FRB243226101_PZ_2319.pdf
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TABLE DES MATIÈRES
FÊTES DE PÉRIGUEUX (compte-rende).
Introduction...........................................................................................................................
Exposition horticole........................................................................................................
—
industrielle..................................................................................................
—
agricole...........................................................................................................
Distribution des récompenses aux lauréats des trois concours
ci-dessus............................................................................................................................
Primes aux éleveurs de chevaux............................................................................
Courses de Périgueux en 1862............................................................................
Concours orphéoniques et de Fanfares.............................................................
Réjouissances publiques. — Conclusion..........................................................
1
2
6
16
85
loi
185
160
161)
iSOCIÉTÉ D’AGRICULTURE, SCIENCES ET ARTS
DE LA DORDOGNE.
Séance des assises du concours départemental...........................................
175
La Société d'Agriculture, Sciences et Arts de la Dordogne a pour but le
progrès de l’industrie, des arts libéraux et de la culture dans le dépar
tement.
Pour y parvenir, elle l'ait appel à tous ceux qui aiment leur pays, peuvent
et veulent lui être utiles. Elle réclame leur concours et leur ouvre ses rangs
avec empressement.
C’est dire que tous les propriétaires, chefs d’usine et hommes d’étude,
doivent, se rallier à une association qui, pour mieux être un centre commun
d'efforts en faveur de la prospérité de notre pays, s’interdit absolument
toute discussion personnelle et toute dissertation politique ou religieuse.
Une vie notoirement honorable, du zèle et du dévouement, à son œuvre,
sont les seuls titres qu’elle demande à ceux qui désirent se faire inscrire
au nombre de ses membres.
Une modique souscription de 10 fr. par an est l’unique sacrifice qu'aient à
faire les sociétaires ; ils reçoivent gratuitement les Annales, paraissant,
chaque mois.
Adresser les demandes d’admission à l’un de MM. les membres du bu
reau ou à quelqu’un des sociétaires, qui les transmettra au secrétariat. Le
bureau statuera sur leur acceptation ou leur rejet dans le courant du mois
qui suivra la présentation.
LES
En Septembre 1862
Les fêtes agricole, industrielle et artistique de Périgueux ont
eu cette année un long retentissement. Elles ont été comme un
nouveau point de départ pour notre province vers le bon, l’utile
et le beau. Plus complètes que jamais, elles ont donné le moyen
de juger du degré d’avancement où se trouve maintenant
pays sous divers points de vue et de l’entraînement salutaire q
l’emporte vers chaque branche de travail productif, honorab„
et digne de lui. Aussi, pour constater les résultats qu’elles nous
ont révélés, les besoins qu’elles ont mis en évidence, l’avenir
qu’elles peuvent nous faire espérer, devons-nous leur consacrer
un compte-rendu bien plus étendu que d’habitude. Elles seront
donc l’unique sujet de cette double livraison. Ce fait est en de
hors de nos usages; mais quand il s’agit d’une manifestation de
cette importance, nous ne croyons pas devoir hésiter à lui ac
corder dans nos Annales toute la place que mérite une preuve
aussi solennelle du progrès acquis déjà, et d’élan vers un pro
grès bien plus considérable encore, progrès qui, nous l’espé
rons , ne s’arrêtera plus un instant.
Nous ne regrettons qu’une chose, c’est notre insuffisance à
remplir l’œuvre que nous allons entreprendre, sans avoir pour ........ _.....
î CE LA VILLE
j CL PERJGUEUXj-
— 2 -
nous aider tous les secours, toutes les lumières que nous avions
sollicités et espérés, mais que nous n’avons pu recevoir par suite
de diverses circonstances. Nous serons, en conséquence, sim
plement narrateur presque toujours, parlant quelquefois d’a
près les données de personnes compétentes dont nous aurons
pu recueillir l’opinion, mais nous bornant à remplir d’ordi
naire, pour ainsi dire, l’office d’un cicerone qui montre les dé
tails d’un monument à des visiteurs, en général beaucoup plus
instruits que lui-même.
Différentes expositions, des courses de chevaux, des concours
divers ont occupé les journées des 31 août, 1er, 2,3 et 4 sep
tembre; nous allons tour à tour les passer en revue, demandant
aux faits leur enseignement et nous arrêtant de temps à autre
pour écouter les observations d’hommes du métier.
I.
EXPOSITIONS.
Horticulture.
Les vastes allées de Tourny, ces témoins ordinaires des exerci
ces guerriers, et oii, lorsque le bruit du tambour et du clairon
vient ;i cesser, le vétéran des anciens jours aime à raconter ses
batailles, avaient été choisies pour théâtre de combats, pacifi
ques sans doute cette fois, mais toujours glorieux et avanta
geux à notre pays. Lit devaient descendre dans l’arène le jardi
nier soigneux, l’industriel habile et le cultivateur intelligent,
chacun luttant dans sa sphère avec des rivaux dignes de lui.
Trois enceintes, vastes champ-clos, avaient donc été préparées,
se reliant l’une à l’autre et ayant une grande entrée commune
— 3 —
auprès de la statue de Fénelon, qui semblait sourire aux efforts
de ses compatriotes, y applaudir et les encourager.
Cette porte principale s’ouvrait sous un élégant arc-dc-triomphe. C’était reconnaître d’avance, ce que la suite a prouvé, que
si tous ceux qui allaient engager l’action ne pouvaient rentrer
chez eux avec des couronnes, la plupart d’entre eux étaient
dignes de palmes, et qu’à aucun ne devait s’appliquer avec jus
tice l’ignominie des Fourches caudines. Sous cette voûte glo
rieuse était installé le bureau du percepteur de la recette, car
pour voir les belles choses exposées, il fallait payer la modique
somme de 50 centimes. N’était-il pas juste d’aider un peu la
ville à supporter plus facilement les frais de toutes sortes qu’elle
s’était généreusement imposés à cette occasion ? Il nous semble
que rien n’était plus équitable, d’autant mieux que les exemp
lions de cette contribution levée sur la curiosité publique étaient
nombreuses, puisque ni les dames patronesses, ni les sociétaires
appartenant aux corporations appelées à exhiber leurs produits,
ni les exposants n’étaient assujettis à la supporter. De plus,
lorsque, comme c’était ici le cas, un temps suffisant est ensuite
laissé gratuitement à la disposition du public pour visiter le con
cours , un droit d’entrée en commençant offre l’avantage de faci
liter pendant les jours payants la surveillance et le maintien de
l’ordre, et de donner aux personnes qui veulent à loisir voir et
étudier , plus de facilité pour parcourir l’exposition avec fruit.
Et la critique donc, n’a-t-elle pas ses coudées plus franches
lorsque l’on est obligé à un déboursé, quelque minime qu’il
soit, puisque, d’après Boileau,
C’est un droit qu’à la porte on achète en entrant?
Il est vrai que cette fois elle a moins trouvé qu’elle ne l’espé
rait l’occasion de s’exercer; mais nous ne croyons pas que per-
sonne se plaigne trop dosa déconvenue, dont, pour notre part,
nous nous consolons très facilement.
Le premier pas franchi, ce pas, le seul qui coûte réellement
en pareille circonstance, l’on se trouvait au milieu d’un ravis
sant parterre formé de plates-bandes de gazon garnies de
(leurs, orné d’un joli jet d’eau, bordé d’un côté de volières où
l’on voyait de charmants volatiles de basse-cour, et, sur les deux
faces nord et sud, accompagné de gradins couverts de fruits,
de légumes et de graines potagères. Une tente élégante renfer
mait des plantes de serre, des collections curieuses, des oiseaux
rares, tandis que des intruments et objets d’art horticoles étaient
disséminés avec goût. Disposition générale, belle tenue, intelli
gence harmonieuse des détails et de la perspective de l’ensem
ble, fraîcheur et grâce, tout était réuni dans ce local, à l’orne
mentation duquel avait présidé le tact sûr que l’on est certain
de retrouver toujours dans les créations de même nature de
celui qui l’avait dirigée.
Sur ce fond si bien préparé brillaient des lots, auxquels il ne
manquait qu’une abondance relative. En effet, contrairement à
ce que l’on avait espéré, beaucoup des plus habiles praticiens
du jardinage ne s’étaient pas fait inscrire; plusieurs même de
ceux dont les noms figuraient au catalogue n’avaient rien en
voyé. Il y aurait bien aussi quelque chose à dire sur divers
points qui, pendant la durée du concours, ont donné lieu à des
récriminations, qui n’ont pas été toutes sans fondement; le Bulle
tin aura à revenir sur ce sujet ; mais pour aujourd’hui ne voyons
que les roses et réservons les épines, d’autant plus que les détails
en question n’étaient pas de nature à préoccuper la foule, et
que celle-ci, malgré l’abstention fâcheuse de plusieurs horticul
teurs de mérite, abstention qui ne peut s’expliquer sans doute,
pour la plupart, que par une modestie exagérée, avait tout
lieu d’être satisfaite de ce qu’elle voyait. Les ^légumes étaient
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splendides, variés et nombreux dans les divers casiers, les
graines intéressantes et bien choisies, les plantes d’ornement
remarquables, les bouquets dignes de ceux qui les présentaient,
et qui, pour cette partie, ont fait si brillamment la réputation
de Périgueux à Bordeaux, Limoges et Orléans. La coutellerie
horticole portait l’empreinte du progrès ; les autres instruments
méritaient une sérieuse attention. Les fruits eux-mêmes, la
partie la moins bien représentée par suite de la chaleur de
l’été, et qui depuis trois ans sont cruellement éprouvés par les
brusques changements de température, offraient de très beaux
échantillons.
Plusieurs notabilités de départements autres que la Dordogne
avaient répondu à l’appel qui leur avait été adressé, car, sui
vant l’habitude, la Société d’Horticulture avait convié à prendre
part à son tournoi tous ceux qui suivent en France la bannière
sous laquelle elle marche elle-même. Orléans, Bordeaux et la
Haute-Vienne avaient, entre autres, fait de magnifiques ap
ports ; mais cette circonstance même n’a fait qu’accroître
l’éclat du talent de nos compatriotes, qui ont souvent glo
rieusement triomphé et disputé partout ailleurs sérieusement
la victoire à leurs redoutables émules, comme la liste des lau
réats en fait foi. Comment n’aurions-nous pas été tous fiers
de l’imposant et riche ensemble des productions envoyées par
Bergerac hors concours, et auxquelles le jury a dû regretter
de ne pouvoir attribuer, par cette raison, le prix éminent dont
elles étaient si dignes; des spécimens si complets de la culture
des enclos des environs du chef-lieu; de ceux venus des autres
localités du département, qui auraient obtenu plus de récom
penses encore qu’on ne leur en a décerné, si quelques-uns,
notamment ceux provenant de chez M. Sicard, d’Eymet, n’é
taient arrivés trop tard pour pouvoir être soumis aux apprécia
tions des juges du camp, et aussi des objets sortis des mains
— 6 -
d’habiles fabricants et amateurs en divers genres, quoique cette
dernière série ait eu moins de représentants pour plusieurs de
ses divisions que les années précédentes ?
Aussi, les allées sablées de ce parterre improvisé étaient-elles
sans cesse remplies de promeneurs attentifs et captivés, malgré
la pluie, qui trop fréquemment venait inonder les passages et
les rendre presque impraticables. On allait, on louait, on s’ar
rêtait tour à tour devant chaque corbeille, et quand tout avait
été vu cent fois, on avait peine à se séparer de ce jardin, dont
la durée devait être trop éphémère, et auquel ne manquaient
même pas les pommes d’or de celui des Hespérides. Enfin, avec
la pensée d’y revenir encore, on lui disait adieu pour visiter la
seconde section de la place, à l’aspect plus sévère, niais qui of
frait, cependant, elle aussi, le plus vif attrait, et sur le
fronton de laquelle était écrit
Exposition industrielle départementale.
Ceux qui, suivant avec attention depuis long-temps déjà le
mouvement d’accélération du progrès si manifeste par les gran
des exhibitions, voyaient qu’aux assises solennelles du travail le
Périgord se distinguait toujours lorsqu’il se décidait à y figurer,
étaient convaincus que, sous le rapport industriel, notre dé
partement valait mieux que la réputation qu’on lui avait faite
autrefois, que plusieurs même de ses enfants continuaient à
lui maintenir hautement, et qu’il acceptait trop facilement.
Contredits et accueillis par une incrédulité trop générale, sur
tout parmi leurs concitoyens, lorsqu’ils se hasardaient à expri
mer cette opinion, ils désiraient que l’occasion fût donnée à nos
travailleurs en tout genre de mettre au jour d’une manière incon
testable des aptitudes, des talents, des mérites méconnus, et
de nature à leur valoir une juste réparation. D’autres person-
— 7 -
nés encore, moins persuadées, peut-être, de l’existence du
bien sous ce rapport, souhaitaient, néanmoins, aussi que l’on
pût, pour ainsi dire, grouper et interroger à la fois nos usines et
fabriques, afin de se faire une idée de l’état actuel de leurs pro
duits, et de rechercher ensuite le moyen d’en assurer la prospé
rité en les élevant, autant que possible, à un rang éminent
parmi leurs similaires qui couvrent et honorent la France.
Cependant, des esprits timides rejetaient cette idée, redoutant
un échec inévitable pour notre amour-propre périgourdin ,
dans le cas où elle viendrait à se réaliser. En vain leur repré
sentait-on l’excellence de nos fers, la bonté bien connue de nos
préparations alimentaires, les succès obtenus par notre car
rosserie, la haute valeur de la plupart de nos matières pre
mières; en vain leur rappelait-on que les noms de plusieurs de
nos concitoyens brillent au livre d’or des lauréats des grandes
épreuvês nationales et môme universelles, ils répondaient obsti
nément par un sourire, et avec eux l’on voyait défendre le dra
peau de l’inaction des hommes qui, comptant le nombre des
feux de forges éteints dans notre contrée depuis deux ou trois
ans, craignaient que le découragement, par suite des derniers
traités de commerce, ne se fût étendu plus loin encore que l’on
ne pouvait le voir en se bornant à l’étudier à la surface, et qui,
connaissant le caractère généralement peu confiant en leurs
forces de nos ouvriers, présumaient avec une grande apparence
déraison, il faut le dire, qu’ils ne répondraient pas à l’appel
que l’on voulait proposer de leur adresser.
Ainsi, deux camps étaient en présence, dont le second était,
par le nombre, infiniment supérieur au premier. Si la victoire
était toujours du côté des gros bataillons, il est certain qu’elle
aurait dû se déclarer pour les partisans de l’inutilité, disons plus,
du danger de la convocation à un jour donné, sur le même
théâtre, des oeuvres industrielles de la Dordogne.
8 —
Mais deux circonstances ont favorisé les adversaires de l’abs
tention et assuré leur triomphe. La première a été l’initiative
heureuse prise l’année dernière par la ville de Sarlat, devant
laquelle Périgueux ne semblait pas pouvoir reculer; la seconde,
l’approche du concours régional agricole qui va se tenir en 1864
au milieu de nous. Presque à chaque solennité de ce genre les
départements qui en sont le siège, joignent maintenant une
exposition de produits fabriqués à celle de ceux de la culture;
des départements voisins l’ont fait déjà : comment songer à s’an
nihiler sous ce rapport en reculant, quand on est au nombre
des grandes divisions administratives de France, quand son
chef-lieu prospère et grandit chaque jour, quand plusieurs au
tres de ses villes brisent leurs vieilles enceintes et débordent
dans leur banlieue, quand de hautes cheminées se dressent de
toutes parts et montrent que le travail est actif au milieu des
500,000 âmes qui peuplent nos coteaux et nos belles vallées?
Ce n’était pas possible, et il était cependant bon d’éprouver ses
forces, de les connaître décidément avant de se résoudre à les
appeler à un tournoi devant les nombreux étrangers, accourus
de toutes les contrées voisines, tournoi où les champions de no
tre pays pourront peut-être avoir à rompre des lances avec
des adversaires renommés.
Ce double motif poussa quelques personnes à insister pour
qu’un essai fût tenté dès cette année. Peu à peu leurs vues
à cet égard gagnèrent du terrain ; la Société d’agriculture, scien
ces et arts les prit sous son patronage en les défendant dans ses
Annales', la presse, qui s’honore et se rend service à la fois en
se faisant l’interprète des besoins locaux, et qui s’assure une
clientèle d’autant plus nombreuse, une estime d’autant plus
grande, qu’elle répond mieux à un intérêt général, moral et
vrai, soutint leurs idées. Le conseil municipal de Périgueux,
sur la proposition du maire, vota des fonds spéciaux; le corn-
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merce de la même ville accueillit le projet avec faveur et
ouvrit une souscription, promptement remplie, pour augmen
ter le nombre des récompenses à décerner, et une commission
spéciale eut à organiser l’ensemble et les détails de l’institution
nouvelle, dont les résultats étaient attendus avec une vive
curiosité par ceux qui l’avaient provoquée, non moins que
par ceux-là mêmes qui l’avaient jugée imprudente et préma
turée.
La commission, une fois régulièrement formée et installée
sous la présidence du premier magistrat de l’édilité du cheflieu, ne perdit pas de temps. Elle fit un appel aux cinq arron
dissements, elle répandit les circulaires et les instructions, elle
s’entendit avec les présidents et les secrétaires des sociétés qui
devaient avoir des fêtes en même temps que la sienne; elle
forma avec eux un comité général qui combina l’ensemble des
différentes parties du programme arrêté en commun, de sorte
que chaque réjouissance prêtât de l’attrait aux autres par leur
agencement mutuel. Elle mit à profit chaque moment du peu
de temps qui lui restait, trois mois à peine, jusqu’à l’ouverture
de la carrière où elle convoquait les travailleurs, pour exciter l’é
mulation et réunir un nombre imposant de suffrages.
Elle fut entendue. Le gouvernement voulut bien, pour l’en
courager, mettre à sa disposition une grande médaille d’or et
deux d’argent, en témoignage de sa sympathie; le commerce
de Bergerac vota une médaille de vermeil; la municipalité de
Nontron chargea une sous-commission de stimuler le zèle, des
fabricants de la circonscription sous-préfectorale dont cette ville
est le chef-lieu; celle de Sarlat fit de même, et, de plus, prit-à
sa charge les frais de transport des envois de ses concurrents, à
l’aller et au retour. La compagnie du chemin de fer abaissa ses •
tarifs en faveur des objets qui seraient présentés. Déjà le dépar
tement. avait accordé une médaille d’or. Seul l’arrondissement
10 —
de Ribérac garda, officiellement parlant, un silence incompré
hensible.
Pourtant, pendant plusieurs semaines il y eut de l’hésitation
parmi ceux que l'on conviait ainsi de toutes parts à se montrer
glorieusement au grand jour. Ceux qui avaient blâmé cette entre
prise triomphaient : ils assuraient qu’un local très restreint se rait bien plus que suffisant pour l’exjiositioif; ils déclaraient que
les Intéressés ne se résoudraient jamais à accepter une invita
tion faite trop tard pour qu’ils pussent y répondre en expédiant
des objets spécialement destinés à leur faire honneur et préparés
en conséquence de longue main. A leurs pronostics, à leurs
épigrammes môme, les personnes qui avaient confiance dans le
succès, parce qu’elles voyaient sous cette froideur apparente la
(rainée d’enthousiasme gagner peu à peu, répondaient , comme
le roseau de la fable au chêne, qui se croyait sûr de son fait :
« Peut-être...
Mais attendons la fin. »
Comme elles disaient ces mots, il plut des déclarations ;
dans les derniers jours ce fut une avalanche, on fut obligé d’en
refuser bon nombre de trop tardives, et il y eut environ 250
admissions.
C’était énorme pour un début.
11 fallut élever des constructions supplémentaires, et malgré
de nouveaux fonds accordés par le conseil municipal dans ce
but, on n’aurait encore pas pu tout loger, si quelques articles
annoncés n’étaient venus à manquer.
Presque tous les arts et tous les métiers dont on s’occupe en
Périgord ont été représentés et très convenablement, beaucoup
même avec une grande supériorité, quoique plusieurs maisons
puissantes n’aient, pas cru devoir venir prendre part au combat,
peut-être pour quelques-unes par suite de difficultés de trans-
11 —
port, peut-être pour toutes afin de ne pas en décourager de-plus
faibles. En effet, on ne peut pas admettre en pareille circons
tance le. dédain pour le théâtre borné oii devait avoir lieu la
lutte. Quand il s’agit de faire par ses apports honneur à son pays,
le dédain n’est pas de mise dans les cœurs Périgourdins. Com
ment prévoir d’ailleurs ce qui doit arriver ? Ne peut-on pas en
un champ-clos, quel qu’il soit, trouver un digne adversaire qui
n’aurait pas cru devoir, pour la première fois, paraître sur un
plus vaste terrain, et qui, jusqu’alors inconnu, se montrera du
premier coup émule très redoutable de jouteurs fameux? Dans
de pareilles rencontres on ne sait jamais ce qui va se passer.
Le puissant quelquefois y apprend à ne pas trop présumer de
ses forces, et celui qui se croyait faible, à avoir plus de confiance
dans les siennes. Tous en sortent avec une émulation nouvelle,
avec le désir bien arrêté de ne pas déchoir, de ne pas se laisser
atteindre, mais de monter, au contraire ; de là le progrès dont
tous profitent.
Pourquoi, parmi les industries importantes du département, la
papeterie est-elle restée obstinément à l’écart, quand toutes les
autres ont cru devoir comparaître? Sans doute parce que scs
habiles directeurs n’ont pas voulu que leurs produits même nous
servissent à écrire leurs louanges, sentiment très délicat sans
doute, mais exagéré. Le public, qui ne demande pas mieux que
d’avoir l’occasion d’applaudir à tous les mérites, espère bien
qu’ils ne lui obéiront plus à ce point une autre fois.
M. Lagrange, architecte de la ville, avait dressé les projets
d’installation et dirigé avec beaucoup d’habileté les détails de
l’exécution des bâtiments dont la construction a été effectuée
avec plein succès sous sa surveillance par M. Focké; ils se com
posaient d’un vaste parallélogramme couvert en toiles, et d’une
annexe ayant une toiture en planches ; l’un et l’autre en bois
et de grande longueur. La salle principale offrait au milieu un
— 12 —
vaste passage correspondant, à l’arc-de-triomphe placé à l’entrée
de l’exposition d’horticulture et ouvert aux deux extrémités, de
manière que la vue se prolongeait à travers l’édifice provisoire
jusqu’à l’horison, ce qui produisait un bel effet de perspective.
De chaque côté de cette allée intérieure étaient placées des ta
bles , puis venaient des couloirs, et enfin les cloisons de clôture,
le long desquelles régnaient encore des plats-bancs, et dont'
les parois présentaient une vaste surface à l’étalage d’une foule
d’articles, qui paraissent avec avantage quand ils sont sus
pendus. L’annexe était simple et fermée seulement en arrière et
latéralement ; une contre-allée de la promenade était en outre
destinée à recevoir les objets qui ne redoutaient pas les intempé
ries de l’air.
Ainsi qu’il était facile de le prévoir, l’arrondissement de Péri
gueux avait fourni la plus grande partie des concurrents. Après
lui venait celui de Sarlat, qui avait l’année dernière, avec un
véritable instinct de la situation, donné le signal des exposi
tions industrielles dans le département en en organisant une, fort
bien réussie, à l’occasion du concours départemental agricole
qui se tenait à cêtte époque dans sa ville principale, et qui devait
brillamment enlever dans nos murs bon nombre de récom
penses dont plusieurs des principales. Ceux de Bergerac et de
Nontron avaient moins d’envois ; mais quoiqu’ils aient été loin de
montrer l’élan désirable, ils n’en ont pas moins recueilli des pal
mes glorieuses et bien méritées. Celui de Ribérac avait à peine
un ou deux casiers, méritants du reste, et qui faisaient regretter
son indifférence en pareille occurrence, oii il aurait pu noblement
détromper ceux qui lui dénient avec une conviction injuste
toute avancent toute capacité manufacturières.
