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PLAIDOYER
•*
Messieurs.,
Ma voix , accoutumée à s’élever contre le crime, viendrait.elle. aujourd’hui en prendre la défense ? Celui qui, dans le long
exercice d’un ministère protecteur et vengeur de l’ordre public,
signala tant de coupables à la Justice , viendrait-il lui deman
der la grâce d’un assassin ?...... Non , Messieurs , l’horreur dont
je fus toujours pénétré pour les grands attentats qui affligent
et épouvantent la société , ne s’est point effacée de mon ame ,
et si l’infortuné père de famille, qui m’a confié sa défense, se
fût souillé du forfait dont on l’accuse , j’eusse laissé à d’autres
(*) La défense du sieur Lapcyrière ayantété en partie improvisée, on n’a pu l’imprimer
en entier; mais il a désiré que la partie écrite fût rendue publique, à Taison de la gravité
de l’accusation et de l’intérêt qu’il a de s’en justifier , tant au tribunal de l’opinion qu’à
< celui de la justice.
I
(2 )
le soin de préparer quelque artificieuse justification, et n’aurais
jamais consenti à vous en présenter une que ma conscience aurait
démentie. Mais j’ai dû distinguer le malheur d’avec le crime ,
et lorsque j’ai vu un citoyen qui a servi honorablement sa
patrie , s’arracher des bras de sa famille en pleurs , pour venir
lui-même au-devant des fers que la plus cruelle fatalité sem
blait lui avoir préparés, demander à ses juges d’examiner et
d’apprécier l’acte qu’on lui impute à crime , et faire , en atten
dant , le sacrifice volontaire de ses intérêts, de ses affections
et de sa liberté ; je me suis dit à moi-même : le coupable ne
vient point se placer ainsi sous le glaive de la loi^ le coupable
craint, mais n’invoque pas la justice.
D’autres considérations ont encore frappé mon ame. J’ai vu
dans cet. accusé le descendant de magistrats distingués qui sié
gèrent avec honneur dans cette enceinte , le membre d’une
famille dès long-temps en possession de l’estime et de la con
sidération publique, le père de cinq enfans, dont l’un a consacré
sa vie à la défense de l’Etat, et je me suis dit encore : le sang
qui coule dans ses veines n’est pas le sang des malfaiteurs ,
n’est pas le sang des assassins.
Mais, Messieurs, ces considérations morales, quelque puis
santes qu’elles fussent, n’ont pas été les seules bases de ma con
viction sur l’innocence de l’accusé ; j’ai voulu la completter encore
par les preuves matérielles que m’a offert la procédure qui vous
est soumise.
En lisant dans l’acte d’accusation ces mots terribles : attaque
à dessein de tuer, tentative d’homicide effectuée avec prémédi
tation et de guel-à-pens , j’ai cherché où était cette victime qui
n’avait échappé que par miracle au plus lâche des assassinats,
et je n’ai trouvé qu’un imprudent qui n’a dit qu’à sa propre
témérité la blessure qu’il a reçue , qu’un audacieux qui, bien
loin d’avoir été attaqué par l’accusé que le hasard seul avait
conduit à sa rencontre , s’est exhalé contre lui en menaces et
( 3 )
en provocations violentes, s’est élancé pour le braver et l’attein
dre , a constamment résisté aux invitations que lui faisait cet
accusé de se retirer et de ne pas le forcer à faire usage de l’arme
dont il était porteur.
J’ai cherché quels étaient les témoins qui pourraient éclairer
la justice sur cette préméditation supposée et sur ce prétendu
dessein de tuer , et j’ai entendu presque tous les témoins à charge
nous raconter les efforts que fit le sieur Lapeyrière pour engager
l’huissier Barailler à ne pas foncer sur lui. Que dis-je? J’ai lu
dans la procédure qu’un de ces témoins avait rendu compte de
tous les regrets que lui avait manisfesté le sieur Barailler à
l’occasion de sa blessure ; qu’il lui avait confessé que cet accident
était la suite de sa propre imprudence ; que c’était un événement
bien malheureux pour le sieur Lapeyrière ; qu il étaitfâché d’avoir
fait sa dénonciation ; qu’il s’en repentait et voudrait pouvoir la
rétracter.
Etrange tentative d’arracher la vie à autrui que celle qui se
manifeste par tous les moyens pris pour la lui conserver ! Etrange
assassin que celui qui, provoqué, menacé et prêt d’être assailli,
conjure qu’on s’éloigne, qu’on ne le force point à la nécessité
de se défendre, et qu’enfin on ne le réduise point au desespoir !...
Rassurez-vous donc, Messieurs les jurés, il n’existe ici aucun
indice, aucune trace d’assassinat. La société n’a à regretter la
perte d’aucun de ses membres. Une blessure non dangereuse,
qui ne pouvait avoir de suites funestes, a été involontairement
faite à un citoyen qui ne doit l’imputer qu’à sa propre provo
cation, et ni vos consciences , ni la justice n’exigeront point que
l’échafàud se dresse et que le sang y coule pour la réparer.
Quelque grave que soit cette accusation, nous trouvons dans
l’arrêt qui l’a prononcée, un motif bien consolant pour le sieur
Lapeyrière ; nous y voyons qu’une des considérations qui l’ont
déterminée, est la non-présentation de cet accusé, pour détruire
les indices élevés contre lui.
(4)
Le sîeur Lapeyrière qui devait son travail et ses soins à sa
malheureuse famille , avait cru devoir abréger autant que possi
ble le temps de sa captivité , et attendre, pour se présenter, le
complément d’une organisation qui devait nécessairement occa
sionner des lenteurs dans les procédures qu’on instruisait alors;
mais à peine le nouvel ordre a été établi, à peine a-t-il appris
qu’une accusation était admise contre lui , qu’il s’est bâté de
se constituer dans les prisons, et de venir donner à la justice'
les explications qu’avaient désiré les premiers Magistrats, et au
mojen desquelles il aurait vraisemblablement obtenu, dès le
principe sa liberté.
Mais, Messieurs, le sieur Lapeyrière ne forme aucun regret
sur son premier silence, puisqu’il a le bonheur de vous avoir
pour ses juges et pour ses jurés , et que la publicité des débatsdont vous avez été les témoins ne peut que donner plus d’éclat
à sa justification et mieux assurer le triomphe de sou innocence
Nous allons donc remettre sous vos yeux les faitsqui ont donné
lieu à cette accusation. Nous eu apprécierons le mérite, tant
d’après la conduite du sieur Lapeyrière que d’après lès déclara
tions des témoins , et nous espérons- porter ou plutôt fortifier
dans vos âmes cette conviction intime qui existe dans la notre:
que l’accusé n’est pas coupable.
FAITS.
Le sieur Ventou-Lapeyrière appartient à une famille égale
ment distinguée dans la carrière de la magistrature et dans celle
des armes (i).
(i) Le père du sieur Lapeyrière était conseiller au sénéchal et présidial de Périgueux.
Etienne Ventou- Lapeyrière , son grand-père paternel, avait occupé la - meme chargej il
fut réélu plusieurs fois premier consul de la ville.
Le président Cœüilhe, dont la mémoire et les ouvrages'sont également chers à cette province
était son tris-aïeul maternel.
