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1â
M. CHAUMEL,
HABITANT DU FAUBOURG DE LA C1TÉ-PÉRIGUEUX,
de&__ ainià.___f
Sur la Réponse qui circule sous le nom de M, GONZALES,,
curé de la Ciié, à une lettre de M. le Curé de Périgueux.
Vou s me priez, mon cher ami , de vous envoyer un exem
plaire de la réplique de M. le curé de Périgueux , à la réponse
de M. Gonzales , curé du faubourg de la Cité : vous me demandez
l’impossible. Je pense que celte réplique ne paraîtra jamais : elle
n’est pas nécessaire. La vérité triomphe d’elle-même paisiblement.
11 n’en est pas ainsi de la mauvaise foi ; elle a besoin de prendre
plusieurs sortes d’allures, de recourir à tous les genres de me
nées,’, de faire mouvoir tous les ressorts possibles pour faire réussir
ses projets abominabjes ; elle a besoin de faire du bruit pour
J
B.M. DE PERIGUEUX
C0000980658
L
( 2 )
exciter quelque mouvement ou causer quelque oscillation, qui,
comme un feu électrique , puisse élever les esprits à la hauteur
de ses sentimens : mais quoiqu’elle fasse, ses succès sont toujours
éphémères, et les traits de la méchanceté n’atteignent que leur
auteur.
D’ailleurs, mon cher ami, M. le curé de Périgueux ne se
plaint pas de M. Gonzales pour celle dernière explosiou de sa
haine obligée : il sait , m’a-t-on assuré, que le prêtre espagnol
en fonctions curiales à la Cité , n’a pas pu se refuser à apposer
sa signature au bas de sa prétendue lettre , qui est l’ouvrage
d’un prêtre marié, employé dans les bureaux de la préfecture
d’un département voisin. La reconnaissance trouve toujours quelque
sujet soumis , et elle fait souvent dès esclaves. Il est certain que
cette réponse n’a aucun air de famille avec toutes les lettres hispanico-françaises qui courent la ville, sous le nom de M. Gon
zales , et qu’elles ne sont pas enfans du même père.
Vous me demandez encore, mon cher ami, quelle impression
a faite à Périgueux cette lettre de M. Gonzales? Pour le coup,
je puis vous donner une entière satisfaction ; la voici:
M. Gouzales a distribué lui-même, autant qu’il a osé, sa pré
tendue lettre ; il en a fait hommage à MM. les professeurs de
notre Collège et à toutes les personnes qui forment sa petite so
ciété, et le nombre en est très-circonscrit, quoiqu’on y com
prenne quelques prêtres mariés et quelques protestans. Mais il
lui fallait un prôneûr. Eh bien ! il le trouva en M. D....... plus
qu’octogénaire ; et M. F........ prêtre apostat.
Cet enthousiaste zélé ramassa tous les restes de sa force vitale,
pour promener le chef-d’œuvre de génie qu’il croyait porter.
(3)
Cependant ce bon homme (d’autres disent ce radoteur), a été
abreuvé , dans sa course officieuse , de tous les genres d’humi
liations : les uns l’ont hué , honni et lui ont fermé leur porte ;
les autres l’ont noyé dans un déluge de ridicules ; presque tous
l’ont repoussé avec dédain. II. a eu beau exalter son héros , pré
coniser ses talons , répéter partout avec Boileau , que c’est
Le plus savant mortel qui jamais ait écrit......
il n’a. pas trouvé d’admirateurs.
X
La curiosité néanmoins obligeait certaines personnes à lire celte
pitoyable production de la haine impuissante ; et lorsque quel
ques-unes s’écriaient: Ce Jou semble avoir beaucoup lu $ il s’affiche
comme un savant ; lé bon homme en pleurait de joie.
Enfin , mon cher ami , tous les gens sensés, justes appréciateurs
des intentions peu charitables de l’auteur, quel qu’il soit, ne
voient en lui qu’un fat fougueux, qui s’est, comme un éuergumène , débattu dans un cércle d’inutiles méchancetés, où il s’est
épuisé à supposer des torts pour pouvoir les combattre ; qui
n’a cherché qu’à piquer la curiosité pour produire du scandale;
qui n’a eu d’autre but que celui de nuire à un prêtre trop avanta
geusement connu et trop généralement estimé pour que les traits,
de la haine ne s’émoussent pas contre lui, et que la calomnie
ne soit pas confondue par. les cris d’horreur qui s’élèvent de.
toutes parts contre l’auteur. Oui, mon cher ami, tout le monde
s’est accordé à payer ce téméraire pamphlétaire du juste tribut
de blâme qu’il mérite.
Je ne veux pourtant pas vous dissimuler , mon cher ami , que
deux enthousiastes, émerveillés du fatras d’érudition qui compose
la réponse dé M. Gonzales, s’évertuent en tous sens à célébrer
leur grand homme; et que, parmi ceux même qui le jugent
différemment, il y en a qui le croient savant à la vue de sa..
(4)
lettre, quoiqu’ils ajoutent que sa conduite prouve bien que, dans
un prêtre, la science, sans les vertus chrétiennes , ne jette que
par intervalle quelqu’éclat passager, comme un phosphore éblouis
sant, et que le seul génie du mal féconde toutes ses pensées. Eh bien !
je vais dissiper leur pitoyable illusion , en démontrant combien il
est facile de jouer le rôle de savant.
Oui, mon cher ami, je vais contrefaire le philosophe , le lo
gicien, le théologien , le moraliste , l’érudit , le savantasse , Yomnishomo, aussi bien que M. Gonzales, en fonctions curiales à la
Cité.
Vous riez sans doute à la vue de la hardiesse de mon projet
et de la témérité de mon entreprise. Vous rirez tant qu’il vous
plaira ; je vous prie seulement de comprimer un instant votre
charmante gaîté et de lire : vous jugerez ensuite entre M. Gon
zales et moi. J’entre en lice avec lui, en le priant d’agréer mes
sincères remerciemens , pour m’avoir fourni l’occasion de faire,
comme lui , l’homme d’importance.
Qu’a fait M. Gonzales , jugé digne, dit-il, par l'université royale
de Séville, d'être élevé au grade de docteur dans la Faculté de
Théologie, et aux fonctions de professeur de Locis lheologicis et
d'Ecriture-Sainte ; nommé membre du synode permanent du diocèse
de Séville , et que le Roi d'Espagne crut devoir nommer au poste
de vicaire-général d'Estramadure (*) ? il a mis au jour des vérités
(*) Quel aveu précieux ! M. Gonzales se peint ici de ses propres couleurs ; il se présente
lui-inème sous un trait saillant et caractéristique: peul-il mieux éclairer sa conduite révo
lutionnaire, et répandre sur ses principes un rayon plus lumineux? Il faudrait avoir
les paupières fermées par une bien grande opblhalmie , pour ne pas voir à ce flambeau
( 5 )
qui le confondent et l’avilissent, quoiqu’il les crût propres à
l’honorer ; il a ourdi un horrible tissu de mensonges , d’injures
et de calomnies j entaché du plus mauvais ton, contre un prêtre
dont le mérite et les témoignages honorables d’estime , de con
fiance et d’attachement de tous les fidelles des deux paroisses ,
Périgueux et la Cité, l’humilient, le désolent, le désespèrent: il
a débité beaucoup de choses qu’il sait bien qu’on ne croira pas
et qu’il ne croit pas lui-même; c’est là sa bonne foi : dire et
soutenir ce qu’il ne pense pas lui semble méritoire. Je ne lui
envie pas cet avantage en ce genre d’escrime ; je lui cède la palme.
Mais qu’a-t-il fait de plus ? 11 a , pendant neuf mois, cherché ,
recueilli des citations très-inconvenantes et plus mal appliquées,
pour embellir ses outrages et les rendre plus piquans par leur
merveilleux cortège......... TNeuf mois! juste ciel! quelle perte de
temps pour préparer des hors-d’œuvre !
Il m’en coûtera moins. Je prends quelques livres dont je puis
sans doute me servir au besoin , puisqu’ils m’appartiennent, et je
copie librement , et de la manière la plus convenable à mon
objet, et même sans signaler mes plagiats par des guillemets, la
preuve pérempLoire des propositions suivantes :
luire et briller la célèbre époque où M. Gonzales fut élevé aux honneurs. Ce ne fut
pas un Bourbon qui le montra super caridelabrum..... liélas ! alors ils étaient détrônés
par la faction démagogique et impie. Ce fut le roi Pépé, le roi intrus, un Buonaparte
qui le nomma vicaire-géuéral d’Estramadure. Avant le bouleversement général'de tous
les principes, les rois catholiques, descendais de Saint-Louis, ne portaient pas la main
à l’encensoir; ils ne nommaient pas les vicaires-généraux. M. Gonzales, connaît donc
qu’il a été intrus, schismatique, hérétique, etc. Quel docteur! quel professeur! quel
membre de syuode !
a
(6)
Première proposition.
Le pape seul peut absoudre M. Gonzales, et Je relever des
censures qu’il a encourues par sou intrusion de vicaire-général
d’Ëstramadure.
Tout prêtre qui, en vertu d’une institution nulle, c’est-à-dire,
donnée par un évêque instrus et sans mission canonique , ou par
une autorité temporelle , a exercé des actes de juridiction ou des
fonctions ecclésiastiques , a adhéré à l’hérésie et au schisme, il a
encouru la suspense , l’irrégularité et les peines portées par les
saints Canons et les Constitutions apostoliques, c’est-à-dire, l’ex
communication de droit (i).
Sur le point important de la réconciliation des intrus schismatiques,
il est indispensable de suivre la pratique constante de l’église et de
sè conformer à ses règles sûres et invariables ; ce serait un crime
de s’en écarter (2). On doit décider comme étant sous les yeux
de Dieu , comme exerçant son jugement, comme devant lui rendre
un compte rigoureux de toutes ses démarches (3).
(1) Bref du 19 mars 1791. Bref au chap. de Charley, du 5 octobre J7g3.
(2) Cauonum statuta custodiantur ab omnibus et nerao in actiouibus vel judiciis ecclesiastiçis suo sensu ; sed cuorum auctoritate ducatur. ( Conc. meldense can. 54. )
Ne innitaris prudeutiœ luœ. Prudeutiœ suœ iunilitur qui ea quœ sibi agenda vel diceuda
videtilur patruin décréta prœpouit. ( Saint-Hycronim. )
(3) Videle quid agalis ; non enim hominis exercelis judicium sed domini , et quid
quid judicaveritis , in vos reduudabit.. . . Sic agetis in timoré domini fideliter et corde
perfeclo.... ne veuiat ira super vos et super fratres vestros, ( Paralip. 19 , 5. )
( 7 )
Mais la connaissance des règles à suivre ne suffit pas pour se
conduire dans le ministère de la réconciliation d’une manière
irréprochable : il faut faire une juste application de ces règles ,
et celle application dépend des dispositions des coupables , des
avantages que l’église peut retirer de leur réconciliation et d’une
infinité d’antres circonstances qui la rendent extrêmement diffi
cile. C’est pour cet objet surtout qu’on a besoin de l’esprit de
sagesse, de prudence et de discrétion (i).
