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Médias

Fait partie de Programme du jury d'instruction publique du département de la Dordogne pour l'ouverture de son École centrale, fixée au 10 germinal de l'an cinquième, jour de la Fête de la Jeunesse.

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PROGRAMME
D U

JURY D'INSTRUCTION PUBLIQUE
D U

DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE,
POUR

DE

L’OUVERTURE

SON ÉCOLE

CENTRALE,

Fixée au io Germinal de l’an cinquième } jour de la
Fête de la Jeunesse.

A
De

PÉRIGUEUX,

l’Imprimerie

*

du

Républicain Dupont,

Imprimeur du Département.

(Quelque paisible que soit de sa nature la République des

».

Lettres , elle n'avoit point échappé aux troubles de notre Ré­
volution. Un délire aveugle méconnut le prix du savoir. Le
Génie eut ses ennemis et ses persécuteurs. On sembloit vouloir
anéantir toute lumière, arrêter toute instruction, détruire tout
monument des Arts ; et ce siècle , Supérieur peut-être au pré­
cédent, ce siècle qu’avoient illustré les Montesquieu, les
Voltaire, les Bllffon et les Rousseau , menaçoit, après tant
de gloire , de finir par la barbarie.
Mais heureusement ces orages n’ont, été que passagers. On
n’a pas lardé à sentir les funestes effets de l’ignorance , et la
nécessité d’y remédier promptement. Depuis que le'vandalisme
a cessé d’exercer ses ravages, depuis que les Muses , revenues
de leur effroi , ont pu reparoître parmi nous , le Gouvernement
A 2

( 4 )
s’est empressé de les accueillir , de' les encourager, de leur
accorder la protection et la faveur les plus signalées. Des asiles
se sont ouverts pour elles de toutes parts. On avoit cru devoir
abolir ces anciennes Académies , trop influencées par le despo­
tisme, ces Collèges, ces Universités, qui conservoient encore
tant de restes de la rouille scolastique. On leur a substitué de
nouveaux établissements plus conformes à la raison , plus dignes
de la Liberté. L’Institut national s’est formé dans la capitale ,
comme un immense foyer fait pour répandre une grande masse
de lumière. Des Ecoles spéciales ont été réparties, sur divers
points de la République. Des Ecoles centrales sont, organisées ,,
ou près de l’être , dans chaque Département. Tel est le système
général de l’Instruction publique , qui se trouve ainsi portée
et distribuée par-tout, du centre à la circonférence: système,
ressemblant en quelque sorte à celui de notre Monde , où les
astres secondaires , placés autour du globe principal, se ba­
lancent, s’éclairent, et par leur action réciproque, entretien­
nent la vie , la chaleur et l’éclat de tout cet ensemble.
On peut donc se flatter de voir les Sciences et les Lettres re­
fleurir autant que jamais. Et quel sol plus favorable àleur culture
que le sol de la France, revivifié par la Liberté? Si elfes firent
de si grands progrès sous quelques-uns de ses rois , que n’en
faut-il pas attendre sous le Régime Républicain? Quelle énergie
ne donnera-t-il pas aux esprits? Quelle trempe mâle et fière le
Génie n’en doit-il point recevoir ? La vraie Philosophie , la
Philosophie morale sur-tout, la Physique , la Chimie , l’Histoire
naturelle , tous les genres de savoir , dépendans de la raison et
* de l’expérience, acquéreront plus de solidité, plus de profondeur.
Les beaux Arts mêmes , auxquels président l’imagination , le
goût et le sentiment, deviendront plus utiles , plus substantiels ,
pour ainsi dire , sans y rien perdre de leurs agrémens naturels..
Et que sera-ce, quand la paix , cette paix si ardemment
désirée , viendra favoriser encore nos travaux littéraires • quand.

(5)
celle de l’intérieur s’y joignant, elles achèveront l’une et l’autre
d’éteindre les leux de la discorde, déjà moins actifs , et de nous
ramener l’ordre , l’union , l’abondance , et ce calme, si nécessaire
aux études? C’est alo s que le flambeau des Sciences, libre et
dégagé de nuages , brillera de toute sa splendeur , au milieu de
la prospérité universelle.
Mais ne poussons pas plus loin ces réflexions générales , qui
ne nous paroissent pourtant point ici déplacées. Revenons à
l’Instruction , et principalement à notre Ecole centrale , objet
particulier de ce Programme.
Il ne nous a pas été possible , quelque désir que nous en
eussions, d’organiser plutôt cet établissaient. Des difficultés de
toute espèce , assez faciles à concevoir , ont arrêté long-temps
l’effet de nos soins. Mais enfin , nous sommes parvenus à les
applanir , au moins en bonne partie , grâces sur-tout à l’heureuse
intelligence qui a régné constamment entre l’Administration
centrale et le Juri d’instruction. Le choix de nos Professeurs est
fait. Iis sont tous , nous osons le dire , dignes de la confiance du
public. Quelques-uns mêmes jouissent déjà d’une réputation
distinguée. Les autres la mériteront quand ils seront plus connus.^
L’ouverture de l’Ecole centrale de ce Département, est donc
fixée au io Germinal prochain , jour de la Fête de la Jeunesse.
On a cru devoir faire concourir ensemble ces deux époques , qui
ont un rapport si heureux, l’enseignement offert à cette Jeunesse
ne pouvant être pour elle qu’un sujet de plus de joie et de i
satisfaction,
L’Instruction y sera divisée en trois sections , conformément
à la loi du 3 Brumaire de l’an 4.

Il y aura dans la première :

Un Professeur de Dessin ;
Un Professeur d’Histoire naturelle',
Un Professeur de Langues anciennes..

(6)
L’Administration centrale n’a pas jugé à propos de demander
un Cours de Langues vivantes.

Il y aura dans la deuxième section :

Un Professeur d’Elemens de Mathématiques ;
Un Professeur de Physique , et de Chimie expérimentales..

Il y aura dans la troisième :
Un Professeur de Grammaire générale ;
Un Professeur de Belles-Lettres ;
Un Professeur d'Histoire \
Un Professeur de Législation.

Les Elèves ne seront admis aux Cours de la première section,
qu’après l’âge de douze ans ; aux Cours de la seconde , qu’à l’âge
de quatorze ans accomplis ; aux Cours de la troizième , qu’à l’âge
de seize ans au moins.
Entrons dans quelques détails nécessaires sur chacun de ces
Cours.

COURS DE DESSIN.

Le Dessin nous apprend à tracer la forme extérieure des corps,

par des linéamens et des contours, sur lesquels on distribue les
jours et les ombres convenables.’ Qu’on ajoute à ces figures la
couleur qui leur est propre, qu’on les groupe , qu’on les ordonne,
pour l’expression d’un sujet , et l’on aura tout l’Art de la
Peinture.
„J

( 7 )
C’est ce bel Art , et spécialement le Dessin, sa base essentielle,
qu’on enseignera dans ce Cours. C’est l’Art des Raphaël, des
Damimcj'tdn , des Poussin et des David. Nous ne craignons
point de nommer celui ci parmi ces grands Artistes, et nous le
citons d’autant plus volontiers , que le Professeur chargé dé
cette partie est son Disciple. Il s’honore d’avoir pris ses leçons.
Heureux , dit-il, s’il peut les transmettre à ses Elèves telles qu’ils
les a reçues , et former des sujets plus dignes encore d’un pareil
maître que de lui-même (*).
Il semblerait superflu de faire ici l’éloge de la Peinture. Son
utilité, ses agrémens , tous ses effets merveilleux sont assez géné­
ralement sentis. Qu’il nous soit permis de l’envisager un moment
dans toute son étendue. Quoi de plus admirable en effet que cette
imitation exacte, brillante, et, presque magique , delà nature !
Le Peintrela double , la crée , en quelque sorte, une seconde fois ,
et souvent même l’embellit en la reproduisant.Par les prestiges de
son Art, il peut à son gré , sur une superficie plane , rapprocher
les objets, ou les y enfoncer profondément, et faire fuir loin de
l’œil ce qui est sous la main. Il sait donner à des corps immobiles
l’air du mouvement, aune matière brute et morte, l’apparence
du sentiment et de la pensée. Il sait renfermer dans un cadre
étroit des espaces immenses. Et quels sont ses moyens pour opérer
ces prodiges? un peu de toile , une palette , des pinceaux , voilà
ses foibles instrumens. C’est avec eux qu’il trace tout ce qui
existe de visible, qu’il figure tout l’Univers. Et par un autre
prestige, du même' pinceau dont il venoit de peindre les horreurs
d’une bataille , il va représenter , dans un paysage enchanteur»
lés danses ingénues d’une pastorale. Il va peindre le Tartare et
l’Elisée , la tête chauve d’un vieillard, et les fraîches carnations
d’une jeune beauté.
La Peinture, en embellissant nos demeurés, en décorant nos
( *)’ Elève , comme nous Pavons dit, du citoyen David

