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Médias

Fait partie de Poésies fugitives

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--

POESIES
FUGITIVES
D E

BERNARD BONNET - DURAISSE

i

DE
PÉRIGUEUX.

A PÉRIGUEUX,
De l’Imprimerie de L. Canler.

tss 5

A MONSIEUR

MOR^YROL -SOULE LIE,
Employé à la Préfecture.

C’est à toi, Cher Ami, que je dédie ces
Opuscules fruit de mes loisirs : la tâche que je
me suis imposée est pénible pour un homme

dépourvu des talens* qui caractérisent le poëte.

Si je n’ai fait que de mauvais vers , plains mon
délire ; mais regarde le don que je t’offre comme
itine marque sincère de mon amitié.

B. Bonnet-Duraisse.

1

ODE
SUR

/

P

L’AVÉNEMENT DE BONAPARTE
'
A


.
LA COURONNE

IMPÉRIALE.

L’orage est dissipé
Non : mes yeux ne m’ont point trompé ,
Il ne peut fondre sur nos têtes.
Français ! le présage est heureux.
L’éclair, la foudre, le tonnerre,
Images de la guerre,
Ne voilent plus l’azur des cieux.
Quel Astre aujourd’hui nous éclaire,
Et se montre à nos yeux ?
Quelle est la force de ses feux
C’est à l’éclat de sa lumière
Que nous devons des jours si beaux;
Il n’a d’autre but dans sa course,
Que de tarir la source
Qui donna naissance à nos maux,.

-

( 6 )
O champs, ô peuples d’Ausonie
Oubliez vos malheurs,
Le français vient sécher vos pleurs !
11 paraît : la guerre est finie :
Nos drapeaux des bords du Tésin
Bientôt voleront jusqu’au Tibre;
Nos Héros d’un pas libre ,
Verront le Danube et le Rhin.

Les Monts irritent ton courage ;
Le Pô subit tes lois:
La ligue coupable des Rois,
Expire en dépit de sa rage.
Ton bras vainqueur guidé des Dieux,
Consolide la République ;
Et l’Aigle Germanique

Baisse son vol audacieux.

Par toi, la France e t appaisèe;
La discorde s’enfuit ;
Et dans les ombres de la nuit,
S’ensévelit épouvantée.
Par-tout renaissent les plaisirs:
La paix rétablit son Empire ;
Et du cœur qui soupire ,
Sa douceur prévient les désirs.
Vous, qu’autre fois vantait la Grèce
Paraissez sur les rangs.....
Législateurs, Rois , Conquérans’,
Eûtes-vous la même sagesse ?

1 -

---------

(7)
Montrâtes-vous plus de talens ?
Dites-moi si votre patrie ,
Produisit un génie
Propre à former de plus beaux plans ?

Mânes des Trajans, des Augustes,
Sortez de vos tombeaux.....
Quoique dans ses jours les plus beaux,
Rome vous mit au rang des justes;
Vous vit-elle toujours régner
Sans faire abus de la puissance?
Du Héros de la France,
Venez apprendre à gouverner !
Que de l’invincible Alexandre .
On taise les vertus,
Des Marc-Aurelles, des Titus; : :
Nous voyons renaître la cendre.
Ils sont vivans dans le Héros
Qui s’armant pour notre défense,'
Fait goûter à la France
Un doux et paisible repos.

;

'■j

Bonaparte , puissant génie
Sois toujours généreux ,
Achève de nous rendre heureux....
C’est le désir de la Patrie :
Tes ennemis sont tes sujets :
Tu vois leur fureur abattue;
Leur rage confondue ;
Les Dieux secondent tes projets.’

8

( 8 )
Règne en Souverain'sur la France;
Nos vœux sont prononcés.
Quel bonheur ! ils sont exaucés...».
Guidés par le reconnaissance,
Nous bénissons cet heureux jour;
Et nos neveux dans un autre âge,
Instruits par notre hommgge ,
Te consacreront leur amour.
Ton nom consigné dans l’histoire J
Suivra l’aîle du temps ,
Du léthé les flots ondoyans,
Feront surnager ta mémoire ;
Déjà mille peuples divers,
Fameux héros de la victoire !
Font retentir ta gloire
Sur tous les points de l’univers.

■'--^Zdsà

( 9 )

ODE
Contre, les Anglais.

Quels fléaux imprévus menacent ma patrie !

