FRB243226101_P2_667_001.pdf
Médias
Fait partie de Les Lettres périgordines
- extracted text
-
JANVIER-FEVRIER 1955.
1‘ ANNEE. — N° 1
JOURNAL LITTERAIRE PARAISSANT TOUS LES DEUX MOIS (sauf en août et septembre)
Administration,
ce et articles:
correspondan
LES LETTRES
PERIGORDINES
24, rue du Bac, Périgueux
(Dor ’ogne)
Abonnements
tonds:
et
envois
de
Charles SOUDEIX
24, ru>e du Bac, Périgueux
(Dordogne)
SOMMAIRE
Pages
Présentation
............ 1
Hommage à la nouvelle revue .................... 2
Choses du Périgord : le
Musée militaire ......... 2 el 3
En hommage il JeanFrançois Berton ....... 3
Chronique musicale . . 3 et 6
Page des Poètes ....... 4
Sur les routes Périgordines : Brantôme . . . . 5
Plaisir de la lecture . . 5 et 6
Pêle-Mêle Littéraire • • 6 et 7
A rchéologie
................ 7
Les lois de l’Amour,
causerie .................... 8
NOTE DE LA REDACTION
L’article de M. Marcel Fournier nous étant parvenu trop
tard, il paraîtra dans notre
prochain numéro.
Chacun, à chaque instant
de sa vie, par l’usage qu’il
Tait de sa liberté, travail
le pour ou contre le salut
de la civilisation.
(Pierre-Henri Simon).
PRÉSENTATION
Dans « Refuges de la Lecture », Georges Duhamel
fait remarquer que tout nous porte à penser que nos
arrières-neveux » dédaigneront le livre et ne compren
dront probablement plus ce qu'est la culture désinté
ressée. Ils seront entourés d’appareils sonores, qui dis
tribueront, à certaines heures, les informations et les
consignes, les distractions choisies ou même imposées
par les maîtres du temps. »
Pour le moment du moins, si on lit beaucoup et
partout, il est un fait indéniable; on lit moins qu autre
fois (notre civilisation trépidante en est peut-être la
cause).
Aussi, peut-il sembler curieux qu’au milieu de tant
de journaux et de tant de revues qui naissent... et qui
meurent, un nouveau journal voit le jour à Périgueux,
et c’est un journal littéraire et artistique! Entreprise
bien téméraire, dira-t-on.
Fruit du travail désintéressé et bénévole de quel
ques personnes connues à Périgueux comme amies des
Lettres et des Arts, ce modeste journal, perfectible
certes, n’a pas l’ambition de rivaliser avec ses « confrè
res » de la grande presse: il est sans prétention comme
ceux qui g collaborent.
Mais en un temps où, chaque semaine ou chaque
mois, chacun dépense volontiers quelques centaines ou
quelques milliers de francs dans ces plaisirs qui ont
nom: boisson, voyages, cigarettes, spectacles, collection
de timbres-poste, etc... (tous plaisirs que chacun est
évidemment libre de prendre, selon sa fantaisie) nous
osons espérer que, dans une agglomération de près de
W00 habitants, telle que Périgueux, il pourra peutêtre se trouver quelques centaines de personnes pour
soutenir notre action en nous lisant amicalement; en
nous fournissant des suggestions, en formulant des
critiques et... en s’abonnant, afin que ce journal vive
d’abord, s’améliore ensuite.
C’est au lecteur qu’il appartient de juger notre
effort: espérons que nous ne le décevrons pas.
Le Comité.
COMITE DE REDACTION
sous la direction
de Charles SOUDEIX
avec
Marcel FOUENIEH, ma
jorai du Félibridge, Prési
dent du Bournat du Péri
gord.
Daniel GILLET, Prési
dent de l’Amicale, des jour
nalistes Périgourdins, offi
cier de l’Instruction publi
que.
Adrien COLIN, Poètelauréat du Bournat du Pé
rigord, officier d’Académie.
Jean MO BEUX, Officier
de l’Ordre de l’Elite Fran
çaise. diplômé de « Arts,
Sciences, Lettres » et de
l’Académie de « Littérature
et Poésie » de Paris.
Paul COUBGET, mainteneur des Jeux Floraux lau
réat du prix de poésie de
Sol Clair (1950), diplôme
d’honneur de poésie des
Ecrivains de P r o v i n c e
(1952).
Jehan de CHANTEBIVE,
Grand .4 n I i (i u a i r e du
Iiogaume d’Araucanie et de
Patagonie, lauréat du
Grand Prix Humanitaire de
France.
Pierre DANTOU, chroni
queur musical, sous-dèlègné aux « Jeunesses Musi
cales de France ».
.4 ntoin e PA YA NCE.
Alain BOUSSOT.
Quand nous Iisons un li
vre, une revue, un journal,
nous choisissons la subs
tance de notre âme.
(Georges Duhamel).
LES LETTRES PÉRIGORDINES
2
^MLomniagz à La
noaoeLLz
T^evue.
Ne plus se contenter d'assurer lu chronique
des chiens écrasés. Etre sollicité, on ne sait
d’ailleurs pourquoi, de prêter une collaboration
à un jeune dont l’initiative est pleine de harHesse, constitue de quoi bouleverser un an< e
sur les épaules duquel semblable responsabilité
n’a plus coutume de tomber.
Certes, le Périgord, pays charmant, est sus
ceptible de faire naître, pour qui ne l’aurait
pas, le goût de se pencher sur des sites enchan
teurs et de faire usage, à leur égard, des beau
tés incomparables d’un langage poétique qu’af
fectionnait Rachilde; de rechercher, parmi les
pensées de .Joubért, tout ce que le philosophe
a choisi de plus profondément subtil.
Amener notre jeunesse vers le beau, l’émou
vant de la philosophie; délaisser, ce faisant,
les sentiers battus; ceux de l’inquiétude, est
susceptible d’éveiller chez celui, en qui le poids
des années et les désillusions ont obscurci les
horizons.
Le Docteur Tant Pis, où le Docteur Tant
Mieux serait nécessaire. Est-ce bien ce qu’il
faut à une jeune. Direction qui entrevoit un ciel
sans nuage?
Si cela n’est pas, l’ancien reprendra, sans la
moindre mauvaise humeur, les sentiers rocail
leux bordés de roses qui ne sont pas sans
épines.
II conservera un bon souvenir d’un passage
éphémère en un lieu qu’une touchante déli
catesse a rendu plaisant.
Daniel GILLET.
CHOSES DU PERIGORD
Le
Musée
militaire des
du Périgord
vétérans
LE DEUXIEME DE FRANCE
APRES LES INVALIDES DE PARIS
1. passant qui tournerait le coin de la rue Taillefer et qui descendrait la rue Aubergerie, ne distin
guerait certainement pas un immeuble, en apparence
comme les autres et situé à l’angle de la rue Auber
gerie et de la rue des Farges, s’il ne lisait sur une
vaste pancarte placée en évidence: « Musée militaire
des Gloires et Souvenirs du Périgord. »
Effctivement, ce bâtiment d’aspect plutôt réduit et
insignifiant ne donne, à première vue, et de l’exté
rieur, aucune impression d’être l’un des musées qui
se classe parmi les plus riches et les plus importants
de France. Précisément le deuxième après le monu
ment grandiose de l’Hôtel des Invalides de Paris.
Soupçonneux d’abord, et curieux, ce passant s’in
troduirait dans le hall d’entrée du Musée, au rez de
chaussée, et la première mauvaise idée qu’il se serait
faite, disparaîtrait bien vite pour céder la place à
l’étonnement qui est le premier élément, la première
figure de l’admiration.
Enthousiasmé d’y voir tant de richesses d’une
valeur historique inestimable, ce visiteur qui ne se
lasserait pas d’admirer, pénétrerait dans les dix sal
les, d’ailleurs vastes et dont se comnose ce Musée
des Vétérans.
PLUS DE 4.600 OBJETS!
Réellement, ce dernier renferme des collections du
plus haut intérêt: de nombreux anciens uniformes de
l’armée française; de glorieux drapeaux, particulière
ment le pavillon d’étamine qui flotta sur la citadelle
de Bitche en 1870-1871; des armes de toutes les épo
ques, notamment un canon allemand (77 court) rame
né d’un champ de bataille lors de la guerre 1914-1918;
des portraits, et pour n’en citer que quelques-uns,
ceux de: Nicolas de la Brousse de Verteillac, qui
fut gouverneur de Mons, sous Louis XTV : du lieute
nant-général prince de Talleyrand-Périgord; du
Maréchal Bugeaud, prince d’Isly, etc..,; des décora
tions, insignes et papiers militaires.
Plus de 4.600 objets, dont d’innombrables souvenirs
de la guerre mondiale.
Voilà, en gros, un aperçu des richesses accumulées
dans ce Musée des Vétérans depuis l’époque de 1911.
date de sa fondation. Fondation qui est dûe à MM.
Léo Borue, officier d’administration, Henry Jacquinot de Presle, capitaine de cavalerie et Jacques Lescure, surveillant-chef des colonies.
Nous ne nous attarderons pas dans chacune de ces
dix salles qui composent ce musée, il faudrait pour
cela un assez long temps et nous courrions le risque de
n’être pas suivis du lecteur. Aussi, nous n’examine
rons que les principales pièces et les plus intéressan
tes, quoique tous les objets soient du plus haut inté
rêt. Pour cela, qu’on nous permette de les grouper
par catégories, lesquelles sont les suivantes :
Première catégorie : Tableaux et célébrités.
Deuxième catégorie : Uniformes et décorations.
Troisième catégorie: Armes et trophées.
Il va sans dire que nous ne prétendons pas recons
tituer l’histoire entière du Périgord; cela n’est pas
notre affaire. Nous laissons ce soin aux historiens
qui ont plus de compétence et de théorie sur ce sujet.
Toutefois, quelques mots, quand ils jettent un reflet
de l’histoire dans un pays, une ville, ne sont pas inu
tiles.
QUELQUES TABLEAUX HISTORIQUES
Parmi les nombreux tableaux qui ornent ce musée
et qui valent une richesse inestimable, nous ne retien
drons que les plus illustres et les plus remarquables,
tels que cette magnifique toile représentant la bataille
d’Iéna, le 14 octobre 1806, à midi et qui porte une
l égende sur laquelle on lit : « L’empereur a franchi
dans la nuit les défilés d’Iéna; dès le matin il cul
bute les lignes prussiennes; à gauche Augereau coupe
Issertedt; à la droite, Soulte a dépassé Krippendorf.
Ney et Murat arrivent avec le grand corps et la cava
lerie. » Une autre peinture glorieuse, toute pleine de
bravoure et de patriotisme, c’est la fameuse scène de
la bataille de Hondscoote, où les Français commandés
par Houchard, battirent, en 1793 les Anglais, les
Hollandais et les Autrichiens, sous les ordres du duc
d’York. Nous voyons également de très beaux épiso
des de la bataille de Solférino, datés du 24 juin 1859;
de la campagne de 1870-1871 et intitulés : « La garde
du drapeau » ; de la prise de la Smalah d’Abd-elKader, le 16 mai 1843... Entre autres, la mémora
ble bataille de Zurich (1799), tableau donné par le
général en chef Masséna, le 3 et 4 vendémiaire. Sans
oublier ce tableau qui remémore à nos yeux la mort
valeureuse de la Tour d’Auvergne et cet autre du
passage de la Bérézina par les troupes françaises les
26 et 27 novembre 1812. Et nous en passons. Nous
pourrions citer encore bien d’autres chefs-d’œuvre
comme la mort du colonel de Brançion à la guerre
■le Crimée le 7 juin 1855; le sanglant panorama de la
bataille de l’Yser par A. Bastien, etc... Bisons seu
lement que ces remarquables tableaux de gran’e
valeur constituent pour ce Musée des Vétérans une
partie bien méritée de sa gloire et de sa grandeur.
QUELQUES BRAVES AJ SEUIL
DE LA LEGENDE
Après avoir ébauché la partie traitant des tableaux
historiques, il y aurait une grave lacune dans l’his
toire du Périgord si nous omettions de parler, même
sommairement, des portraits ou reproductions de por
traits de certains grands hommes que nous connais
sons tous.
Outre les portraits des généraux américains ayant
exercé un commandement sur le front lors de la pre
mière guerre mondiale de 1914-1918 et qui sont ceux ■
du colonel T. Roosevelt, Georges Washington, Woodrow Wilson, lieutenant Quentin Roosevelt, nous
trouvons dans une vaste salle, dite « Salle du Souve
nir v, toute une précieuse et émouvante collection de
photographies de nos héros Périgourdins morts pour
la Patrie.
Une autre salle est entièrement consacrée à la ma
rine dans laquelle s’illustrèrent un grand nombre de
Périgourdins.
Notons, en passant le capitaine d’Esmartis la Perche
qui commanda le « Jemmapes » dans cette mémora
ble rencontre du 13 prairial an II, entre les flottes de
la France et de l'Angleterre et qui eut la tête empir
tée par un boulet d’artillerie.
Un autre grand homme, l’héroïque Lestin, officier
mécanicien qui, bravant une mort certaine, s’élança
courageusement pour essayer de sauver le cuirassé
a Liberté » ! Le Musée a recueilli la plaque de devise:
« Honneur et Patrie », provenant du malheureux
vaisseau.
