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Médias

Fait partie de Discours prononcé par M. Gory, principal du collège de Sarlat, à la distribution solennelle des prix, le 28 aout 1827

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M. GORY,
PRINCIPAL DU COLLÈGE DE SARLAT*»,
A LA
DISTRIBUTION SOLENNELLE DES RRD&j,

LE 28 AOUT 1827.

A SARLAT,-----chez Antoine Dauriac Imprimeur-Libraire.

Année 1827.

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PRINCIPAL DU COLLÈGE DE SARLAT,
A LA

DISTRIBUTION SOLENNELLE

DES PRIX.

Le 28 Août 1827.

M

ESSIEURS

Il n’est pas île cérémonie plus touchante

que la solennité, qui rassemblant ici l’élite
d’une Ville essentiellement amie des lettres,
a pour objet de partager les couronnes dé­
cernées aux jeunes nourrissons des Muses. Quel
est celui d’entre vous , qui en applaudissant
aux succès des Elèves de celte maison , ne se
croie revenu à ces jours du bonheur le plus
pur, dans lesquels étant mis lui-même au
rang des vainqueurs, il allait cacher son tri­
omphe dans le sein de sa mère? Vous tous,
Messieurs , j'en suis sûr, sur-tout dans ce tem­
ple de Thémis , où la plupart de vous font si

souvent retentir leur éloquence victorieuse,
vous êtes animés des mêmes sentimens que le
vainqueur de Denàin , qui mettant ati même
rang les palmes littéraires et les lauriers de
Mars, se plaisait à répéter qu’il n’avait jamais
goûté de joie plus douce qu’en triomphant
pour la première fois, soit au Collège, soit
au champ de bataille. A ce touchant souvenir
vient s'ajouter pour vous le plaisir inexprima­
ble dê voir encore la gloire eritrei’ dans vos
maisons, et de triompher', pour ainsi dire,
encore dans la personne de vos enfants. Ainsi,
à défaut de notre voix, la muette éloquence
de ces couronnes parlerait assez haut ; et nous
pourrions vous abandonner à la douce illusion
qu'elles produisent dans vos âmes. Mais dans
un spectacle si ravissant , comme les coeurs
s’ouvrent à tout ce qu’il y a de beau et de gé­
néreux , nous voulons profiter de ce noble
enthousiasme, pour exciter encore plus sous
vos yeux l’émulation de nos Elèves, les en­
flammer de l’amour de la gloire, hâter les
Succès qui les attendent encore dans cette
école, et préparer par-là ceux qu’ils doivent
obtenir dans le monde.
Nous pouvons le proclamer au milieu dè
votrs, Messieurs., ici, comme dans tous les

établissemens de cette vaste Académie qu’un
chef habile et éloquent soutient de ses regards
paternels, avec le goût des études se fortifient
de jour en jour l’amour de l’ordre , delà dis­
cipline , toutes les inclinations louables, tous
les sentimens dignes d’estime, et propres à
nous rassurer pour l’avenir. Ici, comme par­
tout ailleurs , nous nous efforçons d’initier
l’enfant à l’état d’homme, de soulever peu à
peu le voile qui 'couvre son intelligence ,
d’éclairer son esprit, d’épurer doucement son
cœur, et de donner ainsi de dignes enfants à
la Patrie, au Roi des sujets fidèles, en même
tems que , sous les auspices de la religion ,
nous cultivons les plus hautes facultés de la
nature humaine.
Il en est, Messieurs, de l’éloquence ou de
la poésie, comme de la peinture : le disciple
d’Apelle trace d’abord de simples linéamens,
il dessine ensuite les contours. Bientôt il por­
te ses regards sur les originaux des grands
maîtres, et s’efforce de les reproduire dans
des copies fidèles. C’est ainsi que le disciple
de Cicéron commence par dévorer les diffi­
cultés de la grammaire, il lit ensuite et médite
les ouvrages des grands écrivains. Bientôt tout
.■plein de leurs beautés qui ontformé son oreille

