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Fait partie de Réponse à un adversaire de la société
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RÉPONSE
A UN
ADVERSAIRE DE LA SOCIETE
POUR LE DÉVELOPPEMENT
DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE
PAR
/A.
jïüGÈNE
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Chevalieryic la Légioa-d’Honneur
RÉDACTEUR EN CHEF DE L’ÉCHO DE LA DORDOGNE
Membre du 'Comité central de la Société pour le
développement de l’Instruction primaire
PÉRIGUEUX
1869
RÉPONSE
A UN
ADVERSAIRE DE LA SOCIÉTÉ
POUR LE DÉVELOPPEMENT
DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE
'
/VL .
PAR
pU GÈ NE
/VL A S S O U B P^E
• Chevalier de la Légion-iFHonnenr
RÉDACTEUR EN CHEF DE j/ÉCHO DF, I,A DORDOGNE
Membre du Comité central de la Société pour le
développement de l'Instruction primaire
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PÉRIGUEUX
U'Ç PERIGUEUX]
IMPRIMERIE DUPONT ET (Ie, RUE TAILLEFER
18Q©
RÉPONSE
A UN
ADVERSAIRE DE LA SOCIÉTÉ
POUR LE DÉVELOPPEMENT
DE L INSTRUCTION PRIMAIRE.
La Société d’encouragement pour le dé
veloppement de l’instruction primaire dans
le département de la Dordogne vient d’être,
de la part de M. le marquis de Maleville,
ancien pair de France, l’objet d’une atta
que imprévue, qui ne se borne pas à dé
naturer le caractère de l’œuvre, mais qui
met en suspicion les intentions mêmes de
son honorable fondateur.
Il nous appartient, en notre double qua
lité de publiciste et de membre du Comité
central de la Société, de relever cette atta
que, d’en dénoncer le motif, d’en indiquer
le but et de la signaler surtout comme une
flagrante et suprême iniquité.
Chacun de nous connaît l’origine de
l’institution. On sait qu’une des premières
préoccupations de M. de Saint-Pulgent,
préfet delà Dordogne, à son arrivée dans
notre département, fut de s’enquérir do la
_ 4 —
situation de l’instruction primaire. Péni
blement affecté de l’éta t d’inféri orité de cedépartement, qui figure avec la teinte la plus
noire sur la carte de l’ignorance dressée par
M. Charles Dupin, etqueles statistiques plus
récentes du ministère de l’instruction publi
que maintiennent au dernier rang, puis
qu'il est le 81e sur les 89 départements de
l’Empire, ce magistrat voulut en connaître
les causes. Il constata avec douleur que
sur soixante-trois mille enfants en âge de
fréquenter les écoles , vingt-cinq mille en
restaient éloignés! Cette révélation affli
geante était de nature à lui inspirer une
surprise d’autant plus grande et des regrets
d’autant plus légitimes, que la Dordogne
est un département riche, vaste, ayant une
population nombreuse, intelligente et ani
mée d’un excellent esprit.
Soustraire à l’ignorance et aux consé
quences désastreuses qui en découlent ces
vingt-cinq mille enfants, telle fut la pensée
qui germa aussitôt dans le cœur généreux
de M. de Saint-Pulgent. Il prit noblement
à lâche d’ouvrir le chemin de l’école à ces
pauvres êtres déshérités, et, pour atteindre
ce but, il appela à son aide le levier puis
sant (le l’association.
Dès le 25 mars -1868, cinq mois après
son arrivée, il saisit de ce projet le conseil
départemental de l’instruction publique,
où siègent les principaux dignitaires du
clergé, de l’administration, de l’université
et de la magistrature. Le conseil départe
mental, par un vote unanime, donna son
approbation à l’organisation projetée et re
mercia M. le préfet de sa louable initiative.
Fort de celte première adhésion, M. de
Saint-Pulgent se mit à l’œuvre, et , le
48 avril suivant, il écrivait à M. l’inspec
teur d’académie , en lui transmettant les
projets de statuts de la future Société :
« Lorsque j’ai examiné avec vous la situa» tion de l’instruction primaire dans la
» Dordogne, j’ai été frappé du degré d’infé» riorité dans lequel elle se trouvait relali» vement aux autres départements de l’Ern» pire. Je me suis dès-lors donné pour
» mission de la relever autant qu’il serait
» en mon pouvoir, en lui imprimant une
» énergique impulsion. J’ai pensé qu’un
» des meilleurs moyens d’arriver à quelque
» résultat serait de faire appel aux hommes
» de cœur et d’intelligence, qui ne man» quent pas dans le pays, et de former une
» vaste association qui serait une force
» imposante pour ébranler l’immobilité des
» uns, et un puissant levier pour soulever
» l’indifférence des autres.... Donner le
» désir de s’instruire à notre jeunesse péri » gourdine est une tâche qui doit tenter
» toutes les natures d’élite, toutes les âmes
» ouvertes à cette noble vertu qu’on appelle
» la charité chrétienne. J’espère qu’on ré» pondra à notre appel. Si nous avons cette
» bonne fortune de mettre en honneur
— 6 —
» l'instruclion primaire et de lui imprimer
» une activité qui la relève dans de larges
» proportions, nous aurons accompli un
» des vœux les plus chers de l’Empereur. »
Il serait dillicile de mettre au service
d’une plus belle cause un langage plus
honnête et plus convaincu.
Disons aussi que jamais œuvre d’utilité
publique ne fut accueillie dans le départe
ment avec une plus grande faveur. Celte
sainte croisade contre l’ignorance retentit
jusque dans les hameaux les plus éloignés.
À peine les bases de l’institution nouvelle
étaient-elles jetées, que Al. de Saint-Pulgent
recevait les adhésions les plus chaleureuses,
et que de toutes parts on demandait à s’ins
crire sur les listes des membres fondateurs
ou associés. Il n’est pas de commune,
aussi pauvre qu’elle soit, qui n’ait fourni
son contingent de souscripteurs. Tel a été
l’empressement du public, que la Société
compte, actuellement plus de onze mille
membres I Elle embrasse tout le départe
ment comme dans un vaste et bienfaisant
réseau. Les ressources dont elle dispose
poui- cette année dépassent le chiffre de
25,000 francs.
