement du bonheur de l’enfance, semblant avoir
oublié que notre destination n’est pas d’élre enfens,
mais d’élre hommes , et que la société réclamant tontes
nos forces, ce n’est que quand nous pouvons les loi
consacrer , que noire destination est remplie , que nous
avions acquis la plénitude de notre existence., et que
nous avons droit de demander qu’elle soit heureuseCe js'est pas cependant que je veuille dire qu’il vous
faillie employer toute votre enfance à ces uniques études.
Ou s’y bornait autrefois, ou ne voulait point i’éîa.le
des sciences abstraite. A ce premier essor de l’imaginadiom, on aurait craint de l’etfaroœciiier, delà vieillir trop
tôt par la sécheresse des calculs , de forcer trop tôt les
esprits à être droits et justes, â rachereber eu font la
sévère vérité, et à perdre ainsi le charme fflss illurioms et
dssespéranoeî-. On pensait qu’il fallait emmieller les bords
du rare , avant de faire boire la liqueur amère qu’il ©wuîâeœi. Mas les temps sont change», et quoique FCni-

( 6 )
vprsité soit très-couvaincue que l’ancienne méthode était
bonne, quoiqu’elle pense que ce n’est qu’en étudiant
iong-temps Virgile, qu’on apprend les secrets de l’ad­
mirable langue de Racine; que ce n’est qu’en médi­
tant long-temps .Cicéron, qu’pn découvre tontes les
beautés de l’éloquence de Daguesseau où de Bossuet;
que pe n’est qu’en relisant cent fois Sallustp ou Tacite,
qu’on pénètre toute L’étendue du génie de Montesquieu;
que ce n’est enfin qu’.en suivant le conseil d’Horace ,
d.e tenir nuit et jour dans ses mains tous les grands
écrivains de la Grèpe ou de Rome, qu’on se forme à
la vraie justesse des idées, à la force des raisonnemens, à la grâce de l’expression, et à la sévère pu­
reté du goût, qui brillent dans ces divins modèles;
elle ne veut pas néanmoins, dans ses plans d’enseignenient, vous .ÿ occuper tout entiers. Elle sent que votre
instruction ne peut plus avoir cette marche lente et
graduelle, que permettait autrefois l’état ancien et stable
de la société. ‘
Il vous faut, en effet, Jeunes Elèves, dévorer le
teprips. Les besoins dp la Patrie réclament de bonne
heure vos services, ils pressent lp développement de vo­
tre intelligence, <jn n’attend pas l’entière maturité de
votre raison , pour vous revêtir de la toge virile ; il faut
que vous sachiez à vingt ans, ce qu’qji savait jadis à
trente , parce qu’on a besoin, dans toptes les carrières,
d’hommes en qui l’ardeur fasse naitre le talent, et an­
ticipe l’expérience; et cela convient à l’extrême acti­
vité imprimée apx pvénemens et aux affaires du nou­
veau siècle, de ce siècle de prodiges, dont quelques années
seulement remplissent déjà plus de pages de l’histoire,
que les plus longues périodes des pgps precédens.
Mais ne vous effrayez pas de la rapidité qu’on exige
dans la marche de votre éducation ; ne vous effrayez
pas de ce qu’qn veut que vous embrassiez à la fois, dans
Je cercle de vos études, les lettres, les sciences, et
mèmequelques-uns des arts d’agrément, qu’on ne regardait
ancipnneipent que comme des dplassepiens d’occupations
plus grades et plus importantes : tant dp inains secoùrablps
Vous srint tpndues pour vous soutenir, dans vos efforts !