En pénétrant dans le principal édifice, sur le fronton duquel
on avait placé une statue de M. Lavergne, représentant la ville
de Périgueux,, tenant une couronne, et faite pour être vue
13 —
à distance, si l’on prenait vers la gauche on se trouvait tout
d’abord en présence d’une sorte de petit salon dont le contenu
prouvait de suite au visiteur qu’il n’est pas besoin d’aller hors
de la Dordogne chercher au loin talent, luxe et bon goût.
Les ornements d’église, brodés avec une rare habileté, une
grande richesse et dans un style très pur, suivant la manière du
siècle dont on avait voulu imiter les dessins et le faire général,
les autres articles de la même maison suffiraient à réhabiliter
Périgueux dans l’esprit des plus prévenus. C’est un véritable
service rendu au pays par MM. Puipeyroux et Lafaye, les pos
sesseurs de ces belles étoffes si merveilleusement ornées par des
doigts de fée.
Venaient ensuite la cordonnerie et la saboterie, dont les vi
trines accusaient un bon travail et une élégance incontestable.
Pourquoi près des étagères bien garnies dont nous parlons
n’y en avait-il pas de praticiens que tous connaissent et ap
précient aussi, et dont quelques-uns jouissent dans cette par
tie d’une réputation bien établie ? On aurait aimé à comparer
leurs œuvres avec celles de leurs confrères, distingués presque
tous par des récompenses méritées, et aux produits desquels on
était heureux d’applaudir, tant il était évident que ces chaussu
res étaient dans la bonne voie. Que l’on ne s’attende pas d’ail
leurs à nous voir citer tous les noms de ceux qui fixaient parti
culièrement l’attention, cela nous entraînerait bien au-delà des
bornes que nous ne devons pas franchir, et ferait de plus double
emploi avec la liste des récompenses. Que l’on ne suppose pas
non plus que nous voulons nous livrer à une appréciation éten
due des qualités et des défauts de chacun. Nous sortirions de
notre rôle, qui est simplement d’être en général l’écho de la voix
publique et du jury, sans nous appesantir sur des détails qui
nous conduiraient trop loin. N’oublions pas d’ailleurs que nous
ne sommes pas de la spécialité et que nous nous exposerions
- 14 -
très? facilement, en voulant prendre un air docte, à voir le lec
teur saisir l’occasion de retourner contre nous le proverbe : Na
ultra crepidam sutar.
Ce que nous disons ici nous le disons autant pour ce qui va
suivre que pour ce qui précède.
Au-dessus de l’espace que nous venons de voir si convenable
ment rempli, l’on remarquait un écusson en plâtre de grande
dimension. C’était le premier d’une série qui en comprenait qua
tre autres; chacun d’eux représentant les armoiries d’une des
villes chefs-lieux d’arrondissement dans la Dordogne. Ces écussons
offraient les modèles exécutés par M. Latour, jeune sculpteur
de Périgueux, de ceux qu’il doit ciseler sur pierre pour le grand
fronton du nouvel hôtel de la préfecture. M. Latour a du talent
et de la verve. Avec de l’étude et en suivant les conseils de gens
de goût-, versés dans les connaissances architecturales et archéo
logiques , il arrivera, ce n’est pas douteux, à un bel avenir.
■Un lot solide et bien fait, composé d’un carnier et de guêtres
de cuff, fixait ensuite les suffrages des amateurs d’articles de
chasse commodes et intelligemment appropriés à leur destina
tion. M. Brizon, sellier-carrossier à Périgueux, en était l’au
teur. En considérant la coupe, la combinaison et le fini de l’en
semble , impossible de s’y méprendre ; on reconnaissait immé
diatement à la facture qu’elle était due à un zélé partisan de
l’exercice cher à Nemrod, et que M. Brizon n’est pas moins
redoutable à ses rivaux d’adresse devant une compagnie de per
dreaux que devant son établi.
Des peintures sur bois en divers genres et réellement dignes
de plus grandes scènes que la nôtre, se voyaient dans la même
direction; les décorateurs, dont elles sont l’œuvre, ont pré
senté des travaux qui auraient été certainement distingués dans
des villes d’une importance bien autre que Périgueux et Sarlat,
d’où ils nous sont arrivés.
— 15 -
On peut en dire autant des teintures sur soie de M. Pécout,
placées tout à côté, et de celles de M. Grondin, qui, avec peutêtre un.peu moins d’éclat, avait plus de variété dans la nature
de ses apports, qui comprenaient aussi des apprêts et des laines
peignées.
Voici l’imprimerie : Celle de Périgueux figure seule, et
l’on regrette que Bergerac, Sarlat, Ribérac et Nontron n’aient
rien envoyé en ce genre. Mais telle qu’elle est, ce petit
groupe a droit qu’on s’arrête avec attention devant lui.
Nous y voyons, en effet, figurer M. Rastouil, dont l’exécution
se signale par sa correction et sa netteté, non moins que par
son bon marché, et qui a pour contre-maître un des plus an
ciens et des plus capables ouvriers de la partie. M. Boucharie,
sans cesse à la recherche d’inventions utiles qui facilitent et ac
célèrent le travail, et qui en a déjà trouvé quelques-unes. Une
forme d’impression, placée sous les yeux du public, est là pour
prouver ce fait à tous ceux qui connaissent les secrets du mé
tier. M, Bounet, qui, récemment, installé, plein du feu sacré,
aspire au premier rang et y arrivera. M. Dupont et C°, une
vieille et solide réputation qui ne veut pas décliner, qui a fait
ses preuves depuis long-temps dans les grands concours, qui
montre avec orgueil les échantillons qui lui ont valu d’éminen
tes couronnes, et qui entend s’élever encore, par les soins de
son chef et de son prote, dont nous ne ferons pas l’éloge, parce
qu’il doit lire ces lignes avant qu’elles soient livrées à la publi
cité, et qu’il le corrigerait. Les deux maisons Bounet et Dupont
avaient aussi de la lithographie ; toutes les deux l’avaient trai
tée de main de maître; on voyait qu’une lutte sérieuse est en
gagée et que l’une et l’autre visent aux perfectionnements les
plus grands. Toutes deux ont des aides et des graveurs capa
bles, et il n’est pas douteux que, grâce à cette rivalité pour le
bien, elles ne conservent et n’acquièrent des droits à une répu-
— 16 —
tation déjà faite pour la seconde et qui commence à s’étendre
pour la première.
N’oublions pas, au milieu des cartes, des épreuves de tout
genre, un petit instrument, un rouleau d’impression combiné
par M. Ranvaud, de Nontron, de manière à rendre plus prompt
le service des presses, et qui a, nous assure-t-on, mérité les
éloges d’un des plus éminents typographes de France, M. Plon,
de Paris.
Après l’imprimerie et la lithographie, la photographie. Diffé
rents spécimens prouvaient que là aussi l’on cherche à réaliser
le progrès et à se mettre au niveau des grands établissements.
On y parviendra.
Les regards se portaient ensuite sur les modes et tapisseries
de la maison Lacoste, dont quelques pièces avaient été exécu
tées hors du département, mais sur ses dessins, et les autres
avaient été brodées ici même. On n’a pas besoin de louer cet
établissement, il est assez'connu. Les tapisseries de Mme Mas
se faisaient remarquer par une bonne exécution, une grande
égalité de point et beaucoup de variété. Il ne manque à l’artiste,
pour satisfaire les plus exigeants, que de donner à certains ou
vrages un peu plus de souplesse et de charger quelquefois un
peu moins ses couleurs. Avec le talent dont elle fait preuve, ce
ne lui sera pas difficile. M. Desmartin, au Petit-Change, près
Périgueux, avait un tapis de .table en mosaïque, bien exécuté,
et Mniü Laterrière, de Vergt, une descente de lit en plumes
d’oiseaux de basse-cour fort curieuse.
Les tapisseries une fois vues, l’on rencontrait des toiles de fil de
chanvre uni et façonné, de M. Chaussier, de Saint-Georges de
Périgueux, le seul tisserand qui eût songé à exposer, ce dont il
faut le remercier comme d’un bon exemple, sans compter que
sans avoir tout le fini possible, son travail était loin de manquer
de qualité.
— 17—
M. Léon Barret était venu s’établir à la suite de M. Chaus
sier avec ses draperies, qui couvraient un vaste espace s’éten
dant de là jusqu’à l’extrémité du bâtiment et excitant l’admira
tion générale. M. Barret est à la tête d’une manufacture dont
les débouchés s’agrandissent de jour en jour. Le mérite intrin
sèque de ses produits, ses prix d’une surprenante modicité
pour sa bonne confection et le choix des matières premières,
lui assurent une clientèle de plus en plus considérable. Aussi
partout où il a voulu concourir a-t-il obtenu des triomphes
précurseurs de celui qui ne pouvait lui manquer ici.
Tout-à-fait au fond de l’allée s’appuyaient contre la cloison
une cheminée et un magnifique autel en marbre, sortis des ate
liers de MM. Clément et Mazeau. C’était là aussi l’une des pièces
capitales du concours. Ces deux objets étaient vendus d’avance,
et leurs destinataires n’ont qu’à se louer d’en avoir fait l’acqui
sition sous le rapport du fini de l’exécution et du bon marché.
Ils étaient éclairés par des fenêtres ornées de vitraux peints,
et la cheminée portait sur son manteau des émaux sur cuivre.
Vitraux et émaux, ces derniers surtout, ont valu à leur auteur,
M. Audoynaud, à Périgueux, une médaille d’or, le jury ayant
voulu reconnaître par une haute récompense des recherches
d’une grande valeur, des essais qui, s’ils ne donnent pas lieu
pour le moment à une exploitation étendue, prouvent l’amour
et l’intelligence de l’art, et permettent, par les succès incontes
tables obtenus déjà, d’espérer qu’une industrie renouvelée et
d’une considérable importance pourra devenir bientôt pour nos
contrées une source de légitime réputation.
Redescendant maintenant par le grand passage vers l’entrée,
le long de la première rangée de tables qui bordait cette ave
nue, on saluait d’abord les vêtements confectionnés de M. Torrès, le directeur de l’entreprise connue sous le nom des Cent
Mille Paletots, dont la maison est à juste titre connue de tous
2.
— 18 —
ceux qui aiment à être confortablement et élégamment vêtus à
peu de frais. Cet étalage formait un digne pendant à celui de
M. Barret, et était très heureusement continué par les belles
étoffes de laine de M. Martial, de Piégut, près Nontron, auquel
on ne pouvait réellement reprocher que de vendre un peu cher
d’excellentes choses.
Des cages, des pièges en fil de fer, précédaient la vannerie
de M. Chervet, qui, médaillé deux fois par la société d’horticul
ture, est venu demander au jury de l’industrie une distinction
nouvelle, qui ne lui a pas été refusée.
Vis-à-vis MM. Pécout et Grondin, dont nous avons parlé,
M. Sauveroche exposait des teintures sur laine et sur soie.
M. Sauveroche ne sait pas ce que c’est qu’échouer dans sa
spécialité ; aussi, quoiqu’il se soit décidé tard à concourir à l’exhi
bition , et que, par suite, le temps lui ait un peu manqué pour se
préparer, a-t-il été de nouveau reconnu dans cette circonstance
comme l’un de nos bons praticiens dans un art où le départe
ment n’a guère de rivalités à redouter, à ce que l’on nous
assure, en ce qui touche les genres d’un usage habituel.
Des savons à détacher, un système de dégraissage recom
mandé par des administrations compétentes, ont fait honneur à
MM. Moncelle et Mespoulède aîné.
Nous avançons dans notre course. M. Michel jeune, boulan
ger à Périgueux, qui a eu la pensée d’essayer de surmonter la
difficulté qu’offre la cuisson d’un gâteau des Rois de dimensions
phénoménales, a eu de plus, après avoir réussi, une autre idée
non moins bonne, celle d’apporter son chef-d’œuvre et de le
soumettre à l’appréciation. Reconnaissons son mérite en lui dé
cernant, à l’exemple de MM. les jurés, une mention hono
rable.
Il n’y avait que l’espace du bureau des ordonnateurs, de ce
point aux chapeaux de feutre de M. Lapeyre, de Saint-Astier, et
— 19 —
l’on restait convaincu, en examinant ceux-ci, que la fabrication
bien entendue n’est pas le privilège exclusif des villes. Le moel
leux, la souplesse de ces couvre-chefs, faisaient regretter de ne
pouvoir les comparer avec ceux des ateliers d’Excideuil et de
Ribérac. Nous ne savons si la victoire serait restée à ces der
niers, mais elle leur eût peut-être été plus difficile qu’on n’aurait
pu le croire avant la convocation à laquelle M. Lapeyre a fait
sagement de répondre dans son intérêt.
Les articles de voyage de M. Labarthe, nouvellement installé
à Périgueux, étaient aussi traités d’une manière fort conve
nable.
Il ne faut pas que M. Dorigny, qui avait, non loin de là, une
collection complète et intéressante de dentiers, s’imagine que
son mérite ait échappé à qui que ce soit. Si son nom ne se trouve
pas parmi ceux des personnes qui ont été primées, c’est très
certainement parce que, n’appartenant pas à nos contrées, où
il n’a pas encore peut-être entièrement pris racine, et n’étant
parmi nous que depuis peu de temps, ses pièces ont été consi
dérées comme ayant été fabriquées dans son cabinet de Paris, ce
qui le plaçait hors concours, d’après le règlement. Son talent,
du reste, n’a pas été mis en doute un seul instant.
Des reliûres appartenant à M. Mespoulède prouvaient que là
aussi le souffle qui pousse aux améliorations se fait sentir, et
produit déjà des fruits qui doivent donner beu à de flatteuses
espérances, dont la réalisation ne se fera pas attendre et commence
même à se manifester très ostensiblement. Courage, persévé
rance et constantes études des maîtres de l’art, tel est le pro
gramme que suivra M. Mespoulède. Son passé répond du futur.
M. Thomas, son voisin, montrait, dans l’emplacement qui lui
avait été assigné, quelques volumes reliés d’une manière conve
nable , et qui dénotaient le soin de l’ouvrier.
Nous passons devant des modèles de tableaux de lecture ou
— 20 —
d’étude et de table d’école, dus à des instituteurs primaires qui
cherchent à rendre plus facile l’instruction des enfants et la sur
veillance de leurs turbulents subordonnés. Ce sont là des entre
prises dont on doit souhaiter le succès et qu’on ne peut consta
ter sans intérêt.
Des classes, allons à la récréation. Les eartes de M. Lapeyrière nous en donnent le moyen. Elles sont réputées pour leur
bonté, souhaitons que tous ceux qui s’en servent soient aussi
loyaux qu’elles, et n’abusent pas plus d’un plaisir honnête en soi
et de la confiance de leurs adversaires du tapis vert, que M. Lapeyrière n’abuse de la confiance de ceux qui s’adressent à lui
pour être bien servis.
Que de (leurs ! étaient-elles naturelles ou bien artificielles ?
Elles ne pouvaient être qu’artificielles, car sans cela elles n’au
raient point été admises céans. D’ailleurs, en y regardant de
plus près, quelques corolles et quelques feuilles trahissaient un
peu trop leur origine. C’est qu’il n’est pas de lumière sans om
bre, et c’est le cas de dire ici que l’ombre faisait encore ressor
tir la lumière. M110 Blanchard est une de ces travailleuses d’élite
qui font vite la réputation de l’endroit qu’elles habitent . Il est à
croire qu’avant peu, grâce à elle, Périgueux jouira pour les
fleurs artificielles du renom qu’elle a déjà tant contribué à lui con
quérir pour les bouquets de fleurs naturelles. Même à côté de
Mlle Blanchard, Mlle Boissel a su se faire apprécier dans la même
partie ; ceci suffit à prouver ce qu’on peut attendre dès mainte
nant de son habileté. '
. Aux fleurs artificielles on avait fait succéder les fleurs jetées
par l’aiguille sur les tissus de lingerie fine, les modes et les tri
cots. Il y avait foule d’objets et foule d’admirateurs. Le jury,
embarrassé pour donner des palmes au milieu de tant de con
currentes dignes les unes des autres, a fait appel aux connaissan
ces d’une commission de dames, tribunal dont les arrêts ont
«■*
dicté les siens tant pour cette triple catégorie que pour les-au
tres broderies de l’exposition.
Aller de ces gracieux objets aux perruques! Infandum.!
Avoir caressé successivement du regard tant d’articles char
mants de toilette, avoir rêvé pour les siens et pour soi tout ce
qu’il y avait de mieux, et arriver brusquement en face d’un faux
toupet ! hélas 1 Mais n’est-ce pas là qu’il faut en venir tôt ou tard
tous tant que nous sommes ? N’est-ce pas à cela que plusieurs
d’entre nous sont réduits déjà, car le temps passe vite sans qu’on
y pense. Oh ! sagesse des ordonnateurs, d’avoir si bien placé ces
salutaires protecteurs de nos crânes, de manière à nous avertir
que de la jeunesse et de l’âge mûr à la vieillesse il n’y a qu’un
pas ! Et d’ailleurs ces funestes nécessités sont si artistement tra
vaillées, qu’elles deviennent presque un ornement au moyen
duquel, aux grands jours de gala, aux fêtes, on semble rajeuni.
Nos coiffeurs nous les offrent
Pour réparer des ans l'irréparable outrage,
autant que possible, bien entendu, et pour nous garantir plus
sûrement des rhumes de cerveau. Acceptons-les avec reconnais
sance pour nous, signalons-les à ceux qui vont en avoir besoin,
et bénissons tous ensemble les noms de MM. Houssard, Richard
et Barrier, qui ont aussi dans leurs vitrines de jolis ouvrages en
cheveux.
Cependant nous détournerons nos regards, car malgré son
fini, la perruque est toujours pénible à celui qui pense qu’un
jour ou l’autre il y faudra recourir. Aussi bien l’inspection de la
première moitié des objets exposés était terminée par cette mé
lancolique apparition, d’où l’on faisait naturellement volte-face
vers le premier banc de droite que l’on suivait en remontant.
On le voyait d’abord tout chargé d’étaux, de haches, d’arti
cles de taillanderie et de serrurerie, chose remarquable, presque
— 22 —
tous arrivés du Sarladais. Un seul ouvrier de Périgueux, M. Din
nicher, employé chez M. Ghazotte, carrossier, avait placé au
milieu de ces envois un compas de charron et un modèle
d’avant-train de voiture en fer poli, qui lui ont valu des suffra
ges précieux. Les autres travailleurs en fer du département
n’avaient pas voulu présenter de petites pièces détachées, c’était
sans doute chez plusieurs pure indifférence ou modestie outrée,
chez quelques-uns peut-être la supposition qu’ils laissaient un
triomphe plus facile par leur absence à ceux qui voulaient courir
les chances du sort. Cette compassion part d’un bon naturel, mais
à voir ce qui a paru, il est possible qu’elle ait été simplement de
la prudence. C’est à ceux qui ont déserté le combat à réparer
promptement et résolument à la première occasion le tort qu’ils
se sont fait ainsi à eux-mêmes.
Au-dessous, reposant sur le sol et appuyée contre la rampe,
était une belle grille style Louis XV, signée par M. Périer, ser
rurier à Périgueux, et destinée au château de Fayolle.
Des échantillons de marbres, de chaux, de ciment, de kaolin,
se pressaient sur les tables à côté des objets en fer dont il vient
d’être parlé. Sarlat et Périgueux les avaient presque tous en
voyés. On y voyait aussi les beaux plâtres bruts et préparés de
M. Brian, de Bergerac, et ceux prêts à être employés de
M. Brachet, plâtrier à Périgueux. Les récompenses n’ont pas
manqué à cette section : pure justice en vérité.
G’est ici que devait figurer la collection des minéraux de la
Dordogne, provenant du laboratoire de chimie du département.
Malheureusement, cet ensemble, qu’il eût été si intéressant d’é
tudier, n’a pas été déplacé par suite de la crainte qu’on a eu
qu’il s’en égarât une partie, et les visiteurs qui le cherchaient
partout, sur l’annonce qu’en avait faite le catalogue, ont été pri
vés du plaisir de le voir.
En son lieu, s’est aügnée une longue file d’étagères resplendis-
— 23 —
santés de la gloire gastronomique du Périgord. Quels objets et
quels noms ! Salut, jambons fameux, saucissons célèbres, pâtés,
truffes, volailles, légumes et poissons, fiers des lauriers gagnés
dans vingt batailles ou qui noblement aspiriez à la victoire !
Salut, liqueurs, dragées, chocolats et compotes ! Oh ! comme on
se pressait autour de cette armée intrépidement rangée en ligne
devant ceux qui auraient aspiré à l’anéantir par estime pour
elle ! Comme chacun demeurait quelque temps muet à son as
pect ! G’est que les rivaux les plus redoutables étaient là, sollici
tant à la fois par leurs séduisantes productions, l’odorat et le
goût. Il en était venu de Sarlat, de Bergerac, de Périgueux.
Seul parmi les illustres, M. Morelon, de Nontron, faisait dé
faut. Triomphateur à la dernière grande exposition nationale
de Bordeaux
Quand peu manque à sa gloire, il manquait à la nôtre!
Ils étaient présents les vainqueurs des joutes universelles de
Londres et de Paris, et à eux s’étaient mêlés fièrement de
bouillants novices des exhibitions, prétendant hautement aux
premières places, forts de la conviction de leurs droits , sans
crainte d’être éclipsés par les rayons de l’auréole de leurs voisins.
Le jury, comprenant la grandeur de sa tâche en face de pa
reils athlètes, les a divisés en trois groupes dont il a successive
ment parcouru les rangs, en goûtant les raisons palpables et
puissantes que chacun apportait pour s’assurer la prééminence
dans son opinion. Partout il a trouvé des chefs et peu de soldats
dans ces bataillons de volontaires, où c’est à peine si quelquesuns, qu’on aurait vivement applaudis ailleurs, ont pu être main
tenus à un degré comparativement inférieur, d’où ils vont avant
peu s’élancer au premier rang.
On a commencé par l’examen des liqueurs, examen sévère et
prolongé, à la suite duquel une médaille d’or a été remise à la
— 24 —
maison Dujarric, de Périgueux, qui rend à cette branche de
commerce, dans nos pays, le lustre ancien que lui avaient mé
rité les Forestier, et qui avait semblé diminuer un instant. Cette
médaille est un témoignage d’intérêt dont tous les liquoristes
Périgourdins se sentiront flattés en comprenant l’importance
qu’on attache à leur industrie, à laquelle trois médailles en ar
gent très bien gagnées ont dû être attribuées, outre celle d’or
accordée, comme nous venons de le dire, à une fabrique
déjà signalée par les récompenses que lui avaient votées les
commissions du concours régional de Périgueux en 1855, de
Paris à l’exposition universelle de 1855 et de Londres aux gran
des assises internationales qui viennent d’être closes. MM. Requier, de Montignac; Deschamps, de Périgueux; Severin, de
Bergerac, ont dignement soutenu le nom de nos distillateurs.
Le second bataillon, celui de la confiserie, avait.pour portedrapeaux deux Périgourdins chers aux gourmets, MM. Pécou et
Lestang, dont les bannières sucrées ont été décorées l’une et
l’autre avec enthousiasme de la médaille d’argent.
Restait le corps de réserve, composé de pièces relativement
de résistance, à l’attrait desquelles on cède toujours, car quel
est l’estomac bien né qui, s’il savait parler, ne répéterait ce vers
célèbre de Berchoux dans son poème sur le beau sujet qui nous
occupe :
Du sol périgourdin la truffe nous est chère?
Long-temps, long-temps, assure-t-on, la victoire est restée in
décise. A plusieurs reprises, les juges, voulant s’éclairer sur la
question dont la décision leur était soumise, ont fait plaider la
cause à leur palais. Enfin, dans une séance mémorable, après une
épreuve solennelle, où les terrines apportées sur la table du
conseil ont circulé de main en main, dégustées tour à tour avec
soin et enveloppées d’une épaisse couverture qui cachait leurs
étiquettes, le numéro 2 proclamé comme devant recevoir la
médaille de vermeil, premier prix, a laissé, après le vote qui lui
donnait la palme, voir à la lueur des bougies le nom de M. Capretz, de Sarlat, salué par les applaudissements de ses compa
triotes et de l’assemblée entière. Deux médailles d’argent ont
été d’un commun accord données à MM. Lasalvétat, notre heu
reux représentant à l’exposition du centre à Limoges et à l’ex
position universelle de 18S5, ainsi qu’à M. Bardon, dont les
débuts promettent une carrière brillamment fournie. Tous deux
ont serré de près leur émule couronné cette fois, mais qu’ils se
proposent de détrôner au plus tôt. Deux médailles de bronze sont
venues se placer sur les vitrines de deux autres braves combat
tants: MM. Blanc, honorablement mentionné à l’exposition uni
verselle de Londres cet été même, et Rouchard, qui, comme
M. Bardon, voyait pour la première fois le feu des concours.
Près des comestibles truffés, deux boulangers, MM. Lafossc
et Michel aîné, avaient apporté du pain, chose fort nécessaire.
