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Fait partie de Charles Charpentier à ses concitoyens
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Je me présente à vos suffrages; voici ma profession de foi :
Je prends pour devise : pas d’anarchie... pas de réaction...
Je suis homme d’ordre.
Je n’appelle pas homme d’ordre celui qui veut entraîner
brutalement et sans étapes l’humanité sur la voie du progrès
qu’elle doit parcourir, mais parcourir pacifiquement.
Je n’appelle pas homme d'ordre non plus celui qui prend
une forme de gouvernement à l'essai, qui l’accepte provisoire
ment, sous bénéfice d’inventaire, sous toute réserve de fait et
de droit.
L’homme d’ordre pour moi est l’homme du progrès prudent
et continu , l’homme de la constitution comprise avec loyauté,
interprétée répuhlicainement dans ses conséquences.
L’homme qui, aimant la constitution pour ce qu’elle sera,
plus peut-être que pour ce qu’elle est, veut qu’elle se déve
loppe et non qu’elle s’étiole ; veut la faire grandir et non l’am
puter.
,
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Vous êtes républicain? me dira-t-on.... Je réponds oui!
Vous avez été légitimiste? ajoutera-t-on.... Encore oui, j’ai
été légitimiste... même légitimiste démocrate, personne ne le
contestera, à une époque où beaucoup de républicains étaient
républicains aristocrates.
Mon présent dément-il mon passé? Non.... Il en est le eorrollaire, la conséquence logique.... Je m’explique :
II n’y a jamais eu pour moi que deux formes de gouvernement
raisonnables : l’une découlant d’un principe de vérité relative
s’appelant monarchie héréditaire ; l’autre émanant d’un prin
cipe de vérité absolue, et s’appelant république.
Un peuple peut-il arriver de prime-saut, et sans préambule,
à l’application du principe de vérité absolue? Non. Le temps
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est le grand édificateur de la vérité pure; l'homme ne nait pas
à trente ans; la France n’est pas née âgée de quatorze siècles.
La France a dû d’abord faire son territoire. La monarchie
peut être conquérante; la république ne doit pas l’être.... La
monarchie seule pouvait le créer; elle l’a créé.
La France devait fondre dans son unité morale les mœurs,
les coutumes, les lois de ses provinces, comme elle avait
fondu dans son unité matérielle les provinces elles-mêmes.
Centre d'unité, la monarchie seule pouvait constituer l’unité....
Elle l’a fait, glorieusement fait.... Ne renions pas le passé en
nous emparant de l’avenir...
Voilà pourquoi j'étais, en 1850, légitimiste dé toute mon
ardeur de dix-huit ans.
En 1848, la république a été proclamée.
Je ne l’ai pas subie.... Je ne subis rien....
Je l’ai accueillie comme on accueille à son foyer un hôte
qu’on n’attend pas, qu’on espère presque, auquel on tend au
moins loyalement et cordialement la main.... Je ne sais pas la
tendre autrement.
Je l’ai acceptée sans effroi.... Je n’ai pas peur du peuple...
moi.
Sans répugnance,... Ce qui me répugnait avant tout... c’é
tait le système bâtard, illogique et corrupteur des dix-huit
ans, y compris son cortège d’apôtres, d’exploiteurs, et son
bagage de quasi-principes, de mensonges et d’astucieuses fic
tions.
Je l’ai acceptée, parce que je veux, homme de principe,
qu’une société soit conduite par un principe ;
Parce que le principe monarchique, mort depuis dix-huit
ans , ne peut être remplacé que par le principe républicain ;
Parce qu’un peuple déclaré majeur ne redevient pas mi
neur;
Parce que, constitué sous les auspices d’un seul, mais pour
tous, puisque tous ont aidé, l’état constitué définitivement
appartient à tous ;
Parce que la monarchie, morte en dix-lmit cent trente, a
laissé un héritage et un héritier..., et que cét héritier; c’est le
peuple et non pas le premier venu.
‘ Voila pourquoi j’ai accueilli la république. La forme répu
blicaine adoptée, tout est-il dit? Hélas non.... Cette.forme
doit avoir scs conséquences; il faut qu’elle se manifeste par
des améliorations pratiques. Une belle devise ne cicatrise pas
les plaies de la société. Celui qui souffre se contente peu d’un
mot, et on souffre en France.