On doit également se tenir en garde , et contre une clémence
et une douceur qui dégénéreraient en prévarication , et contre
une sévérité outrée qui rebuterait les pécheurs et qui aigrirait
leurs plaies au lieu de les guérir (2).
Trop d’empressement à réconcilier les intrus qui ont donné
tête baissée dans le schisme , l’impiété et l’apostasie , serait peutêtre la cause de leur perte éternelle, et la source d’une infinité
de scandales qui affligeraient l’église et produiraient de nouveaux
maux. « Il faut , disaient Moïse, Maxime et les autres confes
seurs de Rome , à Saint-Cyprien , user de beaucoup de circons
pection , lorsqu’il s’agit d’un crime aussi considérable, et qui a
fait tant de ravages, et consulter ceux qui sont restés fermes,
de peur que, voulant réparer mal à propos les ruines qui sont
arrivées, nous ne soyons cause qu’il en arrive de plus grandes.
N’est-ce pas abandonner lâchement la parole de Dieu, de pardonner
si facilement à ceux qui ont péché , au lieu de les soutenir et
(1) Si quis indiget sapientia, poslulet a deo qui dat omnibus afiluenler et dabitur ei.
( Jacq. i,5.)
(2) Uti prudentissinuis medicus temperabit mediciuam objecturus magis quàm profuturus,
si putaverit uuo collirio omnium rnederi morbis. ( Conc. colon, anno i53G, part. 7,
cap. 35? apud l’abb. col, 54o- )
( 8 )
de les fortifier jusqu’à ce que le temps de leur réconciliation Soit
venu; et de leur faire voir cependant par l’Ecriture-Sainte, com
bien leur faute est énorme ? Tant s’en faut qu’ils doivent tirer
avantage de leur nombre , que c’est cela même qui doit les hu
milier le plus. Ce n’est pas la multitude des personnes qui ont
failli qui diminue leur faute , mais la pudeur , la modestie , la
patience , l’humilité et la soumission à attendre le jugement qu’on
doit porter sur elles (*). C’est ce qui fait connaître qu’on est
véritablement pénitent ; c’est ce qui ferme la blessure qu’on a
reçue, et qui fait qu’on se relève de sa chute. . . . Qui voudra
désormais souffrir les horreurs d’un cachot en confessant JesusChrist, si ceux qui l’ont renié n’y perdent rien ? j'e puis dire ,
s’ils trouvent des évêques étrangers qui les accueillent et les hono
rent de leur bienveillance? Qui voudra se laisser charger de chaînes
pour soutenir l’honneur de Dieu , si ceux qui l’ont trahi ne
laissent pas d’être admis à la communion (Q ? j’ajouterai : s’ils
peuvent obtenir des places privilégiées dans des diocèses étran
gers ?
(*) Sout-ce là les vertus que pratique M. Gonzales? Est-il quelqu’un qui osât préconiser
et louer sa pudeur, sa modestie , son humilité, sa charité , etc. ?
(t) Cùm grande delictum... incredibili vastatione grassatlim non oporteat nisi cautè,
moderatè que tractari cousultis omnibus.... stantibus , nedùm volumus importuné l'uinis
subvenire, alias majores ruinas videamur parare. Ubi enim divinus serrno relinquitur,
si lam facile peccantibus venia præstetur ? favendi sunt sanè ipsorum animi , et ad
maturitatis suce tempus nutriendi, et de sçripturis sdnctis quàm ingens et supra omnia
peccatum commiserit instruendi. Nec hoc animenlur quia multi sunt, sed hoc ipso magis
reprimentur quia non pauci sunt. Nihil ad extenuatioueni delicli numéros impudens
valere consuevit, sed pudor , sed modeslia , sed patientia , sed disciplina, sed humililas
atque subjectio , sed aliénant -de se expectasse judicium , aliénant de suo sustinuisse
senteutiam. lloc est quod pœnitenliant probal. Hoc est quod intpresso vulneri inducit
cicatricem. Hoc est quod dejectæ mentis ruinas erigit et attollit..... Cœterùm ubi erit qui
custodiâ squalidi carceris includuntur, qui christum confitentnr ; si sine periculo fidei
sunt qui negaverunt ? Ubi quod in nomine dei catenarum ambitu vinciuntur, si sine
commuuicalione uon sunt qui confessionem dei non retinuerunt? ( Epist. 26 , pag. 56 et 37. )
(9)
Je suis 'vivement affligé, écrivait St.-Cyprien à son peuple,
du malheur de nos frères ; par leur chute , ils ont entraîné une
partie de nos entrailles , et nous ont porté le même coup mortel
qu’ils ont reçu. Dieu est puissant et bon pour les guérir ; mais
je crois qu’il ne faut point se hâter , de crainte qu’en leur don
nant trop tôt la paix, on ne l’irrite davantage (i). ]Xe cessez
point de faire tout ce que vous pouvez pour adoucir les esprits
de ceux qui sont tombés , et de leur donner les remèdes dont
ils ont besoin , quoique les malades repoussent souvent la main
du médecin qui s’avance pour les guérir. La plaie est encore
fraîche (*) ; il faut laisser passer les premières douleurs, ensuite
nous serons assurés qu’ils seront eux-mêmes bien aises qu’on ait
différé leur guérison pour la rendre plus solide. Qu’ils fassent
pénitence de leur faute ; qu’ils donnent des preuves de leur re
pentir ,• qu’ils fassent paraître de l’humilité , de la modestie ; qu’ils
attirent sur eux la miséricorde divine , par leur soumission et
par l’honneur qu’ils rendront à leur évêque (3).
(1) Compatior ergo et condoleo de fratribus uostris qui lapsi et persecutionis infestatioue proslrati parlem nostrorum viscerum secum tralientes, parem dolorem nobis sui
vulneribus intulerant; quibus potens est divina misericordia medelam dare. Properandum
taraen non pulo, nec incaute aliquid et festinanler gerendnm. ( Epist, 11, pag. 21. )
(*) Cette plaie saignait encore lorsque la délâc/e de Victoria jeta M. Gonzales parmi nous.
(2) Tu lamem numquam pro tua cliarilate désistas lapsorum animos lemperare, et
errantibus veritatis præslare medicinam iicet animus ægrorum medentium respuere soleat
industriam. Recens est lapsorum super hoc vulnus et adbuc in tumorcm plaga consutgens. Et idcirco certi sumus quod spatio productions lempoiis impelu islo consenescente,
amabunt hoc ipsum ad fidelem se dilatas medicinam.... tempus est igitur ut agant delicti
pænitentiam, ut probent lapsûs sui dolorem, ut ostendant verecundiam , ut monstrent
liumilitatem, ut exhibeant modestiam, ut de submissione provocent in se dei clementiarn , et de honore debito in dei sacerdotem eliciant in se divinam misericordiam.
( Epist, 5o, pag. 4i. )
3
( 10 )
Il faut que l’appareil ne soit pas moindre que la plaie... Ceux
qui sont tombés ne sont tombés que par imprudence et par aveu
glément ,• il faut donc que ceux qui veulent les relever agissent
avec beaucoup de lumière et de sagesse. Demandons à NotreSeigueur qu’ils reconnaissent la grandeur de leur chûle , et qu’ils
ne désirent pas qu’on précipite leur guérison; qu’ils ne troublent
pas l’église , déjà si fort agitée , en ajoutant un nouveau crime
à celui qu’ils ont commis. Il est juste qu’ils témoignent quelque
pudeur et quelque retenue , après avoir péché sans retenue et
sans pudeur. Qu’ils frappent la porte, mais qu’ils ne la rompent
pas ; qu’ils veillent aux portes du camp céleste , mais pleins de
modestie comme des déserteurs. Que leurs larmes et leurs gémissemens intercèdent pour eux et attestent leur douleur. . . . S’ils
confessent que Dieu est bon , qu’ils se souvienent aussi qu’il est
juste ; et que s’il est écrit : Je vous ai remis toute votre dette parce
que vous m’en avez prié ( Mat. 18 , 32 ) , il est aussi écrit : Celui
qui m’aura renié devant les hommes , je le méconnaîtrai devant mon
père qui est dans les cieux. ( Mat. io , 33 ) (i).
(i) Non sit minor medicina quam vulnus,.. ut quomodô qui ruerunt, ob hoc rueruut
quôd cœcà temeritate nimis incanti fuerunt, ità qui hoc disponere nituntur , omni consiliorum moderamine ntantur... . oremus ut qui cecidisse referuntur delicti sui maguitudiuem
agnoscentes, intelligant uou momentaneam neque prœposteram desiderare mediciuam...
nec ad hue fluctuantem turbent ecclesiœ statum. . et accéda ad criminum çumulum quôd
etiam inquiet fuerunt. Maxime enim illis congruit verecundia coram in delictes damnatur
mens inverecundè. Puisent sanè flores , sed non utique coufriugant.... caslrorum cœlestium
excubent portis, sed armati modestia quà intelligant se desertores fuisse.. . mitlant legatos
pro suis doloribus lacrymas,advocatione fungantur ex iutimo pectore prolali gemitus dolorem
probantes commissi criminis, et pudorem,... et sicut respici debel divina clemeutia , sic
respici débet et divina censura, et sicut scriplum est : ( Mat. 18, 3a. ) Donavi tibi
emne debitum, quia me rogastis : sic scriptum est: { Matt. îo , 35. ) qui me negaverit
coram hominibus, negabo et eum coram pâtre meo et coram angelis meis. (Epist. 3i, pag. 44. )
(11 )
Croyez-vous, mou cher ami , que ces extraits soient assez bien
adaptés à ma proposition ? En voici d’autres qui ne sont pas
moins précieux :
Saint-Cyprien écrivait au pape Saint-Corneille : « ïls ont re
connu qu’ils avaient été trompés , de sorte qu’ils reviennent tous
les jours, et frappent à la porte de l’église pour y rentrer ; mais
parce que nous devons rendre compte à Dieu de notre adminis
tration, nous examinons avec beaucoup de soins, qui sont ceux
qui doivent être reçus : les crimes de quelques-uns sont si énormes,
ou 1 opposition des frères si forte et si violente, qu’on ne pourrait
les recevoir sans en scandaliser plusieurs , et les exposer à un danger
manifeste. Car il faut prendre garde qu’en voulant rejoindre des
membres coupés , on ne blesse ceux qui sont saints ; et il y aurait
de l’imprudence à un pasteur, de mettre dans sa bergerie des
brebis malades qui infecteraient tout le troupeau. Si vous étiez
ici , vous verriez combien j’ai de peine à persuader’ à nos frères
de quitter la juste indignation qu’ils ont contre eux, et de souffrir
qu’on les reçoive ; comme ils se réjouissent lorsqu’ils en voient
revenir qui ne sont pas si coupables ; ils frémissent et se soulèvent
contre ceux qui étant encore fiers et superbes ( comme M. Gon
zales ), ne semblent retourner à l’église que pour gâter les autres. . .
