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Médias

Fait partie de Observation par F. Lamarque, substitut du commissaire du gouvernement près le tribunal de cassation, sur la diffamation répandue contre Nicolas Lamarque, son frère, prêtre, ex-contrôleur des invalides, relativement à une procédure sur une plainte en supposition de par, (ou faux sur les registres de l'état civil) principalement dirigée et instruite contre Jeanne Pouget, veuve Nadaud ; et sur l'assassinat de cette veuve

extracted text
OBSERVA TIONS
Par F. LAMARQÜE,
Substitut du Commissaire du Gouvernement
près le Tribunal de Cassation ,

Sur la diffamation répandus contre. NICOLAS
LAM ARQUE, son frère , prêtre , ex-contrôleur
des invalides , relativement à une procédure
sur une plainte en supposition de part,
( ou faux sur les registres de l’état civil)
principalement dirigée et instruite contre
Jeanne Fouget, veuve Nadaud ;

ET
Sur l’assassinat de cette veuve?

L’horrible diffamation que de sangui­
naires ennemis se sont permis de répandre,
en employant , avec une machiavélique
adresse , tous les hommes qui, par l’effet
de nos divisions politiques, leur ont semblé
devoir être avec nous dans un état perma­
nent de guerre, est marquée à un tel degré
d’audace, d’atrocité, d’invraisemblance et
de fureur , que tous ceux qui l’entendent,
A

( 2 )
et qui ont eu quelque relation avec nous,
croient sortir d’un rêve affreux.....
Je n’anticiperai point ici sur les résultats
d’une procédure secrète, mais sage et im­
partiale, dans la discussion de laquelle je
déploierai, dès qu’il en sera temps, le ca­
ractère et la fermeté que les circonstances
requièrent; mais il importe, pour l’opinion
publique , qu’avant la défense solemnelle
et légale , que les formes de l’instruction
ne permettent pas de publier encore, je
donne ici une idée générale de l’affaire.
Les calomniateurs, en évitant avec soin
la précision et la netteté qui caractérisent
la bonne foi , ont parlé avec autant de
vague et d’obscurité que de méchancelé
et de perfidie, de crimes de faux, d’em­
poisonnement et A' assassinat.
Mais contre qui a-t-on dirigé l’imputa­
tion de faux et d’empoisonnement ?
Contre Jeanne Pouget, veuve Nadaud.
Quelle est la personne assassinée ?
C’est cette infortunée veuve.
Lescrimes de faux, d’empoisonnement et
d’assassinat, n’ont donc pas eu le même in­
térêt ; ils partent donc ici de directions op­
posées.
La personne qu’on présente comme cou­
pable des deux premiers, est victime de
l’autre. Par quelle monstrueuse réunion de
principes contraires les mêmes diffama­
teurs se présentent-ils pour poursuivre la
veuveNadaud , lorsqu’elle est dénoncée, et
pour aceuser , lorsqu’elle est assassinée?

(3 )

Par quelle profondeur de combinaisons
peut-on détourner des ennemis acharnés
de cette veuve, et diriger contre ceux qui
l’aimaient et la protégeaient, les soupçons
de son assassinat ?
C’est ce qui sera découvert par le temps
et par les lumières et la sagacité des juges.
Bornons-nous à examiner dans ce mo­
ment pour qui et contre qui doivent s’élever,
aux yeux du public, les probabilités ac­
tuelles.
Quatre grands crimes sont cumulés dans
le même cadre et dénoncés à l’opinion.
i.° Faux d’un testament ;
2.0 Empoisonnement ;
3.° Supposition d’accouchement ( ou de
faux sur les registres de l’état civil) ;
4° Assassinat.
Le premier mouvement que doit exciter
dans tous les cœurs généreux la seule énon­
ciation de tant de forfaits, est l’indignation
et l'horreur.
Tempérons cette première impression,
en réfléchissant sur ce que peuvent, après
une longue guerre civile, les querelles des
particuliers , lorsqu’à un intérêt de fortune
puissant et animé , ils attachent le souvenir
et le caractère des divisions de parti : et
quelque effrayans que soient les titres
que je viens d’énoncer , examinons-les
avec une raison calme et une impartiale
équité.
. A 2

i

( 4 )
$•

1 er

Sur le testament quon a argué de faux.

Au commencement de l’an 9 , Jeanne
Pouget, du village des Massias , près Monpon ( département de la Dordogne ) épousa
un vieillard appelé Nadaud, habitant d’une
commune voisine , ( celle de St.-Martial,
route de Mussidan ). Le domicile du mari
était à une lieue de Monpont.
Cet homme, qui croyant avoir à se plain­
dre de ses collatéraux , avait déjà authen­
tiquement manifesté qu’il ne voulait point
leur laisser sa succession , puisqu 'il avait
fais un premier testament en faveur (Junc pre­
mière femme , ( laquelle était décédée avant
lui) , a donné aussi, par testament, Frmiversalité de ses biens à Jeanne Pouget sa se­
conde femme.
La première circonstance qui a fomenté
les haines , que des événemens antérieurs
avaient commencées ou excessivement ai­
gries, a consisté i.°en ce qu’une sœur de ce
Nadaud avait pour gendre Mirambeau fils ,
de Monpont, lequel a cru que , par cette dis­
position testamentaire il était injustement
et considérablement lésé. 2.0 En ce que c’est
J.-B. Lamarque , mon frère , jurisconsulte
et notaire à Monpont , qui a reçu ce testa­
ment.
Je demande une attention particulière sur
la circonstance suivante.

