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Médias

Fait partie de Discours prononcé par M. Maréchal

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DISCOU RS

PRONONCE PAR

M. MARÉCHAL
A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Le 23 Mars 1878

DANS LA DISCUSSION SUR SON ÉLECTION.

PÉRIGUEUX
IMPRIMERIE DUPONT ET C', RUES TAILLEFER,

1878

AUBERGERIE ET DES FARGES

DISCOURS
PRONONCÉ PAR

M. MARÉCHAL
A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Le 23 mars 1878

DANS LA DISCUSSION SUR SON ÉLECTION.

Messieurs,

Je prie la Chambre de me prêter quelques instants
une bienveillante attention. Ma tâche est en effet diffi­
cile : j’ai à lutter contre les préventions que vous ins­
pire la candidature officielle et contre ies souvenirs
laissés parmi vous par un ancien collègue.
Mes explications seront franches, nettes, loyales et
aussi brèves que possible.
Les faits relevés par le rapport qui conclut à l’invali­
dation de mon élection, sont de deux sortes : les uns
émanent de l’administration, les autres me sont impu­
tés personnellement, ou ils le sont à mes agents ou à mes
amis.
J’ai accepté, messieurs, la candidature officielle, et
je suis prêt à subir toutes les responsabihtés qu’il vous
plaira de m’imposer de ce chef.
rHÎBLraüWÜE^
| GE LA VILLE j
t DE PÉRIGUEUX

&PZ.
c- -

_2_
Je ne veux pas examiner jusqu’à quel point la dési­
gnation par le gouvernement d’un candidat au choix
des électeurs vicie une élection. La Chambre a depuis
longtemps établi sa jurisprudence à cet égard, et je
croirais abuser de sa patience en discutant de nouveau
la question.
Mais l’affiche blanche ? Ah ! messieurs, si mes ad­
versaires ont quelque regret à avoir, c’est que ces fa­
meuses affiches n’aient pas été multipliées. Le journal
qui combattait ma candidature avait bien compris le
parti qu’il pouvait en tirer, et je ne puis vous en don­
ner de meilleure preuve que de citer quelques extraits des
articles qu’il insérait, chaque jour, dans ses colonnes :
« 11 faut se féliciter, en attendant, dit Avenir de la
Dordogne, de voir figurer le nom de M. Maréchal sur
un papier dont la nuance reflète si exactement ses sen­
timents politiques.
» Il n’y manque que des fleurs de lis, mais il ne sau­
rait tout y avoir. »
J’étais représenté comme désirant le rétablissement
d’anciens privilèges, dont on voulait faire croire à nos
paysans que l’affiche blanche était l’emblème ; aussi,
pour qu’il n’y eût pas de doute sur la couleur à donner
à ma candidature, ai-je fait remplacer partout les affi­
ches blanches par des affiches tricolores.
Mais, puisqu’il est question d’affiches, permettez-moi
de vous faire remarquer, messieurs, que si j’ai eu la
franchise de ne pas dissimuler par des qualifications
imprimées sur les affiches et par leur couleur tricolore
mes tendances et mes opinions, il n’en a pas été de
même de la part de mon honorable concurrent; certains
placards le désignaient comme candidat républicain ;
sur d’autres, il n’y avait aucune mention. Les placards,
les voici .
(M. Maréchal déploie deux affiches de son concur­
rent.)

— 3 —

M. Taillefer. — L’une de ces affiches est presque
blanche.

Un membre à droite. — C’était l’affiche destinée aux
campagnes.
Voix à gauche. ■— Elle a déteint !
M. Maréchal. — Est-ce une omission ? Est-ce pour
ne pas effrayer les populations rurales que cette quali­
fication n’a pas été mise sur un certain nombre d’affi­
ches ? C’est un fait que je n’apprécie pas, mais que je
livre à vos réflexions. Que ce soit avec intention, que ce
soit l’effet d’une simple omission, il n’en est pas moins
singulier que les affiches où n’existait pas la désigna­
tion de candidat républicain étaient toutes apposées
dansles communes rurales. (Mouvements divers.)
Non, messieurs, ce n’est pas parce que les électeurs
de la Dordogne verront sur des placards blancs, bleus
ou rouges, le nom de tel ou tel comme candidat du gou­
vernement qu’ils lui donneront leurs suffrages. Nos po­
pulations sont plus éclairées, et ce ne sont pas des cir­
constances de ce genre qui déterminent un courant
parmi elles. (Très-bien ! sur plusieurs bancs à droite.)
Il y a eu, messieurs, des dissolutions de conseils mu­
nicipaux ; il y en a eu 2 sur 46.
Des commissions municipales ont été installées, l’une
à Périgueux, l’autre à Vergt, toutes deux bien avant la
période électorale.
En ce qui concerne Périgueux, je ne connais aucun
des motifs invoqués pour provoquer la dissolution du
conseil municipal.
Je n’ai pas sollicité cet arrêté et n’en ai pas eu con­
naissance.
Il s’agit, messieurs, de la ville chef-lieu, où le préfet
devait avoir des raisons particulières pour prendre une
décision aussi importante, et je tiens à dégager ma res­
ponsabilité.

— 4 —

M. Robert Miltchel. — Combien avez-vous eu de voix
à Périgueux ?
M. Maréchal. — A Périgueux, j’ai eu 1,100 voix et
mon concurrent, 2,600.
De même pour Vergt ; cependant le bruit public at­
tribuait la dissolution de ce conseil municipal à l’impos­
sibilité de constituer une municipalité par suite de la
démission du maire, démission donnée bien avant le
16 mai.
Le préfet pensa qu’il ne pourrait trouver dans le con­
seil municipal, profondément dévoué à l’ancien maire,
des hommes qui eussent accepté les fonctions munici­
pales, il nomma une commission.
Cette commission eut pour président M. Marty, offi­
cier en retraite. Le maire démissionnaire s’appelait
aussi Marty.
Cette similitude de noms, dont on me fait un grief,
n’a pu tromper personne, soit dans la commune, soit
dans le canton, où tout le monde connaît les deux
Marty, l'un notaire et membre du Conseil général,
l’autre officiel* en retraite, et je peux affirmer que si M.
le commandant Marty avait pu supposer un seul ins­
tant que son nom pût être une cause d’erreur, il eût re­
fusé les fonctions municipales qu’on voulait lui confier.
M. Marty est, en effet, un soldat d’une loyauté inatta­
quable ; lorsque la guerre a éclaté, il a volontairement
renoncé au repos que 25 ans de services lui avaient bien
mérité. lia commandé, pendant toute la campagne, un
des bataillons de mobiles de la Dordogne et a noble­
ment fait son devoir de soldat. (Très-bien ! à droite.) Je
le répète, je ne saurais protester trop hautement contre
l’intention qu’on lui prête d’avoir voulu induire des po­
pulations en erreur en acceptant les fonctions adminis­
tratives.
Le maire de Château-l’Evêque a été révoqué à la
suite d’un échange de lettres entre lui et M. le préfet.