Un ou deux qui ont été reçus par ma trop grande facilité sont
devenus pires qu’ils n’étaient , et n’ont pu persévérer dans leur' pé
nitence , parce quils n’étaient pas venus avec un véritable esprit
de pénitence. ( Lett. 54. ) (1).1 * * * *
(1) Poslea quam... fruslratos el deceptos se esse dedicerant, et remeant quolidîè alque
ad eccîesiam pusent. Nobis tamen , à quibus ratio domino reddeuda est, anxîè ponderantibus
et sollicite examinantibus qui recipi et admitti ad eccîesiam debeant. Quibusdam enim ita aut
crimina sua obsistant, aut fralres obstinatc et firmiler reniluntur, ut recipi omnino
possint îiisi cum scqndalo et pericttlo plurimorum. Neque enim sic putramina qn reculât
( 12 )
Enfin , le pape Saint-Félix 111 était dans les mêmes sentimens,
et prescrivait les mêmes règles à l’égard de ceux qui étaient tom
bés dans la persécution d’Humneric, roi des Vandales en Afrique.
ir II faut traiter ( dit-il dans sa lettre donnée à la tête du
Concile de Rome, en 487 ) les pécheurs avec bonté , mais en
même temps avec force. Lorsque nous prolongeons leur satisfac
tion et leur pénitence , nous avons la joie de trouver leur ame
plus pure et plus disposée à recevoir le pardon. Il faut rompre
les filets du démon et en tirer les aines qu’il y a renfermées ;
mais, pour cela, il faut appliquer à leurs plaies les remèdes qui
y sont propres , de peur que si l’on veut les fermer avant le
temps, non-seulement cela ne serve de rien à des personnes at
taquées d’une peste mortelle , mais encore que les médecins ne
se rendent pas aussi coupables que les malades, pour avoir traité
légèrement un mal si pernicieux (1) ».
colligenda sunt, ut quæ integra et sana sunt, vulnerentur, nec utilis aut cousultus est
pastor qui ita morbidas et contactas oves grege admiscet, et gregem totum mali cohœrentes
aiïlictatione contaminet.. .. o si posses frater carissime , istuc interesse nobiscnm cùm pravi
isti et perversi de schismate revertautur, videres quis raihi labor persuadere patienliain
fratribns nostris , ut aniini dolore sopito recipiendis malis curandis que consentiant.
Natnque ut gaudent et lœtantur cuni tolerabiles et minus cnlpabiles redeunt, ita contra
fremunt et reluctautur quoties inemendabiles et protervi , et vel adulteriis , vel sacrifions
coutaminati ; et post hac ad lntc insuper et superbi, sic .ad ecclesiani remeant, ut
bona intus ingénia corrompant.. . et juslior factus est fraternilali dolor ex eo quod
unus atque alius , obnitente plebe et conlradicente, meâ tamen facilitate suscepti ; pejores
extiterunt quàm priùs fueraut, nec fidem pœnitentiæ servare potuerunt, quia nec eu m
vera pœniteutià vénérant. (Epist. 55, pag. 87. )
(1) Sacerdotales vigore et humanitate tractemus.... Cùm peccatoris a nobis satisfactio
protrahitur , non præter laudem nostram atque lœtitiam , meus ejus ad veniam pargatior invenitur.. . Succurremdum est irretitis, et conteudus est tenantes harqueus....
qua propter compotens ad hibenda est talibus medicina vulneribus nec immalura curandi
facilitas mortifera captis peste nihil prosil sed seguius tracta pernicies , reatu non légitima)
ciiratiouis' involvat pariter saucios et medentes. ( Félix III, epist. sinod. con. rom,, ann.
487, apud labb., loin. 4, col. 1075 et 1076.
( *3 )
Mais, mon cher ami, s’il en est ainsi de tdns ceux qui ont
donné dans le schisme , des simples prêtres et des laïques même,
que sera-ce de M. Gouzales? d'un co-évêque ? d’un vicaire-général
d’Ëstramadure ? d’un intrus nommé par une autorité purement
temporelle, et une autorité elle - même intruse ? son crime est
bien plus grand : on doit le regarder comme un des auteurs du
schisme, et sa sentence doit être plus sévère. Quod enim super
eorwn defectione cadit judicium, multo alliis grauius est, usque
longé antè cellit.... omnes possunt vers dicit auctores exitialis schismates. ( Collect. , t. 2 , pag. 336. )
Concevez , mon cher ami , si vous le pouvez, combien est
triste le sort de M. Gonzales ; que sa position est cruelle ! tous
ses paroissiens le fuyent comme la brebis galeuse et gangrenée,
capable de communiquer la contagion à tout le troupeau ; et ce
n’est pas seulement, comme il le dit, depuis le i5 août 1819,
c’est depuis son arrivée parmi eux , c’est depuis la première
visite qu’il leur fit, même avant son installation. Plein d’une
aveugle témérité ou de confiance en ses rares talens, il en fit
un pompeux étalage ; il s’annonça comme un prédicateur si in
comparable , qu’il disait être le second Freyssinous de la France ;
et que lorsqu’il prêcherait, toute la ville serait déserte (*) ; il as
surait à MM. les marguilliers que les chaises produiraient à la
fabrique plus de six mille francs; c’est depuis, qu’il a parlé de
lui avec toute l’arrogance et le ridicule d’un écervelé jaloux d’applaudissemens ,• qu’il s’est efforcé à persuader qu’il est le plus
(*) Hélas! au premier discours, annoncé par des affiches ou placards, M. le vicairegénéral d’Ëstramadure, intronisé par l’intrus Joseph ou Pépé-Buonaparte, ne brilla pas;
la plupart de ceux que la curiosité avait engagé à aller l’entendre, ne purent se défendre
d’un double sentiment de pitié et d’effroi, en entendant sou hispauico-frauçais , et en
entrevoyant daus son discours l’empreinte toujours suspecte delà nouveauté de ses principes.
4
( T4 )
qnvnnt ries hommes , qu’il surpasse fout le monde en mérite (ce
t'ju présomption ; c’est depuis, qu’il a annoncé qu’il était
• ut exprès par M. le vicaire-général , M. Chapon ou
■ o;i;È (*) ’ pour dompter et confondre l’orgueil du curé de la
ville et surveiller les prêtres. ...
Les paroissiens de la Cité n’entendent pas la messe de M. Gon
zales depuis le 8 avril i8tg , époque fatale à sa réputation. Pourrat-il jamais oublier ce jeudi-saint où il fit idolâtrer ceux des fidèles
qui se présentèrent à la sainte-table , ou bien il leur offrit des
espèces consacrées d’une manière insolite et sacrilège. Ils n’assis
tent pas à ses offices ; ils ne l’appellent pas pour leurs malades ,
depuis qu’au mépris de l’anathème lancé par Je XIII.e canon du
saint Concile de Trente, il n’admnistre pas les sacremens selon les
rits reçus , approuvés et accoutumés par l’église catholique (i).
Enfin, mon cher ami, M. Gonzales ne fait absolument rien ,
quoiqu’il dise d’un ton fastueux , que ses occupations.... Vont em
pêché de répondre plutôt à une lettre du z5 novembre i8rg.
Mais ce qui ajoute à son malheur, c’est qu’aucun prêtre ne
peut l’absoudre qu’à l’article de la mort, où, selon le Concile
de Trente , toute réserve cesse ; l’évêque lui-même ne pourrait
approuver un prêtre qu’en vertu d’un induit pontifical , et en
(*) Son père , abandonné comme le fruit du péché , n’ayant pas lui-même de nom
de famille, ne put en transmettre à son fils, actuellement vicaire-général, qui fjit inscrit
au registre sous le nom de Chapon , dit Luguet.
(1) Si qnis dixerit, receptos et approbatos ecclesiæ catholicæ ritus, in sacramentorum
administrations adhtberi cousuetos , aut contemui , aut sine peccato a ministris pro libitù
omitli , aut in novos alios per quemeumque ecclesiarum pastorem mutari posse ,
analhema sit. ( Conc. trid, fess. Vit, canon. XtlI. )
( *5 )
déclarant, in ipso actus tertore, qu’il agissait en qualité de délégué
du Saint-Siège apostolique. ( Bref du jj mars 1792. )
Il y a plus : même à l’heure de la mort , il faudrait exiger
de lui un aueu entier et sincère de ses Jautes , des marques non
équivoques de son repentir , et une réparation aussi publique qu’il
serait possible.
i.° Un aveu entier et sincère' de ses fautes. Le bandeau qui
eache aux méchans, pendant leur vie, et leurs erreurs, et la
noirceur de leurs crimes, tombe ordinairement aux approches
de la mort ; mais il arrive‘aussi quelquefois que , dans ce mo
ment même , ils tiennent encore à certains préjugés , et que l’orgueil
les porte à vouloir justifier leurs actions criminelles. Si M. Gon
zales se trouvait dans ces mauvaises dispositions , il faudrait ne
rien négliger pour lui faire connaître toute l’horreur de son schisme
et de ses sacrilèges , et ne point l’absoudre qu’il n’avouât qu’il a
donné dans un parti impie et criminel, quand même il n’aurait
pas été condamné par le jugement du Saint-Siège, et que ses
égaremens sont inexcusables.... Il faudrait encore s’assurer de sa
foi sur les principaux points sur lesquels nos modernes réforma
teurs ont erré, tels que ceux-ci : Qu’il y a dans l’église une
hiérarchie établie de Dieu , dont les hommes ne peuvent point
changer les rapports.... que le pape a une vraie primauté d’hon
neur et de juridiction dans toute l’église..... que l’autorité des
évêques ne dépend pas de l’autorité temporelle... qu'il faut avoir
reçu la mission de vicaire-général des légitimes évêques, pour
en exercer les fonctions.... que le royaume d’Estramadure étant
soumis à plusieurs évêques , M. Gonzales n’a pu être canonique
ment nommé vicaire-général d’Estramadure par le roi intrus ,
mais seulement par les évêques qui y ont juridiction.... que les
voeux monastiques ne sont point contraires à la liberté naturelle...
( j6 )
etc.... S’il n’a pas cru ces vérités , il a été hérétique ; s’il les a
crues, il a été fourbe et impie, en se conduisant d’après les
principes opposés.
2. ° Marques non équivoques de sa douleur et d''une douleur vé
ritable. Une triste expérience a démontré que la pénitence de
plusieurs intrus a été semblable à celle d’Antiocbus , inspirée par
la seule horreur d’une vie remplie de crimes et par la crainte
de la vie à venir : Nunc reminiscor malorum quœfeci (i Macc. 6,12).