«lioisi spécialement par lui pour Yenir professer ici..

il a été de plus

(8)
théâtres et nos fîtes, ne se borne pas à ces usages purement
agréables ; aux plaisirs qu’elle nous donne , elle joint d’utiles
leçons. Par elle, les traits héroïques , les actions vertueuses
qu’offre l’Histoire , nous sont présentés avec une force , avec
une vivacité, qui nous excitent puissamment à les imiter. Les
grands personnages Grecs et Romains , ceux de tous les temps
et de tous les lieux, semblent renaître pour nous , agir sous nos
yeux , devenir nos contemporains et nos compatriotes. Nous
n’apprenons pas seulement les événemens , nous les voyons. C’est
devant nous que cette fille célèbre , connue sous le nom de
Charité Romaine, allaite son père dansla prison ; ([véEudamidas
lègue sa mère et sa fdle à ses amis , pour les nourrir après sa
mort ; que Léonidas meurt aux Thermopiles pour sa Patrie ;
que le fier
trace le cercle fatal autour d’.Antiochus le
Grand. Que d’exemples touchans pour les âmes sensibles! Que
d’exemples glorieux pour des coeurs Républicains !
Ce ne sont pas encore là tous les bienfaits de la Peinture. Nous
lui devons d’autres jouissances bien précieuses. Je parle de ces
images si vives , si ressemblantes , qu’elle nous retrace des
personnes qui nous sont chères , et que le tombeau.nous a
ravies. On diroit qu’elle les a rendues à l’existence. On croit les
revoir , les entretenir , les embrasser de nouveau. Que de douces
et tendres larmes elle nous fait verser par ces illusions ! Elle
console l’amitié , elle adoucit tous les regrets , elle trompe la
mort même en notre faveur.
Jeunes Citoyens , cultivez donc cet Art, aussi utile qu’a­
gréable. Ne fissiez-vous qu’y trouver un délassement honnête,
des amusemens innocens , ce seroit beaucoup. Mais si le Ciel
vous a départi quelque talent , si vous sentez l’impulsion du
Génie, livrez-vous y tout entiers. Prenez vos crayons et vos
pinceaux. Devenez des émules ééApelle et de Rubens , de
brillans rivaux de la nature , et soyez assurés d’une gloire
immortelle.
COURS

(9)

Le Citoyen LA R O MI G UIÉ R E, Professeur (*).
La terre est le domaine de l’homme. C’est lui qui par son

intelligence , son industrie et ses immenses travaux , l’a défriché ,
cultivé , embelli , et par là se l’est légitimement acquis. Un de
ses premiers soins fut, sans doute , d’en reconnoître les habitans , et les diverses productions. Il y trouva des Êtres vivans et
organisés comme lui, quoique sous des formes différentes, et
parmi lesquels il fallut, malgré son orgueil un peu humilié ,
qu’il se rangeât lui-même le premier. Mais il scut bientôt s’ap­
proprier les uns pour sa nourriture , dompter les autres pour
son usage, combattre et reléguer dans les forêts ceux qui par
leur force et leur férocité pouvoient lui disputer l’empire. Il vit
ensuite cette terre couverte d’arbres , de verdure , de fleurs et
de fruits , le tout croissant et végétant, avec une grande variété
de genres , d’espèces et de familles , qu’il apprit à distinguer
et à classer. Enfin , il fixa son attention sur le sol même qu’il
fouloit aux pieds , sur la matière brute et inanimée , où il
remarqua encore bien des substances différentes , qui deman­
dèrent une classification particulière. C’est de ces trois règnes,
animal, végétal, et minéral, nommés autrement Zoologie,
Rolanique , et Minéralogie , que s’est formée l’Histoire Natu­
relle , science vaste, infiniment intéressante , et bien digne qu’on
y consacre une partie de son temps.
( * ) Il a principalement puisé ses connoissances sons le citoyen L acépède,
Professeur d’Histoire Naturelle au Muséum national , dont le mérite , comme
Naturaliste et Physicien , est si généralement reconnu , et c’est lui qui nous
l’a proposé pour Professeur de notre Ecole centrale.

B

Ce n’est point une Science oisive et sédentaire , et en cela elle
est faite pour plaire à la jeunesse , naturellement amie du mou­
vement. Il faut que le Naturaliste parcoure les campagnes y
gravisse les monts, s’enfonce clans les précipices, pour y décou­
vrir les objets de sa curiosité. Non content de cette inspection
de la surface du globe, il veut en connoître l’intérieur, autant
du moins qu’il est possible. Il creuse profondément le sein de
la terre, il visite les mines, il pénètre dans les cavernes. Il
observe tout ce qu’il y rencontre, les matières vitrifiables et
calcaires , les pierres précieuses , les substances métalliques , les
fossiles de toute espèce. Au milieu d’un désordre apparent, il
est frappé d’une certaine régularité dans les couches de la terre ,
posées les unes sur les autres. En combinant les faits, en liant
les observations, il reconnoît l’ouvrage des eaux de la mer. Il
s’élève par degré à la plus belle théorie , et parvient à s’ex­
pliquer les grands changemens successifs arrivés au globe qu’il
habite.
Indépendamment de ces importantes vérités, que d’autres
découvertes utiles et agréables ne fait pas dans ses courses l’ar­
dent et jeune Naturaliste ? Toutes les parties de la science lui
en fournissent l’occasion. Des objets que d’autres n’auroient pas
daigné regarder , le charment et le transportent de joie ; une
plante inattendue sur un rocher escarpé, un minéral rare dans
le fond de quelque abîme , un coquillage singulier au bord de
la mer, tout l’arrête et l’intéresse ; chaque pas lui offre une
jouissance.
Mais le moment, de quelque repos est-il venu , il s’en prépare
encore un autre. Il se plait alors à rassembler dans un vaste
cabinet des échantillons de tout ce qu’il a vu. Des quatre parties
du monde , tous les animaux semblent être accourus à sa voix ,
tous les minéraux être sortis des entrailles de la terre , pour
paroître devant lui. Il y joint un jardin de botanique, où crois­
sent toutes les plantes. Il embrasse ainsi, d’un coup-d’œil, les

( II )
innombrables productions de la nature, rangées en ordre, dis­
tinguées et classées. Nous sentons trop l’importance d’une pa­
reille collection , pour ne pas en enrichir notre Ecole centrale.
Nous aurons donc un Cabinet d’Iîistoire Naturelle , que nous
rendrons , de concert avec le Professeur qui doit l’enseigner ,
le plus complet qu’il se pourra. Nous aurons un Jardin des
Plantes, auquel nous destinons un très-beau local, et net éta­
blissement est déjà commencé sous la direction d’un Jardinier
intelligent (*).
Que de raisons pour engager les jeunes Elèves à cette étude !
Quand ils y seront un peu avancés, ils trouveront un autre graiid
secours dans les excellons Auteurs qui ont traité de cette ma­
tière , tels (.[JAristote et Pline , chez les anciens , Tournefort,
Linné, Jussieu, et l’illustre Buffon , parmi les modernes, pour
ne parler ici que des morts. Qui pourroit ne pas s’enflammer du
désir de s’instruire en ce genre, à la lecture de ce dernier ,
interprête aussi profond que peintre sublime de la nature , et
dont l’ouvrage immortel est peut-être le plus beau monument
élevé dans ce siècle à l’honneur des Sciences!
Le Professeur d'PIistoire naturelle commencera son Cours par
la Minéralogie , qui sera d’autant plus intéressante , que ce
Département renferme beaucoup de singularités dénaturé, et
de phénomènes rares en cette partie. Il se trouvera ainsi conduit
jusqu’à la belle saison. C’est alors que la terre parée de tous
ces ornemens , et la végétation en pleine activité , il poursuivra
par la Botanique , et pourra, suivi de ses Elèves, aller dans la
campagne faire de ces incursions savantes et agréables, qu’on
nomme herborisations. Enfin il terminera par la Zoologie, c’està-dire par le règne animal.
( * ) C’est le citoyen Massé qui a cette direction. Il est Elève des célèbre»
citoyens Tliouin, frères , Directeurs du Jardin national des Plantes à Paris, et
qui ont bien voulu nous le céder, à la prière du citoyen Lacépède.