Le sieur Lapeyrière compte aussi dans sa famille plusieurs militaires dont les services ont
mérité-et obtenu d’honorables récompenses^
( 5 )
Iî servit long-temps lui-même en qualité de capitaine.
Rentré dans ses foyers, il eût à s’occuper du soin d’apportionner quatre frères et quatre soeurs, et dé donnera cinq enfans
dont il était le père, une éducation convenable à leur état et
au rang qu’ils étaient destinés à occuper dans la société.
Vous concevrez facilement, Messieurs , qu’avec un patrimoine
médiocre, sesressources-furent souvent insuffisantes pour subvenir
à tant de charges, ou plutôt à tant de devoirs. Il fallut recourir
à d’onéreux emprunts. Eli ! dans quel temps fut-il forcé d’user
de cette voie ! A cette funeste époque où l’agiotage le plus éffronté,
l’usure la plus révoltante étendaient leurs ravages dans ce dépar
tement, et plongeaient tant de familles dans la misère et dans
le deuil ; à cette époque où plus d’un père vit, en peu de mois,
son patrimoine et celui de ses enfans entièrement dévoré par
ces odieux vampires qui, tout en s’abreuvant du sang et des
larmes de leurs victimes , leur tendaient une main assassine qu’ils
osaient appeler secourable; à cette époque où la liberté des
citoyens , devenuele gage de l’usure, était incessamment menacée
par des cohortes d’huissiers et de records , et où tant d’infor
tunés succombant à leur désespoir périssaient au sein des pri
sons pour n’avoir pu assouvir l’insatiable cupidité de leurs spo
liateurs !...Le sieur Lapeyrière fut une des'victimes de cet odieux bri
gandage. Obligé de recourir à ces onéreux emprunts, de mons
trueux intérêts aggravèrent bientôt sa condition. Ses engagemens
se multiplièrent. lisse grossirent parle cumul de ces intérêts con
vertis en capitaux à chaque échéance, et toujours avec l’in
térêt de l’intérêt, Le précipice se creusa chaque jour plus pro
fondément sous ses pas. Dans l’impossibilité de payer, il essuya
des condamnations, et l’huissier Barailler fut l’un des ministres
choisis pour les faire exécuter.
Le 2 du mois de mai dernier , cet huissier se rendit à
Kanteuil, environ les six heures du matin, pour exécuter le
1
(6)
*
sieur Lapeyrière dans ses meubles, à la requête d’un nommé
Mcynier, de Thiviers.
Barailler n’éprouva dans son opération aucun trouble ni
empêchement. Le sieur Lapeyrière se contenta de lui observer
que le jugement, en vertu duquel il procédait, était un juge
ment par défaut, qu'il entendait s*y rendre opposant, et que,
d’après cette opposition autorisée par la loi, il ne pensait pas
qu’on pût aller plus avant» L’huissier n’insista pas pour passer
outre, et. se retira avec ses deux assistans.
Peu d’instans après» le sieur Lapeyrière sort de sa maison
poux- aller promener dans son jardin ; il rencontre le sieur
Moreau , de Thiviers , qu’il invite à l’accompagner.
Cette promenade dura quelque temps, et la conversation ne
roula que sur des choses absolument indifférentes.
L'heure de midi approchant, Moreau invite Lapeyrière à
venir dîner avec liai chez le nommé Cbaleats-Beruaud, au
bergiste de Wantcuil, et la proposition est acceptée.
Après le dîner, Lapeyrière et Moreau se rendent chez le
sieur Lansade. Ils y étaient à peine que Barailler et son com
pagnon Baprade, antre huissier, surviennent»
Une société de ce genre ne pouvant convenir au sieur T ;;peynère, il sort de la maison, et se..retire chez lui.
C’est ici, Messieurs, le lieu d’observer { et ce fait, est no
toire dans le bourg de Wanteuil ) que le sieur Lapeyrière est
dans l’usage, ainsi que le pratiquent !a plupart des habitans
de la campagne, de prendre chaque jour son fusil, pour aller
surveiller ses propriétés.
Ce jour-îà, comme à l'ordinaire, et après être sorti de chez
le sieur Lansade, il prend son arme, se rend, dans an enclos
à lui appartenant, tire sur des volailles qui y causaient du
dégât, et recharge son fusil. Ce fait se passa en présence du
sieur Lapouvade, à qui le sieur Lapeyrière dit qu’il réservait
la seconde charge pour quelques oiseaux malfaisans qui ni-
( 7 )
c,liaient sur les arbres d’une terre voisine , et qui de temps
en temps venaient dévaster sa basse-cour.
Le sieur Lapeyrière se disposait, en effet, à se rendre sur
celte pièce de terre, lorsque l’une de ses filles survint et lui
remit de la part du sieur Barailler un billet dans lequel cet
huissier lui demandait d’avoir à lui payer, sans délai, le mon
tant d’un engagement qu’il lui avait fait souscrire en blanc,
le menaçant de le poursuivre judiciairement, s’il ne l’acquit
tait pas au plutôt.
Le sieur Lapeyrière, qui n’avait pas les fonds nécessaires
poui' solder ce billet, songea, pour éviter de nouveaux frais,
à s’adresser sur le champ au sieur Moreau, voisin et ami de
Barailler, pour qu’il interposât sa médiation et engageât cet
huissier à suspendre l’effet de ses menaces, et à accorder un
délai moral pour le payement.
Il s’informa de suite si Moreau était encore à Nanteuil; il
le demanda au sieur Lansade, et particulièrement à Marguerite
Rougier, femme de l’aubergiste Cliateau-Reynaud, chez lequel
il avait dîné avec ce meme Moreau, en leur observant qu’il
étoit pressé de le voir, qu’il avait quelque chose d’essentiel à
lui communiquer.
Il lui fut répondu que Moreau venait de partir pour se re
tirer à Thiviers, en compagnie des huissiers Laprade et Ba
tailler, qu’ils étaient à peine sortis du bourg, et qu’il les au
rait bientôt atteint.
Le sieur Lapeyrière continue et bâte sa marche; il était ar_
rivé à une distance d’eux d’environ cent et quelques pas, lors
que le sieur Barailler qui l’avait sans doute aperçu et qui crovait en être poursuivi, se tourne, et s’avançant d’un air fu
rieux : que signifie, s’écrie-t-il, cette arme dont cous êtes por
teur? Est-ce à moi à qui vous en voulez! Et en même temps,
il fait signe à l’huissier Laprade d’avancer aussi vers Lapeyrière,
en lui indiquant, avec la main, le détour qu’il faut faire pour le
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saisir par derrière. Non, répond ce dernier, je n’en veux à
personne ,• je venais pour parler à Moreau ; je vois bien que
voire projet serait de m’assaillir , mais vous n’y réussirez pas :
n’avancez pas, ou je lire sur vous.
