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Médias

Fait partie de Les Lettres périgordines

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PRIX: 11)0 FRANCS

lr' ANNEE. — N° 2

LETTRES D'OC
par Marcel

FOURNIER

Un journal consacré aux « Lettres Périgordines » ne saurait être complet s'il ne fai­
sait une place aux œuvres occitanes qui de
tous temps ont vu le jour dans notre province.
C’est pourquoi j’ai accepté, i la demande de
Charles Soudeix, de collaborer à ce journal
afin d’v présenter auteurs anciens et moder­
nes qui écrivirent dans notre dialecte.
Cette confrontation des écrits dans les deux
langues usitées en Périgord pourra montrer
un certain parallélisme entre les deux littéra­
tures qui existent chez nous, parfois simili­
tude des sources où elles sont nées et leur res­
semblance formelle. Puisque le Périgord,
comme la France, est assez riche pour avoir
deux littératures il importait de ne pas sup­
primer une des faces du dyplique, de ne pas
passer sous silence l’une des deux et par cela
même d’appauvrir notre province.
Enfin la tentative audacieuse, disons
même téméraire qu’est la création d'un jour­
nal littéraire et qu’il est réconfortant aujour­
d'hui de voir entreprise par un jeune, méri­
tait qu'on lui apportât une aide, si faible soitelle. Il est un fait, c’est que les œuvres en Oc,
sont chez nous moins connues que les œuvres
d’Oïl. La difficulté des éditions, la parution
de tels écrits occitansi publiés seulement dans
des revues à tirage forcément limité au nom­
bre des abonnés, n'ont assuré à ces œuvres
qu’une diffusion restreinte. L’unique tentative
faite pour donner une large audience à une
œuvre d’Oc. fut celle tentée avant guerre par
la Coopérative Scolaire des Lèches qui, ayant
créé une société de Diffusion Félibréenne,
entreprit l'impression de l'œuvre entière de
Robert Benoit, parue en trois volumes ou
sous forme de pètites brochures: mais cette
tentative isolée fut sans lendemain.
De ce fait, un jeune Périgordin curieux de

connaître (autrement que par les extraits de
son livre de littérature, extraits traduits et non
nas texte. d’Oc) l'œuvre d’un Bertrand de
Born ou d’un Arnaud de Mareuil, ne pourra
le faire qu’en recherchant dans les bibliothè­
ques des livres rares et que beaucoup ne pour­

ront empruter. Qui, parmi les jeunes, aura
la facilité de découvrir en feuilletant le Bournat ou les Bulletins de la Société Archéologi­
que, les poèmes de tel écrivain, les articles de
tel érudit et pourra ainsi se rendre compte
de la présence chez nous d'écrits qui emprun­
tent à notre langue d'Or une saveur et une
sonorité particulières en même temps qu’ils
exprinienl avec vérité les sentiments de notre
population.
Et pourtant iquelle curiosité se manifeste à
la lecture de ces œuvres inconnues dès qu’on
les présente à un auditoire et comme on sent
les esprits aLtentifs et comme ces voix qui,
des mots quoditiens ont su .faire une musi­
que, trouvent aisément le chemin des esprits
et des cœur de ceux qui usant de cette lan­
gue, n’avaient jamais imaginé qu’elle put ser­
vir à autre chose qu’à parler dû temps et des
travaux et des menus événements de la vie.
Ce regain de goût et de passion que nous

(Quand

L’educnic

PLEIN DE PROMESSES
Ap penefre Auz Le

PLEIN D'AMERTUME
L’auteur de ces lignes, de plus en plus
grandement étonné qu’il ait été fait appel à
une. collaboration d’un intérêt douteux, s’est
plongé dans des rêveries agréables.
Agréables, peut-être, pour celui qui tourne
ces pages d’hier qui n’ont que la valeur de la
chose passée.
Des réminiscences qui accentuent bien des
regrets. Quand une vie est maladroitement
faite, ù quoi sert l’amertume... On ne ne peut
plus être et avoir été..
Au jourd’hui, la banalité du fait divers où se
mêle le massacre de la pensée.
A la recherche du gros événement qui per­
met de noircir du papier...
Le drame qui bouleverse toujours, quelle
que soit la cuirasse forgée par ceux qui ani­
mèrent une vie déjà lourdement chargée dans
l’information.

voyons se faire jour pour le théâtre en France
ne connaissent-ils pas un égal renouveau en
Périgord et ne se manifestent-ils pas par une
demande accrue de pièces en dialecte, plus
facilement apprises et mises en scène?'Et ce
théâtre d’Oc, seule forme survivante d'un
théâtre populaire français qui descend en
droite ligne des Mystères, des Fabliaux, des
Farces du Pont Neuf avec leurs personnages à
peine transformés, mais identiques surtout
par leurs caractères, ne connait-il pas lui
aussi pareille faveur?
Il me semble inutile de chercher d'autres
raisons et d’autres justifications à la néces­
saire présence de celle chronique qui pourra,
j en suis certain, contribuer à faire mieux
connaître les « Primadiés » de notre Langue
d’Oc et aussi les écrivains actuels parmi les­
quels certains jeunes apportent un son nou­
veau. C’est ce que je m’efforcerai de faire et
je n'ai pas d’autre ambition.
M. F.

. .Et, cependant, il était si plaisant d’émailler
des récits les plus bouleversants de ces tournu­
res littéraires puisées au contact des grands
maîtres en l’art de bien dire : d’un
Gabriel Sarrazin, le poète en prose; d’un Hen­
ri Meriot le poète-relieur aux mille et une
fioritures, plus encore de Noël Santon qui. sa
grande admiration pour Rachildc se rappro­
chait tant de ce Périgord béni des Dieux...
Depuis dix-huit années, l’auteur de ces li­
gnes ne cesse de manifester son admiration
profonde pour ce Périgord enchanteur, avec
son charme troublant.
Ses paysages enchanteurs; la saveur extrê­
me de sa langue, saveur que l’on ressent à
l’expression de ceux qui la parlent.
Tout cela nous fait nous tourner vers ces
jeunes qui ont toutes les audaces, celles qui
ont permis à cette publication de voir le jour.
Sous un ciel incomparable, ce jour est res­
plendissant, il est plein de promesses.
Et c’est tout cela qui permet à l’homme du
passé que nous sommes, de se complaire dans
cette jeune et sympathique compagnie dont la
porte nous a été si gentiment et si largement
ouverte.
Daniel GILLET,
le Jean des Tilleuls d’hier.

!
Le premier

numéro de LETTRES PERI-

GORDINES a été très bien accueilli C’est

POUR UNE MISE AU POINT
En pointilleux confrère, déguisé sous le pseu­
donyme « Piarrou », nous ayant égratigné dans
une récente édition du journal « Périgord Moun 1
Pais », nous lui avons adressé cette réplique qu’il î
aura sans doute le courage d’insérer comme il
est d'usage dans une Presse honnête:

peut être parce que ce journal présentait une
Périgueux, 3 mars 1955.
i
formule nouvelle dans la rédaction et la coor­
Monsieur le Rédacteur
dination de ses articles.
On me communique un article paru dans le
' Nous croyons plus sûrement que l’objet ■ numéro 78 de votre journal, qui veut être le
véritable de ce bel accueil est dû à nos écrits grain de poudre d'une polémique et dans '
sur notre beau pays du Périgord. I)e nom­ lequel je suis mis en cause à propos d’une
breuses lettres reçues à ce sujet nous le « coquille » sans importance relevée dan,s un
confirment. En effet, comment ne pas être de mes écrits, par les soins minutieux d'un cer­
conquis par tout ce qui touche notre si plai­ tain « Piarrou ».
sant et pittoresque terroir?
Ii s'ag’t de ce mol : « En Temps que fonda­
Comme, un journal quelconque, étranger ou teur » etc., pour « En Tant que », etc... Vous
avez, bien voulu me conseiller d’aller appren­
non. était assuré de trouver un sympathique
accueil en venant nous parler de l’Afrique dre à écrire. Quelle sollicitude à mon égard !
J'aurais cru que vous eussiez compris qu’il ,
Equatoriale ou de l’Asie Mineure, y avait-il à
ne s'agissait là que d'une simple faute d’inad­
craindre de provoquer moins d’intérêt en
parlant île notre belle terre Périgordc. vertance commise par le linotypiste. Les lec­
royaume des Troubadours? Nous ne le pen­ teurs intelligents ont rectifié d’eux-mêmes l'er­
sons pas et ne l'avons jamais pensé. D’ail­ reur. Et je leur en sais gré.
Elïeclivement, je n’ai, en écrivant ce mol,
leurs, nous le répétons, le grand nombre de '
lettres de félicitation et d'encouragement i aucunement pen.sé à ia couleur du ciel, ni au
reçues dès la première publication de notre temps qu'il faisait.
Il est au moins étrange qu'un journal qui se
journal, nous font entrevoir le début de notre
dit pour la bonne entente des Périgordins ou­
réussite.
blie de suivre la voie qu’il s’est tracée. Mais
Nous pourrions déjà, avec ces messages
puisqu’il se trouve aujourd'hui pour contredire
précieux et encourageants, constituer un ce .sens, je vous requiers d’insérer celle lettre 1
LIVRE D'OR des LETTRES PERIGORDINES. dans votre prochain numéro, en réponse à
Nous nous devons de publier quelques l'article publié.
11 faut plaindre celui qui, n’avant pas le cou­
extraits île lettres prises au hasard dans notre
rage de signer par son nom, mais pur un pseu­
volumineux courrier.
donyme plus ou moins Transparent, ne sait que
DE PERIGUEUX. — Recevez, Monsieur, mes féli­ s’attaquer, lâchement d’ailleurs, à un jeune de
dix-neuf ans qui ne demande, lui, qu'à rester
citations pour votre bel effort et mes remerciements
en dehors de toute polémique et qu’à atteindre
pour l’article... paru dans Lettres Périgordines.
le but littéraire (pii fait seul l’objet de son
AI'"0 R.B.
ambition.
.Te ne pensais point que mes premiers pas ,
DE PARIS. — Compliments et vœux pour les
dans les Lettres me mettraient aussi superbe­
Lettres Périgordines.
ment en' relief dans vos colonnes, Tout en dé­
AI. L.L.
plorant cependant le caractère haineux d'un i
DE SARLAT. — J’apprends la naissance de Lettres confrère d'àge mûr. je me doute, qui, bien ,
Périgordines que j’accueille avec plaisir et auxquelles qu’éloigné de sa petite patrie, devrait avoir un
je souhaite beaucoup de succès
peu de considération, voire même d’indulgence 1
J.R.
pour un jeune compatriote qui s.» lance dans
une carrière aussi épineu.se.
(
DE BORDEAUX. — Aies félicitations pour votre
Or. je di« ceci à mon détracteur : Carnaval
initiative, li laquelle je souhaite prospérité et longue
est passé, abaissez votre masque ! 11 m’esl dif­
vn<
ficile d? parler à une statue sans cœur ni visaR. D.
' ge et d'en être comnri.s. C’est, en outre, perdre (
i mon temns si n'.‘cieux.
DE BR.aXTOAIE. — .Té souhaite que cette publi­ ,
'foui bien réfléchi, il vaul mieux s'enlrelen'ir
cation, qui comble une lacune, obtienne tout le succès
avec un sourd - muet qu’avec un homme de
qu’elle mérite, à Périgueux et dans tout le Départe­ 1 paille, autrement dit un épouvantail qui n'a
ment, auprès d’un nombreux public compréhensif, I que le pouvoir d’effraver les rats de 'illéralure
ami des Lettres et des Arts, et soucieux d’encourager i et de donner le sourire à celui qui ne craint pas
les efforts louables de son fondateur et de ses colla­
de signer honnêtement
borateurs.
Charles SOUDEIX
'
S. J).
Poète, auteur du recueil de vers
« Ombres et Reflets »
DE SAIXT-LAUREXT-PLERIX (Bretagne). — J’ai 1
Directeur-Fondateur du journal littéraire
bien reçu le premier numéro de Lettres Périgordines.
« Les Lettres Périgordines »
1
Sa présentatoin me plaît; la ligne de conduite qu’il