—5

Eh bien, messieurs, voici la part que j’ai prise à cette
révocation :

Je connaissais l’hostilité de M. le maire de Châteaul’Evêque contre ma candidature et je craignais qu’il ne
fût pris quelque mesure de rigueur contre lui; j’écrivis
à M. le préfet pour le prier de ne prendre aucune me­
sure contre un administrateur que je savais estimé de
tout le monde dans sa commune et digne de l’estime
dont il jouissait. 11 paraît, messieurs, que mon in­
fluence n’était pas celle que vous supposez peut-être à
la préfecture, car le maire fut frappé malgré mes ins­
tances .
Je ne vous dirai rien, messieurs, de la fermeture de
la loge maçonnique : elle a été l’effet d’une mesure
presque générale, dont vous avez pu constater l’appli­
cation dans la plupart des villes de France; je n’en
connais pas les motifs, c’est là un de ces actes adminis­
tratifs dont je ne peux vraiment pas accepter la respon­
sabilité. Elle a eu lieu bien avant l’ouverture de la
période électorale. Ce que j’ai pu constater, c’est l’ani­
mation que les membres de la loge, dont quelques-uns
sont mes amis, ont mise à combattre ma candidature,
animation dont ils n’auraient pas usé, m’ont-ils affirmé,
s’ils n’avaient pas été persécutés. Tel est, messieurs, le
bénéfice que j’en ai retiré.
Quant au changement du maire de Brantôme, je ne
puis en parler. M. le maire de Brantôme, qui a été révo­
qué, est mon collègue depuis bientôt dix ans au Conseil
général; je suis dans les meilleurs termes avec lui, et
vous comprendrez, je l’espère, mon silence. Le gouver­
nement l’a changé, c’était son droit; le gouvernement
l’a réinstallé, c’était encore.son droit.

Mais examinons, messieurs, quels résultats a donnés
la suspension des conseils municipaux de Périgueux et
de Vergt.

— 6 —

A Périgueux, messieurs, M. Montagut obtenait en
1876 :
Au 1er tour de scrutin........................... 2,409 voix..
Au 2e tour de scrutin.............................. 2,460 —
En 1877................................................... 2,643 —
soit 183 suffrages de plus qu’en 1876.
A Vergt, M. Montagut obtenait en 1876 :
Au 1er tour de scrutin.............................
296 voix.
Au 2e tour de scrutin..............................
309 —
En 1877..................................................
297 —
A Cbâteau-1’Evêque, où le maire a été révoqué,
M. Montagut obtenait en 1876 :
Au 1er tour de scrutin............................
94 voix.
Au 2e tour de scrutin.............................
98 —
En 1877............. .....................................
94 —

Tel est le résultat des mesures de rigueur appliquées
par l’administration. Partout les votes acquis à M. Mon­
tagut sont restés les mêmes qu’aux précédentes élec­
tions. A Périgueux, il gagne 183 voix. — A Fouleix,
canton de Vergt, où il y a eu un débit de boissons
fermé, le seul de la circonscription, — je l’ai appris le
jour où j’ai été appelé à la sous-commission, —quel a
été le résultat au point de vue électoral ?
M. Montagut obtenait en 1876 :
Au 1er tour de scrutin.............................
Au 2e tour de scutin...............................
Et moi.....................................................

90 voix.
86 —
42 —

En 1877, les suffrages se répartissaient de la manière
suivante :
93 suffrages pour M. Montagut et_43 pour moi.

— 1 —

Ainsi, messieurs, mon concurrent gagne 13 voix et
moi une.
Mais savez-vous, messieurs, ce qui avait lieu dans
cette commune? Les journaux qui patronnaient ma
candidature n’y étaient pas distribués, ils s’emmagasi­
naient chez un des plus ardents partisans de mon con­
current. L’Avenir de la Dordogne, au contraire, parve­
nait à destination avec la plus scrupuleuse exactitude.
Or, messieurs, si quelqu’un pouvait se plaindre de ce
qui se passait à Fouleix, il me semble que c’est moi.
Je ne voulais pas parler de ce fait, messieurs; j’espé­
rais que cette commune ne serait pas citée dans le rap­
port, non pour vous dissimuler cette fermeture d’au­
berge, dont je vous ai fait connaître le résultat au point
de vue électoral, mais dans l’intérêt d’un modeste
fonctionnaire des postes, lequel devra certainement
encourir les sévérités de ses chefs, si une enquête a lieu
sur la manière dont il a fait son service. Je n’ai pas
adressé de plainte contre lui, car je serais désolé qu’un
employé quelconque payât de sa place la manifestation
de ses sentiments politiques, j’ai toujours voulu la
liberté pour tous; vous me contraignez aujourd’hui, par
la nécessité de ma défense, à révéler un fait de négli­
gence de la part d’un agent des postes, fait bien excu­
sable à mes yeux, car ces hommes étaient surchargés
de travail. Je le regrette et dégage ma responsabi­
lité.
Le comice agricole de Saint-Astier a été dissous. Je
l’ai déploré tout le premier; je prévoyais combien cette
dissolution pourrait être exploitée contre moi. Je sais,
en effet, à quel point les populations agricoles, les habi­
tants d’une petite ville tiennent à ces institutions dont
la distribution des primes est toujours l’occasion d’une
fête qui attire les foules. Mes pressentiments étaient
exacts, car le bruit habilement répandu que je faisais
dissoudre le comice, et l’histoire de cette dissolution
racontée dans les journaux, et dans une brochure dis-

— 8 -

tribués à profusion, m’ont certainement fait perdre un
grand nombre de suffrages.
Pour quel motif le comice a-t-il été dissous? Pour un
discours du secrétaire, discours dans lequel il n’était
question que de politique et d’élections. Or, messieurs,
un des articles du règlement interdit toute question
politique.
L’auteur de la brochure avoue lui-même qu’il a été
question de politique, car il commence ainsi :
« Nous avions annoncé la dissolution de ce malheu­
reux comice, hélas! prévue par nous, malgré la modé­
ration du discours de M. Egretaud. Non pas que la me­
sure nous parût inévitable et qu’il nous fût permis de
considérer comme un très-grand crime de parler poli­
tique dans un comice. »
Messieurs, si j’avais voulu persécuter le comice de
Saint-Astier, — comme j’en suis accusé, — qui m’em­
pêchait, au Conseil général, de combattre les proposi­
tions de subvention faites chaque année ; qui m’empê­
chait de demander au conseil municipal de Saint-Astier
la suppression de la subvention annuelle qui lui est
allouée sur les fonds communaux ?
D’ailleurs, messieurs, parti de Saint-Astier le jour de
la distribution des prix du comice, je passai les premiers
jours de cette semaine aux examens de la ferme-école
de Lavallade, à 40 kilomètres de chez moi, et je ne
eonnus le fait de la dissolution que le mercredi matin,
en arrivant à Périgueux. C’est là la part que j’y ai
prise. Et je le répète, les agents, les amis de mon
adversaire faisaient connaître la mesure qui frappait le
comice et me l’attribuaient.
La brochure dont je vous ai parlé est uniquement
faite contre moi. J’y suis attaqué à chaque ligne avec
bien peu de loyauté, car tout le monde sait, et en par­
ticulier mes adversaires, que je n’ai jamais usé de

— 9 —

l’influence que me donnent mes fonctions pour exercer
des rancunes ou satisfaire des haines personnelles.
Toute ma conduite à l’égard du comice de Saint-As­
tier vous prouve, messieurs, que si j’avais eu l’honneur
d’être consulté sur l'opportunité de sa dissolution, elle
n’aurait pas eu lieu, quoiqu’elle fût justifiée cepen­
dant.par le caractère politique que Ton donnait à l’ins­
titution.
En ce qui concerne des souscriptions au profit de cer­
taines communes, je ne puis comprendre comment on
en fait un grief. Il faut être hien désireux d’accumuler
des motifs d’invalidation pour me reprocher des actes
qui n’ont rien que de fort naturel.
J’aurais promis une somme de 500 francs à une com­
mune dont on ne vous donne pas le nom ; je vais vous
le dire, moi, car je ne crains pas la lumière, et je me
demande comment on peut travestir ainsi toutes les in­
tentions et comment on peut transformer les actes les
plus simples en faits condamnables.
Il s'agit, messieurs, de la commune de Saint-Léon,
dans le canton de Saint-Astier. Depuis plusieurs an­
nées, il est question de construire un pont sur la ri­
vière de l’Isle, rivière qui divise cette commune, mais
la part contributive de la commune dans ce travail,
qui doit se faire concurremment avec le concours de
l’Etat et du département, se monte à un chiffre consi­
dérable. On s’est adressé aux propriétaires intéressés,
on leur a demandé des sacrifices, et 18,000 fr., je crois,
ont été souscrits ; je suis dépositaire de la liste de
souscription, je me suis inscrit pour 500 fr., alors qu’il
n’y avait de ma part aucune intention de candidature.
J’avais tenu antérieurement la même conduite pour un
pont construit avec le même genre de ressources entre
les communes d’Annesse et de Razac. Représentant du
canton, je devais tenir la balance égale entre lès diffé­
rentes communes dont les intérêts me sont confiés et je
devais faire pour Tune ce que j’avais fait pour l’autre.
1*

