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Fait partie de Plusieurs électeurs de Périgueux à Messieurs les électeurs de la Dordogne
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Messieurs,
La dissolution de la Chambre des Députés est décidée, et les
élections vont avoir lieu en novembre. Les présidens des collèges
sont nommés ; tous les candidats ministériels qui sont à Paris se
rendent déjà dans leurs départemens. L’ordonnance est, depuis le
commencement d’octobre, arrivée en Corse, où l’institution du
jury n’existe pas, et où, par conséquent, il faut, aux termes de
la loi, dresser des listes un mois au moins avant l’élection. Pour
le reste de la France, elle ne verra le jour que le 5 novembre.
Par une fausse interprétation de la loi, par une déception sans
exemple , vous n’avez que dix jours d’intervalle entre la publi
cation de l’ordonnance à Paris et l’élection. Les collèges doivent
être convoqués du 15 au 20 novembre. Hâtez-vous donc ! bâtezvous! Choisissez vos candidats, avertissez vos amis, réunissez-vous,
et soyez préparés d’avance à soutenir l’assaut de toutes les perfidies
qu’on prépare contre vous.
Vous le savez, le but du ministère est de reconstruire pour
sept années encore une majorité qui détruise le peu d’institutions
qui nous restent, et leur substitue la domination absolue «îe la
faction jésuitique. Pour obtenir ce triomphe , il va bouleverser
la Chambre des Pairs , en y introduisant quatre-vingts de ses ser
viteurs, parmi lesquels on cite M. Dudon ; (i) et, afin de mieux
tromper la France et d’amortir le coup de l’indignation publique,
on dit que ces nouveaux Pairs ne nous seront révélés que succes
sivement : on procédera par fournées de vingt-cinq à trente mem
bres chacune.
Electeurs ! le sort de la France est entre vos mains î Quelques
jours de zèle, un peu de dévouement au pays, et nous sommes
sûrs de la victoire. Partout où ne se sont point encore formés
des comités électoraux, qu’il s’eu organise sans retard. 11 faut exa
miner les listes, découvrir les faux électeurs, et les dénoncer lé
galement à l’autorité. Si l’autorité refuse de rayer leurs noms, il
sera toujours temps de les empêcher de voter, en les menaçant
de les poursuivre en vertu du Code pénal, qui punit ce genre
de crime de l’emprisonnement, sans préjudice des peiues du faux
( article 2.58 ). 11 faut aussi soutenir avec persévérance les récla
mations commencées, et faire porter sur les listes tous les électeurs
qui, du 3o septembre au jour de l’élection, auront atteint l’âgede trente ans, ou acquis la possession annale.
ÉLECTEURS PÉRIGOURDINS,
Une vérité prouvée par l’histoiré', c’est que toute puissance
arbitraire se- précipite vers sa destruction, et que dés révolutions
plus ou moins rapides, ramènent partout un peu plutôt, unpeu plus tard le règne de la liberté. Abandonnez-nous au pou
voir qui viole si effrontément la Charte , et vous verrez les mêmes
effets produits par les mêmes causes; les mêmes haines suscitées
(i) Liquidateur des créances d’Espagne.
augmentées par les mêmes motifs ; les mêmes précautions suggérées
par les mêmes alarmes ; les mêmes obstacles opposés par les mêmes
jalousies ; le brigandage engendré par le brigandage; le malheur
engendré par le malheur ; une persévérance stupide dans le mal,
et la leçon de l’expérience inutile. Electeurs, vous tenez notre
avenir, l’avenir de nos enfans dans vos mains. Précipiterez-vous
trente millions d’hommes dans l’abrutissement, la servitude et les
révolutions ?.....
Le vrai courage est le courage de tête, le courage politique
qui consiste à défendre ses droits physiques et moraux , sans
lesquels l’homme perd toute sa dignité. L’inquisition hurle en Es
pagne ! IL n’y a plus de Pyrénées !