.-i aam

ac

meure

anus

le

commerce

icesi-

à-dire, entre les mains de deux douzaines de
braves bougres sans malice.) une feuille littéraire..
... De grâce, ne vous noyez plus dans celte logo
machie délirante. Prenez garde : il ne suffit pas
de « pondre » n’importe quelle sottise, de catapul­
ter dans les airs n’importe quel « message » pour
être un génie.
Calmez vos ardeurs « écrivassières », vous vous
rendrez un fier service...

Jacques Magne,
Chef du service de. Presse
de lu Radiodiffusion Française
Rédacteur en chef de «Radio-55».
~ Mars 1955

Antithèse d’un mot qui en latin fait grand,
Polémiste éprouvé, aux reculs flagrants,
Bouffon qui, pour user de ton rustre verbiage,
Me coiffe du bonnet dont lu as l’apanage.
Savoir-vivre et génie sont deux bons numéros
Lesquels, en ton esprit, totalisent Zéro.
Vous êtes satisfait, maintenant, camarade,
I)e ces vers que m’inspire votre vile bravade !
Compatriote aigri qui ne savez parler
Que pour nous humilier ou nous écarteler.
Croyez que si mon nom eut seul été en cause
,1e ne vous eusse point dédié cette dose
De vérités profondes vues sous plusieurs aspects;
Mais c'est (pie mes lecteurs ayant droit au respect,
N’acceptent point le nom de bougrçs sans malice !
On leur doit des égards, et c’est avec justice
Que j’endosse le titre Emissaire en leur nom.
.le vous laissais en paix. Pourquoi celle agression?
Que vous ai-je donc fait ? Oh ! vous pensiez sans
[doute
Paralyser ma plume et me mettre en déroute,
Afin que votre orgueil puisse dire: j’ai gagné !
Vous vous trompez, Monsiéur, et meme vous hai[gnez
Dans celte vilénie que moi, jeune poète.
■le qualifie de lâche et puis de malhonnête !
Ah ! vous ne craignez pas de ridiculiser
Mes écrits (pii, bien sûr, sont loin d'être parfaits
trace promet beaucoup. Je lui souhaite longue vie, en
.la reste, « Piarrou », qui a daigné nous écrire
un temps où lee revues littéraires meurent si rapi­ une lettre personnelle, devrait bien surveiller lui- 1 Puisque que je suis tout jeune et (pie je sais
Très bien (pie vos assauts ne sont ([lie jalousie.
dement.
même son orthographe : la « Voie » qu’il nous a
Dix neuf ans ! C'est mon âge. Cela vous extasie
Cette revue m’intéressera tout le temps qu’elle I tracée es' également bonne pour lui. (t’est notre
présentera de belles idées exprimées en vers classi­ humble « Voix » qui le lui conseille.
Et cela vous inquiète à la fois, c’est certain .
ques, dépouillés de l’anarchie littéraire que 1 on
Pourtant je dis ceci: il faut être un panlin
recouvre pudiquement du nom de modernisme; tout
Sans cervelle ni cœur pour chercher à occire
le temps qu’elle présentera des contes dans une langue
Celui qui a le don de penser et d’écrire.
claire et élégante.
Ayant
peur de livrer des combals acharnés
Ue sont les qualités que je trouve dans le numéro
Contre
des adversaires trop bien enracinés.
que j’ai sous les yeux
Vous retournez vers moi votre plume acérée
Et vous égratignez ce (pie j’ai de sacré:
Mes écritures !
Cela m’est un affront et je supporte mal
Ces genres d’égraligmires.
Vous n’aurez rien gagné en me voulant du mal
Sinon, cl volontiers,
De la pitié.
Et je vous dis aussi sans colère ni mépris:
Nous avons reçu: Le Péri gourd in de Bor­
CharleMACNE
était grand et vous êles pelil !
deaux »; « L'Eveil du Périgord »; « Le Cour­
Cl mars 1955. ,
rier Vaiiclausien »; « Entretiens sur les Arts
Charles SOUDKIX.
et les Lettres ». « L'Alsace Poétique ».

REVUES

V/JAGff DU PÉRIGORD

Le Maître
Dessales-Ouentin
Tout a été dit sur le Maître. Depuis quarante
ans, les journaux et les revues ont célébré son
talent dans toute la France.
Robert Dessales-Quentin est né le 25 Août 1885,
à Brantôme, l’une des plus pittoresques cités de
la Dordogne. A quatre ans, à la suite d'une grave
maladie, le futur artiste devient sourd.
...L’enfant n’entend pins, mais il regarde avide­
ment. Aucun bruit ne vient plus distraire le
jeune garçon qui rêve dans le jardin ou sur les
bords de la Dronneï Et ce fut peut-être dans
une de ces merveilleuses après-midi, pleines de
ciel bleu, d’ombre verte, de glycines mauves, de
tuiles grises ou roses, que naquit la vocation
d’artiste de Dessales-Quentin.
(Pierre Fanlac, R. Dessales-Quentin, Peintre
périgordin.)
xxxxx
Après qu’il eut terminé ses études à l’Institut
National des Sourds-Muets de Paris, il entra à l’A­
cadémie Julian, dans l’atelier de Jean-Paul Laurens.
En 1909, il expose pour la première fois au
Salon des Artistes Français. En 1920, il devient
membre de la célèbre société et rarement la
critique a laissé passer une de ses expositions
particulières sans s’en occuper en termes flatteurs.
(Marquis de Fayolle.)

Depuis son entrée à la Société des Artistes
Français, ses expositions se succèdent dans toutes
les villes de France : à Paris, à Roubaix, à Vandeville, à Arras, à Nancy, à Sarrebrück, à Bor­
deaux, etc... Chacune est un succès.
Officier d’Académie (5 mars 1910), Officier de
l’Instruction Publique (7 avril 1923), il obtient,
en 1937, un Diplôme d’honneur à l'Exposition
des Arts et des Techniques.
Mais Robert Dessales-Quentin ne pouvait pas
oublier sa ville natale. Il est fondateur du Musée
de Brantôme, et en a été nommé conservateur
par arrêté préfectoral du 13 mai 1937.
Ajoutons qu’il est Chevalier de la Légion
d’tlonneur (29 mars 1939). ‘

CHRONIQUE
MUSICALE
Les Jeunesses Musicales

de France
La saison des J.M.F. s’est terminée avec une
conférence-concert supplémentaire qui a réuni
deux grand noms de la musique française : Janine
Dacosla et Roland Manuel. Les engagements pris
par la délégation de Périgueux auront donc été
tenus. Il fallait être animé par une belle dose
d’optimisme pour relancer ce groupement qui, à
ses débuts, s’était heurté à l’indifférence du public.
Si, à ce jour, [es résultats financiers ne sont pas
tellement brillants, le comité a eu la satisfaction
de constater qu’un solide noyau d’amis, toujours
plus nombreux, a répondu à tous ses efforts.
L’espoir de la prochaine réouverture du Théâtre
Municipal enlève déjà un pesant souci à ceux qui
ont pour mission d’organiser les réunions.
LE RUT DES J.M.F.
« Les J.MF. ont pour but d’enrichir la culture
générale de la Jeunesse Française en lui faisant
mieux connaître et aimer la Musique, qui ne peut
rester l’apanage exclusif d’une « élite intellec­
tuelle», mais doit pénétrer profondément dans la
oie de la nation
Les J.M.F. veulent initier à la vraie musique
tous les jeunes de France, non pas seulement pour
tes joies qu’elle donne, mais parce qu’elle possède