— 10 —

Je le répète, cette souscription remonte à quatre ou
cinq ans ; depuis, les choses ont marché, l’instruction
de l’affaire a eu lieu, le projet de construction est com­
pris dansles propositions de M. l’agent-voyer en chef
au Conseil général. Est-ce là un fait de corruption, et
n’est-ce pas au contraire l’acte naturel du représentant
d’un canton, auquel on s’adresse pour une œuvre d’uti­
lité publique et qui non-seulement ne doit pas refuser
son concours, mais doit donner l'exemple des sacrifi­
ces? (Marques d'assentiment à droite.)
Autre grief. Le préfet aurait visité et réuni les maires
du canton de Vergt.
Une partie seulement de cette allégation est exacte.
M. le préfet a convoqué les maires du canton de Vergt
au chef-lieu. J’ignore le langage qu’il a pu leur tenir,
je n’assistais pas à cette réunion. Je suppose qu’il ne
leur a rien dit qui pût donner lieu au reproche de pres­
sion, car, parmi ces maires, il y en avait qui étaient
hostiles à ma candidature et qui n’auraient pas manqué
de protester contre le langage qui leur aurait été tenu,
sinon sur le moment même, tout au moins dans une
protestation signée par eux et adressée à la Chambre ;
or, aucune pièce de ce genre n’a été envoyée, rien de
semblable n’existe au dossier ; je suis donc autorisé à
dire que la pression exercée sur eux n’était pas bien
forte, puisque depuis cinq mois que l’élection est faite,
depuis trois mois qu’il y a un changement dans la po­
litique du gouvernement, depuis quatre mois que l’on
sait dans ma circonscription que mon élection est me­
nacée, pas un de ces maires n’a protesté contre la pres­
sion dont il aurait été l’objet.
Quant à avoir visité les communes de ce canton, j’af­
firme que le fait est inexact. M. le préfet n’est allé dans
aucune commune de ce canton, pas plus que dans les
autres.
La saisie du journal l'Avenir vous a été expliquée, mes­
sieurs, dans les élections de mon département que vous

— Il —

avez examinées et validées. Cette saisie a été cause
d’un retard de quelques heures seulement dans la pu­
blication du journal, et si vous avez reconnu qu’elle
n’aurait pu produire aucun effet sur les élections de
Nontron et de Sarlat, vous conviendrez que cet effet a
été moindre pour Périgueux, car ce retard de quelques
heures qui pouvait faire manquer le départ des trains et
des courriers pour les arrondissements était de nulle
importance pour les cantons qui avoisinent Périgueux,
les numéros du journal devant toujours y parvenir en
temps utile.
Quant à la saisie du manifeste du comité républicain,
saisie que j’ignorais et qui m’a été révélée par les décla­
rations de l'honorable M. Montagut, je me demande
pourquoi elle a été effectuée. Ce manifeste, en effet, a
été lu par tous les électeurs de la ville de Périgueux, il
a été affiché à plus de 150 exemplaires sur toutes les
murailles, où votre commission d’enquête a pu le voir,
où on peut le voir encore. Du reste, messieurs, voici
la déclaration signée et légalisée des deux affi­
cheurs :

« Nous, soussignés, Galant (François), employé de
commerce, et Richard (Jean), également employé de
commerce, attestons que Céron (Gustave), commission­
naire, qui assure ne pas savoir signer, a fait en notre
présence la déclaration suivante :
» A partir de trois heures et demie de l’après-midi
jusqu’à une heure après minuit, j’ai été occupé avec
le nommé Reix, peintre, à placarder sur les murs de la
ville une affiche du comité républicain de Péri­
gueux, portant les signatures de MM. Sensève, Moyrand et Bussière. Nous agissions sous les ordres de M.
Pradier, avoué. Le nombre des affiches posées par nous
est de 100 à 150. »
La seconde déclaration est conçue dans les mêmes
BÏBLIT ■ <• 01
J BE LA V!LL
i OE PÉRf&UF

- 12

termes ; je ne la lis pas pour ménager les instants de la
Chambre.
Ce dont on a empêché la distribution, c’est ce même
manifeste imprimé sur papier blanc, placard destiné à
être distribué à la main et la reproduction exacte de
celui qui était affiché, mais vous voyez que les électeurs
ont pu en avoir connaissance.
J’arrive, messieurs, à la polémique des journaux,
polémique dont je déplore tout le premier la vio­
lence.
J’ai exprimé à la sous-commission et dans le bureau
mes regrets de l’entraînement auquel s’était laissé aller
le journaliste qui patronnaitma candidature; j’ai dit et
je me plais à le répéter devant vous, messieurs, que si
l’article signalé par le rapport m’avait été communiqué
d’avance, je me serais efforcé d’en empêcher la publi­
cation. Si, en effet, un journaliste est responsable de ses
écrits devant l’opinion publique, si un député est res­
ponsable de ses votes devant le corps électoral, il est
une chose que l’on doit toujours respecter, c’est la vie
privée du candidat.
Mais si le rédacteur de l'Echo, dans l’ardeur de la
lutte, s’est laissé entraîner sur ce terrain, n’y était-il
pas invité par ce qu’écrivait M. Montagut lui-même ?
«..... Je suis de ceux qui pensent, —• je l’ai écrit en
1848, ce n’est donc pas pour les besoins de la cause ac­
tuelle—• que l’électeur a le droit et le devoir de con­
naître, d’examiner, d’apprécier la vie privée des candi­
dats \ ils (les amis de son concurrent d’alors) pourront
le faire en toute liberté. »
Et n’a-t-il pas aussi été poussé par la nécessité de dé­
fendre le candidat qu’il soutenait, la famille de ses
propriétaires, qui étaient, chaque jour, de la part du
journal adverse, l’objet des attaques les plus inquali­
fiables, de violences inouïes ?

— 13 —

Je vous en fais juges, messieurs. Voici en effet ce
que publiait l'Avenir dans son numéro du 14 octo­
bre :
« Hé, monsieur du torchon blanc sale... » (exclama­
tions) « ne vous sentez-vous pas morveux quand vous
parlez dans votre imprimerie des appétits révolution­
naires ? Ne comprenez-vous pas que vous manquez
absolument de tact, qualité précieuse entre toutes, et
que le public n’est pas si oublieux que vous le vou­
driez ? N’y a-t-il donc pas chez vous quelque instinct
secret qui vous avertisse de l’erreur lourde où vous
tombez en visant ailleurs qu’à côté de vous ?
» Je n’ai pas besoin de m’expliquer davantage, vous
devez assez me comprendre. Ces vieilles histoires ne
sont pas si vieilles que tout le monde ici ne les répète.
A vos accusations répondent des accusations d’un poids
terrible, et si ce que je vous dis vous surprend, allez
aux informations. Vous saurez à quoi vous en tenir
sans quitter la rue Taillefer. »

C’est le nom de la rue où se trouve l’imprimerie.
Il y a eu plainte en diffamation ; mais le tribunal re­
connaît qu’il est juste de tenir compte des conditions
exceptionnelles dans lesquelles les articles incriminés
se sont produits, et il n’accorde pas à M. Montagut les
10,000 fr. de dommages et intérêts qu’il demandait. Il
condamne le gérant à 50 fr. d’amende et l’imprimeur à
16 fr.
Je ne crois pas, messieurs, que ces articles de l'Echo
des 13 et 14 octobre aient pu causer à la candidature de
mon adversaire le tort que l’on veut bien dire. Depuis
qu’il est question de mon invalidation, j’ai cherché, j’ai
interrogé un grand nombre de personnes et je n’en ai
pas trouvé une qui ait pu m’affirmer qu’un seul suf­
frage ait été éloigné de M. Montagut par cette ma­
nœuvre.