( 12 )
COURS
DE

LANGUES

ANCIENNES.

On ne peut se dissimuler que l’étude des Langues anciennes

est depuis quelque temps trop négligée , et notre Révolution,
qui d’ailleurs a produit et doit produire tant d’heureux effets,
n’a pas, sans doute , contribué à la relever. A quoi bon, disoient
les détracteurs de tout savoir, des idiomes qu’on ne parle et
qu’on n’écrit plus , qu’on lit à peine , et dont on peut, si bien
se passer? Tel étoit aussi le langage de cette caste d’hommes
privilégiés , qui, sous l’ancien régime , méprisoient si orgueilleu­
sement ces Langues , et mettaient même leur ignorance au rang
de leurs droits. Est-ce donc à eux que des Républicains voudroient ajourd’hui s’assimiler ?
Nos sages Législateurs en ont autrement jugé. Ils ont placé
ce genre d’instruction dans les Ecoles centrales. En effet, quels
avantages , quels secours , ne retire-t-on pas de la connoissance
de ces Langues, sur-tout de celles dés Grecs et des Romains,
les plus belles que les hommes ajent parlé ? Riches , flexibles ,
harmonieuses , prosodiques , imitatives , elles exprimoient, elles
peignoient tout. Aussi, les chefs-d’œuvres qu’elles ont enfanté
sont-ils depuis des milliers de siècles et seront-ils à jamais les
modèles du bon goût et du vrai beau. Non moins admirables
pour le fond que pour la forme , que de traits sublimes, de
sentimens généreux , de maximes de la plus saine morale , que
{*) Il a déjà professé dans divers genres d’instruction.

( 13 )
de tours heureux , que de force, de grâces , de délicatesse de
style, n’offrent-ils point ? Là, le génie du Poëte et de l’Ora­
teur trouve à s’alimenter , leur imagination à s’embellir ; là ,
le philosophe et l’homme public, trouvent à perfectioner leur
raison. C’est en les imitant, ces Anciens, toute fois sans ser­
vitude , que nos grands écrivains modernes sont parvenus à les
égaler , et si quelques-uns , en petit nombre , les ont surpassés ,
ce n’est encore qu’en les imitant.
Et qu’on ne croye pas pouvoir y suppléer par les traductions :
foibles copies, qui rendent trop imparfaitement les beautés du
texte. Cela est indubitable pour les Poètes du premier ordre;
mais cela n’est gueres moins vrai pour les excellens Prosateurs
de tout genre, pour les Historiens penseurs et profonds. Les meil­
leures traductions pâliront toujours à côté de Platon et de Tacite.
Le premier et le principal objet de ce Cours doit être la
Langue Latine. Elle est pour nous d’un plus grand usage qu’au­
cune autre. Elle fut long-temps la Langue universelle , l’inter­
prête de tous les savans. Elle a enfin donné naissance à notre
Langue Française, ainsi qu’à l’Italienne et l’Espagnole. Ce sont
comme trois rejetons , sortis de cette tige féconde , dans lesquels
sa sève circule encore , et leur donne beaucoup de traits de res­
semblance avec leur mère commune. De là vient qu’il est trèsdifficile de bien possédei’ notre propre Langue , ni même de
l’ortographier correctement, sans la connoissance du Latin.
Nous ne pouvons donc trop recommander cette étude , si utile
dans tous les états un peu distingués de la société , et absolument
indispensable pour quelques-uns, tels que ceux de l’homme de
loi, du médecin , etc. Combien de fois n’avons-nous pas entendu
d’honnêtes citoyens gémir de leur ignorance à cet égard , et
accuser la négligence des auteurs de leurs jours ? Pères de
famille , prévenez de la part de vos enfans les mêmes regrets et
les mêmes reproches. Et vous, jeunes Elèves, ne soyez point
arrêtés par quelques dégoûts que vous pourrez d’abord éprouver.

( 14 )
D’ailleurs le Professeur, chargé de vous instruire, se propose
de vous les épargner autant qu’il sera possible. Il supprimera ,
par exemple, la composition des thèmes, méthode reconnue
généralement, aujourd’hui pour défectueuse. Il n’employera que
celle des versions , infiniment plus utile , et beaucoup moins
rebutantes. Enfin il vous mettra par la voie la plus courte et
la plus facile , en état d’entendre les meilleurs Auteurs Latins.
Quelle satisfaction alors, si vous avez quelque étincelle dégoût,
de lire et de sentir Térence., Cicéron , Titc-Live , Virgile ,
Ho race , etc. ! Quelle source inépuisable d’instruction et de
délices! Plus d’épines sur ^otre route. Vous n’y trouverez plus
que des fruits et des fleurs à cueillir.
Au reste , le Professeur croit devoir prévenir qu’il seroit à
propos qu’on ne lui envoyât que des Elèves qui eussent déjà
quelque teinture de Latin , et sussent au moins décliner et con­
juguer. On sent l’inconvénient des mêmes leçons données à des
Eludians de différente force, et que pour vouloir trop embrasser
on obtiendroit moins.
Quant au Grec, cette Langue supérieure encore à la Latine par
sa beauté propre , et peut-être aussi par l’excellence des ouvrages
qu’elle a produits; cette Langue qui fut celle Homère , de
Plalon , de Sophocle , de Pindare , de Plutarque , etc., pour­
rions-nous la laisser dans l’injuste oubli où nous la voyons?
Tâchons de ne pas mériter ce reproche. Si parmi ces Elèves
il en est quelques-uns qui, dévorés de la passion de la science,
veuillent apprendre une si belle Langue , le Professeur leur en
donnera des leçons. Ici, à la différence du Latin, il commencera
par les premiers élémens , et par l’alphabet même qu’il importe
de bien connoître.Et en général, dans l’enseignement progressif,
de cette partie comme de la première , les Elèves seront con­
duits, non par une routine aveugle , mais par une méthode
raisonnée et pratique , qui éclairera leur raison , occupera et
développera leur intelligence.

COURS DE MATHÉMATIQUES

_L EU de Sciences honorent plus l’esprit humain que les Mathé­
matiques. C’est là peut être que l’homme a le plus déployé les
ressources et les forces de son génie. Il a soumis à son calcul
tout ce qui en étoit susceptible, les nombres, les grandeurs de
toute espèce , les forces mouvantes , les sons , la lumière avec
t outes ses merveilles , etc. Il a scu appliquer l’Algèbre à la Géo­
métrie, et c’est par-là, sur-tout, que le grand D escortes s’est
immortalisé. En un mot , l’homme sembloit avoir épuisé toutes
les combinaisons dans ces différens genres , résolu tous les pro­
blèmes à un très-petit nombre près ; et cependant il a plus fait
encore. Par une audace qui paroissoit téméraire , mais que le
succès a justifiée, il a osé porter ses vues jusques dans l’infini.
Il en a sondé les profondeurs. Il y a élevé l’édifice de la Géomé­
trie transcendante , édifice aussi hardi qu’étonnant ,et qui, pour
porter sur des abîmes sans fonds , n’en a pas moins de solidité.
Le rare Génie , inventeur de cette théorie , l’a essayée sur
PAstronomie. Il a calculé tous les mouvemens des corps cé­
lestes. Il a mis dans la balance les Planètes et les Mondes.
La nature n’a pas voulu le démentir. Les faits se sont trouvés
d’accord avec les conjectures. Le vrai système de l’Univers a
été trouvé , et l’on a douté si l’auteur immortel de cette dé­
couverte étoit un homme ou un ange.
(*) Ancien Professeur de Mathématiques à l’Ecole militaire de la Flèche*
auteur de l’article Sinus , dans l’Encyqlopédie méthodique , et en correspond
dance avec divers savans Mathématiciens.