(5 ).

Le testament est régulier , pleinement con­
forme à la loi, et absolument inattaquable.
Le testateur n’était point malade. Le
notaire et les témoins n’ont pas été le cher­
cher. Il est venu d'une lieue chez le notaire ;
il a lui-méme choisi ses témoins.
Ces faits sont notoires
Cependant l’on a attaqué l’acte d’abord
comme nul en la forme , et ensuite par
la voie de l’inscription de faux , sous pré­
texte que les témoins n’étaient pas tous
présens lorsque le testateur a dicté sa volonté.
De savantes consultations de Bordeaux ,
signées des Jurisconsultes Brochon père ,
Martignac et Ferrere........ d’autres consulta­
tions que j’ai envoyées de Paris , ont una­
nimement et le plus formellement décidé en
faveur du testament, d’après le principe
connu que les témoins ne pouvaient pas
être admis à déposer contre leurs propres
signatures; et ceux des témoins signataires,
qui ont été appelés dans la procédure de
Bordeaux , par nos ennemis mêmes, et pour
déposer a charge , ont dû déclarer qu’ils
avaient entendu le testateur dictant sa dispo­
sition.
Voilà donc une première vérité constante,
il n’y a eu dans le testament ni faux, ni vice
de forme, et l’héritière testamentaire qui
avait toutes les consultations en main, le
savait parfaitement.
Le notaire ne pouvait nullement en
douter.

( 6 )
La calomnie , relativement à cc premier
grief, ( le faux du testament}, est donc
évidente , elle est démontrée. Elle est re­
connue même par nos ennemis, aujourd’hui
qu’ils croient que d’autres faits ( sur les­
quels ils pourront également se tromper ) ,
leur fournissent un nouveau genre d’at­
taque.
Arrêtons-nous un moment sur cette cir­
constance, et appliquons aux autres chefs
de diffamation , une réflexion décisive et
du plus grand intérêt.
L’on avait publié dans tous les cantons
de. départemens de la Gironde et de la
Dordogne , « que le notaire , rédacteur du
» testament , était un faussaire , que le tes» tateur , dans son lit malade , avait été
» trompé , séduit ou violenté , que tout
» avait été rédigé à son inçu et contre son
» intention ; l’on avait
» , sous une multitude
de versions , toutes également perfides ,
» présenté le testament comme rédigé par
» la fraude , comme un acte monstrueux et
» faux ».
L’on reconnaît aujourd’hui que cet acte
est vrai , régulier , inattaquable.
11 n’est donc pas un seul homme qui ne
doive présumer que le même esprit de per­
sécution , de mensonge , de calomnie, a di­
rigé la diffamation relativement aux autres
chefs.
Et cette présomption si puissante , les
plus simples observations vont la justifier.

( 7 )
$•

I.

Empoisonnement.
Nadaud, testateur, est décédé.
Les mêmes hommes qui avaient publié
et répandu de toutes parts, le prétendu faux
du testament , ont publié et. répandu égas
lement que son épouse l’avait empoi­
sonné.
Ce serait le plus horrible des attentats ;
mais le cadavre a été ouvert et visité ,
et le procès-verbal des médecins et chirur­
giens existe. Il sera imprimé , lu , commu­
niqué , et tout le public verra , avec in­
dignation , qu’il résulte de ce procès-ver­
bal quil n’y a pas eu efempoisonnement.
Sur ce second chef d’accusation, ainsi que
sur le premier, il ne reste donc que la ca­
lomnie, et la calomnie est affreuse. .... Ce
qui ramène avec force la réflexion qui ter­
mine le paragraphe précédent. » Ceux qui
» ont eu l’atrocité de calomnier relative^
” ment à un crime tel que le faux , et qui,
» avec la même audace et la même perfidie,
» se sont permis d’accuser d’empoisonne» ment, ne doivent-ils pas être présumés ca» îomniateurs sur tous les autres chefs (l) »?
(I) L’on a, dit-on, fait déposer que Nadaud avait
déclaré, devant quelques personnes, qu’il craignait que
sa femme ne l’empoisonnât.
Vingt témoins pourraient attester aussi que , dans

( 8 )

§

I I I

SUPPOSITION DE PART,

D’où l’on fait résulter un crime de faux sur les
registres de l’état civil (1).
La veuve Nadaud a, dit-on, supposé un
accouchement.
O B S ERVATIONS.