Electeurs, au nom du Roi, au nom de celte malheureuse
France tourmentée par tant de crimes! tant de gloire!.,. Au
nom de vos enfans, soutenez les libertés publiques! Cramponezvous autour de la Couronne et de la Charte ! Là, sont toutes nos
libertés ! C’est leur source ! Elles sont légitimes ! Le Roi les à
concédées. Réunissez vos opinions diverses , ne faites qu’une seule
voix, le Roi et la Charte! Abandonnez vos nuances d’opinions;
vous jouez notre và-tout-, déjà le bélier frappe nos portes.
La noblesse périgourdine a montré du zèle et de l’intelligence
en se faisant porter sur les listes électorales, tant mieux: cela
prouve qu’elle comprend le gouvernement représentatif; son in
térêt et le nôtre réclament des Beaumont.' Son existence morale
et physique en dépend. Si elle abandonne cette ligne, elle flot
tera désormais entre le jésuitisme et le jacobinisme ! Le jésui
tisme , ce fleuve de bitume qui embrase la France sans l’arroser.
11 serait temps de nous entendre; nous que la tempête perpé
tuelle des révolutions a précipités lour-à-tour dans des situations
si diverses; qui avons vu tomber tant de gouvernemeus , tant
d’opinions ; qui ne nous sommes traînés que de ruines en rui
nes vers celles que nous habitons aujourd’hui, hélas ! sans pou
voir nous y reposer.
P. S. Le Ministre anglais Waleoole disait: » J’ai dans mon porte-feuille le tarif de touleb
» les consciences parlementaires. » Électeurs ! donnez un démenti à Walpoûle, aiusi
qu’à ses copistes, et vous le ferez certainement en nommant des hommes du calibre
de MM. VERNEILH, de BEAUMONT , et UURECLUS.
Lorsque le pouvoir repousse de pareils hommes, quel est l’honnête homme qui ose
rait publiquement lui prêter son appui. N’est-il pas jugé par ce seul fait: Qui se res
semble s’assemble.
Que ceux qui veulent de l’argent et des places ; l'inquisition , les jésuites , le pou
voir absolu et des révolutions , suivent les voies tortueuses du ministère.
Que ceux qui veulent le Roi, la Charte, une France habitable, les libertés publi
ques , et qui sont las des révolutions , suivent la bannière de M. de Beaumont.
Tout ce qui trouble l'harmonie publique est un excès de l’homme et non un zèle et
une perfection de la vertu. La religion chrétienne désavoue les œuvres les plus saintes,
qu’on substitue aux devoirs. La politique des jésuites , amollit les sujets du Roi de
France; laisse tomber en ruine les forteresses, dégoûte les soldats, accable d’impôts le
pays et démoralise l’homme. Pour soutenir ce faux équilibre', il faut nécessairement per
fectionner la science de l’oppression, parce que les opprimés sont mille contre un. Il
faut la censure en main, jouer cartes sur table, au moment où le plus grand acte
de la vie politique va s’accomplir. Si Napoléon n’avait en que de la ruse, il n’aurait
pas duré six mois.
Électeurs des deux oppositions, malgré la parole et l’insouciance d’un trop grand
nombre d’entre vous, vérification faite des listes, vous êtes les maîtres: renoncez à vos
prétentions respectives, rapprochez-vous.—M. de Beaumont et M. Verneilh, sont de
bons choix. Que le plus faible cède au plus fort, et marche sous sa bannière. Surtout
n’approchez pas de la cuisine du pouvoir.
Jeunes gens, propagez ces salutaires principes, suppliez vos pères, vos parens de ne
pas vous déshériter de vos droits politiques et moraux ; on va jouer votre avenir et
votre dignité humaine, Pour vous, c’est Être ou n’Être pas.
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PÉRIGUEUX;
A PÉRIGUEUX, CHEZ J.-P. FAURE, IMPRIMEUR DE LA PRÉFECTURE.