Qui souffle dans son sein cet amour des combats ?
Quel peuple de la terre accourt dans ses débats,
Aux cris tumultueux de Bellone en furie?
Quels sont nos ennemis ? quelle main vengeresse
Sur les mânes sanglans d’un peuple belliqueux,
Fondant un vain empire, en faveur de ses vœux ,
A pris soin de guider le char de la déesse ?
On avance à grands pas : j’entends le bruit des armes.
Un nuage poudreux s’élève dans lès airs...
De nombreux bataillons plus prompts que les éclairs
Dans nos fertiles champs répandent les alarmes.

- Mars est armé : ses cris épouvantent la terre.
La discorde le suit montrant un air joyeux,
Déchire son manteau , et d’un ton belliqueux ,
Du guerrier redoutable enflamme la colère.
Quel horrible appareil ! où chercher la défense ?
Un foiiet sanglant en main, et les cheveux épars,
Sur un char attelé, l’épouse et sœur de Mars,
S’élance comme un trait, et fend la plaine immense,
B

( 10 )
Les coursiers l’œil en feu , la crinière flottante ,
Frappent du pied la terre, impatiens du frein,
Et d’ardeur emportés , franchissent le terrein,
Humides de sueurs et la bouche écumante.
Artisans de nos maux, Anglais, héros du crime,
Pouvons nous demander où tendent vos désirs?
A répandre le sang, goûtez-vous des plaisirs !
Parlez.... et montrez-nous un motif légitime.
Du dernier des Bourbons embrassant la défense
Avez-vous prétendu recouvrer ses états;
Et du trône souillé des plus noirs attentats,
Relevant les débris, rehausser sa puissance?

C’est trop long-temps compter sur un espoir frivole.
C’est trop long-temps nourrir une coupable ardeur.
Si contre Porsenna, Rome eut un défenseur,
La France à des héros semblables à Scévole.
La France , à votre aspect, n’a qu’à frapper la terre.
Des millions de bras enfantés dans son sein,
Imitant l’union d’un bourdonnant essaim ,
Se lèveront d’accord pour punir l’Angleterre.
Quand l’orgueilleux Toscan, sous les remparts de Rome,
Vient défier, armé, ses guerriers au combat,
Il n’avait pas prévu, que son bras succombât
A l’intrépidité que fit voir un seul homme.

Epuisez vos trésors, épuisez vos largesses....'
Soulevez contre nous les divers potentats
Que l’Europe contient dans ses vastes états ;
Et sous leurs boucliers, caçhez-nous vos faiblesses.

( 11 )
A votre appel, les Rois ont marché sur la France.
Leur sotte vanité comptait sur des succès.
Mais voyant d’un seul choc leurs bataillons défaits»
Ils ont fui dans leurs murs chercher une défense.

Bientôt ils ont tremblé sur les marches du trône.
Le mal s’est fait sentir dans ses plus forts accès. Alors ils ont cherché leur salut dans la paix;
La paix leur a sauvé la vie et la couronne.

J’ai deviné le but où tendent vos harangues.
C’est un peuple opprimé par un peuple oppresseur
Qui cherche à repousser un terrible agresseur,
Jaloux de lui ravir la terre des sept langues;
Qui fait siffler sur vous les serpens de l’envie,
Se porte de sang-froid aux plus cruels excès,
Et succombe accablé du poids de ses forfaits.
Peuple féroce !.... Anglais comprenez l’ironie.

Je remonte plus haut : je vois la politique
Vous dicter son arrêt : « des bords de l’Orient
„ Jusqu’aux extrémités de l’immense Océan
ji Exercez, vous dit-elle, un pouvoir despotique.
«Contentez mon désir, ma volonté suprême,
» Régnez en souverains sur l’Empire des mers.
„ Que tout vous soit soumis dans ce vaste univers;
„ Les peuples et les rois, et l’onde et les vents même,

Insensés!!.. Pouvez-vous séduits par ce langage»
Poursuivre la fortune en ces climats lointains,
Et croire qu’à vous seuls les propices destins,
Daigneront accorder un si riche apana^F^

/
( 12 )
Quels tas d’or prodigués à de vils mercenaires !
Que d’assassins nombreux qu’enferiîiaient vos prisons
Vomis sur notre sol, ont versé les poisons
Préparés dès long temps par vos mains sanguinaires
Mais sous un bras de fer, les mains qui les broyèrent
Tomberont d'un seul coup, et le Français vengé,
Dira dans son transport : « si je fus outragé,
» Les Anglais ont subi le sort qu’ils méritèrent ».