Si ce’le malheureuse femme a commis un
des momens d’ivresse , ce même Nadaud avait tenu des
propos également indiscrets contre sa première femme.,
et que, dans une occasion particulière, il disait hau­
tement que le citoyen Mirambeau avait voulu le faire
périr.
Ce qui ne signifie pas qn’on pense que cela soit ,
mais seulement que ce vieillard, inquiet et grossier, par­
lait avec très-peu de réserve , ( sur-tout lorsqu’il était
pris de vin ), de tous ceux qu’il croyait désirer sa mort,
pour recneillir son hérédité.
(ï) Pour avoir plus d’avantage contre les accusés, au
lieu de dénoncer un crime de supposition de part, qui
eût donné lieu à une procédure ordinaire , par jury
devant tribunal criminel, l’on a imaginé de porter
nne plainte en crime de faux, ( quoique le faux, s’il
existait, ne fût que l’effet ou l’accessoire du délit prin­
cipal). Cette marche a eu pour objet d’attribuer la com­
pétence an tribunal spécial formé d’après la Loi du 13
floréal an 10 ; loi qui, outre qu’elle est infiniment plus
sévère contre les accusés que les lois précédentes , les
prive du recours au tribunal de cassation ; mais le
citoyen N. Lamarque, qn’on a voulu impliquer, a une
telle confiance dans les lumières, la sagesse et l’inté­
grité des juges qui doivent composer à Bordeaux le
tribunal spécial, que, loin de se permettre à ce. sujet
la moindre réclamation , il s’empressera de reconnaître
et d’adopter la compétence.

(9 )

pareil délit, ce n’a pu être que dans un
long accès de folie, puisqu’elle avait, comme
je l’ai dit , un testament en sa faveur, testa­
ment que les meilleurs jurisconsultes, sans
aucune variation , décidaient valable, et que
conséquemment elle se serait déterminée à
commettre un grand crime , non seulement
sans intérêt, mais contre son propre in­
térêt.
Or , quçl individu peut se déterminer à
commettre un crime , à courir le plus grand
danger, contre son intérêt, lorsque cet intérêt
est connu de lui.
Objection. C’est une forte présomption ,
« disent les dénonciateurs ; mais cette pré» soinption cesse , si la supposition est prou» vée ; or, elle l’est ici, par la déposition
» d’une mère qui se présente , et qui dans
» la procédure doit avoir déclaré qu’elle
» avait vendu ou cédé son enfant; par la
» déposition d’une sage femme , qui après
» avoir dit qu’elle avait accouché la veuve
» Nadaud, doit déclarer aujourd’hui le
» contraire , et par d’autres déclarations
« venant à l’appui de ces deux dépositions
« principales
Réponse. Le résultat de l’instruction, lors­
que tout sera connu et que dans une dé­
fense complète il sera permis de comparer
et de rapprocher tous les faits , éclaircira
ce point essentiel.
En attendant, voici ce que j’observe :
i.° Plusieurs témoins ont dû déposer for-

B

( 10 )
mellement avoir vu la veuve Nadaud en­
ceinte , et avoir remarqué, avant et après, les
signes non équivoques de la grossesse et de
l’accouchement.
2.0 Il en est beaucoup d’autres qui n’ont
point été entendus, (parce que les dénon­
ciateurs n’ont pas voulu les indiquer), et qui
publient les mêmes faits.
5.° La prétendue mère est une servante qui
menait une mauvaise vie , et qui par cela
seul , mérite bien peu de confiance, mais
qui d’ailleurs s’était concertée avec un des
principaux acteurs du parti opposé, lequel
se disant faussement parent de Nadaud, s’était
présenté chez elle, l’avait entretenue dans
le sens de la déclaration qu’elle a dû
faire et lui avait indiqué un conseil pour la
rédiger. Il sera prouvé et peut-être résul­
tera-t-il de ses réponses, que ce n’est qu’à
l&suiie de cette intelligence et de ces entretiens,
qu’elle a envoyé sa déclaration à un magis­
trat de sûreté, et que c’est postérieurement
à tout cela qu’elle s’est présentée en justice,
où. on lui avait garanti qu’elle serait reçue
comme témoin et non comme accusée, et
qu’en tout cas, un défenseur éloquent s’em­
presserait de parler pour elle, en intéressant
sur ses motifs.
4° L’accoucheuse,parla déclaration qu’on
lui attribue , est convaincue de crime ,
et par cela même ne mérite pas plus de con­
fiance que celle qui dit avoir abandonné et
repris ensuite le titre et les droits de mère.