C’est toujours avec plaisir que nous attendons,
en son studio de la rue Gambetta, son exposition
annuelle.
Doué d’une grâce quasi enfantine qui fait le
charme de son regard, le Maître, en fluides
aquarelles, célèbre les paysages qui l'émurent :
Brantôme et Bourdeilles, la Dronne qui caresse
le pied de leurs coteaux', leurs jardins et leurs
frondaisons.
Eprouvant le besoin de communier avec le
ciel, un paysage pour lui n’est pas un jeu, c’est
l’affirmation de beaux rythmes, de puissants
contrastes, de grandes forces. Il étreint avidement,
avec une gravité religieuse, les arbres pleins de
pénombre, les troncs vivants sur lesquels la
lumière joue et qu’il baigne dans des ciels immen­
sément bleus...
En couleurs limpides, amoureuses des tons
atténués, sont décrites nos plages de Bretagne où
le sable se colore de mille reflets, et les eaux
océanes qui bercent mollement la course des voi­
les.
Peignant par nostalgie des formes et des décors
préférés, vivant au milieu de ses rêves, le Maître
Dessales-Quentin est un grand adorateur de la
nature, du plein ciel et du calme perdu. De son
Périgord, tel tournant de route, telle ligne d’hori­
zon, il les trouve inscrits au plus profond de son
cœui.
C’est sa plus grande nouveauté que d’avoir
exprimé la majesté du plein jour, de l’azur égal,
des ombres des feuillages denses et des profon­
deurs boisées... Ses tableaux dévoilent doucement
l’âme d’un artiste délicat et subtil.
Jehan de Chanterive.

une valeur sociale : elle doit avoir une place, de
choix dans les loisirs de l'homme de demain.
C’est donc par elle que les J.M.F. veulent préparer
la jeunesse d’aujourd’hui à un avenir meilleur.
Les J.M.F. ne sont inféodés à aucune doctrine
politique ou religieuse. Respectant toutes les opi­
nions et toutes les croyances, elles ignorent les
partis, les castes, les sectes et les races. Elles
rejettent tout ce qui peut diviser, pour embrasser
tout ce qui peut unir. Or, il n'existe pas en ce
monde de. plus puissant trait d’union que la
musique »■
LES MOYENS DES J.M.F.
Four arriver à atteindre leurs buts, les J.M.F.
cherchent à éveiller la sensibilité chez les jeunes,
en organisant pour eux des conférences-concerts.
Ce sont les plus grands noms de la musique
française qui visitent ainsi tour à tour les déléga­
tions. Les programmes sont soigneusement étu’ diés pour que, sans que la valeur éducative ne
soit diminuée, ces soirées aient un caractère
aimable, jamais lassant ou ennuyeux. Toute
médiocrité est écartée. N’a-t-on pas vu à Péri­
gueux, une conférence par Rotislav Hofmann
(sur la danse) ne pouvoir être faite par son auteur,
pris par ailleurs. C’est tout simplement Jacques
Lalande de t’Odéon qui l’a dite, et avec quel
talent.

QUELQUES REALISATIONS DES J.M.F.
Fondées en 1942, les J.M.F. ne sont encore qu'en
début de leur carrière. En dix années, six mille
concerts commentés ont été donnés aux jeunes
et applaudis par trois millions d’auditeurs enthou­
siastes.
«Actuellement les J.M.F. comptent 180.000 adhé­
rents dans environ cent cinquante villes de la
France Métropolitaine et trente villes de l’Afrique
du Nord. Les délégations sont groupées géographi­
quement en douze grands circuits ».
Chaque adhérent reçoit « Le Journal Musical
Français » qui, en plus des programmes, donne
un large aperçu de la vie musicale dans le monde
et offre aux lecteurs la critique des livres, des
disques, des films et de la radio.
LA SAISON PERIGOURDINE DES J.M.F.
Tous ceux qui l’ont régulièrement suivie, ont
été enthousiasmés par la haute tenue de toutes
les manifestations. Nous pouvons affirmer que les
grands artistes et les conférenciers érudits qui
sont venus nous visiter à Périgueux, sous l’égide
des J.M.F. ont apporté une véritable transforma­
tion dans la vie culturelle de notre cité. Aucune
autre organisation n’aurait eu la possibilité d’of­
frir au public des programmes d’une telle richesse
et d’une telle qualité.
Le chanteur Camille Maurane, l’ensemble vocal

anglais : « Les Old Age singers » — les pianistes
Pierre Maillard, Verger, Gilbert Mellinger, Jean
Laforge; Janine Dacosta — les acteurs Henri
Daublicr et Jacques Lalande — le prestigieux trio
de musique de chambre, les frères Pasquier — les
danseurs Roris et Hélène Trailine, Wladimir
Oukhtomsky, Lucianachiovitlo et Jeanne Laoust
ont tour à tour été les invités des J.M.F. à Péri­
gueux.
Les sujets suivants ont été développés : « Musi­
que et poésie » par Jacques Teschotte, « Virtuosité
de la danse » pur Rotislav Hofmann {dit par
Jacques Lalande) ; « Golden Age Singers » par
Rostilav Hofmann, « Un problème pianislique :
la transcription », par Marc Meunier Thouret,
« Le quatuor avec piano » par Olivier Alain,
« L’école de Paris » par Roland Manuel.
II est facile d’apprécier la haute valeur artis­
tique et culturelle de cette suite de manifestations.
Nous terminerons ce rapide tour d’horizon en
souhaitant que les jeunes et les membres auditeurs
viennent plus nombreux chaque jour, grossir les
rangs des J.M.F.. Ils seront fraternellement
accueillis et ne regretteront pas leur geste, s’ils
pensent qu’après chaque conférence-concert, on se
sent devenu meilleur.

LE CONCERT
des « Amis de la Musique »
L’orchestre symphonique « Les Amis de h;
Musique » a offert aux Périgourdins sa soirt
annuelle' de musique classique. Un nombreux
public se pressait dans la salle du Casino de Paris.
Certains auditeurs (j’en ai personnellement eu la
preuve) avaient pensé que le programme était un
peu ambitieux. J’ouvre là une parenthèse. Il ne
convient pas de juger le symphonique orchestre
avec l’optique d’un habitué des grands concerts
parisiens. H importe de considérer que « les Amis
de la Musique » sont composés d’amateurs enca­
drés de quelques professionnels et que la mise au
point de leurs concerts exige de nombreuses répé­
titions qui ont lieu pendant les heures consacrées
aux loisirs. C’est en partant de cela que chacun
doit les juger et apprécier les efforts incessants
qu'ils accomplissent pour assurer la pérennité de
cet art majeur : la musique classique.
Le programme, que nous avons en partie pré­
senté dans le dernier numéro des « Lettres
pêrigordines », débutait par l’ouverture de
«Patrie». G. Bizet. Ce morceau du genre héroïque,
voire un peu solennel, constitue un piège pour les
orchestres. L’ampleur de l’orchestration, le majes­
tueux développement des phrases inciterait à
une démesure qui choquerait le goût. « Les Amis
de la Musique» ont senti l’écueil et, faisant preuve
de beaucoup d’intelligence, ils ont manifesté une
louable sobriété, notamment en ce qui concerne
les cuivres.
« La danse macabre » de Saint Sacns n’est pas
précisément un morceau facile. Son style est heur­
té et le rythme atteint à une furieuse animation
jusqu’au moment où le hautbois, imitant le chant
du coq, fait cesser cette valse infernale et dispa­
raître les ombres qui retournent à leur dernier
sommeil. Il s’en dégage une gaité trouble et gri­
maçante. L'exécution de ce morceau a. permis de
constater l’homogénéité de l'orchestre et le parfait
équilibre des divers pupitres.
« La Sixième Symphonie, dite Pastorale » de
Beethoven, toute imprégnée de romantisme, était
le. morceau le plus attendu par le public. On
serait tenté d’y voir seulement une suite d’élé­
ments descriptifs. En réalité, Beethoven est tou­
jours présent avec son inquiétude, sa tristesse et
aussi son retour final a des pensées plus confian­
tes. La nature, au sein de laquelle il aimait s’iso­
ler, lui a fourni un thème où la sérénité, troublée
un instant par un orage, réparait au cours du
dernier mouvement dans les chants des bergers
où perce une joyeuse allégresse.
Outre ses difficultés techniques d’exécution,
cette œuvre requiert constamment un respect
quasi religieux des sentiments de l’auteur, c’està-dire des nuances. De savants contrastes doivent
être ménagés entre une' apparente légèreté et les
effets constants d'un rythme spécifiquement ger­
manique. « Les Amis de la Musique » n’ont pas
failli à cette lâche, notamment pendant ce formi­
dable déchàinement instrumental que constitue
l’orage. Leur interprétation de la sixième sym­
phonie leur fait honneur et elle a permis de
constater leurs réels progrès.
Suite page 6

4

Page des Poètes de “ lettres Périgordines "

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les Vieilles Pierres
O ! vieilles pierres de Vésone,
Des arènes et de la Cité,
En vous, superbement résonne
L’écho d’un antique passé !

Vous êtes les muettes pages,
D'une aube au rayon flamboyant,
El vous gardez, malgré les âges,
Un al Irait toujours imposant !
Nous vous aimons, ô ! vieilles pierres,
Vous qui ne savez pas mourir;
Vous qui gardez tant de lumières
En vos écrins du Souvenir !
De vos durs granits millénaires
Semblent surgir, le glaive en main,
Tous ces fantômes légendaires
Dans leur décor gallo-romain !

En vous, tout survit, tout rayonne.
Sous votre mousse au reflet vert.
Pierres, du roman de Vésone,
Vous êtes le beau livre ouvert !
Adrien COLIN.