Une constellation de célébrités dans la salle des
Maréchaux et des Amiraux de France et des Officiers
généraux Périgourdins... En voici une liste d’ailleurs
réduite aux plus importantes , et dont le musée
s’enorgueillit de posséder. Citons : Nicolas de la
Brousse, comte de Verteillac, qui fut maréchal des
camps et armées du roi Louis XIV, lieutenant dans sa
province du Périgord, gouverneur de Mons, et tué à
Bossus-sous-Valcourt, le 4 juillet 1693, âgé de 48 ans
Cette toile a été donnée par Mme la Duchesse de
Rohan, à Paris. C’est en 1776 que Périgueux vit nai
tre un grand homme: Yrieix Daumesnil. Ce fut un
des chefs de la grande armée, sorti du rang, qui, au
surplus, donna l’exemple de mépriser l’argent autant
que la mort. Chargé en 1814 de défendre Vincennes et
sommé par les alliés de rendre la place, il répondit
ces paroles devenues illustres : « Je rendrai Vincen
nes quand on me rendra ma jambe ». (H avait perdu
une jambe à Wagram, d’où son sobriquet de « jambe
de bois ». Sous son portrait, on lit: « Il n’a voulu ni
se rendre, ni se vendre » (Dupin) ; une toile représen
tant le Maréchal Bugeaud sur son lit de mort, le
» 18 juin 1849 et peinte par le donateur Paul Leroy, à
Paris.
Voici en gros une énumération d’autres personna
ges célèbres, mais sur lesquels nous ne pouvons nous
étendre, étant donné le peu de place dont nous dis
posons : Edmond de Talleyrand-Périgord, prince, duc
de Talleyrand, lieutenant-général (1787-1872) ; Félix
Faure, Président de la République, Président de la
fête fédérale de la gymnastique de Périgueux (1895),
portrait offert au Musée par les i Enfants de la Dor
dogne », en avril 1931; Poincaré, Président de la
République Française, de 1913 à 1920; Lyautey,
Foch, Joffre, Général Castelnau, Victor Emannuel III.
Albert 1er, roi des Belges, etc...
Ces portraits sont la résurrection universelle et
mémoriale des grands hommes glorieux et légendaires
UNIFORMES: DU GRENADIER DE L’EMPIRE
AU POILU DE 14-13.
Plusieurs grandes vitrines renferment précieuse
ment les uniformes militaires de toutes sortes : dol
man de cavalier des Hussards, d'officier d’adminis
t.ration, d’adjudant de Zouaves, de capitaine des
pompiers de Périgueux. Signalons une veste de Maré
chal des logis chef du corps franc : « Les Tirailleurs
Algériens » dont faisait partie le mari de la dona
trice, le grand romancier périgourdin, Eugène Le
Roy. Un coup d’œil énumérateur ne sera pas inutile
sur l’ensemble d’autres nombreux uniformes : tenue
d’officier-aviateur, de capitaine de la Garde Républi
caine de Paris; d’une cantinière du 100° de ligne
(2e empire); une pélisse de général; habits de Gala
de Conseiller d’Etat et de Ministre de Travaux
Publics avec bicornes à nlumes; Shakos avec plumet
de l’école de Saint-Cyr; tenues de voltigeur de la
Garde Impériale (2“ Empire) et de tirailleur algérien
avec les guêtres blanches; bottes d’un soldat allemand
trouvées dans une tranchée de la Meuse; casquettes
anglaises; calots allemands (1914); cuirasses des
carabiniers de la Garde Impériale (2* Empire) et des
cuirassiers français, modèle 1825...
QUELQUES-UNS
DES
PRINCIPAUX
INSIGNES
ET DECORATIONS
Là encore, nous nous bornerons à l’énumération.
Notons : des croix de la Légion d’honneur ayant
appartenu à quelques braves tombés au champ d’hon
neur; des médailles d’argent de sauvetage et de SteHélène; un insigne des Vétérans de Dunkerque.
Entre autres une médaille en plomb commémorative
de la guerre de Crimée aux effigies de Napoléon III,
de la reine d’Angleterre et du Sultan de Turquie, les
trois alliés. Au revers de cette dernière, on lit : A 1»
noble, à la puissante, à la victorieuse alliance de la
France, de l’Angleterre et de la Turquie 1854; une
médaille commémorative du plébiscite de 1852, nom
mant Napoléon III Empereur des Français; de pré
cieuses décorations du général Daumesnil. De ce bra
ve, le Musée de l’Armée possède d’ailleurs plusieurs
souvenirs et riches reliques: jambe de bois, statuette
en bronze, chapeaux, épaulettes, etc...
PLUS DE HUIT SIECLES D’ARMES
!
Nous avons rendu compte aux lecteurs de toutes les
collections historiques groupées soigneusement dans ce
'Musée des Vétérans depuis l’année 1911, date de sa
fondation.
Abordons maintenant et aussi rapidement que pos
sible, le dernier sujet concernant les armes et les tro
phées.
Ce bâtiment historique possède plus de vingt pano
plies d’armes de toutes sortes et de toutes les époques
Depuis les armes grossières et primitives jusqu’aux
3
LES LETTRES PÉRIGORDINES
En hommage
à Jean-François BERTON
vers les champs éclairés d’astres noirs et fleuris
d’asphodèles !... »
Doucement, dans le soir, à l’heure où tout se tait,
quand la nuit monté, mystérieuse, peuplée de rêve
ries et de chimères, la gracile beauté d’un enfant
apparaît au détour d’un sentier. Ses grands yeux
rêveurs dans lesquels se reflète le scintillement des
étoiles, errent à l’infini, indifférents aux objets qui
l’entourent. Lentement, comme attiré par une force
invisible, l’enfant, d’ün pas très doux, entre dans
la forêt. Là, ses yeux s’ouvrent, émerveillés... De
vant lui, la lune se joue en longs reflets magiques,..
Les troncs des grands arbres silencieux semblent
empreints d’une sereine clarté et les feuilles, sur
son passage, lui apportent les parfums de l’été
finissant.
...Et toujours du même pas tranquille, sous les
chênes touffus et les hauts peupliers, l’enfant pour
suit sa course vagabonde, emportant dans son cœur
mille choses nouvelles... La forêt est son bien le
plus précieux. Chaque soir, il lui rend visite et cette
belle inconnue pour lui dévient amante. Amoureu
sement, elle l’enlace de ses rameaux fleuris, le ber
ce de ses palmes légères, puis pose sur son sein son
front vibrant et lourd... Lui, cet enfânt-roi, ce poète
est sensible aux séduction directes de la Nature :
Je surprends les secrets que murmurent les sources
Et les plaintes du vent dans les saules pleureurs...
Et je reprends l’élan vagabond de mes courses...
Et je cueille des vers, comme on cueille des fleurs.
* * *
Jean-François était le fils de René Berfon, au
teur d’œuvres dramatiques qui figurent au réper
toire de la Comédie Française, telles qu ’ « Oreste »
« La mort d’Héraclès », et bien d’autres encore.
Cultivant le souvenir dé ses chers disparus, Mme
René Berton demeure. C’est avec une douloureuse
piété que j’entendis résonner noblement la plainte
d’une mère. Je compris alors toute l’étendue de cet
amour maternel que les ans né peuvent tarir. Ne
fut-elle pas, pour Jean-François, sa plus tendre
amie, sa confidente qui lui a consacré entièrement
sa vie ?... Ne fut-élle pas aussi le reflet de son âme,
la délicatesse et l’élévation de sa pensée ?...
★ * *
Avant que de mourir, Jean-François Berton nous
laissa un immortel chef-d’œuvre, source de son gé
nie naissant. Sous le titre qu’il avait lui-même choi
si : « Les ailes d’Icare », et dont nous comprenons
le douloureux symbole, une centaine de poèmes
qu’il avait marqués, furent publiés,
« Les feuillets dé ce livre gisaient épars au bord
d’une tombe... »
C’est par cette émouvante phrase que Maurice
Levaillant, professeur de Jean-François au Lycée
Condorcet, présente l’œuvre posthume du jeune
poète :
Bien des ans ont passé... L’enfant de la forêt n’est
plus. Brusquement, à Périgueux sa ville natale, il
fut ravi aux siens, le 31 mai 1932 à l’âge de dixsept ans. La forêt perdait en lui un être d’une
exquise beauté et d’une précoce intelligence. Aux
rêves infinis les souffrances sont vaines...
Pour Jean-François Berton, la vie fut une oasis
luxuriante, dans laquelle il se sentait libre, heu
reux et pleinement poète. Vivant dans son rêve, il
allait par les chemins étroits de l’existence, pei
gnant les spectacles rustiques et l’ampleur des ho
rizons... Avait-il vraiment senti venir la mort ?...
Ses derniers vers, dans un adieu à son enfance lan
cent un douloureux appel :
« Je voudrais seulement jeter au seuil de ce li
vre, comme devant un reliquaire, toutes les roses
dont l’anthologie pare ses épigrammes funéraires,
tous lés lys, toutes les fleurs empourprées de Virgi
le, et poser,-au-dessus, une feuille du symbolique
laurier ! »
On dirait qu’une voix m’a soudain appelé !...
...Ah ! c’est mon avenir qui, me tendant les bras,
M’agrippe par la main et la serre et l’entraîne...
En effet, quelques semaines après, l’horrible des
tin entraînait l’adolescent, « trop aimé des dieux,
CfatâeA du
(SUITE
J
/
armes contemporaines les plus perfectionnées. Défit
lances, des dagues, des épées, et des bombardes du /
moyen-âge, aux fusils, pistolets, canons, etc... dey
notre époque, en passant par les sabres, les baïonnet
tes, et les fusils à pierre de la Révolution. Plus de,
huit siècles d’armefi !
Plus pris de nous, dans le début de notre siècle,,
nous pouvons voir des armes provenant de la première
guerre mondiale de 1914-1918 : fusils-mitrail
leurs, mitrailleuses à refroidissement à eau, fusilsantitanks, grenades lancées par les fusils, carabines
américaines à répétition ; sabres-baïonnettes pour
fusils à double canon de chasseurs corses, tout un lot
de cartouches de fusils en service en 1914, pistolets,
obus, et des trophées de guerre de grande valeur dont
les principaux sont: un canon allemand de 77 m/m
court, une mine sous-marine allemande avec tous ses
accessoires, des appareils fumigènes, des cisailles
pour couper les câbles retenant les mines à l’entrée
des ports, des mitraillettes, de grands pavillons de,
marine allemands, russes et autrichiens, etc., etc...
Pour résumer, nous comparerons ce Musée Militaire
des Gloires et Souvenirs du Périgord à un riche'
album historique, si une telle métaphore est permise,
dont chaque page fierait une image fidèle de chaque
siècle à compter du siècle moyenâgeux jusqu’au siècle
atomique.
Charles SOUDEIX.
1
« ...Ses vers sont frais, purs, presque virginaux
et comme frissonnants, çà et là, d’une pudeur se
crète. Dans une double séduction, musicale et pit
toresque, ils affermissent très vite leurs rythmes
et leurs images ; ils imposent leur harmonie cares
sante et le rayonnement de leurs visions... »
M. René Berton, dans un hommage à son fils, dé
voile sa douleur immense :
« ...Ses cahiers d’écolier où il a fixé ses rêves, de
sa chère petite écriture, et où chaque page garde
pour nous l’empreinte de sa main qui l’a touchée,
je lés ai réunis en un volume que nous garderons
comme la plus précieuse des reliques. Je veux qu’on
le voie passer dens ce livre comme il a passé dans
la vie :
« Les yeux tout grands ouverts sur ce qu’on ne
[voit pas ».
Jehan de CHANTERTVE
CHEVAUCHEE
Chevauchant dans la nuit son coursier chimé
rique,
S’élevant dans les airs où luit l’astre joyeux,
Le Poète, serein, n’osant baisser les yeux,
Contemple les flots purs de la sphère magique.
Son regard ébloui vers les sondeurs mystiques.
Plonge, avide de ciel que l’on dit merveilleux.
Et, découvrant les monts, droits et majestueux.
Rrille de l’éclat vif des opales antiques.
Et toujours de l’avant, pourchassant dans les nues
Le regret de n’avoir, en des contrées sereines,
Ployé son torse étroit aux pieds des souveraines.
Le Poète, banni de la foule qui gronde,
Enlaçant de désir les rives inconnues,
Poursuit, dans les cieux d’or sa course vagabon[de...
JEHAN DE CHANTEIUVE.
CHRONIQUE
MUSICALE
Il serait vain de dissimuler les sérieuses dif
ficultés auxquelles se heurtent les groupements
qui ont entrepris de maintenir la musique clas
sique, dans une ville comme Périgueux. Consti
tuer un orchestre suffisamment étoffé, complet
dans tous ses pupitres, devient actuellement une
véritable gageure. La suppression des musiques
militaires, les progrès réalisés par la radio et le
gramophone, l’attrait que le jazz exerce sur les
jeunes générations, sont les raisons déterminan
tes de cette désaffection dont souffre la forme
majeure d’ün art qui ne doit pas disparaître.
Nous ne saurions trop admirer la foi qui anime
tous ceux qui, en notre ville, travaillent sans re
lâche à assurer la pérennité de la musique clas
sique. Les « Jeunesses musicales de France »,
« L’orchestre des professeurs de musique »,
« Les Amis de la musique », accomplissent à cet
égard un effort considérable et qui a déjà porté
ses fruits. On constate, dépuis quelque temps,
l’heureux retour d’un public, plein de ferveur et
d’enthousiasme, vers les concerts de qualité. Lés
pouvoirs publics, eux-mêmes, s’intéressent à cet
aspect de la culture et c’est avec plaisir que
nous avons appris l’octroi par le Conseil Géné
ral et à l’unanimité d’une généreuse subvention
en faveur des « Amis de la musique » qui vont
poursuivre, à travers le département, une œuvre
méritoire de décentralisation artistique. La sai
son musicale est déjà commencée et ce début a
été marqué par de magnifiques réussites.
XXX'
DEBUT DE SAISON
L’orchestre symphonique « Les Amis de la
musique », conduit par Monsieur Georges Sartori,
« L’orchestre des professeurs de musique Péri
gourdins », dirigé par Monsieur Léon Duysens,
ont fêté tour à tour et avéc beaucoup d’éclat la
traditionnelle Sainte Cécile, « Les Jeunesses mu
sicales de France » ont donné, jusqu’à ce jour
trois conférences-concerts qui ont obtenu le plus
vif succès. Nous ne nous étendrons pas plus lon
guement sur ces diverses manifestation artisti
ques dont la presse a donné de larges comptesréndüs.