( II )

Toutes ces réflexions, au surplus, sont
surabondantes dans l’intérêt de ma famille,
car si la supposition d’enfant avait eu lieu,
(ce que je suis loin de regarder comme
consiant, d’après les faits ci-dessus relevés )
il sera évidemment prouvé que N. Lainarque , mon frère , l’a parfaitement ignorée ;
qu’il était aussi absolument contre son in­
térêt de se prêter à un pareil délit; et que
la seule circonstance qui soit vraie à son
égard, c’est que se trouvant depuis long­
temps lié d’amitié avec cette femme, il
la voyait quelque fois et lui avait rendu
divers services , ( ce qu’il tn’a jamais
nié ).
Mais il n’a pas à se reprocher la plus
légère culpabilité, et malgré la hardiesse
des diffamations, malgré le désir qu’on a
eu de le charger dans la procédure, j’ai de
fortes raisons de croire qu’on ne l’a pas osé,
ou que du moins, on ne l’a osé que trèsindirectement. ( 1 )
(l) Je ne connais point la procédure, et je n’en parle
ici que d’après ce qu’ont rapporté publiquement la
plupart des témoins.
C’est ce secret des dépositions émanées des ennemis
du prévenu..... Ce sont les formes extrêmement rigou­
reuses d’un tribunal spécial, qui, à la suite d’une
longue et sanglante révolution, semblent être la suite
d’une guerre civile, lorsque les dénonciateurs y atta­
chent l’empreinte ou le caractère d’un parti, ce
sont les mouvemens continués de ses ennemis , pour
se procurer de nouveaux témoins, qui ont suspendu
pour un moment la comparution du citoyen N. Lamarq

( 12 )
IV
§.

Assassinat de la veuve Nadaud.

Cette malheureuse femme fut assassinée
le lundi 10 brumaire , à onze heures du soir,
sur la grande route de Bordeaux , a une lieue
de Monpont, vis«à-vis le bourg de MenespletJ’étais à Monpont avec mes frères , (arrivé
depuis sept à huit jours), dans la nuit où
le crime a été commis.
Les habitans de Menesplet sont venus,
vers minuit, pour annoncer l’assassinat, et
c’est à mes frères qu’ils sé sont adressés,
comme à ceux qui prenaient le plus d’in­
térêt à cette infortunée.
Dès le matin du il brumaire , une foule
de personnes jetèrent, sans ménagement,
de violens soupçons sur quelques ennemis
de la veuve Nadaud ; je les repoussai avec
force , ( circonstance qui peut être géné­
ralement attestée ) , en observant que le
crime était si atroce , qu’on ne pouvait ,
sans s’exposer à commettre une grande inque, malgré la connaissance qu’il avait de la sagesse
et de l’impartialité de ses juges.
Maintenant que sur la procédure à charge l’instruction
paraît complète , il se flatte que , par un sage amalgame
de la loi du 23 floréal an 10 , avec les lois précédentes,
(du 3 brumaire an 4 , et du 7 pluviôse an 9 ), il lui
sera permis , en comparaissant, de présenter des témoins
à décharge, d’ouvrir des débats, et de faire valoir, dans
sa défense , tout ce qui peut contribuer à la découverte
de la vérité,

(13 )
justice , se permettre de propos contre qui
que ce fût.
La disposition des esprits me parut abso­
lument la même pendant les deux' jours
que je passai ultérieurement à Monpont ,
et 5o témoins pourraient certifier que telle
fut la première impression.
Quelle est donc la circonstance qui a
pu donner à ces mêmes hommes , sur qui
planaient les soupçons , l’audace de récri­
miner, et même de devancer près des juges,
ceux dont ils redoutaient la déclaration ?
C’est le cas de faire connaître la pro­
cédure et de placer une observation sur
l’esprit qui dut la diriger.
Trois idées et trois questions se présen­
tent ici naturellement : elles doivent être
discutées et appréciées.
Première

Question.

Par quelle Combinaison et sur quel fait
a-t-on cherché à élever une prévention contre
Nicolas Lamarque ?
Sur un fait , non-seulement innocent,
mais louable , (en supposant qu’il soit vrai),
et sur une combinaison dont le plus simple
exposé dévoilera la perfidie.
Il existe malheureusement à Monpont,
ainsi que dans une foule de petites com­
munes , deux partis opposés , cherchant
avec une fureur aveugle , presque toujours
fatale à l’un et à l’autre , les occasions de
se nuire.
C

( 14 )

Cette division, qui ne tenait ancienne­
ment qu’à des intérêts de famille et de
localité , s’est malheureusement renforcée
par nos dissenlions politiques, dont le génie
du Gouvernement tempère et adoucit chaque
jour les effets, mais dont il n’a pas été
possible encore d’éteindre tous les sou­
venirs.
Il aurait fallu, dans de pareilles circons­
tances, des juges qui ne connussent, pour
ainsi dire, aucune des parties , ou qui
n’eussent jamais pris le moindre intérêt
à leurs débats.
Au lieu de cela, qu’est-il arrivé ?
i.°Quele citoyen Durand-Maison-Neuve,
dont je ne conteste ni les lumières , ni la
probité, mais que je récuserais constam­
ment dans mes affaires personnelles , et à
l’égard duquel je n’hésiterais point à me
récuser, tant a été vive et opiniâtrement
soutenue l’inimitié majeure qui existe, de­
puis 25 ans , entre nos deux familles ,
( malgréles tentatives faites à diverses épo­
ques pour un sage et utile rapprochement);
que le citoyen Durand, dis-je, a été,
comme suppléant du juge de paix, chargé
de dresser le procès-verbal du corps du
délit , et d’entendre les premiers témoins ,
lesquels lui ont été exclusivement indiqués
par les ennemis de la veuve Nadaud.
a.° Que le directeur du jury de Ribérac a
recommencé l’instruction, mais que le substi­
tut du commissaire qui, aux termes de la