Ces pains de différentes sortes étaient bons. Il est fâcheux que
l’exposition de la boulangerie se soit bornée là.
Pour les boissons gazeuses, trois marques connues avanta
geusement par les consommateurs ont reçu des médailles. Ce
n’est pas un mince avantage pour elles que d’avoir su se faire
ainsi favorablement noter après les liqueurs. Il en est de même
des bières, dont deux brasseries de Périgueux ont fait constater
la bonté. A titres divers, chacune des deux concurrentes pour
cette spécialité s’est retirée avec une couronne de même valeur
que celle conquise par sa rivale.
Les huiles de noix sont moins agréables au goût de l’immense
majorité, mais elles ont leur importance même dans la con
sommation ménagère, particulièrement dans nos campagnes et
pour divers usages industriels. Elles forment une branche con
sidérable du commerce de la Dordogne, principalement dans
— 26 —
le Sarladais, où elles sont fabriquées sur une vaste échelle. La
maison Allard et G®, qui occupe un grand nombre d’ouvriers
dans une huilerie qui est, paraît-il, une usine qu’on a tout lieu
de considérer comme déjà de premier ordre dans cette spécia
lité, et M. Magne, de Montignac, en offraient plusieurs litres,
accompagnés de cerneaux et de tourteaux pour M. Allard, qui
a obtenu la médaille de vermeil. Une médaille de bronze a été
la part de M. Magne, qui travaille de manière à prouver
qu’avec lui on peut s’attendre à une marche certaine en
avant.
Enfin la série des objets destinés à l’alimentation publique
était terminée par plusieurs boites, paquets et sachets pleins de
farines et de minot. Encore une médaille d’or tombée de l’écrin
du jury, celle-là pour les magnifiques produits de M. Aubier.
Deux médailles d’argent pour reconnaître les succès de M. Gre
nier, de Bergerac, qui en est encore à son début; deux men
tions honorables pour encourager les travaux de MM. Loubet
et Séguy.
De la nourriture du corps allons à celle de l’esprit. Le classe
ment fait sous la direction de M. Lagrange par MM. les ordon
nateurs, Privât, Béraud et de Valbrune, y invitait tout le monde,
et les sons harmonieux d’un orgue conviaient puissamment le
public à continuer sa promenade dans ce sens, en oubliant un
peu ce qu’il était permis à chacun de désirer pour sa table, mais
interdit aux promeneurs de savourer séance tenante. M. Bessodès, facteur de musique à Périgueux, était l’auteur du bel
instrument qui, touché tour à tour par des maîtres habiles et
par M. Baptiste, l’éminent organiste de la paroisse Saint-Eustache de Paris, a reçu de ce dernier des louanges bien flatteuses.
M. Bessodès exporte déjà, même au loin. Il est à souhaiter que
ses orgues qui, au mérite de la sonorité et du bon travail au
point de vue musical, joignent celui de la solidité et d’un prix
— 27 —
modique, puissent se répandre dans un grand nombre de pa
roisses du diocèse.
Nous voguons maintenant vers l’art pur; c’est à peine si,
malgré leur utilité réelle, les services en faïence de MM. Dubourdieu, de Thiviers, pouvaient engager la foule à les consi
dérer. Cependant, quand on les avait entrevus, on voulait les
revoir. Les deux frères avaient chacun leur part dans l’appro
bation des ménagères, comme ils l’ont eue dans les prix distri
bués.
On faisait un instant halte devant la coutellerie de M. Brillet,
qui n’a pas eu à se repentir d’avoir fait à la fois des envois à
l’exposition d’horticulture et à celle de l’industrie, puisque deux
médailles d’argent sont venues de la part des comités, d’exa
men l’encourager à persévérer dans le chemin qu’il s’est tracé
vers l’utile et le beau. On avait un regard pour celle de M. Monié.
On appréciait celle de M. Queyroul, l’un des anciens de sa pro
fession à Périgueux, dans le, compartiment duquel, outre les ins
truments d’une consommation usuelle, il y avait notamment une
clef de garangeot qui charmait ceux qui, par état, sont appelés
à s’en servir. S’il est quelqu’un des exposants qui ait conservé
une dent contre le jury, qu’il s’adresse à M. Queyroul, celui-ci
la lui extraira à la minute et sans douleur avec sa clef perfec
tionnée, nous en avons pour garants tous les docteurs qui ont
vu sa vitrine.
D’autres instruments pour les opérations chirurgicales succé
daient à ceux dont nous venons de parler. Ils étaient l’œuvre
d’un jeune homme de Sarlat, M. Arthur Monméja, qui y avait
joint des articles destinés aux boîtes de mathématiques, et la
plupart de son invention. M. Monméja, par ses explications
claires et précises, accompagnées de démonstrations de l’utilité
de ses compas divers et autres objets de même ordre, a cap
tivé l'attention des hommes sérieux, qui ont en lui reconnu des
— 28 —
aptitudes supérieures, de nature à faire augurer que sa car
rière sera féconde et pourra laisser après elle des traces lumi
neuses dans les sillons des sciences abstraites que creuse énergi
quement déjà son intelligence.
M. Hallade, conducteur des ponts et chaussées, avec ses rè
gles à coulisses pour calcul, perfectionnées et construites par
lui-même, avait aussi sa part dans les louanges de ceux qui ont
souvent affaire à des mesures de précision.
Nous avons dit que la papeterie s’était refusée à venir à l’ex
position. M. Carrié, de Bergerac, s’était chargé de réveiller nos
regrets à cet égard, en nous montrant des rouleaux pour papier
à cigarette d’un bon faire. Un malheur de famille arrivé à cet
exposant l’a empêché de compléter son exposition comme il
le désirait, ce qui lui aurait sans doute valu plus encore qu’il
n’a reçu.
Un cercle toujours compacte de curieux indiquait à tous les
belles épreuves de gravures sur métaux dues à M. Miiller, et
ceux qu’attirait ce rassemblement, comprenaient de suite qu’on
s’empressât en cet endroit. Dans un coffret discret qui ne s’ou
vrait pas indifféremment devant le premier venu, M. Barrat,
de Sarlat, avait déposé un travail de bijouterie et diverses pièces
gravées, qui frappaient par leur mérite ; M. Barrat possède une
imagination pleine de verve et de bon goût, qui commande à
des doigts agiles et à un coup-d’œil sur ; comment ne réussirait-il
pas? Son orfèvrerie, qui partout eût été bien classée, était l’u-.
nique preuve du savoir-faire en ce genre de nos compatriotes.
Dans le même compartiment, on avait donné l’hospitalité à la
seule montre faite peut-être tout entière en Périgord, et dont
l’auteur était M. Dhenin, également Sarladais. Comme pendant à
cette pièce d'horlogerie, M. Dufraisse, de Périgueux, avait un
système particulier de mouvement qui semble mériter une étude
spéciale.
Des bustes et des statuettes en nombre assez considérable
succédaient à ce que nous venons d’énumérer. Plusieurs étaient en
voyés au nom de MM. Lavergne et Veyssière, élèves à l’école des
beaux-arts. La plupart portaient le cachet d’un talent réel; mais
que leurs auteurs y prennent garde : qu’ils évitent le genre fa
cile où poussent trop aisément de complaisantes flatteries et de
fâcheux exemples ; qu’ils s’inspirent au contraire, sans hésiter,
des conseils et des modèles des maîtres de la grande école. Alors
s’ouvrira devant eux la route qui conduit à des hauteurs où l’on
ne parvient pas sans peine, mais d’où l’on plane comme il con
vient à ceux qui ont, comme eux, des ailes qui ne peuvent com
plètement se développer que dans l’air des régions élevées audessus des lieux communs où elles s'oblitéraient. Ils sont doués
de tout ce qui peut les faire réussir, qu’ils aillent hardiment vers
les sommets qui les attendent. Ils feront bien pour eux et pour
leur pays qui, dès leurs commencements, s’est senti autorisé à
attendre d’eux un essor vaste et noble en tous points. L’afféterie,
partage des médiocrités, ne saurait leur convenir.
Les sculptures sur bois se composaient d’une très remar
quable exposition d'un amateur, M. le marquis de Saulnier, qui,
dans ses loisirs, exécute en se jouant de petits chefs-d’œuvre
auxquels plus d’un artiste en vogue porte envie; et d’une châsse
en noyer due à un ébéniste de Bergerac, travail distingué que
nous avons revu depuis avec plaisir dans la chapelle du châ
teau de Montréal, appartenant à M. le comte de Montferrand.
Un pas de plus, et l’on atteignait le bout de la table, après
avoir interrogé du regard une baignoire d’un système particulier
à chauffeur et double réfrigérant plongeur de M. Desnoyer, puis
considéré un alambic perfectionné avec fourneau et un vase en
cuivre battu de grande dimension, l’un et l’autre ouvrages de
M. Mandavy, poëlier à Périgueux, chercheur infatigable, travail
leur habile, qui, déjà couronné pour ses thermosiphons par la
30 —
Société d’horticulture, devait l’être encore cette fois par elle en
obtenant de plus une récompense qu’il était venu solliciter ici à
titre d’industriel.
Connue du côté gauche, le fond du bâtiment était dissimulé de
celui-ci par un autel et une cheminée de MM. Clément et Mazeau, surmontés d’une fenêtre garnie de vitraux coloriés par
M. Audoynaud. On ne pouvait s’empêcher d’accorder encore
quelques minutes à ces beaux travaux, puis, en s’éloignant
pour prendre le couloir qui longeait l’édifice, on découvrait
de belles glaces sortant de chez MM. Frachet et Gauthier. Les
cadres des unes, l’étamage parfait des secondes démontraient
victorieusement qu’au chef-lieu du département, les glaces brutes
peuvent être montées et garnies d’une manière extrêmement
satisfaisante.
Des pièces de verre peint les accompagnaient, coulées en
lames, tournées en vases et en fontaine, par MM. Vallée et
Freyjefond, de Terrasson. Les décors ainsi façonnés ont un éclat
particulier, et qui ne manque pas d’élégance et d’originalité.
Un autre habitant de la même ville, M. Darnis, a introduit en
Périgord la fabrication des cabinets d’horloges comtoises, qu’il
livre à prix très bas ; il lui a été décerné une mention honorable
pour leur menuiserie.
M. Gabani, fumiste, nous présentait un calorifère à air chaud
pour lequel il lui a été accordé une médaille de bronze, pendant
que M. Gaubert exhibait une cheminée de marbre, dont plu
sieurs parties étaient remarquablement traitées.
Toujours en descendant vers l’entrée, MM. Lachaud et Mé
rou avaient édifié un autel gothique en plâtre, vrai bijou de
travail délicat, et qu’il serait à désirer devoir copier sur d’un peu
plus amples dimensions et avec quelques légères modifications
pour une chapelle, où l’on voudrait avoir sans grandes dépenses
un objet de bon goût. Les figures en plâtre de MM. Lucquesi et
Garraud ont obtenu le second prix dans la même catégorie.
M. Ritouret avait dressé sa tente vis-à-vis M. Queyroul. Que
d’espoirs, disons mieux, que de certitudes de rétablissement
pour les mâchoires endommagées, dans cette collection de râte
liers et de pièces réparatrices, dans le génie observateur de cet
infatigable antagoniste des maladies de la bouche, bien connu
de tout le Périgord ! G’est à la fois effrayant et rassurant à voir.
Pour nous faire oublier les maux de l’humanité, des dessins
et des peintures couvraient de vastes panneaux tout à l’entour.
On applaudissait d’abord aux travaux des élèves de M. Dupuy,
professeur à l’école gratuite de Périgueux, travaux au milieu
desquels ressortait un portique fort bien exécuté en matière dure
par le jeune Frachet. Les succès des écoliers fontl’éloge de leur
maître. M. Constant, conducteur des ponts et chaussées, mérite
aussi que l’on cite son plan topographique de Périgueux, que
tous louaient hautement. De nombreux tableaux, dont plusieurs
presque improvisés pour la circonstance, étaient placés dans un
jour peu favorable, qui a nui certainement à leur effet, et ce
pendant, quoique le milieu d’un concours industriel ne leur con
vînt pas, il est resté de leur apparition la conviction bien fondée
qu’un sentiment artistique rayonne dans l’âme de presque tous
leurs auteurs, et que parmi ceux-ci, plusieurs, avantageusement
connus déjà, jouissent d’une réputation qui s’étendra certaine
ment; le goût de l’étude dont ils sont animés et la facilité d’exé
cution dont ils font preuve ne permettent pas d’en douter.
Si l’on veut, quand leur renom atteindra son apogée, boire à
leur santé, l’on peut dès aujourd’hui, dans les deux colis qu’a
vaient dirigé sur Tourny les verreries du Lardin, près Terrasson,
et de Rottersack, près Lalinde, choisir les bouteilles pour enfer
mer les grands vins qui seront destinés à inspirer les toasts des
orateurs. N’importe la caisse sur laquelle se fixera la préférence
des amateurs, on aura lieu d’être content. A la fabrication des
- 32 —
bouteilles, Rottersack a joint celle de briques et de tuiles creu
ses de qualité solide.
Le plateau qui touchait ceux de cette usine soutenait les pré
parations nombreuses de M. Theulier, pharmacien: de la pâte
pectorale de baobab, arbre géant du Sénégal, dont il a eu le
premier l’idée d’utiliser les fleurs et les fruits pour notre santé ;
du kirsch indigène de deux ans, glorieux de sa médaille gagnée
à l’exposition horticole de 1860, alors qu’il sortait à peine de
l’alambic, et de l’eau de rose parfumée. Ainsi, M. Theulier
butine de l’équateur à nos champs et cherche à nous démontrer
le grand parti que l’on peut tirer de nos mérisiers sauvages et
des suaves ornements de nos parterres.
Déjà quelques personnes commencent à exploiter ce nouveau
filon des richesses de notre sol. Le kirsch périgourdin figurait
sur plusieurs étagères, soit à l’exposition de l’industrie, soit à
celle de l’agriculture, et l’on nous a cité une dame intelligente
qui d’un terrain aride retire déjà chaque année des sommes im
portantes , après l’avoir complanté de rosiers qui lui fournissent
une essence recherchée par le commerce.
Dans sa carte des personnages célèbres de France, qui s’é
tait égarée au milieu des bocaux entre lesquels elle était modes
tement blottie, M. du Burguet a fait preuve de recherches pa
triotiques et d’un esprit porté aux études sérieuses.
MM. Porcher, de Périgueux, et Brian et Dubois, de Berge
rac, ont jeté une vive lumière, avec leurs cierges, bougies et
chandelles, sur leur aptitude à traiter la cire et les graisses. Le
jury a constaté ses sentiments à leur égard par des distinctions
flatteuses, dont la première a été à M. Porcher. Le public a
sanctionné chaleureusement la décision favorable à ces deux
maisons, comme la plupart des autres arrêts qu’il a rendus.
La tannerie, sous divers aspects, s’était emparée, depuis M.
Porcher jusque près de la grande porte, de presque tout l’es
— 33-pace disponible. Elle ne s’était pas l'ait la part trop large, car il
est bien peu de communes un peu importantes du département
où elle n’ait un ou deux ateliers. Un certain nombre des'plus
considérables de ceux-ci, par le chiffre des ouvriers employés
et par la réputation, n’étaient pas sur les rangs, et. cependant,
de l’aveu de tous, cette section était magnifique. Il a semblé
juste d’accorder à une branche si considérable de notre travail
départemental, branche qui fournit à tant d’autres des matiè
res de choix à mettre en œuvre pour leurs confections diverses,
une des médailles d’or disponibles. Elle a été le partage de M.
Bardonnaud, de Vergt, qui a conquis d’emblée un rang émi
nent par des envois que des hommes d’un jugement sûr, ex
perts émérites en son art, ont proclamés supérieurs. L’ensemble
des produits de M. Brut, de Périgueux, et les cuirs blancs de
bœuf, spécialité très prisée, de M. Durand et de M",c veuve Villeregnier, qui en font des fournitures sur tous les points de la
France, ont été mis en relief par des médailles d’argent. MM.
Tixier frères, de Périgueux, et Colinet, de la même ville, ont
obtenu, les premiers une médaille de bronze, le dernier une
mention honorable pour des œuvres qui, dans des localités ré
putées même pour la préparation des cuirs, auraient été décla
rées méritantes. Leur classement celte fois n’est pas une défaite ;
il ne déprécie nullement leurs procédés de travail ; il prouve
seulement le point de perfection auquel est arrivé parmi nous
l’apprêt des dépouilles animales cutanées.
Les colliers pour chevaux de trait de MM. Bordas, Avoustin
etPrioleau, colliers dont plusieurs témoignaient du'zèle d’a
mélioration dont sont animés leurs auteurs, donnaient une opi
nion favorable de notre bourrellerie. M. Prioleau, de Montignac,
outre ses colliers, avait un système ingénieux de harnais de
sûreté, qui, mis à l’essai, a fait concevoir l’espérance d’un bon
résultat lorsque des perfectionnements y auront été introduits.
3
Si nous allons nous promener ayant en main une des cannes
ouvragées de M. Delbos, de Condat-sur-Vézère, pour exami
ner ;t loisir la façon dont cet exposant procède, il est très pos
sible que nous nous dirigerons vers le bord de la rivière, et si
la fantaisie nous prend de rapporter un plat de perches ou de
tanches, à qui nous adresser pour nous procurer les filets né
cessaires ? Nous en avons vu de très bons en fil de chanvre dus
à M"1C veuve Valade, du faubourg des. Barris, et en fil de fer
faits par M. Perchaud, de Gubjac. Nous nous approvisionne
rons probablement chez l’un d’eux, mais nous tâcherons de
ne pas nous laisser séduire par le projet de dépeupler, pour la
plus grande satisfaction de notre amour-propre, le cours d’eau
que nous voudrons explorer, et nous demanderons que les
mailles ne soient pas trop étroites, afin que le fretin puisse s’é
chapper. Sans doute quand l’on tient en son pouvoir les desti
nées d’un jeune barbot, d’une truite inexpérimentée vu son basâge, ou d’une carpe encore enfantine, on peut se montrer
magnanime et rendre à ces intéressants captifs la liberté. Mais
combien qui ne le font pas ! et nous-mêmes le ferions-nous tou
jours !... Hélas! peut-être fermerions-nous les yeux à l’évidence,
nous obstinerions-nous à voir en eux des goujons d’une forme
particulière, et serions-nous jaloux d’en connaître le goût. Le
pêcheur n’est que trop souvent aveugle et sourd quand il s’agit
de voir la taille et d’entendre les supplications de sa proie. 11
se dit, connue dans la fable qui sera toujours vraie :
Petit poisson deviendra grand ,
Pourvu que Dieu lui prête vie;
Mais le lâcher en attendant,
Je liens pour moi que c’est folie I
Comment le progrès peut-il se faire sous les eaux au profit de
l’alimentation publique avec de pareilles maximes? Souhaitons
donc que les filets laissent échapper la jeunesse des populations
aquatiques, et ne nous apportent que son âge mûr.
— 35 —
Nous avons dit que les chasseurs avaient lieu de se féliciter en
voyant les guêtres et le carnier de M. Brizon. Un autre sujet de
joie les attendait à l’endroit où nous sommes parvenus. Les ar
mes si bien montées par M. Mazeau ne pouvaient pas, en effet,
les laisser indifférents, tant le bois était artistement ouvragé,
tant la courbe avait été combinée de manière à amener avec la
plus grande précision et naturellement sur la même ligne, dès
que l’on a couché en joue,l’œil, la mire et le gibier, assurant
ainsi la mort infaillible de celui-ci; car quel est le chasseur,
pourvu d’un bon fusil, qui ne tue pas la pièce qui se trouve de
vant lui, à moins qu’il n’y ait de la faute de son chien, de sa
poudre, de son plomb, de la surprise, de l’éloignement, du
vent ou de la pluie? Convenons qu’il en est peu. L’ancienne
maison Roussely, qui jouissait avec raison d’une grande répu
tation dans l’arquebuserie périgourdine, a quitté sa profession.
Deux de ses derniers rejetons sont maintenant, l’un officier dans
l’armée, l’autre à l’École-Militaire en train de le devenir. Mais
en ceignant l’épée, elle a laissé sa clientèle à un successeur qui
continue ses bonnes traditions, à M. Rougier, de Saint-Etienne,
dont les préoccupations constantes sont de dépasser l’attente de
ceux qui ont le plus de confiance en lui. Sur son étagère, outre
des travaux dans le genre ordinaire, il avait déposé un fusil
système Lefaucheux, non-seulement parfaitement monté, mais
encore muni d’un très ingénieux mécanisme-qui se place et s’en
lève à volonté, et qui a reçu de lui le nom d’arrête-clef, parce
qu’il a pour but d’empêcher le canon de s’abattre tout-à-coup,
ce qui peut arriver aux armes à feu de cette espèce, si l’on n’y
prend garde, et causer des accidents. L’invention de M. Rougier
est donc d’une véritable importance. En voyant en quoi elle
consiste, chacun de se dire : « C’est bien simple. » C’est simple,
c’est vrai ; mais personne ne l’avait trouvé.
Afin de pouvoir écouter à son aise le récit des exploits cvné-
- 36 —
gétiques non moins innombrables que véridiques, pour la plu
part, de ceux qui venaient en connaisseurs contempler les chefsd’œuvre de MM. Rougier etMazeau, on eût été heureux d’avoir
à sa disposition les sièges moelleux de M. Beauville, ou ceux
non moins commodes qu’élégants que M. Briaud avait réunis
dans un charmant réduit, en face dû carré de MM. Puipey
roux et Lafaye. De là, sous un petit plafond de M. Brochet, et
protégé par lui contre la pluie qui filtrait trop souvent à travers
la toile formant le toit du grand bâtiment, on aurait aimé, en
jetant un dernier regard sur les trésors de la salle que nous
venons de parcourir, à écouter les symphonies exécutées sur
l’orgue de M. Bessodès. Mais on s’y serait oublié, endormi
peut-être, et d’ailleurs il restait encore beaucoup à voir.
On s’éloignait donc pour ne pas céder à la tentation, et quand
un rayon de soleil paraissait, on allait à l’extérieur, sur la gau
che, examiner dans la contre-allée ce qui avait pu sans crainte
être laissé dehors comme n’ayant pas à redouter les rigueurs de
l’air. On passait d’abord au pied d’une belle croix en fer battu,
destinée à dominer le clocher de l’église de Labachellerie. Elle
portait le numéro correspondant sur le livret au nom de M. Tourenne, serrurier à Périgueux; puis, contre les parois extérieures
du bâtiment en planches, humblement placés à terre, on aper
cevait des minerais de fer. C’étaient des échantillons des riches
gisements des cantons d’Excideuil et d’Hautefort; ils apparte
naient à M. Couvrat, qu’un rapport de M. de Nerville, ingénieur
en chef des mines, a signalé à la commission pour l’intelligente
direction qu’il donne à ses fouilles; à M. Magueur, régisseur de
M. le comte de Damas, dont nous aurons occasion de reparler
tout à l’heure, et à M. Malafayde, juge de paix. Il devait en
venir de Saint-Capraise, sur les bords de la Dordogne; nous
n’avons pu les découvrir.
Des minéraux d’une autre nature se présentaient ensuite. C’é-
(aient des .pierres-de taille tirées de quelques-unes de ces ma
gnifiques carrières qui environnent la capitale de noire province.’
Les collines qui font cercle autour de la ville sont riches en ad
mirables dépôts calcaires, dont beaucoup sont utilisés.sur une
vaste échelle, et quelques-uns à une grande profondeur, niais
à peu près partout à ciel ouvert.