( 7 )
Songez que vous êtes arrivés à une époque où tes
plus grands génies ont, dans toutes les sciences, simplifié
les méthodes , analysé les principes , réduit en quetquç
sorte tous les résultats à des faits ou à des calculs ; où,
dans les lettres, ils ont posé ces règles invariables, puisées
dans la nature et dans la raison , qui déterminent les li­
mites que l’imagination ne doit pas franchir, et servent
de guides pour apprécier les beautés des ouvages litté­
raires que le goûta avoués, et que le temps a rendus
classiques ; où, dans les arts, ils ont rectifié les théories,
perfectionné les procédés , fixé les idées du beau , et
prévenu tons les écarts des imaginations déréglées.
Ces grands développerons de I’eprit humain rendent
votre éducation plus facile et plus courte , parce que vous
n’avez qu’a apprendre ce que d’autres ont connu, et qu’a
parcourir des chemins déjà frayés. Les Euler, les La­
grange ont tracé des routes si lumineuses, que néces­
sairement on doit arriver plus vite au terme. Loin
donc de vous plaindre de ce qu’on exige beaucoup dé
vous, et de ce qu’on tâche de vous rendre le plus pro­
fitables possible les belles années que vous consacrez
à votre. éducation , loin de vous plaindre de ce qu’on
vous fait acheter de légers succès (fenfance à trop haut
prix , croyez, au contraire, que, s’il y a un défaut dans
les études actuelles, c’est de n’ctre pas assez fortes. La
siècle marche plus vite que les écoles, et l’on trouve,
quand on entre dans le monde, des inventions, des
découvertes, des progrès dont on ne se doutait pas.
L’Université a bien exigé que les écoles publiques fus­
sent toujours au niveau des connaissances acquises;
mais elle ne peut y mettre l’éducation paternelle, elle
ne peut empêcher que les soins trop craintifs, la sen­
sibilité trop inquiète des mères, ne retardent l’essor de la
première enfance, ne prolongent trop l’inapplication,
et ne rendent plus pénibles les premières instructions
qu’elle doit recevoir. Les sentimens les plus louables
ont leurs .excès, et c’en est certainement un, qui n’est
pas même en harmonie avec le reste de nos mœurs
que d’écarter avec tant de sollicitude, du premier âge,’
les fatigués de rattentiou , tes gênes' de l'obéissance ,

(8 )
lorsque l’âge mûr doit s’en faire une si constante ha­
bitude.
Au reste, Jeunes Elèves, ces succès, que vous croyez
trop payés peut-être, en considérant le travail qu’ils
Vous ont coûté, ne sont-ils pas le présage et même le
germe de ceux que vous obtiendrez un jour? Votre
ambition future doit naître de vos premiers triomphes.
Vous avez le bonheur d’être nés à une époque de gran­
deur et de gloire, où le talent peut aspirer à tout ,
parce que le Souverain qui est appelé à le récompen­
ser , est précisément celui qui peut le mieux le juger , et
qu’ayant élevé son peuple au plus haut point de re­
nommée, il veut que la génération nouvelle se mon­
tre digne d’un si brillant héritage. Vos espérances ne
doivent donc être arrêtées par aucune barrière. Une
noble émulation doit enflammer vos jeunes courages ;
vous devez chercher non-seulement à défendre, mais
à soutenir, par tous les genres d’illustration, l’éclat du
trône qu’il aura laissé tout resplendissant de gloire, et
à rendre, par un dévouement sans bornes à son auguste
héritier qui doit y montrer un jour, le prix des bien­
faits que vous aurez recueillis de tant de travaux , de
tant d’actions mémorables , et d’un génie si constamment
employé, au bonheur des Français.
L’avenir ne nous est pas dévoilé; mais, suivant tous
les calculs humains, vous devrez trouver, en entrant
dans les carrières que vous êtes appelés à parcourir,
la monarchie relevée sur tous ses fondemens, un ordre
de choses paisible et stable , qui vous laissera le pouvoir
de fixer vous-mêmes vos destinées. Vos përès ont vécu
dans une situation vague et agitée; la vôtre, plus heu­
reuse, ne vous laissera plus même le souvenir des longs
bouleversemens dont ils ont été témoins. Ce Sera le temps
de réaliser les espérances que vont faire concevoir de
vous ces couronnes que vous attendez avec impatience,
et que vos mères attendries désirent plus impatiemment
encore de voir poser sur vos fronts.
Je crains de retarder ce moment de joie et debonheur,
qui est payé do toutes les privations qu’elles s’impo­
sent pour vous ; mais qu’il me soit cependant permis,

( 9 )
avant de finir, de vous rappeler que ce département a
vu, il ÿ a quelques années, briller le collège de Péri­
gueux par le nombre des élèves qui le fréquentaient.
Les bons principes littéraires y étaient enseignés, et les
sciences mathématiques y étaient professées avec éclat.
Plusieurs des jeunes gens qui s’y sont formés, parcourent
aujourd’hui avec succès les diverses carrières qu’ils ont
embrassées. Pourriez-vous laisser dégénérer cet établis­
sement, lorsque vous avez l’avantage d’être dirigés dans
vos études par des maîtres non moins zélés, non moins
laborieux que leurs prédécesseurs; dont quelques-uns
me sont déjà connus par leurs talens distingués, et tous
par des vertus modestes, un dévouement absolu à leurs
devoirs, un abandon entier de leur temps, de leur repos,
de leur volonté à la tâche honorable mais pénible dont
ils se sont chargés; lorsque vous avez à votre tète un
chef qui, à une longue expérience de renseignement,
joint la fermeté, qui sait réprimer les écarts où peut
tomber la jeunesse, et en même temps l’indulgence qui
sait les excuser et en effacer le souvenir ; lorsque vous
êtes placés sons la surveillance supérieure de pères de
famille choisis parmi les plus recommandables de vos
concitoyens, qui, en mettant leurs enfans parmi vous,
vous donnent des gages bien certains de l’ïntérét qu'ils
vous portent, et de la sollicitude avec laquelle ils re­
chercheront tons les moyens de vous assurer nne solide
iBstrncîion , ea même temps que tous les soins aîtenti&
d’une affection tendra et vigilante ; lorsqu’enfin vous
avez pour juge de vos progrès , le vertueux administrateur
qui est ici l’organe des volontés du Souverain, et que
vous m'ignorez pas avoir été arraché-anx hantes sciœces
qui taisaient ses délices, et qui eussent lait sagîoirc, .s’il
m’eu. trouvât pas une pins pure encore dans le sacrifice
qu'il a fait de ses goûts tes pins chers à soc noble dévouee®B3î à la chose publique.
Pourrais-je crainte, Jeunes Elèves, qu’avec faut d©
sseouis et de sâ précieux exemples, vous laissassiez d’im-