— 14 —

En effet, quand la lutte atteint un tel degré de vio­
lence, je ne crois pas que l’opinion publique puisse être
égarée par des manœuvres de ce genre.
Quand l’opinion a devant elle des hommes dont elle
connaît toutes les attaches, tous les antécédents, les ca­
lomnies la laissent indifférente et se retournent le plus
souvent contre leurs auteurs.
Est-ce que la situation de M. Montagut, que iout le
monde connaît dans le pays, qui a été représentant du
peuple en 1848 ou 1849, candidat à la députation en
1871, au Conseil général la même année, au Sénat en
1876, puis enfin élu le 5 mars 1876 après un scrutin
de ballottage , n’est pas au-dessus de toute espèce
de calomnies ? et ne l’a-t-il pas jugé ainsi, puis­
qu’il a négligé la poursuite de ce fait diffamatoire
depuis 1848 , époque à laquelle un article, dont celui
qui est incriminé aujourd’hui n’est que la reproduction,
était inséré dans l’ÆbAo ? Et ne peut-on pas conclure
de son silence que, s’il avait triomphé, il aurait méprisé,
comme il l’a fait en 1848, l’attaque dont il était l’objet,
et que ce n’est que pour arriver à l’invalidation de mon
élection qu’il a poursuivi et obtenu la condamnation de
XJEeho de la Dordogne ?
Un des principaux griefs invoqués contre mon
élection est le voyage que M. le président de la Répu­
blique aurait fait dans le département, dans un but pu­
rement électoral.
J’ai été surpris, je vous l'avoue, de voir l’honorable
rapporteur attacher quelque importance fi ce fait ; ne
disait-il pas lui-même dans la discussion sur l’élection
de M. Taillefer : « Dans le département delà Dordogne,
l'opinion publique ne devait pas recevoir une grande
impulsion de la présence du chef de l’Etat, car, depuis
longtemps elle s’y manifeste dans le sens que le gouver­
nement du 16 mai voulait lui imprimer.
» M. le président de la République a-t-il eu l’inten-

— 15 —

tion de faire un voyage de propagande, de présenter sa
personne à Paffection des populations ? Je ne sup­
pose que cette dernière hypothèse, et c’est ainsi
qu’en ont jugé plusieurs départements dans lesquels M.
le président de la République s’est présenté également ;
cela ne produisait rien au point de vue électoral, si j’en
juge par le département que j’habite.
» Dans ce pays, les maires ont été également présen­
tés au maréchal président de la République. Il faut
croire qu’ils y sont venus parce qu’il est convenable
de rendre hommage à tout chef d’Etat qui traverse
une contrée, car tous y avaient été conviés sans dis­
tinction de parti, et, sur l’estrade présidentielle ellemême, il en est qui faisaient entendre des cris de :
Vive la République ! ce qui n'a pu être que très-agréa­
ble au chef de celle-ci.
» Mais, au point de vue des élections, l’opinion ne
s’est pas trouvée profondément modifiée. »

Plus loin, le même orateur disait encore :
« Les voyages présidentiels n’ont pu avoir quelque
influence que dans le pays où l’opinion est versatile.
Mais la Dordogne ne paraît pas être dans ce cas, pour le
moment du moins.
» Un voyage présidentiel n’est pas un moyen devant
lequel tout s’efface. On lui cède peu surtout.
» On ne saurait donc admettre que le voyage du pré­
sident ait eu une influence appréciable, etc. »

Eh hien, messieurs, pourquoi faire de ce voyage un
grief contre moi, alors qu’il ne vous a pas paru exercer
une influence quelconque sur les élections de mes collè­
gues du département? La Chambre ne peut avoir deux
poids et deux mesures, et conserver toutes ses sévérités
pour moi. Ai-je été l’objet d’une attention particulière
de la part du chef de l’Etat ? S’est-il produit quelque cir-

— 16 —

constance exceptionnelle? Comme dans tous les dépar­
tements visités par M. le président de la République,
les maires ont été convoqués officieusement, aucun or­
dre n’a été donné, et j’en connais qui ne se sont pas
rendus à l’appel du préfet, ils n’ont été l’objet d’aucun
blâme. Conseiller général, j’ai assisté à la réception du
Conseil ; maire de ma commune, j’ai été reçu avec tous
les maires de l’arrondissement de Périgueux. Est-ce là,
messieurs, une désignation particulière aux électeurs ?
Il y a eu, dit-on, des distributions de croix, de récom­
penses à Périgueux.
Il y a eu trois croix données : à M. le président du tri­
bunal de commerce, à un juge au tribunal, et la croix
d’officier à l'honorable M. Daussel, sénateur, vice-pré­
sident du conseil général. J’avais quitté le salon de ré­
ception lorsque ces distinctions ont été remises, sauf
pour M. le vice-président du Conseil général. Je ne vois
pas quel bénéfice j’ai pu en tirer au point de vue électo­
ral.
A droite. — Très-bien! très-bien !
M. Maréchal. — On attache une grande importance,
messieurs, à l’arrêt qu’aurait fait M. le président de la
République dans une des communes du canton que je
représente au Conseil-général. Voici le fait tel qu’il s’est
passé :
L’adjoint de la commune de Mensignac, — le maire
était absent, — m’informa que la population faisait
de grands préparatifs pour fêter le passage du chef de
l’Etat, et me pria de venir me joindre à lui pour offrir
les hommages du conseil municipal à M. le maréchal
de Mac-Mahon.
Je me rendis à son invitation, et le lendemain matin,
au moment où la voiture de M. le président de la Répu­
blique passait, je lui offris, avec M. l’adjoint, revêtu de
ses insignes, l’expression des respects du conseil muni­
cipal de la commune. Cet arrêt, dont on me fait un

— 17 -

grief si sérieux, a duré quelques secondes ; mais, en
vérité, messieurs, j’aurais cru manquer à ma situation
de représentant du canton si je ne m’étais pas rendu à
l’appel qui m’était adressé par l’autorité communale, si
je n’avais pas accompli un acte que je considère comme
un devoir de courtoisie vis-à-vis le chef de l’Etat.
D’ailleurs, messieurs, quelle influence cela a-t-il pu
exercer sur l’élection dans la commune? Mensignac est
une des communes qui me sont le plus fidèles, dans
toutes les élections j’y ai toujours obtenu tous les suffra­
ges moins vingt-cinq ou trente; j’y ai toujours rencon­
tré les mêmes sympathies, et je les retrouverai si je
■dois encore leur faire appel.
A droite. — Très-bien ! très -bien !
J/. Maréchal. — Tel est, messieurs, le récit exact du
voyage de M. le président de la République à Périgueux,
de ce que l’on appelle sa halte à Mensignac, une des
communes de mon canton, halte quia duré quelques se­
condes et qui ne pouvait exercer aucune influence sur
l’esprit d’une population qui m’a toujours été profondé­
ment dévouée.
M. le rapporteur cherche l’explication de la majorité
de 1,396 voix que j’ai obtenue et s’en étonne.
Eh bien, messieurs, s’il connaissait le pays dans le­
quel l’élection a eu lieu, son étonnement cesserait.
Candidat à la députation en 1871, au Conseil général
la même année, au Sénat en 1876, M. Montagut a
v toujours échoué, et son dernier succès, en 1876, n’a été
qu’une surprise et le résultat de la division du parti
conservateur.
Que s’est-il passé, en effet, à cette époque ?
Trois candidats se trouvaient en présence : M. Mon­
tagut, qui obtint 5,543 suffrages ; M. Delisle, 2,781 ; et
moi, 3,319, soit une majorité de 557 voix au profit du
parti conservateur.