Puisse un ministre zélé , en cas de fâcheux événement , s’assurer
des vraies dispositions de son cœur 1 Puisse-t-il les connaître par
la manière dont il entrera dans les seutimens de religion qu’il
lâchera de lui suggérer , par les bons propos et les sacrifices qu’il
fera ! Puisse-t-il lui inspirer une véritable contrition , et le laisser
au jugement de celui qui soude les reins et les cœurs! Pœniteniiam dare possum , securitalem non possum ,( Saint-Aug. de 5o ,
bom. 40. )
3. ° Réparation publique. On devrait exiger qu’il avouât son
schisme et son intrusion , et qu’il demandât pardon des scandales
qu’il a donnés; qu’il fit même sa profession de foi, et qu’il
témoignât le plus grand regret d’avoir prêché l’erreur et l’im
piété ; qu,’il fît une rétractation authentique en présence de té
moins qui signeraient avec lui , et dont l’original devrait être
envoyé à son évêque d’origine, pour lui donner la publicité
convenable dans toute l’étendue du royaume d’Estramadure,
théâtre de ses scandales; enfin, qu’il promît qu’il respecterait la
suspense qu’il a violée, et qu’il n’exercerait aucune fonction d’ordre
sans avoir obtenu la levée de la suspense, et la dispense de l’ir
régularité qu’il a encourue ; lui observant expressément, qu’il ne
peut l’absoudre que de ses péchés , à cause de danger de mort,
et non de la suspense ni de l’irrégularité , qui peuvent toujours
subsister après celte absolution.
( *7 )
En effet, c’est le sentiment des théologiens, qu’on peut ab
soudre , dans le for intérieur , un pénitent et laisser subsister
la suspense, et à plus forte raison l’irrégularité qu’il a encou
rue (i) ; et s’il guérissait, il devrait se conduire comme s’il n’eût
pas été absous , par rapport aux censures qu’il a encourues (2)..
La raison de ces décisions est que la suspense étant une peine
portée contre un coupable pour l’éloigner des fonctions saintes,
peut s’ubsister après qu’il s’est repenti et qu’il a satisfait, soit
pour le punir encore, soit à cause de l’indécence qu’il y aurait
à voir dans Je saint ministère quelqu’un qui s’en est rendu in
digne par ses crimes et par le grand scandale qu’il a donné aux
fidèles. Il en est de même, à plus forte raison , de l’irrégu
larité.
»
Que M. Gonzales 11e dise pas qu’il n’a pas été nommément dé
noncé el qu’il n’y a eu aucune procédure contre lui dans le for
contentieux; il s’est dénoncé lui-même dans sa réponse, pag. 7,
lig. 1 et 2. D’ailleurs, pourquoi a-t-il quitté sa patrie, sa fortune ,
tout ce qu’il avait de plus cher ? Son crime est si notoire , la
peine portée contre lui est si publiquement connue, que s’il
osait alléguer ce subterfuge il se montrerait par là même indigne
de l’absolution. Le droit porte expressément, qu’il n’est pas besoin
(1) Qui censuram iucurrit, viveus snb ipsius ligatnine potest justificationem peccati sui
lecipere in foro, inlerno, manente ligatnine censura in foro externo ( P. Antoine,
trait, de cens. cap. 1 , quæst. 3 , n.9 2 ) , certum est posse aliqucnt absolvi a peccatis
irregularitale rémanente : est communis sententia. ( Suarez de cens. disp. 2 , f. 3. )
(2) Qui absolutus est tanlùm in foro conscientiœ à censura notarià, ità se gerere debet
exteriùs ac si non esset absolutus , potest que cogi à judice ad snbeumdam pœnam censura
annexant , quia absolutio data tantum in foro conscienliæ non babel effectum nisi coram.
deo. ( P. ant. de cens, quæst. 9 , n.° 9. )
5
( i8 )
de monitton ni de signification personnelles : Si propter rei, aut
suorum metttm, vel potentiam intimatio fierit nequeat. ( 3 Clem. 2
111 Conc. lateram. canone 6, ann. 1179. )
Sans doute M. Gonzales , docteur de l’université de Séville et
professeur de loris thcologices , n’ignorait pas ces principes avant
sa révolte; mais le désir de la célébrité l’a entraîné dans le schisme
et dans les voies de l’erreur et de la damnation éternelle. Que
son crime est grand ! il a brisé , pour s’elever à quelque dignité
d’un moment, les liens sacrés qui le retenaient dans l’église de
Jésus-Christ» et s’est séparé de la communion du père commun
des fidèles, de tous les évêques légitimes de l’église d’Espagne,
de tout l’univers chrétien. Dans quel affreux abyme il s’est pré
cipité ! Et c’est du fond de ce gouffre , voisin des brasiers de
l’enfer, qu’il ose élever sa voix croassante contre tous nos res
pectables prêtres de la ville , qu’il traite de schismatiques , parce
qu’ils ne communiquent pas avec lui (*) , et qu’il dépeint comme
des instrumens passifs , pliant au gré de l’impulsion qu’on leur
donne ! C’est de ce cloaque de toutes les horreurs qui forment
le hideux cortège du schisme, qu’il a l’inconcevable témérité de
vouloir régenter tout le monde I
Qu’est-ce donc que le schisme ? C’est le souverain mal, répond
Samt-Opîat; un crime inexcusable, dit Saint-Cyprien; ceux qui
mmptmt- F'uniié, ajoute ce saint martvr, sont des impies , des in
fidèles , des furieux ; des hommes , dit Saint-Irenée , qui déchirent
(£*')} Sïnw Æfflmllæ te jmrafeaæBMr (tanks, te membre du synode permanent du diocèse
d® Sérite. te râaiiiii;t-:ç.î-jBéirsll «S’Eatasnadare n’a pas ln Saint-Thomas, l’ange de l'école;
il y æamæiiit. ww ; ®o appelle scSêcmassiques ceux qui ne veulent pas se soumettre au
s.psa’srsBm Pæmsâfc* mi csamtsii'Wqjîr arec ceux qui lui sont soumis, ( 22, q. 3g, art. 1 ),
H wæ jante pra & maux
te pmidanae éfoîgae d’on prêtre accablé de censures,'etc,
( *9 )
et divisent Vurritè de Véglise et le corps de Jèsus-Christ $ des hom
mes , dit Saihl-Ckrisostôme, qui ne méritent pas des supplices
moins rigoureux que ceux quont mérité les bourreaux qui ont percé
le corps de Jésus-Christ. Le schisme conduit infailliblement à l’hé
résie. De l’antre du schisme sort bientôt la furieuse hérésie , dit
encore Saint-Optat; l’histoire de l’église nous en fournit une foule
d’exemples. Les NovaLiens se révoltèrent contre le souverain Pontife ,
Saint-Corneille ; bientôt ils contestèrent à l’église le pouvoir de
lier et de délier, et se déclarèrent pour la rebaptisation. Les
Donatistes se révoltèrent contre le pape Saint-Melciade, bientôt
contre la foi de l’église universelle ; ils nièrent la validité des
sacremens conférés par les hérétiques, et soutinrent que l’église
n’est composée que de justes. L’Angleterre se sépara du SaintSiège apostolique , et bientôt , exposée à la merci des vents, l’îlle
des Saints devint le repaire de toutes les hérésies. La France se
révolta contre le pape Pie VI , et aussitôt une prétendue consti
tution civile du clergé parut formée sur des principes hérétiques
et par conséquent hérétique et contraire aux dogmes catholiques
dans plusieurs décrets; et dans d’autres, sacrilège, schismatique,
renversant les droits de la primauté du Saint-Siège , contraire à
la discipline de l’église, et tendant à abolir la religion catholique.
Plusieurs prêtres de l’église d’Espagne ( tous ceux que l’armée
victorieuse de la légitimité jeta parmi nous ) se révoltèrent contre
Pie VII , et aussitôt ils rompirent en forcenés tous les liens qui
les attachaient à l’église mère ; ils ne reconnurent plus la divin»
autorité du Pontife romain; ils enseignèrent que les voeux mo
nastiques étaient contraires à la nature ; ils briguèrent et obtin
rent des dignités ecclésiastiques du roi intrus, et ils signalèrent
leur honteuse défection par toutes sortes d’hérésies et d’horreurs
que M. Gonzales connaît mieux que moi.
Malheur à ces fauteurs du schisme ’. malheur à ceux qu’ils ont
( 20 )
enrôlé sous leurs bannières Le schisme est le plus grand de tous
les maux : il n’y a donc pas de sacrifice que M. Gonzales ne
dût faire pour l’éviter ; il n’y a pas de danger qu’il ne dût
braver plutôt que de s’en rendre coupable : c’est ce qu’ont fait
les prêtres respectables qu’il cherche eu vain à dénigrer et à
calomnier.
Je termine là, mon cher ami, les preuves de ma première
proposition ; mais en finissant, je ne puis m’empêcher de former
des voeux aussi ardens que sincères , pour que M. Gonzales en
fonctions curiales dans l’église de la Cité , pour les baptêmes »
les mariages et les enterremens, sorte au plutôt de cette voie de
schisme et de perdition , écoule la voix de l’église romaine, la
mère de toutes les antres, et qu’il soit docile à la touchante in
vitation de son roi , Ferdinand VII, qui semble lui adresser ,
par mou organe , ces tendres paroles , ces paroles de paix, que
David 3 victorieux du perfide Ahsalom , fit adresser à ceux de
ses sujets dont ce fils dénaturé avait surpris la droiture et la sim
plicité : O vous, leur fit-il dire par les prêtres Sudoc et Abiathar,
ô vous, les premiers nés de Juda, pourquoi arrivez-vous les der
niers pour rejoindre les drapeaux de votre roi ? J^ous êtes mes
frères , ma chair , pourquoi tardez-vous à vous réunir à moi (i) ?
D’ailleurs , ce n’est que sur le théâtre de ses scandales que M. Gon
zales peut utilement les réparer.
Seconde proposition.
M. Gonzales fût-il canoniquement relevé de ses nombreuses
censures, n’a ni la pureté d’intention, ni le désintéressement ,
(1) Cur venitis novissirai ad... regem...? fratres mei vos, Os meum et caro mea vos...
a rois., 19, 11 et 12. )
( 21 )
ni le zèle nécessaires pour procurer la gloire de Dieu et le salut
des âmes.
L’amour de l’argent, si naturel à l’homme, n’affaiblit pas seu
lement en lui, il détruit entièrement Je désir de la propagation
des vérités saintes. Tout ce qui devrait être son premier mobile
n’inllue que secondairement sur toutes ses démarches. On dirait
qu’il répète sans cesse avec Boileau-Despréaux :
L’argent, l’argent..... sans lui tout est stérile.;
La vertu sans argent est un meuble inutile.