a cette harmonie qui transporte, ont épuré
son goût, et enrichi son imagination, il dé­
daigne le rôle de stérile admirateur, et pre­
nant un vol audacieux , il espère à son tour
enfanter des merveilles. Voilà pourquoi l’uni­
versité, toujours fidèle aux saines doctrines,
attache avant tout les regards de la jeunesse
sur l'étude des langues anciennes , sans la
connaissance des quelles on ne peut avoir de
sa langue maternelle que- des notions incer­
taines. C’est en apprenant une autre langue
que la sienne, qu’on est forcé de comparer
l’une avec l’autre, qu’on sait en même tems
la valeur, les différentes acceptions de cha­
que mot des deux langues. Alors on en saisit
tous les rapports et toutes les différences , et
oh apprend deux langues presqu’en aussi peu
<le temps qu’il en faudrait pour en apprendre
une seule. Si cet avantage résulte de l’étude
d’un idiome tivant, à plus forte raison résul­
te-t-il de l’étude du grec, et de celle du latin,
de ces deux langues qui ont contribué égaler
nient à épurer la langue française. Le grec
sur-tout, qui a beaucoup plus de conformité
avec le français pour le tour et la phrase
qu’avec le latin, ne dirait-il rien à notre âme,
à notre imagination? Où trouver plus de cor-

reclion, plus de puretç, un style plus nom­
breux, une harmonie plus séduisante, enfin
ces accents magiques, qui ébranlent délicieu­
sement l’imagination, et jettent lame dans un
ravissement inexprimable ? Won , Messieurs,
le célèbre Erasme n’exagérait pas , lorsqu’il
disait que sans la connaissance des lettres
grecques, l’on ne peut rien être en littérature.
L’histoire vient ici à l'appui de l’expérience.
La langue latine n’était du temps des premiers
Consuls que les sons mal articulés de l’enfance,
qu’un bizarre assemblage de grec, d’étrusque
et d’italien, et avait je ne sais quoi de rude et
de sauvage qui tenait du caractère féroce de ce
peuple entièrement belliqueux. Elle ne com­
mença à se perfectionner que du tems d’Ennius,
lorsque les lettres grecques apportées en
Italie, développèrent tout à coup le génie des
Romains, enflammèrent les esprits d’une no­
ble émulation, et portèrent rapidement leur
langue à ce degré de subbmité, auquel tout
homme, qui aspire à la célébrité, s’efforcera
toujours d’atteindre. Les plus considérables
des citoyens envoyèrent, comme par essaims,
leurs enfants étudier à Athènes, ville alors
aussi fameuse par les lettres que Rome l’était
par les armes. Tous ces beaux génies, dont

elle est encore aujourd’hui si orgueilleuse ,
avaient appris et possédé une autre langue que
la leur , tous avaient étudié les lettres grec­
ques. C'est après s’être bien pénétré d’Homère,
dont il savait, à n’en pas douter, les poèmes
par coeur, que Virgile a tiré de la trompette
épique des sons d’une harmonie inconnue jus­
qu’alors , et a mérité de marcher presque
l’égal du père de l’Epopée. L’enthousiasme et
l’élévation de Pindare , les grâces et la vo­
lupté d’Anacréon , ont appris à Horace à
chanter d’une voix aussi éloquente que graci­
euse, etles charmes de la vertu, et les attraits
d’un plaisir honnête. Tite-Live, surnommé le
père de l’histoire romaine, l’un des hommes
les plus naturellement éloquents qui aient ja­
mais écrit, laisse loin de lui Hérodote et Tliucidide, et conserve dans son style la majesté
du peuple-roi. Tacite , dont Montesquieu a
dit qu'il abrégeait tout, parcequ’il voyait tout,
Tacite, le plus sublime des historiens, et le
plus profond des moralistes, dévoile les cri­
mes des tyrans qui tremblent devant son tri­
bunal.
Mais sans avoir recours à ces exemples
étrangers, rappelons-nous ce qu’était la lan­
gue française au quinzième siècle. Elle était