( 15) .

loi du j pluviôse., a dû indiquer les témoins
au directeur du jury, et qui cherchait la
vérité avec le zèle le plus pur , s’est vu
forcé, par l’éloignement où il se trouvait
de celui du délit , de prendre exclusivement
l'indication de ces témoins , du même citoyen
Durand , qui les avait déjà entendus.
Or que se proposaient , dans ce premier
moment, les ennemis de la veuve Nadaud?
Ce n’était pas d’obtenir un résultat , mais
d’établir une prévention.
Pour la faire porter ( nonobstant les plus
fortes invraisemblances), contre les amis
de cette veuve, et spécialement contre N.
Lamarque, mon frère ; voici ce qui a été
pratiqué.
i.° L’on a eu soin de ne faire entendre,
comme témoins , aucun de ceux qui , le
lendemain de l’assassinat, racontaient hau­
tement plusieurs circonstances qui étaient
loin ( dans mon opinion ) de montrer des
coupables, mais qui, du moins, étaient dé­
favorables aux ennemis de la veuve Nadaud,
et établissaient contre eux la prévention.
2..° L’on a, avec une perfidie profonde,
bâti un système sur une seule circonstance,
personnelle à N. Lamarque ; circonstance
qui , loin de faire présumer un motif cri-'
minel, n’annoncerait de sa part, en la sup­
posant réelle, que l’attention et l’amitié
pour la malheureuse veuve Nadaud ; mais
qui avait cet avantage pour ses ennemis,
que le premier et le seul dont on parle-

( 16 )
rait ( de quelque manière que ce fut ) serait
N. Lamarque , en sorte qu’ils pourraient
dire : ce ré est point de nous , cest de N. La­
marque que les premiers témoins ont parlé.
Mais qu’ont dit ces témoins ? Le parent
qui accompagnait cette veuve a, dit-on,
déclaré, comme l’ayant ouï dire par elle,
et trois témoins ont répété, comme l’ayant
entendu de ce parent, « que N. Lamarque
” mon frère, lui avait conseillé , pour n’étre
» point arrêtée sur la grande route , de
» prendre la route de Branes ( que cepen­
dant elle ne prit pas).
Nous n’avons ici aucune certitude de ce
fait , sur lequel toutes les dépositions se
réduisent à celle d'un seul témoin , qui ne
dit pas même l’avoir entendu du citoyen
N. Lamarque, et qui ne fait que rapporter
un ouï dire.
Mais en le supposant pleinement et in­
contestablement vrai, je soutiens que le
propos attribué à mon frère, loin d’annon­
cer un mauvais dessein, a pu être motivé
sur les plus fortes et les plus justes consi­
dérations.
Le jour du départ de la veuve Nadaud,
1 des lettres particulières avaient annoncé
que l’information, se poursuivait vivement,
et qu’il pourrait être décerné contre elle
un mandat de dépôt. L’on présumait aussi
que le citoyen Mirambeau, poursuivant,
( au nom de sa belle-mère ) serait porteur
de ce mandat.

(17 )
Et la présomption ne pouvait être plus
juste, puisque le citoyen Mirambeau parut
le lendemain 12 brumaire, porteur effective­
ment de ce mandat.
La veuve Nadaud pouvait donc recevoir,
soit du citoyen N. Lamarque, soit de tout
autre, et pour peu qu’on prit intérêt à sa
situation, l’on pouvait lui donner très-in­
nocemment le conseil de prendre la route de
Branes, afin d’éviter, le lendemain, la ren­
contre soit du citoyen Mirambeau , soit de
la gendarmerie , et de n’être point igno­
minieusement et scandaleusement arrêtée
avant d’être arrivée à Bordeaux, et d’avoir
conféré avec un défenseur.
Conclure de cette circonstance qu’il a
pu s’élever la plus légère présomption con­
tre N. Lamarque , relativement à l’horrible
assassinat, c’est une opinion aussi insensée
qu’injuste, et d’autant plus barbare, que
mon frère se trouvant sons un mandat de
dépôt, d’après la procédure sur la plainte
en supposition de part ( ou faux sur les re­
gistres de l’état civil); cette seconde opi­
nion répandue à 20 lieues , exagérée par
l’intérêt et par loutes les passions de ses
ennemis, pouvait produire à Bordeaux la
sensation la plus fâcheuse , ramener les
doutes les plus défavorables, au moment
même où le citoyen N. Lamarque espérait
devoir déclarer son innocence par un tri­
bunal , sévèrement organisé , il est vrai ,
mais aussi éclairé qu’impartial.

------- T7.T..