Laprade qui avait fait quelques pas en avant, intimidé par
cette réponse, se replie aussitôt sur Barailler, l’arrête un mo
ment et le presse de se retirer; Moreau lui fait les mêmes ins
tances ; mais Barailler devenu plus furieux renouvelle ses me
naces et ses provocations : son fusil, dit-il, ne me fera pas
peur, je ne crains point un homme armé ; et au même instant
-faisant un mouvement violent pour se débarrasser de Laprade
qu’il culbute dans un fossé, il précipite sa marche vers Lapeyrière. Celui-ci, ne songeant plus qu’à se mettre en défense, recule
de plusieurs pas et jette son chapeau au-devant de Barailler,,
en lui criant de ne point le dépasser, s’il ne veut pas essuyer
la décharge de son fusil. Mais Barailler n’écoutant rien et
s’avançant toujours,, le sieur Lapcyrière qui craignait avec
•raison d’être atteint et violemment excédé , est forcé de faire
lisage de son arme pour arrêter son ennemi, et a néanmoins
,1a prudence de la diriger de manière à ce qu’elle ne puisse
l’atteindre dans aucune partie essentielle du corps. Le coup
part, et Barailler reçoit une légère blessure à la cuisse droite.
Tels sont, Messieurs , les faits qui se sont passés dans cette
journée du 2 mai , qui est devenue -si fatale au malheuretix
iLapeyrière, et ces faits méritent d’autant plus votre confiance,
-qii’ils sont confirmés par les déclarations mêmes des témoins
produits à la charge de l’accusé.
Nous aurons donc à examiner : i.° s’ils constituent ce guetà-pens, cette attaque à dessein de tuer et cette tentative
d’homicide dont vous parle l’accusation ; 2.0 si le fait de la
Blessure peut être imputé à crime à l’accusé, dans la circons
tance où il se trouvait.
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DISCUSSION.
§ Ier.
Le cœur de l’homme, Messieurs, est un abyme dont il est
bien difficile de sonder la profondeur. Sa conscience est un
asile où nul ne peut pénétrer sans sa participation. Sa pensée
lui appartient toute entière -, elle est un mystère pour tous , s’il
ne juge à propos de la manifester, et il n’est réservé qu’à la
divinité seule de sonder et de connaître les véritables inten
tions de sa créature.
Nous ne pouvons donc juger de la volonté secrette des hom
mes et apprécier leurs vrais desseins que par les conjectures
que nous formons d’après les actes extérieurs de leur conduite.
C’est par-là que ce dessein et cette volonté se décèlent le plus
souvent, et s’échappent, pour ainsi dire, de leur ame.
Si ces données sont les seules d’après lesquelles nous puissions
chercher à connaître les intentions du sieur Lapeyrière, danS
la journée du 2 mai, nous avons à examiner tous les actes
de sa conduite , depuis le moment où Earailler survint chez
lui sans qu’il y fût attendu, jusqu’à celui où cet huissier fut
atteint du coup qui l’a blessé , c’est-à-dire , dans un intervalle
d’environ huit heures.
Et d’abord , il est parfaitement établi , et il résulte de la dé
claration de Barailler lui-même, que cet huissier s’étant rendu
vers les six heures du matin au domicile du sieur Lapeyrière
pour, y faire son opération , n’éprouva de la part de ce dernier
aucune opposition, qu’il n’essuya aucune menace, aucun pro
pos fâcheux, et .qu’ayant rencontré dans l’après midi Lapey
rière chez le sieur Lansade, l’accusé conserva le même calme
et ne manifesta contre lui aucun sentiment d’aigreur ou de
haine. Ces faits sont attestés parles sieurs Lansade et Moreau,
2
( IO )
et par cet huissier Lapracle, si fortement dévoué à son con
frère Barailler.
Ce même jour, après avoir dîné avec Moreau , le sieur La
peyrière prend son fusil , selon son usage , pour se promener
sur ses propriétés j il se rend dans son enclos., tire sur des vo
lailles qui causaient du dégât , et charge de nouveau son
fusil pour aller sur une pièce voisine chasser quelques oiseaux
malfaisans. Ces faits vous ont été attestés par le sieur Lapouyade
qui en a été le témoin.
Arrêtons-nous , Messieurs , à ces premières circonstances par
faitement établies par les débats, et voyons si elles n’excluent
pas toute idée du dessein homicide qu’on suppose à l’accusé.
En effet, concevrez-vous que si le sieur Lapeyrière eiit for
mé , dès les six heures du matin, l’horrible projet d’attenter
aux jours de Barailler, il eût été dîner tranquillement avec
le sieur Moreau , et eût resté avec lui jusqu’à une heure après
midi ?
Concevrez -vous qu’il eût attendu jusqu’à ce moment pour
préparer ei prendre son fusil, et qu’il se fût montré publique
ment avec cette arme ?
Concevrez-vous qu’il se fût amusé à conférer avec le sieur
Lapouyade, et à parcourir son enclos et les terres qui l’avoi
sinent pour tirer sur des volailles ou sur des oiseaux ? Avec le
projet qu’on lui impute, les momens étaient précieux pour lui.
Barailler pouvait être parti du bourg de Nanteuil, et six ou
sept heures de temps étaient plus que suffisantes pour que la
victime pût échapper au coup qui lui aurait été destiné.
Depuis six heures du matin , l’accusé aurait eu le temps de
faire ses préparatifs homicides -, il eut été se poster sur le che
min que devait suivre Barailler pour retourner à Thiviers. Ou
plutôt, il n’eut pas été assez insensé pour essayer de consommer
le plus lâche des assassinats en plein jour, à deux heures de
l’après midi, aux portes d’une bourgade considérable, et en
( 11 )
présence de tant de témoins qui auraient pu le saisir sur le
théâtre' même de son crime ; car, à une heure semblable, les
cultivateurs étaient dans les champs et bordaient, pour ainsi
dire, la route. Ajoutons que, dans le système de l’accusation,
il ne pouvait au moins ignorer que Barailler se retirait en
compagnie des sieurs Moreau et Laprade , • puisqu’on veut
qu’il en ait été averti par Marguerite Rougier , femme de
l’aubergiste Ghaleau-Reynaud. Eli quoi! le sieur 'Lapeyrière
dont le domicile est si rapproché de celui de Barailler, le sieur
Lapeyrière qui avait chaque jour l’occasion de voir et de ren-y
contrer cet huissier, n’avait-il pas tous les moyens d’observerses démarches , de connaître ses habitudes, de le trouver dans
quelque lieu écarté, et d’attenter plus sûrement à*sa.vie? La
soif de la vengeance, qui, ce jour là , ne pQuvajt avoir pour lui;
aucun motif raisonnable , l’aurait-elle donc tellement dévoré
dans cet instant, qu’elle eût tout-à-coup anéanti sa raison,
et lui eût fait braver tous les dangers pour tremper aussi pu
bliquement ses mains dans le sang d’ufn citoyen ?
Une autre circonstance , minutieuse au premier aperçu,
mais qui n’en est pas moins importante pour apprécier le des
sein que la justice cherche à éclaircir, est celle de la chaus
sure qu’avait alors le sieur Lapeyrière, et qu’il conserva toute
le journée. Les témoins vous ont dit qu’il portait de gros sa
bots à ses pieds, et certes, cette chaussure n’est pas celle d’un
homme qui, se disposant à commettre un assassinat, . doit
sentir l’importance dont il est pour lui de prendre la fuite
après avoir consommé son crime.
Ainsi donc , cette première partie de la conduite du sieur La
peyrière, et principalement l’usage auquel il avait destiné son
arme, excluent de sa part tout dessein de l’attentat qui lui est
imputé.
Mais, dit-on, ce jour-là, environ les deux heures de l’après
midi, le sieur Lapeyrière fut à la poursuite du sieur Barailler.