En présence d’un tel résultat, il est permis
d’affirmer dès à présent que l’opinion publi
que dans le département de la Dordogne est
gagnée à la cause de l’instruction primaire.
Lorsque, dans l’espace de quelques mois,
sur un simple appel aux sentiments géné
reux du pays, on parvient à constituer une
vaste et formidable association de onze
mille membres poursuivant un même but
humanitaire qui se définit par ces trois
mots : Peuplons les écoles, on peut dire
en toute assurance que le mouvement est
devenu irrésistible ; notre département sort
enfin de son ornière ; il va se révéler, et il
ne tardera pas à prendre le rang qui lui
appartient parmi les départements les plus
favorisés de l’Empire.
C’est à la réalisation de cet inappréciable
bienfait que notre jeune Société consa
crera tous ses soins et tous ses efforts.
Administrée par un Comité central di
recteur composé de quarante personnes
et siégeant au chef-lieu, par cinq Comités
d’arrondissement et par quarante-sept SousComités cantonaux, ayant les uns et les
autres des attributions bien définies, elle
se renferme exclusivement dans son pro
gramme. Les questions de discipline, la
direction à donner à l'enseignement ne sont
ni de son ressort ni de sa compétence. Ce
qu’elle désire, c’est accroître chaque année
le chiffre de la population scolaire, en ren
dant l’école attrayante et accessible à tous,
en exerçant une salutaire pression sur les
familles indifférentes, en accordant des ré
compenses aux instituteurs et des encoura
gements aux élèves, en délivrant gratuite
ment des fournitures delivres, papiers et
autres objets aux enfants indigents, en pro-
— 8: —
voquant la création d’écoles de hameaux
et de cours périodiques dans les villages
éloignés du chef-lieu de la commune, en
organisant des distributions solennelles de
prix dans toutes les écoles, en établissant
des concours annuels entre les meilleurs
élèves des écoles communales de chaque
canton, etc., etc.
Dès cette année, la Société décernera des
récompenses : Vaux instituteurs ou institu
trices qui auront fait preuve du plus grand
zèle et obtenu les meilleurs résultats ; 2° à
ceux qui auront augmenté dans la plus forte
proportion le nombre de leurs élèves, eu
égard à la population de la commune, à
son étendue et aux difficultés locales ; 3° à
ceux qui auront présenté, proportionnelle
ment au chiffre de la population, le plus
grand nombre d’enfants n’ayant pas dé
passé l’âge de neuf ans, sachant lire, écrire,
et possédantles connaissances élémentaires;
4° aux directeurs de cours d’adultes qui
auront obtenu, en une seule campagne,
les meilleurs résultats au point de vue de
l’instruction des adultes complètement illet
trés ; 5° aux directeurs de cours d’adultes
qui se seront signalés exceptionnellement
par le nombre des élèves et par les résultats
obtenus ; 6° aux instituteurs qui auront
ouvert des écoles de hameaux ; 7° aux mo
niteurs qui les auront remplacés en leur
absence, etc.
Dès cette année également-, la Société favo
— 9 —
risera des distributions solennelles de prix
dans toutes les écoles communales de gar
çons ou de filles du département. Un envoi
gratuit de livres de prix, de couronnes et
de diplômes leur sera fait par le Comité cen
tral. Ainsi que l’a dit avec raison 11. le
préfet, « ces modestes solennités, organisées
le dimanche sous la présidence et avec le
concours du maire, du curé, du conseil
municipal, des notables du pays, stimulent
l’émulation des enfants et flattent l’amourpropre des parents, qui sont ainsi mainte
nus dans une bonne volonté constante à lais
ser leurs enfants à l’école. Elles frappent,
par le spectacle de ces joies de famille,
l’esprit et le cœur de ceux qui retiennent
leurs enfants chez eux ; elles les décident
souvent à en confier au moins un, l’année
suivante, à l’instituteur. Celui qu’on donne
entraîne vite les autres, comme une famille
convertie à l’instruction entraîne prompte
ment les familles voisines. »
Les écoles de hameaux, que la Société pa
tronne et encourage, feront pénétrer l’ins
truction élémentaire dans les parties les
plus reculées delà commune. M.deSaintPulgent en a donné une définition très heu
reuse dans le cours de ses conférences :
« Lorsqu’on nous signalera un hameau
comme étant trop éloigné du centre sco
laire pour que les parents puissent y
envoyer avec sécurité leurs enfants , nous
prierons l’instituteur de disposer du jeudi
2*
— 10
qui lui appartient, du dimanche après les
offices, pour aller faire une leçon dans ce
hameau. 11 demandera à un père de famille
de lui prêter une salle ; il choisira l’heure
qui conviendra le mieux aux parents , pour
recevoir leurs enfants, aussi loinquepourra
s’étendre son action. Et en allant ainsi
chercher ceux qui ne veulent ou ne peu
vent pas venir à lui, il leur enseignera,
par ce stratagème de zèle et d’activité, tout
ce qu’ils auraient appris à l’école commu
nale. La Société devra alors une indem
nité à ce fonctionnaire qui aura consacré
au bien commun un temps que la loi avait
réservé pour son repos, »
De ce qui précède il résulte que la So
ciété d’encouragement pour le dévelop
pement de l’instruction primaire, dont la
création est due à l’initiative généreuse de
M. le préfet de la Dordogne, est une asso
ciation purement privée, exerçant son ac
tion tutélaire là où le concours de l’Etat,
du département et de la commune est
insuffisant.