encore plongée dans une enfance debile, an
temps même où le génie du Dante créait le
genie de la langue toscane, où Bocace le per­
fectionnait par la clarté, où Pétrarcpie l’em­
bellissait par l’élégance et par l’harmonie. Le
français n’est devenu langue que depuis celte
mémorable époque où finit i’ejnpire d’orient.
Chassées de Constantinople, les lettres se ré­
fugièrent en Italie , d’où elles passèrent en
France, et s’établirent, comme en un auguste
sanctuaire , dans la savante école de PortRoyal, véritable berceau de notre langue. Ce
fut là que, par le vaste commerce de la pen­
sée, le français, long-temps mélange informe
de celte et d.e latin, apprit à déployer et ma­
rier à propos la pompe hébraïque, l’harpaonie
grecque, et la pureté latine. Ainsi Tacite et
Lucain formèrent l’âme du grand Corneille,
Sophocle, Euripide et Virgile, celle du ten­
dre Racine; Horace, celle de J.-B. Rousseau
et de Santeuil ; Ovide, Perse, Juvénal, ren­
dirent féconde labile de l’Arislarque français.
C'est à l’école des Démostbène et dfes Cicéron
que se sont formés les Bossuet, les Fléchier,
les Daguesseau. Ce chef de la magistrature,
ce flambeau de Thémis, dans toute sa gloire,
ne se crut jamais plus honoré que lorsque d’un
2

consentement unanime , il eut reçu le sur­
nom de Cicéron français.
Mais, vous le savez, Messieurs , on ne puise
pas seulement dans les auteurs classiques le
goût des lettres etles principes de l’éloquence.
L’esprit ne saurait être frappé de la sublimité
des grands modèles, que l’âme ne se pénètre
des sentimens généreux qu’ils expriment, et
ne s’élève au récit des belles actions qu’ils ont
célébrées. Les anciens ne doutaient pas qu’il
n’y eût un hymen nécessaire entre le génie et
la vertu. Si pour briller la vertu n’a besoin
que de son propre éclat, réduit à son seul lus­
tre, le génie ne renverra que des clartés dou­
teuses et fugitives. Il faut donc l’allumer a la
vertu, si l’on veut-qu’il brûle sans s’éteindre ;
et c’est au foyer d’une âme embrasée de l’a­
mour de ses devoirs, qu’il faut entretenir les
feux de l’un et de l’autre.
On a vu des écrivains célèbres transformer
en qualités brillantes les écarts les plus con­
damnables, et préconiser le crime heureux; on
a vu des artistes fameux donner au vice les
couleurs les plus aimables, les formes les plus
séduisantes. Mais parmi tant d’orateurs, qui
peut-être ont obtenu les suffrages de leurs
contemporains, combien il en est peu dont les

noms soient parvenus jusqu a nous! La posté­
rité' n’attache ses regards que sur ces auteurs,
qui ont fail marcher de pair, la vertu avec le
génie ; que sur ces écrivains, qui ont fait ser­
vir le talent de la parole au bonheur des hom­
mes , en leur apprenant à devenir meilleurs ;
que sur ces orateurs illustres, qui ont consacré
leur vie à poursuivre le crime, et à protéger
de leur éloquence, comme d’une égide impé­
nétrable , la vertu malheureuse ; que sur ces
puissans génies, qui furent les remparts de leur
patrie.
Quelles idées se réveillent au nom de Démosthènes ! Qui n’est frappé de la plus vive
admiration , en voyant un simple citoyen
•d’Athènes , qui ayant dompté la nature et
reculé les bornes de l’art, gouverne à son gré
les passions de tout un peuple, veille comme
un génie tutélaire sur ses destinées, et déjoue
les complots de son plus redoutable ennemi,
•qui craint, non les forces que la république
peut lui opposer, mais la voix foudroyante de
Démosthènes, qui éclate au brait des fers qui
menacent sa patrie ? Telle est la puissance
•irrésistible du génie , tels sont les prodiges
qu’il opère, quand il est l’interprète d’une
•âme aussi élevée que courageuse.