( 12 )
Non, ce n’était point vers Barailler que se rendait Lapeyrière,,
il n’avait aucune affaire à démêler en ce moment avec lui. Il
cherchait le sieur Moreau avec lequel il avait à s’entretenir.
Ce fait çst positivement attesté par le sieur Lansade, il l’est
plus particulièrement encore par Marguerite Rougier , qui a
déclaré, que ce jour même, environ les deux heures, le sieur
Lapeyrière , portant son fusil, était venu chez elle pour lui de
mander si Moreau était parti-, qu’elle lui avait répondu qu’il
venait de se retirer à l’instant pouç se rendre à Thiviers, et que
Lapeyrière avait de suite pris la même direction.
Mais la déposition de ce témoin n’est pas la seule preuve de
ce fait si important, que Lapeyrière cherchait Moreau et non
pas Barailler. L’accusé a en outre l’avantage d’établir le motif
qui l’engageait à se rendre devers Moreau , et ce motif est pleine
ment justifié par les débats; il l’est même par l’acte d’accusation.
Nous savez, Messieurs , qu’il a été prouvé que, ce jour-là,,
avant de quitter le bourg de Nantenil , Barailler écrivit, chez
le sieur Lansade, un billet destiné pour Lapeyrière , dans lequel
il réclamait fortement de ce dernier, le montant d’un encasement, et menaçant ce débiteur de lui faire de nouveaux frais
s il ne s’acquittait promptement.
Ce billet fut écrit en présence des-sieurs Lansade, Moreau
et J ciprade qui vous l’ont attesté. Il fut porté de suite par Barail
ler lui-même à l’une des filles du sieur Lapeyrière , et remis 3
par celle-ci, à son père peu d’instans après qu’il eût déchargé son
fusil sur les volailles qui ravageaient son enclos, et au moment
où il se disposait à continuer sa chasse.
Le sieur Lapouyade a été témoin de la remise de ce billet
an sieur Lapeyrière, de la lecture qu’il en prit et de sa retraite
après l’avoir Ju-.
Or, vous savez, Messieurs, ce que contenait ce billet : menaces
de poursuites judiciaires et de nouveaux frais s’il n’acquittait
promptement l’engagement dont Barailler était porteur.
y
fly
<
( 13 )
La première pensée du sieur Lapeyrière , à la lecture qu’il
en prit, se porta sur Moreau avec lequel il avait dîné. Moreau
était le voisin et l’ami de Barailler. Personne mieux que lui
ne pouvait interposer une utile médiation , et engager ce créan
cier à accorder un peu de temps. Lapeyrière quitte à l’instant
son enclos, va demander à Marguerite Rougier si elle a vu
Moreau, si elle sait cpti’il soit parti. On lui indique la route
qu’il vient de prendre , et Lapeyrière s’achemine pour tâcher
de le rencontrer , et pour l’engager à parler en sa faveur à Barail
ler. Il était prêt de le joindre lorsque s’engagea la rixe dont je
vous ai rendu compte, et qui, sans doute , ne fut provoquée par
Barailler que parce que ce dernier voyant Lapeyrière armé d’un
fusil , se persuada faussement qu’il venait lui susciter quelque
querelle.
Le sieur Lapeyrière avait donc un véritable et légitime motif
pour chercher Moreau et pour désirer de le rencontrer ; c’était
Moreau qu’il voulait trouver pour réclamer ses bons offices ,
et non Barailler , de qui il ne pouvait avoir directement rien
à espérer , et avec lequel il était loin de prévoir qu’il aurait
la moindre altércation.
Je vous ai dit que l’acte d’accusation établissait lui-même ce
motif. En effet, la remise du billet de Barailler à Lapeyrière
s’y trouve constatée ; mais il s’est glissé dans cet acte une erreur
de fait qu’il importe de rectifiëi', à raison des conséquences
qu’on pourrait en faire résulter.
Il y est dit qu’aussi tôt que Lapeyrière eût reçu ce billet, il
partit armé de son fusil, ce qui pourrait faire présumer qu’il
ne l’avait pas avant, et que la lecture du billet l’avait déterminé
à prendre cette arme dans quelque mauvais dessein.
Mais le contraire est établi par la déclaration dû' sieur
Lapouyade qui vous a dit, comme il l’a constamment déposé
au procès : « qu’avant d’avoir reçu ce billet, Lapeyrière était
» occupé à faire la chasse aux volailles qui ravageaient son enclosy
( 14 )
« qu’il avait déjà tiré tin premier coup sur quelques-unes , qu’il
» réservait sa seconde charge pour des oiseaux voraces qui ve» naient quelquefois dévaster sa basse-cour , et que ce ne fut
» qu’au milieu de cette chasse domestique, et après une pre» mière décharge de son fusil, qu’on lui remit le billet de
» Barailler. »
Ce billet n’avait donc pas déterminé le sieur Lapeyrière à
prendre son arme, puisqu’il l’avait dans les mains et s’en était
déjà servi ; mais il le détermina à aller devers Moreau pour
l’engager à appaiser son créancier, ce qu’il fit sur le champ,
sans se donner le temps de rentrer dans sa maison pour y
déposer son fusil.
Vous savez, Messieurs, ce qui se passa lorsque Lapeyrière,
allant à la rencontre de Moreau, fut aperçu par Barailler,
et avec quelle violence il fut provoqué par cet huissier. Vous
savez comment l’accusé fut sur le point d’être assailli et ter
rassé par Barailler et par Laprade, son fidelle compagnon.
Presque tous les témoins vous ont parlé de cette provoca
tion violente à laquelle l’accusé fut en butte.
Ils vous ont dit que Barailler fut le premier qui , d’un air
menaçant et d’un ton furieux, adressa la parole à Lapeyrière,
en lui disant : ton fusil ne m’intimide point, je ne crains pas
un homme arméIls vous ont dit que Barailler, cet Hercule exploitant, comp
tant sur sa force physique, et sans doute aussi sut' le secours
que lui aurait donné Laprade, avait été le premier à s’avancer
sur Lapeyrière.
Ils vous ont dit que l’accusé avoit rétrogradé pour ne pas
être, atteint ; qu’il avait répété plusieurs fois à Barailler: n'avançe pas, ou je tire sur toi-, qu’il avait été même jusqu’à
jeter en avant son chapeau comme une barrière qu’il con
jurait son ennemi de ne pas franchir.
Tous ces faits vous ont été attestés par Marie Jarry, Jean
( 15 )
Bordas , Pierre Plamont, Pierre Passerieusc, Jean et Marie
Desport et Pierre Marty.
Eli! l’on nous parlera encore cVassassinat et de guet-à-pens \
Lequel est donc l’assassin , de Gelui qui rétrograde, ou de celui
qui j’/zconee ; de celui qui provoque, ou de celui qui con
jure le provocateur de se retirer?.......
Mais, Messieurs, les dépositions de tous, ces témoins qu’une
providence conservatrice semble avoir placés sur le lieu même
de l’événement, pour mieux assurer le triomphe de l’inno
cence ; ces dépositions si concordantes, n’ont-elles pas été plei
nement confirmées par le sieur Moreau, également présent,
et en quelque sorte acteur dans la scène dont il s’agit ?