Comment se fait-il dès-lors que devant
une institution de celte nature, objet de
tant de vœux et de tant d’espérances,
accueillie avec reconnaissance dans tous les
rangs de la société et chez tous les partis
indistinctement ; comment se fait-il, di
sons-nous, qu’au milieu de la satisfaction
générale, un cri discordant se produise,
une parole d’amertume soit prononcée 1
— 11 —
Et c’est au moment où la Société entre
en plein dans l’exercice de sa noble mis
sion ; au moment où son influence se mani
feste déjà sur toute la surface du département
par un redoublement d’émulation dans le
corps si méritant des instituteurs, par une
augmentation sensible et persistante dans
le nombre des élèves envoyés à l’école,
par l’empressement des municipalités à
demander la construction ou l’amélioration
des locaux scolaires ; c’est au lendemain
du jour où nos Sous-Comités cantonaux
ont, avec un zèle admirable, dressé la sta
tistique de la situation et des besoins de
l’instruction primaire dans chaque com
mune, et transmis au Comité central l’en
quête la plus vaste, la plus complète qu’on
ait faite à ce sujet dans un département ;
c’est à ce moment que se produit l’agres
sion étrange et inattendue dont nous avons
à nous occuper.
Agression estle mol qui convient ici, car
on ne saurait qualifier autrement la bro
chure que Mo le marquis de Maleville,
ancien pair de France , vient de publier
sous ce titre : « M. le préfet de la Dordo
gne et la Société par lui fondée pour le
développement de l'instruction primaire
dans le département. »
On va bientôt en juger.
Dans une dédicace qui est en quelque
sorte la synthèse de son travail, M. le mar-
— 12 —
quis de Maleville s’exprime en ces ter
mes :
« Par mon petit écrit, j’ai simplement voulu
» montrer, dans l’œuvre de M. le préfet, le mau» vais procédé à l’égard du clergé, la méfiance
» envers les conseils municipaux ou autres éléments
» électifs qui ne seront pas soumis préalablement
» au triage administratif ; — le tout pour se pro» curer une nouvelle machine de guerre à son
» usage, en vue des élections. »
Ces lignes préliminaires et agressives
mettent en relief la pensée qui a inspiré
l’auteur de la brochure : c’est évidemment
celle d’un adversaire politique.
Entrant aussitôt en matière, il prend ré
solument à partie les intentions memes de
l’honorable fondateur de la Société, et, ou
bliant toute mesure, il ose dire, au mépris
de la raison comme au mépris delà vérité,
que M. le préfet de la Dordogne n’a point la
volonté de développer l’instruction pri
maire dans son département; que, dominé
par les exigences de sa position, il ne fera
rien de sérieux pour venir en aide à ce dé
veloppement, QUELLES QUE SOIENT SES DÉ
MONSTRATIONS DANS LA FORME !!!
Voilà comment débute M. le marquis de
Maleville. Toute sa brochure est conçue
dans le môme esprit de dénigrement et
d’injustice. En attaquant avec cette violence
le fondateur de la Société d’instruction
primaire, en dénaturant le caractère mo-
r
13 —
ralisateur de cette vaste association, en
heurtant ainsi les sentiments des onze mille
citoyens dont elle se compose, M. le mar
quis de Maleville, homme politique, obéit
à des préoccupations puisées dans le sou
venir de ses défaites électorales de 1868.11
sera donc toujours vrai de dire que la po
litique est ce qui nous divise le plus, puis
que la création de la Société d’instruction
primaire n’a pu, malgré l’utilité incontes
table de cette institution, trouver grâce de
vant un homme aussi expérimenté.
Suivons-le dans la longue série de cri
tiques qu’il va formuler.
M. le marquis de Maleville dénonce la
Société comme étant en dehors de toute
direction religieuse, par suite de l’absence
des membres du clergé :
«...... Celte Société de prétendu encourage
ment de l’instruction primaire, dit-il, ou brillent
SEULEMENT PAR LEUR ABSENCE LES MEMBRES
représentants les plus
autorisés de la morale dans son acception la plus
pure et dans sa sanction nécessaire. »
du clergé, c’est-à-dire les
Ce premier trait lancé, M. de Maleville
poursuit son attaque , et il insinue sans
détour que le clergé a été exclu intention
nellement, de propos délibéré, avec prémé
ditation, par le fondateur de la Société. Et
pourquoi? Parce que, selon M. de Maleville,
le clergé est hostile au gouvernement et
qu’il désapprouve « les pratiques de cor-
I
— 14 —
ruption, de violence et de mensonge dont
les pouvoirs humains s’accommodent trop
souvent. » (Page 6 de la brochure.)
Il est malheureusement très vrai que le
clergé du diocèse n’est pas entré dans la
Société d’encouragement pour le développe
ment de l’instruction primaire. Mais notre
adversaire méconnaît la vérité lorsqu’il ose
prétendre que le clergé, auquel il prête gra
tuitement des intentions hostiles, se trouve
en dehors de l’association parce qu’il en au
rait été écarté par le fondateur de la Société.
Chacun sait, au contraire, queM. deSaintPulgent, obéissant, en cette circonstance,
aux sentiments chrétiens qu’on lui connaît
et dont il ne fait point mystère, comme aux
sentiments de haute convenance qui doi
vent animer tout bon administrateur, avait,
dès l’enfantement de son œuvre , placé
la Société sous un patronage qui donnait
à Mgr l’évêque de Périgueux le premier
rang parmi les présidents honoraires,
et qui admettait plus de cent soixante
prêtres dans les divers comités. Que
M. le marquis de Maleville veuille bien
jeter les yeux sur les projets de statuts sou
mis au conseil départemental de l’instruc
tion publique, approuvés par le Comité
central de la Société, imprimés et répandus
à profusion, et il verra quelle large part
était faite aux ministres de la religion
dans l’institution nouvelle. Nous savons
tous, hélas ! que les pieuses et libérales in-
— 15 —
tentions de M. de Saint-Pulgent n’ont pas
été remplies ; les membres du clergé n’ont
pas cru pouvoir répondre à son appel, obéis
sant en cela à des ordres supérieurs qu’ils
n’avaient pas à discuter.