Ï1 y eut lîtes hommes vraiment éloquents
avant Démosthènes ; on en vit encore après
iuii Pourquoi donc lui seul a-t-il mérité le titre
glorieux de Prince des orateurs ? N’était-il pas
'cloquent, ce Périclès, sous le gouvernement
duquel Athènes dévint si puissante et.si belle?
Oui, mais il corrompit les moeurs, mais il
épuisa le trésor, et prépara la ruine de sa
patrie. N’était-il pas éloquent, cet Eschine, le
rival même de Démosthènes ? Mais la haine et
l’envie dégradèrent son talent, mais il trafiqua
de la liberté de son pays. C’était au contraire
dans l’amour dé la patrie, cette source éter­
nelle d’héroïsme, que Démosthènes puisait ces
sublimes harangues , qui transportaient les
Athéniens d’admiration, échauffaient leur
courage , et les relevaient dans leurs revers.
Ce même sentiment si vif et si profond cheis
les anciens guida dans la même carrière un
Hypéride aussi sage administrateur qu’intré­
pide guerrier; unPhocion, si recommandable
par ses vertus austères et son incorruptible pro­
bité;, et dont l’éloquence paraissait redoutable
même à Démosthènes.
Quand oit parle de talehs et de vertus, Êpd
pourrait sans crime te passer sous silence-,
ô Marcus Tullius? Avant loi, il est vrai, tes

Lélius et lesScipions, les Horlensius, lesCotta
et les Crassus avaient donné à Rome cette
splendeur dont une longue succession de siècles
n’a pu altérer l’éclat ; mais aucun de ces mortels
généreux n’a mieux mérité que toi l’amour et
la vénération de la postérité. Ne voulais-tu
nous faire admirer dans tes écrits qu’un style
pur et élégant, que des périodes bien arron­
dies, que des figures hardies, qu’une dialec­
tique vigoureuse et pressante? Ils nous rendent
bien plutôt les traits d’un sage et d’un grand
homme , qu’aucun danger n’arrêtait, quand
il fallai t combattre pour l’innocence et la ver­
tu. Tes chefs-d’œuvre d’éloquence tracent
avec autant de charmes que de raison leurs
■devoirs aux citoyens d’une ville libre, au ma­
gistrat d’une province, au chef d’un état, aux
hommes de bien de tous les ordres. Envainun.
juge accusateur a juré de perdre son ennemie
tu parles, et il s’étonne de sentir l’acte de con­
damnation tomber de sa main frémissante.
Envain l’infâme Verrès ose, par son luxe scan­
daleux , insulter à la misère, aux larmes d’une
province entière : ta voix lui fait expier, dans
Un long exil, ses nombreuses dépradations.
Envain d’exécrables ennemis de la vertu ont
•conspiré la ruine de Rome ï Consul, tu dissous-

parta vigilance, leur monstrueuse association;
•tu extermines d’un seul coup l’hydre de l’anar•chie. Aussi loin de l’orgueil patricien que d’une
basse popularité , tu sais combattre Rullus
aussi bien que César.
Ces grands écrivains, Messieurs , tous les
sages de l’antiquité ne cessent de dire aux jeu­
nes gens, qu’ils ne peuvent être heureux qu’au­
tant que sagement dociles aux leçons de la
vertu, ils baisseront honorablement leurs jeu­
nes têtes sousson joug. Tous s’accordent à dire
que l’homme injuste et déréglé, l’homme en­
nemi de la saine morale a beau chercher le
bonheur ailleurs qu’avec elle, il ne peut le
•trouver nulle part, ni dans ses plaisirs, ni dans
ses richesses, ni dans son élévation. « Défiez» vous, disent-ils, du jugement du vulgaire sur
» un point si important ; toujoursil approuve
» ce qui est le moins bon : le bonheur ne se
» trouve qu’en suivant une marche contraire à
» lasienne, en se roidissant contre lui, comme
» on se roidit contre les eaux d’un fleuve que
« l’on s’efforce de remonter. »
Cependant, Messieurs , quelque belle que
soit la morale de tous ces auteurs anciens ,
n’ayant pas été épurée au flambeau d’une reli­
gion vraiment divine , qu’ils ne pouvaient pas

