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Médias

Fait partie de Ecole secondaire de Ribérac . Distribution des prix : année 1860-61

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UNIVERSITÉ DE FRANCE. - ACADÉMIE DE BORDEAUX.

Jeunes élèves,

An moment où vous allez quitter le collège,
quelques-uns d’entre vous pour lui dire un éternel
adieu, les autres pour revenir, après le temps
nécessaire du repos, reprendre le cours de vos
études, je vous dois : aux premiers quelques pa­
roles de regret, aux autres quelques conseils, à
tous les félicitations de vos maîtres.
Depuis longtemps vous étiez habitues à entendre
à pareil jour une voix aimée, et surtout plus élo­
quente que la mienne, proclamer vos succès et
vous distribuer les afïecteux conseils d’une pa­
ternelle sollicitude. Trop tôt pour vous, il a payé
son tribut à la mort, cet homme d’une intelligence,
si élevée, d’une si vaste érudition, qui s’était

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consacré sans réserve à l’enseignement des enfants
de cette contrée. Vous l’avez pleuré comme un
père, et les regrets qu’il a laissés parmi vous pro­
clament assez haut comment il savait éclairer vos
esprits et diriger votre .cœur. À un souvenir si dou­
loureux vient se mêler cependant un sentiment qui
n’est pas tout à la tristesse : vous touchiez au
terme de vos efforts et de vos travaux; des cou­
ronnes vous attendaient, juste récompense d’une
lutte de dix mois......Ce que vous portâtes dans vos
familles, ce ne fut pourtant pas des couronnes;
vous aviez voulu les changer en cyprès ! La fête
riante et animée du collège céda sa place à la fête
paisible et intérieure de lame, et votre ambition
si légitime eut une satisfaction complète dans la
conscience d’une belle action, d’un noble élan du
cœur. Et cela est si vrai, que chacun d’entre vous,
j’en ai la conviction, a déjà dit à son heureuse
mère ce qu'au jourd’hui je vous dis en public.
Vous n’oublierez jamais un tel maître; et moi,
comme vous son élève, plus tard son collaborateur
et son ami, c’est en m’inspirant de ses sages doc­
trines, et m’efforçant d’imiter son zèle et son dévoûment, que je réclamerai une part de l’affection
et de l’estime dont vous l’avez toujours entouré.
C’est à ce but que doivent tendre et que tendront
toujours tous mes efforts, toute mon activité.
Il y avait à réfléchir avant de réclamer la succes­
sion d’un si éminent professeur ; et cependant je
l’ai fait sans hésiter et j’ai eu foi en moi, bien per­
suadé de ce que peuvent une volonté ferme unie au
sentiment du devoir. En sollicitant la direction de
cet établissement, loin de me dissimuler la gravité

et la délicatesse de la tâche, je l’avais parfaitement
envisagée, j’en avais mesuré toute l’étendue. De­
puis Lien des années, ne vivant qu’au milieu d’élè­
ves, je savais mieux qu’un autre tout ce qu’il
faut de fermeté et de douceur, d’activité et de
patience pour obtenir d’heureux résultats. S’il ne
s’agissait que d’ordonner, défendre, châtier, prou­
ver qu’on est maître d’eux à des élèves turbulents,
notre besogne serait toute simple ; on aurait bien
moins à se préoccuper. Mais la profession de l’ins­
tituteur réclame plus que cela et est autrement
difficile : le zèle, un dévoûment sans bornes, ajou­
tez-y même l’étendue des lumières, tout cela ne
suffit pas. 11 faut qu’à toutes ces qualités indispen­
sables il se joigne l’aptitude à l’enseignement, un
certain talent spécial, certaine grâce d’état, en un
inot, par laquelle, de bon cœur et même avec agré­
ment, on peut remplir une tâche qui en présente si
peu. A cette seule condition on donnera du goût
à l’étude ; alors on peut, sans les rebuter, faire
suivre à de jeunes intelligences un chemin rude
d’abord et pénible à gravir, au terme duquel on
recueille la science : tandis qu’à côté s’en présente
un autre, qu’on choisirait si volontiers , souriant
par la douceur de la pente, attrayant par la briè­
veté du trajet, mais qui conduit à la médiocrité.
Parfaitement édifié sur la manière dont je devais
répondre à la confiance des familles et à leurs
justes exigeances, je n’ignorais pas avoir à payer, à
M. le Maire d’abord, et aux autorités de la ville
une dette de reconnaissance qui me rendait encore
plus sacré l’accomplissement de mon devoir,
de la sorte sur mes obligations, je me suis