Ne vous a-t-il pas dit, ce sieur Moreau, que les instances
qu’il fit à Barailler pour l’engager à se retirer, furent vaines ;
que Barailler, d'un air colère, s’avançait à grands pas sur La
peyrière, en lui répétant : ton fusil ne me fera pas peur} je
ne crains pas un homme armél
Ne vous a-t-il pas dit aussi, comme les autres témoins,
et ce fait est bien précieux, que Lapeyrière rétrogradait ?
Enfin, le sieur Moreau interrogé sur la moralité et le ca
ractère violent de Barailler, vous a dit, que cet huissier pas
sait dans le public pour un homme perfide, et que, sur cela,
lui témoin gardait le silence...... Qu’il est terrible ce silence!
qu’il parle éloquemment pour l’accusé !
Que vous dirai-je , Messieurs , de la déposition de l’huis
sier Laprade, qui, dans cette scène , était si bien disposé à
seconder la provocation de son confrère Barailler, et qui,
dans la procédure , a resté si fidelle à son système de secours
et d’assistance envers son digne ami ?
Qui de vous n’a pas été révolté des contradictions dans les
quelles il est tombé , et de cette soif de nuire qui éclatait
dans chacune de ses paroles ?
Le rieur Lapeyrière, dit-il, était posté eu embuscade
( 14 )
si qu’il avait déjà tiré ün premier coup sur quelques-unes , qu’il
» réservait sa seconde charge pour des oiseaux voraces qui ve» naient quelquefois dévaster sa basse-cour , et que ce ne fut
» qu’au milieu de cette chasse domestique, et après une pre» mière décharge de son fusil, qu’on lui remit le billet de
» Barailler. »
Ce billet n’avait donc pas déterminé le sieur Lapeyrière à
prendre son arme, puisqu’il l’avait dans les mains et s’en était
déjà servi ; mais il le détermina à aller devers Moreau pour
l’engager à appaiser son créancier, ce qu’il fit sur le champ,
sans se donner le temps de rentrer dans sa maison pour y
déposer son fusil.
Vous savez, Messieurs, ce qui se passa lorsque Lapeyrière,
allant à la rencontre de Moreau, fut aperçu par Barailler,
et avec quelle violence il fut provoqué par cet huissier. Vous
savez comment l’accusé fut sur le point d’être assailli et ter
rassé par Barailler et par Laprade, son fidelle compagnon.
Presque tous les témoins vous ont parlé de cette. provoca
tion violente à laquelle l’accusé fut en butte.
Ils vous ont dit que Barailler fut le premier qui , d’un air
menaçant et d’un ton furieux, adressa la parole à Lapeyrière,
en lui disant : ton jùsil ne m’intimide point, je ne crains pas
un homme armé.
Ils vous ont dit que Barailler, cet Hercule exploitant, comp
tant sur sa force physique, et sans doute aussi sut le secours
que lui aurait donné Laprade, avait été le premier à s’avancer
sur Lapeyrière.
Ils vous ont dit que l’accusé avoit rétrogradé pour ne pas
être, atteint -, qu’il avait répété plusieurs fois à Barailler : n’avance pas, ou je tire sur toi-, qu’il avait été même jusqu’à
jeter en avant son chapeau comme une barrière qq’il con
jurait son ennemi de ne pas franchir.
Tous ces faits vous ont été attestés par Marie Jarrj, Jean
(
)
15
.Bordas , Pierre Plamont, Pierre Passerieux, Jean et Marie
Desport et Pierre Marty.
Eli! l’onnous parlera encore d’assassinat et de guet-à-pens '.
Lequel est donc l’assassin , de celui qui rétrograde, ou de celui
qui s’avance -, de celui qui provoque, ou de celui qui con
jure le provocateur de se retirer?.......
Mais, Messieurs, les dépositions de tous, ces témoins qu’une
providence conservatrice semble avoir placés sur le lieu même
de l’événement, pour mieux assurer le triomphe de l’inno
cence ; ces dépositions si concordantes, n’ont-elles pas été plei
nement confirmées par le sieur Moreau, également présent,
et en quelque sorte acteur dans la scène dont il s’agît?
Ne vous a-t-il pas dit, ce sieur Moreau, que les instances
qu’il fit à Barailler pour l’engager à se retirer, furent vaines -,
que Barailler, d’an air colère, s’avançait à grands pas sur La
peyrière, en lui répétant : ton fusil ne me fera pas peur, je
ne crains pas un homme armé!
Ne vous a-t-il pas dit aussi, comme les autres témoins,
et ce fait est bien précieux, que Lapeyrière rétrogradait ?
Enfin, le sieur Moreau interrogé sur la moralité et le ca
ractère violent de Barailler, vous a dit, que cet huissier pas
sait dans le public pour un homme perfide, et que , sur cela ,
lui témoin gardait le silence...... Qu’il est terrible ce silence!
qu’il parle éloquemment pour l’accusé !
Que vous dirai-je , Messieurs , de la déposition de l’huis
sier Laprade, qui, dans cette scène , était si bien disposé à
seconder la provocation de son confrère Barailler, et qui ,
dans la procédure , a resté si fidelle à son système tle secours
et d’assistance envers son digne ami ?
Qui de vous n’a pas été révolté des contradictions dans les
quelles il est tombé , et de cette soif de nuire qui éclatait
dans chacune de ses paroles 2
Le sieur Lapeyrière, dit-il, était posté eu embuscade !...,.
I
k
( 16 )
Mais on ne s’embusque que pour attendre et pour sur
prendre quelqu’un. Or, Laprade convient qu’il se retirait avec
Barailler et Moreau, suivant ensemble le chemin de Nanteuil
à Thiviers , et que Lapeyrière était derrière eux à deux cents
pas de distance : à quoi donc aurait pu servir cette préten
due embuscade ? un homme qui chemine et qui marche en
avant, ne peut donner dans une embuscade dressée derrière
lui-, et si, lorsque Laprade et Barailler suivaient le chemin
de Thiviers, Lapeyrière était resté embusqué derrière eux à
deux cents pas de distance , certes, ces deux huissiers n’avaient
rien à redbuter de lui et pouvaient se rendre à leur domicile
sans craindre de le rencontrer.
Il y a donc ici autant d’absurdité que de malice à nous parler
d’embuscade dans la position où se trouvaient les parties.
Mais comment ce Laprade, qui nous a dit avoir la vue
extrêmement faible, a-t-il pu distinguer derrière lui, en se re
tournant par hasard, un homme embusqué à deux cents pas
de là ? C’est lui-même qui a fixé la distance.
Lorsque tous les témoins s’accordaient à dire que Barailler
s’était avancé sur Lapeyrière, et que ce dernier avait rétro
gradé, il était difficile à Laprade de ne pas convenir de ce fait;
il l’a, en conséquence, déclaré, mais en en dissimulant, au
tant qu’il lui a été possible , les circonstances.