même pressentir, cette morale ne serait sou­
vent pour la jeunesse qu’une lueur très-infidèle.
Elle ne peut trouver ses véritables guides que
dans ces orateurs chrétiens, qui parurent au
commencement du i6.e siècle, et dont la reli­
gion a enflammé et élevé le génie. Alors en­
fin , sous un Monarque accoutumé à surprendre
le secret du talent, brillèrent ces écrivains
privilégiés, àquil’éternel semblait avoir com­
muniqué une portion de son intelligence su­
prême : un Bourdaloue l’aigle de la chaire, le
plus digne interprète des mystères de notre
religion ;
Un Bossuet, dont la plume était tour-à-tour
le bouclier et l’épée du christianisme, sublime
dispensateur de l’immortalité, qui effrayait
les grands de la terre , et consolait l’humble
babitantdes campagnes;
Un Fléchier, dont la voix harmonieuse em­
bellissait la langue française, et célébrait di­
gnement Turenne ;
Un Massillon, par la bouche persuasive du
quel la raison suprême semble avoir dicté ses
lois à la terre, et dont la parole, rapide com­
me l’éclair, fesait frémir des milliers d’au­
diteurs ;

Un Fénélon , que cette province est fière

d'avoir donné à la France, et que la France
offre avec orgueil à l’univers entier ; génie su­
blime , dont les vertus font honneur à l’hu­
manité et dont les çhefs-d’œuvre instruisent
tous les peuples.
Tels sont, Messieurs , les modèles admira­
bles cpie nous proposons à la jeunesse, ces
grands maîtres à l'école desquels venaient
s’instruire le vainqueur de Rocroi, le chantre
d’Esther, l’auteur de Polyeucte. C’est dans
leurs ouvrages , les plus beaux ornemens du
siècle qui les vit naître, que respire cette mo­
rale sainte et religieuse, qui seule peut régler
les penchans naissans de l’enfance, mettre un
frein aux passions qui commencent à élever
une tête orgueilleuse et tyrannique dans de
jeunes coeurs, l'appeler à l’homme encore en­
fant ce qu’il est, ce qu’il sera, ce qu’il doit et
au premier des Êtres, et à ceux qui lui ont don­
né le jour, et à ses semblables, Elle seule peut
former dans l’h onune un cœur fort dans le dan­
ger, mais prudent, pour n’y pas courir au ha­
sard ; courageux dans les disgrâces, mais ferme
à éviter ce qui peut les attirer ; constant dans
l’amour et la pratique d’une exacte justice ,
mais sans rudesse, sans cette austérité., qui fait
fuir devant la vertu, loin de la rendre aimable.

Pères et Mères , que tous nos eltorts tendent
donc à inspirer à cette intéressante jeunesse,
le respect, l’amour de cette morale divine qui
a honoré ses ayeux. Que la morale et la reliai
gion des Turenne, des Saint-Louis, des MoléÆ
dés Fénélon et de tant d’autres, soit la leur;
qu’en méditant les ouvrages immortels des uns,
etles grandes actions des autres,ils apprennent
qu’ils ont été grands par les grands principes
qui les ont guidés, etquecès principes, ils les
ont puisés dans cet évangile , que l’on s’effor­
cerait envain de mépriser.
Oui, Jeunes Elèves , Ce n’est que dans le
Culte de vos pères que vous trouverez ce frein
Salutaire dans lè tumulte des passions, ce
moyen infaillible d’arriver au bonheur seul
digne de l’homme, lé bonheur de la vertu.
Elle s’est montrée naguère à vous, cette
religion consolante et protectrice , sous les
traits augustes du vénérable pasteur de ce dioeèse , lorsque descendant pour quelques mcmensdès hautes fonctions de l'Episéopat, il a
daigné jeter un regard de bienveillance sur
vos étùdes, et faire retentir dans vos Coeurs ses
paternelles exhortations. Tous les jours elle
vous parlé le langage le plus touchant et lé
plus persuasif par la bouche du digne ecelé3

siastique qui veille avec tant de zèle sur vos
destinées immortelles, et qui reconnaissant
bien que la religion est pour les jeunes gens
plutôt un objet de sentiment et d’épanchement
de l’âme que d’érudition et de savoir met tous
ses soins à faire naître dans vos cœurs des af­
fections religieuses.
D’un autre côté , lorsque je considère l'en­
semble des connaissances dont les leçons fé­
condent les germes salutaires que l’auteur de
la nature a déposés au fond de vos esprits, je
n’y vois rien qui ne tende à vous inspirer une
juste idée de Dieu_, de vous-mêmes, de vos
semblables. L’étude des langues vous découvre
la simplicité de l’esprit humain en même
temps que sa fécondité,, dans ces moyens variés
à l'infîni dont il se sert pour communiquer aux
autres ses jugemens et ses volontés. Le langage
hû-même vous offre le fidèle tableau des opé­
rations del’intelligence humaine, tout comme
instrument nécessaire de la société;, il vous ap­
prend que la divinité a créé l'homme pour la
vie socialeet vous découvre par là les fondenaens de la morale publique. La philosophie
et les mathématiques vous font connaître les
caractères essentiels de la vérité , 'contre les­
quels viennent se briser le mensonge et 1er-