( 16 )
Les Mathématiques se recommandent assez par elles-mêmes.
On sait les nombreux services qu’elles nous rendent, et qu’elles
entrent dans plusieurs autres Sciences et dans presque tous les
Arts. D’ailleurs , quelques abstraites qu’elles paroissent, elles ont
des charmes infinis pour ceux qui s’y adonnent, en ce qu’ils y
marchent toujours de vérités en vérités , au flambeau de l’évi­
dence. Et même on peut croire que cette habitude du vrai
qu’on y contracte, donne à l’esprit, une justesse d’idées, une
rectitude de jugement, qui s’appliquent heureusement à tous
les autres objets.
Il ne nous appartient pas d’en dire davantage sur ce sujet.
Nous laisserons donc au Professeur de Mathématiques le soin
d’expliquer lui-même le plan qu’il se propose de suivre. Voici
cette explication dans ses propres termes :

« Les Sciences dont les principes sont fondés sur la clarté et
35 sur l’évidence , ne peuvent manquer d’être accueillies par des
35 hommes qui aiment la vérité ; et lorsque par des combinaisons
35 naturelles ils parviennent à les faire servir à leurs usages les
35 plus nécessaires, ces Sciences deviennent bien plus intéres35 santés pour eux. Telles sont les Mathématiques qui, par leur
35 utilité générale, doivent tenir un rang.distingué parmi les
35 connoissances humaines.
35 Le Professeur donnera d’abord des notions générales, et il
35 exposera l’ordre généalogique qui doit fixer l’étude de ces
35 Sciences , et servir de préparation à la carrière que les Elèves
35 doivent suivre. Il enseignera successivement les diverses parties
35 des Mathématiques pures, nécessaires pour suivre les diffé35 rentes branches des Mathématiques mixtes , ou des Sciences
35 Physico-Mathématiques auxquelles chaque Elève pourra di­
ss riger ses talens.
35 En conséquence, il expliquera les principes de l’Arithmé» tique , soit numérique , soit algébrique ; ceux de la Géométrie
>î élémentaire

( 17 )
» élémentaire et transcendante , et ceux des calculs différentiel et
J) intégral. De ces principes suivront les différentes théories de la
» quantitéreprésentée par des caractères, des lignes etdesélémens
” de cetle même quantité, comme celle des membres entiers
» et fractionnaires ; celle des équations simples et composées
» des différens degrés ; celle des suites finies et infinies ; celle
» des lignes droites et courbes ; celle des sinus circulaires et
» hyperboliques ; celle des courbes à simple ou à double cour» bure.; celle des infinis et des infiniment petits , celle des va» riations pour les Maxima et les Minima, etc. Ces différentes
» théories combinées, se prêtant un secours mutuel , formeront
» un ensemble de connoissances propres à approfondir les Sciences
» Physico-Mathématiques. Elles seront développées le plus clai» rement possible, et appliquées aux objets les plus intéressans
» et les plus utiles , par des opérations sensibles.
» II sera formé, aussitôt que le Professeur le jugera conve» nable, deux Ecoles ; l’une pour les connnançans , l’autre pour
» ceux qui, étant déjà instruits des premiers principes, seront
» jugés capables de suivre des théories plus relevées , et de
» donner à leurs connoissances acquises le développement qui
» annonce le zèle et l’application. Toutes les leçons seront diri» gées vers l’étude des Sciences Physico-Mathématiques , telles
» que l’Astronomie , la Mécanique , l’Hydrodynamique , la
» Navigation , l’Optique , etc. , et leurs différentes branches ;
» et chaque année, pendant le dernier Cours , il sera enseigné
» une ou plusieurs de ces Sciences , suivant les talens et la
» capacité des Elèves auxquels elles offriront des moyens de
» développer leur goût, et de suivre les professions analogues
» auxquelles la nature les destinera.
» Le Professeur s’attachera à inspirer à ses Elèves le goût
» pour les sciences exactes, et il saisira toutes les circonstances
» qui se présenteront pour faire éclore leurs talens , et pour
» germer entre eux les dispositions heureuses qu’ils montreront 33.
C

COURS
DE PHYSIQUE EXPÉRIMENTALE
ET DE

CHIMIE.

Le Citoyen CHABANEAU, Professeur^*').
Le Naturaliste a tout inventorié , tout classé, sur la super­

ficie du globe , et même jusqu’à une certaine profondeur. Le
Physicien Chimiste va pénétrer plus avant dans la structure
intime des corps. Il va rechercher les propriétés de la matière,
observer les phénomènes, tâcher de découvrir leurs causes,
analyser, décomposer les substances, et par mille expériences
ingénieuses , mille essais variés , mille combinaisons savantes ,
souvent aidées d’un heureux hasard , faire subir à la nature
une espèce de violence, qui lui arrache peu à peu ses plus
grands secrets. Il est sans doute un terme qu’il ne sauroit
franchir. Il paroît que les élémens constitutifs de la matière ,
ce qui en fait le fond et l’essence, lui seront à jamais cachés.
Mais qu’il ne s’arrête pas par cette considération. Il est allé si
loin qu’il peut espérer d’aller plus loin encore. Ses efforts , pour
atteindre un but peut-être inaccessible , lui acquéreront bien des
vérités inattendues. C’est ainsi que Y.Adepte , en courant vaine(*) Sa réputation en Chimie et en Physique l’avoit fait appeler , par la Cour
d’Espagne, à Madrid , où il a professé ces Sciences pendant 18 ans. Mais il a
bien voulu renoncer à un établissement si avantageux, pour venir nous consacrer
ici ses talens. Il est particulièrement connu par ses découvertes sur la Platine.

( 19 )

ment après la transmutation des métaux , a fait quelquefois des­
découvertes préférables à l’or qu’il cherchoit.
Un goûtgénéral a tourné depuis quelques années les esprits vers
ces deux belles Sciences. Aussi ont-elles fait les progrès les plus
rapides. Tout invite les Jeunes Gens à s’y attacher. Il n’en est
point de plus curieuses , de plus intéressantes. Tout y est mer­
veilles , tout y est sujet d’étonnement et d’admiration. C’est
enfin le spectacle de la nature , toujours d’autant plus grand
et plus magnifique, qu’il est plus connu et plus approfondi.
Nous en userons pour cet article comme pour le précédent,
c’est-à-dire , que nous allons présenter l’esquisse du plan que
s’est formé le Professeur , telle qu’il nous l’a communiquée.
« La nature étant une , il ne doit et ne peut y avoir qu’une
« seule et unique Science de la nature, que je comprends sous
», le nom de Physique : la Mécanique , Hydrodynamique ,
« Optique , Astronomie , Botanique , Zoologie , Minéralogie .
« Chimie , etc., sont donc autant de branches du tronc prin« cipal , la Physique ; et par conséquent le Physicien qui a
« pour objet l’étude delà nature entière, ne doit être étranger
« à aucune ; mais comme il est impossible au Génie le plus vaste
« et le plus laborieux de les suivre dans tous leurs détails , de là
« la nécessité de l’étude particulière de chaque branche prise
« séparément.
« Chargé de la partie de la Physique appellée Expérimentale,
« et de celle connue sous le nom de Chimie , voilà à-peu-près
« l’ordre que nous nous sommes prescrit pour remplir notre
« tâche.
« Nous commencerons par donner une idée générale de la
« structure de l’Univers , fondée sur l’état actuel de nos connois« sances ; et renvoyant à l’Astronomie tout ce qui concerne les
» corps célestes , nous nous attacherons particulièrement à
« présenter le tableau le plus lumineux possible des principales
C z

( 20 )
5) connoissances acquises sur les substances qui composent ,
» peuplent et ornent notre Globe ; dans notre marche nous ne
« nous arrêterons que sur les vérités arrachées à la nature par
« les efforts réunis des générations qui nous ont précédés, et de nos
« contemporains ; posant pour principe fondamental qu’on doit
« douter de tout ce qui n’est pas démontré par des expériences
« irréfragables et des observations constantes , et que les opinions
« des hommes les plus célèbres ne doivent être regardées que
« comme des rêves plus ou moins sublimes, lorsqu’elles ne sont
« point des réponses de la nature duement consultée.
« A l’idée générale de l’Univers , succédera celle de la struc« ture ou disposition du Globe terraqué ; ensuite nous nous
« arrêterons un moment sur les qualités de la matière en gé« néral , si elle est une dans son espèce ou s’il en existe de
« plusieurs sortes ; ce qu’on entend par corps , quelles sont
« les propriétés qui les confondent et les caractérisent. Nous
« démontrerons que l’attraction estime cause, ou , si l’on veut,
« un effet général , dont la force est toujours en raison coin« posée de la directe des masses et de l’inverse du quarré des
« distances des corps soumis à son action; nous examinerons si
« cette force seule suffit dans la nature pour rendre raison de
« tous les phénomènes que nous offre le vaste ensemble de
« l’Univers. Ces points capitaux déterminés , nous étudierons
« chaque substance en particulier, en nous occupant d’abord
« de celles qui nous paraissent être autant d’agens généraux
« dans la nature, tels que la lumière ou fluide luminique, les
« fluides igné ou calorique , électrique , magnétique , l’air , l’eau,
« les gaz , etc. ; à l’étude de ces agens généraux , succédera
« celle des autres substances particulières que nous offre le
« Globe que nous habitons.
« Comme toutes nos connoissances sont fondées sur la compa« raison , en examinant un corps quelconque, nous aurons soin
« de ne le mettre en parallèle qu’avec ceux que nons aurons