Tout Vésone est sorti de cette niasse immense,
Et Périgueux encore y puise l'existence.
Assurément voilà de jolis vers! heureuse imitation de deux
autres de l’abbé Delille, sur les Catacombes de Rome! Ils
sont, de circonstance, étant presque aussi lourds, mais à coup
sûr moins bçaux dans leur genre que ne l’étaient dans le leur
les trois blôçs de Léparat et de Saint-Georges, chargés de
donner une idée des matériaux des roches, de notre voisinage.
Les échantillons de Léparat. sont de bonne nature, celui de
Saint-Georges vaut-encore mieux. On sait que la veine d’où
il a été extrait est très activement exploitée, et que c’est d’elle
notamment que proviennent les dés énormes qui ont été em
ployés dans la construction de l’église du même nom. On aurait,
cependant, désiré que l’Àrsault, Pronceau, la Gombe-des-Dames,
et les Isards surtout, eussent apporté leur contingent à cette
exhibition trop incomplète sans eux. Chancelade, dont la pierre
tendre est d’un emploi si général, avait, par les soins dé M. Chaignçau, deux cubes d’un grand mérite, dont un a été dégrossi
sur place. On s’attendait à ce que les Piles tiendraient à hon
neur de faire parade également de leurs pierres encore très
appréciées, quoique un peu moins qu’autrefois. On a été déçu
dans cet espoir.
Les environs de Domine ont fait sensation. Deux meules de
M. Maury, qui a commencé l’exploitation régulière des silex du
pays, ont ouvert la marche, et .deux splendides collections des
— 38 —
entreprises Allard et Gie, etChassaing, Peyrot et Cie, ont produit
une vive impression chez tous ceux qui s’occupent de meunerie
ou de broyage. M. Maury a reçu une médaille de bronze. Quant
à MM. Allard et Cie, et Chassaing et Peyrot, l’une et l’autre des
maisons concurrentes, offraient une telle supériorité dans les
détails de chaque pièce, étaient déjà chargées de tant de cou
ronnes, qu’il était impossible d'hésiter un instant sur la nature
de la récompense qu’on devait leur attribuer. Il ne pouvait y
avoir'de doute que sur la prééminence à donner à l’une d’elles.
Celle de M. Allard avait un grand poids à jeter dans la balance,
ayant été la seule qui ait obtenu à Londres une médaille à l’ex
position universelle dernière; celle de M. Chassaing, dont les
produits présents soutenaient bien la comparaison, avait, de
son côté, de hautes approbations, et-entre autres celles du mi
nistère de la guerre, à faire valoir. Une médaille d’or ex-œquo
leur a été décernée par le jury, qui n’a pas voulu, en plaçant
l’un des deux adversaires au-dessus de l’autre, paraître indiquer,
en quelque sorte, ce dernier comme indigne du premier rang
où tous deux, dans son esprit, devaient être maintenus. A l’a
venir à se prononcer ! C’est aux deux compagnies à tâcher de
fixer la victoire. Avec les chefs qu’elles ont à leur tête, on est
certain que la suprématie sera long-temps et vivement disputée,
que les imperfections de détail s’effaceront de plus en plus. Déjà
la plaine de Donmie a gagné du terrain'sur laFerté-sous-Jouare.
Bientôt elle tiendra la tête. Honneur au Sarladais !
Le charronnage, avant-coureur d’une autre industrie capitale
dans nos contrées, a valu une médaille de bronze à M. Gagnaire,
de Léparat, commune de Boulazac, qui avait envoyé deux roues
d’une bonne exécution, et des montants d’araire en bois bien
travaillés. M. Abrieux, du faubourg Saint-Georges, à Péri
gueux, avait une très belle paire de roues de charrette ferrées
et placées sur essieu, qui sont entrées en ligne de compte pour
— 39 —
lui faire obtenir le prix qu’il a remporté dans la classe sui
vante.
Il y a vingt ou trente ans, quand nos routes étaient rares, et
mauvaises presque toutes, quand nos villes étaient moins peu
plées, les voitures étaient peu nombreuses dans nos contrées. On
peut se souvenir encore, sans être un Mathusalem pour cela, de
l’époque où le passage d’un véhicule de famille à travers tel ou
tel faubourg alors désert, maintenant bordé de maisons, bruyant
et affairé, était un événement à Périgueux. Aujourd’hui, qui
n’a pas son landeau, son cabriolet, son coupé? Je pourrais ré
pondre très pertinemment à cette question.... Mais enfin, il est
certain que rien n’est plus commun à présent que de posséder
un équipage grand ou petit, et, moyennant une faible rétribu
tion, de se passer, quand l’on veut, la fantaisie de se faire con
duire par un cocher comme si on possédait bêtes, caisse et
gens. Le cheval de selle de nos pères est presque inconnu de la
génération qui nous succède, et quant à aller à pied, on en a
perdu l’habitude. L’ouverture de beaux chemins, la mode, la
diminution de fatigue et la facilité qu’il procure de se déplacer
commodément avec les siens, et ses bagages au besoin, devaient
donner une supériorité marquée, prompte et décisive au moyen
de transport en ce moment généralement adopté.
Cet état de choses rend plus indispensables que jamais la bonté,
la force de résistance des voitures dont on se sert sans cesse, et
comme l’élégance se glisse partout, il faut que le constructeur
sache imprimer à son œuvre un cachet de bon goût. Il faut, en
outre, que le prix ne soit pas trop élevé, car les fortunes sont
en général modestes, et le bon marché est un appât de plus qui
attire la commande. C’est ce que notre fabrication a très bien
compris. Si XAméricaine de M. Pauliac, de Bergerac, malgré
ses qualités incontestables, parait un peu lourde et un peu chère,
ce n’est, que par comparaison. Il y a bien peu de temps on l’au-
- ZfO
rait trouvée légère'et cotée bien bas. G’est que la voiture, moins
brillante, il est vrai, mais, si l’on peut ainsi parler, robuste, et
destinée à un petit propriétaire ou marchand, de M. Abrieux,
bien établie pour sa destinatipn, est de plus extrêmement avan
tageuse pour la bourse de-ceux en vue de qui elle est construite.
G’est que celles deM. Doirier, confortables et gracieuses, sont
très abordablés’pour des personnes d’une position simplement
aisée. G’est que celles de MM. Dufour la touchent, et leur voi
sinage est à redouter pour d’autres ! MM. Dufour sont de terri
bles adversaires; leurs confrères de Toulouse, de Bordeaux, de
Limoges et de Nantes en savent quelque chose. A Londres
même ils ont été remarqués. Ils ont donc emporté la médaille
d’or dans leurs grands ateliers, qui s’épanouissent toujours, où
ils reçoivent des commandes de tous côtés, et d’oii ils font
partir des voitures pour le chef du gouvernement, pour le comte
de Chambord, pour la France, pour l’Allemagne, et même pour
l’Amérique. Avec cela, leurs concurrents ne se découragent
pas, au contraire. Lès établissements s’élèvent et prospèrent,
leurs directeurs- gagnent sans cesse en habileté en même temps
qu’en débouchés. C’est une course générale en poste vers le
perfectionnement, vers l’égalisation des mérites. La carrosserie
du Périgord, dont plusieurs des maîtres n’ont pas paru à l’ex
hibition, est une source de richesses et de renom pour notre
pays.
Dans le cas où l’on aurait voulu atteler des chevaux à l’une
des calèches exposées, on aurait trouvé dans l’endroit où elles
étaient remisées d’habitude de très bons articles de harnache
ment dus à M. Gaulet, sellier de la rue Limogeanne, le premier
inscrit sur la liste des exposants, le premier couronné dans sa
série. Il paraît que M. Gaulet tient au numéro un. Il ne- le cé
dera pas facilement à un autre-quand il s’agira de bien faire.
Laissant à . droite un petit canot modèle, construit par
— 41 —
M. Sergand pour M. de Valbrune, l’on allait de là. vers l’an
nexe visiter les meubles et l’ébénisterie. Quels tentateurs que
MM. Tenant et Périer ! Nous conseillons à ceux qui ne veulent
pas faire de folies, de fuir leurs magasins. Il y a de si char
mantes choses; comment résister au plaisir d’en acheter quel
ques-unes , d’autant plus que, pour leur mérite s’entend, on
n’en demande que bien peu d’argent., de plusieurs du moins !
Les salons et les appartements des personnes riches peuvent,
grâce à ces messieurs, être très convenablement remplis. L’as
sortiment de M. Jalinoux est encore digne d’une ville impor
tante. M. Daubisse a de bons billards, et M. Charbonnel, de
Nontron, un système bien imaginé de coulisses de tables.
Il faut mentionner aussi les ouvrages en bois tourné de
M. Valade et la chaiserie de M. Boissct jeune, qui tous deux
ont gagné très honorablement la médaille d’argent. M. Lapouge,
de Nontron, donnait une idée favorable de l’Asie avèc son fau
teuil indien. Les habitants du Coromandel ou du Malabar ne
mettent pas probablement tant d’élégance dans cette partie de
leur simple mobilier.
M. Lassoutanie ne se reposera pas sur sa matelasserie, toute
douillette qu’elle soit. Tout annonce, en effet, qu’il est bien dé
cidé à prendre un grand essor dans sa partie.
Des pièces de tonnellerie-, envoyées par MM. Chevalier, du
Bugue, et Mercier, de Saint-Cybranet, ont donné l’idée la plus
favorable des produits en ce genre de ces deux ouvriers. Il est
singulier' qu’aucun des trois arrondissements dé Nontron, Péri
gueux et Ribérac n’ait songé à montrer une futaille.
.Les vis de pressoir de M. Cordelier n’ont pas paru. Tous
ceux qui s’occupent de vinification l’ont regretté.
La menuiserie avait présenté des ouvrages de différentes sor
tes. En général, le travail était bon et soigné; mais le mauvais
temps, qui avait fait jouer le bois de certaines pièces, a pu
- Z|2 -
nuire à l’appréciation de ces objets. Ils auraient probablement
beaucoup gagné à ce que la température fût douce et régulière.
On a constaté de l'amélioration dans la briqueterie, dans celle
surtout de MM. Boissel et Chiquet. Parmi les autres exposants
de la même espèce de terres cuites, quelques-uns ont envoyé
des échantillons qui plaisent à l’œil et accusent de louables ef
forts; mais cette section laisse encore à désirer sous le rapport
de la cohésion de la pâte des produits, qui se rompent avec trop
de facilité sous un choc un peu fort. Nous indiquons le défaut :
on trouvera vite le moyen de le faire disparaître.
II ne nous reste plus qu’à aborder la métallurgie, cette cons
tellation radieuse au firmament de notre industrie. Notre vieille
et noble terre, qui prodigue à l’architecte des matériaux de
choix de toute espèce, recèle en ses lianes un fer de qualité su
périeure , redoutable aux mains du guerrier, et qu’emploient
avec un égal avantage l’agriculteur et l’ouvrier des ateliers. Ce
sol, fort et fertile pour qui sait le cultiver, semble participer de
la nature de la race qui l’habite, race un peu rude, mais géné
reuse et brave, dont la hère devise explique avec tant d’à-propos le nom que plusieurs auteurs assurent avoir été le sien dans
l’antiquité :
« petra esto duris, cor amicis, hostibus ensis,
* Hæc tria si fueris, Petracorensis eris ! »
« Soyez de pierre pour les méchants, tout cœur pour vos amis,
un glaive contre l’ennemi ; si vous êtes ces trois choses, vous
serez Périgourdin ! »
Puissent nos populations mériter toujours que l’on parle ainsi
d’elles! Mais revenons à notre sujet, dont nous nous écartons
un peu par patriotisme, Nous aurons lieu de nous féliciter de ce
que nous avons encore à enregistrer.
Les fers à gouges que fabrique la forge de Coly, pour rem-
- 143 placer par une garniture posée à froid et serrée par des boulons
qui permettent de l’écarter ou de la tendre à volonté, les gar
nitures actuelles, placées à chaud et clouées sur les.roues, sont
le produit de fontes anglaises, mais ils sont travaillés en Pé
rigord et nous appartiennent à ce titre. Une médaille d’argent
a été la preuve que leur confection a satisfait le jury. Les mine
rais du département ont, à l’exclusion de tous autres, produit
les fers, les fontes, les poteries de fonte et les aciers pudlés de
MM. Doursout frères, à Périgueux, et les beaux fers en barres
de M. Grenouillet, maître de forges à Mavaleix. Ces trois lots
suffiraient à la réputation d’un département. Joignons-y les fon
tes variées de seconde fusion, coulées dans la Fonderie de Péri
gueux , appartenant à M. Pradier, dont l’exposition compre
nait une foule de modèles et d’ustensiles. Une chaudière im
mense , pièce d’un seul jet, et pouvant contenir 640 hectoli
tres d’eau, devait figurer dans cet ensemble quelle aurait do
miné par sa masse imposante; mais un accident, arrivé à la
grue qui devait l’enlever, n’a pas permis de la changer de place.
Voici mieux néanmoins, voici le vrai couronnement de la
belle exhibition dont la revue s’achève. Ce sont des fers.de tou
tes grandeurs, de toutes espèces, des fontes, des fils de fer, des
pointes avec accompagnement de blocs du minerai, dont tire
un si excellent parti une direction savante. Le public s’étonne
et applaudit ; les hommes du métier se complaisent à ce spec
tacle. Londres a donné raison à MM. Durand et Guyonnet, qui,
sans craindre la comparaison avec les similaires venus de l’é
tranger de tous les points du monde au rendez-vous universel,
malgré la crise que traverse la fabrication des fers français, par
suite de la situation commerciale actuelle, comprenant la valeur
des produits de nos mines bien traités, seuls de la Dordogne,
parmi leurs collègues, ont osé tenter la fortune aux bords de la
Tamise, et ont triomphé. La grande médaille d’or de l’Empereur,
étoile la .plus, brillante de notre concours, est allée mêler son
éclat au rayonnement des autres gloires des Forges de Péri
gueux.
•
•
Nous venons de présenter un aperçu,.aussi exact qu’il nous a
été possible de le faire, de la première exposition départementale
industrielle qui ait eu lieu en Périgord. Nous regrettons de n’en
avoir pu tracer qu’une esquisse trop faible et trop incomplète.'
Qu’on nous pardonne d’avoir entrepris ainsi une tâche bien audessus de nos forces ; mais nous ne pouvions laisser s’éloigner
de nous, sans que nos Annales lui eussent payé avec quelques
détails un juste hommage, cette belle et attrayante solennité.
Nous avons attendu long-temps pour en parler dans nos colon
nes, espérant toujours l’arrivée du tableau que nous avait promis
d’en faire un homme de talent bien plus à même que nous d’en
mettre au jour les mérites, de signaler d’une main ferme et pru
dente les lacunes remarquées par le jury, les imperfections à
corriger encore, les enseignements que tous nos industriels doi
vent y trouver, les motifs qui ont présidé à la distribution dés
récompenses. Des circonstances imprévues "ont empêché la réa
lisation de nos vœux. Des obstacles sérieux n’ont pas permis à ce
lui qui avait autorité pour raconter et apprécier de nous adresser
le rapport officiel que nous désirions, et nous nous sommes vus
contraints, ne voulant pas que le silence s’établit dans'notre re
cueil, autour de cette manifestation importante, de faire en hâte
appel à nos souvenirs, de remplacer par une torche fumeuse,
qui ne jette qu’une lueur insuffisante sur la surface des objets,
l’éclatant flambeau qui devait éclairer le fond des choses. Tou
tefois, nous croyons, en général, nous être rapproché, par
suite de la position où le hasard nous avait placé dans ce con
cours, des opinions qui nous ont paru dominer parmi ses juges
ef ses visiteurs, et dont nous avons, autant qu’il a été en nous,
tâché de suivre le fil conducteur.
- Zt5 _
Cette exposition, nous le répétons, méritait un autre historien.
Pris, pour ainsi dire, à l'improviste, ceux qui ont contribué par
leurs envois au succès de cette fête, nous ont montré à découvert
l'intérieur habituel de leurs magasins. Ce que nous avons vu,
c’est ce qui se fait d’ordinaire ; ce sont les articles de vente cou
rante. Est-il beaucoup de départements qui, questionnés ainsi
tout-à-coup, eussent pu faire une réponse aussi victorieuse? Nous
en doutons. Nos ouvriers, comme du reste nous l’avions toujours
pensé, sont donc plus habiles qu’ils ne le supposaient et qu’on ne
voulait bien l’affirmer. Le jury, devant tant de concurrents, de
vant tant d’envois dont on peut dire, à l’inverse de l’épigraphe
connue, qu’il y avait beaucoup de bonnes choses, peu de médio
cres, presque aucune de mauvaise, a dû se trouver embarrassé, le
nombre des récompenses à distribuer n’étant pas en rapport avec
celui des lots qui paraissaient en droit d’en recevoir. Aussi, après
avoir décidé que les médailles d’or et de vermeil seraient réser
vées aux grandes industries d’une importance actuelle majeure
pour le pays, et aux recherches artistiques et scientifiques pou
vant donner lieu, plus tard, par leur application persévérante, à
la création d’ateliers importants dans nos contrées, s’est-il vu
dans la nécessité de reconnaître par des médailles d’argent,
quelquefois môme par des médailles de bronze, des services
qu’il aurait voulu signaler hautement, comme ils en étaient
dignes, par des prix d’un ordre supérieur. Les mentions hono
rables elles-mêmes sont donc des marques sérieuses d’estime, et
ceux qui les ont obtenues peuvent et doivent s’en montrer fiers,
en se promettant de monter rapidement au sommet, maintenant
qu’ils ont franchi le premier degré.
Cette épreuve victorieusement soutenue donne pour l’avenir
les plus légitimes espérances. Elle tiendra, nous l’espérons, le
pays en éveil, et si; comme tout l’annonce, une nouvelle invita
tion lui est faite, à l’époque du concours régional, c’est-à-dire
—
—
dans dix-huit mois, nous le verrons accourir de nouveau calme
et fort, sans que cette fois personne s’abstienne de venir prendre
part au combat. Alors le champ de bataille sera plus vaste, les
palmes à cueillir seront plus nombreuses, ceux qui auront été
moins heureux en 1862 qu’ils n’espéraient l’être, soit que les
circonstances ne leur aient pas permis de déployer toutes leurs
ressources, soit qu’ils aient été victimes du sort ou d'une er
reur possible de leurs juges, malgré les scrupuleuses investi
gations et les soins de ceux-ci, pourront reprendre le rang qui
leur appartient. Les sommités qui se sont tenues à l’écart atten
dant l’effet d’un premier essai, apparaîtront aussi dans l’arène,
comprenant que l’isolement est funeste dans le siècle actuel, qui
veut, pour voir, que l'on se montre, et qu’elles doivent toujours
tenir la tête du mouvement vers le progrès. Les plus humbles
cantons seront représentés comme les villes. Le département
tout entier se réhabilitera d’une manière imposante sous les
yeux de la France, et il se trouvera une plume habile et digne
de lui pour faire parvenir au loin le récit de son triomphe.
Passons maintenant à la troisième division de Tourny, d’in
téressants spectacles nous y attendent.
Concours départemental agricole.
Ici notre tâche devient moins ardue, quoique laborieuse en
core; nous retrouvons, en effet, le sujet de nos études habi
tuelles. Aussi nous sentons-nous comparativement à l’aise, et
nous réjouissons-nous de mettre le pied sur le seuil de cette
nouvelle enceinte, d’autant mieux que nous allons avoir, cette
fois plus encore que jusqu’à présent, de justes sujets d’orgueil
pour notre pays.
La Société d’agriculture, sciences et arts de la Dordogne,
dont la sphère d’action embrasse tout ce qui peut être utile à
— 47 -
notre département, a compris que le nœud vital du Périgord
est l’exploitation sage et bien conduite des domaines ruraux.
Elle a donc mis tous ses soins à la faire progresser ; elle ne cesse
de répéter aux habitants de nos campagnes, en les exhortant
à tirer le meilleur parti possible de leurs champs, par des amé
liorations continuelles, le précepte du vieillard de La Fontaine,
Travaillez, prenez de la peine,
C’est le fond qui manque le moins.
Labourez, leur dit-elle, fouillez, tourmentez sans relâche
avec intelligence vos collines, vos plaines, vos vallées,
Un trésor est caché dedans.
Et les faits lui donnent raison. Déjà la sagesse de ses conseils
se manifeste par des résultats, le sillon se transforme en riche
placer pour ceux qui savent l’interroger et profiter des leçons
de l’expérience, des avis des hommes instruits, des débouchés qu i
s’ouvrent à leurs produits multipliés par une bonne culture. La
condition du paysan s’améliore et s’élève; notre département
prend une place chaque jour plus considérable parmi ceux qui
fournissent à l’alimentation publique des denrées justement re
cherchées.
C’est surtout depuis que, donnant l’exemple du zèle et. du dé
vouement actifs, la société s’est, si l’on peut employer cette ex
pression, transformée en pèlerin de la science, que le mouve
ment s’est accéléré, que le bien est devenu apparent. En 1857,
voyant que de nouvelles lois allaient changer le système doua
nier, que ceux qui poussaient à cette importante modification
ne pouvaient tarder à l’emporter dans les conseils du gouverne
ment, et sentant combien il était urgent de préparer les esprits
au péril et de leur enseigner les moyens de le conjurer, elle
créa les concours départementaux, allant d’arrondissement en
- Zi8 -
arrondissement, répandre d’utiles leçons, montrer des modèles à
suivre, encourager les timides, réveiller l’activité des habiles
qui s’endormaient loin de son action.
Elle n’a été rebutée ni par les fatigues ni par les mécomptes
qui l’attendaient quelquefois. Tour à tour, la circonscription
particulière du chef-lieu, les bords fertiles de la Dordogne, la
plaine de Mussidan, les plateaux de Thiviers, les gorges du Sarladais, ont entendu ses exhortations, ont vu récompenser leurs
travaux, se sont sentis entraînés par elle vers un courant d’acti
vité savante et expérimentale qui leur était presque inconnu ;
les comices se sont multipliés sous ses pas ou à sa voix; Sarlat
a le sien, Nontron aussi, et. Ribérac lui-même, sourd trop long
temps, cherche à grouper en association féconde ses agriculteurs
épars.
Cette année, pour la seconde fois, la société plantait sa ban
nière h Périgueux, sur Tourny, et y passait l’inspection de ses
forces notablement accrues et plus enthousiastes que jamais.
Son programme s’était élargi comme ses rangs, et 320 inscrip
tions ont montré l’empressement avec lequel les populations ont
accepté l’invitation de venir disputer les prix proposés.
Nous allons voir que la réunion nombreuse d’envois de toute
nature, faits par les agriculteurs à cette fête, était, en général,
aussi remarquable par la qualité que par la quantité des objets
qui la composaient.
Sans nous astreindre à tout signaler dans l’ordre du classe
ment établi par le règlement, prenons la route que suivaient
en entrant les promeneurs, et examinons tour à tour les diffé
rentes sections à mesure que nous les rencontrerons.
A peine avait-on franchi la limite qui séparait cette exposition
de la précédente, que l’on se trouvait en face d’une salle carrée
placée sur l’axe de celle du grand bâtiment de l’exhibition indus
trielle , et dont l’ouverture, correspondant à celle de cet édifice,
avait les mêmes dimensions de largeur, toujours pour que la
vue put embrasser Tourny dans son entier, depuis la porte de
l’arc-de-triomphe de l’entrée générale jusqu’à l’extrémité oppo
sée du cours. Dans ce local, étaient rassemblés les produits
agricoles proprement dits. Le mauvais temps avait arrêté l’ex
pédition de quelques caisses attendues; néanmoins on voyait
sur les tables des échantillons divers d’un grand mérite. Une
magnifique collection de plantes, racines, grains et autres objets
compris dans la classe dont il est question, provenant soit de
grande culture, soit d’essais, était arrivée de la ferme-école de
Lavalade, et a valu à M. de Lentilhac, directeur de cet établis
sement, la médaille d’or de la série. On ne pouvait donner moins
à ce groupe intéressant, et, en décernant ce prix, le jury a dû
se féliciter que les dispositions nouvelles du prospectus lui per
missent désormais d’accorder cette marque de haute considéra
tion à des lots d’une importance capitale et de rémunérer digne
ment ceux qui, comme M. de Lentilhac, se présenteraient devant
lui avec la médaille gagnée, par exemple, au concours universel
de Londres, dont cette année même notre collègue a eu la gloire
d’être un des lauréats principaux.