leur. A la lueur du flambeau allume' par Des­
cartes, vous voyez que la pensée a retrouvé
dans la preuve de l’analyse sa sublime origine,
la morale, son autorité, l’homme, ses destinées
immortelles. L’étude de la nature vous mon­
tre partout la main delà divinité, qui a posé
ces lois constantes dans Pimmensité de l’uni­
vers, et se montre sans cesse inépuisable dans
cette incompréhensible variété de causes et
d’effets, de rapports et de combinaisons.
L’histoire enfin vous déroule chez toutes les
nations le même tableau de grandeur et de
bassesse, de passions honteuses et de sentimens
élevés, d’actions généreuses et de crimes ab­
jects, d’héroïsme presque surnaturel et d’outra­
ges faits à la nature ; et vos coeurs encore vier­
ges , vos esprits encore droits, applaudissent à
tout ce qui porte l’empreinte de la vertu, et
flétrissent tout ce qui est marqué du caractère
du vice. Ainsi montré par le doigt de la morale,
l’univers n’est pas ce qu’il paraît ; elle rattache
la terre au ciel, et la créature au créateur. Les
désordres ne sont que passagers, Pénigme de
la vie s’explique ; l’homme malheureux sou­
vent, jamais désespéré, se repose avec con­
fiance dans ces deux pensées : Dieu et l’immor­
talité de l’âme.

Ainsi donc, Jeunes Elèves , pour imposer à
l'ardeur de votre âge un joug salutaire et glo­
rieux, appliquez sans relâche votre esprit à des
études sérieuses et graves. Auxiliaire de la re­
ligion et ne se proposant comme elle que votre
bonheur, en occupant noblement l’activité de
vos esprits, en vous enflauiniaiit d’amour pour
la vérité, l’étude étouffera dans vos coeurs les
penclians indignes de l’homme, et y dévelop­
pera tous les sentimens vertueux. Vous savez
déjà par votre propre expérience que le tra­
vail seul donne du prix aux heures de délas­
sement et aux jours consacrés aux plaisirs.
L’étude est un préservatif contre les attraits de
la volupté, un appui pour la fragilité du coeur
humain, une compagne dont la société n'est
Suivie d’au.cun dégoût, le seul plaisir après la
vertu qui spit sans remords. Ce n’est pas le seul
fruit qu’qu retire de l’étude des lettres : èlles
seules éternjs.ent les grands hommes et perpé­
tuent la gloire des nations.Combien de peuples
ont passé sur la terre sans laisser aucun vestige !
Ou bien, si l’on .en croit les tombeaux, leur
poussière y dort sans inscription. Mais d’autres
S.e sont survécuà eux-mêmes dans d’immortels
monumens ; on entend, on parle encore leur
langue, leur èmpire détruit renaît à chaque

génération nouvelle. Sans les lettres qui aurait
transmis la mémoire des sciences mêmes et de
leurs travaux ? Nous ignorons à quel peuple
appartiennent les prodigieux ouvrages, qui
étonnent le voyageursur les rives solitaires de
l’Ohio.
L’étude est encore d’un secours plus efficace
dans le cours la vie : l’homme ne peut aller jus­
qu’à la vieillesse, sans faire sur la route des per­
tes dont le coeur saigne long-temps, Les lettres
ne ferment pas la blessure, mais elles en amor­
tissent la douleur ; elles couronnent l’image
d’un père adoré, d’un ami fidèle • elles l’of­
frent ainsi parée, et savent donner à ce qu’on
aime une espèce d’immortalité. Combien
d’hommes illustres, trahis par l’inconstance de
la fortune, ont trouvé dans la compagnie des
muses un refuge consolateur contre les coups du
sort! Hélas! Jeunes Elèves, vos pères ont vu
de grandes calamités publiques et particulières;
ils ont vu les orages politiques enlever les pla­
ces les plus brillantes, renverser les fortunes
les plus solides, anéantir les espérances les
mieux fondées. Les connaissances seules tra­
versent les révolutions etsurviventaux bouleversemens. Aussi éclairés par l’expérience, vos
parens sont disposés à faire toute espèce de sa-