( 21 )
« déjà passé en revue ; cette marche simple et lumineuse nous
« indique que l’ensemble des propriétés de nul corps ne peut
» être connu qu’après avoir parcouru l’immensité de la chaîne
» que forment tous les êtres.
» Comme toute substance , pour être bien connue , doit être
» examinée sous tous les rapports possibles, et qu’un seul homme
» ne peut les présenter tous avec les détails nécessaires , nous
renverrons à chaque Professeur les points qui sont du ressort
« spécial de la partie qu’il enseigne; par exemple, la détermi« nation des lois de l’équilibre et mouvement des corps , soit
« solides , soit liquides, appartient spécialement à la Mécanique
« et Hydrodynamique; la description circonstanciée de toutes
« les parties des végétaux , leur nomenclature et leur classifi» cation doivent être présentées par le Botaniste , et ainsi du.
« reste : ceux qui sont directement de notre ressort , seront
« développés avec tous les détails convenables. A chaque pas que
« nous ferons dans l’étude de la nature , nous la verrons s’animer
« pour nous , notre horison s’agrandira , et des explications
« utiles à notre espèce se présenter en foule.
« L’homme étant essentiellement lié avec le vaste ensemble
« de l’Univers , il est évident qu’il doit faire tous ses efforts
« pour étudier toutes les relations qu’il peut avoir avec les êtres
« divers au milieu desquels il vit.
« Nous nous abstiendrons donc de présenter ici le tableau des
« avantages infinis qui doivent résulter à l’homme, de l’étude
« de la nature , d’autant mieux que les bornes d’un Programme
« ne nous le permettent pas. Nous nous contenterons d’observer
« qu’en abandonnant la nature , l’homme n’agira qu’au hasard ;
« que sans principes fixes il divaguera sans cesse dans la région
« des incertitudes , et sera le jouet perpétuel de l’erreur,
« qui doit être regardée comme la plus cruelle ennemie de
« l’espèce pensante ».

( 22 )
COURS
DE

GRAMMAIRE
Le Citoyen

GÉNÉRALE.
, Professeur.

T,Jne des questions les plus difficiles qu’ait à résoudre la Phi­

losophie c’est l’origine des Langues. (Quoique l’homme soit
naturellement doué de l’organe de la parole , il n’en est pas
plus aisé de concevoir comment les premiers individus des sociétés
naissantes ont pu se concerter , pour la communication réglée
de leurs pensées et de leurs sentimens ; car il semble que pour
se faire entendre , il faltoit un langage convenu , et ce langage
n’existoit pas encore. Mais sans remonter jusques-là , et lorsque
les Langues ont été une fois formées, on a pu, avec plus de
facilité , les analyser , rechercher leurs principes , y suivre la
marche de l’esprit humain , poser des règles pour les perfection­
ner , etc. C’est cet assemblage de recherches , de préceptes et
d’observations , qu’on nomme l’Art de la Grammaire , qui est
générale , quand elle embrasse les grands principes , communs
à toutes les langues ; particulière , quand elle s’applique à telle
ou telle Langue, qui a son génie propre et son caractère par­
ticulier.
Cette analyse philosophique de nos idées , que fait la Gram­
maire , peut tenir lieu , jusqu’à un certain point, d’un Cours de
Logique. Il y entre même une métaphysique très-fine et trèsprofonde. Tout y est, pour ainsi dire , abstraction. Il y a dans l’Art

( 23 )
Grammatical, dans les noms et pronoms , dans les adjectifs ,
dans les verbes avec leurs temps, dans les adverbes , les pré­
positions , etc., tant de nuances délicates, de modifications
différentes, à saisir, qu’on n’y parvient que par les opérations
les plus déliées de l’entendement humain. De jeunes Elèves ,
tels qu’on les demande , peuvent d’abord s’effrayer de ses diffi­
cultés. Mais un habile Professeur sait les applanir , et vient à
bout de leur expliquer nettement toutes ces choses , par l’art
et la méthode qu’il y employé , en procédant du connu à l’in­
connu , et suivant toujours la progression naturelle des idées.
Les principes généraux de la Grammaire , bien enseignés et
bien entendus , mettront le jeune Etudiant en état de les ap­
pliquer à sa propre Langue , qu’il parlera pour lors et écrira
purement. On n’insiste pas sur l’utilité de cette connoissance.
On sent combien elle est importante pour des Républicains, si
souvent obligés de porter la parole et de prendre la plume,
quelque fois pour discuter les plus grands intérêts de la Patrie.
Il pourra aussi faire l’application de ces mêmes principes à quel­
que Langue que se soit, Ancienne ou Moderne, qu’il désirera
d’apprendre , et il sera surpris des grandes facilités qu’il y
trouvera.
Le Professeur de Grammaire traitera successivement de toutes
les autres parties de cette Science, delà Sintaxe, c’est-à-dire,
de la composition correcte du Discours , des Tropes , des
Synonymes , des ylccens , de P Orthographe , delà Ponctua­
tion, etc. Quelles que soient ses connoissances grammaticales ,
et quelque système particulier d’enseignement qu’il se soit fait ,
il s’appuyera sans doute de l’autorité de nos meilleurs Auteurs
en ce genre , et les noms des grands écrivains de Port-Royal,
ceux de Dumarsais , de Condillac, etc., ne pourront manquer
dereparoître souvent dans son cours.

COURS DE BELLES-LETRRES

C’est à la Littérature que s’applique particulièrement ce bel
éloge, si connu et si souvent cité , qu’a lait Cicéron , des charmes
de l’étude; et nul Juge sans doute ne pouvoit mieux l’apprécier
que lui. En effet, tout ce que l’imagination a produit de plus
fleuri dans les siècles pdlis et savans, le goût de plus exquis , le
sentiment de plus touchant et de plus pathétique; voilà ce qui,
en général, constitue les Belles-Lettres. C’est proprement le
domaine de ces Muses , que l’antique Mythologie nous a peintes
sous des images si enchanteresses , de ces Filles célèbres qui
habitoient le Parnasse , erraient sur les bords du Permesse et
dans les détours du sacré Vallon. Elles inspiraient les grands
Orateurs , remplissôient d’enthousiasme les excellens Poètes , et
guidoient la plume de tant d.’Auteurs ingénieux dont les ouvrages
ont fait, de tout temps , les délices des hommes instruits.
Les Belles-Lettres sont donc une des parties les plus agréables
des connoissances humaines. Nous ajouterons qu’elles sont aussi
l’une des plus utiles. Si des Ecrivains coupables ont abusé de
leur esprit dans des productions frivoles ou même dangereuses ,
c’est leur crime et non celui du genre , plus propre au contraire
qu’aucun autre à faire aimer la vertu, en la parant de tous ses
charmes. Les vérités morales les plus importantes, présentées
nuenrent, courraient risque de nous peu toucher. Mais qu’on les(*)
(*) Il a long-temps professé , et notamment les Belles-Lettres.

