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Fait partie de Compte-rendu des opérations de la Caisse d'épargne de Périgueux pendant l'année 1842

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COMPTE-RENDU
DES OPÉRATIONS

PENDANT L’ANNEE 1S42
PRÉSENTÉ A L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES FONDATEURS, LE 2 AVRIL 1843

Vicc-présidcnl du Comité dos diroclcurs.

IMPRIMERIE DUPONT, RUE TAILLEFER.

1843
k

COMPTE-RENDU
DES OPÉRATIONS

DE LA CAISSE D’ÉPARGNE
PENDANT L’ANNÉE 1S42
PRÉSENTÉ A L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES FONDATEURS, LE 2 AVRIL 1843,

I‘ VR M. BATIE »K L VGIl VAGi;
Vice-prcsidcnt du Comité des directeurs.

messieurs,
Chargé, depuis rétablissement de la caisse d’épargne de
Périgueux, de vous rendre compte annuellement du résul­
tat de ses opérations, je viens pour la troisième fois rem­
plir une tâche qui doit se simplifier à mesure que l’insti­
tution qu’elle a pour objet est mieux comprise, mieux ap­
préciée.
Je n’abuserai donc pas de vos momens en énumérant de
nouveau les avantages que doivent procurer les caisses d’é-

— 2 —
pargue ; je ne reviendrai pas sur les considérations propres à
déterminer les classes laborieuses de la société à y déposer
le fruit de leurs économies; tout a été dit à ce sujet; et si
le but n’est pas complètement atteint, si nous avons encore
beaucoup à désirer, il faut attendre avec patience un suc­
cès plus décisif de la réflexion, de l’exemple, des sages con­
seils, et surtout du temps, qui, à la longue, dissipe les pré­
ventions , triomphe des répugnances, et fait apprécier toutes
choses à leur juste valeur.
Vous verrez, messieurs, par le compte que je vais avoir
l’honneur de vous présenter , que notre établissement conti­
nue de suivre la marche progressive signalée dans les précé­
dons rapports.
Comme l’année passée, je remonterai à l’origine de la
caisse ; l’époque de sa fondation est encore assez récente pour
que le rapport puisse comprendre un résumé de la totalité
des opérations. Cet examen rétrospectif, en vous faisant
connaître les résultats obtenus, vous donnera la mesure des
espérances que nous sommes en droit de concevoir.
Voici quelle était la situation de l’établissement au 31
décembre 1842:
Il a été ouvert, depuis la fondation de la caisse, 944 livrets, savoir :

En 1840................................. 185
En 1841................................ 448
En 1842................................ 311

Total

944

Depuis la même époque, il en a été soldé :
En 1840................................. 22
En 1841.............................
98
En 1842................................. 361

11 restait donc le 3 décembre 1842
comptes ouverts à la caisse.

Total

463

— 3 —
Les fonds déposés se sont élevés :
En 1840,
En 1841,
En 1842,

à........ 111,738 f. 82 c.]
à........ 380,434 83 \ ......................... 682,299 f. SI c.
à........ 190,123 66

J

Les intérêts payés par le trésor ont été :
En 1840......... ......
En 1841.......... .......
En 1842.........

1,024 f. 30 c.
6,788 62 !» .............

Le total des sommes déposées, en capital et intérêts, était
donc de.................................................................... ........... 698,481 f. 66 c.

11 a été remboursé :
En 1S40................
En 1841...............

10,376f. 18 c.]
83,444 14 l ......................... 474,233

En 1842................ 380,213

54

J

86

_________

Celte somme retranchée de l’actif ci-dessus, il restait dû,
le 31 décembre 1842, aux 463 déposans....................... 224,245f. 80 c.

Voilà, messieurs, des résultats généraux qui semblent,
au premier aperçu, démentir ce que je viens de vous dire
sur la prospérité croissante de notre caisse d’épargne.
En effet, le nombre des livrets ouverts en 1841 était de
448, et il ne s’est élevé en 1842 qu’à 311 : Diminution, 137.

Tl avait été versé en 1841............................... 380,434 fr.
et les versemens opérés en 1842 n’ont été que de 190,125
Différence en moins.......................................... 190,309 fr.