Crifices pour votre éducation, et ne cessent de
vous répéter qu’ils ne peuvent vous laisser de
plus solide héritage, que de tous nos biens, c’est
le seul qui surnage avec nous après ces naufra­
ges si fréquens dans l’océan de la vie. Dans
quelque situation que vous place la providence,
souvenez-vous que vous lancer dans le monde,
sans vous être pourvus de talens et de sciences,
ce serait suivre le fatal exemple du pilote im­
prévoyant, qui, ne supposant aucun obstacle
dans sa navigation , n’aurait fait que peu de
provisions d’après cette pensée. Que de maux
vont le frapper, si des tempêtes l’éloignent du
rivage, ou si le calme inexorable de la mer
prolonge sa route au de là du terme qu’il avait
fixé!
Je ne vous parle point, Jeûnes Elèves , un
langage qui vous soit inconnu ; ce sont les mê­
mes principes que vous retrouvez dans ces
écrivains célèbres que vous avez appris à tra­
duire. « Les connaissances, vous disent-ils ,
» conviennent à tous les âges, comme à toutes
» les conditions, dans tous les lieux, comme
» dans tous les rangs : jeunes, elles vous en» noblissent et vous élèvent; vieux, elles sou» lagent vos douleurs et adoucissent vos re» grets ; riches, elles vous apprennent le véri-

i

» table usage de vos trésors, et donnent du prix
» à vos bienfaits ; pauvres, elles vous inspirent
» le courage et les vertus qui vous rendent la
» place que. vous ôte la fortune ; puissans ,
» elles consolident votre autorité par les suf» frages de l’opinion publique ; faibles et sans
» crédit, elles vous tiennent lieu des périssa» blés grandeurs de la terre; dans le monde,
» el les vous environnent d’honneurs et de con» sidération; dans la solitude, elles charment
» vos loisirs par l’étude de la nature et de vous» mêmes. »
Cultivez donc, Mes Amis , cultivez sans relâ­
che les dispositions de vos esprits : Les récol­
tes fécondes n’appartiennent durant l’été,
qu’aux mains prévoyantes, qui ont semé dans
le printemps. Mais à quelque degré de célébrité
que vous vous éleviez par vos talens, vous n’aurez rempli envers les autres et vous-mêmes que
la moitié de vos devoirs, si vous ne joignez à
l’exercice des talens la pratique des vertus. Que
dis-je ? Nous ne sommes comptables, quant aux
premiers, que des dispositions que nous avons
reçues de la nature , et de l’obligation de les
cultiver. Si ces dispositions nous sont refusées,
loin de nous reprocher l’impuissance de nos
efforts, on ne peut que nous plaindre. Mais,

pour les vertus, nul prétexte, nul motif, nul­
le excuse plausible, pour nous empêcher (le les
pratiquer. Nous ne pouvons prétendre tous à la
considération par nos talens; nous pouvons
tous prétendre à l’èstiiùe par nos vertus. Les
talens trahissent quelque fois nos espérances;
les vertus dépendent toujours de notre volon­
té. Heureux sans doute qui réunit les vertus aux
talens ! L’éclat des uns rehausse l’éclat des au­
tres; et dans les hommages qu’on lui adresse,
le respect se mêle à l’admiration. Il est tel rang
où cette association a quelque chose de majes­
tueux et de touchant. César, tout grand qu’il
est, lorsqu’il triomphe à Pharsale , me paraît'
plus grand encore, lorsqu’après' la victoire y
il comble de ses faveurs un ami de Pompée.
Oui, Jeûnes Elèves, on ne confie des ar­
mes qu’à ceux qui promettent d’en faire un usa­
ge utile, généreux et protecteur : la science
des lettres estune arme aussi, et une arme, dont
l’honneur, l’humanité, la bienfaisance doivent
régler l’usage. C’est l’idée même qu’en avaient
les anciens, quand ils ne séparaient pas l’élo­
quence de la philosophie ; et cés principes sont
plus fortement retracés encore dans lés chefsd’œuvre religieux et littéraires du siècle de
Louis XIV, dont le digne petit-fils, en pro-