11 se rappelle encor l’exécrable journée
Où la flamme à la main, marchant vers nos vaisseaux,
Pour arrêter l’effort des braves provençaux,
Vous changiez en volcan la méditerrannée.
De votre lâcheté voilà quel fut l’ouvrage.
O tigres dévorans ! ô monstres des enfers ,
Scélérats consommés, fléaux de l’univers,
Qui put vous exciter à cette aveugle rage ?
Était-ce pour cacher une honteuse fuite?
Était-ce le dessein d’éterniser ces bords ?
Ma; quelle excuse peut justifier vos torts?
Ah!- tremblez: le Dieu Mars est à votre poursuite".

Rives de l’Océan, plaines de la Vendée,
Climat infortuné teint du sang des français ,
Retracez à nos yeux, la fureur des anglais,
Des brigands dont on vit votre terre inondée.
Paisibles habitans du jardin de la France,
Autrefois occupés du soin de vos troupeaux,
Qui vîtes si long-temps régner dans vos hameaux,
Avec le tendre amour, la paix et l’abondance.

( 13 )
Vous qui nous rappeliez le inonde en son enfance,
Et qui n’eûtes jamais de criminels désirs,
Vous dont les douces mœurs , les champêtres plaisirs,
Faisaient votre bonheur, charmaient votre existence.
Vous qui vîtes le fils armé contre le père,
De la haine et du crime empruntant les secours,
Donner le coup mortel à l’auteur de ses jours,
Dites, qu’aviez vous fait aux bourreàux d’Angleterre?
D’un barbare intérêt déplorables victimes,
Mânes qui viellissez dans la nuit des tombeaux,
Aviez-vous pu prévoir ce déluge de maux
Vomis par les enfers, médités par les crimes?

Fallait-il voir un jour la fille avec la mère,
Succomber sous le fer de lâches ennemis ?
Le père mutilé dans les bras de son fils,
Le frère assassiné sur le corps de son frère ?

Fallait-il voir un jour la Loire ensanglantée,
( Ainsi que l’achéron qui coule aux sombres bords ),
Pour un plus grand tribut apporter des corps morts
Que repoussait au loin la mer épouvantée ?

Souvenirs trop cruels ! fuyez de ma mémoire...;
Suspendez de ma voix les accens douloureux...
Pourquoi me rappeler de ces jours malheureux,
La trop fatale hélas ! et véridique histoire.
, Anglais, l’impunité couronnant votre audace,
Nourrit encor vos cœurs d’un orgueil insensé !
Le vainqueur de Memphis tant de fois offensé,
N’ose-t-il sur les flots imprimer une trace?

( 14 )
Courbera-t-il le front comme un timide esclave,
Sous le joug oppresseur d’un peuple de marchands?
Craint-il pour l’attaquer, et la mer et les vents ?
Sa main cedera-t-elle à la main qui le brave ?
' Fais partir tes vaisseaux , et commande à Neptune,
Que j’entende au Lointain les cris des matelots.
Oppose ton courage à la fureur des flots ,
Et vole en Albion , guidé par la fortune.

SONNET.
Partout on entendait le bruit confus des armes.
Le carnage et le sang animaient nos soldats:
Ils bravaient les dangers, ils volaient aux combats ;
Et malgré ses horreurs, la guerre avait des charmes.
Dans nos paisibles champs, étrangers aux alarmes,
Nos Héros fatigués attendront le trépas.
Le père va serrer son fils entre ses bras....
Un Dieu consolateur vient essuyer ses larmes.
On n’entend plus le bronze, et le glaive émoussé
Dort au sein du repos de fatigue lassé.
L’avenir nous promet des biens doux et tranquilles ;

Ces jours seront suivis de jours plus beaux encor..;
Thémis est parmi nous , elle habite nos villes ;
La paix, la douce paix ramène l’âge d’or.

( 15 )

A

JULIE.

Quand tu m’aimais mon sort était trop beau;
Aux Dieux il aurait fait envie.
Mais tu changeas , infidelle Julie ;
Et du bonheur pour moi s’éteignit le flambeau.
D’un autre amant plus aimable que moi,
Aujourd’hui tu portes les chaînes.
11 est heureux de tes promesses vaines..;
Mais qu’il est fou de compter sur ta foi !...

Feuille de rose est ton image...'
Tu lui disputes la fraîcheur;
Mais, comme elle , un souffle volage
T’emporte au gré de son ardeur.
Mais quel est le sort de la rose !.
Zéphyrs, papillons libertins
Baisent un jour sa corolle mi-close ;
Elle est bientôt après l’objet de leurs dédains.