senti plein d’ardeur à les remplir, et voici pour­
quoi, dès le principe, j’ai cru au succès.
!N’ai-je pas trop compté sur moi, trop présumé de
mes forces? L’année qui vient de s’écouler a-t-elle
porté ses fruits, je dois le croire : car nous nous
sommes étudiés avec conscience à rechercher et à
mettre en usage les méthodes qui nous ont paru les
meilleures; et l’ordre, principe et base des bonnes
études, a toujours régné dans cette maison. Si
un satisfaisant état de choses s’est établi, si mes
espérances se sont réalisées, et que je sois assez
heureux pour obtenir, moi aussi, ma récompense,
qui est le suffrage des personnes qui m’entendent,
j’ai assez de modestie pour ne pas m’en attribuer
uniquement le mérite. J’ai eu le bonheur de ren­
contrer dans des maîtres savants des collègues
tellement pénétrés de l’importance de leurs fonc­
tions, qu’on a pu se demander souvent lequel de
nous était le plus particulièrement intéressé aux
succès de l’établissement. Il en est un d’entre nous
que depuis bien longtemps les familles savent aimer
et apprécier, et qui puise dans l’amour de son état
une énergie, une activité dont, seuls, ceux qui le
connaissent, ont le droit de ne plus s’étonner. Ce
professeur, jeunes élèves, pour qui les progrès de
sa classe sont l’incessante préoccupation, que vous
chérissez tous, parce qu’on ne peut le connaître
sans l’aimer, qui réunit toutes les qualités qui font
aimer l’homme dans le professeur, vous l’avez déjà
tous nommé. Est-il nécessaire de dire que j’ai parlé
de M. Martin. Et cet hommage, je ne le lui rends
pas avec la prétention d’augmenter une réputation
depuis si longtemps établie, je remplis seulement

un devoir;'je dois, en présence de tous ceux qui
le connaissent, le remercier du concours loyal et
efficace qu’il me prête.
Et maintenant, si tous, dans une entente intelli­
gente nous sommes arrivés à bien faire ; si les
études latines sont à leur véritable hauteur ; si,
dans l’enseignement professionnel, rendu plus pra­
tique, les élèves sont à même de trouver les élé­
ments de tout ce qui leur est utile, la religion aussi
a eu sa large part. La religion, cette chaîne qui lie
les hommes entre eux, et les hommes à Dieu, doit
tenir le premier rang dans un enseignement bien
compris. Sans elle, jeunes élèves, quels que fussent
vos succès, vous seriez comme des arbres cou­
verts des fruits de la saison, auxquels manquerait
cette parure de feuilles s’agitant autour de leurs
rameaux, et qui offrent un abri au fruit et à l’œil
un aspect agréable. Qui, plus que cet aumônier
plein de cœur, dont vous écoutez toujours avec
bonheur les leçons, aurait pu, en vous l’expliquant
d’une manière si touchante et si persuasive, vous
faire aimer la religion, et rattacher les élans de
votre aine, au principe duquel tout émane? Tout
cela est dû à M. le Curé de Ribérac, auquel je ne
saurais trop témoigner ma reconnaissance. Non
content d’attacher un aumônier à ce collège, il a
cherché toujours à lui donner du relief. Grâce à lui,
Mgr l’Evêque de Périgueux est venu parmi vous
porter lui-même ses bénédictions et ces affec­
tueuses paroles que vous n’avez pas oubliées. Une
si flatteuse visite ne saurait être attribuée qu’au
bien qu’a dit de nous celui qui, dans l’arrondisse­
ment, représente Sa Grandeur.