PERSPECTIVES
« Les Amis de là musique », promus à lu
dignité d’Orchestre symphonique départemental,
auront, au cours de cette saison, une lourde
tâche à accomplir. Dans un but de décentralisa
tion artistique, ils vont apporter à de petites
cités du département les pures joies de la musi
que classique. Avec beaucoup d’inte’ligence ci
(l’éclectisme, ils ont arrêté un programme qui
doit satisfaire les plus difficiles. Nous avons
entrepris de présenter trois des morceaux qui
seront interprétés le 9 mars en première audi
tion, à Ribérac. Notre choix s’est porté sur tro's
œuvres différentes (ouverture, danse et sympho
nie) dont la diversité démontre le souci des
« Amis de la musique » d’offrir aux auditeurs
un programme complet.
OUVERTURÊ DE PATRIE
(GEORGES
B17.ET*
Pusdeloup demanda, certain jour, à Georges
Bizet, qui n’avait pas encore écrit Carmen, de
composer une ouverture symphonique. Il avait
également sollicité Massenet et Guiraud. Bizet se
mit donc au travail, et le 15 février 1814 fir
exécutée, pour la première fois, ce que l’auteur
présenta comme une « ouverture dramatique ».
Elle était intitulée « Patrie ». D'ingénieux esprits
recherchèrent très sérieusement les sources d’ins
piration du compositeur et avançèrénl plusieurs
thèses fort concluantes. Celle que l’on admettait
volontiers à l’époque indiquait que le. titre de
l'œuvre avait été choisi par Pasdeloup qui icntii!
à évoquer la désastreuse guerre de 1870. En réa
lité, disaient ces chercheurs bien renseignés,
Bizet avait composé son ouverture en pensant à
la malheureuse Pologne encore asservie et qui
rêvait à sa libération.
Tout cela était faux et Ton s’en est aperçu en
découvrant que l’essentiel de cette œuvre se trou(Suite page fit
9
LES LETTRES PÉRIGORDINES
^^KLottimage. à ta
nouveÛÉe
T^noue.
Ne plus se contenter d'assurer la chronique
des chiens écrasés. Etre sollicité, on ne sait
d’ailleurs pourquoi, de prêter une collaboration
à un jeune dont l’initiative est pleine de harliesse, constitue de quoi bouleverser un am e
sur les épaules duquel semblable responsabilité
n’a plus coutume de tomber.
Certes, le Périgord, pays charmant, est sus
ceptible de faire naître, pour qui ne l’aurait
pas, le goût de se pencher sur des sites enchan
teurs et de faire usage, à leur égard, des beau
tés incomparables d’un langage poétique qu’af
fectionnait Rachilde; de rechercher, parmi les
pensées de Joubert, tout ce que le philosophe
a choisi de plus profondément subtil.
Amener notre jeunesse vers le beau, l’émou
vant de la philosophie; délaisser, ce faisant,
les sentiers battus; ceux de l’inquiétude, est
susceptible d’éveiller chez celui, en qui le poids
des années et les désillusions ont obscurci les
horizons.
Le Docteur Tant Pis, où le Docteur Tant
Mieux serait nécessaire. Est-ce bien ce qu’il
faut à une jeune Direction qui entrevoit un ciel
sans nuage?
Si cela n’est pas, l’ancien reprendra, sans la
moindre mauvaise humeur, les sentiers rocail
leux bordés de roses qui ne. sont pas sans
épines.
Il conservera un bon souvenir d’un passage
éphémère en un lieu qu’une touchante déli
catesse a rendu plaisant.
Daniel GILLET.
CHOSES DU PERIGORD
Le
Musée
militaire des vétérans
du Périgord
LE DEUXIEME DE FRANCE
APRES LES INVALIDES DE PARIS
1. passant qui tournerait le coin de la rue Taillefer et qui descendrait la rue Aubergerie, ne distin
guerait certainement pas un immeuble, en apparence
comme les autres et situé à l’angle de la rue Auber
gerie et de la rue des Farges, s’il ne lisait sur une
vaste pancarte placée on évidence : « Musée militaire
des Gioites et Souvenirs du Périgord. »
Effctivement, ce bâtiment d’aspect plutôt réduit et
insignifiant ne donne, à première vue, et de l’exté
rieur, aucune impression d’être l’un des musées qui
se classe parmi les plus riches et les plus importants
de France. Précisément le deuxième après le monu
ment grandiose de l’Hôtel des Invalides de Paris.
Soupçonneux d’abord, et curieux, ce passant s’in
troduirait dans le hall d’entrée du Musée, au rez de
chaussée, et la première mauvaise idée qu’il se serait
faite, disparaîtrait bien vite pour céder la place à
l’étonnement qui est le premier élément, la première
figure de l’admiration.
Enthousiasmé d’y voir tant de richesses d’une
valeur historique inestimable, ce visiteur qui ne se
lasserait pas d’admirer, pénétrerait dans les dix sal
les, d’ailleurs vastes et dont se comDose ce Musée
des Vétérans.
PLUS DE 4.600 OBJETS!
Réellement, ce dernier renferme des collections du
plus haut intérêt: de nombreux anciens uniformes de
l’armée française; de glorieux drapeaux, particulière
ment le pavillon d’étamine qui flotta sur la citadelle
de Bitche en 1870-1871; des armes de toutes les épo
ques, notamment un canon allemand (77 court) rame
né d’un champ de bataille lors de la guerre 1914-1918;
des portraits, et pour n’en citer que quelques-uns,
ceux de: Nicolas de la Brousse de Verteillac, qui
fut gouverneux- de Mons, sous Louis XTV ; du lieute
nant-général prince de Talleyrand-Périgord; du
Maréchal Bugeaud, prince d’Islv, etc..,; des décora
tions, insignes et papiers militaires.
Plus de 4.600 objets, dont d’innombrables souvenirs
Une constellation de célébrités dans la salle des
de la guerre mondiale.
Maréchaux et des Amiraux de France et des Officiers
Voilà, en gros, un aperçu des richesses accumulées généraux Périgourdins... En voici une liste d’ailleurs
réduite aux plus importantes , et dont le musée
dans ce Musée des Vétérans depuis l’époque de 1911.
s’enorgueillit de posséder. Citons : Nicolas de la
date de sa fondation. Fondation qui est dûe à MM.
Léo Borue, officier d’administration, Henry Jacqûi- Brousse, comte de Verteillac, qui fut maréchal des
camps et armées du roi Louis XIV, lieutenant dans sa
not de Presle, capitaine de cavalerie et Jacques Lesprovince du Périgord, gouverneur de Mons, et tué à
cure, surveillant-chef des colonies.
Bossus-sous-Valcourt, le 4 juillet 1693, âgé de 48 ans
Nous ne nous attarderons pas dans chacune de ces
Cette toile a été donnée par Mme la Duchesse de
dix salles qui composent ce musée, il faudrait pour
Rohan, à Paris. C’est en 1776 que Périgueux vit nai
cela un assez long temps et nous courrions le risque de
tre un grand homme: Yrieix Daumesnil. Ce fut un
n’être pas suivis du lecteur. Aussi, nous n’examine
des chefs de la grande armée, sorti du rang, qui, au
rons que les principales pièces et les plus intéressan
surplus, donna l’exemple de mépriser l’argent autant
tes, quoique tous les objets soient du plus haut inté
que la mort. Chargé en 1814 de défendre Vincennes et
rêt. Pour cela, qu’on nous peimette de les grouper
sommé par les alliés de rendre la place, il répondit
par catégories, lesquelles sont les suivantes :
ces paroles devenues illustres : « Je rendrai Vincen
Première catégorie: Tableaux et célébrités.
nes quand on me rendra ma jambe ». (H avait perdu
une jambe à Wagram, d’où son sobriquet de « jambe
Deuxième catégorie : Uniformes et décorations.
de bois ». Sous son portrait, on lit: « Il n’a voulu ni
Troisième catégorie: Armes et trophées.
se rendre, ni se vendre » (Dupin) ; une toile représen
11 va sans dire que nous ne prétendons pas recons
tant le Maréchal Bugeaud sur son lit de mort, le
tituer l’histoire entière du Périgord; cela n’est pas i 18 juin 1849 et peinte par le donateur Paul Leroy, à
notre affaire. Nous laissons ce soin aux historiens
Paris.
qui ont plus de compétence et de théorie sur ce sujet.
Voici en gros une énumération d’autres personna
Toutefois, quelques mots, quand ils jettent un reflet
ges célèbres, mais sur lesquels nous ne pouvons nous
de l’histoire dans un pays, une ville, ne sont pas inu
étendre, étant donné le peu de place dont nous dis
tiles.
posons : Edmond de Talleyrand-Périgord, prince, duc
de Talleyrand, lieutenant-général (1787-1872) ; Félix
QUELQUES TABLEAUX HISTORIQUES
Faure, Président de la République, Président de la
fête fédérale de la gymnastique de Périgueux (1895).
Parmi les nombreux tableaux qui ornent ce musée
portrait offert au Musée par les « Enfants de la Dor
et qui valent une richesse inestimable, nous ne retien
dogne », en avril 1931; Poincaré, Président de la
drons que les plus illustres et les plus remarquables,
République Française, de 1913 à 1920; Lyautey,
tels que cette magnifique toile représentant la bataille
Foch, Joffre, Général Castelnau, Victor Emannuel III.
d’Iéna, le 14 octobre 1806, à midi et qui porte une
Albert 1er, roi des Belges, etc...
légende sur laquelle on lit: « L’empereur a franchi
Ces portraits sont la résurrection universelle et
dans la nuit les défilés d’Iéna; dès le matin il cul
memoriale des grands hommes glorieux et légendaires
bute les lignes prussiennes; à gauche Augereaxx coupe
Issertedt; à la droite, Soûl te a dépassé Krippendorf.
UNIFORMES: DU GRENADIER DE L’EMPIRE
Ney et Murat arrivent avec le grand corps et la cava
AU POILU DE 14-13.
lerie. » Une autre peinture glorieuse, toute pleine de
bravoure et de patriotisme, c’est la fameuse scène de
Plusieurs grandes vitrines renferment précieuse
la bataille de Hondscoote, oix les Français commandés
ment les uniformes militaires de toutes sortes : dol
par Houchard, battirent, en 1793 les Anglais, les
man de cavalier des Hussards, d’officier d’adminis
Hollandais et les Autrichiens, sous les ordres du duc
tration, d’adjudant de Zouaves, de capitaine des
d’York. Nous voyons également de très beaux épiso pompiers de Périgueux. Signalons une veste de Maré
des de la bataille de Solférino, datés du 24 juin 1859;
chal des logis chef du corps franc : « Les Tirailleurs
de la campagne de 1870-1871 et intitulés : « La garde
Algériens » dont faisait partie le mari de la dona
du drapeau » : de la prise de la Smalah d’Abd-eltrice, le grand romancier périgourdin, Eugène Le
Kader, le 16 mai 1843... Entre autres, la mémora
Roy. Un coup d’œil énumérateur ne sera pas inutile
ble bataille de Zurich (1799), tableau donné par le
sur l’ensemble d’autres nombreux uniformes : tenue
général en chef Masséna, le 3 et 4 vendémiaire. Sans
d’officier-aviateur, de capitaine de la Garde Républi
oubliei- ce tableau qui remémore à nos yeux la mort
caine de Paris; d’une cantinière du 100° de ligne
valeureuse de la Tour d’Auvergne et cet autre du
(2° empire); une pélisse de général; habits de Gala
passage de la Bérézina par les troupes françaises les
de Conseiller d’Etat et de Ministre de Travaux
26 et 27 novembre 1812. Et nous en passons. Nous
Publics avec bicornes à plumes; Shakos avec plumet
pourrions citer encore bien d’autres chefs-d’œuvre
de l’école de Saint-Cyr; tenues de voltigeur de la
comme la mort du colonel de Brançion à la guerre
Garde Impériale (2e Empire) et de tirailleur algérien
de Crimée le 7 juin 1855; le sanglant panorama de la
avec les guêtres blanches; bottes d’un soldat allemand
bataille de l’Yser par A. Bastien, etc... Disons seu trouvées dans une tranchée de la Meuse; casquettes
lement que ces remarquables tableaux de gran’e
anglaises; calots allemands (1914); cuirasses de»
valeur constituent poui' ce Musée des Vétérans une
carabiniers de la Garde Impériale (2" Empire) et des
partie bien méritée de sa gloire et de sa grandeur.
cuirassiers français, modèle 1825...
QUELQUES BRAVES AJ SEUIL
DE LA LEGENDE
Après avoir ébauché la partie traitant des tableaux
historiques, il y aurait une grave lacune dans l’his
toire du Périgord si nous omettions de parler, même
sommairement, des portraits ou reproductions de por
traits de certains grands hommes que nous connais
sons tous.
Outre les portraits des généraux américains ayant
exercé un commandement sur le front lors de la pre
mière guerre mondiale de 1914-1918 et qui sont ceux
du colonel T. Roosevelt. Georges Washington, Woodrow Wilson, lieutenant Quentin Roosevelt, nous
trouvons dans une vaste salle, dite « Salle du Souve
nir », toute une précieuse et émouvante collection de
photographies de nos héros Périgourdins morts pour
la Patrie.
Une autre salle est entièrement consacrée à la ma
rine dans laquelle s’illustrèrent un grand nombre de
Périgourdins.
Notons, en passant le capitaine d’Esmartis la Perche
qui commanda le « Jemmapes » dans cette mémora
ble rencontre du 13 prairial an II, entre les flottes de
la France et de l’Angleterre et qui eut la tête emptr
tée par un boulet d’artillerie.
Un autre grand homme, l’héroïque Lestin, officier
mécanicien qui, bravant une mort certaine, s’élança
courageusement pour essayer de sauver le cuirassé
« Liberté » ! Le Musée a recueilli la plaque de devise :
« Honneur et Patrie », provenant du malheureux
vaisseau.