M. le marquis de Maleville n’ignore point
tout cela. Aussi le voyons-nous, poursui
vant le développement de sa pensée, s’atta
cher à démontrer que l’invitation au clergé
était en quelque sorte un leurre, un piège,
un mauvais procédé enfin, parce qu’on
lui imposait des conditions jugées d'avance
inacceptables, et parce que le rôle qu’on
lui réservait dans le fonctionnement de
l’œuvre était un rôle subordonné, impuis
sant, humilié 11! (Page 7 de la brochure.)
En vérité, il faut savoir, par le spectacle
attristant de nos dissensions intestines ,
jusqu’à quel degré d’hostilité peut con
duire la préoccupation d'un adversaire
politique, pour comprendre que M. le mar
quis de Maleville ait cédé à la pensée de
glisser dans son écrit une aussi outra
geante insinuation 1
Écartons, pour n’y plus revenir, ce triste
procédé de polémique, et suivons notre
adversaire dans les observations qu’il lui
parait utile de faire pour expliquer à sa
manière le refus du clergé.
S’il fallait l’èn croire, la place qui était
réservée à Mgr l’évêque de Périgueux dans
la Société n’aurait pas été convenable :
« L’évêque, dil-il, dont les décrets sur les pré
— 16 —
séances, les usages officiels, les traditions de la
bonne compagnie, ont marqué la place parmi les
dignitaires du premier rang, sinon à leur tète,
devait, dans les termes des statuts delà Société,
s’asseoir a la suite de fonctionnaires de second
ou troisième ordre, et s’incliner sous leur
AUTORITÉ PRÉSIDENTIELLE. »
Celte allégation n’est pas fondée. En
affirmant, comme il le fait sans raison, que
les statuts de la Société assignaient à
l’évêque une place d’ordre inférieur,
M. le marquis de Maleville commet une
erreur d’autant plus impardonnable, que
lesdits statuts, imprimés et distribués,
sont dans toutes les mains, et que cha
que personne, y compris.M. le marquis
de Maleville, peut lire le nom respecté de
Mgr l’évêque de Périgueux en tête des
présidents honoraires de la Société. Le
vénérable prélat n’avait donc pas à s’incliner
sous l’autorité présidentielle de fonction
naires de second ou troisième ordre. Mgr
Dabert occupait, au sommet de la Société,
le rang qui lui était assigné autant par ses
qualités personnelles que par la haute
dignité dont il est revêtu.
Autre grief :
« Par un procédé d’inconcevable étourderie,
dirait-on, s’il ne résultait pas d’un calcul concor
dant avec tout le système, tandis que les institu
teurs faisant partie des Comités étaient choisis,
comme de raison, par l'inspecteur d’académie, les
/
— 17 —
desservants des paroisses, au lieu de l’être par
leur supérieur ecclésiastique, seul juge compétent
de leur aptitude et de l’utilité de leur concours en
matière d’instruction, devaient tenir leur nomina
tion du bon plaisir du sous-préfet, tant il est vrai
que le point de vue religieux, motif déterminant
de leur adjonction, était sacrifié à des appréciations
et à des convenances administratives qui lui sont
étrangères. »
M. de Maleville regretterait assurément
le mot qu’il vient d’employer si, prenant
connaissance des projets de statuts soumis
au conseil départemental de l'instruction
publique le 25 mars 1868 et votés en ses
sion du Comité central le 25 mai suivant,
il voulait bien constater par lui-même qu’il
a commis une erreur, et qu’aux termes
desdits statuts, les ecclésiastiques appelés
à faire partie des Comités devaient tenir
leur nomination, non du bon plaisir du
sous-préfet, ainsi qu’il le dit, mais du choix
de leur évêque. Les considérations irri
tantes auxquelles il se livre tombent d’ellesmêmes avec le fait erroné qui les a pro
voquées.
M. le marquis de Maleville couronne
par les lignes suivantes ce qu’il avait à
dire sur les prétendues causes de l’absence
du clergé dans la Société d’instruction pri
maire :
« .... Ainsi, que ce soit imprudence, méfiance
ou calcul, l’élément religieux, qui eût rassuré la
0**
— 18 —
conscience de beaucoup de pères de famille sur
la direction à donner à l’enseignement, était
écarté!.... »
L’opinion publique repousse cette con
clusion, contre laquelle se dresse la noto^riété des faits. Quelque insistance qu’il y
mette, M. le marquis de Maleville ne par
viendra pas à persuader au public que le
clergé du diocèse a été exclu de la Société
d’instruction primaire par le mauvais
procédé dont on aurait usé envers lui, par
le rôle subordonné, impuissant, humilié
qu’on lui aurait offert. Chacun sait au con
traire que le concours du clergé a été re
cherché, sollicité môme, et chacun sait éga
lement dans quelles conditions ce concours
n’a pu être accordé.
Le clergé a obéi aux ordres indiscutables
de son évêque. M. le marquis de Maleville
ne l’ignore pas. Serait-ce avec l’espoir
secret de faire surgir, à la veille des élec
tions pour le renouvellement du corps
législatif, au profit de sa candidature, une
sorte d’antagonisme entre l’administration
civile et l’autorité ecclésiastique , qu’il
revient avec tant de complaisance sur un
incident depuis longtemps vidé? On s’expli
que difficilement la sollicitude tardive qu’il
manifeste en celte circonstance pour les
intérêts religieux, lorsqu’on se rappelle que,
l’année dernière, candidat de l’opposition
dans la circonscription de Sarlat, ayant à
19 —
,
ménager les partis les plus divers qui le
patronaient, y compris celui des librespenseurs , il gardait un silence prudent
sur l’une des plus grandes questions reli
gieuses du moment, celle du pouvoir tem
porel du pape.
Tous les efforts de M. le marquis de
Maleville tendent à faire croire que la
détermination de l'évêque a été la consé
quence obligée de procédés que le prélat
n’approuvait pas. Ces procédés , tout le
monde les connaît heureusement, et notre
adversaire ne parviendra pas à les dénaturer.