embellisse

,(,25}
embellisse par une Poésie élégante et harmonieuse ; qu’on les
ofiresousle voile de quelque heureuse fiction, alors elles frap­
pent, elles intéressent , elles attachent. Sénèque, avec tout son
stoïcisme , a fait moins de prosélytes à la sagesse , que notre
fabuliste Lafontaine. Une belle sentence , renfermée dans un
beau vers , se retient plus aisément , passe de bouche en
bouche, s’identifie peu à peu avec le moral de notre être, et
devient ainsi le principe de notre conduite.
Les Sciences mêmes ont tiré de grands secours des BellesLettres pour mieux nous instruire. Dès le siècle dernier , Bussuet
avoit appliqué l’éloquence à l’histoire; et depuis, la plupart, de
nos meilleurs Ecrivains ont employé , dans leurs ouvrages les
plus savans, tous les moyens déplaire qu’a pu leur fournir la
Littérature. Fontenelle a prodigné les agrémens du style dans
l’Astronomie, et jusqu’à un certain point dans les Mathéma­
tiques ; Montesquieu les a fait passer dans la Politique ,
Rousseau dans la Philosophie morale, Buffon dans l’Histoire
de la nature. Tous ont été d’excellens Littérateurs. C’est par-là
qu’en se mettant à la portée de chaque Lecteur, ils ont répandu
le goût de la Science ; et le succès de leurs écrits n’est pas moins
dû peut-être aux grâces dont ils brillent, à l’éloquence qui les
anime , qu’aux grandes vérités, et à tout le fond d’instruction
qu’ils renferment.
Quelque étendue , quelque variée que paroisse la Littérature,
elle peut se réduire à deux principaux objets , l’Eloquence et la
Poésie, tous les divers genres qu’elle embrasse n’étant que des
branches ou des ramifications de ces deux Arts. Telle est la
division que suivra le Professeur de Belles-Lettres , en com­
mençant par le premier.
L’Eloquence! A ce mot se réveillent en foule toutes les idées
Républicaines , tous les sentimens de la Liberté ; car ce n’est
guères que dans les Gouverncmens libres qu’elle se déploie[toute
entière. On sent assez ce qu’elle peut être dans les Monarchies ,
D

où la volonté suprême d’un seul, ferme toutes les bouches , et
enchaîne presque la pensée. A peine s’y réfugie-1-elle dans les
ouvrages de quelques Philosophes un peu moins timides. Mais
voyez les prodiges qu’elle opère dans les Républiques. C’est-là
que la Liberté , que l’intérêt sacré de la Patrie , devenu le plus
cher intérêt de chaque Citoyen , lui donne tout son essor, toute
son énergie. C’est-là qu’elle entraîne et subjugue , qu’elle
tonne, menace , agite et calme à son gré les âmes de ses audi­
teurs. C’est du haut de la tribune que Demosthène faisoit
trembler Philippe sur son trône ; que Cicéron renversa les
projets incendiaires de Catilina , par la seule puissance, et pour
ainsi dire , par le souffle de la parole. Mais le Professeur de
Belles-Lettres fera mieux sentir encore ses effets dans le
parallèle qu’il présentera de l’éloquence des Monarchies et de
celles des Républiques.
Il y a une éloquence naturelle , don précieux , nécessaire à
quiconque veut être orateur. Mais il faut que l’Art vienne ici
au secours de la nature , pour la développer, la diriger , lui
donner toute son étendue , et restreindre quelquefois ses élans
désordonnés. Cet Art est celui de la Rhétorique. Le Professeur
en l’enseignant, y traitera du choix du sujet , souvent prescrit
par les circonstances , de sa disposition , de la marche du dis­
cours , du style , du geste , et généralement de tous les moyens
de persuader et de convaincre , qui est le but de l’éloquence. A
l’appui des préceptes., il joindra des exemples choisis, tirés des
meilleures sources. Enfin il ne négligera rien de ce qui pourra
le plus intéresser l’esprit et le cœur des jeunes Elèves.
De là il passera à la Poésie , cet Art le plus brillant de tous ,
et qui demande au plus haut degré , du moins dans les grands
genres , la réunion de toutes lès qualités de l’esprit. Tantôt
grave , noble et sublime , tantôt pathétique et gémissante y
là, tendre , gracieuse et délicate , ici enjouée et badine, elle
prend toutes les formes, se nourrit de fictions, anime toute la

( 27)
nature, pour nous plaire, nous enchanter, et même nous instruire,
souvent plus efficacement que la Prose. Un si bel Art mérite bien
d’être connu. On en exposera d’abord le tableau historique. Puis
les règles de la versification seront enseignées, avec un juste détail
surlamesure, la cadence, la prosodie,la rime, etc., toutes choses,
d’où résulte un des plus grands agrémens des vers , l’harmonie.
On traitera aussi de tous les divers genres de Poésie , depuis
l’Epopée jusqu’aux pièces fugitives.
Rien n’est plus propre , comme on voit, à orner l’esprit et
à former le goût , que la connoissance des Poètes. Lisez-les
donc, jeunes Citoyens , sous les auspices de votre Professeur.
Etudiez-les , apprenez à sentir leurs beautés , gravez-en dans
votre mémoire les plus beaux morceaux. Mais n’allez pas vous
livrer indirectement à l’exercice d’un Art dont les attraits éga­
rent bien des Jeunes Gens mal appellés , en les détournant d’oc­
cupations plus faites pour eux. Si cependant vous y êtes entraînés
par la vocation irrésistible d’un vrai talent, si des amis sincères
et éclairés le reconnoissent en vous , à la bonne heure , soyez
Poètes, puisque la nature le veut. Couvrez-vous, par d’éclatantes
productions, d’une gloire qui réjaillira sur votre Patrie. Mais
ce noble et rare talent, gardez-vous de le prostituer jamais, ni
à la licence corruptrice , ni à la satyre injuste et odieuse , ni à
la basse adulation. Respectez les mœurs. Honorez les vertus ,
sur-tout les vertus Républicaines. Célébrez nos Héros, défen­
seurs de la Patrie. Que vos chants , unis à ceux de la Musique ,
animent encore plus leur valeur triomphante^et que vos lauriers
se confondent avec les leurs.

D2

COURS

D’HISTOIRE.

Le Citoyen D E M E Y, Professeur.

Chaque individu delà société a son expérience propre, qui

lui donne les plus utiles leçons pour sa conduite à venir. Il n’en
est pas de même des Peuples, dont, l’existence n’est qu’une suite
de générations , périssant les unes après les autres. Tout au plus
auroient-ils à consulter quelques traditions confuses, quelques
monumens informes; et le passé seroit. à-peu-près nul pour eux ,
si l’Histoire ne venoit à leur secours, en leur offrant le tableau
fidelle et détaillé des événemens antérieurs.
L’Histoire est donc l’expérience des Peuples. Par elle le temps
semble s’arrêter dans sa course rapide, et même rétrograder,
pour leur instruction. Elle se trouve placée entre le passé et
l’avenir , comme un fanal qui nous indique les routes à suivre
et les écueils à éviter , au milieu d’une mer immense. Quelles
obligations ne lui avons-nous pas! Que de salutaires avis nous
transmettent ses fastes ! La Philosophie , par exemple, nous dit
bien assez que la mollesse , le luxe, la corruption des mœurs,
amènent presque nécessairement la décadence et la chute des
Empires. Mais combien cette vérité devient plus frappante ,
quand ont la voit prouvée par les faits et consignée dans l’His­
toire ! Elle nous instruit, elle nous éclaire sur toutes les parties
du Gouvernement et de l’Administration. En attendant que la
révolution des siècles nous ramène à-peu-près les mêmes évé­
nemens et les mêmes circonstances , ses leçons restent là éter­
nellement tracées , et il ne tient qu’à nous de les mettre à profit.

( 29 )
Tout citoyen est intéressé à étudier l’Histoire. Mais c’est sur­
tout à ceux qui gouvernent , souS quelque titre que ce soit,
à ceux qui jouent un grand rôle dans la société , qu’il faut la
présenter. Ils y trouveront la règle de leur conduite dans une
infinité de cas ; mais de plus , ils seront saisis de crainte à la
vue de ses jugemens sévères. On connoît ces fameux procès
que les Egyptiens faisoient à la mémoire de leurs Rois , après
leur mort. Cette sage coutume n’existe plus. Mais l’Histoirel’a
remplacée. A ce Tribunal suprême comparoissent enfin tous
les Monarques , tous les Dépositaires plus ou moins importans de
l’autorité. Une inexorable burin y grave pour toujours leurs
véritables traits. Eu vain l’adulation ou la calomnie ont voulu
les défigurer. Ils n’échappent point au creuset des recherches et
des témoignages historiques. Là , Constantin , malgré ses
nombreux panégyristes, n’est qu’un tyran sanguinaire. Là,
Julien, nommé l’Apostat, si long-temps décrié , se trouve un
excellent Empereur, Que reste-t-il à Louis XIV , de toute sa
gloire? la protection qu’il accorda aux Lettres , et son courage
dans des revers qu’il s’étoit attirés. Tels sont les Arrêts déjà
prononcés pai' l’Histoire; tels seront ceux qu’elle prépare pour la
postérité. Qhiels hommes puissans , faits pour influer le sort de
beaucoup d’autres hommes, ne trembleroient, en lisant Tacite
et Suétone?
C’est sans doute un grand et intéressant spectacle de voir
successivement les Empires et les Nations, naître, s’agrandir,
fleurir et briller quelques instans , puis s’affoiblir , chanceler,
tomber et disparoître enfin de la surface de la terre. Mais on ne
doit pas se borner à une vaine curiosité , qui ne laisseroit que des
faits et des mots dans notre mémoire. Le Professeur d’Histoire ,
après avoir étonné l’imagination de ses jeunes Elèves par des
tableaux fràppans, après avoir excité leur attention par d’amusans récits , saura leur faire porter un œil plus philosophique sur
la Science. Il s’efîbreera de remonter avec eux aux causes des