fooSœte parmi vous une discipline relâchée, des mœurs
æwrafeaaas ou équivoques, des doctoünes iradigienses,
*ffisist csqmi ©te â FetaÉsaee sou charme, à la jeunesse soa

( 10)
énergie, à l’âge mûr l’élévalion de sentimens, la cons­
tance dans les travaux, le courage dans les dangers, la
fermeté dans l’infortune; qualités qui ne furent jamais le
fruit que d’une institution vigoureuse, et dirigée sur des
principes sévères. Non , non , j’espère que vous ne croirez
jamais que les lumières puissent réparer la corruption du
cœur, et je rends assez de justice aux sentimens que ce
jour même'doit faire naître en vous, pour penser que les
couronnes que vous serez le plus flattés d’obtenir sont
celles qu’on accorde à l’excellence de la conduite; ce
sont du moins celles que vos maîtres auront le plus de
satisfaction de vous donner, et qui leur paraîtront leur
plus douce récompense.
Ce discours, prononcé devant un nombreux andi-r
toire, .et écouté dans le plus grand silence, a produit
I’etlet naturel qu’il devait produire sur une assemblée
éclairée, composée en partie des pères et des parens des
élèves. Des àpplaudissemens mille fois répétés ont été
l’expression unanime des sentimens dont tout le monde
s’est senti pénétré , en voyant le tendre intérêt que daigne
prendre à l’instruction de l’eutanee et de la jeunesse,
un homme si recommandable par ses qualités aimables,
ses rares taIeus .et ses vertus. Son discours nous a paru
de nature, non-seulement à faire sentir le prix de l’édu­
cation actuelle, mais encore à inspirer aux pères de fa­
milles le désir de placer leurs enfans dans le premier
Collège de l’Académie, dans cette maison où les prin­
cipes, rappelés par M. le Recteur, sont la règle de con­
duite de tous les maîtres.
M, le Principal a répondu en peu mots, sans cependant
rien omettre d’essentiel. Nous regrettons que sa mo­
destie se soit refusée à nous communiquer l.e discours
qu’il a prononcé. C’était, d’une part, un remerciement
gracieux adressé à M. le Recteur,, pour le témoignage
honorable qu’il venait de rendre aux dilfcrens maîtres
du Collège ; et, de l’autre, une Invitation touchante, à
MM, les Régens et à tous les élève?, de mériter, les
uns par leur dévpuement, tes autres par leur docilité .

( II )
que M. le Recteur revienne souvent visiter ce College,
où sa seule présence suffit pour stimuler les étudians et
récompenser les maîtres. Les applaudissemens de ras­
semblée ont dù faire sentir à M. le Principal > qu’elle lui
savait gré de son discours et des améliorations déjà
opérées par' lui dans le Collège.
Cette séance intéressante a été terminée par la distri­
bution des prix : elle s’est faite au bruit des fanfares.
M. le Recteur, par Paccueil vraiment paternel qu’il a
fait à tous les vainqueurs, en honorant l’un d’un doux
sourire, Fautre d’un mot flatteur, et tous de quelque
marque touchante de bienveillance et de bonté , a laissé
dans ces jeunes ajtnes des souvenirs qui ne peuvent man-r
quer de tourner à l’avantage des études.

LISTE GÉNÉRALE DES PRIX.

( 16 )

PRIX DÉCERNÉS PAR M. LE MAIRE.
PRIX de Mérite dans tout le Collège.
Pierre Raynaud , de l’Isle.
PRIX de Conduite dans tout le College.
François Durieux, du Grand-Brassac.
PRIX d’Emulation.
Michel Durand - Durepaire , de St.-Front-d’Alemps.

A PÉRIGUEUX,
Chez F. Dupont , Imprimeur de la Préfecture.