Votre Nom

L’ALCOOL

Votre nom n’est plus rien pour moi depuis long­
temps.
Il s’est évaporé certain jour brusquement.
Apec mes amours brisées
Cruellement lésées.
Je n’ai pas éprouvé de battements de cœur
Ni même de rancœur.
D’autres vous ont aimé depuis.
Et votre nom chéri
A été prononcé beaucoup de fois encore
Sans qu’il fisse, en mon âme, éclore.
La frénésie
De la jalousie.
Votre nom avait cette harmonie, du cristal
Musical;
Ce murmure du zéphir qui flotte dans l’azur
Le plus pur...
Combien je vous aimais pourtant !
Le cœur battant.
Je répétais tout haut votre nom dans le soir.
J’étais plein d’allégresse et d’espoir
El d’amour.
Mais depuis certain four
Et cela brusquement,
Votre nom n’est plus rien pour moi depuis long­
temps...

0 breuvage divin, que ne puis-je. t’étreindre !
Que ne. puis-je, en mes doigts, te prendre et t’ad[ mirer,
Maintenant que le sort, en me voulant atteindre,
Par la voix d’un Mentor m’interdit de L’aimer...

Charles SOUDEIX.
« Marguerites Effeuillées ».

++ +
Lou viei bouiè climat, rufe, le soun arai
Dins lou mati frejau ante mounio la brumo
E doù contre Lisent tras la terra que fumo
Sous dons bras redesis derijen lou trabai.

L’cilubo de l’ale lur virounant lou chai,
Lou maure baveious de blanchignardo eicumo,
Sous bioùs seguen lou pas, legiè coma ’no pluma.
D’un droulichou pes-nus eituflant un er gai.

Tirant à pie eouliè e la têto beissado
En laissant darniè vcù la solo deivirado,
L’alalage s’en vai menant sous réjous dreis.
E quante riebo au chap de la terra mountanio
Parei, tout ad’un cop, dins la clardo raianto
Vitit de glorio e d’or per lou joùne soulei.

Marcel FOURNIEIL

PER SE DEIVERTI.

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+ +

BILLET GALANT
« Un sonnet sans défaut vaut seul un long poè[zne... »
Je le tiens de Roiieau, Madame, en bonne part;
D’aucuns accréditant ce précepte de t’« Art
Poétique '», plient à ses lois le moindre thème.

Moi qui sais qu’un beau corps vaut mieux qu’un
[beau poème,
Pour en vanter le galbe et l’insolent orgueil,
Devinant que mes vers préparent voire accueil
Et m’ouvrenl votre cœur sensible à qui vous
[aime.

J’écris... sans grand souci des rimes, simplement
Heureux si je fais naître un peu d’enchantement
Sous ma plume fidèle à peindre voire grâce.
Et me riant alors de l’Immortalité,
Je. préfère au baiser de ses lèvres de glace
Une. gloire éphémère en votre intimité.

,

Paul

COURGET.

DEMI - TEINTES.

O breuvage divin, source de tant de maux !
Vieux compagnon sacré, aux prouesses sublimes..
Jouvence de la vie.... An seuil de nos tombeaux,
Tu dévoiles, des monts, les plus sereines cimes !
Elixir tant aimé, regarde ma paupière:
Une larme s’y cache cl ne veut pas perler;
De honte, elle se tait, car la douce lumière
Que Ton vient de ravir l’empêche de couler...

Si mes yeux sont cernés, si vide est mon regard,
Si par les avenues, traînant ma solitude,
Fuyant les vieux soleils, gémissant et hagard,
Je vais, sombre et courbé sous l’âpre lassitude;
C’est que les feux, alcool, en me brûlant les veines,
Apportent en mon corps un long frisson dernier...
Mes lèvres ont séché, mauvaise est mon haleine,
El mon squelette errant n’est plus qu’un noir
[charnier !

Jehan de Chanterive.

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+ +
BRUME SUR CRÔZANT

(fîzièce du
Lorsque j’aurai cessé de vivre,
Mon Dieu, si je monte vers vous,
Je n’aurai dans les mains qu’un livre,
Un petit livre étrange et fou.
Alors, vous me direz peut-être:
« Qu’as-tu fait au long de tes jours,
Et comment oses-tu paraitre
Devant moi après ton séjour
Sur la terre avec un bagage
Si léger ?» —- Je dirai: « Seigneur,
J’ai souffert avec grand courage,
J’ai aimé, j’ai versé, des pleurs.
Dans l’ombre chaude qui s’étale
J’ai rêvé, écrit et chanté:
Des chansons comme les cigales
Qui passent dans le vent d’été;
Et voyez-vous ce petit livre
Où j’ai mis ma fièvre et mon sang,
Mon unique raison de vivre,
Seigneur, je vous l’offre en tremblant.
J’ai loué la terre el les bêles,
Le frisson pur des grands ruisseaux,
J’ai dit le soleil el ses fêles,
La mer houleuse et ses vaisseaux.
J’ai dit la voix grave des chênes,
La forêt, la mousse l’odeur,
La tempête qui se déchaîne.
J’ai pleuré la biche qui meurt;
Puis j’ai créé des filles blondes
Qui couraient dans le frais malin
Mirer leurs visages dans l’onde,
Des chevaliers et des lutins.
J’ai donné une. âme à la pluie
Et butiné des flocons d’or
Atf.r flancs du vieux tronc qui supplie.
J’ai chanté la vie el l’effort.
J’ai pris le vent dans mes mains pâles,
Le vent qui n’a pas de. couleur
Pour bâtir une cathédrale
El vous bercer, ô Mon Seigneur !
Tout cela, c’est mon petit livre,
Et c’est Vous qui avez voulu,
Que ma seule raison de vivre
Soit le rêve el des chants- perdus.

Janine DARNAY.

La brume, au soir tombant, s’étire sur la Creuse,
Et, du mont, près des tours où se dresse Crozant,
Elle monte à l’assaut, subtile et vaporeuse,
Léchant les vieux murs gris qui se moquent des
[ans.

Et la fraîcheur s’étend sur Tonde ténébreuse
Qui enserre ce site en un serpent d’argent...
Une vieille, à pas lents, sous son fagot songeuse
Regagne son foyer que la vapeur surprend.
Un frisson glisse encor sur la lande fameuse
Courant sur les rochers qu'octobre peint en or,
La bruyère s’empourpre en teintes merveilleuses...
Comme tu vis, passé, dans ce poignant décor !
Jean MOREUX.

+
+ +
AVRIL
Avril joyeux vient de renaître
Avec l’éclosion de ses fleurs;
On ouvre grande la fenêtre,
Pour humer les douces senteurs !

La nature revit, éclatante;
Les arbres se parent de nids,
El, dans la forêt frémissante,
La source a des chants infinis!
Les amoureux vont dans les sentes
Vivre des rêveries charmantes,
Et célébrer l’amour subtil !
Un charme captivant nous grise,
Et le. printemps parle en sa brise.
Le premier baiser de l’avril !

Antoine PAYANCE.
Aux Editions « Les Amis de Pétrarque », 9,
rue Pasteur, L’Isle-sur-Sorgue (Vaucluse), est paru
un ouvrage sur Lamartine, sa vie et ses œuvres,
avec gravures en hors texte et préface de Robert
Testot-Ferry, de l'Académie de Mâcon, par Ludo­
vic Rernero
Cet ouvrage est en vente aux Editions et à
l’adresse ci-dessus.