( 18 )
Opinion d’autant plus cruelle, qu’il était
impossible à mon frère de se défendre àla-fois dans deux départemens difierens
(à Bordeaux et à Ribérac), de dévoiler en
même temps , dans l’un et dans l’autre, les
complots de ses ennemis, et de conserver
les moyens et les avantages que la loi ga­
rantit à tous les prévenus.
Si le simple conseil de prendre une route
détournée, pour se soustraire momentané­
ment à l’exécution d’un mandat de dépôt,
pouvait faire présumer l’inlention de l’as­
sassinat ou de tout autre crime , il faudrait
donc ( si N. Lamarque mon frère avait eu
lui-même le malheur d’être assassiné) élever
cette présomption contre celui qui, à l’ins­
tant où mon frère allait prendre le courrier
pour se rendre à Bordeaux , vint lui an­
noncer qu’il existait aussi à son égard un
mandat de dépôt , et le détermina , par
cette circonstance, à prendre une autre
voie (1).
(I) La route de poste de Monpont à Bordeaux offrant
au milieu de la nuit les endroits les plus solitaires et les
plus dangereux , l’homme qui méditerait l’assassinat
n’aurait nul besoin d’indiquer une route de traverse,
et dans le fait ce n’est point sur une route de traverse,
mais sur la route de poste que cette malheureuse femme
a péri.
La route de Branes , où. il n’y a point de poste , est
an surplus un grande route très-fréquentée, et où les
habitations sont peut-être moins éloignées l’une de l’au­
tre qu’elles ne le sont sur la route de poste.

( 19 )
Deuxième

question.

ÇizcZî étaient ceux qui avaient intérêt à ce
que rassassinat fût commis ? Etaient-ce les
amis, étaient-ce les ennemis de la veuve
Nadaud?

Quelques hommes indifFérens qui, dans
le vague des conjectures et des soupçons
opposés, regardent la veuve Nadaud comme
coupable, relativement à la supposition de
part, disent que ses amis qui, dans quelques
circonstances sont réputés lui avoir donné
des conseils, ont pu desirer sa mort, dans la
crainte quelle ne les accusât ?
Réfléchissons un moment sur l’excès d’in­
vraisemblance et d’horreur que présente
la supposition d’un pareil motif.
1.° Si la veuve Nadaud était coupable et
si l’on suppose qu’elle voulût accuser son
conseil, il faut reconnaître nécessairement
qu'elle ne l'aurait pu qu’en s’accusant ellemême. Or quel est l’homme qui puisse
penser que si la veuve Nadaud se fût regar­
dée comme convaincue, comme obligée de
tout avouer, elle eût eu la folie, pour le
seul avantage d’accuser son conseil, d’aller
au-devant de son jugement , au-devant de
sa condamnation?...... Quel est l’homme
qui pense que dans une pareille hypothèse,
ce conseil même l'eût engagée à se rendre
à Bordeaux , où elle aurait dû l’accuser,
en s’accusant elle-même ? N’aurait-il pas

( 20 )
pris, au contraire, le .plus grand soin de
l’en éloigner? Ei lorsque cet éloignement
était aussi facile que naturel, pouvait-on,
sans aucune uliliiilé, se livrer au plus grand
des crimes ? Avait-on besoin d’un assas­
sinat ?.... L’homme s’affaiblit et s’égare dans
une foule de circonstances, mais le scélérat
même qui s’égarerait à ce point, auiait plei­
nement et entièrement perdu la raison.
2.° Si l’ami qu’oit veut inculper eût été
complice, il faul nécessairement, ou sup­
poser que la veuve Nadaud connaissait seule
la complicité, et dans ce cas, eût-elle même
été assez insensée pour vouloir s’accuser ellemême , en accusant son conseil, sa décla­
ration n’eût pas suffi contre lui; ou bien il
faut penser que d’autres qu’elle étaient ins­
truits du complot ( ce qui est précisément
le système de ses adversaires); et, dans ce
second cas , sa mort était inutile ; ce que
la veuve Nadaud n’aurait pas dit, d’autres
pouvaient le déclarer, et le conseil ( pré­
tendu) ne l’ignorait pas. Il aurait donc, sous
ce nouveau rapport, commis le plus atroce
des crimes, sans intérêt, sans utilité pour
lui.
3.° Enfin il est reconnu, il est de noto­
riété publique qu’avant la plainte portée
en supposition de part, et dans la première
décade de brumaire , c est-a-dire q d 6 jours
avant le départ de la veuve Nadaud, il lui
avait été fait des propositions d’accommo­
dement et de transaction , et quelle s'y était
refusée.