QUELQUES-UNS
DES
PRINCIPAUX
INSIGNES
ET DECORATIONS
Là encore, nous nous bornerons à l’énumération.
Notons : des croix de la Légion d’honneur ayant
appartenu à quelques braves tombés au champ d’hon
neur; des médailles d’argent de sauvetage et de SteHélène; un insigne des Vétérans de Dunkerque.
Entre autres une médaille en plomb commémorative
de la guerre de Crimée aux effigies de Napoléon III,
de la reine d’Angleterre et du Sultan de Turquie, les
trois alliés. Au revers de cette dernière, on lit : À lanoble, à la puissante, à la victorieuse alliance de la
France, de l’Angleterre et de la Turquie 1854; une
médaille commémorative du plébiscite de 1852, nom
mant Napoléon III Empereur des Français; de pré
cieuses décorations du général Daumesnil. De ce bra
ve, le Musée de l’Armée possède d’ailleurs plusieurs
souvenirs et riches reliques : jambe de bois, statuette
en bronze, chapeaux, épaulettes, etc...
PLUS DE HUIT SIECLES D’ARMES
!
Nous avons rendu compte aux lecteurs de toutes les
collections historiques groupées soigneusement dans ce
Musée des Vétérans depuis l’année 1911, date de sa
fondation.
Abordons maintenant et aussi rapidement que pos
sible, le dernier sujet concernant les armes et les tro
phées.
Ce bâtiment historique possède plus de vingt pano
plies d’armes de toutes sortes et de toutes les époques
Depuis les armes grossières et primitives jusqu’aux
3
LES LETTRES PÉRIGORDINES
En hommage
à Jean-François BERTON
Doucement, dans le soir, à l’heure où tout se tait,
quand la nuit monté, mystérieuse, peuplée de rêve
ries et de chimères, la gracile beauté d’un enfant
apparaît au détour d’un sentier. Ses grands yeux
rêveurs dans lesquels se reflète le scintillement des
étoiles, errent à l’infini, indifférents aux objets qui
l’entourent. Lentement, comme attiré par une force
invisible, l’enfant, d’ün pas très doux, entre dans
la forêt. Là, ses yeux s’ouvrent, émerveillés... De
vant lui. la lune se joue en longs reflets magiques...
Les troncs des grands arbres silencieux semblent
empreints d’une sereine clarté et les feuilles, sur
son passage, lui apportent les parfums de l’été
finissant.
...Et toujours du même pas tranquille, sous les
chênes touffus et les hauts peupliers, l’enfant pour
suit sa course vagabonde, emportant dans son cœur
mille choses nouvelles... La forêt est son bien le
plus précieux. Chaque soir, il lui rend visite et cette
belle inconnue pour lui devient amante. Amoureu
sement, elle l’enlace de ses rameaux fleuris, le ber
ce de ses palmes légères, puis pose sur son sein son
front vibrant et lourd... Lui, cet enfant-roi, ce poète
est sensible aux séduction directes de la Nature :
.le surprends les secrets que murmurent les sources
Et les plaintes du vent dans les saules pleureurs...
Et je reprends l’élan vagabond de mes courses...
Et je cueille des vers, comme on cueille des fleurs.
if
*
vers les champs éclairés d’astres noirs et fleuris
d’asphodèles !... »
Jean-François était le fils de René Berton, au
teur d’œuvres dramatiques qui figurent au réper
toire de la Comédie Française, telles qu ’ « Oreste »
« La mort d’Héraclès », et bien d’autres encore.
Cultivant le souvenir dé ses chers disparus, Mme
René Berton demeure. C’est avec une douloureuse
piété que j’entendis résonner noblement la plainte
d’une mère. Je compris alors toute l’étendue de cet
amour maternel que les ans né peuvent tarir. Ne
fut-elle pas, pour Jean-François, sa plus tendre
amie, sa confidente qui lui a consacré entièrement
sa vie ?... Ne fut-élle pas aussi le reflet de son âme,
la délicatesse et l’élévation de sa pensée ?...
★ * *
Avant que de mourir, Jean-François Berton nous
laissa un immortel chef-d’œuvre, source de son gé
nie naissant. Sous le titre qu’il avait lui-même choi
si : « Les ailes d’Icare », et dont nous comprenons
le douloureux symbole, une centaine de poèmes
qu’il avait marqués, furent publiés,
« Les feuillets dé ce livre gisaient épàrs au bord
d’une tombe... »
*
C’est par cette émouvante phrase que Maurice
Levaillant, professeur de Jean-François au Lycée
Condorcet, présente l’œuvre posthume du jeune
poète :
Bien des ans ont passé... L’enfànt de la forêt n’est
plus. Brusquement, à Périgueux sa ville natale, il
fut ravi aux siens, le 31 mai 1932 à l’âge de dixsept ans. La forêt perdait en lui un être d’une
exquise beauté et d’une précoce intelligence. Aux
rêves infinis les souffrances sont vaines.,.
Pour Jean-François Berton, la vie fut une oasis
luxuriante, dans laquelle il se sentait libre, heu
reux et pleinement poète. Vivant dans son rêve, il
allait par les chemins étroits de l’existence, pei
gnant les spectacles rustiques et l’ampleur des ho
rizons... Avait-il vraiment senti venir la mort ?...
Ses derniers vers, dans un adieu à son enfance lan
cent un douloureux appel :
« Je voudrais seulement jeter au seuil de ce li
vre, comme devant un reliquaire, toutes les roses
dont l’anthologie pare ses épigrammes funéraires,
tous lés lys, toutes les fleurs empourprées de Virgi1 ee t _ poser, au-dessus, une_ feui 11 e du symbolique
laurier ! »
« ...Ses vers sont frais, purs, presque virginaux
et comme frissonnants, çà et là, d’une pudeur se
crète. Dans une double séduction, musicale et pit
toresque, ils affermissent très vite leurs rythmes
et leurs images ; ils imposent leur harmonie cares
sante et le rayonnement de leurs visions... »
M. René Berton, dans un hommage à son fils, dé
voile sa douleur immense :
« ...Ses cahiers d’écolier où il a fixé sés rêves, de
sa chère petite écriture, et où chaque page garde
pour nous l’empreinte de sa main qui l’a touchée,
je lés ai réunis en un volume que nous garderons
comme la plus précieuse des reliques. Je veux qu’on
le voie passer dens ce livre comme il a passé dans
la vie :
On dirait qu’une voix m’a soudain appelé !...
...Ah ! c’est mon avenir qui, me tendant les bras,
M’agrippe par la main et la serre et l’entraîne...
En effet, quelques semaines après, l’horrible des
tin entraînait l’adolescent, « trop aimé des dieux,
(SUITE
'
1
armes contemporaines les plus perfectionnées. Des!
lances, des dagues, des épées, et des bombardes du/
moyen-âge, aux fusils, pistolets, canons, etc... de 1
notre époque, en passant par les sabres, les baïonnet-1
tes, et les fusils à pierre de la Révolution. Plus des
huit siècles d’armes !
Plus pris de nous, dans le début de notre siècle,
nous pouvons voir des armes provenant de la première
guerre mondiale de 1914-1918 : fusils-mitrail
leurs, mitrailleuses à refroidissement à eau, fusils-1
antitanks, grenades lancées par les fusils, carabines
américaines à répétition; sabres-baïonnettes pour
fusils à double canon de chasseurs corses, tout un lot
de cartouches de fusils en service en 1914, pistolets,
obus, et des trophées de guerre de grande valeur dont
les principaux sont: un canon allemand, de 77 m/m
court, une mine sous-marine allemande avec tous ses
accessoires, des appareils fumigènes, des cisailles
pour couper les câbles retenant les mines à l’entrée i
des ports, des mitraillettes, de grands pavillons de,
marine allemands, russes et autrichiens, etc., etc...
Pour résumer, nous comparerons ce Musée Militaire
des Gloires et Souvenirs du Périgord à un riche1
album historique, si une telle métaphore est permise,1
dont chaque page fierait une image fidèle de chaque,
siècle à compter du siècle moyenâgeux jusqu’au siècle
atomique.
Charles SOUDEIX.
« Les yeux tout grands ouverts sur ce qu’on ne
[voit pas ».
Jehan de CHANTÉRIVE
CHEVAUCHEE
Chevauchant dans la nuit son coursier chimé[rique,
S’élevant dans les airs où luit l’astre joyeux,
Le Poète, serein, n’osant baisser les yeux,
Contemple les flots purs de la sphère magique.
Son regard ébloui vers les sondeurs mystiques,
Plonge, avide de ciel que l’on dit merveilleux,
Et, découvrant les monts, droits et majestueux.
Brille de l’éclat vif des opales antiques.
Et toujours de l’avant, pourchassant dans les nues
Le regret de n’avoir, en des contrées sereines,
Ployé son torse étroit aux pieds des souveraines,
Le Poète, banni de la foule qui gronde,
Enlaçant de désir les rives inconnues,
Poursuit, dans les cieux d’or sa course vagabon
de...
JEHAN DE CHANTEIHVE.
CHRONIQUE
MUSICALE
Il serait vain de dissimuler les sérieuses dif
ficultés auxquelles se heurtent les groupements
qui ont entrepris de maintenir la musique clas
sique, dans une ville comme Périgueux. Consti
tuer un orchestre suffisamment étoffé, complet
dans tous ses pupitres, devient actuellement une
véritable gageure. La suppression des musiques
militaires, les progrès réalisés par la radio et le
gramophone, l’attrait que le jazz exerce sur les
jeunes générations, sont les raisons déterminan
tes de cette désaffection dont souffre la forme
majeure d’ün art qui ne doit pas disparaître.
Nous ne saurions trop admirer la foi qui anime
tous ceux qui, en notre ville, travaillent sans re
lâche à assurer la pérennité de la musique clas
sique. Les « Jeunesses musicales de France »,
« L’orchestre des professeurs de musique »,
« Les Amis de la musique », accomplissent à cet
égard un effort considérable et qui a déjà porté
ses fruits. On constate, dépuis quelque temps,
l’heureux retour d’un public, plein de ferveur et
d’enthousiasme, vers les concerts de qualité. Lés
pouvoirs publics, eux-mêmes, s’intéressent à cet
aspect de la culture et c’est avec plaisir que
nous avons appris l’octroi par le Conseil Géné
ral et à l’unanimité d’une généreuse subvention
en faveur des « Amis de la musique » qui vont
poursuivre, à travers le département, une œuvre
méritoire de décentralisation artistique. La sai
son musicale est déjà commencée et ce début a
été marqué par de magnifiques réussites.
xxx'
DEBUT DE SAISON
L’orchestre symphonique « Les Amis de la
musique », conduit par Monsieur Georges Sartori,
« L’orchestre des professeurs de musique Péri
gourdins », dirigé par Monsieur Léon Duysens,
ont fêté tour à tour et avéc beaucoup d’éclat la
traditionnelle Sainte Cécile. « Les Jeunesses mir
sicales de France » ont donné, jusqu’à ce jour
trois conférences-concerts qui ont obtenu le plus
vif succès. Nous ne nous étendrons pas plus lon
guement sur ces diverses manifestation artisti
ques dont la presse a donné de larges complcsrëndüs.
PERSPECTIVES
« Les Amis de là musique », promus à ht
dignité d’Orchestre symphonique départemental,
auront, au cours de cette saison, une lourde
tâche à accomplir. Dans un but de décentralisa
tion artistique, ils vont apporter à de petites
cités du département les pures joies de la musi
que classique. Avec beaucoup d’inte'ligence ci
d’éclectisme, ils ont arrêté un programme qui
doit satisfaire les plus difficiles. Nous avons
entrepris de présenter trois des morceaux qui
seront interprétés le 9 mars en première audi
tion, à Ribérac. Notre choix s’est porté sur tro's
œuvres différentes (ouverture, danse et sympho
nie) dont la diversité démontre le souci des
« Amis de la musique » d’offrir aux auditeurs
un programme complet.
OUVERTURE DE PATRIE
(.GEORGES
BIZET j
Pasdeloup demanda, certain jour, à GeorgesBizet, qui n’avait pas encore écrit Carmen, de
composer une ouverture symphonique. Il avait
également sollicité Massenet et Guiraud. Bizet se
mit donc au travail, cl le 15 février 1S14 fu'
exécutée, pour la première fois, ce que l’auteur
présenta comme une « ouverture dramatique ».
Elle était intitulée « Patrie ». D'ingénieux esprits
recherchèrent très sérieusement les sources d’ins
piration du compositeur et avançèrenl plusieurs
thèses fort concluantes. Celle que Ton admettait
volontiers à l’époque indiquait que le titre de
l’œuvre avait été choisi par Pasdeloup qui ienai!
à évoquer la désastreuse guerre de 1870. En réa
lité, disaient ces chercheurs bien renseignés.
Bizet avait composé son ouverture en pensant à
la malheureuse Pologne encore asservie et qui
rêvait à sa libération.
Tout cela était faux et Ton s’en est aperçu en
découvrant que. l’essentiel de cette œuvre se trou-
(Suite page 6)
LES LETTRES PÉRIGORDINES
4
Page des Poètes de " Lettres Périgordines "
Ces écrivains du vieux Terroir
A L. R. dé P., en souvenir d’une
délicieuse sonate de Reethoven...
Ces écrivains du vieux terroir,
Ah ! que leurs plumes sont habiles
Pour décrire un vieux toit de tuile,
Les champs d’or, la vigne où rutilent
Les raisins promis au pressoir!
0 ! ces Lardes du vieux terroir,
Comme superbement ils chantent
L’église aux murailles branlantes,
Les vieux bourgs accrochés aux pentes,
L’angélus tintant dans le soir !
Ces frères chantres du vieux terroir,
Comme avec aisance, ils décrivent
Notre Dordogne aux vertes rives,
La source chantante aux eaux vives,
Les sites du Périgord Noir !