res inédits » de Nicaise du Pont de la Bouze
de Bedousse: « C’est Du Pont, mon Emi­
nence » ne manqueront pas non plus de dis­
traire agréablement le lecteur.
C'est le domaine de la fantaisie que nous
C'est par le tourisme que je vais commencer abordons avec « Regards neufs sur la chan­
aujourd’hui cette chronique. Les beaux jours son » (5), neuvième volume de la collection
étant enfin là, il convient de préparer des iti­ « Peuple et culture » qui a fait paraître déjà
néraires d’excursions et de voyages el, pour huit volumes très documentés el d’une pré­
ce faire, la collection « Inter-guide du Touris­ sentation foute nouvelle sur le tourisme, la
te » sera d’un préceux concours (1).
lecture, le sport, la photographie, le mouve­
Plusieurs volumes sont parus qui de l’Aude ment ouvrier, les Jeux olympiques, Paris, le
au Pays basque, des Landes de Gascogne à cinéma.
l’Ariège, du Tarn-et-Garonne aux HautesLa chanson est un art, la chanson est un
Pyrénées et à l’Hérault, font saisir au lecteur métier, la chanson est un plaisir. Telles sont
attentif les caractéristiques essentielles d’une les trois divisions du volume, précédées d’une
région. Le marquis Pierre d’Arcangues. Prési­ introduction sur l'origine de la chanson, « qui
dent du Syndicat d’initiative de Biarritz, n’a- peut a juste titre s’enorgueillir de son ancien­
L-il pas écrit: « Il y a un miracle auquel on ne neté, puisqu’on chanta en langue vulgaire un
songe jamais. Et pourtant il n’en est pas roman, avant même qu'ayant absorbé peu à
moins un miracle: il consiste en ce que, parmi peu le latin, la nouvelle langue s’y substituât
les millions de visages humains que le Créa­ délibérément, et (pie le vrai premier texte de
teur a placés sur des millions de corps, il n’en notre vie littéraire est un chant populaire: la
existe pas deux de semblables. Cependant, Canlilène de Sainte-Eulalie en 881. »
chacun d’eux est composé seulement de deux
Vingt el une très jolies chansons, une disco­
yeux, deux oreilles, un nez et une bouche. Il graphie sommaire, une bibliographie critique,
en va ainsi des paysages. Ce ne sont jamais un dictionnaire des plus grands noms de la
que montagnes, océans, rivières, arbres et chanson, complètent ce volume plein de faits
vallées. Malgré cela, il n’en est pas deux qui intéressants.
soient pareils. On a beau parcourir le monde,
Pour ceux qui aiment la douceur et l’har­
on demeure émerveillé devant la diversité des monie de beaux poèmes classiques, il convient
horizons comme devant la diversité des êtres, de recommander la lecture de « l'enchante­
C’est probablement la raison pour laquelle ment de la toison d'or » (6) qui a pour cadre
nous aimons, voyager c’est pourquoi notre Hesdin, ville charmante du Pas de Calais,
curiosité reste insatiable, pourquoi, le matin, bâtie fin du XVIe siècle par les Espagnols. Ce
en nous réveillant, nous avons toujours l’es­ qui en fait l’enchantement, ce sont ses fem­
poir de rencontrer un nouveau visage du mes au type espagnol, ses jardins artistiques,
monde ou un nouveau visage tout court, qui sa vaste forât domaniale, son beffroi élancé,
nous apportera ce après quoi nous courons son hôtel de ville mémorable par ses riches
tapisseries, les boiseries de son église, etc...
toujours le bonheur. »
Puisse cette collection, bien présentée, bien Sites, monuments1 que chante l'auteur: « Ce
illustrée, procurer beaucoup de plaisir au lec­ recueil, dit-il. est d’une infinie tristesse, mais
teur, qui grâce à elle, préparera d’heureux mon cœur, harpe éolienne qui vibre à tous
vent n’a jamais pu chanter que sur le mode
vovagev.
La Vallée d’Aoste où les villages portent des mineur, alors même qu’il s'attache à faire sen­
noms français, de même que leurs habitants, tir aux autres l’enchantement de la vie ».
où les chants valdolains1 2 sont
3 * 5 *inspirés
7 2 3 * 5 *de
7 2 3 *Les
5 * 7poèmes de Pierre Briand sont de ceux
notre « Montagne-Pyrénées », sert de cadre à qui démontrent que la vraie poésie n’est pas
un remarquable roman qui a obtenu en morte.
Et, pour terminer sur une note périgordine,
novembre le Grand Prix International pour la
littératrue (prix de la vallée d’Aoste). Il s’agit il convient de signaler deux ouvrages sur
de « La peau de l’Auroch » (2) par Saint- notre région: « Promenades en Périgord »
Loup (l’auteur de « La nuit commence au Cap préparé avec soin, en famille1, pourrait-on
Horn — Face Nord — La montagne n’a pas dire, par Yves Delfour; les textes de ce
volume, préfacé par M. Yvon Delbos sont de
voulu, etc,..).
Les héros en sont des paysans, des guides, Robert Delfour, la note poétique de Raoul
des hommes remplis d’une sagesse qui nait de Delfour et les remarquables1 photographies
la solitude et qui installent une « civilisation » d’Yves Delfour, photographe d'art el éditeur
à eux, fuyant l’invasion communiste qui, un à la fois.
D’un ensemble harmonieux, d'un goût par­
jour, sumerge l’Europe. De vieilles coutumes
ressuscitent? la religion devient plus sauvage fait, cette œuvre précieuse pour qui aime le
Périgord, est le premier ouvrage d’une collec­
s’apparentant au paganisme.
Livre étrange où passe un souffle peu tion intitulée: « Arts et paysages ».
Les auteurs de cet ouvrage ont bien servi
comm un.
Une réédition du célèbre volume « Casti- le tourisme en Périgord.
Un écrivain du Périgord sait aussi, de
le », (3) d’Azorin, dont le rôle dans la litté­
rature espagnole contemporaine lui donne une temps à autre, présenter un roman. Tel est le
cas de Mme Louise Martral (l’auteur apprécié
place de premier plan, vient de paraître.
Gadea Fernandez et Jeanne Lafon nous' pré­ de « Science du cœur ». Debresse, éditeur,
cisent dans leur préface que ce livre avec roman d’une institutrice, qui, avec « Le maî­
« Los pueblos » est celui qui montre le mieux tre d’Escornebeuf » qui parait ces jours-ci,
offre un roman d’amour qui së situe en Péri­
les h mimes et les bourgs castillans.
« Ses' chapitres, pleins de descriptions gord. Il éveillera une sympathie profonde, et
minutieuses, de détails minuscules, débordent hantera longtemps le souvenir du lecteur,
d’un lyrisme qui augmente à mesure que nous surtout par ses scènes d'épilogue qui attei­
avançons dans la lecture: nous voyons les gnent à une réelle grandeur pathétique.
ruelles et les places des cités: les couvents
Jean MOREUX.
retirés; les sentiers cachés: les silhouettes des
cyprès; les ombres qui passent: nous enten­
(1) Inter-guide du Touriste 96 à 169 pages ilt.
dons les sons argentins des clochettes du cou­ Renseignements touristiques, hôteliers, transports,
vent des religieuses, les bruits rythmiques et carte. M. Romain, 23, av. du Parc, Toulouse (Htemultiformes1 des travaux d'artisanat ».
Garonne)
Tous ceux qui aiment l'harmonie du style
(2) La peua de l’Auroch: 246 pages, Plon éditeur:
et sa sobriété, la composition bien réussie des 525 francs.
tableaux liront cet ouvrage plein de finesse.
(3) « Castille ». Editions Suberive, Rodez, 180 p.
Jean Richard a dit de « C’est Dupont, mon
Ï4) « C’est Du Pont, mon Eminence ! » AmiotEmpereur ! » : « C'est le livre le plus drôle Dumont, éditeur 240 n. 16x21), 620 fr.
et le plus émouvant nue j'aie lu depuis long­
(5) Regards neufs sur la chanson. Edit, du Seuil,
temps ». Ce roman pittoresque dans la meil­ Paris 288 p. Couverture laquée en couleurs.
leure tradition française, dont chaque épi­
C6) L’enchantement de la saison, Poèmes. Editions
sode est une trouvaille et chaque page un Suberive, Rodez.
éclat de rire a été publié dans la célèbre col­
(7) « Promenades en Périgord » album d’art. Yves
lection « Toute la ville en parle ».
Delfour, photographe à Terrasson (format 21x27 cm.)
.8) On neut souscrire etiez l’auteur (9. rue de la
Licencié en histoire, Jean Burnal. son
auteur a voulu non pas faire une « suite », Sablière, à Paris XIVe ar. Edition sur beau papier:
mais nrésenter l’arrière-grand-père du grena­ 750 francs. Editions de luxe 1050 et 1800 fr.) C.C.P.
dier d’Austerlitz. (Et ces soi-disant « mémoi­ 7.622.92. Illustrations de Maurice Albe.

Plaisir de la lecture

Quand, par les routes de la plaine, on découvre la
masse altière et imposante du château de Hautefort
majestueusement perché sur sa plate-forme, avec, au
Nord, sa délicieuse façade classique, au 'Midi, ses
tours moyennâgeuses couronnées de mâchicoulis, on a
l’impression que ce chef-d’œuvre architectural baigne
sou front de granit dans l’azur du ciel.
Vestige ancien d’un château médiéval bâti au
XII’ siècle, ce bel édifice fut restauré et remanié
pour Jacques-François (1610-1680), deuxième marquis
de Hautefort, qui confia la direction de l’œuvre à
un architecte périgourdin, Nicolas R.imbourg.
De sa position élevée, il domine l’immense et pit­
toresque paysage d’alentour, et l’ombre grandiose de
ses courtines que le soleil allonge, semble donner sa
protection aux maisons compactes du bourg, accro­
chées à ses pieds, sur la pente du puy.
Cette ancienne forteresse féodale, dont le touriste
peut se représenter en imagination le style primitif
— quasiment disparu, aux murailles flanquées de
tours avec leurs archères et leurs créneaux, le pontlevis et le donjon, au haut duquel le guetteur pou­
vait voir poudroyer les chemins à plusieurs lieues
à la ronde, cette ancienne forteresse féodale était la
demeure du troubadour Bertrand de Born, le poèteguerrier, né en 1145, qui composait, en langue d’oc.
■ ses sirventes tendres qu’il dédiait à son épouse, Himberge la dolce ! ainsi qu’à sa maîtresse, la dame
Maheut, femme du comte de Périgord, en la dési­
gnant sous le nom de Kassa :

« Passa, domna es frescha e fina,
Coinda e gaïa e meschina :
Del saur ab color de robina,
Blancha pel corps coin flors d’espina.
Coude mol ab dura tétina
E sembla conil de l’éschina. »
< Passa, ma dame est fraîche et fine, belle gaie,
éclatante do jeunesse : sa chevelure est blonde avec des
reflets de rubis; sa peau est blanche, comme la
fleur d’aubépine, son cou est souple, sa gorge ferme,
son dos ressemble à l’échine du renard. »
Ce moderne Tyrtée, intrépide et colossale figure,
soutenait dans son donjon des sièges héroïques. On
l’entendait jadis dévaler le coteau, monté sur son
fin coursier Bayard, la lance au poing, le heaume
étincelant, fonçant sur ses ennemis. Habile à l’épée
comme au luth, son grand plaisir était la bataille.
Aussi disait-il :

i Je me plais à voir dans les prés — Tentes et
pavillons dressés — Et c’est pour moi grande allé: gresse — quand sur l’herbe je vois rangés — Cheva­
liers et chevaux armes. »
Ce château fut également au XV Ile siècle, la
demeure de Mlle Marie de Hautefort, brillante par
son esprit et sa beauté et qu’aima Louis XIII. Elle
épousa d’ailleurs, plus tard, le maréchal duc de
Sehomberg.
Hautefort, désormais célèbre par son passé histo­
rique et pai ses personnages illustres, par son archi­
tecture et sa situation est. sans conteste, l’un des
châteaux qui inspirent, le plus, le respect et l’admi­
ration.
C’est le chef-d’œuvre du Temps et des hommes.

("est l’Epopée matérialisée par la pierre.
Charles SOUDEIX.

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rue du Bac, Périgueux (Dordogne).