tégeant plusque lui l’industrie nationale et. les
libertés publiques, fait aussi fleurir-les lettres
et les arts. Eb ! Comment pourraient-elles ne
pas briller sous cette dynastie tutélaire, qui
multiplie d’âge en âge les lumières qu’avait fait
renaître François I.er, et que porta si haut
Louis XIV, si justement immortel, pour avoir
élevé le génie de la France ?
Ne perdez point le souvenir de si grands
bienfaits ; aimez le Roi, Jeunes Français , en
attendant que vous puissiez le servir. Que disje? Ai-je besoin de vous exhorter à l’aimer?
Vous l’aimez, parce que vos pères l’aiment,
vous ’ .iimez, parce qu’il présente le modèle
des plus nobles et des plus touchantes vertus ,
et vous consacrerez à ce prince et à son auguste
famille, un tribut d’admiration et de dévoue­
ment.
Mais il est tems que vous receviez les récom­
penses que vous avez méritées ; il me tarde
d’ouvrir ce noble concours, où les vainqueurs
sont si heureux , où les vaincus ne sont.point
humiliés. Si les uns pouvaient se laisser enivrer
de la joie de ce beau jour, je leur rappelerais
qu’aux triomphes des anciensRomains, unevoix.
importune se fesait entendre auprès du char
du triomphateur, et mêlait ses cris injurieux
4~

aux acclamations publiques Les autres, afin
de ne pas se décourager, se souviendront que
l’année prochaine va ramener de nouveaux
combats; et semblables, au géant de la fable,
ilsse relèveront plus vigoureux après leur chûte, ou plutôt ils imiteront ce jeune Athénien,
qui aux jeux olympiques, dans le combat du
ceste, allait succomber, lorsqu’ayant entendu
son père lui crier du milieu delà foule : lâche,
oùsonttesbras ? Il reprit toute ses forces et ter­
rassa son adversaire.
Telle est, Mes Amis , la grande leçon que
vous devez tirer de cette cérémonie , en vous
livrantaux douces émotions qu’elle inspire, en
ceignant vos têtes de ces couronnes que vous
dévorez depuis long-temps. Recevez-les avec
le recueillement du respect des mains du sage
administrateurj qui fait du soin de votre ins­
truction, le noble délassement de ses importuns
travaux. Recevez-les avec l’effusion de la re­
connaissance des mains du père de cette ville,
dont la tendresse remplit si dignement à votre
égard les vues bienfaisantes du gouvernement.
Votre gloire, qui semble se réfléchir de
toutes parts dans cette brillante assemblée,
reçoit encore son plus beau lustre de la présence
d’un éloquent député, que ce Département

se glorifie d’avoir envoyé au Sénat, de la Fran­
ce, comme l'un des plus beaux ornemens de
la tribune nationale, (i).
Quel honneur pour vous, devoir dans cel au­
guste sanctuaire où Thémis prononce charpie
jour sés oracles par la bouche de ses fidèles or­
ganes, de voir, dis-je, les respectables membres
du bureau d'administration, protecteurs immé­
diats de vos études, les hommes les plus recommandables par leurs emplois et par leurs lu'
mières, s’empresser d’applaudir à vos triom­
phes! Ce sexe, dont l'empire n’est jamais plus
beau que lorsqu’il commande ou qu i 1 encou­
rage des actions louables, accourt relever, par
sa présence aimable, l’éclat et le charme de
vos couronnes; et, pour que rien ne manque
à votre joie, parmi tantdenouvellesCornelies,
qui regardent sur-tout aujourd’hui leurs enfanscomme leur plus belle parure, chacun de
vous dans ce brillant auditoire cherche et
trouve une mère !
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(i) M. de Beaumont, Député de la Dordogne,
honorait l’Assemblé de sa présence.

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