D’autres concurrents présentaient de nombreux produits don
nant une idée de l’ensemble de leurs principales récoltes. On y
remarquait des apports en différents genres, qui montrent l’ap
titude de notre climat à favoriser à la fois la réussite de choses
dont la réunion dans nos contrées.n’a rien d’extraordinaire, tan
dis que dans beaucoup d’autres plus vantées, un ou deux articles
seulement donnent des profits satisfaisants, à l’exclusion des au
tres qui ne sauraient y prospérer. Ce n’est donc pas la bonté du
sol et de la température qui nous fait défaut Quand on le vou
dra , le Périgord sera compté parmi les provinces les plus ri
ches de France. Céréales, laines, soies, eaux-de-vie, pruneaux
pris dans les lots d’ensemble étaient, pour la plupart, satisfai-
— 50 —
sants. Une certaine quantité de betteraves, venues sur terrain
drainé improductif auparavant, et des bois de pin très beaux
qui se trouvaient dans remplacement occupé par les envois de
M. L. de Galard, prouvaient qu’avec de l’esprit d’observation,
de la persévérance et de l’habileté, on peut tirer un excellent
parti de portions de terrain frappées en apparence de stérilité.
Dans les spécialités on remarquait des vins pour la plupart de crûs
bien famés et dignes de leur réputation. Si quelques-uns étaient
moins bons que les autres, il y a évidemment tendance à mieux
les confectionner partout, et la culture intelligente des cépa
ges d’élite est à l’ordre du jour. On comprend la nécessité absolue
d’obtenir de ses vignobles un liquide à La fois généreux et abon
dant. On travaille dans ce sens d’un bout du département à
l’autre, et avant peu d’années la réforme sera complète. Nos
vins, fort renommés dans les pays qui nous avoisinent, et dont
quelques-uns même sont recherchés au loin, feront dans quelque
temps l’orgueil d'une bien plus grande partie de nos coteaux et
la richesse de presque tous nos viticulteurs. Il en était, répétonsle, à l’exposition de cette année de très‘dignes d’estime, et parmi
ceux qui n’ont pu être dégustés, plusieurs sont avantageusement
connus déjà. Il est bon d’ajouter que les flacons non ouverts
appartenaient à des personnes qui, couronnées au présent con
cours pour leurs collections, n’avaient point à disputer une mé
daille de détail. En somme, on eût pu peut-être désirer une re
présentation plus complète des trésors variés de nos caveaux,
mais il y en avait cependant assez pour donner une idée de la
production départementale, et l’impression ressentie n’a pu être
que satisfaction actuelle et espoir fondé pour l’avenir. Au con
cours international de Londres, en 1862, les vins de la Dordo
gne ont remporté une mention honorable.
De bon vinaigre, du kirsch indigène étaient à côté des vins
et ont valu des éloges à leurs possesseurs. Une médaille de
— 51 —
bronze a été décernée à M. Laroussie, pour son système de
bonification des eaux-de-vie de marc de raisin.
Quatre personnes avaient envoyé des cocons de vers à soie
et de la soie filée provenant de leurs éducations, outre celles
qui en avaient présenté comme appoint sur leurs tablettes.
Le premier prix a été la part d’un habitant du Nontronais, de
M. l’abbé Godin, curé du Bourdeix, homme actif et dévoué, qui
utilise à merveille les feuilles des mûriers plantés dans sa paroisse.
Ses trois émules ont été récompensés chacun par une médaille
de bronze. La sériciculture dans nos contrées, par suite de cir
constances défavorables, telles que la maladie qui dévaste les
magnaneries à peu près dans le monde entier depuis quelques
années, et la stagnation générale des affaires dans le com
merce des étoffes de soie, n’a pas pris tous les développe
ments désirables, mais elle s’est maintenue, accrue même un
peu, et lorsque l’épidémie régnante aura cessé, quand les mé
tiers battront avec une activité nouvelle, nous aurons en elle une
branche importante de revenus. En effet, et c’est ce qui sou
tient le courage de nos éducateurs à travers des épreuves
momentanées, les cocons de nos chambrées sont fort recherchés,
leur fil est d’une nature excellente, et ils obtiennent presque
toujours à la vente un prix de faveur sur ceux d’autres pays.
En 1861, on payait à Lyon nos soies 6 fr. de plus par kilo
gramme que des soies du Languedoc et de la Provence, et cette
année, nos récoltes du Périgord, qui ont été assez abondantes,
ont été acquises aux plus hauts cours du moment par la fila
ture. Quand nous avons vendu 7 fr. 50, 7 fr., 6 fr. 50 nos co
cons frais, dans le Vaucluse les propriétaires avaient peine à se
défaire des leurs à 4 fr. 50 et même à 3 fr.
Les froments pris dans les montres des concurrents qui n’ex
posaient pas autre chose étaient en petite quantité. En faisant
entrer en ligne de compte tous ceux dont il avait été envoyé
— 52
des échantillons, on avait un bloc qui ne manquait ni de mérite,
ni de variété. La foule en jugeait bien ainsi, car nous avons vu
plusieurs personnes trier des épis et les emporter pour en semer
le grain chez elles; ce n’était peut-être pas très louable, mais
c’était très catégorique comme appréciation.
Outre les racines dont nous avons parlé plus haut, de beaux
exemplaires de différents tubercules, de carottes et de bette
raves figuraient pour disputer les prix particuliers qu’on avait
destinés à cette classe. Malheureusement le nombre des culti
vateurs qui les possédaient n’était pas considérable.
Des caisses de fruits secs préparéspar M. Sicard, d’Eymet, ont
été le point de mire des promeneurs. Les pruneaux, entre au
tres, ont été l’objet d’appréciations beaucoup trop complètes de
la part du public; cela fait peut-être l’éloge du bon goût des
visiteurs qui les ont consommés, mais pas celui de la discrétion
de ces messieurs.
Enfin on remarquait du beurre délicat provenant de la va
cherie d’Hautefort, à M. le comte de Damas, et de superbes
tabacs.
Le tabac a eu le privilège, rare parmi nous, de se concilier,
dès la première année de son introduction dans la Dordogne, la
faveur populaire. Métayers, fermiers, possesseurs du sol se sont
pris pour lui d’une affection véritable, ce qui provient sans
doute de la certitude où l’on est d’en trouver toujours le place
ment certain et le paiement immédiat ; et comme avec un peu
de soin de la part du planteur et de celui qui le travaille, il paie
à un taux élevé le loyer du terrain qu’il occupe dans l’assole
ment, on a tout intérêt à continuer sa culture. On sait que dans
nos contrées il est d’une qualité remarquable. Nous nous pro
posons, du reste, de publier prochainement dans les Annales,
avec l’appui bienveillant de l’administration chargée de sur
veiller en Périgord cette branche des revenus de l’Etat, de
— 53 —
curieuses notes statistiques et instructives à son sujet, M. Garrës, entreposeur au magasin de Périgueux, en avait placé dans
une vitrine des échantillons en feuilles aplaties, pris dans les
livraisons faites en 1861, un pour chaque arrondissement auto
risé. Il était curieux de comparer entre eux ces beaux spécimens.
Celui de l’arrondissement de Périgueux paraissait un peu su
périeur aux trois autres, par la nuance du moins. N’était-ce
pas une galanterie faite par le préparateur à la localité oh se
tenait le concours ? nous l’ignorons. — Après avoir considéré
dans le local couvert les tabacs secs, on en trouvait au dehors
d’autres en touffes vertes d’une exubérante végétation, placés
en caisse ou suspendus aux parois. Le plus beau de ceux-ci
appartenait à M. de la Rivière, de Saint-Médard de Mussidan.
Une fois les produits examinés, on avait devant soi une allée
libre, des deux côtés de laquelle étaient dressées des boxes, des
stalles et des cages pour les animaux, toujours sur les plans de
M. Lagrange, agent-voyer de la ville, dont les projets avaient
été cette fois encore, comme pour l’industrie, exécutés par
M. Focké.
Les abris de la race bovine longeaient au sud la nouvelle
route de Paris et au nord le jardin Sépart ; une tente supplé
mentaire avait été de plus, dans le môme but, élevée dans l’inrieur de la promenade, sur la gauche, faisant face aux loges des
porcs et des moutons. Les volières des oiseaux de basse-cour
l’accompagnaient un peu en arrière, en allant vers la nouvelle
préfecture.
C’est surtout dans cette division que le triomphe de notre agri
culture a éclaté. C’est là que se trouvaient réunis les magnifi
ques bestiaux qui ont valu à M. Montagut la médaille‘d’or de
l’Empereur, prix affecté à l’exposition la plus remarquable de
toutes, et l’admirable vache limousine deM. L. deGalard, prati
cien éclairé, qui, entre autres palmes, a remporté le prix d’hon-
— 54 neur de la série, il faut aussi noter les nombreuses têtes méri
tantes qui ont fait décerner un second prix d’honneur dans la
même classe à M. le vicomte de Segonzac.
De l’aveu de tous, le concours régional de 185S, tenu sur le
même emplacement, était loin d’offrir un coup-d’œil aussi im
posant, des détails aussi propres à réjouir le cœur des amis du
progrès agricole. Nous sommes heureux d’avoir pu donner ainsi
à des agronomes habiles venus de la Haute-Vienne et de la
Charente, et qui ont bien voulu siéger au nombre des membres
du jury, la preuve que, dans l’art où excellent ces hommes émi
nents, nos éleveurs, profitant des leçons des maîtres, commen
cent à marcher à grands pas sans avoir trop à redouter les re
gards de ceux qui sont le plus haut placés par le talent et le
savoir.
La première section de la race bovine, espèces de travail pu
res ou croisées entre elles, était de toute beauté. Les bêtes li
mousines, garonnaises ou issues de l’alliance de ces deux tribus
entre elles, en formaient la presque totalité et ont eu tous les prix,
moins un quatrième obtenu par une vache croisée garonnaisebazadaise. Mâles et femelles présentaient en général une grande
perfection des formes ; mais qu’on ne perde pas de vue la néces
sité de faire entièrement disparaître l’ensellement et les queues
mal attachées que l’on a pu encore çà et là remarquer sur
quelques individus.
La seconde section, comprenant les races de boucherie et
les races laitières, offrait un mélange de différentes variétés, oii
dominaient cependant la hollandaise et la gâtinaise. Il y avait
aussi quelques durham purs ou croisés et plusieurs sujets pro
venant de métissages plus ou moins rationnels. Les taureaux
s’y sont montrés inférieurs à ceux de la division précédente.
Aussi a-t-on réservé les deux premiers prix inscrits pour eux
au programme. Les vaches étaient meilleures ; plusieurs même
— 55 —
étaient réellement remarquables, et l’on s’est, en conséquence,
fait un plaisir d’être généreux envers leurs propriétaires. II
nous semble que dans cette catégorie le classement des primes à
donner doit être assez embarrassant pour ceux auxquels incombe
cette tâche, car il est certain que l’aptitude à la lactation ne se ma
nifeste guère par les mêmes signes que l’aptitude à l’engraisse
ment , et comment alors faire concourir ensemble, logiquement,
des qualités qui diffèrent à ce point ? Comment établir la valeur
réelle vis-à-vis l’une de l’autre de deux vaches, par exemple
l’une durham, l’autre flamande, chacune précieuse dans sa fa
mille, chacune digne dans sa spécialité de la première place
qu’une seule d’elles pourtant peut obtenir ? Ne vaudrait-il pas
mieux mettre d’un côté la viande, de l’autre le lait, et les en
courager à part ? Mais alors que faire des animaux hybrides?
Suivant nous, il faudrait se contenter de les utiliser, d’après leur
valeur réelle, dans les fermes, soit pour les destiner à la bou
cherie, soit pour la laiterie, et se bien garder d’en faire des re
producteurs , car il y a cent à parier contre un que leurs pro
duits seraient d’ordinaire tout au plus médiocres. Les sous-races
se créent difficilement et se perdent vite. On est toujours à temps
de les récompenser, s’il y a lieu, quand elles sont réellement
fixes. Si par hasard on voulait encourager des essais dans le
sens de la formation possible d’une classe intermédiaire méri
tante à la fois par la production de la chair et par celle du lait,
qu’on ouvre à ces tentatives une arène spéciale. '
L’espèce ovine, avec un.assez grand nombre de béliers et de
brebis, a brillé pour les variétés anglaises pures ou non, et
moins pour les françaises, chez lesquelles surtout les croise
ments dominaient sans règle bien fixe, croyons-nous, dans la
plupart des cas. Un lot de racé périgourdine a reçu un prix.
Cette famille, bien conformée, est plus digne d’être perfectionnée
par elle-même qu’on ne le pense communément. II n’y avait,
— 56 —
en fait de bêtes à laine fine sans mélange de sang, que deux ou
trois mauchanips, appartenant à un propriétaire de l’arrondisse
ment de Périgueux. Une mention honorable a été donnée à
leurs toisons seulement. Au sujet de l’espèce ovine, il se passe
actuellement une chose qui doit être observée avec soin. De
puis quelques années surtout on paraissait d’accord qu’il fallait
lui demander principalement, presque exclusivement selon
beaucoup de professeurs, de la viande; sa dépouille textile était
considérée comme un accessoire à peine par la plupart des éco
nomistes; que cette dépouille fût lourde, c’était suffisant, la
question de son mérite intrinsèque n’avait aucune importance
aux yeux d’une certaine école. Ces principes n’étaient-ils pas
exagérés? Ce qui a lieu maintenant serait de nature à le faire
supposer.
Au moment où l’on s’y attendait le moins, le mérinos reprend
faveur. Le manque de coton a fait déjà dans bon nombre de fi
latures anglaises remplacer cé duvet par la laine, et l’on com
mence à se préoccuper du moyen d’obtenir suffisamment de
celle-ci de qualité propre à fabriquer des tissus légers, solides et
chauds en même temps, et en quantité considérable, de manière
à contre-balancer l’usage habituel de la plante étrangère dans
bien des cas, et à empêcher ainsi, même après la pacification de
l’Amérique, le retour de la crise présente. Que ce mouvement
persiste ou non, il n’en est pas moins la preuve qu’il ne faut pas
être exclusif, et que le mouton est un animal dont les deux des
tinations diverses doivent être l’objet de constantes sollicitudes,
suivant les temps et les milieux, mais sans que l’une fasse ja
mais oublier l’autre.
L’espèce porcine a obtenu ses succès habituels. La race du Pé
rigord avait des truies en grand nombre et qui ne craignaient
aucune comparaison. Ses verrats, au contraire, n’étaient que
deux seulement, peu faits pour soutenir victorieusement l’honneur
— 57 —
de nos porcheries. G’est faute de soins de la part du paysan
dans le choix des reproducteurs mâles, que nos porcs de la
Dordogne ne sont pas encore arrivés au point où ils devraient
être parvenus depuis long-temps. Il ne suffit pas de belles fe
melles pour améliorer une tribu, il faut que l’étalon soit au
moins leur égal en perfection de formes. Quand cette vérité sera
comprise et mise en pratique, on obtiendra vite les meilleurs
résultats. Les anglais purs ou croisés nous ont montré ce à quoi
l’on peut atteindre avec de la persévérance et de la sagacité.
On n’était point, pour eux, avare de louanges que presque tous
méritaient.
En fait de volailles, une foule de coqs et de poules, des din
dons du Mexique, des canards, des pigeons, des pintades blan
ches et ordinaires, des faisans argentés, excitaient la curiosité
publique. Nous eussions voulu voir plus d’oiseaux de bassecour des bonnes races françaises qu’il n’en a été présenté. Du
reste, les cabanes grillées étaient bien garnies par des bêtes
d’une corpulence distinguée et dont plusieurs auraient figuré
très avantageusement sur des tables délicatement servies.
La vieille querelle de la supériorité de mérite de la France, ou
de l’étranger en fait de bétail, et du plus ou moins de valeur des
croisements, s’est ranimée vivement parmi-les membres de la
société d’agriculture et parmi le public, à l’occasion de l’exhibi
tion des animaux reproducteurs. Les appréciations des rappor
teurs des différentes sections du jury, à la séance de distribution
des prix, en portent la trace, et nous savons que c’est cette
question qui a occupé presque toute la séance des assises de
notre compagnie, le jour même de l’ouverture du concours.
Quelque ardents qu’aient pu être les débats à ce sujet, sur lequel
on reviendra prochainement, dans cette revue, à cause de son
importance, nous croyons que les adversaires sont plus près de
s’entendre qu’ils ne le pensent. Il nous semble nous apercevoir
— 58 -
que dans l’un et l’autre camp l’on tient à garder des types de
race pure perfectionnés par la sélection, d’un côté pour amé
liorer nos richesses locales par elles-mêmes, de l’autre pour
continuer les croisements ou rendre du sang aux produits qui
viendraient à pécher par excès, soit dans un sens, soit dans un
autre; c’est-à-dire, en changeant les termes, que les seconds
désireraient simplement tâcher de créer des sous-races qu’ils di
rigeraient à leur gré avec des pères ou des mères empruntés
tantôt aux tribus indigènes exemptes de mélange, tantôt aux
variétés exotiques des espèces diverses gardées sans alliance pour
cela, tandis que les premiers, n’écartant pas absolument le croise
ment, ne l’acceptent que pour obtenir des bêtes uniquement
destinées à l’abattoir ou au travail.
En réalité, nul ne songe à faire disparaître notre richesse in
digène, à la sacrifier pour lui substituer simplement et absolument
un produit à l’avenir encore problématique, et à lâcher peut-être
la proie pour l’ombre, maintenant surtout que le perfectionne
ment de nos élèves de pays est si manifeste. La conservation des
bonnes races pures est dans les idées de tous. La fondation de
primes destinées à l’encourager correspondrait au vœu général.
G’est afin de donner satisfaction à la production d’animaux
de trait ou destinés seulement à la consommation directe et de
favoriser la culture des champs, de même que la fabrication éco
nomique et avantageuse de la viande, ce à quoi les métis peu
vent être parfaitement aptes, suivant la nature de leurs ascen
dants, que la société d’agriculture a ajouté aux concours ouverts
pour les animaux reproducteurs, un concours de bœufs et va
ches d’attelage et de bestiaux gras, sans distinction de races et
sans se préoccuper de la question de la pureté ou du mélange
de sang.
Les bœufs de harnais sont arrivés en petit nombre, et il n’a pas
paru au jury qu’il y eût lieu d’accorder de récompenses à ceux
— 59 —
qu’on avait envoyés. Nous reconnaissons qu’on aurait facilement
pu trouver mieux dans nos campagnes ; toutefois, nous regrettons
qu’il n’ait pas été possible d’offrir au moins une faible marque
de souvenir, à titre d’encouragement, au propriétaire de la
paire la moins défectueuse, si l’on veut se servir de ce mot.
Envers les commençants il faut, autant que possible, être indul
gent , car un acte de sévérité peut détourner tout le monde de
tenter la fortune une autre fois. Qu’on ne se méprenne pas, du
reste, sur notre intention, qui n’est nullement de blâmer une
décision à coup sûr bien motivée. Ah ! dira peut-être un éplu
cheur de catalogue qui n’aura pas attentivement suivi les nu
méros des animaux exposés, l’auteur de cet article défend sa
cause. Je vois, en effet, en consultant le livret, qu’il a fait inscrire
au concours deux bœufs d’attelage lui appartenant. Celui qui
parlerait ainsi serait dans l’erreur. Par suite d’un malentendu de la
part du colon chargé de les conduire, aucune des têtes de bétail
que nous avions le dessein de soumettre au jugement de la com
mission d’examen, et que nous avions annoncées, n’a figuré sur
Tourny. Nous sommes donc entièrement hors de cause dans
cette affaire.
Personne n’a songé à disputer les prix pour les vaches de la
bour. Il n’en manque cependant pas de belles en Périgord, sur
tout aux environs de Ribérac et du chef-lieu.
Poursuivons notre promenade et passons aux bestiaux gras.
Ici tous les prix promis ont été distribués aux bœufs, aux
vaches et aux porcs. Un seul lot de moutons est arrivé, et quoi
qu’il n’eût pas de concurrents, il a reçu un premier prix, étant de
qualité supérieure. Dans l’ensemble de cette classe supplémentaire,
M. Montagut a gagné deux primes principales pour un durham
garonnais et pour une vache durham, plus un deuxième prix
pour un porc new-leicester. Cette création nouvelle avait attiré
peu de concurrents; mais les sujets admis étaient de bon choix,
— 60
bien en chair et convenablement poussés. Dès à présent on a la
certitude que rien ne sera plus aisé que de décider nos cultiva
teurs à faire souvent de l’engraissement en été, ce dont ils
n’ont pas assez l’habitude.
Une barrière et la rue des Jardins séparaient du reste de
l’exhibition les instruments aratoires et les machines, qui occu
paient toute la terrasse du fond de la place. Dans cette partie,
le concours était non plus départemental, mais général, excepté
pour les collections appartenant aux propriétaires ou fermiers et
pour les primes à attribuer à la location des machines à battre.
On avait voulu, dans l’intérêt général des agriculteurs et dans l’in
térêt particulier de nos constructeurs, mettre ceux-ci en présence
de leurs confrères étrangers, dont plusieurs ont fait des envois. Il
faut dire à l’honneur de nos compatriotes, qu’ils ont bravement
soutenu le choc, ce qui est d’autant plus glorieux pour eux,
qu’ils avaient des adversaires de renom. Ainsi M. Pinet avait
exposé sa batteuse à manège avec tarare déboureur; M. Clama
geran avait une intéressante collection ; M. Delon, de Puy-Lagerac, près Chalus; Mmc veuve Mothes, de Bordeaux, d’autres en
core avaient également répondu à l’appel. Nous avons vu un bel
ensemble d’engins de toutes sortes venus de divers ateliôrs, sauf
des- machines à faucher et à moissonner qui manquaient mal
heureusement. La nourriture économique du bétail préoccupe
tout le monde : une foule de chaudières et d’appareils de cuis
son étaient sur les lieux. Celui qui l’a emporté pour cette spé
cialité est M. Clamageran, de Sainte-Foy, qui a mérité la mé
daille de vermeil, prix d’honneur de la série. De bonnes ruches
perfectionnées ont valu une médaille de bronze à M. Feytaut.
MM. Périer, Connière, Regnier, à Périgueux ; Desport, à Non
tron, et Darnis, à Terrasson, ont obtenu, dans l’ordre oii nous
les inscrivons, les 1er, 2rae, 3rae, 4me prix et une mention hono
rable, pour l’ensemble de leur matériel. M. Pinet a eu le 1er prix
— 61 —
des machines à battre, et M. Lassagne, de Lanouaille, le second.
La liste qu’on trouvera plus loin fait connaître les autres lauréats.
Il est à regretter qu’aucun de MM. les propriétaires n’ait amené
d’instruments améliorés ou de nouveau modèle, d’un usage quo
tidien sur ses terres et en assez grand nombre pour donner l’i
dée de l’outillage d’une exploitation bien conduite. Nous con
naissons plusieurs agriculteurs qui ont amplement chez eux de
quoi satisfaire au vœu qu’exprimait cette partie du programme.
Il est fâcheux qu’ils n’aient pas montré ce qu’ils savent si bien
employer.
Les essais des objets reçus dans cette division ont été faits
avec tout le soin possible le matin du 3 septembre. On a suivi
ces expériences avec intérêt.
Le concours agricole a duré deux jours. C’était encore une
innovation, et elle a paru généralement fort goûtée. Quelques
heures, en effet, ne peuvent suffire pour satisfaire la curiosité
publique et pour les opérations du jury, qui a besoin de tout exa
miner à loisir, avec calme et scrupuleusement. Quand le temps
presse on est exposé à commettre des erreurs au préjudice des
concurrents, et ceux qui veulent s’instruire en observant ne
le peuvent pas.