De l’Art ils portent le flambeau,
Ayez pour eux reconnaissance,
Car, à vanter ce coin de France,
Ils déchaînent la ronde immense
Des visiteurs, épris du Beau !
ADRIEN
OHouA me diriez 4ou&pnt...
COLIN.
FEUILLES D OR
Les batelets de l’automne
Flottent, flamboiement de saison,
Dorés comme, sûrement, l’était
La barque portant la Toison.
Vous me disiez souvent : « Oh ! La musique est
[belle ! »
Et votre âme sensible à cette ritournelle
Balbutiait, éperdue, de divins mots d’amour.
Comme vous consoliez alors mon cœur trop
[lourd !
Votre lèvre hésitante effleurait ma paupière,
Pareille aux chauds rayons qu’une douce lumiè[re
Verse sur les pétales odorants d’une fleur.
Quand vos divines- mains se posaient sur mon
[cœur,
Je vous pressais plus fort. Et vous étiez heureuse !
Tout bas vous bénissiez notre union amoureuse !
Un adagio touchant berçait nos illusions.
C’était un paradis d’enivrante passion !
Nous ne pensions à rien. Nous ignorions le
[monde
Avec son injustice et ses vices immondes.
Et parfois, quand le soir nous surprenait, dehors
Nous allions, frémissants, contempler les décors
Que la nuit silencieuse offre à la Poésie :
Une pluie d’astres d’or, des rêves d’ambroisie,
Des songes merveilleux qu’on lit dans l’infini.
Et, délicieusement, toujours cet air béni
Qui sait parler au cœur et chantonner à l’âme
Nous conviait, chastement, à notre pure flam[me...
CHARLES SOUDEIX.
(Extrait du manuscrit : « MARGUERITES
EFFEUILLEES »).
Flotille d’Argos jaune et rousse
Sur l’onde glauque et sans fond,
Un insensible vent te pousse
Sans l'espoir de la peau d’or blond.
POUR L INCONNUE
Pour l’enfant qui demain, belle, grave
et son[geuse,
Regardera loin d’elle en rêvant au bonheur,
J’ai laissé sans regret s’épancher de mon cœur,
Source humaine, le flot d’onde voluptueuse.
Les batelets que le vent berce
Glissent, glissent, comme au hasard,
Vers la fortune, à l’aventure,
Vers la mort sur le fond noirâtre.
MARCEL FOURNIER.
(Traduction française de
FELHAS D’OR).
FIN DE VENDANGES (Idylle bergeracoise)
Le jour touche à sa fin. Vois déjà dans la plaine
Les couples s’en venir pour le bal de ce soir;
De jeunes vendangeurs la salle sera pleine;
Ils iront se griser des bons crus du terroir.
Deux, semaines durant, ils furent à la peine
Autour des ceps, portant des fruits d’or pro
metteurs,
Mais ils s’en vont danser, danser à perdre halei[ne,
Pour oublier un peu le pénible labeur.
Je ne connaîtrai pas son sourire apaisé
Devant les mots choisis qu’elle aimera peut-être,
Et je ne verrai pas son tourment disparaître
Et la joie inonder son visage grisé.
Mais il se peut qu’un jour, sa pensée envolée,
Présente dans l’essor d’un avril parfumé,
Me rende l’affection de cette heure en allée...
Un peu du même amour dont je sus la charmer,
En gratitude due au souvenir vivace
Quelle aura recueilli de son printemps fugace.
PAUL COURGET.
(Demi-teintes)
la chanson des flocons de Neige
Elles dorment, là-bas, les vignes dépouillées,
Après avoir donné leur récolte d’amour,
Leurs feuilles vont tomber, sèches, demi-rouillées,
Elles songent à mars, à Véveil des beaux jours...
Le cycle reprendra son éternelle marche
Pour enchanter toujours le palais du gourmet;
Gloire à qui découvrit le doux nectar que cache
Le raisin noir ou blanc, ineffable secret !
Tombez flocons, flocons de neige,
Tombez sur le sol doucement.
Faites-nous comme un blanc cortège.
Tombez flocons abondamment !
Au bal où tourne encore l’insatiable jeunesse
L’air, devenu plus lourd, ne peut se respirer.
Viens cacher, mon amour, notre troublante ivres-
Tombez sur le toit des chaumières;
Tombez sur l’âtre aux lourds chenêts;
Tombez papillons de lumières;
Tombez flocons, flocons coquets !
[se
Près des ccps qui, ce jour, nous ont vu travailler.
Au bord de la Dordogne où scintille la lune,
A l’ombre du manoir dominant les coteaux
Nous trouverons, au pied de la haute tour brune
Un refuge ignoré, pour des plaisirs nouveaux...
Et dans tes blonds cheveux, brillants comme de
[l’or
Je croirai voir couler le bon vin de Pomport,
Enfin, je goûterai ta lèvre, ô désir fou,
Qui du Monbazillac a conservé le goût.
JEAN MOREUX.
Tombez sur le sol de nos plaines;
Tapissez le sql de nos monts;
Ayez la blancheur de la laine
Qui croît au dos de nos moutons !
Sur les haillons les plus sordides
Mettez vo’re douce blancheur.
Tombez flocons, tombez splendides
Pleins d’une majesté de fleurs !
Coiffez le vieux coq de l’église
D’un panache à couleur d’argent;
Tombez avec la grâce exquise,
Tombez flocons abondamment !
Antoine PAYENCE.
LES REFLETS
(Au maître R. Dessales-Qüentin)
Les doux reflets aimés de vos vivants tableaux,
O divin séducteur amoureux des rivages,
Les reflets sont l’essor d’éternels renouveaux
Après l’exquise nuit des fulgurants mirages...
Las de m’être penché sur de vieux fabliaux,
Torturé par la soif d’intrépides voyages,
Je rêve... et mon regard, parcourant vos images,
Découvre le soleil des espaces nouveaux.
Ainsi, les doux reflets qui perpétuent nos vies,
Limpides horizons des races asservies
Les reflets sont l’encens des douces rêveries...
Jehan de CHANTERIVE
(.Chants poétiques).
Q$&iL&enez-Mu£ !
A Charles Soudeix, en souvenir dü 12 déc. 54.
Souvenez-vous,
C’était la fin de l’automne,
Sur Tourny personne;
Le ciel était gris.
Le vent du nord
Soufflait fort.
J’aimais ce paysage
Sous l’orage.
Souvenez-vous
De notre rencontre
Dans ce jardin
Lointain.
La poésie
Ou la vie
Est douce
Comme la mousse.
Souvenez-vous
Nous parlâmes de l’avenir,
Seulement de notre amie
La poésie,
Nous parlâmes longtemps,
Malgré le mauvais temps,
Sans songer à nos montres.
Si vous saviez comme grand était mon bonheur
Enfin pouvoir s’exprimer, ouvrir son cœur.
Souvenez-vous !
JOSETTE CAYSSIALS.
Stances pour demain...
Demain, quand le soleil arrêtera sa course,
Demain, quand le ruisseau remontant à sa source
Cessera son rythme berceur...
Alors dans le silence enveloppant les choses,
Ma mie, avec des mots auréolés de roses,
Te parlera, mon cœur !
Demain, quand les soucis de la vie et les peines
Auront teinté de noir nos minutes sereines,
Demain, tout imprégné d’ennui...
Dans le suprême aveu qui chassera ton doute,
Tu seras près de moi pour éclairer ma route,
Dans l’éternelle nuit !
Ainsi tous nos destins, destins heureux ou sombres
Sous les doigts du Hasard ne sont que pâles
[ombres,
Redoutons, hélas, ce demain !
Qui risque de briser la plus belle espérance...
Souffrant du même mal, vivons même souffrance,
Mais... la main dans la main !
Adrien COLIN
A Juliette GORE
La violette embaume au pré
Où s’installe la pâquerette ;
Les mignonnes content fleurette,
De l’aurore au couchant pourpré,
A Mars qui, tout énamouré
De provoquer si gente fête,
Pour mieux s’assurer leur conquête
Revêt son pourpoint diapré.
Ah ! le bel air, le tendre apprêt !
Grêle, s’agite la clochette
De la jacinthe, dans l’herbette,
La violette embaume au pré.
Du matin rose au soir doré...
Paul COURGET
LES LETTRES PÉRIGORDINES
5
l'Empereur » et « La Castiglione » (aux mêmes
éditions Amiot-Dumont), Alain Decaux fait
revivre dans ce volume trois siècles d’Histoire
de France, s’attachant non à l’histoire de la
VILLE JOYAU DU PERIGORD construction
du château, ni à celle des événe
A Monsieur Sylvain Dumazet, ments politiques dont Versailles fut le cadre,
mais à « faire revivre des ombres » en de
Nous nous proposons d’inviter le lecteur à visiter,
Maire de Brantôme,
en notre compagnie, le Périgord, ce coin de terre si
Officier de la Légion d’Honneur. simples croquis.
pittoresque qui recèle en son sein tant de riches beau
Versailles, depuis quelque temps, est à la
O ville couronnée de lauriers eéculaires !
tés que nul n’est censé ignorer, pas même le profane.
mode, et il y a maintes façons, de nous y inté
Etincelant
joyau
qu
’
encense
une
onde
claire,
Notre premier voyage sera donc consacré, dans ce
La Dronne ! Je t’aime bien, surtout quand le soleil resser. ('.elle, aimable et pittoresque, de
numéro, à la visite de la jolie ville de Brantôme,
A. Decaux, est très attachante, et le dessein
[levant de l’auteur sera rempli si le lecteur, ayant lu
cette « petite Venise de verdure et d’eau douce »,
Redore de lumière les murs de ton couvent
admirable tableau que l’art et la nature ont magni
ces pages, est tenté de revoir celte merveille:
Et fait chanter les nids et jaser les fontaines.
fiquement embelli au cours de l’évolution lente, mais
Versailles.
Salut
au
fier
clocher
de
ton
église
ancienne,
*
progressive des siècles.
**
Vestige indélébile des temps moyenâgeux
C.S.
Qui reçut en son sein de légendaires preux :
Pour les adolescents, au-dessus de quinze
Un titan, Charlemagne; un poète, Bourdeilles.
A Madame André Devillard, je dédie res
ans, et pour ceux qui aiment la Marine, Jeanpectueusement et en toute humilité, cette Et tant d’autres grande noms dont l’histoire s’émer- François Navard vient d’écrire « Les Fis[ veille ! tots » (3), dans la collection « Bibliothèque
modeste esquisse de son cher
Car Brantôme et le Temps, tous deux grands histo de la Mer ». Le lecteur à qui de tels livres
riens, s’adressent est celui que Baudelaire invoquait
Ont écrit leur passé en des siècles, sans fin...
dans un vers immortel: « Homme libre, tou
Salut, grottes sacrées de l’ère préhistorique !
jours tu chériras la mer! »
Gracieusement blottie dans une île féconde de la
Pittoresques cavernes insondables et mystiques,
Cet ouvrage a obtenu le Prix Raymond
Dronne, ayant pour cadre la beauté des sites environ
Où l’enfant du rocher, Mithra, était un dieu
Poincaré, de 100.000 francs (décerné pour la
nants, pour motifs, d'immenses rochers percés de
Un Mercure gaulois qu’adoraient nos aïeux.
troisième fois) institué par l’Union Nationale
grottes, d’imposantes constructions abbatiales dont Adieu enfin, pays où l’âme de nos pères
des Officiers, de Réserve, couronnant « un
le vieux clocher qui s’élance majestueusement vers le
Vit dans nos souvenirs et dort dans la poussière !...
ouvrage
susceptible d’entretenir dans l’opinion
ciel peut se flatter d’être, après celui de SaintCharles SOUDEIX.
publique un climat favorable à l’armée ».
Front de Périgueux, l’un des plus curieux de France,
Navard est le pseudonyme du capitaine de
Brantôme, véritable bijou historique par excellence,
offre au regard admiratif du touriste et de l’esthète,
On lit beaucoup en France, partout (dans le corvette Jean-François Gravrand, né en 1912,
un tableau à la fois charmant et inoubliable qui ins train, en vacances, au bord de la mer ou en à Nantes,, Officier “de la Légion d’Honneur,
pira de si ravissantes peintures au maitre R. Dessalesmontagne, dans les parcs, et le soir sous la Croix de Guerre, attaché naval adjoint à Lon
Qüentin, et qui n’eut point laissé insensible la lyre lampe, la journée finie) et n’importe quel genre dres, auteur de plusieurs œuvres et de traduc
tions de l’anglais.
délicate des grands poètes Dante et Virgile, si ces
d’ouvrage.
Dieux de la Poésie eussent connu ce paysage enchan
Ce livre relate avec humour et parfois, avec
Aussi, dans ces lignes, je vais m’efforcer de
teur.
émotion
la vie des élèves de l’Ecole Navale de
présenter quelques nouveautés de genres dif
Brest, leur discipline quotidienne, leurs
La Dronne roule sur un gravier siliceux son cours
ferents.
contacts parfois difficiles entre camarades, les
clair et rapide, bordé d’êtres, d’aulnes, de peupliers
Pour ceux qui aiment les documentaires, il petits drames, les amours esquissées de ces
•éculaires et ceint, comme d’une couronne ondoyante,
convient de conseiller la lecture des volumes jeunes, sains de cœur et d’esprit.
le front ancestral de Brantôme. Elle baigne de ses
de la nouvelle collection « Les plus belles
eaux vertes le pied du vieux couvent qu’elle isole,
Dans sa préface, le Vice-Amiral Lacaze
et dont elle réfléchit l’image. Puis, après avoir passé histoires de bêtes », qui a l’ambition de rap exalte la sincérité de l’auteur, « à la plume
porter
les
scènes
les
plus
intéressantes
de
la
plusieurs barrages et fait tourner les roues grinçantes
vie animale. Dans le premier volume: « De la experte et primesautière à la fois, qui aime la
et vermoulues de quelques anciens moulins, elle quitte
fourmi
à l’éléphant », E.-J. Finbert, grand ami Marine et, au-dessus d’elle, l’Ordre et la
le nid brantômais pour arroser la fertile vallée qui
des
bêtes,
met en scène une cinquantaine Patrie ».
s’étend très loin, et s’infiltrer à travers les coteaux
d
’
animaux
et
des faits amusants, recueillis et
***
riches en labours et vignobles.
rapportés intelligemment. Le 'second volume,
Place, maintenant, à la poésie et à un poète
« Qui a vu Brantôme ne peut plus l’oublier ! » (1)
du même auteur, « Histoire de chiens », périgourdin.