Il paraît ignorer que l’attachement aux biens de ce monde, à
ces biens périssables , dont l’éclat passager , semblable aux feux
de la nuit, brille un moment, nous trompe, et soudain se dis
sipe, est toujours dangereux pour un prêtre qui, séparé, parla
consécration , du reste des hommes , doit se regarder comme uni
quement destiné et dévoué aux choses de Dieu. Ne saviez-vous
pas qu’il faut que je sois occupé aux choses qui regardent le
service de mon père (i)? disait J.-C. notre Sauveur, à ses parens
selon la chair. Qui est ma mère ? et qui sont mes frères ? de
mandait-il à ses disciples. Quiconque jait la volonté de Dieu, celuilà est mon frère, ma sœur et ma mère (2). Un de ceux qu’il ap
pelait à sa suite lui demanda la permission de rendre auparavant
les derniers devoirs à son père, et il lui répondit : Laissez aux
incrédules, qui sont morts aux yeux de Dieu , le soin d'ense
velir leurs morts; mais vous, qu’il a éclairé des lumières de la
foi, allez sans différer annoncer aux hommes le royaume de Dieu
(1) Nesciebatis quia in bis, quœ palris mei sont, opportel me esse ? ( Luc. 2, 4g. )
(2) Quæ est mater mea et fratres mei !... qui fecerit voluntatem dei liic fraler meus
et soror mea et mater est. ( Marc. 5. 55 et 55. )
6
( 22 )
que cette foi vous a fait connaître et que sa miséricorde leur
a préparé (i). La perfection du sacerdoce et la communication
de la doctrine céleste, exigent de ceux qui y sont appelés un
cœur dégagé de toutes les affections charnelles (a\
Le Sauveur du monde envoya ses disciples, sans sac , sans
bourse, sans souliers ; et ils lui rendirent témoignage que rien ne
leur avait manqué (3).
Sont-ce les sentimens de M. Gonzales ? voyons-nous en lui quel
ques traits de l’abuégation chrétienne ? y apercevons-nous ce mé
pris si recommandé des biens et des choses du monde ? y aper
cevons-nous, enfin, ce désintéressement apostolique qui caractérise
et qui honore le saint ministère , et ne fait rechercher aux
prêtres que les cœurs des fidèles pour les consacrer à Dieu (4) ?
Hélas! mon cher ami, c’est ici qu’il faudrait des traits de feu
pour dépeindre sa cupidité, si sordide qu’elle avilirait tout homme
étranger à la sainteté de l’état qui le distingue de la multitude ;
ou plutôt c’est ici qu’il faudrait garder un profond silence, et
(1) Siiiite nt mortui sepeliant mortuos suos : tu autem vade et annuntia reguum dei.
{ Luc. 9 , 60. }
(s) Perfectio Ina, domine et doclriua tua viro sancto tuo , qui dixerit patri sno et
matri suœ : uescio vos : et ma tribus suis iguoro vos. ( Deul. 55, 8 et 9. )
Cùm placuit ci qui me segregavit et vocavit per graciam suam , contiuuo non acquievi
et cami et sanguini. ( Gai. 1 , i5. )
Per calcatum perge patrem, per calculant perge malrem nudus ad vexillum crucis advola. ( S. hier, ad heliodurum. )
(3) Quando misi vos sine sacculo et perà et calceamenlis numquid aliquid defuitvobis ?
et illi dixerunt ; nihil. ( Luc. 22, 35. )
(4) Non quœro quæ vestra sunt , sed vos. ( 2 Cor. 12, r4. )
( *3 )
ne s’exprimer que par des pleurs , si l’amour de la vérité n’o
bligeait à parler ; oui, l’on devrait pleurer , et pleurer avec des
larmes de sang, sur le vice horrible qu’il ne se donne pas la peine
de dissimuler. Il fait ouvertement servir l’autel à sa cupidité,
cette passion subtile qui a su s’insinuer' et pénétrer dans son cœur
et en dominer les sentimens. On dit qu’il refuse son ministère aux pau
vres qui ne peuvent pas payer ses honoraires j il leur répond par des
plaintes, des murmures, et souvent par des contestations d’autant
plus scandaleuses , qu’elles sont portées aux tribunaux , et que
le greffe de la justice de paix en conserve les honteux monumens.
Comme le Caron de la fable, on dit qu’il se fait payer d’avance , et il
suspend les honneurs de la sépulture, aux morts qu’on lui pré
sente, jusqu’à ce qu'il ait été satisfait. Il fait plus, il exige des
sommes exhorbitaotes , ce qui oblige les fidèles à faire réduire ses
comptes, et à déposer au greffe de la judicature de paix le mon
tant des droits à payer d’après le tarif. Il y a déjà plusieurs
exemples.
D’après ces faits notoires , pour l’exposé desquels M. Gonzales
ne m’attaquera pas en calomnie , puisqu’ils ont acquis la force
de chose jugée , ne puis-je pas le classer parmi ces prêtres pos
sédés du démon de l’avarice , dont parlent les pères d’un Concile
de Mayence , qui ne voudraient pas faire la moindre fonction ,
s’ils n’étaient surs ou s’ils ne voyaient déjà compté l’argent de la
rétribution (i).
Quoi de plus scandaleux , mon cher ami , que la dureté avec
laquelle M. Gonzales exige ses honoraires ! Le ministère eccîé-
(i) Execrabilis guorumdam sacerdoluin avarilia usqne ad sacramenlorum ipsorum
coulemptum et injuriant non numquant irrumpit, dùm sine numeralo pretio conferre
sacranieuta delrectant. ( Çonc., mog. , ann. tâig, c. gî, )
( 24 )
siastique est un ministère île désintéressement et de charité : il le
regarde coifline la matière d’nn gain légitime. Plus touché d’un profit
mercenaire que du salut des âmes , il fait servir le don de Dieu
à son infâme passion. Insensible aux besoins spirituels des âmes
qui lui sont confiées, dans tout ce qu’il fait pour elles, il u’a
en vue que ses propres intérêts; c’est un père qui vend chère
ment à ses eu fans scs soins et son zèle. Que sa vie se passe sans
gagner une ame à Dieu ; que celles dont il est chargé soient dans
un danger évident de se perdre, ce n’est pas là ce qui semble
le toucher. Mais quand il s’agit d’argent, ha c’est alors que
toute sa sensibilité se réveille ; il va jusqu’à faire citer devant M. le
juge de paix , pour des honoraires qui ne lui sont pas dus. Et
voilà ce qui fait gémir tous les fidèles , et ce qui rend M. Gon
zales si méprisable à leurs yeux.
Le comble du malheur , c’est que ceux qui éprouvent les plus
durs traitemens sont , pour l’ordinaire, des pauvres qui vivent
dans une misère capable de toucher les cœurs les plus barbares ;
misère pourtant qui ne touche point le cœur de M. Gonzales ,
dans lequel l’avarice étouffe tous les sentimens de compassion.
Inutilement la charité lui dit qu’il doit son ministère aux pau
vres comme aux riches, et que même son superflu est leur pa
trimoine ; il n’écoute rien : sa conduite prouve qu’il ne peuse
pas que le précepte de la charité le regarde ; et voilà ce qui fait
dire aux fidèles , que tous les principes de charité, d’humanité ,
de religion , de bienséance même et de respect pour son état ,
sont entièrement éteints dans son cœur ; on va même jusqu’à
croire qu’il n’est pas prêtre , puisqu’il est incapable des nobles
sentimens qu’inspire le sacerdoce.
Un autre scandale qui fait gémir l’église, dit Saint-Jérôme,
c’est d’y voir des hommes , nés pauvres , quelquefois même élc-
( *5 )
vés el faits prêtres à fa faveur des aumônes et de la charité pu
blique ( e’est ainsi que presque tous les prêtres ont fait leur
éducation eu Espagne, au moins tous ceux qui y ont demeuré
quelque temps l’assurent), c’est de les voir courir, sons JésusChrist pauvre, après des richesses qu’ils n’auraient pu espérer
dans le siècle , sous le règne du prince du monde ; c’est de voir
beaucoup d’argent à des hommes que , peu de temps aupara
vant , on avait vus ramper dans la poussière et réduits a la plus
extrême pauvreté (i).
Tel est le scandale que nous présente M. Gonzales. A son ar
rivée parmi nous, il n’eut pas dequoi payer le voiturier qui lui avait
conduit ses meubles, lequel, après quelques injures reçues et ren
dues , fut forcé de le citer devant le juge de paix, qui le con
damna à payer d’abord la moitié du prix convenu, et l’autre
moitié dans un temps déterminé ; mais bientôt ce prêtre espagnol ,
dont la misère, qui esL l’appauage ordinaire d’un exilé ou d’un
réfugié, avait appiloyé M. le juge de paix sur son sort, parvint
à accumuler une somme si considérable, qu’on la trouverait à
peine chez les plus riches d’entre les laïques , sept mille francs
qu’il déposa, dit-on , à intérêts compétans, dans la caisse du
receveur général du département. Il ne dira pas que ce scandale
n’est qu’une chimère ou uue fiction , si la preuve en est inscrite
sur les registres de la recette générale de M. Froidefoud du
Châteuet.
M. Gonzales se plaindra-t-il que je le maltraite ? Il sait cepen
dant combien il me serait facile de rembrunir son portrait. Mais
(j) Mulli Clerici possideut opes sub Christo paupere quas sub locnplete et fallace dia
bolo nou habuerant ; ut suspirel ecclesia divites, quos raundus leuuit anteà mendicos.
( Epist, ad Kepot. )
7.
( *6 )
je me borne à dire , d’après le grand apôtre , qu’il n’a pas les
qualités essentielles pour le sacerdoce : une conduite irrépro
chable , sine crimine esse ( ad. Ut. 3"] ) ; beaucoup de modestie,
non superbum ( ïbid. ) ,• de la douceur et de l’aménité dans le ca
ractère , non ira cundum... non percussorem ( ïbid. ) ,• un désinté
ressement parfait qui le rende ennemi de tout gain sordide , non
turpis lucri cupidam ( ïbid. ) ,• de l’éloignement pour' les contestatations juridiques, non litigiosum {ïbid.').
Je pourrais ajouter que , quelque satisfaction qu’il manifeste,
en disant que les principaux de sa paroisse (*) ont attesté qu’il
a toujours rempli les Jonctions de son ministère d’une manière édi
fiante , il y est entièrement décrié et tombé dans l’opprobre dont
parle Saint-Paul (i). Entre autres choses , il ne sort plus sans
qu’on lui crie : Marchand de marionnettes ! voules-pous les jaire
danser (**)? Et comment M. Gonzales ne' serait-il. pas entièrement
déconsidéré aux yeux de ses paroissiens sa cupidité seule suffi
rait pour l'avilir : ils connaissent ses obligations ; ils les lisent
chaque jour daus la conduite toute opposée de tous les prêtres
de la ville ; et le peu de cas qu’il fait de ses devoirs est néces
sairement la mesure du mépris qu’il inspire à tout le monde.