( 21 )

Elle ne pouvait donc pas être dans la
nécessité de s’avouer coupable ; car si elle
eût été réduite à ce cas extrême, il était
impossible , il était contre nature qu’elle
se refusât à un arrangement.
Elle n’avait donc ni ne pouvait avoir
l’intention de s’accuser ; et par une consé­
quence évidente et forcée, ses amis et ses
conseils , eussent - ils été ses complices ,
n’avaient nul intérêt à l’assassiner.
Quel est donc celui, ou quels sont ceux
qui ont eu intérêt à donner la mort à la
veuve Nadaud? Je l’ignore complètement,
et plus le crime est grand, plus je pense
qu’on doit être difficile à se permettre le
moindie soupçon ( 1 ) ; mais je n’hésite
point à affirmer qu’il faut chercher les pré­
venus parmi les ennemis de la veuve Nadaud,
et non parmi ceux qui avaient de l’amitié
pour elle.
Comment ces ennemis ont-ils pu avoir
intérêt à ce qu’elle périt?
Ils y ont eu intérêt si , par la mort de
cette veuve, leurs moyens d’attaque ont dû
se renforcer, et si ses moyens de défense
on dû s’affaiblir. Or voici, dans le moment
présent, la situation des parties.
(I) Je déclare que loin de vouloir donner lieu à la
plus légère présomption soit directe soit indirecte, contre
le citoyen Mirambeau , je le défendrais ( s’il était accusé )
presque aussi vivement que je défends mon frère, bien
profondément convaincu que l’un et l’autre sont également incapables de commettre ou de favoriser l’assassinat.

1

( 22 )
1.° La veuve Nadaud n’existant plus, et

n ayant que des collatéraux faibles et sans
expérience, sa cause se trouve sans antre
défenseur que le ministère public auquel
elle est dans l’impuissance d’indiquer des
témoins, et qui, dans l’état actuel de la
procédure, n’en a entendu d’autres que
ceux que lui avaient indiqués les dénon­
ciateurs (témoins dont un très-grand nom­
bre étaient en guerre ouverte avec elle).
Voil à un premier désavantage pour la
veuve Nadaud , et un motif d’intérêt pour
ses ennemis.
2. ° Immédiatement après l’assassinat ,
quoiqu’il n’eût été notifié à cette veuve ,
ni mandat de dépôt , ni mandat d’arrêt ,
et que conséquemment ses parens seuls
eussent le droit de prendre des mesures de
précaution ou de sûreté, relativement à sa
succession , elle a été traitée en quelque
sorte comme coupable , les scellés ont été
apposés d’ofEce sur tous ses meubles et
effets ; des grains qu’elle avait vendus à
un particulier de la commune du Pizou ,
ont été arrêtés et séquestres, et ses ennemis
ont eu soin de répandre qu’on trouverait
des pièces de conviction contre elle, et que
c’était là le but de l’opération. —Tout cela
s’es! fait sans le concours et contre le vœu
des parens.
Nouveau désavantage pour sa cause , et
motif d’espoir pour ses ennemis.
5.° Dans le moment même, et par une

( 24 )

?

plus léger, au plus faible des doutes , est
un malheur extrême que dans le cours de
ma vie entière, quoique semée de traverses
et d’agitations, l’imagination la plus in­
quiète ne m’aurait pas fait prévoir.
Mais des hommes profondément pervers
ont élevé ces doutes.---- L’indifférence les
a reçus.---- La vertu ou l’amitié généreuse
n’ont pas eu assez de force pour les anéan­
tir dans leur principe.
Il faut donc les combattre, non par une
discussion de faits ( de simples et rie témé­
raires soupçons , produits par la calomnie,
n’en ont pas besoin), mais par le tableau
des plus fortes et des plus invincibles con­
sidérations.
Ma famille, à Monpont, est composée de
trois frères et de cinq sœurs.
L’aîné (c’est moi), après avoir été depuis
1791 , appelé à toutes les assemblées na­
tionales, et avoir joui, sans interruption,
de la confiance de tous les gouvernemens
qui se sont succédés, sous les diverses for­
mes de la république, est dans ce moment
revêtu d’une place honorable, qui le lie
au premier corps de la magistrature.
Le second , successivement administra­
teur , juge et commissaire central dans le
département de la Dordogne , est maire
de Monpont, et soit comme jurisconsulte ,
soit comme notaire , personne n’a recueilli
jusqu’à ce jour , avec plus d'étendue que
lui, la confiance de ses concitoyens.

( 25 )

Il est marié et père de quatre enfans (i).
Le troisième , N. Lamarque, (celui dont
il est question ), est prêtre, attaché à son
état qu’il a exercé sans reproche , avec
l’estime soutenue, et la confiance de ses
supérieurs. Lorsque les événemens politi­
ques l’ont forcé d’en suspendre l'exercice,
il a rempli diverses fonctions , notamment
celle de contrôleur des invalides : il est
dans ce moment un des administrateurs de
l’hospice de Monpont.
Nous jouissons tous , si non d’une grande
fortune , au moins de l’aisance qui met audessus des besoins, et nous avons eu jusqu’à
ce moment des amis distingués , et avons
vécu dans les premières sociétés du pays.
Un oncle , deux cousins germains , por­
tant le même nom que nous, habitent la
même commune. Ils sont propriétaires aisés ,
et l’un , après avoir fait dix campagnes
dans les armées de la République et reçu
d’honorables blessures , vit retiré avec le
grade d’adjudant-commandant, et son trai­
tement de réforme.
Quel intérêt, dans une pareille position,
aurait donc eu N. Lamarque à commettre
un assassinat ?
Serait-ce pour la fortune? La contestation
entre la veuve Nadaud et sa belle-sœur, lui
(i) Nous avions une mère que ce coup terrible vient
de frapper, et qui n’a pu y résister que deux jours.
Si la férocité sourit, la douce amitié versera quel­
ques .larmes sur cette continuité d'affliction3 qui m’at­
tendaient au sein de ma famille.