Ils sont tels qu’on pouvait les attendre des
sentiments chrétiens de l’honorable fon
dateur de la Société, de son respect pour
les convenances et de sa déférence envers
les ministres de la religion. C’est M. de
Saint-Pulgent qui écrivait, le 8 juin 18G8,
à Mgr l’évêque de Périgueux, les lignes
suivantes : « Le clergé, monseigneur, a été
» appelé à occuper une place importante
» dans cette œuvre de civilisation chré» tienne... Comme homme et comme fonc» tionnaire, je me serais refusé à entre» prendre une semblable mission avant d’y
» avoir convié ceux auxquels est confié le
» dépôt de l’enseignement évangélique. »
Ce n’est donc pas devant une vaine ques
tion de forme que Mgr Dabert a cru devoir
refuser son concours et celui de ses prêtres
à la Société d'instruction primaire ; M. le
marquis de Maleville méconnaîtrait étran-
— 20 —
gement le caractère du pieux prélat en
persistant dans cette injurieuse supposi
tion. Si, au début, quelques malentendus
ont pu se produire, l’évêque lui-même a
pris soin de dire, dans une de ses lettres
pastorales, que des déclarations franches
et amicales y ont mis un terme. Les motifs
déterminants de l’attitude de xMgr Dabert
sont bien plus élevés ; on les trouve tout
entiers exposés dans sa lettre-circulaire
du 15 juin 1868. S’inspirant de sa cons
cience d’évêque, et ne se préoccupant que
des grands intérêts religieux dont il a la
garde, le prélat a porté résolùment la ques
tion sur le terrain des principes, et il l’a
résolue sans ambages, avec une franchise
indiquant chez lui des convictions nette
ment arrêtées. Voici les instructions qu’il
a données aux curés et desservants du
diocèse : « Nous pensons, messieurs, que
» l’évêque et le clergé doivent se tenir en
» dehors de cette Société d’instruction pri» maire. C’est une œuvre qui nous parait
» constituée dans des conditions peu com» patibles avec les droits inaliénables de
» l’Eglise. Cette association est due, nous
» e savons , à une initiative purement
» administrative, et c’est pour nous
» la preuve qu’elle est née de senti» ments généreux, d’un sincère et ardent
» amour du bien. Mais cette circonsy> tance ne fait rien à la nature même
» de l'œuvre. Il est des situations tellement
— 21 —
» impérieuses qu’elles dominent et subju» guentles meilleures intentions. La Société
» d’instruction primaire, malgré la source
» élevée dont elle émane, et, ajoutons-le,
» malgré la place (relativement petite et
» inférieure) qu’elle fait au clergé, tend à
» consacrer de plus en plus parmi nous la
» sécularisation de l’enseignement du pre» mier âge ; elle porte dans tout son ensem» blela marque universitaire... Demeurons,
» messieurs, fermement attachés à la pensée
» de l’Eglise sur l’enseignement des jeunes
» générations. Jésus-Christ est le maître de
» la vérité. II a reconnu la puissance tem» porelle; il lui a rendu hommage. Mais
» c’est à l'Eglise, et à elle seule , qu’il a
» conféré le droit et imposé le devoir d'en» seigner les hommes... Ce qu’il faut af» firmer hautement, c’est que tout homme
» qui s'occupe d’enseignement est tenu en
» conscience d'accepter sa surveillance et
» son contrôle. Le droit de l’Eglise est indé» clinahle. »
C’est ainsi qu’a parlé l’évêque dans la
plénitude de son autorité épiscopale. M. le
marquis de Maleville doit respecter cette
décision d’un pontife qui ne relève que de
sa conscience devant Dieu et de son indé
pendance religieuse devant les hommes.
Il n’a pas le droit de prêter à Mgr Dabert
d’autres sentiments que ceux qu’il a publi
quement exprimés. Par conséquent, les
insinuations de l’auteur de la brochure au
22 —
sujet des prétendus motifs de l’abstention
du clergé doivent être écartées dans ce
qu’elles ont de contraire aux déclarations
de principes émanées de la plume du
prélat. Si, en soulevant celte question
politico-religieuse, M. le marquis de Ma
leville u cru tenir dans les mains une
machine de guerre, il doit confesser au
jourd’hui son erreur et reconnaître qu’il
a fait une campagne infructueuse. Le clergé
de l’arrondissement de Sarlat notamment
ne lui saura pas gré de son rôle tardif d’a
vocat officieux ; il y verra tout simplement
l’indicedes préoccupations électorales d’un
candidat de l’opposition aux abois. 11
persistera dans son attitude d’indépendance
honnête qui convient si bien à son minis
tère de paix, sans s’émouvoir de l’allusion
injurieuse que, dans sa brochure, M. le
marquis de Maleville fait aux honorables
ecclésiastiques de cet arrondissement, qu’il
accuse de' pratiquer jusqu’à l’effacement
du caractère l’esprit de condescendance et
\& soumission à Gèsar. (Page 6 de la bro
chure.)
M. de Maleville ne sera pas plus heureux
dans les observations qu’il présente au
sujet des conseils municipaux. Selon lui, on
aurait dû appeler tous les conseillers muni
cipaux à siéger dans les Sous-Comités,
parce qu’ils sont, dit-il, « les élus vérita
bles du suffrage universel. » On les a exclus
par défiance, ajoute-t-il sans hésitation, à
— 23 —
cause de « leur origine élective qui entre
tient en eux des goûts d’indépendance que
l’administration est très loin d’encourager
et dont elle n’a que faire. » (Page 6 de
la brochure.) M. de Maleville, qui appa
remment pénètre dans les consciences ,
n’est pas plus embarrassé pour donner
cette explication qu’il ne l’était tout-àl’heure en parlant de la prétendue exclu
sion du clergé.