Quel désordre, qu’un prêtre qui a oublié que, dès son entrée
dans l’état ecclésiastique , il avait pris le Seigneur pour son par
tage ; qu’il avait protesté solennellement , à la face des autels ,
(*) Un seul des signataires assiste à ses offices.
(1) Oportet... ilium et testimoninm habere bonum ab iis qui foris sunt ut non in
opprobrium incidat. ( i. ad tim, 5, 7. }
(**) M. Gonzales ayant vu un petit Savoyard faisant danser ses poupées , le fit
aller chez lui pour qu’il lui donnât des leçons de cet admirable mécanisme.
( 1
27* )4
de n’avoir d’autre portion, d’autre héritage que lui (j), et qui
hélas! lui préfère l’argent, et ne cesse de prouver que c’est là
tout son trésor , parce que c’est là où est son cœur (2).
Enfin, mon cher ami , les fidèles ont de M. Gonzales toute
l’horreur que St.-Paul cherchait à inspirer contre l’avarice , lors
qu’il faisait envisager cette passion comme une véritable idolâ
trie (3) ; quand il disait, en instruisant Timothée , que l’avarice
jette ses malheureux esclaves dans mille tentations; qu’elle les
fait tomber daus les pièges du démon ; qu’elle les précipite dans
mille désirs frivoles et nuisibles , dont le terme est la mort dans
le péché et une réprobation inévitable (4).
C’est ce qui faisait appeler l’avarice , à St.-Jean-Chrisoslôme ,
la plus détestable des passions , et une maladie presque incurable
qui conduit presque toujours à la mort (5).
Si vous me demandez maintenant par quelles routes la cupi
dité mène à la réprobation , je répondrai qu’elle y conduit par
les memes degrés qui y précipitèrent le premier prêtre réprouvé.
Ce ne fut d’abord , dans Judas, qu’un amour désordonné de
l’argent ; il en vint bientôt après à la trahison , à la perfidie ;
(1) Dominus pars hæreditalis meæ et calicis mei ; tu es qui restitues liæredilalem meam
mihi. ( Psalni. i5. )
(2) Ubi enim est thésaurus tuus; ubi est cor tuum. ( Matl. 6, 21.)
(5) Avaritia, quod est idolorum servilus. f Ad Ephes. 5, 5. )
(4) Qui voluut divites fieri, iucidunt iu tentalionem et in laqueum diabolj, et desideria mala et nociva quæ mergunt homiues in inleritiim et perditionem. ( Ad tim. 6, 9. )
(5) Passio omnium pêssima.. Iucurabiiis morbus . . (Ilom. Si, 64, in c. 26, 11 , Math. }
( *8 )
l’avarice l’aveugla au point de lui faire oublier les droits de
l’amitié , de la reconnaissance et de l’humanité , au point de lui
faire abandonner jusqu’aux intérêts de sa cupidité même. Con
naissant , comme il faisait, l’acharnement des princes des prêtres
contre le Sauveur , et le dessein où ils étaient de le perdre à
quelque prix que ce fût , il eût pu tirer parti de leur haine et
leur faire acheter chèrement le détestable désir de tremper leurs
mains dans le sang point du tout : aveuglé par sa passion , il
s’en remet aux ennemis du Sauveur ,• :il les prend eux-mêmes
pour juges du mérite de celui qu’ils persécutent ; il offre de le
leur livrer pour ce qu’ils voudront lui donner (1).
De l’aveuglement , l’avarice conduit à l’endurcissement. Pour
détourner le traître de son abominable dessein , eu vain le Sau
veur du monde emploie tous les moyens et tous les charmes de
sa grâce ; en vain lui reproche-t-il sa trahison ; en vain lui préditil le malheur de sa réprobation : rebelle à tout , rien n’est ca
pable de faire sur celte ame vénale la moindre impression.
Tant il est vrai que rien _n’endurcit plus le coeur d’un prêtre
que l’avarice , quand une fois elle s’en est rendue la jnaîlresse .
elle lui fait oublier tous les devoirs. Insensible à tout, il se fait,
pour ainsi dire, une ame de bronze, pour résister à toutes les
grâces et pour se roidir contre tous les remords de la conscience.
Après avoir fait comme Judas, son dieu de son argent, pendant
îa vie, il n’en reconnaît point d’autre à la mort. TN’osaut plus
mettre sa confiance dans les mérites d’un Dieu pauvre ; ne voyant
plus d’espérance de se réconcilier avec un Dieu si long-temps
outragé, comme Judas, il s’abandonne au plus affreux déses
poir, qui consomme sa réprobation, et couronne tous ses crimes
(i) Qui! vullis mihi tiare , ego eum vobis traclam? ( Malh. c. 26, v. i5. )
( 29)
par un crime plus grand encore. Il termine une vie criminelle
par une lin plus déplorable encore , et tous les scandales de sa,
vie passée, par un scandale plus éclatant et plus durable (i).
Pour vous qui êtes l’homrtie de Dieu , disait St.-Paul à Timothé, et, en sa personne , à M. Gonzales ; pour vous qui êtes
chargé de tout ce qui regarde la gloire et les intérêts du Sei-:
gneur, précautionnez-vous contre un vice si odieux dans un
bommé de votre état, contre un vice si affligeant pour l’église
et si honteux pour le sacerdoce (2) ; dans toute votre conduite,
donnez pux peuples des exemples de justice ( ne demandez pas
ce qui ne vous appartient pas), et d’une charité compatissante,
pour qu’ils apprennent de votre désintéressement quel doit être
leur détachement des biens périssables de la terre (3).
Troisième proposition.
Les moyens employés par M. Gonzales, en fonctions curiales
dans l’église de la Cité-Périgueux , pour obtenir la cure ou pour
s’y maintenir , l’en rendent idigne.
Quoi de plus surprenant et de plus étrange que l’ardeur avec
laquelle M. Gonzales désire la cure de la Cité, et l’empresse
ment avec lequel il poursuit sa nomminaliou ? Quoi de plus in
concevable que les ressorts qu’il fait mouvoir pour atteindre son.
but ? le croirait-on ? pourrait-on le croire , si l’on ne savait jus-
(1) Vœnilentia duclus .... recessit el abiens laqueo se suspendit. ( Math. c. 27, V. o et 5. )
(2) Tu autem , ô liomo Dei, hæc fuge.. . ( 1. ad tint, c, 6, v. 11. )
(3) Sectare vero justitiam. ... charitatem- • .. ( ibid- )
(3o)
qu’où va quelquefois l’aveuglement des hommes en matière de
salut ? A quel danger de se perdre n’est pas exposé , en effet,
celui qui se trouve chargé du soin des âmes ? c’est pour lui un
devoir périlleux qui le rend responsable du salut de tous ceux
qui lui sont confiés ; outre ses propres péchés, le souverain juge
lui imputera tout le mal qu’ils ont fait quand il aurait pu l’empêcher,
et tout le bien qu’ils n’ont pas fait, si c’est par sa faute qu’ils l’ont
omis. Quelle responsabilité formidable ambitionne M. Gonzales! Quel
bien peut-il avoir la présomption de faire dans une paroisse où
il est abhorré, et où les fidèles n’assistent à aucun office ? Que de
fautes il y occasionne tous les jours ! Que de remords il se prépare !
Quel compte à rendre au tribunal de Dieu !
M. Gonzales eût-il toutes les qualités nécessaires à un curé
(qu’il lui eu manque!); mais eût-il toute la solidité delà vertu,,
toute la sainteté et l’innocence indispensables à cette dignité, il
ne lui serait pas moins défendu de faire colporter des pétitions
chez quelques protestans , chez quelques particuliers de la ville ,
étrangers à la Cité, et chez d’autres qui jamais ne sont entrés
dans son église, pour surprendre la religion de Mgr. l’évêque et
du premier dépositaire de la confiance royale..
Qu’auraient dit les SS. Pères de l’église , à la vue d’une dé
marche si indécente ? St.-Jean-Chrysostôme , dans ses livres du
sacerdoce, établit comme un principe incontestable, que tout
désir de s’élever dans là maison de Dieu est uue disposition cri
minelle et pleine de présomption qui en ferme l’entrée (i). Il
regarde un tel désir comme la marque la plus évidente qu’on
n’y est pas appelé de Dieu. Une charité éclairée , disait SaintAugustin , choisit d’abord la sûreté de l’obscurité et de la retraite;
(i) Voyez U livre troisième presque tout entier.
( 3r )
ce n’est que la charité forcée qui subit comme un joug l’hon
neur et le péril du travail et de la sollicitude (i). Celui qui dé
sire les dignités ecclésiastiques montre par là qu’il doit en être
exclus , dit St.-Grégoire-le-Grand (2)- Il faut y élever malgré lui
celui qui a les vertus et les talens nécessaires ; tous les autres
doivent refuser la charge pastorale, lors même . qu’elle leur est
offerte (3). Tous les pères de l’église supposent qu’on ne doit
entrer dans la conduite des âmes , que par la voie et le mérite
de la violence : leurs exemples confirment leur doctrine sur ce
point essentiel.
Saint-Athanase s’enfuit dès qu’il apprend que St.-Alexandre l’a
désigné son successeur dans le siège d’Alexandrie. St.-Jean-Chrysostôme, St.-Basile et St.-Grégoire de Nazianze tiennent la même
conduite, et n’acceptent l’épiscopat que quand ils s’y voient forcés
par les voeux et par le concert unanime du clergé et du peuple.
Saint-Augustin s’éloignait des villes qu’il savait destituées d’évêques,
de peur qu’on ne pensât à lui dans l’élection. Vous le savez,
s’écriait-il en se plaignant amoureusement à Dieu , vous le savez,
Seigneur , qu’on m’a fait violence ; et cette violence , je ne puis
la regarder que comme l’effet de votre colère et comme le juste
châtiment de mes péchés (4). Animé du même esprit , quoique
appelé d’une manière extraordinaire au siège de Milan , St.-Amhroise tenta en vain toutes les voies imaginables pour échapper
(i) Otium sanction quærit cliaritas veritatis; negotiuro justnm suscipit nécessitas cliaritatis.
( Lib. 19 , de civ. Dei. )
(a) Qui ullrô ambit aut importuné se ingerit, pro cul dubio est repellendus. ( De cur.
part. c. 5. )
(S) Virtutibus pollens coactns veniat; virlutibus carens etiam iuvilatus effugiat ( ibid. )
(4) Vis mihi facta est merilo peccatorum nieorum, ( Epist. i48. )
( 32 )
à la dignité sublime dont il était menacé. Lorsqu’on m’éleva sur
la chaire épiscopale, ne pouvant rieu gagner par les prières, je
demandai du temps; mais ce fut inutilement: la force l’emporta,
et il me fallut courber les épaules sous le fardeau. Si dans tout
ce qui se passa alors , il y a eu de la précipitation , ce ne peut
être que la faute de ceux qui me firent violence : vis cogentis
est. Moi qui suis un ver de terre plutôt qu’un homme, dit St.Paulin , en racontant l’histoire de son ordination , je fus traîné à
l’autel malgré moi, par une multitude de peuples qui me pressaient
et m’environnaient de toutes parts (/},• malgré le désir ardent que
j’avais de voir passer ce calice loin de moi, il me fallut pourtant
céder à la force; et dire à Dieu: Que votre volonté s’accomplisse,
et non pas la mienne (2).