( 3° )
évéuemens. Tl suivra , il développera les effets. Il montrera les
ressorts et les fils qui ont fait mouvoir les acteurs de ces grandes
scènes du monde. Les objets les plus importans , les plus utiles ,
leur seront particulièrement présentés , tels que la Législation ,
les progrès de l’esprit humain dans les Sciences et les Arts , le
Commerce , la Navigation , les Cultes, les Mœurs, les Coutumes,
etc.; en un mot, ce qui fait proprement la substance de l’Histoire.
La Chronologie et la Géographie sont des Sciences siintimément liées à l’Histoire , qu’on ne peut guères les en séparer. Le
Professeur en donnera donc quelque connoissance plus ou moins
étendue , selon le besoin. Il fera connoître aussi les sources où
il aura puisé lui-même , c’est-à-dire les divers Historiens , leur
caractère, leur manière d’écrire , le degré de confiance qu’on leur
doit, quelques particularités de leur vie , etc. détails qui amu­
seront et instruiront en même temps les jeunes Elèves.
Mais généralement ses leçons seront dirigées vers un but utile
et moral. Un bon Cours d’Histoire est un véritable Cours de
Morale , mise en action , non par des personnages imaginaires ,
tels qu’on les trouve dans les fictions des Poètes et des Roman­
ciers , mais par des personnages réels , et des événemens authen­
tiques. C’est là qu’on voit, sans pouvoir en douter , les suites
funestes des vices et des vertus , les avantages infinis des mœurs
et de la vertu ; c’est là qu’on reconnoît que celles-ci sont la
base la plus solide des Etats , les garans les plus assurés de
leur durée comme de leur prospérité , et que ces fondemens ,
une fois ébranlés , tout croule peu à peu , et quelque fois s’anéan­
tit et disparoît subitement.

( 31 )

COURS DE LÉGISLATION.
Le Citoyen RIVIÈRE , Professeur (*).
Quelques idées sur la Législation , que le Professeur luimême nous a communiquées , suffiront pour faire sentir l'im­
portance de ce Cours , et connoître le plan qu’il se propose
d’y suivre.
« Les Gouvernemens libres ont leur principal fondement dans
« la sagesse des Lois ; mais point de bonnes Lois sans lumières.
» Rien donc de plus pressant que d’éclairer l’opinion publique
« sur la Science sociale, qui se propose la recherche des règles
« les plus convenables aux sociétés pour procurer le plus grand
« bien de tous.
« Un Cours de Législation ne doit être qu’une introduction
« à cette Science. On ne peut , dans les Ecoles , que donner
« des principes qui servent comme de fanaux p ur marquer les
« écueils et les chemins détournés , et conduire la Jeunesse , par
« la route la plus courte , à la Science sociale.
« Le Cours sera divisé en trois parties. Dans la première, après
« avoir examiné comment les circonstances conduisant les
« sociétés, d’usage en usage , les ont peu à peu préparées à se
« mettre d’elles-mêmes sous le joug des Lois , on donnera des
«notions succintessur les différentes espèces de Lois qui entrent
« dans l’ordre social , telles que Jes Lois politiques ou fonda« mentales des sociétés , les Lois civiles , celles de police, etc.
( * ) Il a professé dans différentes parties de l’Instruction, principalement
la Morale politique , qui a tant de rapport avec la Législation.

( 32 )
» Les principes du droit naturel , du droit des gens et du droit
» public, seront présentés avec clarté et précision. Il sera traité
» des Gouvernemens libres et de ceux qui ne le sont pas ; des
» moyens que les Peuples ont employés pour conserver leur
« Libc té , etc.
« Cette première partie servira d’introduction à la seconde ,
« dans laquelle seront discutés les principes du Contrat social ;
« on y trouvera une théorie simple de la propriété territoriale ,
« considérée, dans ses rapports , à la société et à ses membres,
« avec une application aux principales Lois de l’Assemblée
« constituante , relatives à cet objet. Une esquisse des principales
« constitutions libres terminera cette partie.
« Les Elémens du commerce , les Monnoies , les Langues , le
« Change, dans leurs rapports au Gouvernement, ou les prin« cipes de l’économie politique , feront le sujet de la troisième
« partie. Tel est le plan que se propose le Professeur de
« Législation.
D
« Depuis la Révolution , dans h s sociétés les plus frivoles , les
« conversations roulent souvent sur la politique. Inutilement
« s’efforce-t-on de l’en bannir, on y revient comme malgré soi;
« c’est-là une observation de tous les jours. Notre nouvelle
« situation a produit dans les esprits cet heureux changement
« qui modifiera peu à peu le caractère national , en le fixant
« à des choses utiles.
« La Constitution Française donnant à tous une part au Gou« vernement, et des intérêts politiques , on y parlera beaucoup
« de politique. Le temps viendra qu’il sera honteux même pour
« ceux qui aujourd’hui affectent le plus d’indifférence, d’ignorer
« les principales notions de la politique.
33 II est sur-tout une classe de Citoyens qui doivent faire ,
33 de la Science sociale , l’objet particulier de leurs méditations :
« ce sont ceux qui, par état, se proposent de faire une étude
« habituelle des Lois , ou qui aspirent à exercer des fonctions
33 publiques

( 33 )
» publiques qui en supposent la connoissance. Si dans l’appli« cation qu’ils auront à faire des Lois , ils ne s’attachent à
3) découvrir le but qui a dû guider le Législateur; leur esprit
« sans cesse flottant entre des avis différens , souvent dictés
» par des passions contraires , ne sera-t-il pas continuellement
» tourmenté par des doutes et des incertitudes ?
« Bien de gens nous objecteront, sans doute, que ne voulant
« pas faire de leurs enfans des Législateurs , des Administra­
i« teurs, des Juges , etc., les principes politiques leur deviennent
« inutiles. Qu’ils sont dans l’erreur ceux qui tiennent ce lan« gage ? auroient-ils donc déjà oublié que ces Fonctionnaires
« sont les dépositaires de leurs intérêts les plus chers , de leur
« Liberté , de leur propriété , de leür honneur , de leur vie ?
« Eh ! n’avons-nous pas tous le plus puissant intérêt de n’élever
« à ces places que des hommes distingués par leurs connoissances
« en Législation ! Mais comment faire de pareils choix , si nous
« ignorons entièrement nous-mêmes les principes de la politique?
« II importe donc à des Citoyens qui viennent de conquérir
« leur Liberté, à de jeunes Républicains jaloux de connoître
« leurs droits et leurs devoirs , s’ils ne veulent être les jouets
« d’une astucieuse éloquence , ou les dupes de l’intrigue , de
« l’avarice ou de l’ambition de ceux qu’ils commettront au soin
« du Gouvernement ; il leur importe de venir dans les Ecoles
« centrales apprendre à connoître leurs vrais intérêts , en nié« ditant, en discutant les principes de la Législation.
« Les parens seroient cependant bien trompés , si au sortir des
« Ecoles ils croyoient trouver dans leurs enfans des Législateurs,
« des Administrateurs , des Juges, etc. ; ils ne seront rien de
« tout cela. Le but de cette Ecole sera rempli, si à la fin du
« Cours, les Jeunes Gens connoissent les droits et les devoirs d’un
« Citoyen , et s’ils ont appris à lire avec fruit les principaux
« ouvrages en Législation ; tels que les Montesquieu , les
» Humes , les Rousseau , les Smith , etc. ; s’ils ont enfin
E