Selon lui, Barailler s’avançait tranquillement et à pas lents ;
mais le sieur Moreau, qui était également présent, lui a
donné un démenti formel, en déclarant que Barailler s’avan
çait précipitamment et à très-grands pas, et avec un air qui
n’était rien moins que pacifique; ce sont ses expressions. Et
il fallait, en effet, que cette marche de Barailler fut bien
rapide , puisque placé à plus de deux cents pas de Lapeyrière qui
rétrogradait, il l’eût bientôt approché jusqu’à une distance de
seize ou dix-sept pas, qui est celle à laquelle l’accusé fut forcé
de faire usage de son arme pour ne pas être assailli; et l’on
( 17 )
sent combien, à une distance si fapprochée, il eût été facile
au sieur Lapeyrière d’arracher la vie à son agresseur, s’il en
eût eu le dessein ; mais il était bien loin de chèrcnér à
attenter à ses jours, il ne voulait que l’arrêter, il ne voulait
que se défendre.
Il en est de même relativement au chapeau jeté au-devant
de Barailler par le $ieur Lapeyrière.
Laprade voulant atténuer la conséquence justificative qui
résulte de ce fait, convient bien que le chapeau fut jeté
par l’accusé, mais il ajoute que le sieur Lapeyrière le ramassa,
fit une pirouette, et tira le coup de fusil.
L’invention de cette pirouette, dans la disposition où l’on
suppose qu’était le sieur Lapeyrière, est aussi ridicule que
celle de Vembuscade -, car c’était s’exposer à ne pas atteindre
Barailler, et l’homme qui en veut 5 la vie d’un autre, et qui
a eu tout le temps nécessaire pour le coucher en joue, ne
s’amuse pas à pirouetter pour donner à son ennemi le temps
de prendre une autre position, et d’éviter le coup dont il
est menacé.
Ainsi donc, tout est contradiction ou absurdité dans la dé
claration de ce Laprade, l’affidé de Barailler, son recors d’habi
tude , si évidemment vendu à ses intérêts , et qui essaye de le servir encore, en trahissant la vérité jusques dans ce sanctuaire.
Il est un autre témoin , entendu au procès , dont la décla
ration peut encore vous fixer, Messieurs, sur l’évidence de
l’agression de Barailler. Ce témoin est le sieur Jacques Gail
lard, négociant, qui a déposé que , peu de jours après la rixe,
Barailler lui parlant de ce qui s’était passé, lui avait dit :
que c’était un événement bien malheureux pour le sieur La
peyrière -, quil était bien fâché d’avoir fait sa dénonciation ,
et qu’il voudrait pouvoir la rétracter.
Voilà comment Barailler, revenu de sa première fureur,
rendu au calme de sa réflexion et de ses sens, s’exhalait en
3
)
( 18 )
l’egrets. Il ne pouvait se dissimuler son imprudence, ni s’em
pêcher de confesser ses torts. Eh ! de combien de genres n’en
avait-il pâs eu envers le malheureux Lapeyrière!....
Mais le sieur Barailler a été blessé. Le fait de cette bles
sure ne constitue-t-il pas un délit, et ce délit ne s’aggrave-t-il
pas tant par les circonstances qui ont précédé la blessure que
par celles qui l’ont suivie ? C’est ce que nous allons examiner
en appliquant aux faits que présente cette cause les principes
consacrés par notre législation criminelle.
§ II.
L’huissier Barailler a été blessé par suite de son imprudence,
bu plutôt de sa provocation et de sa témérité.
C’est celte blessure qui a été présentée, par l’accusation,
comme une allac/ue à dessein de tuer, ou une tentative d’ho
micide exécutée avec préméditation , c’est-à-dire comme un
véritable assassinat.
Vous avez vu, Messieurs, que les débats ont complettement
détruit toute idée d’attaque et de tentative de ce genre rela
tivement à l’accusé, et que , par conséquent, il ne pouvait y
.avoir eu de sa part ni dessein antécédent ni préméditation ■
or , tout ce que nous avons dit de ces circonstances aggra
vantes au sujet de la prétendue attaque ou tentative d'homi
cide s’applique nécessairement à la blessure faite à Barailler,
puisque c’est uniquement dans cette blessure qu’on fait con
sister l’attaque et la tentative d’homicide. Eh ! comment en
effet le sieur Lapeyrière aurait-il prémédité de blesser Barail
ler, lorsque, dans cette journée du 2 mai, et après le procèsverbal qui fut rédigé à six heures du matin, il ignorait en
quel lieu s’était retiré cet huissier; lorsque, dans l’après midi,
tout devait lui faire présumer qu’il était parti pour retourner
à Thiviers, lieu de son domicile ?
1
( 19 )
Comment aurait-il prémédité de le blesser, lorsque , depuis
six heures du matin jusqu’à deux heures de l’après midi , il
ne cherche aucune occasion de le rencontrer , qu’il va dîner
tranquillement avec le sieur Moreau , et se rend ensuite dans
son enclos pour y chasser avec son fusil quelques volailles mal
faisantes ?
Comment aurait-il prémédité de le blesser, lorsqu’à deux
heures, recevant un billet auquel il ne s’attendait point, il
cherche Moreau dans le bourg de Wanteùil, vole sur ses pas
pour invoquer sa médiation près de ce même Barailler, et
aperçoit par hazard ce dernier à deux cents pas de distance
en avant de lui ?
Comment aurait-il prémédité de le blesser , lorsque , pro
voqué de la manière la plus violente, par cet huissier qui, s’é
tant retourné, courait sur lui comme un furieux, il le presse
de se retirer, le conjure de ne pas avancer et de ne pas le mettre
dans la nécessité de faire usage de son arme ?
11 n’avait donc pas, le sieur Lapeyrière , le dessein de faire
le moindre mal à Barailler, et la blessure qu’il lui a faite,
pour sa propre défense , pour sa propre sûreté , au moment
où il allait être assailli par lui et par Laprade, a été abso
lument involontaire et ne présente aucun caractère de prémé
ditation , aucun indice de criminalité.
Une blessure faite avec préméditation, et de laquelle il ré
sulte une incapacité de travail pèrsonneT pendant le temps dé
terminé par la loi, conduit l’agresseur au dernier supplice (i).
(i) Le Code penal de 1791. fixe la durée de cette incapacité de travail per
sonnel 'a plus de 4° jours, et prononce, dans ce cas, lorsqu’il y a eu pré
méditation, la peine de mort, art. 21 et 27 , Lrc sect., tit. 2, II.'partie.
Le nouveau Code pénal réduit la durée de cette incapacité à plus de 20
jp»rs, et prononce, dans ce cas, lorsqu’il y a eu prémçditationi,, la peine
des travaux forcés à temps, art. 009 et 51.0.
(20 )
Une blessure faîte sans préméditation, et de laquelle résulte
cette incapacité de travail personnel, rend son auteur pas
sible d’une peine afflictive et infamante (2).
Mais lorsque la blessure a été commandée par la nécessité
actuelle de la légitime défense de soi-même ou d’autrui, il
n’y a ni crime ni délit, et il n’y a lieu de prononcer aucune
peine ni même aucune condamnation civile (3).
Or, si la blessure faite à Barailler est de ce dernier genre ;
si, comme les débats l’ont établi, elle a été commandée au
sieur Lapeyrière par la nécessité de sa légitime défense, il
deviendrait fort inutile d’en examiner les suites, parce que ces
suites eussent-elles été aussi terribles qu’elles ont été légères,
eussent-elles rqême occasionné la perte de la vie, le fait prin
cipal qui les aurait produites ne serait point réputé crime,
mais serait au contraire une chose permise et légitime.