Faut-il répondre à notre antagoniste que
les conseils municipaux sont représentés
dans les Sous-Comités par les maires de
chaque commune, « élus véritables, eux
aussi, du suffrage universel, » puisque tous
les maires du département, sauf une dizaine
d’exceptions motivées par des nécessités
locales, sont pris dans le sein du conseil
municipal ? Faut-il lui signaler la diffi
culté pratique résultant de la composition
et de la réunion d’un Sous-Comité exécutif
qui dépasserait dans certains cantons le
chiffre de deux cents membres? Faut-il
lui faire savoir du reste que presque tous
les conseillers municipaux du département
sont membres de la Société, quoique ne
siégeant pas dans les Sous-Comités, car il
n’est pas de commune où le plus grand
nombre d’entre eux n’ait souscrit avec
empressement, avec les notables de l’en
droit, sur la liste des fondateurs ou des
associés? Faut-il dire enfin qu’aux termes
des statuts, les Comités d'arrondissement
— 24 —
et les Sous-Comités cantonaux peuvent
s’adjoindre toutes les personnes dont le
concours leur paraît utile à l’œuvre, et que
dans plusieurs cantons on a largement et
utilement profité de cette disposition libé
rale? M. de Saint-Pulgent, comprenant qu’il
ne pourrait réussir dans sa vaste entreprise
qu’avec le concours puissant de l’opinion
publique, a fait appel à tous les dévoue
ments et à toutes les forces; presque tou
tes les forces et tous les dévouements sont
venus à lui.
On a pu voir, jusqu’à présent, que les
critiques auxquelles se livre M. le marquis
de Maleville témoignent d’une imparfaite
connaissance de nos statuts ; s’il en ignore
le texte, à plus forte raison il n’en saurait
apprécier l’esprit. C’est ainsi que, par une
confusion singulière , oubliant que la
Société d’instruction primaire n’est qu’une
Société d’émulation et d’encouragement,
il entrevoit la possibilité d’un conflit
d’attributions avec le conseil départemental
de l’instruction publique sur les questions
de discipline, de réforme et d’enseigne
ment, toutes matières auxquelles notre
association reste étrangère. Il va plus loin
encore, et il demande, avec une naïveté
non moins surprenante , si le Comité cen
tral s’exposera à des conflits avec les minis
tres du culte, qui, dit-il, quoique en dehors
de la Société, n’en restent pas moins char
gés de surveiller l’enseignement religieux
— 25 —
des écoles, dont en conséquence l'entrée
leur est toujours ouverte. M. de Maleville
ignore donc que la police des écoles est
légalement conférée aux autorités compé
tentes. Le Comité central ne peut s’immiscer
dans des attributions officielles qui ne lui
appartiennent pas, et c’est commettre à la
fois une hérésie légale et une injustice en
supposant qu’il aurait, dans certains cas,
le dessein et le pouvoir de mettre obstacle
à la surveillance du clergé.
Sur ce sujet, M. de Maleville ne résiste
pas à la tentation de lancer un nouveau
trait contre le fondateur de la Société :
« Cette surveillance, dit-il, dont on augmente
comme à plaisir les difficultés, comment sera-t-elle
pratiquée sous le gomernementpersonnel et la
direction supérieure de M. le préfet? »
Puis, satisfait sans doute de cette pre
mière et inoffensive pointe d’ironie, il con
tinue sur le même ton badin, et il se livre
à la petite plaisanterie suivante, d’un goût
douteux :
« Verra-t-on le Comité central, qui a consacré
par ses acclamations unanimes la fondation de la
Société, demander que le quatrième commande
ment du décalogue, sous-amendé, condamne aux
flammes de l’enfer l’endurcissement à ne pas
croire à l’infaillibilité du fondateur? »
Mais, laissant bientôt de côté la polémi
que aux allures légères, qui lui réussit
- 26 —
médiocrement et qu’il n’a du reste effleurée
qu’en passant, M. le marquis de Maleville
reprend son attitude ordinaire, pourfen
dant à droite et à gauche tout ce qui va se
trouver à sa portée.
C’est maintenant le tour des instituteurs.
Ils ne pouvaient pas être épargnés dans un
écrit dirigé contre l’œuvre dont ils sont les
utiles et laborieux auxiliaires.
S’il est, dans le corps enseignant, une
classe de fonctionnaires qui, par leur dé
vouement modeste et fécond, par leurs
services de chaque jour, par leurs privations
de toutes sortes, sont dignes de sympathie
et d’encouragement, c’est celle des institu
teurs primaires. Nous les voyons à l’œuvre
dans le département de la Dordogne, et
nous savons que la plupart d’entre eux
élèvent leur mission à la hauteur d’un
sacerdoce. Si la Société d’instruction pri
maire, fondée par M. le préfet de la Dordo
gne , est appelée à produire de grands
résultats, c’est parce qu’elle est assurée de
la coopération des instituteurs. Aussi, dans
son rapport au Comité central (session de
janvier 4869), M. de Saint-Pulgent leur a
rendu un juste hommage en des termes
qui répondaient aux sentiments de l’assem
blée : « Nous devons, a-t-il dit, encourager
» ces modestes ouvriers de la science élé» mentaire. La prospérité future de l'ensei» gnement est entre leurs mains : leur
» action personnelle, leurs démarches ,
— 27 —
» leur dévouement enfin , contribueront
» plus puissamment que toute autre mesure
» au progrès que nous avons en vue. Nous
» devons donc nous efforcer d’améliorer
» leur position proportionnellement aux
» fatigues que nous leur imposons ou qu’ils
» s’imposent volontairement. Ils sont les
» apôtres de l’instruction primaire, et cet
» apostolat doit être encouragé par des
» récompenses honorifiques et des gratifi» cations, qui rehaussent leur dignité et
» donnent quelque aisance à leur famille. »
Une seule personne dans le département
n’a pas applaudi à ces nobles paroles : c’est
M. le marquis de Maleville. Dans son
altitude inexorable , il n’admet pas la
sincérité des sentiments qui les ont dictées;
il ne voit en tout cela qu’une manœuvre
politique, et d’avance il déprécie froidement
le mérite de nos loyaux instituteurs, en
attribuant à des services électoraux les
récompenses qu’ils auront justement obte
nues par leur zèle professionnel et par leur
infatigable dévouement.