— 18 —

Ou ne peut nier qu’à ce moment M. Montagut eût
été "battu, si l’on avait pu établir l’union parmi les con­
servateurs.
Au deuxième tour de scrutin, M. Montagut obtint
6,314 voix. M. Delisle se désiste et j’arrive avec 5,51-0
suffrages, c’est-à-dire 804 voix de moins que mon hono­
rable concurrent.
Comme cela se produit généralement quand il y a
un second tour de scrutin, il y eut un grand nombre
d’abstentions, qui s’expliquent par le mécontentement
que certains électeurs éprouvèrent de ne pas voir triom­
pher le candidat de leurs préférences.
D’autres, ralliés franchement, se trouvèrent sans
autorité pour recommander aux électeurs le candidat
qu’ils combattaient quelques jours avant.
J’aurais pu, moi aussi, messieurs, protester contre
l’élection de M. Montagut et vous apporter l’expression
de mes plaintes. Mais, respectueux du suffrage univer­
sel, j’ai préféré m’incliner devant son verdict, me réser­
vant de faire appel devant lui de la décision qu’il venait
de rendre quand l’occasion m’en serait offerte. (Appro­
bation à droite.)
Depuis 1876, j’ai fait tous mes efforts pour réunir le
parti conservateur, qui s’était fait battre par ses divi­
sions
J’ai étendu mes relations, entretenu celles que m’a­
vaient créées une première candidature, et me suis
occupé sans relâche de toutes les affaires qui intéres­
saient les différentes communes de ma circonscription.
J’ai été, il est vrai, favorisé par les circonstances, et,
en 1876, il s’est produit un fait considérable qui a sin­
gulièrement augmenté ma notoriété.
La ville de Périgueux refusa de faire les frais du con­
cours départemental d’agriculture qui devait, cette
année-là, se tenir dans l’arrondissement, comme elle

— 19

avait refusé le concours régional il y a quelques an­
nées. Je fis alors à la Société d’agriculture, au nom de
la commune de Saint-Astier dont j’étais maire, l’offre
de recevoir le concours agricole. Le succès couronna
mes efforts, et de tous les points du département on se
rendit à Saint-Astier. Le refus de la ville de Périgueux,
messieurs, avait eu un certain retentissement. Personne
n’ignorait la part que j’avais prise à l’organisation de
ces fêtes, et tous ceux de vous, messieurs, qui savent
quelle importance nos populations rurales attachent à
ces réunions, comprendront combien, à partir de cette
époque, j’ai dû gagner en popularité. (Assentiment à
droite.)
Et enfin, messieurs, suis-je un inconnu pour la Dor­
dogne? Suis-je une de ces individualités étrangères
imposées aux préférences des électeurs par la pression
administrative et officielle ? Conseiller municipal, maire
de Saint-Astier, chef-lieu de canton, depuis 1864, ré­
voqué en 1870, réélu en 1873 par le conseil municipal
et maintenu dans mes fonctions par les différents mi­
nistères qui se sont succédé depuis cette époque. Réélu
cette année, pour la troisième fois, président de la So­
ciété de secours mutuels de Saint-Astier ; membre du
Conseil général depuis 1870, de la Commission départe­
mentale depuis 1871 ; réélu cette année Conseiller géné­
ral sans concurrent, par près de 2,000 suffrages, je
trouve constamment, messieurs, dans ces populations
qui m’entourent, au milieu desquelles je passe ma vie,
des preuves d’attachement telles que, si vous invalidez
mon élection, je retournerai devant elles avec la ferme
confiance qu’elles me renverront de nouveau parmi
vous.
A droite. — Très-bien! très-bien !
M.. Maréchal. — Allié à M. Paul Dupont, sénateur,
qui, pendant dix-huit ans, a été député de l'arrondisse­
ment de Périgueux, dont tout le monde dans le pays
connaît l’obligeance, la serviabilité, je dois, messieurs,

— 20 —

une grande partie de mon succès aux souvenirs qu’il a
laissés, aux efforts que j’ai faits depuis le jour où je suis
entré dans la vie publique pour continuer cette tradi­
tion de famille. (Approbation à droite.)
Depuis quatorze ans, messieurs, je suis mêlé aux af­
faires de mon pays, et l’on s’étonne des sympathies que
j’y rencontre, et l’on prétend que c’est par la pression
et la surprise que les électeurs ont voté pour moi !
Eh bien, messieurs, voulez-vous savoir quelle pression
j’ai exercée sur les électeurs, là où vous pourriez me
rendre responsable des mesures qui ont été prises, c’està-dire dans mon canton, dans la commune dont j’ai en­
core l’honneur d’être l’administrateur ?
A Saint-Astier, messieurs, il y a un cercle où se ren­
contraient généralement mes adversaires politiques les
jeudis, jours de marché ; c’était un rendez-vous pour
les partisans de mon concurrent, lequel ne manquait
pas de s’y trouver. Je ne fais pas partie de ce cercle, mais
j’ai su que M. Montagut y venait toutes les semaines ;
je l’y ai vu moi-même plusieurs fois. Sa présence ne
pouvait donner qu’un caractère politique à cet établis­
sement.
J’ai été sollicité, messieurs, bien des fois, par des
amis, d’en demander la fermeture ; je m’y suis toujours
refusé, ne voulant gêner en rien la liberté de mes ad­
versaires.
Maire, je pouvais présider le scrutin, c’était mon
droit ; je ne l’ai pas voulu, et cependant, messieurs, M.
Montagut, conseiller municipal à Marsac, prenait place
au bureau électoral ; je ne proteste pas contre cet acte,
il usait de son droit; mais on peut apprécier le procédé,
le fait est attesté au procès-verbal des opérations électo­
rales de la commune de Marsac. Des maires de mon
canton me sont notoirement hostiles : ont-ils été per­
sécutés ?
Des instituteurs, il n’y en a pas eu un {seul changé

— 21 —

clans toute la circonscription ; des débits de boissons,
il y en a eu un de fermé, et je vous ai fait connaître que,
dans cette commune, M. Montagut obtenait 95 voix et
moi seulement 43.
Du reste, messieurs, il n’y a au dossier aucune pro­
testation signée par des électeurs.
Je vous ai exposé les faits où ma responsabilité pou­
vait être engagée, ceux au contraire qui émanent de
l’administration et qui ne peuvent m’être imputés.
Il m’est impossible cependant , messieurs, de descen­
dre de cette tribune sans protester énergiquement con­
tre une insinuation qui a été faite au bureau par mon
adversaire. M. Montagut, me reproche d’avoir fait par­
tie des conseils de révision ; mais, messieurs, c’était
non-seulement mon droit, mais mon devoir. Tous les
ans, la Commission départementale répartit les conseil­
lers généraux appelés à siéger dans les différents cantons.
Je viens de recevoir, messieurs, les convocations pour
les opérations de révision de cette année.
Voici ce que m’écrit le préfet :

« Monsieur le conseiller,
» J’ai l’honneur de vous informer que la Commission
départementale vous a désigné pour assister le conseil
de révision dans l’examen des jeunes gens du canton
de Brantôme.
» Veuillez, etc.
» Périgueux, 19 mars 1878. »