P. Marchet ( de Bergerac ).

( 16)

Réponse faite au nom de Ju lie,

Parodie.
Je l’avoue avec toi: ton sort était trop beau.

Des mortels et des dieux il excitait l’envie.
Tes soupirs, ton amour attendrirent Julie;
,Tu vis de ton bonheur s'allumer le flambeau.
Mille amans eurent beau m’assurer de leur foi,
Se jeter à mes pieds, me demander des chaînes ;
Je les dédaignai tous, peu sensible à leurs peines ;
Je ne pouvais aimer: mon cœur était à toi.
Contente de tenir toi seul dans l’esclavage ;
Aux autres je laissai la liberté du cœur.
Mais, ô regret mortel ! un perfide , un volage
Me fait mourir vingt fois pour prix de mon ardeur.

Tu vois dans ma beauté l’emblême de la'rose.
Comme le papillon et les zéphyrs badins,
Tu peux la dédaigner alors qu’elle est éclose ;
Mais seras-tu toi-même exempt de- ses dédains ?

"""


( 17 )

Envoi à L** en lui envoyant deux myrthes.
(Croissez dans un nouveau bocage,

Jeunes et tendres arbrisseaux.
Croissez à l’abri de l’ûràge ;
Et puissiez-vous, imitant lés roseaux
Qui s’entrelacent dans les eaux,
Des vrais amis tracer la douce image.

STANCES

LIBRES

A Initus qui ne cessait de me vanter
la beauté de sa figure.
Trop sensible à l’amour,

Le beau Narcisse un jour
Contemplait sa figure
Dans le cristal d’une onde pure.
Bientôt il connut sa beauté,
Et son œil enchanté,
Lui retraçait l’image
Des nymphes du bocage.

L’onde, ô surprise extrême !
Satisfit tellement ses yeux,
Qu’aussitôt de lui-même
Il devint amoureux.

( 18 )
Les Dieux ayant horreur
De cette incestueuse flamme,
Condamnèrent son ame
A passer de son corps dans celui d’une fleur.'
Son criminel amour
Causa cette métempsycose.
1** crains à ton tour
Une telle mémmprphose.
.

__

-

ÉPIGRAMME

Au même sur l'amitié qu il ^ajfectait de me
faire paraître.
"Vous possédez un cœur

Comme je n’en vois guère :
Il brûle d’une ardeur
Tout-à-fait étrangère.
C’est un brillant flambeau
Dont la mèche est petite :
Il s’allume très-vite ,
Et s’éteint aussitôt.

AUTRE ÉPIGRAMME

Au même qui m avait provoqué à un combat
littéraire.
Tel qu’un haut pin caché dans les nuages}

Et dont le front audacieux
Semble , insultant les cieux ,

t

( 19 )
Braver le séjour des orages ;
En vain crois-tu , téméraire Initus,
Dans ce combat signaler ton courage ;
Envain d’avance exiges-tu l’hommage
Que le vainqueur exige des vaincus.
Quoique de Goliath (a) tu sois l’enfant posthume,
Ta mort, n’en doute point, est au bout de ma plume.

ÉPIGRAMMES

Traduites d'Auionne.
.Armatam vidit Venerem Laçedemone Pallas.'

Nunc certemus, ait, judice vel Paride.
Cui Venus, armatam tu me temeraria temnis,
Quæ, quo te vici tempore, nuda fui.
Pallas voyant Venus armée
D’un courage guerrier se sentit animée.
« Plus de retard : combattons, dût Paris
„ Décider de cette journée ».
« Quoi ? vous osez encor me faire des défis !
„ Avez-vous oublié que je vous ai vaincue,
„ Alors même que j’étais nue » !

(a)

Allusion à sa taille gigantesque.

( 20 )

AUTRE.
Deformem quidam te dicunt crispa , at ego illud
Nescio , mî pulchra es ; judice me satis est.*
Quin’etiam cupio, junctus quia'zelus amori est,
Ut videare aliis fœda, décora mihi.
J’entends quelque bouche infidèle
Dire que vous n’êtes point belle.
Pour moi je n’en crois rien , car je suis votre amant.
Nul objet à mes yeux n’est plus beau, plus charmant ■"
Et comme avec l’amour marche la jalousie,
Puissé-je être le seul qui vous trouve jolie.