Telles furent les maximes des saints; et tels les exemples qu’ils
nous donnèrent dans ces siècles heureux qui furent la gloire de
l’église , où le christianisme était dans sa première splendeur ,
et où l’on voyait encore dans les pasteurs toute la vigueur de
l’esprit apostolique. Alors ce n’était point une vertu de fuir,
c’était une loi reçue , une maxime commune , un usage établi,
consacré.
Bien loin de vouloir faire revivre ces temps fortunés, M. Gonzales
ne se contente pas de s’offrir lui-même, il intrigue, pour qu’on
le demande , qu’on sollicite, qu’on presse en sa faveur et qu’on
accomplisse ses désirs présomptueux. Mais briguer une cure ou
prétendre s’en rendre digne par des soins , ou par des sollicitations
humaines , c’est marcher sur les traces du profane Simon ; c’est
(1) Repentina vi multitudinis, præsbyteratus iniciatus sunt invitus. . multitudine stran»
gulante compulsus. { Epist. ad sev. )
(2) Necesse habui dicere domino ; non mea volontas, sed tua fiat ( ibid. )
(33)
vouloir acheter comme lui le don de Dieu au prix de ses assi
duités et de ses adulations. Eh! qu’importe, puis-je dire à M.
Gonzales, comme Saint-Jean-Chrisoslôme le disait à un ecclésias
tique ambitieux, de son temps ; qu’importe que vous n’offriez
pas un argent matériel et effectif, pour obtenir vos prières! vos
sollicitations, et toutes vos démarches sont le prix criminel et
l’argent sacrilège que vous offrez. S’il fut dit au premier : Que
ion argent périsse avec toi ; on peut vous dire , avec autant de
raison : Que notre ambition , que nos brigues périssent anec nous,
puisque nous anez cru pounoir posséder le don de Dieu par des
recherches humaines (i). De là les décisions formelles de SaintBern’ard et de Saint-Thomas d’Aquin. Défiez-vous, dit le premier,
défiez-vous de la vocation d’un homme qui fait solliciter une
dignité sacrée. S’il ne rougit pas de demander pour lui-même ,
ne regardez une pareille demande que comme un litre d’exclu
sion et de condamnation au tribunal de Dieu (2). Celui qui de
mande pour lui-même un bénéfice auquel est attaché le soin des
âmes, dit l’auge de l’école, en est indigne, par la seule pré
somption qu’il a de s’en croire digue (3).
Si je n’étais déjà ennuyé de copier , je ferais encore mieux
sentir l’indignité de M. Gonzales , par les raisons qu’il allègue et
les tilres qu’il produit pour s’autoriser dans la poursuite de la
cure de la Cité. Il se croit fondé à la demander, par la dis
tinction de son grand nom , s’évertuant à persuader qu’il descend
1
(1) Ambitio tua tecum sit in perditionem, quoniam putasli ambilu humano domina de
possideri. ( Hom. 3 , in act. apos. )
(2) Pro quo rogaris, sit tibi supeclus ; qui pro se rogat jam judicatus est, ( Lib. 4 de cons. c. 4.)
(3) Si quis pro se rogat , ut obtineat curarn animarunr ex ipsa presumptione fit
indignus. (2,2 quest. 100 et quod 46, 2 art. 11 , ad. 3. )
9
(34)
en droite ligne des célèbres Gonzales de Gusman (*) , comme si
l’éclat dn nom pouvait transmettre aux enfans , avec le sang de
leurs ancêtres, les qualités qu’exige le sanctuaire; comme si l’on
ne pouvait pas dire à M. Gonzales :
Ce long amas d’aïeux que vous diffamez tous,
Sont autant de témoins qui parlent contre vous.
Mais non, ce que l’église demande dans ses ministres, ce n’est
ni la noblesse du sang ni un nom illustre ; mais de grandes
vertus et un courage héroïque , que les menaces de l’impiété
triomphante ne soient pas capables d’ébranler, d’intimider, et
que ses faveurs ne puissent point corrompre. Or , si M. Gonfales
eût eu ces vertus et ce courage , nous ne l’eussions jamais connu.
Il allègue encore des titres comme un droit incontestable, celui de
docteur dans la Faculté de Théologie , comme si tous les prêtres
mandians n’étaient pas, en Espagne, élevés au grade de docteur:
il se prévaut surtout de celui de vicaire-général d’Estramadure,
nommé par le roi intrus. Le beau titre ! il suffirait seul pour l’exclure.
M. Gonzales dira-t-il que désirer, demander, solliciter, profiter
des protections qu’on a, c’est l’usage universellement reçu , c’est
l’exemple donné par presque tous les ecclésiastiques, par ceux même
qui ont la plus grande réputation de régularité et de vertu ? Qu’il
apprenne qu’un usage qui déroge aux saints Canons ne saurait
jamais prescrire contre la loi ; que toute coutume qui y est
contraire, est bien moins un usage* à suivre qu’un abus à retran
cher (ij. Dès qu’elle est contraire à des maximes constamment reçues,
(*) Il n’y a pas de village eu Espagne , ni de classe , où l’on ne trouve des Gonzales,
à ce que m’ont assure des Espagnols. Notre curé malgré nous, peut bien être le [ils d'un berger.
(1) Cousuetudo quæ canouicis obviât instituas ; nullius debet esse inomeuti. ( C. 3 ,
ad nostram de consuet. )
.
i
/
(35)
ou qu’elle va à troubler l’ordre de la discipline ecclésiastique „
disent les pères du quatrième concile de Tolède , il faut la rejeter
comme pernicieuse (t). Je pourrais lui dire que les prêtres sont
établis dans l’église de Dieu, non pour accommoder les règles aux
abus, mais pour redresser les abus sur les règles, et donner l’exemple
d’une conduite irréprochable qui condamne toutes les prévarica
tions. D’ailleurs la prévarication n’est pas si universelle qu’il
voudrait se le persuader : malgré la corruption du siècle , il est
encore parmi nous un grand nombre de ministres selon le coeur
de Dieu, qui n’ont point fléchi le genou devant Baal, qui conservent
profondément graves dans le cœur les sentimens de frayeur et de
fuite, de résistance et d’eloignement pour les honneurs du temple,
et qui, par conséquent, peuvent encore lui servir de modèle eu
ce point de discipline. Qu’il fixe les yeux sur nos prêtres de la
ville, qu’il a osé calomnier, il verra en eux, en action, toutes les
vertus sacerdotales.
Enfin, la corruption fût-elle aussi générale qu'il le croit, jamais
la multitude des transgresseurs ne justifiera les transgressions. Qu’il
pense tout ce qu’il voudra, que les plus gens de bien ne se font
pas scrupule de demander et de solliciter, les fidèles se délieront
toujours d’une vertu qui viole publiquement les règles , et ils
tiendront toujours pour suspecte une piété qui se dément ou qui
s’abuse en justifiant les transgressions.
Quatrième proposition.
M. Gonzales en fonctions curiales à la Cité, est si odieux aux
fidèles qui composent celte paroisse, que fût-il nommé leur curé,
il devrait s’éloigner d’eux au plulôt.
(1) Peruiciosa consueliido nequaquam est recipienda, quæ majornm instilula prælerieus
oianem ecclesiæ ordinem perturbai. ( Cau. 19. )
(36)
Le grand apôtre peint les-ministres de l’évangile comme des hom
mes consommés en vertus, exercés dans la patience, dans la mortifi
cation, dans le travail ; recommandables par une douceur inaltérable,
par une charité sincère, vraie. .. (i). 11 les représente comme des
hommes insensibles aux injures, aux persécutions, aux calomnies,
aux opprobres dont on les charge; tranquilles au milieu des orages
et des tempêtes , comme au sein des plus riantes prospérités j payant
par des prières, par des bénédictions et par des bienfaits, les
outrages et les malédictions dont on les accable (2). Le même
apôtre trace en sa personne l’image d’un parfait ministre de l’évangile,
quand il dit qu’après s’être consumé de sueurs , de travaux et
de veilles pour ses frères, il soupire après de nouvelles souffrances
et de nouveaux combats ; quand il proteste qu’il ne sera content
que quand il pourra donner son sang et sa vie pour leur salut (3).
A ces traits ravissans, les fidèles de la paroisse de la Cité ont
toujours eu le bonheur de reconnaître les prêtres chargés de les
conduire dans les voies du ciel , jusqu’à Farrivée de M. Gonzales.
Mais ce prêtre espagnol, peu accoutumé à exercer les augustes 'fonc
tions du plus sublime ministère, s’annonça d’abord comme le grand
antagoniste de M. le curé de Périgueux, qu’il n’avait jamais vu,
et il n’a cessé de déclamer contre lui et MM. les prêtres de la
ville , de la manière la plus indécente. Ses raauières déplurent
singulièrement ; mais bientôt on s’aflligea bien davantage, lorsqu’on
(1) lu omnibus exhibeamus nos lamquàtn dei miuistros in multa patientia, in tribulalionibus.. .in jejuniis.. .in lougauimitate.. .in cbaritate , non ficta. ( 2 ad Cor. c. 6, v. 4, 5, 6. }
(2) Maledicimur et benedicitnus. Persecutioneni patimur et'sustinemus, blasphemamur
et obsecramus. (2 ad Cor. c. 4, v. 12. )
(.5) Ego non solùm alligari sed, et mori paralus suni propler noinen domini....
ego autem libantissimè impendam et super impendar ipse pro auimabus vcslris..
(37)
■vil qu’il ne voulait servir l’église où le prochain, qu’autant l’une et
l’autre fourniraient à son avide cupidité. On s’écria avec St,-Bernard,
que l’abomination de la désolation était dans le lieu saint : on vit
avec la plus amère douleur qu’il s’acquittait de ses fonctions en
mercenaire, qu’il s’attachait au sacré ministère comme un artisan
à son métier; enfin que l’intérêt était l’unique ressort capable de
le remuer, et le seul mobile qui le fît agir. Il se montra parfai
tement comme un de ceux dont parle St.-Bernard (i).