6

HUGO VENGE

PÊLE-MÊLE

Baour-Lormian, qui fut l’ennemi numéro un
des romantiques, mourait en décembre 1854, affu­
blé, par leurs soins, du surnom de Balourd-dor­
mant. Nestor Roqueplan y ajouta cette épitaphe,
modèle du genre:

j2.Lttétaite
ANECDOTES:

SUPERIORITE
Santeuil avait une discussion vive et animée
avec le prince de Condé.
Le prince, qui n’avait pas le dessus, dit ù
Santeuil :
Sais-tu que je suis prince de Sang ?
—■ Oui, monseigneur, répondit le poète, je le
sais fort bien. Mais, moi. je suis prince du bon
sens, ce qui est préférable.

LEÇON BIEN SUE

Frédéric le Grand, toutes les fois qu’il remar­
quait parmi les soldats de sa garde un nouveau
venu, lui posait trois questions:

« Ne me demandez pas si c’est Baour qu’on trouve
Dans ce sombre caveau;
On le sait au besoin de bâiller qu’on éprouve
En passant près de son tombeau ».

A ROSE QUI ME DEMANDAIT DES VERS
Il faut donc, pour vous plaire
Etre poète absolument.
Que d’Auteurs vos yeux pourraient faire
Si vos yeux donnaient le talent !
Si tous vos Amants, belle Rose,
Parlaient en vers,
Bientôt dans l’univers
On ne connaîtrait plus la prose.

M. DE EU N DES OLIVIERS.
Etrennes du Parnasse (1778).

— Quel âge avez-vous ? Depuis combien de |
temps êtes-vous à mon service '? Recevez-vous
régulièrement votre paie et votre habillement ?
Un jeune Français, admis dans les gardes du
roi, ne savait pas un mot d’allemand. Son capi- i
taine lui lit apprendre par cœur les trois réponses t
à faire.
i
Le lendemain, Frédéric vint à lui. Mais il j
commença par la deuxième question et demanda:
■—■ Combien y a-t-il de temps que vous êtes à
mon service ?

—-, Vingt et un ans, répondit le soldat.

Le roi, surpris de cette réponse, lui dit alors:
— Quel âge avez-vous ?

■—: Un an, sous le bon plaisir de votre maj'estë.

Frédéric, encore plus étonné, s’écria:
— Vous ou moi avons perdu l’esprit !...
-— L’un et l’autre, n’en déplaise à votre Majesté.

PENSEES DROLES GLANEES PAR ÇL...
PAR LA...

Oh ! de nous voir ainsi. Joël, parmi vos langes,
Gazouiller, doux pinson, et puis sourire aux anges
De vous voir insouciant et gracieux à la fois
Pareil à l’écureuil qui saute dans les bois.
Vous me faites penser à l’enfant séraphique
Qui jasait, innocent, dans sa crèche rustique.
Tes yeux qui ne voient rien et qui regardent tout
Lisent dans l’infini les rêves les plus doux.
O, quelque soit la sphère où ton esprit s'abîme,
Tes pensées ingénues ont toujours du sublime...
•—: Pourquoi as-lu quillé le royaume du ciel,
Préfères-tu, au nectar, l'amertume du fiel ?
Ne sais-tu pas encor qu’ici-bàs sur la terre
La vie est une lutte fongueuse et amère ?...
Mais n’y pense pas trop, Joël, tu as le temps.
Profile du bonheur que tu as d’être enfant.
Ignore le destin et les malheurs qu’il sème
Et songe à ce quelqu’un oui te berce et qui t’aime.

Charles SOUDEIX.
« Ombres et Reflets » 1954.

•vw La France est un pays où l’on plante des fonc­
tionnaires et où l’on récolte des impôts.
wv Quand une femme baisse les yeux devant un
homme, ce n’est pas par décence; c’est pour voir
s’il a de grands pieds.
wv Le comble de l’ironie pour un aveugle:
C’est d’être né à Bellevue !

iw Avoir du sel, c’est avoir de l'esprit. Mais
non de l’esprit de sel...

■vw La femme s’occupe tellement de l’âge des
autres qu'elle en oublie généralement le
sien
D’OU VIENT LE MOT SOLECISME ?
Le mot solécisme vient de Soles, ville grecque
d’Asie Mineure, dont les habitants avaient la répu­
tation de parler fort incorrectement

PENSEES

vw Un succès ne nous donne jamais une bonne
opinion de nous-mêmes, il la confirme.

La Rochefoucauld.
wv Les révolutions sont des temps où le pauvre
n’est pas sûr de sa probité, le riche de sa fortune
et l’innocent de sa vie.
Jouber:.

wv La jeunesse vit d’espérance, la vieillesse de
souvenirs
Montaigne.
vw J’aime les paysans; iis ne sont pas assez
savants pour raisonner de travers.

Montesquieu.

LES GRAVURES DE LASCAUX
Personne n’ignore maintenant que la Grotte de
Lascaux, située à 2 km. de Montignac, la patrie
de Joubert, est avec la grotte cantabrique d’Altamira, le plus beau joyau de l’art préhistorique.
Malheureusement, vu le grand nombre de visi­
teurs, le public ne peut voir, en une demi-heure,
que les principales peintures de la grande Salle,
du diverticule axial et de la nef. Les grands tau­
reaux au trait noir de la première salle, les che­
vaux du diverticule axial, aux couleurs variées,
du cheval « chinois » ocre j aune, aux petits
poneys brun, presque pourpre, l’admirable théo­
rie des cerfs, ont valu à Lascaux son titre de
« Versailles de la Préhistoire » et la font rivali­
ser avec Altamira (Espagne) et son admirable
plafond couvert de grands bisons polychromes,
d’une facture, d’un naturalisme et d’un mouve­
ment saisissants.
Toutes ces peintures constituent l’attrait essen­
tiel de Lascaux, puisqu’elles sont aisément
comprises par les visiteurs; la précision .morpho­
logique, la netteté du trait, la fraîcheur des tons,
forcent l’admiration. Beaucoup de touristes igno­
rent, cependant, que les parois de la grotte sont
gravées de centaines de figurations animales, qui,
du point de vue scientifique comme du point de
vue artistique, présentent un grand intérêt.
Ges gravures se trouvent principalement sur les
parois et le plafond du petit couloir de droite,
reliant 'la grande salle à la nef. A noter surtout
une belle tête de bison vue de profil, alors que
les cornes, par un effet de perspective tordue,

SU ITE

Le programme se terminait par la < Marche
héroïque » de Saint-Saëns. Ce grand composi­
teur, qui, à beaucoup d’égards, se rapproche des
grands maîtres allemands, a acquis une person­
nalité bien marquée. Sa musique est d’un style
pur, net, aisé et son orchestration d’une sonorité
bien équilibrée. Toutes ces qualités de clarté
conquièrent plus facilement l’esprit quelles n'é­
meuvent la. sensibilité. Eclatant et triomphal, ce
dernier morceau sollicite tous les pupitres avec,
un égal bonheur. On a particulièrement remarqué
le solo de trombone exécuté brillamment par M.
Colombe'. Rien rythmée, conservant toute la ma­
jesté et la plénitude de ses phases, celle marche
a dignement terminé ce beau programme. M.
Georges Sartory a conduit son orchestre au suc­
cès avec beaucoup d’autorité et de sens musical.
M. Gaby Parlange, violoniste, toujours plein de
talent, a joué plusieurs morceaux avec la virtuo­
sité et la sensibilité que chacun lui cannait, Mme
Leblond-Lalue et M. Parlange ont interprété bril­
lamment le dernier mouvement de ta « Sonate en
ut » pour violon et piano, de Beethoven. Person­
ne n’ignore les difficultés de ce passage et chacun
a pu admirer l’impeccable technique et l’intelli­
gence musicale des deux sympathiques musiciens.
M. Louis Bertrand, ténor bien connu à Péri­
gueux, prêtait à ce concert le concours de sa
belle voix. Accompagné par tout t’orchestre, il a
interprété magnifiquement « L’invocation à la
nature » extraite de « Werther »( Masserietj. Tous
les morceaux qu’il a chantés ont été salués par
de vifs applaudissements.
Le public s’est retiré très satisfait et nous pen­
sons être son interprète en remerciant et félicitant
« Les Amis de la Musique ».
DEUX AGREABLES PERSPECTIVES
Il s'agit de la venue à Périgueux du célèbre
pianiste espagnol Falgaronne, sous l’égide de la
Société d’Elndes Hispaniques, et d’une grande
manifestation musicale destinée à faire grand
bruit et qui se déroulera dans la cour intérieure
de l’abbaye de Chancelade. Une chorale dirigée
par Mme Lavielle et un orchestre dirigé par le
maitre Léon Duysens prêteront leur concours. Ce
concert sera commenté par le grand musicologue
Jacques Feschotte. Nous y serons et en rendrons
compte dans le prochain numéro.
Pierre DANTOU.
bien connu, sont de face, une tète de bouquetin
et plusieurs chevaux, de petite taille, à la line
tète allongée, aux pattes bien détaillées.
Dans l’abside, salle semi-circulaire à droite,
avant d'arriver à la nef, au fond de laquelle se
trouve le puits, la paroi et le plafond sont entiè­
rement recouverts de gravures; des dizaines
d’animaux y sont dessinés, la plupart du temps
en superposition, ce qui rend actuellement leur
déchitfrage difficile, car les traits, blancs, â l’ori­
gine, faisaient se détacher sur la roche ocrée
chaque figure, alors qu’ils sont maintenant patinés. Signalons parmi nombre de chevaux, dont
un de 2 m. 30, un grand renne de même taille,
plusieurs biches et des sortes de huttes indiquées
par bandes convergentes de traits parallèles.
Enfin, dans la nef, sur la paroi gauche, la majo­
rité des animaux peints sont également gravés.
On remarque, en outre, sur ces figurations, des
dizaines de gravures antérieures et postérieures
â la peinture. Les chevaux abondent. Il en est un
de tout à fuit curieux, et unique, ce me semble,
dans l’art préhistorique: dressé à la verticale, sur
ses pattes postérieures, légèrement cambré, il a
une petite tète pointue sur un cou épais, à la
crinière line et courte; ses pattes antérieures sont
repliées à la manière des chevaux de cirque que
le fouet du dresseur fait se tenir sur deux pattes;
mais c’est aussi l’attitude de certains chevaux qui
se battent (comme dans le film « Crin Blanc »).
Ce dessin pris sur le vif par l’homme préhisto­
rique, malgré quelques défauts dans les propor­
tions, est saisissant.
Les peintures de Lascaux ont presque toutes
été publiées sous forme de relevés photographi­
ques: beaucoup de gravures ne sont pas encore
déchiflrées. L’abbé Glory est chargé par les Beaux
Arts, d’en faire des calques, et, de ce travail
patient et minutieux, paraîtra le plus bel album
d’art animalier préhistorique.
Alain ROUSSOT.