Aucun accident n’est arrivé; l’ordre était parfait ; on le de
vait aux bonnes dispositions de M. Lagrange et de MM. de
Lentilhac, Guilbert, de Labrousse et Daniel, ordonnateurs. Des
numéros à chaque loge ou casier, l’indication affichée en gros
ses lettres des catégories et des prix obtenus, facilitaient à la
foule le moyen de se reconnaître et d’étudier les animaux, ins
truments et produits primés. Malgré la pluie, une masse énorme
de campagnards et d’agronomes n’a cessé de visiter avec atten
tion chaque série.
Le ministère, le département, la ville, le commerce local,
avaient bien voulu contribuer par des marques d’honneur et
— 62 —
des allocations à rehausser l’éclat de cette fête. Jamais encou
ragements ne furent mieux placés et n’ont trouvé plus utile em
ploi. Remercions aussi le comice de Bergerac qui, comprenant
avec une grande intelligence l’importance du but poursuivi,
avait voté une médaille d’or pour être remise par le jury au
vainqueur qui en serait jugé digne. De pareilles preuves de con
fraternité honorent à la fois et l’association qui les donne et la
corporation qui les reçoit.
Avant le concours que nous venons de décrire, et qui a laissé
derrière lui toutes les autres manifestations de même nature
dont nous avons été jusque-là témoins dans le Périgord, une
autre lice s’était ouverte entre les domaines les mieux tenus. La
société avait en effet décidé qu’à l’avenir des primes d’honneur
seraient décernées aux propriétaires ou fermiers dont les cultu
res heureusement progressives présenteraient les plus utiles ré
sultats et pourraient être offertes comme modèle. Chaque ar
rondissement est appelé à disputer ces prix tour à tour. Celui
de Périgueux a ouvert la marche. Une commission de visite
s’est successivement rendue chez les six personnes qui l’avaient
demandée, et a fait connaître leurs mérites divers avec ses conclu
sions dans un rapport dont la rédaction a été confiée à M. Coignet. Nous sommes heureux de mettre ce document important
sous les yeux de nos lecteurs, qui y trouveront les plus intéres
sants détails. Le voici dans son entier :
Messieurs,
La société d’agriculture, sciences et arts de la Dordogne, a décidé
qu’à partir de cette année des primes d’honneur départementales se
raient décernées tous les ans, successivement, dans chacun des arron
dissements du département, aux agriculteurs les plus méritants, et
que l’arrondissement de Périgueux serait le premier où fonctionnerait
cette utile institution.
— 63 —
Six exploitations, y compris la ferme-école de Lavalade, se sont
mises sur les rangs et ont envoyé des mémoires à l’appui de leur
demande.
Ce nombre nous paraît restreint ; mais nous ne sommes qu’au
début, et nous espérons que peu à peu les primes d’honneur ga
gneront du terrain, et que dorénavant de nombreux agriculteurs se
présenteront pour les disputer.
Un jury a été nommé par la société pour examiner sur les lieux
les exploitations concurrentes, et c’est le résultat de cet examen que
nous allons vous présenter. Il n’a pu avoir lieu qu’une seule fois, eu
égard à l’époque relativement tardive où la société d’agriculture a
fondé le concours à la prime d’honneur. À l’avenir, cette visite aura
lieu deux fois, afin que le jury puisse porter un jugement plus
éclairé sur les exploitations en les voyant dans des phases différen
tes de travaux et de végétation.
Par une première délibération, le jury a décidé qu’un exploitant
ne serait admis à concourir qu’autant que les résultats de sa gestion
seraient justifiés par une comptabilité régulière. Nous espérons que
cette décision sera maintenue pour les concours qui auront lieu à
l’avenir. En effet, il ne suffit pas de présenter de belles récoltes, il
faut savoir ce qu’elles coûtent, et ce n’est qu’au moyen d’une comp
tabilité bien tenue qu’on peut en fixer le prix de revient.
Une autre décision a été prise par le jury. Il a jugé qu’il n’y avait
pas lieu d’admettre la ferme-école à concourir avec les autres ex
ploitations. Il n’est pas besoin de longs raisonnements pour justifier
cette décision. Le simple bon sens dit clairement qu’il ne serait pas
équitable de faire concourir ensemble les élèves et les maîtres.
Néanmoins, comme le sous-directeur de l’école avait envoyé un
mémoire fort détaillé sur son exploitation, trois membres du jury se
sont rendus à Lavalade pour la visiter en détail.
Nous croyons répondre à la légitime impatience que vous ressen
tez de nous voir aborder l’examen des exploitations admises à con
courir, en renvoyant à une note, qui sera insérée aux Annales de la
société, le compte-rendu de notre visite à Lavalade, visite que nous
résumons pour le moment en décernant une médaille d’argent hors
concours à la ferme-école de la Dordogne.
Permettez-nous, messieurs, avant d’entrer dans l’examen de cha
cune des exploitations en particulier, de vous entretenir d’un grief,
d’une récrimination qui sont articulés par toutes. 11 s’agit de la ra
reté de la main-d’œuvre, et, par suite, de son prix toujours croissant ;
- 64 -
c’est une conséquence forcée de la dépopulation des campagnes que
les derniers recensements constatent d’une manière officielle. Il y
aurait beaucoup de choses à dire sur le fait en lui-même; mais nous
ne voulons nous en occuper ici que succinctement et purement au
point de vue de l’agriculture et des conséquences que, suivant nous,
il aura pour elle.
Le courant d’individus qui quittent les campagnes pour la ville est
un fait irrésistible ; il suivra son cours pendant long-temps encore,
quoi qu’on lasse, et le mieux est d’en prendre bravement son parti,
et de s’arranger pour le faire tourner, s’il est possible, à notre avan
tage.
Et d’abord ne perdons pas de vue que tous ces transfuges, qui
chez nous étaient des producteurs agricoles maigrement nourris,
deviennent beaucoup plus exigeants dans leurs nouvelles résidences.
La première chose qu’ils font en s’y installant est d’employer à une
nourriture plus délicate et plus substantielle l’augmentation de sa
laire que l’industrie des villes est en état de leur payer. La viande,
le vin, le pain de froment de première qualité font désormais partie
intégrante de leur ordinaire. Il résulte d’un renseignement qui nous
a été donné tout récemment par un entrepreneur de Paris qu’un sim
ple ouvrier terrassier, qui y gagne actuellement quatre francs par
jour, en consacre la moitié à sa nourriture. Il est donc bien évident
que tous ces déserteurs des campagnes ne font qu’accroître le nombie des clients obligés de l’agriculture. Celle-ci, à son tour, en pré
sence d’une augmentation incessante de débouchés et de l’élévation
du prix qui en est la suite inévitable, doit chercher par tous les
moyens possibles à augmenter sa production.
Mais, dira-t-on, comment faire pour réaliser cette augmentation
de la production en présence d’une main-d’œuvre devenue insuffi
sante? Par des moyens bien simples, répondrons-nous : diminuez
la main-d’œuvre d’une part, et de l’autre, remplacez le travail de
l’homme par celui des animaux ou par la vapeur.
Pour diminuer la main-d’œuvre on aura recours aux prairies arti
ficielles pérennes, luzerne et sainfoin, qui suspendent l’action de la
culture sur les terrains qu’elles occupent. Pour remplacer la maind’œuvre de l’homme par la force des animaux, on emploiera les ma
chines à faucher, à faner, etc. ; et comme une amélioration en amène
forcément une autre, et que les prairies artificielles ne peuvent être
exploitées convenablement, surtout par des machines, que sur des
terrains en bon état, on épierrera, on roulera, on hersera les terres
65 —
destinées à cet usage ; les fourrages occupant successivement les
différentes soles des domaines, au bout de quelques années l’amélio
ration sera générale. Qui dit augmentation de fourrages, dit aug
mentation de bétail, qui amène l’augmentation de fumier, et par une
suite toute naturelle, celle des récoltes, d’où résulte, en fin de
compte, une réduction considérable dans leur prix de revient. Il y a
déjà long-temps qu’on a constaté que si une fumure de 9,600 kilog.
par hectare donne l’hectolitre de blé au prix de revient de 17 fr.
50 c., une fumure de 20,000 kilog. le fait descendre à 7 fr. 50.,
sans autre augmentation de main-d’œuvre que celle que nécessite
l’augmentation de récolte.
Voilà des faits considérables qui se manifesteront immanquable
ment en faveur de l’agriculture bien dirigée ; mais là ne s’arrêtera
pas le progrès. L’agriculteur, désormais convaincu de l’avantage des
fortes fumures, familiarisé avec la manœuvre de quelques machines,
et ayant reconnu les avantages qu’elles lui procurent, en appellera
d’autres à son aide.
La culture des plantes usuelles ainsi facilitée, ainsi améliorée,
amènera le développement des cultures industrielles largement ré
munératrices. Le cultivateur atteindra ainsi une aisance jusque-là
inconnue, qui réagira à son tour sur la prospérité de l’industrie; il
pourra enfin trouver quelques loisirs pour cultiver ses facultés mo
rales et intellectuelles ; il redeviendra homme, de machine qu’il était,
et s’il n’est pas toujours courbé vers la terre, il aura quelques ins
tants pour tourner ses regards vers le ciel.
Est-ce à dire que le département de la Dordogne ne soit pas mûr
pour le développement de semblables améliorations? Loin de là; des
yeux attentifs peuvent en constater les germes qui se montrent de
toutes parts. Dans les courses que nous avons faites, nous avons pu
contempler de magnifiques champs de luzerne d’une luxuriante vé
gétation. La vallée de l’Auvézère surtout nous a présenté sous ce
rapport un beau spectacle. Il était facile de voir sur certaines
parties de son parcours que non loin de là un illustre guerrier, qui
avait été en même temps un grand agriculteur, avait laissé des exem
ples qui n’avaient pas été perdus pour ses concitoyens.
Que dirons-nous aussi de la culture du tabac, dont l’introduction
dans la Dordogne est due à l’initiative d’un de ses enfants, que son
mérite seul a porté au faîte des honneurs, et que le département peut
compter à juste titre au nombre de ses bienfaiteurs? La culture du
tabac fera passer peu à peu dans les habitudes agricoles de notre
département les façons les plus minutieuses et les plus soignées ap5
- 66 —
pliquées à des terres saturées d’engrais. Ce ne sera pas là un de ses
moindres avantages auxquels viendront s’ajouter de beaux bénéfices,
juste récompense du cultivateur intelligent et laborieux.
En avant donc, agriculteurs de la Dordogne : le présent nous per
met d’envisager l’avenir avec assurance. N’oublions pas que nous
avons à notre tête un administrateur aussi bienveillant qu’habile, et
qu’un saint évêque appelle sur nos travaux les bénédictions de Dieu,
sans la permission duquel le moindre épi ne peut naître ni mûrir.
Pardon, messieurs, d’avoir détourné un instant votre attention du
tableau que nous devons vous présenter et que nous allons mettre
enfin sous vos yeux.
M. Rongiéras, propriétaire à Plaisance, commune de Ladouze,
s’est présenté au concours et a fourni le mémoire explicatif exigé.
Le domaine qu’il exploite est situé sur un plateau , au milieu des
bois, et le sol en paraît assez fertile.
M. Rongiéras n’a point tenu de comptabilité, et, sous ce rapport
déjà, le jury n’a pu l’admettre à concourir.
Ce n’est pas à dire cependant que ce concurrent n’ait pas fait de
louables efforts qui pourront être utiles à ses voisins. II a importé
dans son domaine la race ovine de Mauchamps, qui pourra devenir
un jour une richesse de la France, sa patrie, par sa magnifique laine
soyeuse, qui rivalise de finesse et d’éclat arec celle de Cachemire.
Ceci est un mérite agricole spécial, et la société d’agriculture a des
prix pour le récompenser. Mais avec ce petit troupeau, l’exploitation
de Plaisance ne possède qu’un attelage, bétail tout-à-fait insuffisant
pour son étendue, qui est de douze hectares en culture ; et comme il
n’y est pas apporté d’engrais du dehors, le fumier manque nécessai
rement et manquera de plus en plus au fur et à mesure que les ré
coltes successives auront diminué la richesse d’une partie des terres
qui étaient restées jusqu’ici à l’état de friches.
M. Rongiéras a planté une quantité considérable d’arbres fruitiers
des meilleures espèces et des variétés les plus estimées. Ces planta
tions sont dans un état très prospère. Une petite serre, formant une
espèce de jardin d’hiver, est contiguë sur deux faces à son habita
tion, ce qui lui procure l’avantage d’avoir quelques primeurs et
même de posséder des plantes tropicales. Mais tout ceci, quoique
fort louable, n’est pas du domaine de l’agriculture proprement dite,
et, qu’on nous passe l’expression, en s’adressant à la société d’agri
culture pour concourir, M. Rongiéras s’est trompé de porte. C’est à
celle de la société d’horticulture qu’il aurait dû frapper.
M. Deschamps-Romain, propriétaire à Razac-sur-l’IsIe, s’est porté
— 67
candidat à la prime d’honneur départementale. Le domaine qu’il fait
exploiter par des domestiques a le désavantage d’être morcelé en
ce qui concerne les terres en culture ; mais ce désavantage est bien
compensé par la qualité supérieure de ces terres, toutes situées dans
la fertile vallée de l’Isle.
Là où la nature a tant fait, Faction de l’homme est moins appa
rente, et il a semblé au jury que beaucoup de parcelles voisines de
celles exploitées par M. Deschamps pouvaient, par la beauté des
récoltes, entrer en lutte avec elles sans trop de désavantage.
Mais ce qui paraît hors de doute, c’est qu’en 1840, lorsque M.
Deschamps a pris la direction du faire valoir de son domaine, exploité
jusqu’alors sous celle de son père, le bétail et les bâtiments destinés
à le loger étaient si restreints, eu égard à l’étendue des terres ara
bles, qui est de onze hectares, que la fertilité naturelle de ces terres
avait dû en être profondément altérée. Mais malheureusement M.
Deschamps n’ayant pas fourni de comptabilité, le jury n’a pu se
former une opinion motivée sur l’état des terres qui lui a servi de
point de départ, ni apprécier par conséquent l’importance des amé
liorations qu’il a introduites dans l’exploitation. Et cependant il faut
bien que des améliorations importantes aient été faites, puisque le
jury a pu constater que le nombre et l’importance du bétail entre
tenu aujourd’hui sur le domaine se sont accrus considérablement,
en admettant les allégations contenues dans le mémoire de M. Des
champs. En effet, suivant lui, le domaine nourrissait en 4840 deux
paires de bœufs, et aujourd’hui il entretient habituellement dix têtes
de gros bétail et de quarante à soixante brebis ou moutons de la
forte race down-costwold, importée dans le département de la Dor
dogne par MM. Deschamps et Montagut lors du concours universel
de 1856. Lors de la visite du jury, ces effectifs n’étaient pas au com
plet; mais, d’une part, l’année a été très défavorable aux récoltes
fourragères, et, de l’autre, nous savons tous que le nombre des bes
tiaux entretenus sur un domaine peut varier d’une manière très no
table, suivant l’époque de l’année et la nature des spéculations aux
quelles se livre le propriétaire.
Le jury aurait désiré pouvoir décerner une prime à M. Deschamps,
tant sa valeur agricole est notoire ; mais l’absence de comptabilité
était un obstacle infranchissable en présence de la décision préala
ble qu’avait prise le jury. D’ailleurs, il faut bien le dire, il n’aurait
pas osé classer M. Deschamps dans un rang secondaire; et cepen
dant, si cet agriculteur a eu le mérite incontestable d’avoir ramené
à la prospérité des terres qui, naturellement fertiles, étaient tom-
— 68 —
bées dans un élat voisin de la misère, ce mérite a paru au jury dé
passé par celui du propriétaire qui a fait une véritable création sur
son domaine, en donnant par son activité, son intelligence et ses
avances bien placées, la vie à des terres ingrates et improductives.
C’est là le tableau que nous aurons l’honneur de vous présenter dans
quelques instants.
M. Eugène Gibiat a présenté au concours sa propriété de Pouzelande, située commune d’Eglise-Neuve, en la réduisant à douze hec
tares de terres arables, le reste se composant de bois.
Lors de la visite du jury, M. Gibiat lui a déclaré tout d’abord
qu’il n’avait été mu par aucune prétention personnelle en se présen
tant au concours, puisqu’il n’avait eu aucune part à la direction des
cultures; mais il a ajouté qu’il avait saisi avec empressement celte
occasion de mettre en lumière les excellentes dispositions et le ta
lent de son régisseur, M. Prosper Theulier, dans l’espoir que le
jury pourrait lui décerner un encouragement, si l’issue de l’examen
auquel il devait se livrer lui était favorable. Après ces explications
préalables, voici ce que le jury a été à même de constater et la dé
cision qu’il a prise :
M. Prosper Theulier est un jeune homme sorti avec distinction
«le l’école de M. l’abbé Vedey.
L’examen des récoltes sur pied, venues en partie sur des défri
chements, et presque toutes dans un état prospère, ont donné au
jury l’opinion la plus favorable du mérite et de l’activité de M. Theu
lier, qui, outre la direction des travaux de culture, pour lesquels
l’initiative lui était laissée, a dû surveiller la construction d’une char
mante maison d’habitation et des dépendances dont elle a dû être
accompagnée. L’une des deux opérations aurait suffi pour absorber
le temps et les facultés d’un esprit ordinaire, et M. Theulier a eu le
mérite de les conduire toutes deux à bonne fin. Il y a cependant une
ombre à ce tableau : d’abord un seul attelage compose le cheptel du
domaine, puis, en outre, et surtout, absence complète de comptabilité.
En ce qui concerne le premier point, on nous a fait observer que
les fumiers provenant de plusieurs relais de diligence, exploités par
le propriétaire du domaine, étaient apportés plusieurs fois par se
maine sur ses terres, ce qui est certes une position exceptionnelle,
mais très favorable, puisque le fumier, ce nerf par excellence de
l’agriculture, ne coûte rien au domaine.
Le jury aurait voulu être renseigné sur l’importance de ces fu
mures; mais l’absence de comptabilité ne le lui a pas permis.
En ce qui concerne le second grief, le jury s’est convaincu, par
69 —
l'examen auquel il s’est livré, d’une part, que M. Theulier n’avait
pas les connaissances nécessaires pour établir à lui seul une compta
bilité régulière, et d’autre part, que, les eût-il, la surveillance in
cessante qu’il avait dû exercer sur les travaux de natures si diver
ses qui ont été exécutés à Pouzelande, ne lui en eût peut-être pas
laissé le temps.
Le jury, en présence de la déclaration si formelle de M. Gibiat, ne
se trouvait plus en face d’une exploitation concourant pour la prime
d’honneur ; mais il avait à décider si, ayant rencontré sur son pas
sage un régisseur zélé, intelligent et possédant des connaissances
réelles en agriculture, il ne lui serait pas possible de lui donner un
témoignage de la satisfaction qu’il’avait éprouvée en voyant les heu
reux résultats de sa gestion, bien qu’il n’ait pas pu présenter de
comptabilité.
Le jury a été d’abord mis à l’aise par suite de la délibération de
la société, qui a décidé qu’il pourrait être décerné des médailles aux
agents de la culture qui en paraîtraienl dignes. 11 a jugé, en outre,
qu’il était d’une importance extrême, dans l’intérêt de l’agriculture,
de ne pas laisser cette disposition à l’état de lettre-morte, car les
régisseurs honnêtes et capables sont si rares, qu’on ne saurait trop
encourager le mérite de ceux qui se font distinguer dans la foule.
Le jury croit devoir profiter de cette circonstance pour recom
mander aux directeurs et professeurs des écoles d’agriculture de
ne pas négliger d’initier leurs élèves aux connaissances nécessaires
à la comptabilité, toutes les fois qu’ils auront le bonheur de rencon
trer parmi eux des sujets réservés par leurs succès à parcourir avec
distinction la carrière de régisseur. Un journal de toutes les opéra
tions agricoles qu’ils sont appelés à diriger et un inventaire annuel
suffiront ensuite à un comptable exercé pour établir une comptabilité
régulière de l’exploitation.
Le jury, sous le bénéfice de ces observations, et en dehors des
médailles consacrées à la prime d’honneur départementale, décerne
une médaille d’argent d’encouragement â M. Prosper Theulier.
La propriété d’Hautefort, appartenant à M. le comte de Damas, a
été présentée au concours par son régisseur et fondé de pouvoirs,
M. Magueur. Ici le cadre s’agrandit, la tâche du jury devient plus
étendue et plus laborieuse, mais, par contre, elle est facilitée par
l’appui d’une comptabilité détaillée et parfaitement tenue.
La terre d'IIautefort se compose de sept cents hectares, dont trois
cent soixante en bois, bruyères et broussailles, cent quarante en
prairies et deux cents en terres labourables. Elle est exploitée depuis
70 —
1842 par quatorze métayers. Par suite d’un arrangement fait avec
chaque métayer, un minimum de produit annuel lui est garanti par
le propriétaire; mais, en retour de cette garantie, il doit participer,
par sa main-d’œuvre et dans une certaine limite, à toutes les répa
rations et améliorations jugées nécessaires par le maître.
Le régisseur affirme qu’au moyen de cette combinaison de nom
breux travaux d’amélioration ont été exécutés sur la terre d’Haute
fort, et cela d’une manière très économique pour le propriétaire.
Ces améliorations sont principalement les suivantes : 1° répara
tions ou création de chemins ; ils ont été bordés de clôtures en haies
vives et de fossés d’écoulement et d’assainissement, quand cela
a été nécessaire ; 2° redressement des cours d’eau pour faire ces
ser les débordements pendant la pluie et obtenir l’assainissement
des terres voisines ; 3° drainage des prés ou terres humides au moyen
de fossés empierrés ou remplis de fascines d’aulne. Cette améliora
tion se poursuit tous les aDs sur un ou deux kilomètres de longueur
de fossés ; 4° agrandissement et meilleure appropriation des bâti
ments d’exploitation.
Indépendamment de ces améliorations, auxquelles ont concouru
les métayers, il en a été fait d’importantes dans les bois de la pro
priété, qui étaient dévastés par les troupeaux des fermiers qui l’ex
ploitaient avant 1842. La suppression du parcours a permis aux
jeunes plants provenant des semis naturels de se développer, et on
a, de plus, fait tous les ans des plantations ou semis d’arbres verts
ou feuillus pour garnir les clairières et occuper des terrains vacants,
jusqu’à concurrence d’une centaine d’hectares.
Une réserve, exploitée par le propriétaire, consiste en un beau
troupeau de vaches hollandaises, parmi lesquelles il y a des sujets
d’élite, dont le beurre, d’excellente qualité, arrive jusqu’à Péri
gueux. Nous ne mentionnons d’ailleurs la vacherie que pour mé
moire, attendu que son produit n’est pas inscrit sur la comptabilité
générale. C’est une spéculation à part du propriétaire.
Les céréales, le maïs, les prairies artificielles et le tabac sont cul
tivés sur les domaines. Les étables des métairies sont peuplées en
grande partie de vaches sorties des meilleurs troupeaux du Limou
sin. L’ampleur des formes et la couleur de la robe de la plupart de
ces animaux révèlent l’infusion déjà ancienne du sang agenais. L’é
lève des animaux étant une des spéculations adoptées dans la pro
priété, les meilleurs produits sont réservés pour les domaines qui,
sous ce rapport, se suffisent à eux-mêmes. Outre les quatre-vingts
vaches entretenues sur les métairies, on y engraisse annuellement
71 —
environ vingt-qualre bœufs pour la boucherie. Les attelages sont
composés indifféremment de vaches ou de bœufs. L’importance du
cheptel vivant, qui était de 18,000 fr. en 18-42, est portée maintenant
à 40,000 fr. C’est une notable amélioration, il est vrai; mais elle est
encore loin du degré qu’elle devrait atteindre, eu égard à l’étendue
des prairies et des terres arables, d’autant plus que, suivant nous,
une partie de ces terres seraient avantageusement converties en prai
ries. Ilautefort se rapproche de la Corrèze et de la Haute-Vienne, et
la nature des terres y paraît plus particulièrement favorable à la
production fourragère, et, par suite, à l’industrie pastorale.