Suit la signature du secrétaire-général délégué par
le préfet.
Il y a, messieurs, dans le Conseil général delà Dor­
dogne, trois sénateurs, trois députés, qui sont la plupart
du temps à Paris ou à Versailles ; ajoutez les malades,
ceux qui sont empêchés parce qu’ils ne résident pas
dans le département, et vous aurez l’explication du

— 22 —

motif pour lequel chacun de nous est souvent appelé
dans plusieurs cantons. La mission qui m’incombait
était accomplie bien avant le IC mai On me reproche
aussi d’avoir fait partie de la commission chargée de
statuer sur les soutiens de famille. On voit bien, mes­
sieurs, que l’auteur de la protestation n’a jamais fait
partie de ces commissions, composées du préfet, du
général, de trois conseillers généraux, d’un conseiller
d’arrondissement, et où l’attention la plus minutieuse
est apportée pour appliquer avec justice cette faveur
que permet la loi.
Ah ! messieurs, rien ne pouvait m’être plus doulou­
reux que cette insinuation, car j’ai toujours apporté le
soin le plus scrupuleux à remplir les obligations de mon
mandat avec toute l’impartialité dont je puis être sus­
ceptible. C’est la première fois que je m'entends faire
un reproche de cette nature.
Ces calomnies ne trouveront pas d’écho parmi les
populations au milieu desquelles je vis, elles sont sûres
de moi comme je suis sûr d’elles, et elles n’hésiteront
pas à affirmer de nouveau leurs sympathies, si vous
jugez une nouvelle épreuve nécessaire.
J’ai terminé, messieurs; je vous remercie de la bien­
veillance avec laquelle vous avez entendu mes explica­
tions. Je vous ai dit les choses telles qu’elles se sont
passées.
J’espère vous avoir prouvé que la majorité de 1,396
voix qui m’a été donnée, le 14 octobre, l’a été libre­
ment, honnêtement, et que les 7,383 électeurs qui ont
voté pour moi ne sont pas venus au scrutin sous la
terreur et la pression administrative. (Applaudisse­
ments à droite.)

- 23 -

Les journaux conservateurs de Paris ont été unanimes à
protester contre l’invalidation de M. Maréchal. Nous nous
bornerons aux citations suivantes :

Le Pays :
« L’ordre du jour appelle ensuite la discussion de l’élection de M.
Maréchal, député de la première circonscription de l’arrondissement
de Périgueux, contre M. Marc Montagut, à une majorité de 1,400
voix environ.
» M. Maréchal occupe, de l’aveu de tous, une situation très-con­
sidérable dans le Périgord ; ses concitoyens, qui connaissent son ex­
périence et ses hautes capacités, l’ont nommé successivement conseil­
ler municipal, conseiller général et député.
» Nul n’était plus digne de représenter l’arrondissement de Péri­
gueux, pour tous ceux qui jugent sans passion ; mais la majorité
républicaine ne pardonne pas aux conservateurs, et, malgré la dé­
fense que M. Maréchal a présentée lui-même avec beaucoup d’es­
prit et de bon sens, il a été impitoyablement exécuté, malgré ses
1,400 voix de majorité, après un discours fastidieux dans lequel M.
Cherpin, rapporteur de l’élection, a lourdement repris la réfutation
de M. Maréchal. »
L'Ordre :

« Dans l’élection de M. Maréchal, rien, absolument rien, si ce
n’est que l’honorable élu de Périgueux a battu un M. Montagut, des
363. Il l’a battu largement, avec une supériorité de 1,400 voix.
C’est là tout son crime. Que lui reproche-t-on ? D’avoir pris part à
un conseil de révision. Mais c’était avant le 16 mai ; et M. Maréchal
avait été désigné pour cet office par le Conseil général de la Dordo­
gne. Que lui reproche-t-on encore ? Un article de journal où son
concurrent a été malmené. Le rapporteur, M. Cherpin, n’articule
pas d’autres griefs. La majorité républicaine a jugé qu’il n’en fallait
pas davantage, et elle a cassé l’élection de M. Maréchal. »

La Patrie :
« La Chambre a repris hier l’examen des élections et a montré
que quelques jours d’interruption n’avaient point changé ses doctri­
nes en pareille matière. Elle a même trouvé l’occasion de les affir-

— 24 —

mer avec une nouvelle force dans les deux élections qu’elle a discu­
tées, celle de M. Maréchal à Périgueux et celle de M. Faure à Châ­
lons-sur-Marne. Le premier est un député conservateur ayant 1,500
voix de majorité. La pièce de résistance de son dossier était le voyage
du président de la République dans la Dordogne. Le candidat conser­
vateur avait eu l’honneur d’être reçu par lui, ce qui constituait une
candidature officielle de première classe. Le rapporteur n’était
même pas éloigné de croire que le candidat avait abusé de son nom
pour faire croire aux électeurs qu’ils votaient pour le maréchal-pré­
sident lui-même. L’honorable député ne pouvait espérer qu’il triom­
pherait de semblables arguments. 11 a exposé les faits avec beau­
coup de mesure et de clarté et... il a été invalidé. Si habitué que
l’on soit à voir la majorité se passer de motifs pour supprimer un
député conservateur, il faut avouer qu’elle ne s’est jamais contentée
de si peu de chose. »
L'Assemblée nationale :
« M. Maréchal occupe dans la Périgord une situation considéra­
ble; il a rendu les services les plus éminents à ses compatriotes,
qui l’ont nommé successivement conseiller municipal, conseiller
général et député. Aux élections du 20 février 1876, il ne fut battu
qu’au second tour de scrutin et à une faible majorité. Cet échec,
qui surprit tout le monde, fut le résultat de la division du parti con­
servateur. Ce n’est pas à la candidature officielle, comme l’a pré­
tendu le rapporteur M. Cherpin, que M. Maréchal a dû son succès
au 14 octobre dernier, mais bien à l’union des conservateurs, qui
s’étaient souvenus des causes de leur défaite en 1876.
» L’honorable M. Maréchal s’est défendu.d’une façon calme et mo­
dérée, mais en même temps ferme et énergique.
» Il n’a pas attaqué ses adversaires et a déclaré, au contraire,
qu'il regrettait que la politique engagée au sujet de son élection en­
tre les journaux Périgourdins ait pris un caractère d’aigreur et de
violence. En même temps, il a affirmé ses convictions conservatrices
et sa haine de la révolution.
» La Chambre a paru écouter avec bienveillance la défense deM.
Maréchal, mais sa condamnation était prononcée d’avance. Aux
avant-dernières élections complémentaires, M. Chavoix, le candidat
républicain, a été élu dans la 2° circonscription de Périgueux, et ce
triomphe a mis la gauche en appétit. Elle ne peut souffrir que l’au-

— 25 —
tre circonscription de Périgueux soit représentée par un conserva­
teur.
d M. Cherpin, rapporteur, a prononcé un discours aussi long que
fastidieux, dans lequel il a ressassé tous les lieux communs que nous
sommes condamnés à entendre chaque fois que l’on procède à la vé­
rification d’une élection. M. Cherpin est un avoué de Saint-Etienne,
à la fois bavard et prétentieux. Il a le débit lourd et fatigant;
quand il monte à la tribune, on est sûr qu’il y restera jusqu’à ce
qu’il soit à bout de forces ; or, comme M. Cherpin a d’excellents
poumons, il prolonge outre mesure le supplice de ses auditeurs.
» L’honorable concurrent de M. Marc Montagut a quitté immé­
diatement la salle, au milieu des marques de sympathie de ses nom­
breux amis. Les électeurs Périgourdins le vengeront dans quelques
jours, comme les électeurs de Castres ont déjà vengé M. Combes.
M. Maréchal reviendra à la Chambre réélu par une majorité plus
forte ; il y reviendra en dépit des manœuvres de ses adversaires, en
dépit de la pression administrative qui commence déjà à être large­
ment exercéé par M. Oustry, le préfet que le 14 décembre a envoyé
dans la Dordogne. »