LES

LETTRES

PERIG0RDINE5

7

La Vielho Routo
Récemment, a etc célébré à Charleville, sa
ville natale, le centenaire de la naissance de
Rimbaud De Rimbaud qui « traversa, de seize
à dix-neuf ans la littérature française, laissanl
la poésie à tout jamai.s stigmatisée de son pas­
sage », comme l’écrit C.E. Magny. En effet, ce
n’est pas par hasard que les écrits de celui qui
fut l’enfant terrible de la poésie ont trouvé une
telle résonance pour la postérité, déchirant la
poésie entre les pôles extrêmes de la liberté
d’écriture et de la prosodie traditionnelle.
Pourtant, pour beaucoup. Rimbaud reste à
découvrii.
Avant tout, Rimbaud, est celui qui n’a pas
été empêché, restreint par les choses sues, par­
tout, l'apport livresque, à part les « Poésies »,
œuvres du début, qui contiennent entre autres,
îles pièces comme le « Sonnet des Voyelles »•
le «Dormeur du Val», le «Bateau ivre», d’ins­

piration parnassienne. Ainsi que le remarque
J.-P. Richard, l'heure rimbaldlenne esl, par
excellence, celle de la naissance du commen­
cement absolu.

« A 3 heures du matin, la bougie pâlit : lotis
les oiseaux crient à la fois dans les arbre,s
C’est fini, plus de travail.

L’aube prend la valeur d'un symbole : nais­
sance du joui qui absorbe l’obscurité, nais­
sance de la pensée à l’heure où la nuit .s'éva­
pore, Sous les couleurs de l'aurore, la poésie
s'ouvre à deux ballants :

« J'ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait, encore au front des palais.
L’eau était morte. Les camps d’ombre ne quit­
taient pas la route du bois. J’ai marché, réveil­
lant les baleines vives et tièdes et les pierreries
regardèrent et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut dans le sentier
déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur
nui me dit son nom... »

Pourquoi faut-il que de telles pièces soient
relativement rares dans l'œuvre de Rimbaud ?
C'est que, rapidement, l'heure de l'innocence
première esi passée, le travail recommence
Pour retrouver l’inspiration, il va falloir se
jeter dans les orgies du dénuement, .se faire
voyant par un dérèglement savant de tous les
sens. Fatalement, le poêle poussant toujours
plus avant sa quête, débouche « en enfer »,
c’est-à-dire an point culminant de la souffrance
Sans doute, Rimbaud avait saisi la valeur incomparabl- de la souffrance pour la création
(voir Musset) et avait décidé d’aller le plus
loin possible dans celle voie,

« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes ge­
noux et je l'ai, trouvée amère... Sur toute joie,
pour l'étrangler, j’ai fait le fond sourd de la
bête féroce. »
Il ne inut donc point s’étonner du caractère
angoi.ssani, désespéré de certains passages.
D'autre part. Rimbaud (pour quels motifs ?)
fait peu de place à la femme. 11 lui manquera
toujours la douceur, l'apaisement d'un sourire
féminin, un,. « main amie ».

Finalement, c'est solitaire qu’ij se retrouve,
sans nuire riches.se que d’e xister :
« Sur îes routes, par des nuits d’hiver, sans
gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait
mon cœur gelé : faiblesse ou force te voilà,
c’est la force. Tu ne sais ni où tu vas, ni pour­
quoi tu vas, entre partout, réponds à tout, on
ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre... »
Ij n'est pas question de dire, dans ce bref
exposé, s. le poêle a échoué finalement dans
son entreprise. 11 semble qu’elle ail çlé vouée
à l’échec, comme ce’.le de tout Prométbée qui
veut voler le feu divin et tout recréer. 11 n'en
reste pas moins qu'il a laissé je meilleur de
lui-même et que ses visions possèdent, même
encore, un caractère absolument neuf. Je son­
ge, en particulier, à l’étonnante description des
'villes futures, la cité monstrueuse de l’univers
co.smique .

« A une distance énorme au-dessus de mon
salon souterrain, les maisons s’implantent, les
brumes s’assemblent... Moins haut pont les
égouts. Aux côtés, rien que l’épaisseur du glo­
be... »

Il est essentiel, pour aborder Rimbaud, de
transposer la métrique traditionnelle en ryth­
me intérieur. Variation subtile mais nécessai­
re. Ce qui frappe le plus, c’est le « ton » em­
ployé qui assure une unité au moins aussi
grande finalement que le découpage en mètre
classique. Cetle respiration, intime du poème
esl mise en valeur dans le poignant poème :
« Adieu ;> :

« L’automne, déjà ! Mais pourquoi regretter
un éternel soleil, si nous nous sommes engagés
à la découverte de la clarté divine — loin des
gens qui meurent sur les saisons ?
L’automne, notre barque élevée dans les
brumes immobiles, tourne vers le port de la
misère, la cité énorme au ciel taché de. feu et
de boue. »

Ce mantille apparent de forme, cette « poésie
à l'état brui » peuvent être expliqués par un
effort pour réduire le plus possible la distance
vision - création, il s’acharne à épouser le plu»
possible s«‘î vision, sans faire de concessions
à la « poésie poétique ». Ici, le renouveau de la
forme s’adie, une fois de plus, au sujet révo­
lutionnaire (bien souvent la révolte gronde).

Ceci explique que des pièce.s comme « O
Saisons ». paraissent plus travaillées, plus ap­
pliquées .
« O saisons O châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?
J’ai fait la magique étude
Du bonheur qu’aucun n’élude... »

Vers la fin de la « Saison », Rimbaud pa­
raissant se renier, s’écrie : « Cela s’est passé,
je sais aujourd’hui .saluer la beauté. » Mais on
connaît l’étonnant et définitif silence du poète
Arrivé à l’âge d'homme, il ne peut se défaire
de l’adolescent génial qu'il porte en lui et c’esl
une cassure brutale. On peut dire aussi que,
sans doute, le souffle de l’Esprit l’avait quitté,
le laissant vide de tout un passé.
S’il est vrai que tout homme porte en lui un
poète mort à vingt ans, certes, voilà qui éclaire
un peu la personnalité du poète des « Illumi­
nations » et son cri désespéré :

« Moi, moi qui me suis dit ange ou mage,
dispensé de toute morale, je suis rendu au sol,
avec un devoir à chercher et la réalité rugueu­
se à étreindre, paysan ! »
Jean-Claude KELLER

DEMI-TEINTES
POEMES
De Paul COURGET
72 pages. Prix. 350 francs.
Chez l’auteur, à Monlazeau (Dordogne)

AVIS IMPORTANT
1) Il n’est répondu, qu’aux lettres compor­
tant un timbre pour la réponse.
2) Les manuscrits non insérés ne sont pas
rendus. Gardez le double de vos poèmes et
autres envois.
3) Les auteurs sont seuls responsables de
Qeurs écrits.
4) Signez vos poèmes et écrivez lisiblement
votre adresse sur chaque Ie(tre.
5) En nous envoyant vos ouvrages, donneznous votre adresse pour qu’on puisse vous
répondre et vous envoyer un numéro justifi­
catif.

La vielho routo abandounado
De mai en mai à chaco anado,
Louei doii maine ans murs gris
Grimpo siau lou plateii
E porto lou fai greii
Doùs vieis chatans voùtus coumo doùs peleris.
Toujours pus galo, elo s'en vai
Balin, balan, en lai, en lai.
Sur lou ternie peirous ante degun ne passo;
Ta louei qu’un n’auvo janiai
Dindà las ouras ni mai
Uno rodo janglâ en entalhâ sa traço.
La vielho routo n'en pod pus
Sous foussas soun disparegus-;
La vielho routo ei dins lou bouei
Dins Ions lalis, dins la broudacho
Ante ne ve pen bucho-bouei,
Ante pen drouliebou ne fai couda sa vacho.
La vielho routo
Se traino enquero, nreque louto
Minjado d’erbo que la brouto;
Entraupado d'un liam
De r.ounzeis, de bregou,
La vielho routo,
Chabo soun lan
Dejous lur sourne moudelou.
Marcel Fournier

La Fleur Jolie
— Quelle est la fleur la plus jolie,
Dites, Gabrielle, diles-moi;
Est-ce la fleur de la prairie.
En qui souvent l’amour a foi?
— Non, ce n’est pas la pâquerette,
Malgré son riche boulon d'or;
11 en est une plus seule!te
Que j’aime beaucoup mieux encor.
-— Est-ce donc alors la violellc
Au parfum doux, délicieux.
Qui croît aussi parmi l’herbette
Et qui se cache à tous les yeux?
Non, la fleur que mon cœur préfère
Auprès du ruisseau naît souvent,
Abandonnée et solitaire
Et l’agite le moindre vent.