Pour donner une idée du soin avec lequel la comptabilité est te
nue, il nous suffira de dire qu’elle se compose de plus de vingt comp
tes ouverts à chacune des sources de produits, comme aussi à cha
que nature de dépense. Le vin, le bétail, le bois, les grains, les
fourrages, l’huile sont les plus importants des produits, auxquels
viennent encore se joindre, comme produits non agricoles, ceux des
mines de fer et d’une tuilerie.
Les impôts, les gages à l’année, les constructions et réparations
des domaines et du château, et les achats d'outils et d’instruments
figurent au nombre des comptes de dépenses.
En résumé, les revenus de la terre d’Hautefort se sont graduelle
ment accrus depuis 1842 , de manière à être aujourd’hui deux fois
et demi plus considérables qu’ils n’étaient au point de départ.
C’est là certainement un beau résultat ; mais le jury a pu se con
vaincre qu’il était loin de ce que l’on pourrait atteindre si les cultu
res fourragères, et par suite le bétail, recevaient tout l’accroisse
ment que la nature des terres comporte, et si surtout les fumiers
étaient convenablement traités. Sous ce rapport si essentiel, les do
maines d’Hautefort présentent l’aspect de beaucoup de domaines de
la Dordogne. Les fumiers sont généralement placés sous l’égoût des
bâtiments, de manière à être délavés ; le purin s’en écoule en pure
perte dans les cours ou sur les chemins. Au lieu d’être relevés et
tassés de manière à offrir la moindre surface possible à l’évaporation,
ils sont étalés et abandonnés à toutes les intempéries. Quand donc
les cultivateurs et les propriétaires comprendront-ils que ce sont des
sacs d’écus, que c’est leur richesse qu’ils vouent ainsi à une dilapi
dation certaine?
Le régisseur actuel de la terre d’Hautefort est aidé dans ses fonc
tions fatigantes, eu égard au parcours considérable que la surveil
lance d’une propriété aussi vaste impose. Son fils, homme intelligent,
le supplée pour une partie de l’accomplissement de ses fonctions.
d
72 —
Les membres du jury ont insisté auprès de ce dernier pour qu’une
exploitation aussi considérable, remarquable sous tant de rapports,
offre encore à l’avenir l’exemple d’un traitement plus rationnel des
fumiers, e’t ils ont l’espoir d’avoir été compris. Ce n’est pas que la
chose soit aussi facile à obtenir, on ne se le dissimule pas. Conver
tir qualorze familles de métayers, et leur faire échanger leurs habi
tudes routinières contre des mesures d’ordre et d’économie, au sujet
d’une matière aussi vile en apparence que le fumier, n’est pas l’ou
vrage d’un jour. Cependant, quelques observations bien simples, ac
compagnées d’injonctions formelles, et données au nom d’un pro
priétaire auprès duquel ils ont toujours trouvé justice paternelle,
aide et protection, suffiront, nous n’en doutons pas, pour amener
en peu d’années la cessation d’un si déplorable abus.
Le jury décerne le second prix et la médaille de vermeil à l’ex
ploitation de la terre d’IIautefort.
M. Huot de Suzanne, propriétaire à Pressac, commune de Thenon, a fourni en temps utile un mémoire fort bien rédigé, et s’est
porté comme candidat à la prime d’honneur départementale.
Sa propriété se compose d’environ 223 hectares en bois, 75 hec
tares en terre à labour, 20 en prés anciens ou de nouvelle création
et 10 en vignes. Le tout, d’un seul tenant, est cultivé au moyen de
domestiques, depuis cinq ans, sous la direction immédiate du pro
priétaire, qui a renvoyé tous les métayers.
Leur suppression a entraîné la construction de nombreux bâtiments
destinés à centraliser le service. Ainsi une bergerie pour 500 têtes,
une étable pour 8 paires de bœufs, deux grands hangars pour remi
ser les outils, instruments, charrettes et céréales, des parcs à co
chons, une forge, une cuisine pour les animaux et un magasin à
deux étages pour 600 à 800 hectolitres de blé, ont été successivement
construits. Chaque bâtiment paraît bien approprié à sa destination ;
mais il a semblé au jury qu’ils n’étaient point coordonnés les uns
par rapport aux autres d’une manière satisfaisante. Leur isolement
est un avantage en cas d’incendie, mais on aurait pu en former un
ensemble, tout en atteignant ce résultat essentiel. Une partie des
greniers des anciens bâtiments a aussi été utilisée comme magasin à
laine. Les toisons y sont rangées et étiquetées avec le plus grand
soin.
Les terres en culture sont en général d’une mauvaise qualité, et,
suivant l’expression pittoresque des habitants du pays, on n’aurait
pas voulu y enterrer un chien. La plupart manquent de l’élément
calcaire ; aussi, dès le début de son exploitation, M. de Suzanne
— 73
a-t-il établi un four à chaux, à feu continu, qui lui fournit la chaux
à raison de 12 fr. le mètre cube, soit 1 fr. 20 c. l’hectolitre.
Cet amendement, destiné soit à apporter une substance minérale
indispensable aux récoltes, soit à rendre solubles les débris végélaux
de toutes sortes que renferment les friches, a été réparti successi
vement sur toutes les terres du domaine, à raison de 40 à 45 quin
taux métriques par hectare. L’effet en a été des plus remarquables
sur les récoltes que le jury a pu voir sur les lieux.
Les bons instruments, propres à donner à la terre les différentes
cultures que réclame le bon entretien des plantes, ne manquent pas.
Les labours sont donnés avec la charrue de Grignon. Une fouilleuse
la suit lorsqu’il s’agit de semis ou de plantations de betteraves ou
autres racines qui demandent plus de profondeur. L’entrelien des
cultures sarclées, ainsi que les travaux d’été , se font au moyen de
l’extirpateur Dombasle, dernier modèle, qui fait un travail parfait.
Des houes à cheval et des herses, à dents de bois ou de fer, servent
aussi à ameublir la terre et à couvrir les semences.
Les défrichements de luzerne sont exécutés au moyen d’une char
rue du système Armelin. Cette charrue diffère de toutes les autres
par la pointe du soc, qui est remplacée par une petite barre mobile
d’acier que l’on fait avancer au fur et à mesure de l’usure. Cette
charrue est éminemment propre aux terrains pierreux.
Les racines sont préparées pour la nourriture des bestiaux au moyeu
d’un coupe-racines de Grignon, et le hachetoul Dombasle sert à cou
per les pailles et tiges de maïs. Les aliments qui doivent être sou
mis à la cuisson subissent cette préparation dans un fourneau à ré
verbère que M. de Suzanne a fait établir à sa porcherie, à l’instar
des appareils du même genre qu’il avait eu l’occasion d’employer en
Amérique pour la préparation de la nourriture des nègres.
Les moissons se font à la faucille, et sont battues avec une machine
à manège (ixe de Lotz aîné, de Nantes. Enfin, les blés sont passés
successivement au ventilateur du même constructeur, puis au tarare
de Redourtier, qui donne la qualité marchande. Ceux destinés aux
semences sont terminés au trieur Pernollet.
On voit, par l’énumération rapide que nous venons de faire, que
M. de Suzanne n’a reculé devant aucune dépense pour mettre à pro
fit les progrès incessants de la mécanique agricole, dont on trouve
rait chez lui un musée complet, s’il y joignait un semoir, une ma
chine à moissonner et à faucher et une faneuse à cheval. Et qu’on ne
prenne pas en mauvaise part l’expression de musée dont nous venons
de nous servir, il ne s’agit pas ici d’une collection d’apparat, d’ins
-1htruments propres et coquets et d’une utilité douteuse. Tous les ins
truments que nous avons vus chez M. de Suzanne portent les cica
trices du travail, qui attestent leurs longs et nombreux services.
Les animaux composant le cheptel vivant sont des bœufs pour le
travail, quelques vaches bretonnes, des veaux achetés à l’entrée de
l’hiver pour les revendre au printemps, 40 à 50 cochons et un trou
peau de brebis atteignant souvent le chiffre de 300 têtes.
Les bœufs, quand ils sont mis à la réforme, sont réparés, mais ja
mais poussés à l’engraissement, opération que M. de Suzanne consi
dère comme onéreuse dans les conditions où se trouve son agricul
ture. Le lait des vaches bretonnes est employé à la consommation
du ménage, soit directement, soit à l’état, de beurre, confectionné à
l’aide de la baratte horizontale Girard, et les déchets de laiterie ser
vent avec grand avantage au sevrage des nourrains. M. de Suzanne
regretle le manque de sujets propres à diriger la laiterie sur une
plus grande échelle, car il croit que celte industrie serait profitable,
eu égard aux circonstances où il se trouve placé, et probablement
aussi en raison du développement qu’il a donné à l’éducation de l’es
pèce porcine.
Après plusieurs essais infructueux d’acclimatation, M. de Suzanne
a fini par composer son troupeau avec des brebis du Quercy, servies
par des béliers sans cornes de l’Aveyron, de la grande race. Ce croi
sement a pour but d’agrandir la taille et d’aflîner la laine des pro
duits. Des essais de croisement avec des brebis eharmoises, demisang, se poursuivent aussi. Ce troupeau, composé de 250 à 300 tê
tes, se nourrit pendant la belle saison sur des pâturages semés pour
son usage en lupuline, trèfle blanc, moutarde, navette, etc., et aussi
sur les regains de trèfle. L’hiver, le parcours dans les bois et une légère
ration de trèfle donnée à l’étable suffisent à le maintenir en bon état.
La population porcine se compose de truies du pays que l’on
croise avec un verrat new - leicester. Les produits de ces croise
ments vivent pendant la belle saison exclusivement sur des trèfles en
seconde coupe, et l’hiver on en fait des cochons frais avec des bet
teraves globe jaune et des épis de maïs de rebut. On n’engraisse que
pour les besoins du ménage.
Les fumiers provenant des différentes étables sont réunis dans un
tas isolé, traités d’une manière convenable, et surtout portés sur les
terres aussitôt que ces dernières peuvent les recevoir.
M. de Suzanne suit deux assolements, suivant la nature des ter
rains qu’il cultive. Les uns, ne contenant pas naturellement l’élément
calcaire, avaient été à peu près les seuls cultivés par les anciens
— 75 —
métayers. Ces terrains ont un assolement de quatre ans, commen
çant par une jachère fumée, cultivée partie en racines, partie suivant
la méthode Dezeimeris, en fourrages hâtifs, destinés à être broutés
ou enfouis; la seconde année, ils sont semés en blé ou en avoine,
avec semis de trèfle sur une partie.
La troisième sole est occupée partie par le trèfle, partie par des
labours de jachère auxquels succèdent des semis de fourrages hâtifs
destinés, comme ceux de la première année, à être broutés ou enfouis.
Enfin, la quatrième année le blé ou l’avoine reviennent, avec se
mis de trèfle, sur la partie qui n’en a pas reçu la première année.
Par cette combinaison, le trèfle ne reviendra que tous les huit ans à
la même place, et pendant la même période, la terre aura eu une jachère
d’été suivie de fourrages hâtifs, ce qui est une combinaison avanta
geuse quand on a affaire à des terres négligées depuis long-temps.
Quant aux terres où l’élément calcaire domine, il s’y montre
sous la forme de roches affleurant le sol, qui s’opposent à ce qu’on
y cultive des fourrages à faucher. On y a établi un assolement de
trois ans, composé de blé, maïs et fourrages à pâturer. Le maïs est
fumé à raison de 36,000 kilogrammes de fumier.
Enfin, partout où la profondeur et la nature du sol ont permis
l’introduction de la luzerne, elle a eu lieu. En outre, quelques hec
tares à portée des bâtiments sont réservés pour des semis de maïs et
sorgho, fourrages consommés en vert en été, et pour des choux ca
valiers, comme fourrages d’hiver.
Les terres sauvages que l’on cherche à approprier à la culture,
sont consacrées aux topinambours ou à des semis d’avoine d’hiver
et de printemps. Les topinambours, au moyen des sarclages à la
main, des cultures à la houe à cheval et des buttages au buttoir,
rendent la terre ameublie et nettoyée, outre qu’ils procurent une
récolte en racines qui n’est pas à dédaigner.
M. de Suzanne nous a déclaré qu’il n’avait rien.innové dans la
manière de cultiver ses vignes, mais qu’en laissant cuver sa ven
dange pendant huit jours seulement, il était parvenu à garder son
vin qui, auparavant, s’altérait promptement.
Nous venons de vous exposer comment opère M. de Suzanne.
Voyons maintenant les résultats qu’il obtient :
En 1856, avant qu’il prît la direction de son faire valoir, on ré
coltait en blé.......................................................... 81hectolitres.
En 1861, il en a récolté................................ 304
L’avoine donnait................................................ 31
— 76 —
II a obtenu......................................................... 91hectolitres.
La baillarge rendait.......................................... 16
II en a récolté.................................................... 36
Les v'gnes produisaient.................................. 15 barriques.
Il a rentré........................................
40
Il y a lieu d’ajouter à ces produits :
Sarrazin.............................................................. 25hectolitres.
Maïs.................................................................... 150
dont l’ancienne culture ne donnait à peu près rien.
La comptabilité de Pressac se compose d’un journal, d’un grandlivre et d’un livre de caisse, accompagnés de livres et tableaux auxi
liaires, toutes les lois que le besoin s’en fait sentir ou que le pro
priétaire veut se rendre un compte exact du résultat d’une opération.
Les comptes de bétail se sont soldés en bénéfice en 1861, ainsi
qu’il suit :
Bergerie........................ 1,765 fr. 30 c.
Bouverie........................
650 75
Porcherie...................... 1,405 60
Leur importance totale, qui était de 7,000 fr. environ en capital
en 1856, est portée maintenant à une somme de 18,876 fr., et le
fonds de roulement atteint celle de 26,000 fr.
En résumé, les fonds employés dans l’exploitation de M. de Su
zanne lui ont rendu en 1861 plus de3 0/0, auxquels il est juste d’a
jouter les produits restant en magasin, se composant principale
ment de 140 hectolitres de blé et de 60 barriques de vin, évalués en
tout 7,000 fr., ce qui produirait un revenu total de 6 0/0.
Les terres de M. de Suzanne ne sont encore qu’au début des
améliorations qu’il y a apportées, et nul doute qu’en suivant les
mêmes errements, les récoltes, et par suite le revenu net, n’aillent en
s’accroissant d’année en année, tout en amortissant le capital engagé.
Ce qui a frappé vivement le jury dans la visite qu’il a faite à Pres
sac, c’est le courage et l’énergie du propriétaire, qui dirige tout
par lui-même avec un coup-d’œil sûr et exercé, une saine apprécia
tion de l’état des choses, et que nul obstacle n’arrête si on peut le
vaincre par des moyens raisonnables. M. de Suzanne a trouvé à
peu près un désert : la vue de quelques terres non encore amélio
rées a pu donner au jury la mesure des changements considéra
bles et heureux qu’il a apportés au reste et qui, sur beaucoup de
points, approchent d’une création. Il serait à désirer que beaucoup
de propriétaires, imitant l’exemple de M. de Suzanne, voulussent
— 77 bien consacrer ainsi à l’agriculture, et les connaissances acquises
dans d’autres carrières, et surtout les capitaux, fruits de leur intel
ligente activité ; la production du pays y trouverait un puissant ac
croissement de richesses. Aussi le jury décerne-t-il la médaille d’or
à cet éminent agriculteur.
La tâche du jury se trouverait terminée si nous n’avions à vous
entretenir de la visite que trois de ses membres ont faite à la fermeécole de Lavalade et dont nous allons vous rendre compte (1).
Vous n’avez pas oublié que le jury avait décidé tout d’abord que
cette exploitation ne serait pas admise à concourir pour la prime
d’honneur départementale ; mais comme le directeur de cet établisse
ment , en se mettant sur les rangs, avait envoyé un mémoire très
détaillé accompagné de plans relatifs à son exploitation, nous avons
cru remplir un devoir en nous rendant à cet appel et en vous sou
mettant le résultat de nos impressions.
Il faut, pour apprécier sainement et avec équité les efforts faits à
Lavalade, ne pas perdre de vue que la ferme-école du département
de la Dordogne avait été primitivement établie à Salegourde.
Là les aptitudes diverses des terrains avaient été étudiées, ainsi que
les méthodes à suivre pour en obtenir les meilleurs produits, et des
améliorations avaient été obtenues. Les fumures successives s’étaient
peu à peu incorporées à la terre en la modifiant heureusement. En
un mot, l’étude de la matière première qu’on devait mettre en œuvre
avait été faite et complétée, et il n’y avait plus qu’à suivre la route
qu’une expérience, éclairée par la pratique de plusieurs années, avait
désignée comme la plus profitable.
Un changement de propriétaire a fait perdre au fermier de Sale
gourde tous ces avantages. Bien plus, des intérêts de famille ont
exigé son éloignement pour plusieurs années, et terres et directeur
ont éprouvé un changement radical.
Rien de plus contraire aux véritables intérêts de la ferme-école ne
pouvait arriver.
En effet, si l’agriculture a des principes et des procédés généraux,
elle est aussi et avant tout un art et une science de localité : il y a
long-temps qu’on l’a dit. Aussi les agriculteurs expérimentés et ins
truits ne sont devenus ce qu’ils sont qu’au moyen de la tradition ;
tradition en ce qui concerne les influences climatériques exercées
(1) Cette partie du rapport sur les primes d’honneur départementales n’a
pas été lue à la séance du 8 septembre.
— 78 -
sur le sol et les plantes par les météores particuliers à la localité
où l’on exploite ; tradition au sujet de l’action plus ou moins favo
rable que la composition des terrains exerce sur les plantes qu’on
leur confie; tradition sur la nature de l’influence que les plantes
exercent sur celles qui leur succèdent ; tradition sur la convenance
et l’efficacité des diverses façons données à la terre, suivant l’ordre
que l’on suit et la saison où l’on opère; tradition sur les actions si
diverses des engrais et amendements de toute nature, eu égard à
leurs propriétés physiques et chimiques, comme aussi à celles des
terrains qu’ils sont destinés à fertiliser.
La tradition, pour commencer et progresser avec fruit, a donc
besoin de fixité dans les choses et dans les hommes, et si elle est
utile aux cultivateurs en général, elle est indispensable au directeur
d’une ferme-école, chargé non-seulement de constater les phénomènes
géologiques, météorologiques et agricoles pour en tirer son prolit,
mais encore d’en chercher l’explication pour l’instruction de ses élè
ves. C’est ainsi que les fondateurs de Iloenheim, d’Howflll, de Roville, de Grignon, de Grand-Jouan et autres sont devenus célèbres et
ont fait école, en poursuivant le cours de leurs travaux toujours
sur le même terrain, sans être obligés d’en recommencer à plusieurs
reprises la fatigante étude. C’est donc sous la préoccupation de ces
vérités fondamentales que nous avons visité la ferme-école de Lavalade.
Ce domaine se compose de 135 hectares environ, répartis ainsi
qu’il suit :
2h 77c
Maisons et cours...................... .....................
Jardin, verger et pépinières.........................
5 31
Prés naturels........................ ..........................
8 27'
Fourrages artificiels......................... ............ 12 871
—
annuels........................................
1
51> 31,29
Pâturages permanents..................................
Plantes sarclées.............................................
Topinambours................................................
Jachère cultivée........... .................................
Céréales....... .......................... . ......................
Tabac..............................................................
Vignes.............................................................
Bois taillis.......................................................
Semis de chênes, marronniers, pins, arbres
verts, etc...................................................
9
11
1
7
17
2
8
37
10,
12 |
> 12,15
3)
47 43,44
65
50
23
71
9
74
Total........................................ 134h 82e
•
— 79 —
Les animaux formant le cheptel vivant se composent de :
Chevaux......................................
Taureaux.....................................
Bœufs de travail........................
Vaches de travail........................
—
bretonnes......................
Quatre élèves |
Deux truies., i......................
2
2
6
6
3
g
Total............................
21
Ce n’est pas sans motifs que nous avons rapproché ces deux dé
tails l’un de l’autre. En effet, on y voit que les fourrages de toute
nature et les plantes fourragères occupent ensemble une surface de
quarante-trois hectares environ, qui correspond à un cheptel vivant
équivalent à vingt et une tètes de gros bétail, ce qui fait deux hecta
res pour nourrir une tête. 11 est vrai que la sole des plantes sarclées
doit fournir des pommes de terre pour le personnel de la culture ;
mais, par compensation, nous comptons comme gros bétail trois bre
tonnes qui ne devraient figurer que pour deux dans la consommation.
Cette proportion donne une idée peu favorable de l’état de ferti
lité du sol de Lavalade, et il est vrai que, malgré les efforts qui ont
été faits jusqu’à présent, la couche de terre végétale, qui était d’une
mince épaisseur, ne s’y est guère augmentée.
Nous croyons qu’il faudrait à tout prix sortir de cette mauvaise
situation, et pour cela diminuer d’une manière très notable la sole
des tabacs pour en consacrer une partie à la production des racines
fourragères, qui seraient employées, concurremment avec les topi
nambours, à un engraissement de moutons, si mieux on n’aime re
prendre un troupeau de brebis qui utilisent, mieux que les bêtes à
cornes, de maigres pâturages. Ce serait toutefois à la condition de
prendre les précautions nécessaires pour que la prospérité des bois
n’en soit pas atteinte. 11 résulterait de cette disposition une augmen
tation dans la production du fumier, qui triompherait peu à peu de
la pauvreté des terres en Coteaux, et qui assurerait aux racines four
ragères un développement rémunérateur. 11 y aurait encore une au
tre solution à cette difficulté, ce serait de consacrer à l’acquisition
d’engrais commerciaux le bénéfice de la culture du tabac. Nous re
commandons cette dernière solution aux méditations de M. le sousdirecteur de Lavalade.
La ferme-école n’étant pas mise en concurrence avec d’autres ex
ploitations, nous nous croyons dispensés, sans injustice, d’examiner
80 —
en détail devant vous tous les sujets traités dans le mémoire qui a
été rédigé par M. le sou3-direcleur, et qui n’embrasse pas moins de
vingt-huit pages in-folio, sujets puisés dans la pratique de son ex
ploitation ; mais nous ne pouvons résister au désir de vous soumettre
quelques résultats pratiques, dans l’espoir qu’ils seront écoutés avec
tout l’intérêt qu’ils méritent par nos confrères en agriculture. Ils
prouvent d’ailleurs que Lavalade tient à justifier son titre de fermeécole, et qu’on y possède l’art de faire parler une comptabilité bien
tenue et d’en tirer les renseignements utiles qu’elle renferme.
Prix de la main-d'œuvre. — Bien que l’État alloue une subvention
de 47 centimes par jour et par élève au directeur de la ferme-école,
il résulte du relevé de la comptabilité que, tout compte fait, chaque
élève lui coûte net, tout compris, 83 c. par jour, soit 302 fr. 93 c.
par an, et ce pour n’avoir que des apprentis de seize à vingt ans. Il
en conclut qu’il serait peut-être préférable pour ses intérêts de n'a
voir que des ouvriers expérimentés et choisis.
Il résulte, suivant nous, de ce compte que la main-d’œuvre à Lava
lade absorbe annuellement une somme d’environ 9,000 fr. Le sous-di
recteur fait, en outre, observer que le mobilier de l’école et du mé
nage, qui serait employé d’une manière plus productive s’il était
converti en cheptel vivant, monte à une somme de 7,651 fr. en capital.
Il nous semble qu’à ce compte l’exploitation par des métayers
bien surveillés et bien dirigés serait plus profitable.
Drainage. — Une partie d’un vallon humide a été drainée au moyen
de fossés empierrés d’une profondeur moyenne de 0 m 90°, placés à
13 mètres de distance. Ce drainage, qui a parfaitement réussi, en
augmentant considérablement le produit des récoltes, est revenu à
240 fr. par hectare. Les tabacs occupent aujourd’hui une partie de
ce sol. 11 est bon de faire observer que le collecteur a été laissé à
ciel ouvert.
Moisson. — Nous ayons vu terminer la moisson d’une pièce au
moyen de l’instrument appelé volant, usité dans le Lot-et-Garonne.