— 4 —
Je me hâte de vous annoncer, messieurs, que ce déficit
n’est qu’apparent.
Rappelez-vous ce qui fut dit dans le compte-rendu des
opérations de 1841, sur la fausse manœuvre de deux régimens qui, vers la fin de cette même année, reçurent suc­
cessivement l’ordre de venir tenir garnison à Périgueux,
ordre rétracté avant qu’ils fussent parvenus à leur destina­
tion. Les conseils d’administration de ces corps, au premier
avis de leur changement, demandèrent le transfert de leurs
fonds à la caisse d’épargne de Périgueux. Nous dûmes, en
conséquence, ouvrir 162 nouveaux livrets aux militaires de
ces deux régimens, et faire recette de 196,777 fr. qui leur
appartenaient.
Mais un transfert paiement, réclamé et effectué en janvier
1842, fit disparaître de nos écritures ces chiffres qui n’y
ont guère figuré que pour mémoire, et sans rien changer à
notre situation.

Ainsi, pour rester dans le vrai, il ne faut tenir aucun
compte de ces deux opérations, qui se balancent exacte­
ment , mais qu’on n’a pu vous présenter dans le même ta­
bleau , parce qu’elles appartiennent à deux exercices diffé­
rées.

Examinons maintenant, messieurs, les diverses catégories
de déposans, et voyons dans quelles proportions chacune
d’elles a pris part aux opérations de la caisse d’épargne.
(Suit le tableau.)

y

J

— 6

Il résulte de ce tableau :
1° Qu’en 1842, le nombre des ouvriers s’est élevé de 38
à 70, et que leur actif, qui n’était que de 12,409 fr., est au­
jourd’hui de 24,361 fr.
2° Que le nombre des domestiques, qui était de 73, est
aujourd’hui de 116, et que les fonds versés par eux se sont
élevés de 21,349 fr. à 38,998 fr.

3° Que 15 employés figurent aujourd’hui sur nos regis­
tres , tandis qu’il n’y en avait que 9 au 31 décembre 1841,
et que les fonds versés sont de 5,231 fr., au lieu de 2,608 fr.
4° Que le nombre des militaires, qui était de 274, s’est
trouvé réduit à 75, et que le chiffre de leur actif a passé de
317,665 fr. à 81,347 fr.
5° Que les individus appartenant aux professions diverses
se sont élevés du nombre de 58 à celui de 98, et leur avoir
de 40,821 fr. à 55,340 fr.
6" Que les mineurs, qui n’étaient que 58, sont parvenus
au nombre de 88, et que le chiffre de leurs dépôts s’est
élevé de 8,385 fr. à 18,587 fr.

7° Enfin, que des 3 sociétés de secours mutuels qui figu­
raient au compte de 1841, l’une a été dissoute, l’autre a
retiré ses fonds, et qu’une seule, celle des pompiers delà
garde nationale, existe en ce moment sur les registres de la
caisse.

Vous voyez, messieurs, qu’une seule de ces catégories,
celle des militaires, a subi une diminution dont vous auriez
tort de vous préoccuper. Les explications données dans le
rapport de l’an passé, et que je viens de rappeler, ont dû

vous convaincre que l’accroissement signalé en 1841 n’ayant
rien de réel, la réduction qu’on remarque dans le compte
de 1842 est également fictive.

Au surplus, grâce à l’impulsion donnée par les chefs du
65e régiment de ligne, actuellement en garnison à Péri­
gueux , les déposans militaires sont plus nombreux que ja­
mais.
Quant aux cinq autres catégories, elles ont pris, en 1842,
un accroissement considérable, tant pour le nombre des dépo­
sans que pour l’importance des fonds versés.

Nous regrettons toutefois, messieurs, que celle des ou­
vriers ne suive pas, proportionnellement, la marche pro­
gressive des autres; car, qu’est-ce que 70 déposans, sur
une population de 13 à 1,400 individus exerçant à Péri­
gueux des métiers ou des professions mécaniques ?
Nous savons bien que tous ne peuvent pas faire des écono­
mies ; que les apprentis, les simples ouvriers, reçoivent des
salaires qui suffisent à peine à leurs besoins ; que quelquesuns, après avoir formé sans prévoyance de trop précoces
établissemcns, ne peuvent qu’avec peine pourvoir à l’entre­
tien de leur jeune famille; que les maladies et la suspen­
sion du travail viennent souvent aggraver leur position ;
mais nous savons aussi que beaucoup d’ouvriers sont assez
largement rétribués pour pouvoir économiser, sans s'imposer
de privations sensibles, 2, 3 et jusqu’à 6 fr. sur les salai­
res de la semaine ; que ces économies, qui, versées exacte­
ment à la caisse d’épargne, suffiraient en peu d’années pour
assurer l’aisance et quelquefois la fortune des déposans, sont
follement dissipées le dimanche. Que dis-je le dimanche ?