Cependant l’aete d’accusation ayant prétendu que, par suite
de cette blessure , Barailler avait été rendu incapable de va
quer à aucun travail personnel pendant plus de 4o jours, et,
cette circonstance , s’il n’y avait pas légitimité de défense
de la part de l’accusé , pouvant entraîner après elle une
peine terrible et peut-être, pour un homme d’honneur, plus
cruelle que la mort , il importe d’examiner ce fait , ne
fût-ce que pour le seul intérêt de la vérité; et puisque, dès
le principe de cette accusation , la plus inconcevable des fata
lités semblait vouloir placer l’infortuné que je défends entre
le déshonneux' et l’échafaud, il faut le disculper, tant sur le
fait en lui-même, que sur les diverses circonstances qui au-
(2) Code penal de 1791 , art. 21 de la I.” sect. du tit. 2 de la II.' part.,
et art. 009 du nouveau Code.
(3) Code penal de 1791; art. 5, 6 et 18 de la I.'! sect. du tit. 2 delà II.?
part., et art. 328 du nouveau Code.
LL
( 21 )
raient pu en augmenter la gravité, et compléter [ainsi , sur
tous les points , sa justification.
Bien loin que la blessure de Barailler ait eu les suites graves
qu’a prévues la loi, il paraît au contraire qu’elle a été assez
légère pour n’entraîner aucun résultat fâcheux. Barailler fut
atteint à la cuisse droite; mais le sieur Moreau, témoin de
cette scène, vous a dit que ce coup n’avait point empêché le
blessé de continuer sa course sur Lapeyrière, et que, sans l’as
sistance de personne , il avait conservé assez de force! pour se
rendre de suite chez le sieur Lansade, au bourg de Nanteuil.
Les voisins l’ont vu peu de temps après, aller, venir, et
marcher comme à l’ordinaire sans aucun secours étranger, et
il est notoire, dans le canton , que cet huissier, dans l’espace
d’environ quinze jours, a repris ses occupations domestiques
ei vaqué aux divers actes de son ministère.
Or, est-ce là cette incapacité cl’aucun travail personnel pen
dant plus de 4o jours, dont parle la loi?
Mais comment doit être établie et prouvée cette incapacités
C’est la loi elle-même qui nous l’apprend.
L’article 21 de la première section du titre 2 de la II.e partie
du Code pénal de 1791 (1) veut que le fait de cette incapacité
cZ’<ZMC«n travail personnel, pendant plus de 4o jours , soit cons
taté par les attestations légales des gens de l’art. C’est le seul
mode de preuve qui, dans ce cas, puisse être présenté à la jus
tice et commander sa foi. Pour apprécier la gravité d’une
blessure , pour en déterminer le caractère, pour en prévoir
ou en constater les suites, toute autre preuve serait insuffisante
ou équivoque. C’est l’homme de l’art, et l’homme de l’art
seul qui doit parler, et, en cela, le législateur a donné une
nouvelle preuve de sa prévoyance et de sa sagesse.
(1) C’est sons l’empire de ce Code que s’est passé le fait qui a donné lieu
à l’accusation.
(22 )
Nous devons donc chercher la preuve de cette incapacité
de travail personnel de la part de Barailler, pendant plus de
4o jours, dans les rapports de l'officier de santé qui lui a donné
ses soins et dans lesquels la justice a placé sa confianee.
Ces rapports sont au nombre de deux.
Le premier fut fait le 2 mai, jour de l’événement. Il ne
constate autre chose , sinon que l’officier de santé s’est trans
porté dans la maison où était Barailler, qu’il a trouvé cet
huissier blessé à la cuisse droite par une arme à feu et qu’il
l’a pansé selon les règles de l’art.
Le second est du 2.5 juin suivant. Ce même officier de santé
y rappelle son premier rapport. Il ajoute qu’il a continué ses
soins jusqu’au 24 de ce même mois; que la plaie allait assez bien
pour permettre à Barailler de se panser tout seul ; qu’au reste ,
quant à présent , il va et marche chaque jour sans faire usage
cle la potence qu’il avait d’abord été obligé d’employer.
Trouve-t-on dans ces deux rapports , qui sont les seuls qui
aient été faits sur l’état du blessé , cette déclaration formelle de
l’homme de l’art ; que par suite de sa blessure Barailler sera
ou a été rendu incapable de vaquer à aucun travail personnel
pendant plus de 4-0 jours ? Présentent-ils cette attestation légale
qu’exige la loi pour constater un fait auquel elle a attaché une
si grande importance? Non, sans doute, car ces deux rapports
prouvent, au contraire , la légèreté de la blessure. Le premier ne
la présente sous aucun caractère grave ; l’homme de l’art n’y
forme aucune conjecture fâcheuse. Le second, atteste que le
blessé peut se panser tout seul , et qu’il va et marche chaque
jour sans aucun secours étranger.
Quelle base a donc pris l’acte d’accusation pour présenter’
Barailler cqmme ayant été incapable , par suite du coup qu’il
avait reçu , de vaquer à aucun travail personnel pendant plus
de 4o jours? Cette base ne peut être autre que l’espace de temps
qui s’est écoulé entre les deux rapports de l’officier de santé ,
( ^3 )
c’est-à-dire depuis le 2 mai, jour de la blessure , jusqu’au 2&
juin suivant , joui’ du dernier rapport , ce qui présente un in
tervalle de 53 jours ; d’où l’acte d’accusation a conjecturé que
les visites de cet officier de santé s’étant prolongées pendant plus
de 4° jours, il y avait eu, pendant tout ce temps, incapacité
de travail personnel de la part du blessé.
Mais, i.° ce ne sont pas des conjectures que la loi veut pour
prouver un fait de ce genre. Celles mêmes que formerait l’homme
de l’art seraient insuffisantes. Il faut de la part de ce dernier
une attestation formelle et positive , parce que c’est le seul mode
légal par lequel cette circonstance aggravante puisse être établie.
2.0 Un individu blessé peut avoir besoin des secours de l’art
pendant plus de 4o jours, et être néanmoins capable de vaquer
pendant ce temps à un travail personnel.
3.° Enfin la continuité des visites d’un officier de santé ne
prouve pas toujours la gravité de la maladie, parce que la fré
quence et la prolongation de ses visites peut dépendre autant
du degré d’intérêt ou d’affection qu’il porte au malade, que
du besoin réel que peut avoir celui-ci des secours de l’art , et
cette vérité s’applique d’autant mieux à notre espèce, que l’of
ficier de santé qui a soign; Barailler est son voisin et son ami.
L’intervalle qui s’est écoulé entre les deux rapports et la ré
pétition des visites , ne prouvent donc rien pour la gravité de la
blessure , et prouvent encore moins l’incapacité A’aucun travail
personnel. Les rapports établissent, au contraire, la légèreté de
cette blessure et détruisent toute idée des suites fâcheuses qu’on
voudrait lui attribuer.
N’oublions pas , au reste, que quelques funestes qu’eussent
été ces suites , elles ne changeraient rien à la moralité du
fait et ne l’aggraveraient d’aucune manière , puisque la bles
sure qui les aurait occasionnées a été faite en légitime défense,.
et que , dans ce cas , selon l’expression de la loi , il n'y a ni
crime ni délit.
