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Fait partie de Monsieur et cher compatriote

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Le Député de notre arrondissement, celui qui, l’an dernier, obtint
l’insigne honneur d’être élu simultanément par quatre Collèges Elec­
toraux, vient d’être appelé par le Roi aux fonctions de Conseiller à
la Cour de Cassation. Conformément au voeu de la loi, l’acceptation
de ces fonctions salariées l’a fait considérer comme ayant abdiqué la
députation, et notre Collège est convoqué pour faire une nouvelle
élection.
Plusieurs de nos compatriotes brigueront sans doute l’honneur d’ê­
tre les interprètes de vos vœux dans la Chambre élective. Quel que
soit le prix que j’attache moi-même à une aussi noble mission, mon
intention n’était point de la solliciter de vous. Déjà, en 1827, après
la brusque dissolution de la Chambre, tous les journaux constitution­
nels me désignèrent à vos suffrages, et mon silence vous apprit que je
n’aspirais point aux honneurs de la députation. Depuis cinq ans, en
effet, que je déposai volontairement les chaînes qui me liaient au pou­
voir, j’avais renoncé pour toujours aux tourmentes de la vie politique,
afin de jouir désormais et sans partage, de l’indépendance et des dou­
ceurs de la vie privée.
Cette résolution a été modifiée par les instances de quelques amis,
qui m’ont vivement pressé de me mettre a.u nombre des candidats
pour la prochaine élection.
Une considération plus puissante encore a fait violence à mon ca­
ractère et à mes goûts pour la retraite. En effet, si ma famille a joui
de quelqu’illustration dans ces derniers temps, c’est à vous qu’elle
l’a dû. Vos suffrages allèrent chercher mon père dans la position mo­
deste où il était né, et l’élevèrent successivement aux fonctions d’Administrateur du département, de Conseiller à la Cour de Cassation et
de Membre du Conseil des Anciens. Ce fut dans l’exercice de ces fonc­
tions qu’il déploya les talens et les vertus, qui, plus tard, le firent
appeler aux premières dignités de l’État. Dans cette région élevée, il
n’oublia jamais tout ce qu’il devait de reconnaissance à ses conci­

toyens, et chaque fois que l’occasion se présenta de rendre service
au pays ou d’obliger un compatriote, il la saisit avec le plus vif em­
pressement. Lorsque ses immenses travaux eurent environné son
nom d’un peu de gloire, il s’en félicita surtout dans la pensée que
l’éclat en rejaillirait sur la contrée où il avait reçu le jour.
Mon frère, dont je pleure la perte récente, a dignement marché
sur les traces de mon père. Comme lui, il s’est fait un devoir d’être
en toute occasion l’avocat et le patron des intérêts de notre dépar­
tement. Il s’est distingué par la variété de ses talens et par ses tra­
vaux scientifiques. Quelque jour, ces derniers, encore inédits, seront
revendiqués avec empressement par le pays qui l’a vu naître.
Il est donc vrai que, depuis près de quarante ans, ma famille est en
possession de représenter, dans nos Assemblées Nationales, les grands
intérêts du pays. Le décès de mon frère laisse cet héritage vacant ;
certes, il est trop beau pour que je le répudie, et c’est pour le récla­
mer que j’ai l’honneur de me présenter aujourd’hui devant vous et
de solliciter votre suffrage.
11 me fallait un motif aussi puissant et l’espoir de pouvoir, à mon
tour, rendre à mes Concitoyens quelques services dans des fonctions
toutes gratuites, pour me décider à entrer en lice avec un compatriote
dont j’honore les talens et le caractère, et dont j’affectionne la per­
sonne.
Je ne ferai point ici une déclaration de principes, et je ne pren­
drai point d’engagemens politiques envers ceux de MM. les Elec­
teurs qui voudraient m’honorer de leurs suffrages. Ma conduite
passée répondra pour l’avenir. Auditeur au Conseil-d’Etat à vingtquatre ans, maître des requêtes à vingt-huit et préfet à trente,
bien que je fusse alors dans l’âge où les passions exercent sur nous
un si grand empire, toujours dans ces diverses fonctions, j’ai su sa­
crifier mes propres intérêts à ceux dont la gestion m’était confiée ;
toujours j’ai hautement exprimé mes opinions sur la marche et sur
les actes du pouvoir, alors même que cette manifestation devait
nuire à mon avancement. Enfin, jeune encore, j’ai renoncé à une
carrière que j’avais parcourue avec honneur pendant dix-huit ans,
poussé uniquement par une disposition naturelle, qui ne me per­
met de respirer à l’aise que dans une atmosphère d’indépendance et
de liberté. Je ne prendrai donc point d’engagement.
Si j’avais l’honneur d’être Député, je ne puiserais mes inspirations
que dans ma conscience. Quels que fussent les hommes qui seraient
au ministère, je voterais pour leurs propositions toutes les fois qu’el­
les me paraîtraient dictées par l’intérêt du pays, comme aussi je les
repousserais lorsqu’elles me sembleraient conçues dans un esprit
contraire. Ou plutôt encore, laissant à de plus habiles le soin de dis-

courir pertinemment sur le meilleur système de Gouvernement à
donner à la France, sur les théories du droit et du devoir, de la
force et de la résistance, de la souveraineté du peuple, et de la lé­
gitimité, je m’attacherais, par-dessus tout, aux intérêts matériels
du pays. De concert avec les honorables amis que j’ai dans la Cham­
bre, j’examinerais s’il ne serait pas possible de réduire encore les
dépenses de l’Etat et d’alléger plus qu’on ne l’a fait les charges qui
pèsent sur le peuple; je demanderais une loi sur les boissons qui
fût plus en harmonie avec les habitudes des Français et les besoins
des propriétaires de vignobles ; je réclamerais une forte diminution
des droits établis sur le sel, et la plus grande liberté pour l’ensei>gnement public; enfin, je m’appliquerais spécialement à faire obte­
nir à notre pays les moyens de construire ou de réparer les routes
départementales et les chemins vicinaux, dont l’absence ou l’état
de dégradation font de notre vaste et populeux arrondissement,
l’un des plus misérables de la France.
»
Vous connaissez maintenant tqnte ma pensée, Monsieur et cher
Compatriote. Si mes sentimens ^jhnpathisent ay£c les vôtres, et si
d’ailleurs vous me jugez digne de”votre suffrage, jê le recevrai comme
une nouvelle preuve de cette ancienne bienveillance que ma fa­
mille a toujours trouvée dans lè pays, et comme un lien qui m’at­
tachera de plus en plus à tous sês intérêts, dont les miens seront
désormais inséparables.
jr
Veuillez, Monsieur et cher Compatriote, agréer l’assurance delà
haute considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être,

P.-J.-J. DE MALEVILLE, ê&cteur.