Un délicieux souvenir se grave désormais dans la pen ravira tous ceux qui s’intéressent à ce compa
Auteur de: Fumée aux yeux, Musique sur
sée de l’étranger. Son imagination s’égare machina gnon fidèle de l’homme.
oes mots. Reflets changeants, Dix poèmes,
lement à l’évocation de cette exquise et coquette cité.
Quant au troisième volume, « Histoires de etc..., Paul Courget, de Montazeau, mainteneur
Il en revoit les grottes obscures à parois sculptées,
chats
» (1) (encore du même auteur), il donne des Jeux Floraux, collaborateur apprécié de
œuvre des hommes primitifs, et habitées jadis par les
une vue de cet animal légendaire, ami du maintes revues littéraires et anthologies poéti
druides, les romains puis les moines; les restes de
l’ancienne Abbaye de Bénédictins avec son antique foyer, qui, « investi en Orient d’un caractère ques, offre au public: « Demi-teintes » (4).
clocher, son église gothique et, dans ses pierres sacré, aimé à l’égal de la gazelle, de l’épervier
11 est difficile de ne pas être conquis par
royal ou du cheval, réfractaire à la soumission
épargnées par la voracité du temps, l’ombre du grand
l’aisance de ces vers classiques, par leur sono
totale
à
l
’
homme,
a
passé
d
’
un
bond
en
Occi
empereur Charlemagne. Il en revoit encore le pont
rité et leur douceur, par la richesse de leurs
bizarrement coudé; les derniers vestiges de son mur dent, à la suite des invasions arabes, traînant images; toute banalité est absente de ce
d’enceinte, les écluses de sa rivière, les jardins lacus après lui tout un passé de sortilèges ».
remarquable recueil, qui réhabilite la vraie
De cet animal, dont les Arabes disent « qu’il poésie aux yeux de ceux qui ont lu les « élu
tres, le petit et charmant manoir de la Hierce, en bon
entend jusqu’au bruit des> pas d’une fourmi cubrations » incompréhensibles de certains
style du XVI'' siècle, avec ses belles lucarnes ornées,
ses fenêtres en croix, ses tourelles élégantes et ses toits sur du marbre », l'auteur donne un portrait
« poètes » (!) d’aujourd’hui.
aigus... Il se rappelle tous ces remarquables et gran fidèle, pittoresque et vivant, traitant tour à
Ces vers révèlent, pour une partie impor
dioses monuments, témoins sacrés d’une prestigieuse tour de son origine, de sa légende, de son
histoire, de son intelligence, de son mystère, tante, l’amour de la nature (douze poèmes sur
époque qui nous raconte tant de clairs de lune, de
les mois, plus; Pluie de mai, Pluie d’été, Peylégendes, de romances de ménestrels et le vent qui de sa vie intérieure, de son affection, de son sage mouillé) qu’une vue profonde et com
frissonne à travers la feuillée semble nous apporter sens de la maternité et terminant par son rôle préhensive du cœur humain.
le bruissement lointain et froufroutant des robes dans la littérature.
« Lettres Périgordines » publie d’ailleurs,
soyeuses des Dames Calantes de Brantôme.
Tous ces ouvrages sont agréablement illus
d
’
autre
part, avec plaisir, un poème extrait de
trés el les deux premiers couronnés par
Charles SOUDEIX.
ce volume.
l’Académie Française.
*
1) Maurice Talmeyr « La Revue Hebdomadaire »
**
*
( '.695).
**
Après « La Mer », après « La France »,
Mais laissons les animaux pour passer à... après « La vie des animaux » dont elle est le
complément, « La Vie des Plantes » (5), dont
l’histoire.
la publication est due à Larousse, ramène
La collection « Toute la ville en parle » l’homme du xxc siècle à ce qu’il risque d’ou
(dont « L’Histoire, de France racontée à blier: la nature, sa grandeur, sa beauté.
Juliette », (jui approche de son 200.000'' exem
Bien présenté, bien illustré, ce volume, qui
plaire, a assuré le succès) est susceptible d’ap
Quand une lecture vous élève l’esprit et
paraît par fascicules de 32 pages (290 fr. l’un)
porter
à
ceux
qui
l
’
aiment
de
bonnes
heures
qu’elle vous inspire des sentiments nobles et
de détente. Les ouvrages de cette collection, est dû au professeur Fernand Moreau, avec la
courageux, ne cherchez pas une autre règle
en effet, répondent à un besoin de notre collaboration de Claude Moreau, et au profes
pour juger de l’ouvrage: il est bon et fait
époque,
où l’on aime à voir traiter avec malice seur Guillaumin. Il est à souhaiter qu’il
de main d’ouvrier.
et gaîté d’un sujet sévère, comme à voir traiter prenne place dans la bibliothèque de tout
amoureux de la nature.
(La Bruyère)
sérieusement d’un sujet léger ou réputé tel.
*
**
Après « Paris à nous deux », de France
Je suppose que tous les lecteurs de « Lettres
Et pour terminer sur une note périgordine,
Périgordines » aiment s’adonner à la. lecture, Roche, « C’est Dupont mon Empereur », de
soit pour se détendre l’esprit, soit pour le Jean Burnat, vient de paraître « La belle His il convient de saluer le magnifique ouvrage
charger d’un bagage supplémentaire, soit pour toire de Versailles » (2), d’Alain Decaux. His sur papier glacé, magnifiquement illustré, que
torien réputé, auteur de « Lætitia, mère de la collection « Richesses de France », qui
les deux raisons à la fois.
BRANTOME
Plaisir de la lecture
G
____________ __________________________
illustre de façon si remarquable les terroirs
français, vient de faire paraître, sous le titre
« Le Périgord » (6), avec l’ap:pui du Conseil
général de la Dordogne et des Chambres de
Commerce de Périgueux et de Bergerac.
Présenté par M. le Préfet et par M. le Pré
sident du Conseil général, ce volume est un
enchantement des yeux et de l’esprit et, large
ment diffusé, peut être un excellent ambas
sadeur des villes, des sites, des richesses
folklorique, touristique, commerciale, indus
trielle, agricole et gastronomique de notre
département.
Merci à « Richesses de France », à M. Jac
ques Delmas et à ses collaborateurs éminents
pour cette grandiose réalisation.
Jean MOREUX.
(1) Histoires de chats (14x19) 202 p. ill. 490 fr.
Amiot Dumont, éditeur, 20, av. de l’Opéra, Paris.
(2) La Belle histoire de Versailles, 232 p., même
éditeur.
13) Les Fistots (21.5x14,5), 254 p. illustrées: 650 fr.
même éditeur.
(4) Chez l’auteur à Montazeau (Edition Suberive,
21, rue de l’Embergue, Rodez.
(5) Larousse, édit, à Paris, 1 vol. in-4°.
(6) Delmas « Richesses de France », 6 place SaintUhristoly, Bordeaux.
...Je demande qu’enfin, les hommes fraternisent
Et que, main dans la main, heureux ils solenni[sent
La grande humanité !
Adrien COLIN « Stances pour demain »...
Que voulez-vous de moi, pauvres cris innombra
bles,
Voix aux accents durcis, à des plaintes semblables
Voix venant de partout ?
Qu’espérez-vous de moi en me criant : à l’aide !
Un appui fraternel, une arme pour remède,
Un vengeur, surtout ?
Mais avant il me faut connaître vos souffrances,
Vos peines et tourments,
Afin que mes écrits guident vos espérances
Vers le bon dénouement.
De quel mal souffrez-vous ? Seraicnt-ce ta misère,
Le chômage, la haine, la jalousie sur terre
Qui vous feraient pousser ces longs gémisse
ments ?
Ou bien, plus gravement,
Serait-ce le chaos que tout peuple redoute,
Ce séisme mortel provoqué par le doute
Que l’on n’ose avouer de peur d’être trop francs !
Alors, si c’est ce mot sinistre et fulgurant :
La guerre,
Qui vous fait frissonner, à malheureuses mères !
Si c’est ce mot usé et lâche comme Judas,
Qui sème le fracas ;
Si c’est la lutte obscure, sauvage et meurtrière,
Sanguinaire ;
L’anéantissement de tout notre univers ;
Le triomphe inique de guerriers pervers
Qui voudraient entacher nos couleurs altières
Si fières ;
S’il s’agit du combat du bien contre le mal,
Soit ! Je vous octroie, frères, mon soiitien cordial.
Car le penseur se doit aux hymnes pacifiques.
Il se doit à la foule, à la Paix symbolique,
.4 toutes Libertés
En toute égalité.
Il se doit, il le sait, aux heures que l’espace
Efface ;
Aux oiseaux qui égayent de leurs multiples voix
Les sous-bois ;
Aux enfants an berceau qui pourchassent leurs
[rêves
Sans trêve.
Il se doit à sa muse, aux passions, aux moissons,
Aux chansons.
Mais il se doit surtout à une idolâtrie :
Sa Patrie !
Charles SOUDEIX
ES LETTRES PÉRIGORDINES
Beethoven disait lui-même : « Cette symphonie
doit être considérée plus comme l’expression de
sentiments et d’impressions que comme un
tableau ».
SUITE)
Elle comprend cinq parties : « Eveil des sen
vait dans une scène de l’opéra — inachevé et timents à l’arrivée à la campagne » remplie
inédit — que Bizet avait composé en s’inspi d’une joie sereine; la calme méditation de la
rant du Cid de Corneille et qui devait voir le
« Scène du ruisseau » où le bruit de fond est
jour sous le titre de « Don Rodrigue ».
le monotone murmure de l’eau courante. Vers la
Cette ouverture héroïque fait entendre des thè fin de ce mouvement, la flûte, le hautbois et la
mes divers, le premier étant solennel et le second clarinette imitent le rossignol, ta caille et le cou
mélancolique, douloureux.
cou. « La danse des paysans » rappelle sensi
Après avoir rappelé le rythme initial, le mor blement les airs que joue un violoneux dans les
ceau s’achève par une sorte d’allégresse triom guinguettes de la campagne viennoise. C’est en
suite la présentation de « L’orage » avec la pluie,
phante et remplie d’optimisme.
le vent et le tonnerre, éléments déchaînés qui
forment le plus saisissant des éléments descrip
« L.l DANSE MACABRE » (SAINT SAÈNS)
tifs de la symphonie.
La mort a inspiré des poètes, des sculpteurs,
Berlioz a écrit à ce propos : « Ceci n’est plus
des musiciens et cela dépuis les temps les plus une tempête de vent et de pluie, c’est un cata
reculés. Saint Saëns a composé sa « Danse maca clysme effrayant, le déluge universel, la fin du
bre » en 1874, d’après une œuvre poétique de monde. Pour être franc, ce passage donne le
Jean Lahor.
vertige et beaucoup de personnes qui écoutent
La scène se déroule la nuit, les squelettes sor cette tempête ne savent pas si la sensation qu’el
tent de leur cercueil. Le violon s’accorde et les éprouvent doit être du plaisir ou de la dou
commence à jouer une valse irrésistible dont le leur. » Tout se termine par un hymme de foi
rythme impérieux fait naître une sorte de démen et de gratitude après l’orage sous la forme de
« Chant des pâtres », plein d’une confiante allé
ce. C’est la Mort qui est ici le sinistre ménétrier,
c’est elle qui mène ce bal hallucinant. Il semble gresse.
que Ton entende les os qui s’entrechoquent. Le
En écoutant cette « Symphonie pastorale » on
rythme saccadé, heurté, sarcastique, grimaçant, est envahi par le profond respect qui liait tout
atteint à une étonnante intensité dramatique et naturellement devant la grandeur et la beauté
contient une extraordinaire puissance d’évoca dans ce qu'elles ont de plus pur. C’est pourquoi
tion. La danse s’anime furieusement jusqu’à une nous louons sans réserve « Les Amis de la Musi
sorte de folie collective, lorsque par un saisissant que » qui n’ont pas reculé devant les nombreuses
contraste, le hautbois imite le chant du coq, difficultés d’exécution afin d’offrir à leurs audi
hymme de délivrance. La nuit s’achève, les sque teurs cette œuvre immortelle de l’an des plus
lettes vont regagner leur demeure, la musique va grands génies qu’ai', honoré l’humanité toute
entière.
se taire et tout va rentrer dans Tordre. « La
Danse macabre » n’inspire cependant aucune
Pierre DAN'l'Ol .
tristesse, il semble même que Ton ressente en
l’écoutant comme une bouffée de gaité funèbre.
En vérité, c’est dans cette complexité des senti
ments que Ton éprouve et qui sont difficiles à
définir exactement, que réside une partie de ce
charme envoûtant et un peu trouble que Ton
ressent en écoutant cette « Danse macabre » qui
ne manque ni de caractère, ni d’originalité.
PÊLE-MÊLE
LA SIXIEME SYMPHONIE DITE
(VAN BEETHOVEN)
PASTORALE
Apprécier la grandeur de la musique de Bee
thoven nécessite non seulement un sérieux effort
de compréhension, mais encore une instinctive
sympathie.
Ce compositeur a vécu dans une période de
transition qui a concouru à l’achèvement de l’art
classique et à l’avènement du romantisme, lequel
va créêer toute la musique. Il a introduit dans
son œuvre tous les frémissements d’une âme
trop souvent blessée et déchirée par de doulou
reux contrastes. Mélancolie et colère aux accents
vibrants: pitié, amour de l’humanité et sombre
misanthropie déterminent tour à tour ses senti
ments et inspirent ses élans.