(24)
Après avoir discuté cette accusation dans son principal chef
et surabondamment dans toutes ses branches, dois-je , Messieurs
les Jurés, redouter votre réponse à cette question que va vous
adresser la Justice : Le sieur Lapeyrière est-il coupable ?
Pourriez-vous douter encore de cette légitimité de défense
qu’invoque l’accusé ? et s’il pouvait rester, à cet égard, la moin
dre incertitude dans vos esprits , ne serait-elle pas levée en
les reportant sur les principales circonstances que vous a offert
cette déplorable affaire ?
Les débats ont en effet parfaitement établi que tous les actes
de la conduite du sieur Lapeyrière , dans la journée du 2 mai,
excluaient l’idée qu’il eût eu l’intention d’attenter à la vie ni
à la sûreté de l’huissier Barailler ;
Que, le fusil dont il était porteur n’était dans ses mains que
pour la garde de ses propriétés ;
Qu’il était tranquillement dans son enclos , lorsque le billet
qu’il reçut le détermina à aller devers Moreau pour invoquer
sa médiation près de Barailler ;
Que, près de joindre Moreau qui se retirait avec-Laprade et
Barailler , ce dernier voyant à sa suite Lapeyrière armé d’un
fusil , s’en offensa et le provoqua de la manière la plus vio
lente ;
Que, ni les efforts de Moreau , ni ceux de Laprade, ne pu
rent empêcher Barailler de fondre sur Lapeyrière ;
Que Lapeyrière usa de tous les moyens possibles pour enga
ger Barailler à ne pas avancer ; qu’il le conjura plusieurs fois
de ne pas le mettre dans la nécessité de faire usage de Son
fusil ;
Qu’il fut même , jusqu’à jeter son chapeau en avant comme
une barrière qu’il priait Barailler de ne pas dépasser -,
Que ce dernier , s’étant débarassé de Laprade qui le retenait,
s’avança comme un furieux, et força le malheureux Lapeyrière
(25 )
de faire usage de son arme , pour l’épouvanter ou pour l’ar
rêter ;
Que , néanmoins , cette arme fut dirigée par Lapeyrière de
manière à ne pas atteindre l’assaillant dans aucune partie essen
tielle , et à ne pas s’exposer à lui faire une grave blessure ;
Que cette blessure, que Barailler ne peut attribuer qu’à sa
propre inprudence, ou plutôt à un excès de témérité de sa
part, n’a eu aucune suite fâcheuse ;
Que , si Lapeyrière a détaché son arme , ce n’a été que pour
sa propre sûreté , et pour ne pas être assailli par deux hommes
qui , s’ils l’eussent atteint, l’auraient terrassé ot excédé., peutêtre , jusqu’à la mort ; car Laprade ne retint Barailler , qu’après avoir fait lui-même une première tentative pour saisir
l’accusé ;
Qu’il n’y a donc eu de la part de Lapeyrière , ni dessein de
tuer, ni tentative d’homicide, ni guel-à-pens, ni prémédi
tation , puisque ce n’est que par hasard qu’il a rencontre
Barailler en compagnie de Moreau, de ce Moreau qui était le
seul individu qu’il cherchait, et dont il voulait invoquer la
médiation, et qu’il serait absurde de supposer que Lapeyrière,
s’il eût prémédité le crime qu’on lui impute, eût voulu le
consommer en plein jour , aux portes d’un gros lieu , et à la
face de tant de témoins.
Les débats ont établi que la tentative d’homicide dont parle
l’accusation , ne consistant que dans la blessure qu’a reçue Ba
railler , il n’y avait pas eu plus de préméditation pour la bles
sure que pour la prétendue tentative d’homicide, et que toutes
les circonstances qui détruisent cette préméditation , relative
ment à l’attaque , s’appliquent nécessairement à la blessure ,
ou plutôt, que cette blessure n’ayant eu lieu qu’à raison de
l’imprudence de Barailler, et de la nécessité où se trouvait
Lapeyrière de veiller à sa propre sûreté , elle n’avait évidem
ment été précédée d’aucun dessein , ni d’aucune préméditation.
4
(26 )
Enfin il a été prouvé , et bien surabondamment pour la jus
tification de l’accusé , que cette blessure n’avait point empê
ché le sieur Barailler de se livrer à un travail corporel pendant
plus de 4° jours,; qu’il avait été bientôt en état de la panser
lui-même ; qu’elle n’offrait aucun des caractères de gravité
prévus par la loi , et qu’au reste quelles qu’en eussent été les
suites, elle ne pourrait jamais être impntée à crime à l’ac
cusé , parce qu’il ne l’avait faite que pour sa défense légitime.
11 n’est donc pas un assassin le malheureux Lapeyrière! ....
11 n’est pas un assassin celui qui sent couler dans ses veines
le sang de tant d’aïeux qui servirent utilement leur patrie '.
Il n’est pas un assassin celui que des fonctionnaires distin
gués et des témoins irréprochables vous ont présenté comme
n’ayant jamais cessé de mériter leur estime et leur confiance !
li n’est pas un assassin le père de ces fdles. intéressantes qui
donnent ici, depuis un mois, le plus touchant exemple delà
piété liliale , en confondant leurs larmes avec les siennes et en
partageant avec lui la sombre horreur des prisons et l’effrayant
aspect des misères qu’elles renferment I
Il n’est pas un assassin celui qui est venu volontairement de
mander des fers à la Justice jusqu’au moment où son innocence
serait proclamée !
Sou innocence !...... eh ! n’a-t-elle pas déjà été reconnue par
celui-là même qu’on présentait comme la victime de ce pré
tendu assassinat ? Barailler , quelques jours après l’événement,
ne confessa-t-il pas tous ses torts ? n’avoua-t-il pas qu’il ne devait
imputer qu’à lui-même la blessure qu’il avait reçue ? C’est un
coup malheureux pour Lapeyrière , disait-il au témoin Jacques
Gaillard,/e suis au désespoir d’avoir fait une dénonciation s
je voudrais pouvoir la rétracter.
Ce langage, Messieurs, te,nu dans l’effusion du coeur, Ba
railler , j’aime à le croire , vous le tiendrait encore s’il pa
raissait dans cette enceinte, car son ame doit êlre brisée de
( 27 )
douleur en songeant à tous les malheurs que son imprudente
audace a suscités à l'accusé.
On nous parle de victime!...... Ah! s’il en est une, n’est-ce
pas le père infortuné dont on a attaqué l’honneur , dévoré le
patrimoine et compromis la liberté ? Voudrait-on encore son
sang pour consommer l’holocauste ?...... Won , il ne s’accom
plira pas cet épouvantable sacrifice. Vous la sauverez , justice
sainte ! cette victime qui est venue elle-même se réfugier auprès
de vos autels ; vos ministres lui tendront une main protec
trice, et s’ils ne peuveut lui rendre une fortune que des mains
avides lui ont si iniquement ravie , ils lui conserveront au
moins l’honneur , le premier et le plus précieux de tous les
biens.
Je conclus à ce qu’il soit déclaré que l’accusé n’est pas cou
pable , et par suite à sa mise en liberté.
N. B. Le sieur Lapeyrière ayant été déclaré non coupable
par le jury de jugement, la Cour d’assises L’a acquilé de l’ac
cusation portée contre lui et a ordonné qu’il fût sur le champ
mis en liberté.
—.....
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