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Fait partie de Compte-rendu des opérations de la Caisse d'épargne de Périgueux : présenté à l'assemblée générale des fondateurs, le 31 janvier 1841...

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COMPTE-RENDU
DES OPÉRATIONS

DE LA CAISSE D'ÉPARGNE
PRÉSENTÉ A L’aSSEMDLÉE GÉNÉRALE DES FONDATEURS , LE 31 JANVIER 1841,

AU NOM DU COMITÉ D’ADMINISTRATION,

Par OT. B. »e I<.,
Vice-Président du Conseil des Directeurs.

PÉRIGUEUX,
IMPRIMERIE DUPONT, RUE TAILLEFER.

1841.

. Nous attendions avec impatience l’époque de celte réunion,
pour rendre compte des premières opérations de la caisse
d’épargne de Périgueux à ceux qui, par leurs généreux sa­
crifices, ont contribué à sa fondation.
Ce fut le 3 mai 1840, qu’à la faveur d’une allocation de
1,000 fr. faite par le conseil général de la Dordogne, d'une
somme annuelle de 300 fr. votée par le conseil municipal de
Périgueux et du produit d’une souscription à laquelle vous
avez tous pris part, nous fûmes en mesure d’inaugurer la
caisse d’épargne de Périgueux, dont une ordonnance royale,
rendue en décembre 1839, avait autorisé la création.
Le rapport que nous avons l’honneur de vous présenter a

donc pour objet les faits accomplis pendant huit mois, c'està-dire depuis le 3 mai jusqu’au 31 décembre 1810, et l’état
de situation de la caisse à cette dernière époque.

Vous êtes, messieurs, des appréciateurs trop éclairés de
l’importance des caisses d’épargne, pour qu’il soit nécessaire
d’insister ici sur les avantages qui doivent résulter de cette
institution, la plus utile, sous tous les rapports, que nous
aient donné les temps modernes.

Cependant, qu’il nous soit permis de rappeler succincte­
ment que ces établissemens sont destinés à recevoir les pe­
tites économies des classes inférieures de la société; à les
faire fructifier par l’accumulation des intérêts, pour les leur
rendre à leur volonté et suivant leurs besoins; à leur pré­
parer ainsi pour la vieillesse des ressources qui les dispen­
sent d’avoir recours à la charité publique.
Considérée sous le point de vue moral, celte institution
n’a pas moins de droits à la bienveillance et à la faveur.
« Aussitôt, dit un publiciste financier, que les hommes
« qui vivent du produit de leur travail sont entrés dans les
« voies -de l’économie , l’esprit d’ordre, de propriété, de
« tempérance et de prévoyance remplace en eux celui de la
« dissipation; leurs mœurs s’améliorent; ils s’attachent par
« leur intérêt même à l’ordre social ; ils s’élèvent, ils s’ho« norent à leurs propres yeux ; ils deviennent citoyens. »
Avant d’examiner jusqu’à quel point nous pouvons espérer
d’obtenir ces heureux effets de la fondation d’une caisse d’é­
pargne à Périgueux, voyons quelle était sa situation au 31
décembre 1840, telle qu’elle résulte de nos registres et des
écritures de la recette générale.
Il a été délivré depuis le 3 mai, jour de l’ouverture de
la caisse, jusqu’au 31 décembre dernier, 185 livrets.

Sur ce nombre, 22 ont été soldés intégralement ; en sorte

— 3 —
qu’à celte même époque 31 décembre, il ne restait plus que
163 comptes ouverts à la caisse.
Les sommes versées par les 183 déposons se sont élevées à 111,738 f. 82 c.
Les intérêts payés par le trésor, à......................................
1,024 59

21

Total........ ;.................... 112,763

Les sommes retirées s'élèvent à.........................................

10,576

18

11 est donc encore dé aux 163 déposans............................. 102,187

03

Voilà , messieurs , des résultats généraux d’une grande
importance, et qui, relativement du moins à la masse des
fonds versés, ont dépassé nos espérances.
Entrons dans les détails et voyons si, sous les autres rap­
ports, la situation de là caisse d’épargne est aussi satisfai­
sante,
Les 185 livrets distribués et les 111,738 fr. 82 c. déposés
se sont répartis de la manière suivante :

CLASSEMENT

NOMBRE

AVOIR

DES LIVRETS

DES

DÉPOSANS.

distribués.

DES DÉPOSANS.

fr.

Ouvriers...............................
Domestiques.........................
Employés..............................
Militaires..............................
Professions diverses............
Mineurs.................................
Société de secours mutuels..

10
31
8
74
36
25
1

2,053 »
7,160 20
2,560 »
79,916 55
16,430 07
3,794 »
43 »

Totaux............

185 ,

111,738 82

c.

Vous voyez, d’après le dépouillement, messieurs, que les
militaires ont eu la plus large part dans le mouvement des
fonds de la caisse d’épargne.

— 4 —
Ce résultat est dù, nous sommes heureux de le procla­
mer, à la sage prévoyance des chefs du 25.' régiment de
ligne en garnison à Périgueux, qui ont su déterminer leurs
soldats, et particulièrement les nombreux remplaçans que l’ap­
pel des classes antérieures à 1840 a introduits dans ce corps,
à verser à la caisse d’épargne le produit de leurs économies
et de leurs engagemens.
Certes , si tous ceux qui exercent sur les classes inférieures
de la société une autorité quelconque usaient ainsi de leur
influence, on ne verrait pas tant d’individus , qui ont em­
ployé utilement leur jeunesse dans des carrières diverses,
réduits à implorer la pitié publique, en étalant le spectacle
affligeant de la misère ou ils sont tombés faute de pré­
voyance.
Les mineurs et les domestiques se sont présentés en assez
grand nombre, guidés sans doute par les conseils de leurs
tuteurs et de leurs maîtres, qui leur ont fait sentir que la
caisse d’épargne est pour eux une seconde providence.
Jusqu’à présent, nous ne voyons figurer sur nos registres
que huit employés ; et cependant ceux qui remplissaient ces
utiles et modestes fonctions sont rangés dans les catégories
appelées à profiter de l’institution des caisses d’épargne.
Mais les ouvriers, messieurs, que votre sollicitude a eu
spécialement pour objet ; les ouvriers qui, presque tous pères
de famille , devraient sentir mieux que d’autres la nécessité
de demander au présent des garanties d’avenir pour une
existence incertaine et précaire, les ouvriers ont été sourds
à votre voix, et dix seulement ont répondu à l’appel.
En recherchant les causes de cette déplorable indifférence,
nous avons reconnu que la première est l’ignorance com­
plète où sont encore beaucoup de gens appartenant à la classe
ouvrière, non-seulement sur la destination de la caisse d’é­
pargne, mais même sur son existence.

— 5 —
Cependant, nous n’avons négligé aucun des moyens de
publicité dont nous pouvions disposer pour la faire con­
naître.
Une seconde cause, qui éloigne de nous les personnes peu
éclairées, c’est la crainte chimérique de compromettre, en
les déposant, des économies laborieusement acquises, et de
n’en pas obtenir le remboursement à volonté.
Nous disons, messieurs , que ces craintes sont chiméri­
ques. En effet, qu’on examine la chose sans prévention, et
chacun sera convaincu que de tous les établissemens finan­
ciers , ceux créés par le gouvernement sont les seuls qui
puissent donner des garanties et inspirer la confiance ; parce
que dans lé système actuel de notre organisation sociale,
cet être moral qu’on nomme l’état est le seul qui ait tou­
jours le pouvoir et la volonté de remplir ses engagemens ;
parce que son intérêt lui en fait une loi d’autant plus impé­
rative, que ses obligations sont plus étendues et qu’elles
s’appliquent à un plus grand nombre de citoyens.
Il ne peut en être de même des entreprises particulières
de banque, quelles que soient d’ailleurs les ressources et
le crédit de leurs fondateurs.
De nombreuses catastrophes financières, dont le souvenir
n’est pas effacé et dont les effets se font encore ressentir,
ne démontrent que trop la vérité de celte assertion.
Il est un troisième motif de l’indifférence ou plutôt de
l’éloignement des ouvriers pour la caisse d’épargne : c’est
une disposition presque générale et très prononcée à la dis­
sipation et au désordre.
Ce dernier inconvénient est très grave, messieurs, et les
obstacles qu’il met à la réalisation de nos projets sont bien
difficiles à lever.
En effet, on peut porter la lumière dans les esprits ignorans ou prévenus ; on peut dissiper des craintes imaginai-

— G —
res, mais on ne change qu’à la longue et avec peine les
habitudes, les inclinations et les mœurs.
Toutefois, ne désespérons de rien. La caisse d’épargne est
encore trop récente parmi nous pour y être bien comprise.
De sages avis, la réflexion, l’expérience et le temps, fini­
ront sans doute par faire apprécier cette institution à sa
juste valeur. Mais pour atteindre ce but, il nous faut le
concours actif et persévérant de tous les sages amis de l’huv
manité : nous le réclamons avec confiance.
C’est particulièrement aux chefs d’ateliers ; c’est à ceux
qui dirigent des entreprises industrielles; c’est aux archi­
tectes et aux ingénieurs ; c’est à nous tous, enfin, chacun
dans sa sphère, qu’est remis le soin d’éclairer les classes
laborieuses sur leurs véritables intérêts ; de leur faire enten­
dre que c’est dans les années où le travail est possible qu’il
faut se créer des ressources , pour l’époque oii l’âge et les
infirmités forcent à la retraite.
Pour compléter notre travail, il nous reste à vous entre­
tenir de la dotation de la caisse d’épargne.
Elle se compose :
1. ° De l’allocation faite par lo conseil général de la Dordo­
gne, au budget de 1840...................................................... 1,000 f. » c.
2. ° De 300 fr. votés par le conseil municipal de Périgueux,
pour chacune des années 1839 et 1840........................ .
600
»
3. ° Du produit de la souscription ouverte en faveur de la
caisse, montant jusqu’à ce jour à........................... ........... 1,183

Total........................................... 2,783
Ajoutant à cette somme les intérêts qu’elle a produits et les
bonifications résultant pour la caisse des époques des versemens et des retraits, montant ensemble à......................
202

»

73

On a un total de............................ ........................................ 2,987
Dont il faut distraire, pour les dépenses de toute nature re­
latives à l’établissement..,....................................................
637

73

Reste........................................... 2,530
formant, au- 31 décembre 1840, la dotation de la caisse.

73

»

Celte somme est modique, messieurs ; mais nous avons
l’espérance qu’elle s’augmentera de quelques souscriptions
annoncées, dont diverses circonstances ont empêché le recou­
vrement.

Si cette prévision était démentie, nous serions peut-être
forcés de demander au conseil municipal de Périgueux un
léger supplément d’allocation, pour pourvoir au surcroît de
dépense qui doit résulter en 1841 du développement pro­
gressif des opérations de la caisse, et de la nécessité d’élever
le traitement de M. Chasteau, agent comptable, qui n’est
pas en rapport avec le travail dont il est chargé.
Nous saisissons cette occasion , messieurs, pour donner à
cet employé un témoignage public de satisfaction pour le
zèle1, l’exactitude et la parfaite régularité qu’il apporte dans
l’exercice de ses fonctions.
Avant de terminer, nous vous donnerons un aperçu des
opérations du mois de janvier 1841, qui n’est pas compris
dans le compte que nous venons de vous rendre, et nous le
mettrons en rapport avec les résultats obtenus en 1840.

Vous savez que pendant huit mois de cette dernière an­
née il a été distribué 185 livrets , terme moyen 23 par
mois, et que dans le même temps la caisse a reçu 111,738 fr.,
c’est-à-dire environ 14,000 fr. par mois.
Pendant le mois de janvier 1841, il a été ouvert 41 nou­
veaux livrets, et les dépôts se sont élevés à 21,000 fr.
Il y a donc en faveur du mois de janvier 1841, comparé
à ceux qui l’ont précédé, une augmentation de 18 dans le
nombre des livrets distribués, et de 7,000 fr. dans le chiffre
des sommes versées.

Vous verrez dans cet accroissement, messieurs, un gage
. de prospérité pour l’avenir ; vous en conclurez que la con­
fiance s’établit, que les idées se familiarisent insensiblement

i

— 8 •—
avec la caisse d’épargne, et qu’elle finira par entrer dans nos
mœurs.
Tels sont les faits et les réflexions que nous avions à vous
présenter. Cet exposé , bien imparfait sans doute , a du
moins le mérite de l’exactitude en ce qui concerne les résul­
tats; il peut donner aussi la mesure des espérances que
nous sommes en droit de concevoir.
Redoublons de soins et d’efforts, messieurs, pour complé­
ter , pour assurer le succès d’un établissement auquel se rat­
tachent de si grands intérêts.

NOTA. —Dans sa séance du 51 janvier, le conseil des directeurs, mo­
difiant l’article 20 du réglement, a arrêté qu’à partir du 1." janvier 1841,
les sommes de 1, 2, 3 et 4 fr., sans fractions centésimales, seraient pro­
ductives d’intérêts au profit des déposans.

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