—y

( 26 )
était étrangère. Quelque dût être l’événe­
ment , il ne devait lui appartenir , de
plus ou de moins , la plus modique valeur.
Pouvait-il avoir quelque projet d’ambition?
S’il en avait eu, ce crime horrible les eût
tous renversés.
Aurait-il satisfait quelque sentiment de
haine , de ressentiment, de vengeance ? Tout au
contraire, il eût donné la mort aune femme
pour laquelle il n’avait jamais eu que de
l’amitié, et qu’il avait constamment proté­
gée et défendue.
Le citoyen N. Lamarque est prêtre, ainsi
que je l’ai dit. Il a reçu une éducation soi­
gnée. On lui a toujours reconnu un carac­
tère sociable et doux. 11 n’est accoutumé
ni à une vie sauvage et dure , ni au ma­
niement des armes.
Il n’était donc pas capable d'un meurtre.
N. Lamarque était ami de la veuve Nadaud.
Il n’a donc pas voulu la priver de la vie....
Pendant qu’on pèse ces réflexions, je ré­
pète et affirme qu’au moment de l’horrible
assassinat , mon frère était à Monpont , et
que j’y étais et ai soupé avec lui ; que toutes
les personnes qui se trouvaient dans la
maison peuvent attester qu’il s’est cou­
ché un peu après dix heures du soir; qu’il
a passé la nuit dans son lit, où il a été
malade ; que c’est à mes frères que les habitans de Menesplet sont venus annoncer le
meurtre; qu’ils ont réveillé N. Lamarque,
lequel les a conduits dans la chambre de

Ç 27 )

J.-Baptiste, ce dernier convalescent et faible
après une maladie de deux mois.
Voilà la vérité.
Je terminerai ces observations en émet­
tant une pensée que je soumets au temps
et aux réflexions des hommes sages.
L’on avait répandu que N. Lamarque ac­
compagnerait à Bordeaux l’infortunée qui
a péri....
Il me paraît donc trop vraisemblable
que le féroce chasseur, qui a si rapide­
ment et si habilement frappé les deux
coups meurtriers, s’était proposé d’en diri­
ger un contre mon frère.
Je desire de toute mon ame que celle
idée (qui a été manifestée à Monpont parbeaucoup de personnes ) ne soit qu’une
erreur; mais je ne puis m’empêcher d’en
être pénétré.
F. LAMARQUE.

NOTE ADDITIONNELLE.
An moment où ces observations sont imprimées , je
suis instruit que , relativement au conseil de prendre
la route de Branes, pour se soustraire momentanément
à l’exécution du mandat de dépôt , ( voyez ci-dessus ,
page 16 ), les mêmes hommes disent avec affectation
que mon frère a été deux Jais chez la veuve Nadaud
AFIN DE L’ENGAGER A PARTIR.........
S’il s’agissait d’intérêts moins importons, l’on sourirait
de pitié........... mais l’on ne peut se refuser à la plus
vive comme à la plus juste indignation , lorsqu’on voit
avec quelle perfidie de loches et de cruels diffamateurs
cherchent à donner à cette circonstance ( quoique fausse)
le caractère ou l’intention d’un délit.

( 28 )
Qti’y aurait-il donc de criminel à ce que le citoyen
N. Lamarque eût été deux fois ( même sans invitation )
chez la veuve Nadaud , le jour où cette veuve devait
partir pour Bordeaux et préparer une défense sérieuse ?
Si le fait était exact., nul intérêt n’engagerait à Je
mettre en doute ; mais il est faux, ou absolument dé­
naturé.
La vérité est que celte veuve, le jour même de son
départ, envoya plusieurs fois sa domestique pour de­
mander l’expédition du testament de.son mari ; que
celle-ci se présenta dès le matin ; qu’elle repassa à
l’heure du dîner, et que ce fut l’après midi seulement
que mon frère sortit et put lui remettre cette expédition.
Si la veuve Nadaud a envoyé sa domestique, le projet
d’entrevue n’est donc pas venu de mon frère.
Si appelé dès le matin, il a différé de sortir jusqu’à
l’après-midi, il ne mettait donc pas à cette entrevue
l’empressement qu’on lui suppose.
Et s’il a remis à la veuve Nadaud l’expédition qu’elle
demandait ( ce qui est très-possible ) , il avait un motif
réel et juste.
Ce motif ne peut être dénaturé et empoisonné que
par la scélératesse ou par la folie.

A

PERIGUEUX,

De l’Imprimerie de DUPONT,

O