Ecoutons-le :
« A juger de l’avenir par le passé, dit- il, les
instituteurs , qu’une incontestable notoriété si
gnale comme les auxiliaires, les suppléants au
besoin, de MM. les maires dans un très-grand
nombre de communes, joueront un rôle d’au
tant plus actif dans les prochaines luttes,
qu’au moyen des ressources qu’on s’est créées et
— 28 —
qu’on leur montre
avec un verre grossissant,
chacun d’eux se flattera de trouver honneur
et profit m bout de ses efforts.
» M. le préfet, pour qui le triomphe de son
patronage est d’une importance incomparable, se
défendra-t-il de récompenser leurs services élec
toraux, de préférence à leurs mérites profession
nels ou à leurs succès d’école? Personne ne le
croira, et les instituteurs croiront moins encore
que personne qu’ils puissent avoir d’autres ou
de meilleurs titres à la faveur administrative que
leur dévouement à la cause des candidatures
officielles. »
Ainsi, c’est donc entendu. Vous tous, fu
turs lauréats de la Société d’instruction pri
maire , dignes et laborieux instituteurs,
qui, à la fin de l’année scolaire, vous em
presserez d’accourir au chef-lieu du dépar
tement, avec la satisfaction dans le cœur
et la joie sur le visage, pour recevoir so
lennellement, devant l’élite du pays, sous
les yeux'de vos concitoyens émus et recon
naissants , les récompenses légitimes que
vous auront décernées les Comités de la
Société, prenez garde et tenez-vous dès à
présent pour avertis 1 Vous ne serez ,
selon M. le marquis de Maleville, que
des agents électoraux dont l’administration
aura payé de cette façon les services poli
tiques ! Èn vain répondrez-vous en montrant
avec orgueil vos diplômes , constatant
que par un travail persistant et infatigable,
vous avez élevé le niveau des études pri-
— 29 —
maires dans votre commune ; que par votre
sollicitude envers les enfants et par vos
démarches auprès des familles, vous avez
augmenté dans une forte proportion le
nombre de vos élèves ; que, grâce à vos
soins constants et assidus, vous ôtes par
venus à réduire considérablement chez
vous le chiffre des adultes illettrés ; que
vous avez sacrifié généreusement au bien
public le temps consacré à votre repos
pour aller diriger gratuitement des écoles
supplémentaires dans les hameaux éloignés
du clocher, etc. ; en vain direz-vous que
ces résultats ont été dûment reconnus par
MM. les inspecteurs de l’enseignement pri
maire, justes appréciateurs de vos services
professionnels. Il vous sera répondu im
pitoyablement par l’insinuation malveillante
dont nous parlions tout-à l’heure.
Avant de se livrer à une telle accusation
contre le fondateur de la Société, M. le
marquis de Maleville a-t-il songé que son
outrage atteint tous les membres de nos
Comités, où siègent les personnes les plus
honorables et les plus dignes de l’estime
publique? Ce sont les Comités, et non M.
le préfet, qui décernent les récompenses ;
leur action est complètement indépendante,
et leurs décisions, dictées par le sentiment
de la justice et du devoir, ne relèvent que
de leur conscience. M. de Maleville les fait
intervenir dans son accusation comme des
complices soumis et dévoués, et il ne recule
— 30
pas devant cette atteinte portée à leur pro
bité et à leur caractère. Lisez plutôt :
« .... C’est le Comité d’arrondissement qui seul
dans les cantons de son territoire dispose des res
sources , prononce sur les intérêts de l’œuvre,
distribue aux maîtres et aux enfauts les récom
penses. Est-ce une témérité de dire que ce Comité
se résume dans l’autorité du sous-préfet qui le
préside et qui, obéissant lui-même aux ordres de
son supérieuren nomme la plupart des membres.
Mais le bon sens ne dit-il pas qu'une partie qui
choisirait son juge aurait le jugement pour elle,
et que, dans une assemblée délibérante, le maître
de la majoritépeut espérer tout de sa confiance
OU DE SA FAIBLESSE ? »
Avons-nous bien lu ? Est-il rien de plus
affligeant que de voir se produire, de la
part d’un ancien magistrat, au sujet d’une
institution réellement et incontestablement
méritoire, de pareils écarts de polémi
que ?
Nous avons hâte d’en finir, car la tris
tesse aussi bien que la fatigue nous gagne,
et nous arrivons avec empressement à la
conclusion de la brochure. La voici, dans
sa forme peu grammaticale, qui n’exclut
pas l’accentuation de la pensée :
« En résumé, ditM. le marquis de Maleville, il
résulte des observations sommaires qui précè
dent :
» Que M. le préfet n’a point d'intérêt au dé
veloppement de l’instruction primaire ;
— 31 —
» Qu’il n’en a point la volonté ;
» Que la Société créée aux approches du re •
nouvellement du corps législatif, avec les élé
ments triés par l’administration ou qu’elle a dans
sa main, n’est qu'un moyen ^'influence élec
torale, etc. »
Celte série d’affirmations produirait un
effet autrement considérable si M. le mar
quis de Maleville voulait bien nous dire :
1° Comment il est parvenu à savoir que
M. le préfet de la Dordogne ri a pas d’in
térêt au développement de l’instruction pri
maire ;
2° Comment il a pu découvrir également
que M. de Saint-Pulgent, malgré son ini
tiative généreuse et ses efforts persistants,
n’a point la volonté de développer cette
même instruction primaire.