« La sixième symphonie » dite « Symphonie
pastorale » en fa majeur, opus. 68, fut exécutée
pour la première fois le 22 décembre 1808 au
« Theater an der Wien ». Beethoven avait alors
trente huit ans et atteignait la période malheu
reuse de son existence. D'intolérables bourdon
nements d’oreille faussaient déjà en lui toute
musique intérieure. C'était le commencement de
cette surdité dont il allait tant souffrir par la
suite. Il avait tour à tour aimé les trois sœurs
Guchardi, de famille italienne et ce fut sur la
plus jeune, Juliette (elle avait seize ans), que
son choix s’arrêta définitivement. Elle fut refu
sée à ce « musicien sans fortune ». La gêne, les
soucis matériels s’ajoutèrent à cette déception
sentimentale.
Beethoven va désormais demander à la nature
le réconfort et la consolation. Il aimait à parcou
rir la campagne où il se retrouvait dans une
féconde solitude. Son génie se réveillait au con
tact des bois, des eaux courantes et du chant
des oiseaux et il notait alors sur un carnet les
phrases musicales que lui dictait son inspiration.
C’est ainsi que la « Symphonie pastorale » a pris
naissance. A vrai dire, Beethoven a reconsidéré
l’idée d’un musicien, Heinnc.h Knetch, qui avait
publié, en Tan 1780, une musique agreste.
« La sixième symphonie » est un mélange de
paix, de sérénité et d’éléments descriptifs, mais
c’est avant tout une expression de sentiments.
ANECDOTES :
ESPRIT ROYAL
-— Prêchant devant la Cour, Massillon dut s’inter
rompre, sa mémoire lui faisant soudain défaut.
Louis XIV, avec la courtoisie et l’à-propos qui lui
étaient coutumiers, lui dit :
— « .Je vous remercie, mon père, de nous laisser
le temps d’admirer toutes les belles choses que vous
nous avez dites. »
UNE BONNE LEÇON
Jonathon Swift, le célèbre auteur des Voyages de
Gulliver, était d’une parcimonie qui confinait par
fois à l’avarice.
Un .jour, un de ses amis lui envoya un magnifique
turbot par un jeune domestique qui s’était souvent
acquitté de semblables commissions sans jamais rece
voir de l’écrivain le moindre pourboire.
Le jeune homme entra dans le cabinet de l’écrivain
et déposa le poisson sur la table et tourna les talons
en disant :
— Voici un turbot que vous envoie mon maître.
Il allait disparaître lorsque l’écrivain le rappela:
— Mon jeune ami, fit-il sèchement, vous vous
acquittez bien mal des missions dont on vous charge.
Vraiment vous méritez une leçon de politesse. Pour
un instant, nous allons changer de rôle. Asseyez-vous
dans mon fauteuil, je vais, moi, vous montrer com
ment il faut vous comporter dans l’avenir.
Le valet s’installa dans le fauteuil. Swift s’empara
du poisson et, s’avançant cérémonieusement vers la
table de travail, annonce après une profonde révé
rence :
— Monsieur, mon maître, vous présente toutes ses
amitiés. Il aime à penser que votre santé est bonne et
■vous prie d’accepter ce modeste présent
— J'en suis ravi, réplique le domestique. Faites à
votre maître mes meilleurs remerciements et prenez
pour vous-même cette demi-couronne.
Contraint à un acte de générosité auquel il ne s’at
tendait évidemment pas, Swift prit le parti d’en rire
et gratifia d’une couronne entière le rusé et intelli
gent domestique.
LES LETTRES PÉRIGORDINES
_______________________________________________________ 7
PETITES QUESTIONS
— Il y a 126 ans. naissait un romancier célèbre
pour son « imagination scientifique »; il nous prome
na aussi bien sous terre que sous les eaux. Qui
est-ce (1)
Quel est le poète français qui naquit à Constan
tinople, d’une mère grecque, et qui mourut âgé de
32 ans? (2)
-- Comment s’appelaient les quatre fils Aymon ?
(3)
DEFINITIONS
—Pour les moralités, la femme est un sujet vaste
et fécond.
— Pour les géographes, la femme est un fleuve qui
change souvent de lit et qui grossit dans son cours.
Les facteurs sont ..des hommes de lettres qui tra
vaillent avec leurs pieds.
— Les maris et les livres usés ont cela de commun
qu’ils finissent par avoir des cornes.
PENSEES DROLES GLANEES PAR Çl, PAR LA...
— Cultiver ses connaissances ne veut pas dire
bêcher ses amis.
— Un aveugle de naissance ne doit le jour à per
sonne.
— Un jeune homme peut-il offrir une rose à une
jeune fille? C'est là une question épineuse.
— L’argent file vite, c’est pour cela qu’on le
nomme monnaie courante. Mais il y a des gens qui
savent parfaitement attraper la monnaie courante.
D’OU VIENT L’EXPRESSION : Trop tard, mon
siège est fait?
Voici, à ce sujet, une amusante anecdote.
L’abbé Vertot, ayant commencé la rédaction de son
c histoire de l’ordre de Malte » (1726), désira obtenir
des renseignements précis sur le fameux siège de
Rhodes. Il écrivit à un chevalier de l’ordre. Mais,
lorsque les notes arrivèrent, son travail était fini.
La conscience de l’écrivain ’ ne se trouva nullement
gênée par les divergences qui existaient entre son
récit et la vérité; il répondit à son correspondant:
u J)en suis bien fâché, mais mon siège est_jait. »
PENSEES
— C’est, par le relus d’adopter les mœurs de la
foule que nous serons capables de nous reconstruire.
Dr Alexis CARREL.
— Le bon sens est de savoir ce qu’il faut faire; le
bon esprit de savoir ce qu’il faut penser.
JOUBERT.
— Aimer savoir est humain. Savoir aimer est divin.
J. ROUX.
— Il est toujours bon de raconter ses malheurs aux
autres. Leur indifférence risque de nous révolter assez
pour nous permettre de continuer la lutte.
LA ROCHEFOUCAULD.
EPITAPHE DE MADAME D’AUBETERRE
Ma niepce
L’oncle
Au lieu de beaux œillets, de lys et roses tendres,
Je vous offre mes pleurs, mes larmes, mes sanglots;
Au lieu d’un marbre beau pour en couvrir vos cendres
Je vous offre mes yeux pour arroser vos os.
Pierre de. BOURDEILLES.
BREVES REPONSES
(1) Jules Verne.
(2) André Chénier.
(3) Renaud, Guiscard, Allard, Richard.
« LETTRES PERIGORDINES » est un journal
nouveau pour une génération nouvelle.
ABONNEZ-VOUS...
FAITES-NOUS DES ABONNES
« LES LETTRES PERIGORDINES »
La revue littéraire pour les gens de
goût artistique.
Quelques notes sur la datation
des oeuvres d’art préhistoriques
Eh oui ! cher ami et lecteur, c’est de la plus
vieille religion du monde que je vais vous par
ler : l’Art Préhistorique. Je voudrais que les
lignes qui suivent servent d’introduction à la
série d’articles que je présenterai dans les pro
chains numéros de Lettres Périgordines.
XXX
Rappelons que l’apparition de l’Homme, au
début du Quaternaire, remonte à 600.000 ans
environ. Les temps préhistoriques comprennent
trois granded subdivisions : la Paléolithique, le
Mésolithique, le Néolithique. Dans la première,
l’on distingue le Paléolithique Inférieur et moyen,
à industrie de bifaces et éclats, et le Paléolithi
que Supérieur, ou Leptolithique, dont l’industrie
est composée principalement de lames, retaillées
et retouchées en divers outils : grattoirs, burins,
perçoirs etc... Période post-glaciaire, où abon
daient le Cheval, le Renne, le Cerf, l’Ours des
cavernes, le Mammouth etc..., le Leptolithique
est la période la plus intéressante des temps pré
historiques : les chasseurs et les sorciers étaient
devenus artistes; dans un but magique, pour leur
faciliter là capture du gibier, la reproduction
des animaux utiles, et la destruction des animaux
nuisibles, ils piquaient, gravaient ou sculptaient
lés parois de certaines grottes-temples.
Tout le monde sait que le vrai fondateur de
la Préhistoire fut Boucher de Perthes. A partir
de 1837, il recueillit, en effet, dés outils taillés
par l’Homme, associés à des restes d’animaux
éteints. Après de dures controverses « l’Antiqui
té de l'Homme est prouvée par la Géologie ». Et
les nouveaux Archéologues et Préhistoriens de
faire, en France et en Angleterre principalement,
de fructueuses découvertes, soit dans les allu
vions de rivière, soit sur les plateaux, soit dans
des grottes où l’on apprit à étudier la stratigra
phie.
Bien vite, les fouilleurs s’aperçurent de la pré
sence, dans les couches archéologiques, d’objets
travaillés, gravés ou sculptés, en os, en ivoire ou
en pierre. La première découverte fut celle, jé
crois, du Mammouth gravé de La Madeleine, par
Lartet et Christy, en 1864. Puis cé furent les
fouilles de Raymonden vers 1888, Laugerie-Haute, Laugerie-Basse... Ainsi, il était reconnu que
l’homme était capable d’orner des objets mobi
liers de gravures ou de sculptures d’animaux
(rennes, bisons, biches, mammouths...) ou de figu
res géométriques.
Cependant, lorsqu’en 1879, S. de Sautuola an
nonça la présence, sur le plafond de là caverne
d’Altamira, d’une magnifique fresque polychro
me préhistorique, personne ne le crut. Lé nom
de cette grotte ne fut même pas prononcé l’an
née suivante au Congrès International d’Anthropologie et d’Archéologie de Lisbonne. De même,
la publication de La Moufhe (Dordogne) après
1895, par E. Rivière, fut en but à de violentes
polémiques : de même pour Pair non Pair en Gi
ronde. Il fallut attendre, en 1901, la découverte
des grottes des Combarelles et Font-de-Gaume, et,
en 1902, la visite aux Eyzies du Congrès de
l’A.F.A.S., pour qu’il fût enfin reconnu que l’hom
me préhistorique peignait et gravait sur les
parois des grottes. En juillet 1912, M. le comte
Bégouen télégraphiait à E. Cartailhac que « les
hommes préhistoriques modelaient aussi l’argile
au Tue d’Audoubert ».
Comment peut-on dater une figuration pariéta
le peinte ou gravée ? Je ne veux pas entrer
dans des considérations sur les conditions de
conservation et la détermination de l’authentici
té dés œuvres préhistoriques; M. Breuil, dans
les chapitres liminaires de son « Quatre cents
Siècles d’Art Pariétal » les a magistralement étu
diés. Je voudrais seulement faire quelques remar
ques sur l’étude des superpositions.
Il est bien connu que les hommes préhistori
ques peignaient et gravaient fréquemment sur
des figurations antérieures, aussi belles fussent-
elles; cela correspondait à leur conception, à
base magique, de l’Art. Il est possible de déter
miner l’antériorité d’une peinture sur une autre,
ou d’une gravure sur une peinture, et vice-versa.
L’Abbé Breuil a été ainsi amené à distinguer
des ensembles de peintures dé style semblable,
par exemple les dessins aü trait noir non baveux,
ou les peintures rouges én couleur plate, ou les
figures polychromes. Chaque ensemble corres
pond à une phase dans l’évolution de l’Art parié
tale! ces séries ne se chevauchent pas. Ainsi
les peintures de mains sont toujours antérieures
aux dessins d’animaüx; les animaux bichromcs
sont toujours postérieurs aux peintures en tein
tes plates. Cela est valable pour toutes les grottes
paléolithiques franco-cantabriques.
L’évolution de l’Art pariétal a pu être ainsi
déterminée par la datation d’un ensemble rela
tivement à d’àutres figures, peintes ou gravées.
Peut-on dater, en second lieu, ces dessins
pariétaux par rapport aux époques préhistori
ques basées sur l’industrie ? En certains cas,
oui, par la comparaison avec l’art mobilier des
couches (Altamira) ou lorsque le dépôt archéo
logique recouvre certaines gravures ou peintures
(Pair non Pair). De plus, quand une grotte ne
possède qu’une même série de peintures ou de
gravures et ne révèle de traces que d’une seule
occupation humaine, déterminée par l’industrie,
il y a de fortes chances pour parler d’une
même période pour les palimpsestes et la couche
archéologique; c’est le cas, par exemple, à Santiân.
Nous constatons que la datation des œuvres
d’art préhistoriques est très relative, surtout si
l’on considère que l’évolution peut être plus ou
moins longue, selon les grottes envisagées. Les
figurations d’une même série dans plusieurs grot
tes ne sont pas foutes contemporaines; il en est
de même pour l’industrie, d’ailleurs,
Enfin, ce qui est étonnant, c’est qüe l’on
retrouve la même succession de phases dans
l’ensemble des grottes frànco-cantabrique. Certes,
dés échanges existaient entre certaines stations,
mais pas assez pour qu’il n’y ait qu’une seule
Ecole dans fout le Sud-Ouest de la France et
le Nord de l’Espagne. Partant d’une base com
mune, où la magie et la superstition l’emportent
bien vite sur le plaisir des formés, les diverses
manifestations régionales de l’Art préhistorique
ont évolué parallèlement car elles correspondent
à une évolution générale du psychisme au Paléo
lithique.
Et maintenant, cher lecteur, allons, si vous le
voulez bien, découvrir dans les ténèbres mysté
rieuses des cavernes, à la lueur d’uné lampe à
acétylène, les vestiges de cet Art préhistori
que qui, én Périgord, posséda, il y a quelque
15.000 ans la maîtrise du dçssin naturaliste...
Dans un prochain numéro de Lettres Périgordi
nes, nous déchiffrerons pour commencer l’admi
rable palimpseste gravé sur coulée stalagmitique de la grotte de Teyjaf, dans Alain
le Nontronnais.