,

*

( 34 )
« acquis , non les talens propres aux fonctions civiles , niais
« une plus grande facilité de se les approprier.
«Plus les Jeunes Gens s’instruiront dans cette partie, plus
« ils s’attacheront aux Lois de leur pays , dont ils auront
« reconnu la sagesse. Ils les aimeront et par sentiment et par
« réflexion. Mais en disposant ainsi la Jeunesse à affectionner
« le Gouvernement , on évitera de leur inspirer cet amour
« aveugle et superstitieux qui les empêcheroit de voir le vice
« de nos Lois et d’en désirer de meilleures>3.
P. S. « La Morale qui est la connoissance de ce que les
« hommes doivent faire où éviter pour se conserver et vivre
« heureux en société , embrasse toutes les actions de l’homme
« dans toutes les positions de la vie. La Législation n’a pour
« objet que celles de ces actions qui peuvent être soumises à des
« règles écrites et convenues par les sociétés.
« Ainsi la Législation n’est autre chose que la Morale mise
« en pratique par les Lois. Lé droit des gens et le droit public
« ne sont également que la Morale appliquée à la conduite des
« Nations entre elles. C’est cette partie de la Morale qui est
« réservée aux Ecoles, centrales. Celle qui n’a pour objet que
« les Lois naturelles non écrites , telles que l’humanité et la
« bienfaisance , appartient aux Ecoles Primaires; d’où il suit que
« ces deux Ecoles embrassent un Cours complet de Morale.
« Le Professeur a' cru devoir , par ces réflexions , dissiper
« l’erreur de ceux qui croient que le Cours de Législation pré« suppose des grandes connoissances en Morale; il prévient le
« Public qu’il n’en exige aucune : ses Elèves doivent trouver ,
33 dans son Cours , tous les principes nécessaires à l’intelligence
33 de ses leçons 33.

T elle sera notre Ecole centrale. Sur ce léger aperçu de toutes
les Sciences qu’on y doit enseigner , on conçoit quelle étendue

( 35 )
et quelle variété de connoissance ont peut y acquérir. A tant de
secours , s’en joindra un autre d’une grande importance. C’est
une bibliothèque nombreuse et choisie , à l’usage des Profes­
seurs de cette Ecole , de leurs Eleves et de tout le Public.
Un travail immense qu’elle demandoit, soit pour le rassemble­
ment des livres , tirés en bonne partie de tous les dépôts du
Département, soit pour leur classification , n’a pas permis de
conduire encore cet établissement à toute la perfection dont il
est susceptible. Mais l’ouvrage est fort avancé , et telle qu’est
déjà cette bibliothèque , tous les Citoyens pourront y venir
puiser les instructions dont ils auront besoin , en attendant son
organisation complette et son entière publicité.
Ainsi, le Gouvernement, l’Administration centrale et le Jury
d’instruction, auront fait tout ce qui étoit en eux pour la pro­
pagation des lumières. C’est maintenant aux pères et mères,
c’est à leurs en fans , à faire le reste; les uns en s’empressant
d’envoyer ces enfans à l’Ecole centrale , les autres en venant y
mettre à profit les leçons qu’on leur prépare. Eh! n’est-ce point
assez que, par le malheur des circonstances, une génération trop
avancée soit perdue pour l’Instruction , sans que celle qui la
suit éprouve le même sort? Jeunes Citoyens, tendre et naissant
espoir de la République, ne différez plus, venez , venez vous
instruire. Toutes les carrières du savoir vous sont ouvertes.
Marchez-y sous la conduite des Guides sages et éclairés que nous
vous avons choisis. En dirigeant vos études, ils vous étudieront,
vous-mêmes , et vous indiquant lés routes les plus analogues
à vos goûts et à votre génie , ils vous rendront dignes de servir
la Patrie dans quelques fonctions que vous ayez à remplir ,
et peut-être de l’honorer et de l’illustrer un jour par de grands
talens.
Des ennemis de notre Révolution ont osé prédire la prompte
et prochaine décadence des Sciences et des Arts parmi nous.
A Dieu ne plaise que cet odieux présage s’accomplisse. Hâtons-

(36)
nous de le démentir, en les portant au contraire , ces Sciences
et ces Arts , à un pins haut degré de perfection.
Quoi ! le Peuple Français , l’un des plus polis , des plus éclairés
qui ayent existé , pourrait devenir un Peuple grossier et sans
Lettres ? Quoi ! nous libres, nous Républicans , dégénérerions
de nos aïeux, soumis à des rois? Après avoir imité les Grecs
et les Romains, nous serions des imitateurs des Goths et des
Vandales? Les tristes ombres de l’ignorance viendraient couvrir
tout l’éclat dont nous avons brillé ? et la barbarie serait pour
nous le produit de la Liberté? Ah! que l’Histoire n’ait jamais
à nous faire un si honteux reproche. Qu’elle nous peigne à la
postérité sous des traits plus dignes de nous et plus vrais. Nous
serons le Peuple le plus indépendant de la terre ; soyons-en aussi
le plus éclairé; soyons-en encore le plus vertueux. Les Lumières,
la Vertu , la Liberté ! Quel auguste et brillant assemblage ! C’est
à notre République à le réaliser , c’est à elle d’en donner
l’exemple à l’Univers.
Pour nous , Jeunes Citoyens , après vous avoir élevéce Temple
des Muses où nous vous appelions , et qui va vous être ouvert,
puissions-nous vous y voir prospérer au gré denos vœux .'Puissionsnous , pour toute récompense de nos travaux , dire quelquefois :
Et nous qussi, nous avons contribué à la gloire et au bonheur
de notre Patrie !

Les Membres du Jury d'instruction publique :

PRUNIS, CHAMBON, CŒUILHE.

Tous les Citoyens sont invités à lire l'Avis , imprimé sépa­
rément , qui on trouvera joint à ce Programme. C'est l'annonce
d'un Pensionnat à Périgueux , établissement qui nous paroît
digne de la confiance publique.

( 37 )

EXTRAIT DES REGISTRES
DES DÉLIBÉRATIONS

DE L’ADMINISTRATION CENTRALE
DU DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.

Séance du zg Pluviôse, an 5.me de la République française,
une et indivisible.

"Vu le Programme du Juri d’instruction publique , pour
l’ouverture de l’Ecole centrale , à Périgueux ;

L’Administration , considérant que le Département
de la Dordogne attend avec l’impatience du besoin
l’ouverture de l’Ecole centrale ; que si elle a été retardée
par des circonstances imprévues et par le désir d’un
bon choix, la réunion presque totale des Professeurs
doit en fixer irrévocablement l’époque , et appeller enfin
le moment si long-temps désiré de voir l’Instruction
germer à côté de la Liberté;
Que le Programme du Juri développe avec autant de
force que de précision, et de clarté , les avantages des
Sciences et des Arts ; qu’il importe de faire connoître
et de répandre ce faisceau de lumière dans toutes les
parties du Département ;

( 38 )
Que les pères de familles, y verront avec intérêt
l’attention scrupuleuse de l’Administration et du Juri,
dans le choix des Professeurs , et que leur confiance,
ainsi motivée, ils s’empresseront d’envoyer leurs enfans
à cette Ecole de talens et de mœurs ;

Que la fête de la Jeunesse , fixée au io Germinal , est
l’époque qui doit être préférée pour l’ouverture des classes,
puisqu’elle est principalement consacrée à donner aux.
jeunes gens une grande idée de leurs devoirs ; que leurs
devoirs les plus chers sont de se former à la morale ducitoyen , et à acquérir un jour, par l’étude , la raison,
la philosophie et le goût , la fierté , le courage et.
l’indépendance des hommes libres.

Ouï le Substitut du Commissaire du pouvoir, exécutif,
arrête :
Article

premier.

L’installation des Professeurs dè l’Ecole centrale du
Département de la Dordogne est fixée, ainsi que l’ou­
verture des classes , au io Germinal prochain. .

IL
Elle sera faite avec la plus grande solêmnité , et
toutes les Autorités constituées sont invitées d’y assister.

I I I.

Le Programme du Juri sera transcrit sur les registres*

( 3g )
et imprimé en nombre suffisant d’exemplaires pour être
envoyé à toutes les Administrations municipales , au
Ministre de l’intérieur, et par-tout où besoin sera.

I V.

Le présent Arrêté sera également imprimé au bas du
Programme , ainsi qu’en placard , pour être publié et?
adressé à toutes les Communes du Département,
Signé , J. Boyer, Delpit, Aude b e rt „
Roux-Fazillac, Administrateurs,,--------- ----------- - .
GE LA VILLfc î
[OE PéRSGUEtixj

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