Nous désirerions apprendre aussi par
suite de quel mirage trompeur M. de Male
ville a pu se faire illusion au point de croire
que notre Société, fondée dans les premiers
mois de l’année 1868 , peu de -temps après
l’arrivée de M. de Saint-Pulgent, qui im
portait chez nous une institution dont il
avait déjà fait les heureux essais dans le
département de l’Ain, n’aurait été créée
que cette année, aux approches du renou
vellement du corps législatif.
Enfin, il ne serait pas inutile que M. de
Maleville, si affirmatif et si convaincu, vou
lût bien démontrer comment cette institu-
— 32 —
tion salutaire est un moyen d’influence
illicite dans les mains de M. le préfet de la
Dordogne, et prouver qu’elle exercera une
action électorale sur ie pays autrement que
par la satisfaction donnée aux vœux et aux
besoins des administrés reconnaissants.
À ce compte-là, tout acte de bonne
administration est incontestablement un
moyen d’influence électorale; et M. le
marquis de Maleville est autorisé à dire
bien haut que, sous ce rapport, depuis son
arrivée dans notre département , M. de
Saint-Pulgent a largement fécondé et pré
paré le terrain électoral. C’est avec une
bonne administration qu’on fait de bonne
politique; c’est avec une bonne politique
qu’on fait de bonnes élections. Notre
adversaire ne l'ignore pas, car nous le
voyons énumérer dans sa brochure, pour
en faire de nouveaux griefs contre le pre
mier magistrat, quelques-unes des mesu
res utiles et humanitaires que l’on doit
déjà à l’initiative de M. de Saint-Pulgent :
« Depuis et à mesure que l’on approche des
élections, dit-il, ce magistrat redouble de sollici
tude et de soins pour ses administrés. Voie ferrée
qui reliera, dans la Dordogne, les chemins de
Capdenac et d’Agen ; achèvement des chemins vi
cinaux ; extinction de la mendicité ; médecins des
pauvres dans tous les cantons ; pensions et se
cours pour les ouvriers blessés dans leur travail :
il n’est sorte d’avantages et de biens que les popu-
33 —
la lions reconnaissantes ne puissent entrevoir, pour
peu qu’elles se prêtent à l’illusion de la scène. »
Oui, vous avez raison, les populations
reconnaissantes attendent beaucoup de
M. de Saint-Pulgent, parce qu’il a déjà fait
beaucoup pour elles, parce qu’elles le
voient à l'œuvre, parce qu’elles savent que
son grand cœur est à la hauteur de leurs
aspirations, et que son administration li
bérale, à laquelle les partis les plus avan
cés rendent loyalement hommage, s’inspire
constamment de son esprit de justice et de
son amour du bien public.
Finissons-en. Votre brochure restera
comme un triste témoignage de l’influence
fatale que peut exercer dans certaines cir
constances l’esprit de parti. Sous l’empire
de préoccupations politiques, vous avez,
par des attaques d’une violence sans pré
cédents contre la Société d’instruction pri
maire, froissé vivement le sentiment public.
Il n’a pas attendu cette réponse pour pro
tester contre votre écrit. Ancien conseil
ler général, vous avez blessé non-seule
ment le conseil général , de la Dordogne
qui patronne et subventionne la Société,
mais tous les conseillers généraux et tous
les- conseillers d’arrondissement qui siè
gent dans nos Comités ; ancien magis
trat, vous avez blessé tous les dignitaires
de la magistrature du département qui
apportent à l’œuvre leur concours em-
- 34 —
pressé ; ancien maire, vous avez blessé tous
les maires et tous les fonctionnaires muni
cipaux qui sont le pivot de l’œuvre dans
leurs communes; catholique, vous avez
blessé le clergé en lui prêtant une attitude
mesquine, indigne de son caractère, et con
tre laquelle il proteste en applaudissant,
de haut, à tous les efforts de la Société, et
en faisant des vœux et des prières pour son
succès; vous avez blessé tous les membres
de nos Comités en vous livrant à des insi
nuations outrageantes sur le rôle qu’ils ont
à remplir; vous avez blessé les onze mille
membres qui composent notre grande as
sociation ; vous avez blessé le département
tout entier, qui a salué de ses acclamations
l’œuvre populaire que vous seul avez osé
dénigrer.
Notre tâche serait terminée si nous n’a
vions à relever un dernier trait que M. de
Maleville lance à la Société de la même
façon que la flèche du Parthe. Dans une
pensée de sollicitude, il demande si la So
ciété est viable, si elle n’est pas condamnée
à disparaître bientôt par la diminution
progressive des sacrifices que s’imposent
les souscripteurs. Nous pouvons rassurer à
ce sujet M. de Maleville, en citant les paro
les que prononçait l’année dernière M. de
Saint-Pulgent lorsqu’il jetait devant nous
les bases de l’institution qui lui fait tant
d’honneur : « La Société que nous or» ganisons, disait-il, n’est pas commo
— 35
» les sociétés industrielles, qui mesurent
» leur prospérité à leur durée. La nô» tre est essentiellement éphémère ; son
» succès sera d’autant plus considérable,
» quelle aura plus promptement rempli
» sa tâche. Et Dieu veuille que d'ici à deux
» ou trois ans, nous ayons conquisles vingt» cinq mille enfants qui ne vont pas aux
» écoles ! S’il en était ainsi, notre but serait
» atteint, et nous n’aurions qu’à reléguer
» notre entreprise au rang de celles qui ont
» pris place dans les archives départemen» taies, où elles se couvrent de la noble
» poussière du temps. Seulement, la pos» térité se chargerait d’écrire son histoire
» et de rédiger son épitaphe, qui sera un
» long cri de reconnaissance des généra» lions à venir pour celle qui leur aura
» préparé une ère de prospérité et de
» salut. »
Nous ne saurions mieux terminer que
par ces belles et consolantes réflexions la
pénible mission que nous venons de rem
plir.
------------------! BIBLIOTHEQUE
( CE LA VILLE
1 UE PERIGUE
Eugène MASSOLBKE,----------------Membre du Comité central de la Société pour le développement
de l’instruction primaire.
-