Le Petit Caporal :
a Pour l’acquit de sa conscience et aussi pour laver ses électeurs
d’imputations et d’insinuations contenues dans le rapport, M. Ma­
réchal vient faire un plaidoyer sobre et correct. M. Maréchal sera
bien forcé de se soumettre, mais il n’a pas envie de se démettre, au
moins sans protester. Ce qu’il fait en termes fort dignes.
» M. Cherpin, député de Roanne, vient soutenir les conclusions
de la commission, qui demande l’invalidation. Ses arguments ne
sont pas neufs ; là, comme ailleurs, on soutient que la grosse majo­
rité obtenue par le candidat est une raison d’invalidation L’intaris­
sable parleur moud, une fois de plus, le petit air parlementaire, où
reviennent : Affiches blanches, Bulletin des Communes, pression
administrative, cléricale, commission d'enquête. Il ajoute seule­
ment des variations sur le voyage du maréchal dans la Dordogne.
» Une heure durant, M. Cherpin continue ses petits potins — il
n’y a, en vérité, aucun autre nom à donner à ces racontars. Chacun,
en écoutant le député de Roanne, rit, mais quelle sera la fin ?
» M. Maréchal vient faire une vive mais brève riposte, et donne

— 26 —
un spécimen de la violence inouïe dés attaques dont il a été l’objet.
Rien n’y fait, M. Maréchal est invalidé. »

Le Gaulois :
« M. Maréchal a présenté lui-même sa défense. 11 a réfuté victo­
rieusement tous les griefs allégués contre la sincérité des opérations
électorales de sa circonscription, où il a obtenu plus de mille voix de
majorité.
» Le rapporteur de cette élection, M. Gherpin, l’un des 94 avo­
cats de la chambre, avance que la pression administrative a été
élevée, dans la première circonscription de Périgueux, à la plus
haute puissance. Mais il n’apporte aucune autre preuve à l’appui de
cette prétention, si ce n’est qu’il y a eu en faveur de M. Maréchal
un déplacement de voix. Etrange argument ! »

L'Univers :
« Dans un discours plein de convenance et de clarté, M. Maré­
chal a démontré que, pour la liberté des électeurs et l’honnêteté des
procédés, son élection défiait toute comparaison avec les élections des
républicains ses juges. Mais les républicains, professant en matière
électorale, comme en tout le reste, une morale spéciale, une morale
qui leur est particulière, n’ont point daigné écouter l’orateur. Leur
conviction était faite.
» Cependant, M. Cherpin a tenu à la fortifier ; mais le discours
qu’il a prononcé à cette intention, eût, dans un milieu moins répu­
blicain, produit un effet tout contraire. Il n’est pas possible, en ef­
fet, d’imaginer rien de plus long, de plus diffus, de plus incorrect
et de plus plat que ce réquisitoire. C’est une suite interminable de
cancans et de sottes inventions racontés dans le plus pitoyable style.
L’avocat de Roanne a été si ennuyeux et si dénué que le gauche l’a
impoliment invité à se taire et à évacuer la tribune. Le parleur se
l’est fait dire trois fois ; mais, à la troisième, le cherpinage a cessé.
Et, quelques minutes après, M. Maréchal était invalidé. »

La Défense :
« Dans sa séance de samedi, la Chambre a invalidé M. Maréchal,
coupable d’avoir reçu courtoisement, à Périgueux, M. le président

— 27 —

de la République. N’avoir pas hurlé des injures sur le passage du
premier magistrat de la République, c’est une cause suffisante d’in­
validation pour un député conservateur. M. Maréchal avait obtenu
1,300 voix de majorité sur son concurrent.
» En revanche, elle a validé M. Faure, député républicain de
Ohâlons, qui a obtenu 10 voix de majorité absolue, et quelles voix!
M. Faure a obtenu la voix d’un grand nombre de faillis, d’étran­
gers, de condamnés, indûment inscrits sur les listes électorales,
mais chauds partisans du candidat officiel du contre-gouvernement.
La Chambre a jugé que ces voix étaient bonnes à prendre, au profit
de sa République. »
L'Union :

« La vérification des pouvoirs offre de singulières anomalies. Dans
sa dernière séance, la Chambre des députés a invalidé M. Maréchal,
monarchiste qui avait été élu par la lrc circonscription de Péri­
gueux (Dordogne) avec 1,396 voix de majorité.
» Et immédiatement après elle validait M. Faure, radical, élu
par la circonscription de Châlons-sur-Marne avec 10 voix de majo­
rité, etmalgré la preuve faite que des électeurs décédés, absents ou
non légitimement inscrits avaient pris part au vote.
» L’historien des invalidations de 1877-1878 aura de bien amusan­
tes pages à écrire ! »

Dans le discours qu’il a prononcé, le 23 mars 1878, à la
Chambre des députés, M. Maréchal a répondu au grief tiré,
contre son élection, de la polémique de Y Echo de la Dordo­
gne. Ce journal avait, de son côté, réfuté le même grief dans
l’article suivant, paru dans son numéro du 9 février dernier :
Nous nous serions bien gardés de ne point mettre sous les yeux de
nos lecteurs le texte intégral du rapport de M. Gherpin. C’est, en
effet, lameilleure critique que nous puissions faire de la décision do 3e
bureau, qui propose, par 20 voix contre 17, l’invalidation de l’élec­
tion de M. Maréchal.

— 28 —

On sera pleinement édifié sur l’équité de ces singuliers juges, sur
leur respect pour le suffrage universel, quand on considérera que,
dans leur balance, une majorité de près de quinze cents voix a moins
pesé que les griefs si légers et si vains relevés dans le document
que nous avons inséré hier.
Ces griefs, nous les examinerons à loisir, un à un, et, si nous ne
nous abusons, nous n’aurons pas trop de peine à démontrer leur
parfaite inanité ; mais, avant tout, c’est à la partie du rapport re­
lative au rôle de Y.Echo de la Dordogne que nous tenons à répondre.

Vous avez, M. Cherpin, écrit quelques mots de trop. Quand M.
Montagut vous les dictait, il savait bien ce qu’il faisait. Il n’aurait
pas osé les publier en son nom, sous sa responsabilité personnelle.
Mais, caché derrière votre inviolabilité parlementaire, il était à l’a­
bri de poursuites pour outrage public et pour diffamation. Il a donc
pu lâcher la bride à ses rancunes et distiller sur nous, tout à son
aise, sa bile et son venin. Puisque vous parlez de lâcheté, permettez-nous de vous signaler celle-là !
Vous taxez de mensonge, de ca lomnie, de bruit infâme le fait
que nous avons allégué contre M. Montagut, le 14 octobre dernier.
Mais sur quoi vous fondez-vous pour le qualifier ainsi? Ce n’est pas
assurément sur le jugement rendu le 21 novembre par le tribunal
correctionnel de Périgueux. Il est vrai que ce jugement nous a con­
damnés, mais seulement à 50 francs d’amende, ce que vous négli­
gez d’indiquer : omission qui pourra ne pas paraître tout-à-fait in­
volontaire, si l’on songe que cette peine, par sa modicité, n’est pas
précisément en rapport avec les gros mots dont vous nous accablez.
La loi nous interdisait, vous le savez, d’offrir et d’administrer la
preuve de ce que nous avions avancé, mais elle ne déniait pas à M.
Montagut le droit d’établir à l’audience l’injustice de l’accusation
dirigée contre lui. Il n’a pas usé de ce droit, soit qu’il ne l’ait pas
pu, soit qu’il ne l’ait pas voulu ; peut-être, dans sa générosité bien
connue, a-t-il eu à cœur de nous épargner une confusion trop com-

- 29 —
plète ! Enfin, pour une raison ou pour une autre, en tout cas pour
une raison indépendante de notre volonté, le tribunal n’a pas été ap­
pelé à vérifier le fait que nous avions reproché à M. Montagut.
Nous n’avons donc pas été convaincus de « mensonge », de « calom­
nie » ; nous avons été convaincus seulement de diffamation, ce qui
est bien différent, car une diffamation est l’allégation ou l’imputa­
tion de tout fait, vrai ou faux, qui est de nature à porter atteinte à
la considération d’un particulier.
Mais, dites-vous encore, nous avons lancé notre attaque à la der­
nière heure ! Et vous laissez entendre que M. Montagut, s’il l’avait
connue à temps, y aurait répondu !