— 8 —
si tout n’est pas épuisé cejour-Ià, s’il reste encore quelque
argent, on le dépense le lundi ; d’où résulte pour l’ouvrier
le double inconvénient de perdre les épargnes laborieuse­
ment acquises pendant une semaine, et de diminuer d’un
sixième le salaire de la semaine suivante.

Faisons tous nos efforts, messieurs, pour mettre un ter­
me à cette déplorable habitude. Que des avis, que des exhor­
tations, qui finiront par être écoutés, parce qu’ils émanent
des véritables amis de la classe pauvre et laborieuse, vien­
nent de toutes parts lui faire comprendre l’absurdité de sa
conduite.

Nous avons demandé, et nous demandons encore avec
instance, à tous ceux qui, par état ou par position, exercent
quelque influence sur les ouvriers, de nous venir en aide.
Qu’avec celte volonté ferme et persévérante qui ne con­
naît pas d’obstacles, ils cherchent à vaincre la force d’i­
nertie qu’on nous oppose, les préventions que l’ignorance ou
la mauvaise foi élèvent contre une institution toute popu­
laire.
Leur voix amie et connue, se faisant entendre dans le
calme d’une conversation intime, sera plus efficace pour con­
vaincre, et surtout pour persuader, que nos avis officiels, que
nos raisonnemcns imprimés, qu’on ne lit pas, ou qu’on ne
lit qu’avec défiance.

Je vais, messieurs, comme les années précédentes, vous
rendre un compte succinct de la situation, au 31 décembre
1842, de la dotation de la caisse.

— 9 —
Elle se compose :
1° Du reliquat existant au 31 décembre 1841, 2,702 f. 37 c.
2° De l’allocation annuelle faite par le con­
seil municipal de Périgueux............................... 300
»
3° De l’intérêt de ces deux sommes et du
boni résultant, en faveur de la caisse, de la dif­
férence entre les intérêts payés par le trésor
et ceux servis aux déposans...........................
910 94

Total........................... 3,913 f. 31 c.
Déduisant de cette somme les frais de toute
nature faits en 1842, pour l’administration de
la caisse, montant à.........................................
507 90

Il reste............................ 3,345 f. 41 c.
Formant la dotation de la caisse au 31 décembre 1842.
Vous voyez, messieurs, que la situation s’est améliorée ;
c’est le résultat de la sévère économie apportée dans les dé­
penses, et surtout du grand mouvement de fonds qui a eu
lieu dans l’année qui vient de s’écouler.
Vous remarquerez que nous n’avons reçu aucun secours
nouveau. Quelques souscriptions faites à l’époque de la fon­
dation de la caisse n’ont pas encore été réalisées ; elles le
seront probablement dans le cours de 1843.
Telle est, messieurs, après moins de trois annéesd'exis­
tence, la situation exacte de la caisse d’épargne de Périgueux,
de cet établissement destiné à exercer sur la population ou­
vrière de cette ville une grande et salutaire influence.

P» A

Cet avenir est plus ou moins éloigné, sans doute, mais il
est infaillible.

L’ignorance et la dépravation des mœurs sont les deux
principaux obstacles qui s’opposent à nos succès. Eli bien 1
un jour viendra où la classe pauvre, plus morale et mieux
éclairée sur ses véritables intérêts , sentira le besoin de l’or­
dre et de l’économie ; et la caisse d’épargne, en développant
le germe, en inspirant le goût de ces modestes vertus, aura
puissamment contribué à la réformalion des mœurs.
Pour obtenir ces heureux résultats, il ne nous faut rien
moins que le concours actif de tous les gens de bien, les
secours de l’autorité municipale, la protection du chef de
l’administration, fondateur de la caisse, et la paternelle bien­
veillance d’un prélat qui ne reste étranger à aucune bonne
œuvre, à aucun établissement actif, et qu’on est assuré de
rencontrer partout où il y a quelque bien à faire.