C’est celle que le poète aime,
Et quand arrivent les frimas,^
Quand sonne son heure suprême,
Elle dit: « Ne.m’oubliez pas! »
Louis REJOU.
(Mes Prémices')

1. — AUTOMNE

Ho se
Eclose
De Ventôse,
Sur l’eau morose,
Poème ou prose.
Quelque chose
De rose
Posé
2. — LA GALERE

Patje
Sauvage
D'an autre, âge
Dans ton sillage
Galère image
Un mirage
de rage
Nage
3. — BELLES DE NUIT

Helles
Echelles
Des poubelles
O Jouvencelles
Que j'ensorcelle
Vos cervelles
Sont-elles
Hcclles ?

Christian Jaubert.

8

Vani tas, Vanitatum !
[NI©UVIEIL1L(E
par Eugène FOURRIER

Cet hommage naïf fid celui qui causa le plus de
plaisir au grand homme.

— C’est vrai, prerit M. Dubuisson, il ne compo­
sait que des chansons.

C’est une sensation analogue qu’éprouva Octave.

— Un chansonnier peut aussi être un poète,
observe poliment Octave.

— Monsieur, dit la jeune femme remise de son
trouble, mon mari me parle souvent de vous et
de votre grand talent.
— Oh! madame, répondit Octave qui prit un
air confus, mon ami est trop indulgent.

—■. Et vous trop modeste.
« Perdrigeon-sur-Loire, 10 février.

» Mon cher Octave,
« C’est un vieil ami d’enfance, un camarade de
collège, qui vient se rappeler à ton souvenir, .l’ai
entendu parler de tes succès ainsi que de ton der­
nier volume de vers: Soupirs de In brise. Je viens
te prier de me l’envoyer afin que je puisse t’admi­
rer à mon tour.
» Tu sais que j’ai pris l’usine de mon père et
que je suis marié ; ma femme, Lucienne, grille
d’envie de connaître un poète. Quand tu viendras
au pays, nous comptons sur ta visite. Préviensmoi, j’irai te prendre à la gare et viens déjeuner
sans façon.
» Nous boirons à tes succès.

■> Cordiale poignée de main de ton vieil ami.

» Simonin Grandjean. »

Lorsque Octave Sillard, poète et romancier, eut
terminé la lecture de cette lettre, il s'assit devant
«on bureau et répondit •

« Paris, 12 février.
» Mon vieux Simonin,

» Je ne fai pas oublié, crois-le bien. Les souve­
nirs de l’enfance restent toujours vivaces au fond
du coeur de l’homme ! Te rappelles-tu le père
Brunet qui nous a tant donné de vers à copier ?
C’est peut-être ce qui a décidé de ma vocation.
Je t’envoie un exemplaire des Soupirs de la brise.
Je te prie d’en accepter l’hommage. C’est une
oeuvre modeste : tu me connais, je n’ai aucune
prétention ; j’essaie de tracer mon sillon, voilà
tout.
» J’accepte ton aimable invitation, à condition
que ce sera tout à fait sans façon.

» J’ai l'honneur de présenter mes respectueux
hommages à Madame Grandjean.

» Ton vieil ami,
» Octave ».

Les vieux amis d’enfance, il n’y a que cela, se
dit Octave qui prit dans sa bibliothèque un volu­
me tiré sur Japon des Soupirs de In brise,
exemplaire numéroté et signé de l’auteur. Il ne
lui restait plus que celui-là. Il écrivit une dédi­
cace sur la première page et il l’envoya.
Vers la fin de juillet, Octave se souvint de
l’invitation de son ami, il décida qu’il s’arrêterait
à Perdrigeon. Simonin, prévenu, vint le chercher
à la gare dans une coquette charrette anglaise,
attelée d’un superbe alezan? L’habitation, le châ­
teau comme on l’appelait, attenait à l’usine; enclo­
se dans un immense parc, elle avait grand air.

— En attendant l’heure du déjeuner, je t'emmè­
ne, dit Simonin en passant son bras sous celui de
son ami.
Il lui fit visiter toute la maison. Je ne connais
pas de propriétaire qui n’en eut fait autant, ni
vous non plus. Il conduisait Octave partout, lui
montra toutes les pièces, depuis les communs
jusqu’aux chambres à coucher, ne lui faisant pas
grâce du plus petit cabinet.
Il voulait encore lui faire parcourir l’usine ;
heureusement une bonne vint les prévenir, que
Madame les attendait.
Elle vint en grande toilette au devant de son
hôte.
= C est un déjeuner sans façon, dit-elle, nous
avons quelques invités, des voisins seulement.

Au salon. Octave trouva une nombreuse assis­
tance, toute 1 élite de la société de Perdrigeon.

— Pas du tout, dit Lucienne, c'est un chefd’œuvre.
—■ Vous nous le prêterez ? demanda l'épouse
du notaire.
Toutes les dames appuyèrent sa requête. Tout
Perdrigeon semblait assoiffé de poésie.
— Nous
Lucienne.

le

garderons

précieusement,

d it

—- Oui, ajouta Simonin, c’est toi qui l'a rangé.
—- Je l’ai moi-même placé dans la bibliothèque
où il occupe la première place.

—: Non, monsieur, répondit Lucienne en lui
offrant le bras pour passer au salon, la première
dans notre bibliothèque et dans notre cœur !

En murmure flatteur circula dans l’assemblée.

Octave eut un mot aimable pour chaque invité.
On passa dans la salle à manger, où une table
luxueusement servie attendait les hôtes du château.
Ce déjeuner sans façon ressemblait beaucoup à
un repas de grand apparat. Octave ne songea pas
a s’en plaindre ; les poètes ne tiennent pas abso­
lument à être traités sans façon.

Il prit place à droite de la maîtresse de la
maison, à côté de Mlle Irma Dubuisson, une ravis­
sante blonde de dix-huit ans.

-- Irma, dit Lucienne, je te confie à Monsieu
billard, tais lui oublier les Parisiennes.
La jeune fille jeta un regard timide sur so
voisin. Octave prit une pose étudiée, le buste u
peu incline en arrière, une main posée nég’igem
ment sur la table, le petit doigt relevé.

Pour mettre sa voisine à son aise, il lui sour’
avec bienveillance.
Mademoiselle aime sans doute ta noés'e
demanda-t-il.
1

On servit le café, l’heure de la séparation allait
sonner. Octave éprouva le besoin de se soustraire
pour un instant à l’admiration des assistants. On
a beau être fils de la Muse et parler la langue des
dieux, on n’en est pas moins soumis aux petites
sujétions de l’humaine nature.

Il se fit indiquer le buen-retiro.
Ah ! La province, les vieux amis d’enfance, se
disait-il en traversant le parc, il n’y a que cela de
vrai ! Quelle différence avec Paris ! Là, tout est
faux: les visages trompent, les paroles mentent,
les sourires grimacent; ici tout respire la fran­
chise et l'aimable ignorance.

Il se sentait délicieusement remué jusqu’au fond
des eniraiiles, et se tournait vers la maison hospi­
talière:
— Tempie de la Sincérité, déclama-t-il dans un
accès de lyrisme, je te salue !
Il était arrivé.

Il pénétra dans le chalet discret.
A peine était-il installé qu’il laissa échapper
une plainte étouffée, un papier tomba de ses
mains. Il venait de reconnaître des feuillets non
coupés des « Soupirs de la brise » !
E. F.

qu il se servait copieusement du perdreau trufi
vous autres poètes, vous ne vivez que par
jouissances de l’esprit, vous ne connaissez que
joies de 1 intelligence.
Simonin parla de son usine.

Lucienne l’interrompit,

Elle reprit :

On raconte que Balzac, au cours d’un de ses
voyages, fut reçu dans un château perdu au fond
de la Russie; le soir, une bonne entra au
salon portant une bassinoire. — « C’est pour le lit
de monsieur de Balzac, dit la maîtresse de la mai­
son. » — En entendant prononcer ce nom célèbre,
la bonne laissa tomber ’a bassinoire, dont les
charbons s’éparpillèrent sur le tapis.

—: Cela n’en vaut pas la peine; c’est un essai,
murmura Octave, un simple essai.

— Monsieur Octave Sillard, poète.

—- C’est ma femme, dit Simonin, Lucienne je
te présente ton poète.

Octave fut très flatté de l’effet qu’il produisait ;
son amour propre fut agréablement chatouillé.

— Je te remercie, cria Simonin pour dominer
le bruit des conversations: tu nous a rendus bien
heureux.

— La première, c’est trop, c’est trop, dit Octave
qui buvait du lait.

— Vous devez nous trouver bien vulgaires.

Elle n’en avait jamais vu.

— Monsieur est amateur d’un délicieux volume
de vers qu’il a eu l’amabilité de nous envoyer, ce
qui nous a causé un grand plaisir.

Lucienne le présenta :

Devant le perron, Simonin saute prestement à
terre; une jeune femme fort jolie, possédant encore
toute la grâce de la jeune fille, accourut.

Elle rougit et regarda Octave avec un étonne­
ment mêlé de crainte.

—, C’est bien ce que je disais, continua M.
Dubuisson; il était très original, très amusant en
société : il imitait la locomotive.
Octave était inquiet, mais Lucienne prit la paro­
le :

Octave protesta.

A nous qui vivons au ras de terre, vous
découvrez un coin de ciel.
Oétave trouvait la femme de son ami très bien.

La conversation se généralisa.

— Monsieur, lui dit M. Dubuisson, le père de sa
voisine, j’ai beaucoup connu quelqu’un de votre
partie ; n’est-ce pas, ma femme ? dit-il en se tour­
nant vers madame Dubuisson.
— Tu te trompes, mon ami ;Potardon n’était
pas comme monsieur.
Ma partie, pensait Octave. Est-ce
prend pour un menuisier ?

qu’il me

Imprimerie JOUCLA,
19, rue Lafayette, Périgueux.
Le Gérant; Pierre PEYRAS.