Voilà , mon cher ami, une faible partie des raisons par lesquelles
M. Gonzales s’est entièrement aliéné les esprits des habilans de la
Cité ; il leur est si odieux, qu’il tenterait en vain de détruire leurs
préjugés en se roidissant contre la répugnance qu’ils ont à assister
à ses offices. Il est donc évident qu’il ne peu pas espérer de faire
jamais le bien dans une paroisse où il est vu de si mauvais oeil,
et que son obstination à y demeurer, compromettrait le salut
des âmes, pour lesquelles il doit se sacrifier, Si ses procès , sa
cupidité, sa hauteur, sa négligence......... sont la cause de la répu
gnance qu’on a conçue contre lui, qu’il s’amende, qu’il s’humilie;
mais qu’il se retire d’un lieu où son ministère ne peut qu’être
nuisible , surtout dans un temps où il demande plus que jamais
la confiance des peuples.
Fût-il haï sans sujet, fût-il irrévocablement nommé curé de la
Cité, il devrait, en cédant sa place, donner à ses paroissiens une
preuve de sa charité ; cet acte, de désintéressement pourrait seul
Jes guérir de leur haine , tandis que sa présence ne ferait que
l’exciter, l’aigrir et l’enflammer davantage. Dans tous les cas, le
bien de la religion et le salut des âmes doivent l’emporter sur
(i) Ipsa quæque ecclesiasticæ dignitalis officia in turpem quæstum........ trausierunt
nec jtrhissaius animarum , sed luxus quæritur divitiarum. ( Serin. 6. in psalm . 90.)
IO
( 38 )
ses intérêts particuliers. C’est le cas où l’on peut appliquer la
règle que Saint-Clément, pape , donnait aux Corinthiens : « Ve'niamus ad gloriosam et venerabilem sanctœ vocationis nostrœ regulam. Quis inter vos generosus ? quis misericors ? quis charitatis
plenus ? dicat : si propter me seditio , et discordia et schismata ,
discedo j abeo qucecumque volueritis , et facio ea quæ a plebe mandantur $ solum ovile christi in pace degat . . . Qui hoc fecerit r
sibi magnum decus in domino comparabit, et omnis locus eum
suscipiet. Hœc, qui divinam ac cujus numquàm pœnitet, vitam
vivant, fecerunt et facient. »
C’est , en effet, la conduite qu’ont tenue les vrais pasteurs de
l’église, toutes les fois que la paix et le bien de leur troupeau
l’ont exigé. Autant ils avaient de fermeté à ne pas céder leurs
postes lorsque l’erreur ou l’injustice l’exigeait d’eux , et qu’ils
ne pouvaient le faire sans trahir leur ministère et sans livrer
leurs brebis à des loups ou à des mercenaires ( ce que Mi Gon
zales ne doit pas craindre ) , autant ils se montraient disposés à
se retirer lorsqu’on ne rejetait que leur personne et leurs défauts
sans rejeter leur mission. C’est ainsi que Saint-Grégoire de Nazianze abdiqua le siège de Constantinople; c’est ainsi que les
évêques d’Afrique offraient de descendre de leurs chaires pour
y faire monter les Donatistes même réunis , si le bien précieux
de la paix le demandait : Quod sum propter te, sim , si tibi prodèstj
non sim , si tibi obest locus iste. ( S.-Aug. de gestis cum emerito ).
Cette disposition est impérieusement commandée à M. Gonzales ,
par la charité, qui ne cherche point ses intérêts, mais ceux de
Jésus-Christ, et par la nature même du gouvernement ecclésiastique,
qui n’a pour but que le salut des fidèles , et non les avantages
de ceux qui sonL à.leur tête: impendam et super impendar ipse pro
animabus vestris ( 2 Cor. 12 , i5 ). S’il arrivait autrefois qu’un
évêque légitimement élu et canoniquement consacré ne fût pas
( 39 )
agréable au peuple, on ne le forçait point à le recevoir; on le
transférait à une autre église. L’histoire ecclésiastique fournit une
infinité- de preuves de cette discipline. Que M. Gonzales parte
donc au plutôt ; qu’il cesse de troubler la tranquillité publique ,
et de vouloir gêner la. liberté des consciences, accordée à tons les
citoyens par la loi constitutionnelle de l’état, en employant des
moyens aussi inutiles qu’extravagans. Les sollicitations, les reproches,
les menaces, les instances même les plus douces, seraient dange
reuses si elles devenaient importunes ; elles fourniraient aux fidèles
de la Cité une nouvelle occasion de se plaindre de lui, dé le haïr,
et peut-être de le persécuter ; ce qu’il doit éviter avec soin, non
par la crainte de souffrir , mais par la crainte de nuire à la religion.
Enfin , M. Gonzales ferait des miracles qu’on n’aurait jamais
aucune confiance en lui ; parce qu’il s’est trop souvent abandonné
à toute la fougue de son caractère; parce qu’il a eu trop souvent
recours à l’autorité pour contrarier ou réprimer ses paroissiens.
La religion lui interdisait ces moyens violens, qui, au lieu de
corriger, ue fout jamais qu’aigrir. Rien n’est plus indigne du chrétien,.
dit Saint-Grégoire de Nazianze, que dé couloir amener les hommes
à la vertu par la Jorce et par la contrainte.
Un ministre doit être circonspect dans le choix des moyens qu’il
emploie pour ramener les errans ; il doit user d’une grande pa
tience, chercher les occasions, attendre les momens favorables pour
s’insinuer dans leur esprit; éviter à leur égard tout ce qu’ils pourraient
attribuer au mépris ou à Ta version; ne leur parler qu’avec beaucoup
d’honnêteté et de déférence; ne parler d'eux qu’en bien; ne jamais
leur écrire, comme l’a souvent fait M. Gonzales, des lettres in*
sullantes, menaçantes, acerbes.... enfin leur parler toujours delà
religion , comme un médecin des malades qu’il désire ardemment
de guérir. « Orent assidue pro ipsis , demonslrent se de eorum perditione ex animo dolere ; pro eorum concersione omnia paratos esse
( 40)
agere, ut agnoscantur filiipalris sui qui solem euum oririfacit super
bonos et malos. ( Conc. Bemense, anno 625 ). Extende sagenam
charitatis, dit Saiut-Jean Chrisostôme, ut non suboerlatur clandicans,
sed potius sanetur ,• ostende quod magna affectione bonum proprium
cupias facere commune affèr dulcern escam compassionis in liamo ,
et sic scrutare projunda, atque ex imo perditionis extrabe eum qui
sensu descenderat. Erudi sicut alienum ab apostolicà iraditionè j et
si quidem huic bono consulere ooluerit homo , qui priùs errore infectus
erat juxta vocem prophetœ , et ille vitiî vivet ; et tu animam tuarn
liberabis : si autem respuit sermonem ut potè contentiosus , tu coniestare ne reus Jias, tantum cum longanimitate et suavitate, ut ne
animam ejus de manu tua judex requirat , ne odio liabeas, ne
averseris, ne persequeris , sed sinceram et veram ergà eum ostende
charitatem , hune lucrare etiam si aliud nullum certè hoc ferat Lucri.....
( Sermo de anathemate. )
Si M. Gonzales eût suivi ces sages maximes ; s’il eût parlé à ses
paroissiens le langage de la religion ; s’il eût souffert patiemment
leurs premiers refus de l’écouter ; s’il leur eût donné quelques
marques d’amitié, de charité ; s’il eût volé auprès d’eux dans
leurs maladies, il n’y a pas de doute qu’il aurait assuré son bonheur
pour le temps et pour l’éternité. Si, à l’exemple de J.-C. , il se
fût montré l’ami des pécheurs ; qu’il eût pensé que c’était pour
eux plutôt que pour les justes qu’il était envoyé (i)j si enfin,
au lieu de leur témoigner de l’éloignement et de l’indifférence ;
de les traiter avec hauteur, avec dédain, avec dureté, de né
manifester d’attachement qu’à leur bourse, il eût fait paraître quelqu’affection pour eux et quelque empressement à leur prêcher
(1) Non est opus valenlibus medicus, sed maté liabenlibns.... uou enim veni vocare
jnstos, sed peccatores. ( Math, 9 , v. 12, i4.)
(4i )
la vraie doctrine et à les consoler dans leurs afdictions, il aurait
gagné leur conliance (r) ; mais maintenant il l’entreprendrait inu
tilement. Il faut qu’il parte au plutôt..
Je m’étais proposé d’abord , mon cher ami, d’analyser la lettre
de M. Gonzales , en fonctions curiales dans l’église de la Cité , et de
démontrer qu’il se joue et se moque des principes qu’il expose ,
de la charité et de la correction fraternelle , puisque M. le curé
de Périgueux a religieusement observé et rempli toute l’étendue
des devoirs qu’imposent ces deux vertus. En effet, M. Gonzales
peut-il avoir oublié les remontrances réitérées que son respectable
confrère lui a faites, dans la vue d’arrêter ses écarts ? Ne l’a-t-il
pas averti lui seul ? N’est-ce pas à lui seul qu’il a reproché ses
torts, et de vive voix , et par écrit ? La lettre à laquelle il a
réponduj, après plus de neuf mois de méditation, de réflexion,
et d’une manière si peu digne d’un ecclésiastique, n’était-elle pas
confidentielle ? aurait-elle eu quelque publicité, si son malin génie
ne l’eût engagé à la faire imprimer , dans le criminel espoir de
nuire à son auteur ? Voilà ce qui saute aux yeux des moins
clairvoyans, et ce que tout le monde dit.
(1) Si pastoralibus visceribus præditi sumus, per sepes et spinas nos corretare debemus,
Membris laceratis ovem quæramus el pastori principi que omnium cum lælitia reportemus. ( St.-Aug. de geslis cum emerilo, sub fine.] Quærimus vos ut inveiiiamus ; tantum
vos diligimus, quantum vestrum errorem odimus , atque uliuàm sic vos quæramns ut
inveuiamus , ut de uno quoque vestrum gaudenter dicamus : mortuus erat et revixit,
perierat et inventus est. (St.-Aug. coatrà Petiliau, lib. 2, cap. 38.)
( 42 )
Voilà ce qn.e j’aurais voulu développer ; mais vraiment je suis
trop fatigué de copier. Ainsi, quoiqu’il m’en coûte, je suis forcé
de finir ; mais si M. Gonzales me répond , je me dédommagerai.
En attendant , recevez un nouveau témoignage de mon inviolable
attachement.
Au faubourg de la Cité, le 8 septembre 1820.
Nota. Mon intention n’avait point été d’abord de faire imprimer cette lettre ; je
répondais à un ami, et pour m’a satisfaction, et pour l’amendement de M. Gonzales,
j’avais seulement le projet d’en donner quelques copies à mes conuaissantes, et une à ce
prêtre espagnol: mais l’ayant communiquée à quelques-uns de mes co paroissiens, j’ai
cédé aux fortes instances qu’ils m’ont faites pour la livrer à l’impression. J'avoue aussi
que j’en redoutais les frais ; mais je désire que l’imprimeur y trouve son profit.
A PERIGUEUX,
*
Chez la veuve FAURE , imprimeur de la Préfecture et des Tribunaux.
I