ROUSSOT
Forêt Creusoise
Et voici qu’apparaît le réveil du printemps ;
Dans la paix des grands bois, pleins de parfums el
[d’ombres,
Je viens chercher, ce soir, le calme reposant
Au pied des vieux sapins, aux troncs rugueux et
[sombres.
Loin du bruit décevant de ce monde pervers,
Appréciant des oiseaux les subtils babillages,
J’ai quitté la fraîcheur des petits sentiers verts
Où filtre le soleil à travers les feuillages
Et j’ai goûté, pensif, à des minutes pures,
Ecoutant, des hameaux de mon pays creusois,
La lointaine rumeur qu’assourdit la verdure
Et que porte la brise en chevauchant les bois.
Bientôt l’or du couchant qui se glisse sans trêve
Entre les fûts serrés de mes arbres amis
Viendra marquer la fin de mon étrange rêve;
Il faudra revenir vers la ville gui bruit...
La nuit va s’épaissir, accen’uant son mystère,
Laissant le Maupuy (1) bleu s’endormir dans le soir.
Je redescendrai seul, en foulant la fouyère,
Une nouvelle ardeur gonflant mon cœur d’espoir.
Jean MOREUX
(1) Colline dominant Guéret.
LES LETTRES PÉRIGORDINES
8
les deux, satisfont quelque idéal inconscient
Attraction d’abord d’irrésistible grâce fasci
nante; puis illusion instantanée d’être aimé
sans laquelle il s’éteindrait aussitôt, telle
serait la genèse de l’amour. Et ainsi se trouve
complétée mon assertion de tout à l’heure:
« On n’aime que parce qu’on se croit aimé. »
La pâle est au jasmin en blancheur .comparable.
En certains cas, se croire aimé suffit: l’amour
CAUSERIES
La noire à faire pei’r, une brune adorable,
appelle l’amour.
La maigre a de la taille et de la liberté.
— J’ai été témoin, dit M. Albri, d’un fait
par Jean-Joseph ESCANDE
La grosse est dans son po-t pleine de majesté...
si étrange que je n’en croirais rien si un autre
» J’aimai longtemps* cette jeune fille, bien me le racontait. Un jour, au Plantier (1), une
Dans un salon de Sarlat, un soir d’hiver
de l’année 1930, plusieurs personnes se trou longtemps, jusqu’à ce que je m’aperçus noce suivait les allée®, les époux en tête; elle
vint s’arrêter à l’angle d’une terrasse. Je m’y
vaient réunies. Il y avait là, entre autres, avec qu’elle en aimait un autre. »
M. Printeau, qui parla ensuite, entra dans trouvais avec un de mes amis. Celui-ci regarda
Mnw Rut, l’aimable hôtesse, M. Denusset, pein
tre de talent; M1. Grelly, un poète du terroir; des considérations physiologiques sur l’ori la mariée, qui était gracieuse. Quel fluide
M. Printeau, dont la philosophie occupait les gine de l’amour, et il employa des termes magnétique jaillit-il de son regard? Tout à
loisirs; Mma Del, une charmante jeune femme; techniques qui donnèrent un grand air de pro coup, je la vis se troubler rougissante; j’aper
Lurbo, un peu plus âgée; J/1"0 Crupil, une fondeur à ce qu’il disait. Il cita Stendhal et çus une ineffable impression de bonheur se
vieille malicieuse et M. Albri, un vieillard ses théories sur l’amour-passion, sur l’amour répandre sur ses traits. La noce continua sa
goût, sur l’amour-physique, sur l’amour de promenade; je l’observai; un curieux manège
plein d’esprit.
M. Denusset, qui se piquait de psychologie, vanité et sur sa cristallisation. Il cita encore de la mariée l’amena de nouveau près* de mon
imagina un divertissement: l’étude en commun Schopenhauer, Bain, Von Hartmann et Mon- ami: frappée par lui d’un des traits de la flè
che du fils de Vénus, elle en emportait la
de la passion de l’amour, « d’où résulteraient, tegazza.
« Seule, la beauté est cause de l’amour », brûlante blessure. »
dit-il, des diversités de points de vue remplis
Personne n’eut l’air d'ajouter une bien
d’intérêt ». On accepta et on décida qu’on se dit Mme Del, quand il eut fini.
On se récria. Des laides sont aimées. Des grande foi à cette histoire, mais M. Printeau
réunirait pour cela chez
Rul.
*
belles laissent indifférent®.
(lit: « Telles sont les bizarreries de l’amour,
**
« Entendons-nous, reprit-elle, sur l’idée de et il en est de plus étranges encore.
A la réunion qui suivit, M. Denusset parla beauté. Les laides ne sont pas laides en tout.
— Toujours l’amour naît en coup de fou
le premier: « Je me suis souvent amusé, dit-il, Une expression aimable fait oublier les traits dre, affirma Mme Del. Il n’y a point d’amour
à observer les jeunes villageois et villageoises irréguliers de l’une; une certaine grâce dans naissant lentement. Supposez, dit-elle, pour
qui se donnent rendez-vous* à la ville le same les mouvements et dans les gestes, le corps justifier cette opinion qui parut paradoxale,
di, jour de marché: lui, chapeau^ relevé sur mal fait de l’autre. C’est leur beauté; le supposez deux êtres s’entourant depuis long
un côté, air conquérant; elle tête baissée, contraste même attire l’amour.
temps d'une affection mutuelle. Un jour, on
écoutant ses fadaises, bras tourné en arrière,
— Ceci est très juste, dit M. Printeau. voit cette affection transformée en amour
et le galant tenant un de ses doigts qu’il ne Combien y a-t-il de femmes belles qui ne chez l’un d'eux, ou chez tous les deux. Que
lâche pas, en allant et revenant pendant des seront jamais aimées, parce que ce contraste s’est-il passé? A une minute, à une seconde
heures, sas souci de la fuite du temps, de la leur manque, mais c’est un je ne sais quoi qui précises, l'un a cru s’apercevoir, il a senti que
Rigaudie à l’Endrevie (1) ; d’autres, à l’air lan amène l’amour. Nous touchons ici un point l’autre l’aimait. L’amour est de la nature du
goureux, marchant comme des automates essentiel des lois de l’amour, car il en â, en feu. Vous aurez beau entasser bois sur bois,
dans un rêve étoilé. S’aiment-ils? Pas tou dénit du dicton: « l’amour est enfant de bohè sans l’étincelle originelle qui produit la flam
jours, du moins réciproquement: et c’est un me. qui n’a jamais connu de lois. » A la base me, vous n’aurez pas le feu. L’étincelle tom
jeu que de découvrir quel est le sincère, et de l'amour se trouve l’illusion d’être aimé. On bant dans un foyer mal préparé s’éteint, elle
quel est celui qui joue la comédie de l’amour. n’aime que parce qu’on se croit aimé; et cette embrase tout dans le cas contraire.
— Un jour l’été, dit M. Grelly, fatigué par illusion naît d’une sorte de mirage; quand
— En ceci, la grande préparatrice est l’at
la température lourde, j’allai me reposer l’esprit sait qu’on n’est pas* aimé, le cœur est tention, dit M. Printeau, j’ai connu des fem
dans une grotte. J'étais là depuis un moment, en désaccord avec lui: l’esprit ne croit pas; mes qui ont fini par aimer des hommes sur
lorsque, dans un coin, un léger bruit se fit le cœur, lui, croit, et en lui gît l’illusion et se lesquels se portait leur attention, d’une façon
entendre, et je vis apparaître un charmant confine l’espérance: le bon sens a beau dire singulière, parce qu’ils avaient des défauts
petit enfant, à la figure joufflue, aux yeux non, l’imagination,guidée par le cœur,dit tou dont elles riaient habituellement avec leurs
très doux, qui s’avança vers moi:
jours au moins peut-être? Les femmes belles compagnes; l’amour, un jour, est venu les
« Qui es-tu ? » lui dis-je.
<iui ne seront jamais aimées ne savent point venger. J’en ai connu d’autres* qui ont trop
» Sans me répondre, il me regarda, et je créer l’illusion qui les ferait aimer, et c’est un tard commencé d’aimer, seulement quand
sentis un feu brûlant suivre mes veines.
don qu’une laide peut posséder. Ainsi s’éclair elles ont senti qu’on se détachait d’elles, car,
« Qui suis-je? Ce que lu éprouves doit te cit notre je ne sais quoi; il est l’art de gagner comme vous le savez, souvent on ne prise que
le faire pressentir, me dit-il. Je suis le fils l’amour en persuadant qu’on aime. Ici un ce que l’on va perdre. J’en ai connu aussi
de Vénus, le dieu de l’amour; tous les autres grand obstacle à la croyance, je ne dis pas qui ont aimé par dépit, en croyant le cœur de
dieux ont péri, moi seul subsiste, moi seul je une impossibilité, car les preuves du contraire l'homme incliné vers une voisine ou une
continue à avoir des adorateurs. Vois mon abondent, est la diversité des situations socia compagne, plutôt que vers elles, et c’est une
carquois. Je viens de te percer d’une de mes les. On n’aime guère que parmi ses pareils, bizarrerie dont les* chercheurs d’amour savent
flèches.
parce qu’en dehors, en général, mancrue la bien profiter. Tout cela ne change point le
» — Ah, divin enfant! lui répondis-je, per confiance. On n’a peut-être jamais vu nue fond de mon opinion: l’amour a une source
ce-moi d’une autre flèche, de trois, de cent, dans les contes une bergère amoureuse d’un organique; on ne le voit jamais naître chez
de mille, si tu le. veux, sa blessure me plonge fils de roi. mais à son compagnon de travail l’enfant; il subsiste rarement chez le vieil
dans un ravissement que je n’ai jamais et de misère elle murmurera tendrement ces lard: en l’un, la source n’a pas encore
éprouvé. C’est une vie d’un charme incompa vers d’un poète de notre pays:
émergé; en l’autre, elle a disparu. Il naît
rable que tu as insufflée en moi. Viens, viens, Dun pev que toun cur m’a douna gentil bergier en lorsque le flambeau sacré commence à s’allu
mon enfant! que je te presse contre mon
[gatzé mer; il meurt lorsqu’il jette ses dernières
cœur! » Je voulus le saisir, il avait disparu. L’aï pré, l’aï mesela en lou méou
étincelles. Et quand il naît, c’est comme si
» A demi endormi, je venais d’être le jouet Non savi pu quai è lou téou (1).
un sixième sens splendide apparaissait. La
d’une hallucination. Néanmoins, je ne sais
(Depuis que tu m’as donné ton cœur, gentil nature pare tout ce qui vit de ses plus bril
AMIS
lantes couleurs au temps de l’amour, et la
(1) Tauboijrgs de la ville de Sarlat à ses deux extré berger, en gage, je l’ai pris, je l’ai mêlé avec
DES LETTRES PERIGORDINES
le mien, je ne sais plus quel est le tien.)
plante comme l’animal, d’un merveilleux éclat
mités.
» L’éclosion de l’amour ne trouve un milieu L’amour est fatal; il se plaît à tourmenter
Abonnez-vous dès aujourd’hui
favorable oue dans l’égalité ou le rapproche même les moins vulnérables. Ni les préjugés,
Abonnements POUR UN AN (5 nos): ment des classes. Par manège, cependant, une ni l’éducation, ni la situation sociale, ni la
personne plu® ou moins élevée qu’une autre volonté de le fuir, ne peuvent l’empêcher
500 francs.
dans la hiérarchie sociale réussit parfois à d’éclore, à moins qu’on ne couvre le germe
simuler ce rapprochement; et de là le triom d’une cloche qui empêche le soleil de l’éveil
Abonnements de soutien: 700 fr.
phe des don Juan et des intrigantes.
ler; cela arrive, mais le hasard veille toujours
Abonnements d’honneur: 1.000 fr.
— N’oublions pa® l’amour qui embrase le pour soulever la cloche.
à la première rencontre, observa M.
■— Un beau clair de lune revêt de formes
Si nos publications vous plaisent, cœur
Grelly.
fantastiques les toits pointus de Sarlat. Allons
aidez-nous.
- Le coup de foudre?
faire un tour dans ses ruelle® », dit M. Denus
— Oui, l’emprise soudaine à la Ronsard:
set. Tous l’y suivirent, et ils y éprouvèrent,
Je soussigné ................—
— -.............----Dedans un pré, je vis une naïade
pendant une heure, une émotion d’art déli
demeurant à —.... ..... ..---- - -.. -...... -.... ---Qui comme fleur marchait dessus les fleurs
cieuse. Us les parcoururent dans un silence
Et. migriottait un bouquet de couleurs
commune de------ -------------------- - -------troublé seulement par le bruit de leurs pas, et
Echevelée en simple vertugade
par les miaulements de quelques chats perdus
déclare s o u s c r i r e un abonnement
Dès ce jour-là ma raison fut malade,
à la recherche de leurs amoureuses, en ce
de -—.. —-----------------------------------------Mon front pensif, mes yeux chargés de pleurs,
temps* de carnaval approchant.
(1) Jardin public de Sarlat.
Moi triste et lent : tel amas de douleurs
aux LETTRES PERIGORDINES,
En ma franchise imprima son œillade.
moyennant le prix de ..------ - —- ----- fr.,
— Sans doute, dit M. Printeau, faut-il qu’il
Imprimerie JOUCLA,
du ... ..... -i--------- . ----- au ...—-- ------------- y ait rencontre de quelque fluide accompa
19, rue Lafayette, Périgueux.
SIGNATURE,
gnant des attraits qui, d’un côté ou de tous
Le Gérant: Pierre PEŸRAS.
J2.es frais 3e fr
tuant
pourquoi, je sortis de la grotte transformé.
J’aimais; et qui? une jeune fille à la taille
épaisse, à la démarche lourde, revêche et sans
esprit. Je la parais dès ce moment de toutes
les grâces du corps, de toutes les qualités de
l’intelligence et du cœur, compagnon d’illu
sion des prototypes de Molière:
