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Fait partie de Discours à la distribution solennelle des prix : Année 1845-1846
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PHONONCK
RÉGENT DE PHILOSOPHIE.
A LA DISTRIBUTION SOLENNELLE DES PRIX
(ANNÉE IHVMXW .
PZ2772
Jfuiu'6 (Élèves,
À la vue des couronnes qui vont ceindre vos lêles,
une vive et subite émotion saisit noire âme, et des sou
venirs pleins d’amertume et de charme s’offrent en foule
à noire pensée. Comme vous, nous avons brigué qLsou
vent obtenu les récompenses qui vous sont en ce moment
réservées. Ab ! combien les circonstances étaient diffé
rentes de celles où la Providence a daigné vous placer !
La gloire des armes faisait oublier la culture des muses ;
rHiHLtôrHrbùt
j Cf LA VILLE
I GL PERIGUEUX
les sciences étaient superficiellement cultivées, ou n’ob
tenaient que de quelques esprits privilégiés un hommage
constant. Avec la paix fleurissent maintenant les sciences
et les arts ; les cris de guerre ne nuisent plus aux études ;
et si de loin en loin quelque brillant combat nous rap
pelle l’inspiration du génie; tout est glorieux pour la pa
trie; il n’y a rien de menaçant pour votre avenir.
Heureux élèves, jouissez des avantages d’une sécurité
si favorable aux éludes. Ce n’est pas nous qui vous en
envierons les douceurs, nous dont l’existence entière
vous est consacrée. Votre bien-être futur, vous le savez,
est le constant objet de notre sollicitude, et vos succès
seront notre plus belle récompense. Mais avant de pro
clamer ceux que vous obtenez aujourd’hui, qu’il nous
soit permis de rendre un solennel hommage au premier
magistrat de ce département, dont la présence donne
tant d’éclat à cette fête , et de prix à vos couronnes ; à
ces administrateurs bienveillans; à tous les amis de notre
collège; à ce principal dévoué qui le soutient par son
zèle et l’honore par ses talens; à ce principal honoraire,
uolre ancien collaborateur et ami, qui, pour prix de
tant d’années d’utiles services, goûtant, tantôt dans la
lecture de nos meilleurs écrivains, tantôt dans un repos
nécessaire, le doux oubli d’une vie long-temps remplie
de sollicitude, a si généreusement, dans une circonstance
bien triste, en reparaissant parmi nous, répondu à nos
vœux, aux désirs des familles, et mérité par un titre de
plus une récompense publique, l’étoile de l’honneur. Mes
amis, c’est retarder vos triomphes : mais il est si doux
pour les âmes bien nées de louer le mérite, et d’acquitter
la plus sacrée des dettes, celle de l’estime et de la recon
naissance !
Qu’il me soit aussi permis, en vous parlant un instant
de philosophie et d’histoire, de vous rendre sensibles
quelques vérités, et de vous donner, dans ce jour so
lennel, d’utiles conseils.
Plusieurs d’entre vous vont entrer dans le monde.
Des mille carrières que la société ouvre à l’activité hu
maine , aux nobles désirs, aux espérances fondées,
chacun de vous en prendra une. La condition des uns
sera publique et brillante ; celle des autres, obscure et
cachée. Que ceux qui auront la part la plus modeste
n’en murmurent pas dans le fond de leur âme. La pa
trie vit du travail de tous ses enfans. Leur concours
fait sa gloire et sa prospérité. Dans l’organisation de la
société, il n’y a pas un homme inutile. Entre le minis
tre qui gouverne l’état et l’artisan qui contribue au
bien-être par le travail de ses mains, il n’y a qu’une
différence; c’est que la fonction de l’un est plus impor
tante que celle de l’autre. S’ils la remplissent bien, le
mérite moral est le même. Dans toute carrière, il y a
une mission de devoirs à remplir, une certaine somme
de bien à produire. Là sera pour chacun de vous voire
tâche. La remplir avec énergie et dévouement; faire
dans sa position tout ce qu’il est donné à l’homme de
faire; la remplir aussi sans envie contre ses émules;
c’est ce que prescrit la morale. Vous ne serez pas seuls
dans votre chemin. Vous y rencontrerez d’autres hom
mes appelés par la Providence à poursuivre le même
but. Dans ce concours de la vie, ils pourront vous sur
passer par le (aient, ou devoir à la fortune un succès
plus heureux. Que leur bonheur ne fasse pas naître en
vous des sentimens rnalveillans. Vous redoublerez d’ef
forts, en vous rappelant que si la nature, dans ses lar
gesses, a été moins libérale envers vous qn’envers vos
émules, elle n’a fermé à personne le théâtre de la vertu,
sur lequel le mérite des hommes n’a point pour mesure
le degré de connaissances scientifiques, ni la grandeur
de la richesse, mais l’usage qu’ils ont fait et le parti
qu’ils ont tiré des moyens que leur position mettait en
leur pouvoir. Voilà ce qui dépend de l’homme, ce qui
l’élève et le rend content de lui-même ; voilà le vérita
ble but de la vie, 1e véritable bien. Dieu, dans sa sou
veraine bonté, nous a permis à tous de l’atteindre. Il
l’a mis à la portée du pauvre comme du riche, du sa
vant comme de l’ignorant, du berger comme du roi.
Cette égalité de devoirs permet à Dieu de nous jeter
tous tant que nous sommes dans les mêmes balances, et
de nous peser, au sortir de la vie, avec les mêmes
poids. Après l’accomplissement des devoirs se produit
le seul vrai bonheur de ce monde , le seul également
accessible à tous, et proportionné pour chacun à son
propre mérite, le contentement de soi-même, la paix
de l’àme. Ainsi, tout est juste, tout est bien ordonné
dans la vie, quand on la comprend comme Dieu l’a
faite, quand on la ramène à sa vraie destination.
Tel est l’enseignement de la philosophie : elle nous
montre le devoir, après nous avoir scientifiquement
révélé l’existence de Dieu.
La raison, en observant tour à tour l’individu, la
société et l’espèce humaine, nous fait concevoir que les
individus, les espèces cl les sociétés sont placés sur
cette terre pour une fin; la raison, en observant l’uni
vers, au sein duquel l'humanité n’est qu’un phénomène,
nous fait concevoir aussi que cet univers en a une ; et
comme la partie ne saurait être contradictoire au tout,
la fin de l’humanité doit concourir à cette fin totale, n’en
être qu’un élément, et par conséquent avoir dans celle
fin son explication. Ainsi, par un mouvement irrésistible,
la pensée s’élève de l’ordre individuel à l’ordre social,
de l’ordre social à l’ordre humain, et de l’ordre humain
à l’ordre universel. Là seulement la pensée peut s’arrê
ter, parce que là seulement elle rencontre le dernier mot
de l’énigme, la dernière raison de tous les phénomènes
dont elle cherche le sens. Je me trompe, elle va plus
loin encore, et elle doit le faire. L’ordre universel, dans
ce vaste univers, n’est qu’une loi, loi suprême, il est vrai,
résumant toutes les autres, mais qui, dans l’ordre des
choses, n’est qu’un fait, et présuppose un être intelligent
qui conçoit cette loi et la réalise. En d’antres termes ,
l’ordre universel suppose l’ouvrier universel dont cet
ordre est tout à la fois la pensée et l’œuvre. La raison
humaine va donc jusqu’à Dieu. Là, elle se repose, parce
que là enfin elle trouve la source de ce fleuve immense
que l’inflexible logique des principes l’oblige de remon
ter. Quand Dieu est trouvé, l’aspect de l’univers change :
l’ordre devient la Providence, et les mille rameaux de la
loi universelle deviennent les mille résolutions de la vo
lonté, de la sagesse divine. L’âme humaine aussitôt
échappe avec joie à l’empire de la fatalité, et se range
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avec bonheur sous celui de la sagesse et de la bonté de
Dieu. La question suprême, qui est de savoir quel rôle
joue la destinée de l’espèce humaine dans la destinée to
tale de l’univers, revêtant des formes plus consolantes,
devient celle de savoir quels sont les desseins de Dieu
sur l’homme, être faible par son pouvoir, mais supérieur
par son intelligence à tous les êtres créés.
Tant que ce problème important reste à résoudre,
le spectacle de la vie humaine n’apporte à l’homme
méditatif qu’abatlement et tristesse ; et s’il le consi
dère attentivement, il croit assister à la représentation
d’un drame horrible et sanglant où les hommes, pous
sés par une aveugle fureur, vivent pour se poursuivre
et se nuire, et ne cessent de souffrir qu’en mourant
au milieu des plus cruelles souffrances. Mais l’homme
méditatif n’est pas seulement le témoin de celte scène
affreuse; il en est encore un des acteurs obligés. Il
sent, il comprend invinciblement que la sensibilité,
l’intelligence et la liberté lui sont données pour un but,
et qu’il doit s’efforcer de l’atteindre. Mais il ignore
quel est ce but. Un nuage épais le lui cache. Tel que le
voyageur égaré au milieu d’un désert, il marche, et
marche toujours, sans savoir où tendent ses pas. Il
sent aussi et il comprend que le bonheur appartient
à la vertu. Fais le bien, lui dit une voix intérieure ,
et tu seras heureux ! Il fait le bien , et néanmoins il
souffre. La vertu reçoit ses hommages, ses sacrifices,
et néanmoins il est malheureux. Autour de lui, ses re
gards tombent sur des méchans, et il voit en eux les
apparences du bonheur. Quel être cruel, s’écrie-t-il, se
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fait donc un jeu de ma vie? Il me force à désirer le
bonheur ; et je ne puis le trouver nulle part! Si je fais
le bien, je deviens presque toujours la victime des
hommes médians; si je fais le mal, je deviens à moimême mon propre bourreau. Quelle est donc l’énigme
de mon existence sur cette terre? Qui m’en donnera le
nom mystérieux? Immortalité de l’âme, vie future!
voilà le mot. Dès qu’il est prononcé, tout s’explique,
tout devient clair et facile à comprendre. Il est pour
l’homme qui l’entend le précieux fil d’Ariane au milieu
des innombrables incertitudes de la vie sociale.
On reconnaît alors le dessein de la Providence sur
l’homme. Créons l’homme, a dit Dieu, pour en faire un
être heureux. Mais son bonheur ne sera pas un don gra
tuit : il sera le prix du mérite et la récompense de ses
conslans efforts. Faire effort et mériter; en d’autres ter
mes, obtenir le bonheur par la vertu, telle est la desti
nation de l’homme, tel est le but que le Créateur a donné
à l’existence humaine.
Ainsi, jeunes élèves, la philosophie nous révèle scien
tifiquement la lin de l’homme, après nous en avoir fait
connaître la nature et le principe.
Les études littéraires peuvent éclairer l’intelligence ,
élever les senlimens, former le goût, inspirer l’amour de
ce qui est pur et beau. Mais aux esprits méditatifs elles
ne suffisent pas. Elles ne nous entretiennent pas néces
sairement des principes des choses; elles laissent beau
coup à faire à celui qu’un impérieux penchant force à
se rendre compte de ce qu’il pense, de ce qu’on lui
donne à admettre. Des armes offensives lui manquent
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contre les attaques du scepticisme; il lui est impossible
de combattre les funestes doctrines du matérialisme et
du panthéisme. Sa foi, ses croyances, ses idées morales,
tout est en danger. Il peut devenir insouciant, frivole,
suivre le torrent de l’exemple. Quelque chose manque
à son instruction, au développement de son intelligence :
il lui manque, si l’on peut s’exprimer ainsi, la conscience
de l’esprit. Les études philosophiques seules comblent
ce vide. Voilà pourquoi elles sont le complément néces
saire de l’éducation des collèges. Elles donnent pour
accompagnement à l’amour du beau l’amour du vrai.
Leur but n’est pas de consacrer tous les hommes à la
méditation des problèmes spéculatifs ; mais elles font
plus que leur donner une teinture de ce que la raison
humaine, attestée par ses plus dignes organes, a pensé
sur les questions qui louchent de plus près l’humanité. La
philosophie des collèges a pour principal avantage d’in
culquer à la jeunesse que la raison a aussi ses devoirs,
parce qu’elle a aussi une loi, la vérité. Sans éludes phi
losophiques, on peut assurément déployer de grands talens comme de grandes vertus ; mais la raison demeure
sans règle; il manque à l’esprit des principes. C’est une
lacune que rien ne remplit, et dont on voit souffrir,
jusque dans l’âge mur, les meilleurs esprits.
Que les familles se reposent donc sur l’Université du
soin de leurs plus chers intérêts! Ces intérêts ne sont-ils
pas les nôtres ? N’aspirons-nous pas à former pour la
société des hommes dignes d’elle? Voudrions-nous que
nos élèves, après être entrés dans le monde, vécussent
sans gloire et sans estime, quand la science et la vertu
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peuvent honorer leur carrière et leur préparer un avenir
heureux? Il n’en est pas ainsi, jeunes élèves. En déve
loppant votre intelligence, nous formons vos cœurs, et
votre goût ne s’épure qu’avec vos mœurs. Si, à voire
enlrée dans le monde, une action honteuse vient par
hasard s’offrir à vos yeux ; si des paroles obscènes vien
nent frapper vos oreilles ; vous pourrez dire avec les
disciples du sage : Ce n’est pas là ce que nous avons vu
ni entendu dans notre école. Par la manifestation de tels
senlimens, vous mériterez l’estime publique ; par la pra
tique de tous vos devoirs , vous donnerez à la science
son plus beau lustre et son plus vif éclat.
Ah! s’il était vrai que la science fût un obstacle au
bien et corrompît les mœurs; d’accord celte fois avec
le plus éloquent des sophistes, nous vous dirions : Fuyez
nos collèges! brûlez ces livres nuit et jour feuilletés par
vos mains! ne vous montrez jamais élèves studieux sur
les bancs des facultés! le seul talent digne de vous est
de commander l’estime par l’innocence des mœurs et
par la noblesse des senlimens. Mais l’expérience de tous
les siècles, plus puissaute que les subtilités des sophistes,
démontre à tout esprit éclairé que la science et la vertu
n’ont rien d’incompatible, et que, sans leur union, il n’y
a pas de grand peuple. Disons mieux : elles doivent
résider ensemble et se prêter un mutuel appui.
Heureux celui qu’une intelligence précoce ou une
passion généreuse entraîne dès ses plus jeunes années
vers la science et la vertu, et qui les cultive avec une
infatigable ardeur! L’adversité n’aura pas sur lui d’em
pire , et la mort ne pourra rien contre sa gloire. Jeunes
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élèves, pour vous convaincre de celte vérité, évoquez
avec moi les hommes les plus célèbres : interrogez leurs
ombres. Elles vous répondront que la vertu fut toujours
le principe et le but de toutes les actions de leur vie. La
vertu consolait Aristide au sein de l’exil ; elle rendait la
ciguë moins amère à Socrate , et faisait sourire Phocion
à la vue même de ses bourreaux. Voulez-vous d’autres
exemples? Transportez-vous dans les murs de l’ancienne
Rome. Demandez au second de ses rois sur quelle base
il fonda ses institutions? à Régulus, pourquoi il courut
au devant des supplices? au vainqueur de Carthage, à
quelle source il puisa sa brûlante énergie , ses nobles
pensées, ses vastes et généreux desseins? Et dans des
temps plus rapprochés de nous, et dont je rappelle avec
peine le douloureux souvenir, demandez au plus infor
tuné de nos rois pourquoi, avec tant de résignation et
de calme, il monte sur l’échafaud qui, d’après ses con
solantes idées religieuses, devient pour lui un trône plus
glorieux que celui que lui ont transmis et qu’ont honoré
de leurs vertus et de leur gloire, les Louis IX, les
Louis XII, les Henri IV, et celle longue suite de rois
dont la politique , depuis Hugues-Capet, avait fait de la
France le premier royaume du monde? — La vertu ,
oui la vertu , nous animait, vous diront tous ces hommes
célèbres. Cullivez-la donc, mes amis; mais donnez-lui
toujours la science pour compagne. « La science, a dit
l’orateur romain, nous récrée dans l’intérieur des mai
sons, et n’embarrasse pas au dehors; elle veille avec
nous, et nous suit en voyage; elle adoucit l’infortune cl
fait le charme de la prospérité. » Dans le siècle où nous
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vivons, il eût ajouté, sans doute : Elle efface l’inégalité
des conditions, assigne un rang élevé dans la magistra
ture , donne le commandement des armées, appelle au
conseil des rois , et place sur les degrés même de leurs
trônes. Ah! puisque tant d’avantages en résultent, consacrez-lui vos veilles; développez par une application
soutenue votre intelligence.
Lorsque, par l’étude et par la réflexion, vous aurez
acquis un assez bon nombre d’idées, et regardé, d’après
l’exemple de Socrate, le langage comme un transparent
fidèle destiné à transmettre, sans les altérer, les rayons
de la pensée, vous trouverez, s’il le faut, les mots et les
phrases pour plaire à l’imagination et satisfaire l’oreille.
Combien de fois le travail obstiné a produit des effets
merveilleux; tandis que les esprits bien doués, mais pa
resseux, sont restés stériles ! Celui dont le jugement est
droit et la raison élevée ne dédaigne aucune branche
d’instruction. Il les trouve toutes toujours très utiles,
souvent nécessaires. Jeunes élèves, vous ne méconnaî
trez jamais leur utilité; vous les cultiverez toutes avec
zèle. Celle de l’histoire surtout méritera par son impor
tance vos soins, et deviendra pour vous un objet de
méditation.
C’est par l’histoire que le présent et le passé se rap
prochent. Confidente et juge des événemens , elle pèse
le mérite, dispense la gloire ou l’opprobre. Mais la pre
mière et la plus belle de ses attributions est de dire la
vérité aux princes, et de leur donner, dans l’intérêt des
peuples, de grandes et sévères leçons.
O vous tous, hommes de génie, peintres et poètdr?
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dites-nous, qui vous a fail assister à ces catastrophes
sanglantes, si fidèlement retracées dans vos ouvrages?
Étiez-vous les témoins de la ruine de Troie? Combattiezvous auprès de Lôonidas, dans les défilés des Termopyles ? Non ; mais l’histoire vous a raconté ces faits
mémorables; soudain vos plumes éloquentes et vos mâles
pinceaux les ont transmis à la postérité. Enlevez l’his
toire à la philosophie, à la littérature et aux arts : ils
languissent privés du principe qui les féconde et les
vivifie. L’histoire nous initie à tous les mystères : ses
faveurs pour nous n’ont pas de bornes, soit qu’elle nous
transporte des bords du Tibre aux rives du Jourdain,
ou que, nous montrant les lieux où furent autrefois les
villes les plus florissantes, elle nous laisse méditerai!
milieu des ruines sur les destinées des hommes et des
empires. Oh ! qu’elle est instructive et intéressante l’é
tude de l’histoire ! Comme elle élève et agrandit nos
âmes ! Voulons-nous écrire? Mère de l’enthousiasme et
de l’inspiration, elle dévoile à nos yeux les siècles passés,
ranime les morts et donne un langage sublime aux plus
informes débris ! Qui de vous, jeunes élèves, n’a point
visité par la pensée Athènes, Sparte , Carthage et l’an
cienne Rome? Qui de vous n’a point jeté sur la ville
sainte un regard d’attendrissement et de douleur, en
songeant qu’ainsi périront ces magnifiques capitales d’Eu
rope où fleurissent maintenant le commerce et les arts?
Ces illusions, ou tristes, ou séduisantes, n’est-ce pas
l’histoire qui les a fait naître en vous? Aimez l’histoire ,
mes amis; consacrez à celte étude le temps que vous
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laisseront vos travaux littéraires, scientifiques, la médi
tation et l’analyse de nos grands écrivains.
Si l’on nous reproche de vous inspirer une admiration
excessive pour l’antiquité, nous répondrons : Tout en
remontant aux modèles antiques, qu’ont étudié nos
exccllens écrivains pour former leur goût et développer
leur génie, n’accordons-nous pas nos premiers tributs
tout entiers à la gloire et aux vertus nationales? Eh !
chez quel peuple de la terre les lettres furent-elles
mieux cultivées , et le talent se montra-t-il avec, plus
d’éclat? Si la Grèce a ses Périclés, l’Italie ses Auguste,
la France n’a-t-elle pas ses François Ier et ses Louis XIV?
Jeunes élèves, l’honneur du siècle vous est confié.
C’est à vous d’enrichir et d’illustrer ce siècle par vos
doctes veilles. Assez long-temps l’Europe soumise a
senti la puissance de nos armes. Si l’antiquité a eu
Annihal et César, nous avons Napoléon ! Il faut main
tenant que l’Europe admire nos conquêtes dans les
sciences, la littérature et les arts. Fécondée par une
sage liberté , honorée par une jeunesse studieuse , que
la patrie produise des orateurs dignes rivaux des Démosthènes , des Hortensius et des Cicéron ! Jamais
époque ne fut plus favorable au talent. Un prince, ami
de tous les genres de gloire, vous montre du haut de
son trône les glorieuses récompenses qu’il réserve au
mérite. Ne souffrez pas qu’elles restent stériles dans
ses royales mains. La patrie, dont vous êtes aussi l’es
pérance , vous confiera bientôt le précieux dépôt de sa
gloire. Elle compte sur votre sagesse , sur votre amour
pour l’étude. Ah! si jamais, dans une circonstance
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critique, elle réclame votre dévouement; vous enten
drez sa voix, parce que vos âmes sont nobles et géné
reuses, parce que vous êtes Français! et, marchant
toujours sur les traces de vos pères, braves comme
eux dans les combats , esclaves de tous vos devoirs ,
fidèles à nos institutions, vous ne laisserez pas déchoir
la plus valeureuse et la plus loyale des nations !
r BIBLIO 1 Ht ODE
| CE LA ViLLE
: CE PÉRiGUEU
Périgueux. — Imprimerie Dupont.