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J’ai Beaucoup parlé de nous et de ce que nous
avons fait : mais ne devais-je pas à cette assemblée
un compte de ma gestion. Qu’on ne croie cepen­
dant pas que j’aie voulu par là faire entendre que
nous ayons opéré des prodiges, et que de chaque
élève nous ayons obtenu ce qu’on était en droit
d’attendre de ses heureuses dispositions. Ce serait
trop mal à propos venir moi-même me donner
de l’encens et, par ma faute, maladroitement me
créer une fâcheuse réputation d’optimiste. Je crain­
drais trop qu’on ne vînt me dire : Vous êles or­
fèvre, monsieur Josse!.. Que tous nos élèves, sans
distinction, aient été âpres à l’étude, c’eût été un
trop heureux privilège de cette maison. N’y a-t-il
pas eu quelques péchés à l’endroit du travail et
de l’émulation ? Mon Dieu si, je le déclare, malgré
nous et nos pensums. Mais ce que nous aimons
à dire, c’est que, dans cette catégorie, vient se
grouper le bien petit nombre. Et ceux-là même
regrettent le temps perdu et sont bien résolus
à le réparer.
Voyez donc vous-même, jeunes élèves, quel est
le prestige du travail. Dans vos relations de chaque
jour, quels sont les plus recherchés, les plus écou­
tés d’entre vous? Ce sont ceux qui tiennent le pre­
mier rang dans leur classe. Dès à présent vous les
respectez; malgré vous, vous subissez l’influence
de leur valeur, parce qu’ils marchent courageuse­
ment et en droite ligne à leur but, la conquête du
savoir.
Un jeune Grec, partant pour l’Egypte, demandait
à son père ce qu’il pourrait amasser pour mieux
lui plaire : « Des richesses, dit le père, qui, avec

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vous, échappent au naufrage ; car les richesses des
hommes changent sans cesse de maîtres, et,
comme au jeu de dés, ne font que passer des uns
aux autres. » Ces richesses, qui ne se perdent pas,
que le sort ne peut pas nous ravir, c’est ce que
vous venez chercher au collège, c’est le savoir.
Il ne nous vient pas de la nature, c’est un don
de l’étude ('). Plus qu’au fds de Bias, il vous importe
d’en faire une abondante provision. Dans le monde
contemporain, des hommes peuvent fort bien,
à raison du plus ou moins d’instruction, se trouver
à plus d’un siècle de distance. À notre époque,
et c’est justice, le mérite seul établit la distinction;
nul n’arrive à rien que par le travail et la supério­
rité. Vous serait-il permis, dans un siècle où l’activité déborde, de sacrifier à la paresse ! Oh ! vous
regretteriez trop amèrement les heures de mollesse
et d’inertie. De même qu’au collège vous vous
seriez contentés des dernières places, de même
dans le monde vous seriez relégués aux derniers
rôles.
Mais je fais sans doute trop durer un discours
qui devra tout son mérite à mon auditoire, et je
vais terminer. Tout à l’heure seront distribués ces
prix, flatteuse attestation du travail et du mérite.
Ces récompenses doublent de valeur par l’éclat que
vient ajouter à cette solennité la présence de vos
familles et la réunion de toutes les personnes qui
ont droit à vos respects. Oui, toutes ces personnes
considérables, qui ont voulu aujourd’hui venir vous
couronner, s’intéressent à vos succès ; tout ce que

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vous connaissez de haut placé s’intéresse à vous.
N’avez-vous pas vu M. le Sous-Préfet venir vous
visiter, s’assurer de la manière dont vous receviez
l’instruction, et pour vous prouver le prix qu’il
y attache, décerner lui-même un prix au plus méri­
tant.
Que la répartition des prix que vous allez re­
cevoir, sans décourager aucun d’entre vous, vous
soit un utile enseignement. Ces luttes du collège
vous font pressentir celles de la vie-, où toujours,
comme ici, vous trouverez des concurrents. Dès
aujourd’hui, sachez-le bien, vous avez des devoirs ;
ce que vous vous devez, ce que vous devez à vos
maîtres et à vos parents se résume en ces mots :
travailler, vous instruire! Faites-le, c’est le mo­
ment; et quand plus tard la patrie viendra réclamer
ses droits sur vous, vous vous présenterez bien
préparés et dignes d’elle.
Si, comme on dit : noblesse oblige, vous avez
tous votre titre de noblesse, car vous êtes Français.
Oh ! ne l’oubliez pas, et que ce soit votre plus
puissant stimulant ! Dans cette France où vous êtes
nés, élevée aujourd’hui si haut par la sagesse de
l’Empereur; dans cette nation reine par l’intelli­
gence, par conséquent reine du monde, nous qui
avons mission de vous former et de vous instruire,
ceux qui vous ont confiés à nous, hâtez-vous de
nous distancer. Déjà, nous sommes le passé, et
vous, sonsez-v bien, vous êtes l’avenir.

4723 •—• Ribérac, typ. et litb. Delecroix.



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