S’il l’avait connue à temps ? Eh 1 monsieur, il la connaissait de­
puis trente ans, car nous n’avons fait qu’exhumer un extrait de
YEcho de Vésone de 1848. A cette époque, YEcho de Vésone,
soutenant une polémique contre le Républicain, dont M. Montagut
était le rédacteur en chef, inséra dans son numéro du 10 octobre les
lignes que nous avons reproduites. Eh bien ! chose singulière! ces
lignes qui vous ont si fort scandalisé, ces lignes que vous dénoncez à
l’indignation de la Chambre, ces lignes n’émurent pas alors M. Mon­
tagut ; elles l’émurent si peu qu’elles ne lui suggérèrent aucune pro­
testation, ni dans son propre journal, ni dans les colonnes de YEcho
de Vésone, que lui ouvrait son droit de rectification. Il avait aussi
la ressource d’une action judiciaire. Il préféra le silence à tout
cela. Certes, nous n’allons pas jusqu’à dire que ce silence soit sa
condamnation, mais n’est-ce pas, du moins à bon droit, que nous le
considérons comme notre excuse ? Et à qui, si ce n’est à lui-même, si
ce n'est à lui seul, M. Montagut doit-il s’en prendre, si des explica­
tions qu’il fait attendre depuis trente ans, n’ont pas, en temps utile,
été fournies aux électeurs de la première circonscription de Péri­
gueux?
Et puis, dans la distribution de vos anathèmes, quand vous nous
faites, à nous, si bonne mesure, vous oubliez complètement l’organe

— 30 -

de M. Montagut. Pourtant, sa polémique a été diffamatoire, elle
aussi ! Elle l’a été même à un degré que la nôtre est bien loin d’a­
voir atteint. Ce n’est pas seulement sur M. Maréchal, c’est encore
sur sa famille que le journal dont nous voulons parler a déversé ses
outrages et la plus indigne des calomnies. Il ne lui a pas suffi de je­
ter la boue aux vivants ; il a fallu que, remontant trois généra­
tions.... Mais jetons un voile sur ces infamies. Vous n’avez pas pu
les ignorer, M. Cherpin. A la vérité, M. Maréchal, cédant à des
scrupules fort respectables, n’a pas cru devoir, jusqu’à présent, en
demander réparation à la justice. Mais, d’office, ne pouvant les
châtier puisqu’il n’était pas saisi, le tribunal correctionnel de Péri­
gueux, dans son jugement du 21 novembre, a pris soin de les cons­
tater et de les flétrir. Il a môme indiqué quelques-uns des huit nu­
méros qui les contiennent. Il a reconnu qu’en nous servant contre
M. Montagut de l’arme que vous savez, nous n’avons fait que ré­
pondre à une provocation.
Vous aussi, monsieur, dans vos fonctions de commissaire chargé
de vérifier l’élection d’un de vos collègues, vous êtes juge; vous devez,
par conséquent, être impartial. Comment se fait-il donc qu’ayant noté
si soigneusement un excès de notre polémique contre M. Montagut,
vous n’ayez pas paru prendre garde aux attaques, autrement graves,
dirigées contre son honorable concurrent?
Et tenez, une comparaison s’impose à notre esprit. Voilà M. Ma­
réchal qui, dans sa loyauté, déclare regretter la publication que
nous avons faite le 14 octobre, publication à laquelle — il a pu le
dire avec raison — il est resté totalement étranger. Eh bien ! pa­
rions que M. Montagut n’a ni éprouvé ni exprimé de semblables re­
grets, à l’occasion des abominations proférées par la feuille républi­
caine contre M. Maréchal et des membres de sa famille. Pourtant,
M. Montagut avait pris une petite part à ces abominations, car c’est
lui qui en avait donné l’exemple et le signal dans Une lettré pu­
bliée sous la date du 21 septembre dernier !

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Ces différences, le troisième bureau ne les apas aperçues. Cela se
comprend. Ses regards ont été constamment tournés du même côté,
c’est-à-dire du nôtre; tout ce qui s’est dit, tout ce qui s’est fait dans
le camp de nos adversaires lui a échappé.

Mais si votre justice nous semble un peu boiteuse, M. Cherpin,
c’est bien moins à votre ignorance réelle ou feinte des actes de M.
Montagut ou de ses partisans qu’à raison de votre appréciation de
la portée des nôtres. Eh quoi ! pouvez-vous raisonnablement soute­
nir que l’écrit contre lequel vous fulminez a exercé sur le résultat
de l’élection une influence sérieuse ? Il ne faut pas parler de l’entre­
filet de l'jSchn du 13 octobre, car M. Montagut n’y était nullement
désigné. Quant à notre numéro du 14, en supposant qu’il n'ait pas
subi de retard dans sa distribution, retard bien vraisemblable ce­
pendant, étant donné l’encombrement d’alors dans les bureaux de
poste, il n’est parvenu qu’après l’ouverture du scrutin à nos abon­
nés des campagnes. Il n’y a donc que les électeurs de Périgueux qui
aient pu le recevoir et le lire en temps utile. Or, M. Montagut a re­
cueilli dans notre ville, le 14 octobre, la plus forte majorité qu’il y
eûtjamais obtenue.
En terminant son rapport, M. Cherpin rappelle que, dans la pré­
cédente lutte électorale, M. Maréchal et M. Montagut s’étaient déjà
trouvés en présence, et, traduisant les impressions par trop aveuglé­
ment optimistes de son client, il affirme qu’entre le 20 février 1876
et le 16 mai 1877, rien n’était venu modifier la situation personnelle
des deux candidats. Sur ce point, il commet une lourde erreur, fa­
cilement explicable chez lui, puisqu’il n’est pas Périgourdin — ex­
cusable même, peut-être chez M. Montagut, car il est si naturel de
se faire illusion sur soi-même !

Mais la vérité est que, pendant que la popularité de M. Maré­
chal est allée grandissant chaque jour, à partir du 20 février 1876,
celle de M. Montagut a, dans le même temps, décliné considérable­
ment, par l’effet de divers votes malheureux qu’il avait émis à la
Chambre, et de mesures de rigueur dont une administration à sa

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dévotion avait frappé quelques humbles fonctionnaires qui avaient
encouru son implacable ressentiment. Si, depuis le 14 octobre, nos
populations avaient été tentées de lui rendre leurs sympathies, elles
se seraient bien vite ravisées, devant le spectacle d’âpre ambition
qu’il vient de leur donner, en poursuivant à Versailles, dans des in­
trigues de couloirs, l’annulation d’une élection dont la sincérité et la
validité ne sauraient, pour tout homme sans parti pris, être sérieu­
sement contestées.
'BÎBLÎÔ'rHt QUE
DE LA VILLE j
D€ PÉRIGUEUX î

Périgueux. — Imprimerie Dupont et C‘, rues Taillefer et Aubergerie.