Le propriétaire souffre. S’il doit, l’usure le dévore; s’il ne
doit pas, grâce à l’impôt, il relire deux et demi d’un capital
qui vaut cinq.
L’ouvrier cultivateur souffre...; ses salaires, prélevés sur un
revenu de deux et demi, sont infimes comme le chiffre du
revenu.... 11 émigre, et vient, par la concurrence, faire souf
frir l’ouvrier de ville, en le faisant et en se faisant comme lui
compagnon de la faim!
Ces douleurs sociales ont une cause unique, le défaut d’ar
gent entre les mains des propriétaires ruraux. Je ferai tout ce
qui dépendra de moi pour corriger cet état de choses, en fa
vorisant l’agriculture. Quel que soit l'embarras des finances,
je demanderai immédiatement rétablissement de banques dé
partementales et cantonnales pour venir en aide au secours des
propriétaires ruraux.
Il faut de l’argent pour organiser ces banques, me dira-t-on.
Oui, il faut de l’argent, et on en trouvera.... En Prusse on
en a bien trouvé.... Il faut en trouver... c’est urgent.
De l’argent, on peut en trouver.
Le propriétaire rural, produit et consomme ; le rentier con
somme et ne produit pas; le propriétaire paie un impôt, le
rentier n’en paie pas; j’aime mieux le propriétaire rural que
le rentier.... Je veux qde le rentier paie.
Le rouage administratif est trop compliqué; il y a trop d’em
plois, il faut en réduire le nombre.... Il y a des emplois trop
payés, il faut qu’ils le soient moins.
Je connais la valeur d'un écu dans la main du peuple, de
l’agriculteur, de l’ouvrier. Je sais quelle quantité de sueurs
honorables il représente; je sais que, produit du travail, il re
tournera au travail.
Je sais aussi que sorti des mains du travailleur pour entrer
dans le cercle vertigieux des opérations d'agiotage.... il y res
tera, il y restera pour s’accoupler à l’usure... que jamais la
moindre dc-ses petites fractions ne reviendra féconder le travail
du petit producteur,.
...... ..... .......
Je ne veux pas que l’éeu de nos ouvriers et de nos paysans
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aille rouler sur les rails du chemin de fer, ou se noyer dans
les profondeurs du canal actionné et coté.
Je veux que l’état s’empare de ces grands travaux.
Je veux au moins, s’il permet le jeu d’actions, qu’il fasse
payer les cartes aux joueurs.
C’est le moyen de ramener l’argent à sa véritable destina
tion... à l’agriculture, au travail honnête.
On a trop oublié, jusqu’à présent, celui qui ne possédait
pas. Ce long oubli doit être réparé, le pauvre doit être pro
tégé comme le riche.... Dieu est le père de tous.
Rien ne doit rester en friche dans le monde matériel, rien
ne doit rester en friche dans le monde moral; l’instruction
doit donc être gratuite, publique et obligatoire.
Je veux qu’on aide le travailleur ; le travail doit rendre
propriétaire dans une société bien organisée.
Je veux devant la loi une égalité réelle. Elle n’existe pas.
Les frais d’un procès n’effraient pas le riche; ils ruinent le
pauvre.... On renonce souvent à un droit certain... on n’a pas
d’argent pour le soutenir. Cet état de choses doit cesser.
Il ne faut pas, non plus, qu’un agriculteur puisse être ex
proprié, un pauvre ouvrier ruiné pour une dette de 50 fr.,
décuplée par les frais.
Voilà quelques idées jetées; elles ne forment pas programme;
mais tout s’enchaîne dans la vie politique d’un homme; elles
suffisent pour établir la ligne que je suivrai.
La suivrai-je avec indépendance et loyauté?
Le bourdonnement calomnieux des moustiques politiques
et des brouillons me mettront-ils de la haine au cœur, et me
pousseront-ils à un excès?
Les gentillesses intéressées des louangeurs, d’un autre côté,
me pousseront-elles àun autre excès?
Saurai-je résister aux ennemis, ce qui est facile; aux amis,
ce qui est plus difficile?
On me connaît... et ces questions ne seront pas posées....
Charles Charpentier fait ce qu’il veut faire, et ce qu’il veut
faire est ce qu’il doit faire. C’est assez.
Charles CHARPENTIER, avocat.
Périgueux.Imprimerie Favre et Rastovu.(
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