Il était parfaitement manœuvré par un élève de troisième année. Nous
croyons pouvoir conclure du travail qui s’est accompli devant nous
que cet instrument est préférable à la faucille, à laquelle il ressem
ble ; qu’il contrarie moins que la faulx les habitudes de nos popula
tions agricoles, et qu’avec lui un homme peut couper vingt ares par
journée de dix heures.
Battage des blés à la machine. — Il résulte des expériences faites
depuis plusieurs années qu’une machine Lotz, à manège, manœuvrée
par quatre bœufs, servie par cinq hommes et cinq femmes, bat, en
— 81 —
moyenne, cinquante hectolitres de froment en dix heures de tra
vail. Le vannage étant fait au tarare et à bras, le prix du battage
d’un hectolitre, prêt à être porté au marché, revient à 57 c. Comme
on estime qu’au fléau le dépiquage revient à 1 fr. 50 c., il y aurait
une économie de 95 c. par hectolitre, tout en ayant égard à l’amor
tissement et à l’intérêt du prix de la machine.
Vinification. — Un fait déjà signalé dans l’exploitation de M. de
Suzanne se répète ici. En décuvant les vins beaucoup plus tôt qu’autrefois et immédiatement après la fermentation tumultueuse, les vins
de Lavalade, qui n’avaient pas de durée, se conservent aussi bien
que les meilleurs vins de la Dordogne.
Cuisson des aliments destinés au bétail. — La cuisson à la vapeur
des fourrages secs se pratique à Lavalade d’une manière commode
et économique au moyen d’un alambic rempli d’eau, scellé sur un
fourneau ; son col est engagé sous la partie inférieure d’une cuve
munie d’un double fond, percé de trous, sur lequel a été déposé le
fourrage haché, composé de moitié paille et moitié foin, de qualité
inférieure. La cuve contient 525 kilogr. de mélange sec, qui, en ab
sorbant 195 kilogr. d’eau, acquiert un poids total de 518 kilogr.;
quatorze heures d’un homme et quatre fagots sont nécessaires pour
hacher et cuire le tout, ce qui, avec 670 grammes de sel, fait monter
à 1 fr. 69 c. la dépense pour main-d’œuvre et combustible ; soit
52 c. par 100 kilogr. En y ajoutant 4 fr. 50 c. pour prix du four
rage mélangé, on arrive à i fr. 82 c. pour prix définitif du quintal
métrique. Or, l’expérience a prouvé qu’à Lavalade trente kilogr. de
mélange sec qui a subi la cuisson nourrit aussi bien un bœuf que
dix-sept kilogr. de foin de première qualité. En estimant le quintal
métrique de ce dernier à 10 fr., celui de qualité inférieure à 6 fr.,
et à 5 fr. celui de la paille, la ration de fourrage sec revient à 1 fr.
70 c., et celle du mélange cuit à 1 fr. 44 c.; d’où résulte une éco
nomie de 26 c. par tête et par jour.
11 est à désirer que des expériences de ce genre se multiplient
dans nos contrées, et que nos confrères veuillent bien nous en faire
connaître le résultat par la voie des Annales.
N’oublions pas de mentionner une collection de plantes usuelles
dessinées et coloriées d’après nature par M. le sous-directeur de La
valade ; elle sera d’un grand secours pour l’instruction des élèves,
lorsque la saison ne permettra pas de faire passer les sujets vivants
sous leurs yeux.
Une branche importante de l’instruction pratique que reçoivent
les élèves nous a paru ne rien laisser à désirer : c’est le jardinage.
6
— 82 —
Les jardins fruitiers et les pépinières sont peuplés des meilleures
espèces d’arbres, gouvernés suivant les méthodes nouvelles et per
fectionnées, et nous ne doutons pas qu’on ne puisse se procurer à La
valade des jardiniers capables, s’ils ont voulu profiter de l’instruction
théorique et pratique qui leur est donnée.
Le rapporteur, P. Coignet,
Propriétaire-agriculteur, ancien officier du génie, à l’Ardimalie,
près Saint-Pierre-de-Ghignac.
Ces pages, aussi remarquables par le style que par l’exposi
tion des faits, renferment de hauts enseignements. Les exemples
qu’elles nous offrent ne seront pas perdus, et l’incontestable
avantage de l’institution des primes d’honneur, qui permet de
placer sous nos yeux de semblables résultats, apparaît dans tout
son éclat.
Avec l’honorable rapporteur on regrettera que les concur
rents n’aient pas été plus nombreux. Ils pouvaient l’être; ils le
seront certainement une autre fois. L’on en aurait même, dès
cette première année, compté davantage si quelques demandes,
arrivées quand la tournée de MM. les jurés était déjà commen
cée, avaient pu être prises en considération. Désormais, tous
ceux qui voudront disputer les prix se seront fait inscrire
au jour fixé, car nul ne voudra plus s’exposer à laisser échap
per la victoire en prenant tardivement la résolution louable de
venir la disputer.
Plus que jamais ces luttes seront glorieuses pour le Périgord
et instructives pour les agriculteurs attentifs et empressés à imi
ter ceux dont les travaux leur auront appris que la fortune
peut s’acquérir aux champs avec autant de certitude et souvent
plus de solidité qu’à la ville. On étudiera en grand les meilleurs
modes d’assainissement et d’assolement des terrains, l’influence
des amendements et fumures, tous les détails de la vie rurale,
le nombre, le poids et la quantité des bestiaux entretenus sur
— 83 —
une superficie donnée, ce point capital, cette pierre de touche
de toute exploitation. Nous avons confiance dans un résultat
positif et prochain, qui ne peut manquer de se produire
dans la Dordogne, pour le plus grand bien du pays, comme il
l’a fait partout où s’est établie la prime d’honneur.
Outre celle-ci, la société, afin de récompenser toute amélio
ration utile, même partielle, avait ouvert des concours pour des
travaux spéciaux. Cette fois encore, l’hésitation de quelques
hommes méritants leur a fait perdre l’occasion de remporter
peut-être les palmes promises, dont quelques-unes, par suite
de déclarations faites après le terme de rigueur, n’ont pu être
décernées. Toutefois, les irrigations et drainages ont valu des
médailles d’argent à deux personnes dont les beaux travaux se
ront , il faut l’espérer, décrits plus tard dans les Annales. La
culture du tabac a donné lieu à une brillante passe-d’armes, et
une distinction spéciale a été la part de notre collègue M. le
docteur Veyssière, président du comice agricole de Vergt, dont
tout le monde connaît l’activité éclairée pour le marnage des
terres.
Des primes étaient aussi réservées à l’enseignement agricole,
et toutes ont été distribuées. Qu’il nous soit permis ici de témoi
gner à ceux qui ont bien voulu nous honorer d’une marque
particulière de sympathie en cette circonstance les sentiments
de profonde gratitude que leur décision spontanée a fait naî
tre en nous. En nous accordant le prix pour les ouvrages utiles
à l’agriculture, publiés dans le courant de l’année précédente,
et en l’élevant d’un degré en notre faveur, de manière à le pla
cer au rang des plus hautes récompenses, le jury d’examen a
été bien au-delà de nos vœux, de nos espérances et de nos mé
rites. En proclamant notre zèle et notre dévouement, deux sen
timents pour notre pays qui font toute notre valeur, il nous a
largement indemnisé de nos peines ; il nous a fait contracte’’ de
- 84 -
nouvelles dettes envers la corporation dont nous sommes, il y a
cinq ans déjà, le trop peu capable interprète. Comment pourronsnous nous acquitter jamais? L’âge est venu, suivi de la fatigue,
de cruels chagrins nous accablent depuis quelque temps, de
sorte que plus la carrière à parcourir s’agrandit devant nous,
plus notre faiblesse augmente. Nous ne pouvons pas nous dissi
muler que notre insuffisance devient chaque jour plus évidente.
A la société désormais il faut quelqu’un de jeune et d’énergique,
ibre d’affaires personnelles, qui n’ait pas été, comme nous,
frappé au cœur par la perte de celui qui, dans sa pensée, de
vait réjouir et illuminer sa vieillesse; qui ne voie pas, morne
et désolé, tomber successivement tous les siens; qui sache,
puisse et veuille être tout à sa grande mission.
L’instant approche donc rapidement où nous devrons léguer
à un autre le poids d’un fardeau maintenant bien lourd pour
nous. Puissions-nous alors, du fond de la retraite où nous vi
vrons enseveli, voir prospérer la contrée qui nous est chère,
où notre nom s’éteindra bientôt peut-être, mais au bien de la
quelle nous serions si heureux d’avoir pu contribuer un peu
avant que s’efface pour jamais, si Dieu le veut ainsi, du milieu
et du souvenir de ceux qui l’habitent, une famille qui depuis des
siècles transportée des rives de la Dordogne aux bords de l’Isle,
n’a jamais cessé, ne cessera jamais jusqu’au dernier instant
d’aimer la terre de ses ancêtres et le sol hospitalier où elle a
trouvé toujours tant de nobles et dignes cœurs.
Des instituteurs ont été mentionnés honorablement pour le
soin qu’ils ont pris de propager les bonnes notions culturales
chez les enfants qui suivent leurs cours. Un abonnement gratuit
d’une année à nos Annales leur a été accordé, afin d’aider à
l’accomplissement de la mission qu’ils se sont donnée : souhai
tons qu’ils trouvent de nombreux imitateurs.
Enfin, les deux élèves de l’école de Lavalade qui ont le mieux
85 —
répondu aux examens de sortie ont reçu des médailles. Ainsi,
la société signale partout le germe du bien, et s’attache avec
soin à en assurer la croissance.
Il nous reste maintenant à rendre compte de la cérémonie
qui a clos les trois concours que nous avons décrits; ce sera le
sujet du chapitre suivant.
Distribution des récompenses aux lauréats.
Toujours de l’eau ! Les brouillards humides qui, dès le matin
du 4 septembre, avaient envahi l’atmosphère, avaient cependant
un instant paru vouloir se dissiper, et tout était prêt vers deux
heures pour la solennité qui devait avoir lieu sur le théâtre
même des expositions. L’estrade était dressée, dominant le cours
de l’Isle, la belle plaine du Petit-Change, le faubourg St-Georges et la promenade toute couverte des richesses de l’agricul
ture, de l’industrie et de l’horticulture; les sièges étaient placés;
les invités arrivaient, quand tout-à-coup la brume a redoublé
d’intensité; de gros nuages noirs se sont formés et ont laissé
échapper de leurs flancs de véritables cataractes.
Au milieu de ce déluge, il a fallu fuir et se réfugier au lycée.
L’asile des sciences était dans son rôle en abritant ainsi des
hommes d’étude qui cherchent à s’instruire et à gagner chaque
jour en savoir, quoiqu’ils ne pensent guère en ce moment au
grec et au latin. On s’était occupé de littérature au collège pen
dant l’année scolaire: on allait, pendant les vacances, y cou
ronner les succès de la vie positive. A chaque chose son tour.
Après les bancs de la rhétorique, la direction de la culture des
champs, les travaux de l’artiste ou les occupations du négociant
et du chef d’atelier, attendent naturellement une très grande
partie des jeunes gens.
— 86 —
L’imprévu d’une installation à faire en quelques minutes, sans
qu’on eût songé préalablement au local oii il fallait l’organiser,
a forcément amené quelque confusion. On a cependant pu im
proviser à la hâte un ensemble assez convenable, dresser une
tribune, placer des bancs ; mais avant que tout ne pût être par
faitement ordonné, le cortège entrait dans la salle, et des siè
ges ont manqué à plusieurs de MM. les jurés, à la grande mor
tification des sociétaires pris au dépourvu. Ce contre-temps
fâcheux a bien certainement moins contrarié ceux qui en ont
été victimes que ceux qui, par une circonstance indépendante
de leur volonté, ont vu leurs hôtes mal placés, et ont pu crain
dre un échec pour le renom si mérité de la bonne hospitalité
périgourdine.
Mais nous sommes sûrs que ce désagrément n’a été pris en
mauvaise part pour nous par aucun de ceux qui en ont souffert,
et qui n’en ont certainement accusé que les circonstances, sans
aucun souvenir fâcheux pour notre cité.
M. le préfet, Mgr.l’évêque, M. Lalande, adjoint, plusieurs
hauts fonctionnaires de l’administration avaient bien voulu par
leur présence rehausser l’éclat de la fête, à laquelle la musique
militaire prêtait par ses accords harmonieux un charme de plus.
A deux heures et demie, la séance ayant été déclarée ouverte,
M. le vicomte de Gremoux, président des deux sociétés d’agri
culture et d’horticulture, a prononcé le discours suivant, où il
a très heureusement fait ressortir l’heureuse influence exercée
sur nos travailleurs par ces associations, dont les bureaux,
joints à une partie des dames patronesses, siégeaient autour de
lui :
Mesdames et Messieurs,
En voyant reparaître et siéger ici en séance solennelle, à un inter
valle de cinq années, cette société agronomique dès longtemps formée
— 87
et grandie au sein de cette ville, quelques personnes se demandent
peut-être ce que sera devenue cette représentante de l’agriculture du
rant tout ce temps écoulé, quel voyage ou quel pèlerinage elle aura
accompli ? Ne semble-t-il pas, en effet, que du jour qu’il survint à
notre institution, déjà éprouvée et mûrie, une jeune et charmante
sœur, permettez-moi ce langage figuré dans une fête de l’agriculture,
qui est celle de l’horticulture aussi, ne semble-t-il pas, dis-je, que du
moment qu’il lui survint cette jeune sœur, si bien, si gracieusement
patroriée d’ailleurs par vous, mesdames, satisfaite et heureuse de
laisser à la cité mère cette fille d’humeur plus sédentaire et unique
ment appliquée à embellir un séjour dont elle ne s’éloigne jamais,
son aînée a cru pouvoir céder à l’attrait d’une vie voyageuse et des
invitations qui l’ont appelée ailleurs ?
Mais ne croyez pas pourtant à des motifs futiles, à des courses
sans objet et sans fruit ; et d’abord lorsqu’ont commencé ses pérégri
nations et sa tournée départementale, plus de trente années de sérieu
ses méditations s’étaient écoulées pour elle; une génération, déjà
passée malheureusement, d’hommes éclairés l’avaient enrichie des
résultats de leurs élaborations. Restait à les répandre et à les faire
goûter ; car tout cela s’était fait jusqu’alors comme à l’insu de nos
cultivateurs, peu disposés dans leur engourdissement, il faut bien
le dire, à ouvrir les yeux à l’expérience, à se laisser initier aux
bonnes méthodes, si l’Initiateur lui-même ne venait frapper à leurs
portes, pour ainsi dire, et pourchasser l’apathie à domicile.
Puis il paraissait dès-lors à l’horizon des signes précurseurs d’une
phase nouvelle pour notre agriculture périgourdine, phase de succès,
de prospérité sans doute, comme nous l’avons dit ailleurs, pour les
vaillants et les intelligents, mais de détresse et de ruine entière pour
les apathiques et les indifférents. Montrer le péril, répandre en hâte
des enseignements plus que jamais nécessaires, produire par sa pré
sence même, dans chacun de nos arrondissements tour à tour, un ré
veil, une excitation des plus urgentes, voilà ce qu’avait à faire la
société. C’est ce qu’elle a tenté effectivement. Il est résulté de ses
efforts, sinon un degré des plus remarquables encore de perfection
nement dans le mode de culture proprement dit, au moins un redou
blement de soins et d’énergiques labeurs donnés à notre sol périgour
din ; c’est bien quelque chose ! et ce vieillard de la fable qui, persua
dant à ses fds que son champ recélait un trésor, obtint ainsi qu’ils
le remuassent si profondément, a toujours passé pour avoir gagné un
point des plus importants en agriculture.
88 —
Enfin, en voyageur long-temps absent qui termine une course labo
rieuse, la société salue avec bonheur sa ville natale et ce théâtre de
nos premières luîtes d’émulation. Elle revient riche d’expérience,
accrue en nombre, ainsi que ne peut manquer de l’être bientôt, dans
un pays comme le nôtre, toute association qui a pour objet un grand
bien à faire et qui a paru déjà quelquefois approcher du but de ses
efforts. Du reste, elle ne se présente pas seule devant vous, vous le
voyez; elle est en bonne et brillante compagnie : l’horticulture a
dressé son pavillon auprès du sien : l’industrie s’est rendue à son ap
pel. Nos prévisions de l’an dernier sont dépassées : nous annoncions,
pource jour, double fête, double exposition, et vous assistez à une triple
solennité, et une triple exposition a envahi et couvert l’étendue entière
de cette vaste et belle place dont quelques compartiments plus ou
moins restreints suffisaient naguère à pareilles occasions que celle de
ce jour.
Tout est en progrès dans ce pays, tout ce qu’on voit ici et d’ici se
modifie ou s’est modifié déjà par d’heureux changements durant ces
cinq années ; et notre société agricole en particulier, achevant sa
grande tournée quinquennale, revient tout autre qu’elle n’était dans
des lieux tout différents de ce qu’elle les avait laissés.
Quel aspect nouveau en effet ne présentent pas pour leur part les
charmants abords de ce site si bien choisi et la cité elle-même qui
nous y accueille si bien ! Ici près s’élève depuis peu un vaste et beau
palais ; là-bas des ponts artistiquement construits, d’élégantes habi
tations, des édifices de destinations diverses couronnent des perspec
tives devenues enchanteresses. A quelques pas de nous, des rues
ouvertes d’hier laissent les regards, autrefois arrêtés par d’informes
masures, pénétrer aujourd’hui jusqu’à l’antique et religieux monument
qu’elles cachaient et auquel la science de nos archéologues comme l’art
de nos architectes ont rendu ses formes et son caractère primitifs ;
la ville entière se renouvelle et se transforme rapidement sous les
auspices d’une administration éclairée et active.
Mais de ce monument grandiose et du ciel où son faîte semble at
teindre, ramenons nos regards sur ces frais paysages et les jardins
riants où règne cette sœur retrouvée aujourd’hui par notre société
voyageuse avec le plus sympathique intérêt et le souvenir toujours
présent des liens primitivement contractés. De là, vous le savez, cette
association des deux concours; de là aussi, pour celui qui vous parle,
l’honneur d’une double présidence de quatre années déjà, honneur
bien grand pour lui, mais qui implique des devoirs de plus en plus
— 89 —
difficiles et délicats. Tant que notre compagne en effet n’en était en
core qu’à ses premiers pas, à ses premiers essais, nos fonctions à son
égard étaient aisées, et dans le grand jour comme celui-ci qui cou
ronne chaque année écoulée, un tribut de quelques simples fleurs,
pour ainsi dire, pouvait, grâce d’ailleurs à votre indulgence, mes
dames, payer sa dette et la mienne. Mais aujourd’hui que le moment
est venu d’une initiation plus complète à cette science des jardins
dont nous abordons le sanctuaire, trop heureux d’avoir pu, sinon vous
guider, au moins vous accompagner jusqu’à la porte du temple, je
dois, en ce qui concerne le tribut annuel en question, laisser désor
mais, je pense, à des mains plus habiles à le préparer, comme à des
mains plus jeunes à l’offrir.
Mûrie bientôt d’ailleurs à l’égal de son aînée, notre jeune institution
va marcher désormais sans obstacle à l’accomplissement pour sa part
de l’intéressante mission de l’horticulture et de sa destinée telle
qu’elle apparaît parfois à l’imagination enchantée.
S’il appartient en effet à notre association agricole de doter le
pays d’un sol fertilisé, premier point à obtenir sans doute, et de
faire en sorte, de progrès en progrès, que nous nous trouvions enfin
dans la terre d’abondance après laquelle nos cultivateurs soupirent
comme Israël, dans le désert, soupirait après Chanaan, n’est-ce pas à
l’horticulture et aux institutions dont les jardins sont le domaine,
d’aspirer à rendre à l’homme déshérité du plus beau de tous, de celui
auquel une voix vénérée faisait allusion devant vous, l’an dernier à
pareil jour avec tant de charme, d’aspirer, dis-je, à lui rendre ce qu’il
a perdu et à faire apparaître au milieu de Chanaan renouvelé le déli
cieux Eden reconquis ?
Mais le temps me presse, je me hâte d’en venir à l’expression de
notre gratitude profonde pour monseigneur, qui a bien voulu céder de
nouveau à nos pressantes invitations et se rendre au sein d’une assem
blée avide de l’entendre.
Nous présentons nos remerciements à M. le préfet, dont la pré
sence vivifiante et la participation à cette solennité secondent si bien
nos efforts.
A notre honorable maire et MM. les membres du conseil municipal,
qui ont si généreusement contribué au vif éclat de cette fête.
De vifs applaudissements ont succédé à ces éloquentes paroles.
M. Coignet a donné ensuite lecture de la première partie du
— 90 —
rapport que nous venons de faire connaître sur le résultat de la
visite de la commission chargée d’examiner les domaines con
courant pour les primes d’honneur.
Enfin, M. le préfet a pris la parole en ces termes :
Messieurs ,
Cette fête est un événement heureux pour notre département. Elle
constate particulièrement, pour la société d’agriculture, sciences et
arts de la Dordogne, un grand succès. L’action de cette société a pris,
depuis quelques années, une autorité et une influence qui expliquent
ce succès et qui promettent à l’avenir de féconds résultats.
Honneur à l’intelligence et au dévouement de cette société, qui n’a
reculé devant aucun obstacle pour faire pénétrer, dans tout le dé
partement, l’idée du progrès, exciter l’émulation, rallier les convic
tions, s’emparer des sympathies et diriger vers le but commun tou
tes les forces vives du pays.
A son appel, les comices se sont relevés, l’horticulture a organisé
ses efforts, et vous voyez avec quel éclat l’industrie s’est levée pour
rivaliser avec ses sœurs, en révélant, elle aussi, dans cette disposi
tion inattendue, ses richesses et sa puissance.
Voyez, messieurs, le chemin que peuvent faire une idée juste et
une impulsion soutenue. Il y a cinq ans à peine que nous inaugu
rions le premier essai de cette association. Aujourd’hui que nous en
voyons le succès, il nous sera permis, en rappelant nos paroles, nos
espérances, nos prévisions, de nous féliciter de n’avoir pas douté du
pays auquel la société d’agriculture faisait un appel si intelligent.
« Le concours départemental, disions-nous, fera le tour du dépar
tement, en mettant successivement sous les yeux de nos cultivateurs
» les plus belles espèces d’animaux, les machines les plus utiles,
» les procédés les plus pratiques ; en signalant tous les efforts, en
» récompensant tous les succès, il laissera partout sur son passage
» des notions positives, des exemples frappants et une émulation
» féconde.
» Le concours départemental s’appliquera avec soin à écarter
» toute appréhension d’une concurrence jalouse. Il se transportera
i> successivement dans les arrondissements, dans les cantons, pour
» associer ses lumières aux lumières des comices cantonaux, pour
» unir ses efforts aux leurs, pour fortifier leur action par l’interven» tion de son influence et de ses ressources. II établira, en un mot,
91 —
» avec ces comices, un concert de volontés, et, au besoin, de sacrifices
•i) tout fraternels. C’est ainsi que la société départementale et les co» mices cantonaux sentiront doubler leurs forces par un mutuel
» appui. »
Eh bien, messieurs, ces prophétiques paroles ne sont-elles pas réa
lisées par le spectacle que nous avons sous les yeux ! Voilà nos riches
ses. Nous pouvons les énumérer avec un juste orgueil. Nos vieilles
races porcine, ovine et bovine sont là, opposant quelquefois l’énergie
de leurs formes primitives au développement acquis par des croise
ments ingénieux, et en tous cas prêtes à entrer en lice dans les con
cours régionaux, avec les races les plus renommées. Les machines
agricoles ne sont plus pour nous de lointaines utopies. La fécon
dité de notre sol n’est pas un don de la nature demeuré stérile en
nos mains : voilà nos productions. Contrées les plus favorisées de
notre France, vos champs, vos vignobles ont ici des émules dont les
produits peuvent prendre place à côté de vos meilleurs, de vos plus
beaux produits. Nos céréales, nos fourrages, nos plantes légumineu
ses peuvent affronter les plus difficiles comparaisons. Nos cultiva
teurs visiteront désormais sans hésitation et sans crainte les grandes
expositions ; ils trouveront partout leurs produits aux places d’honneur.
Je m’arrête, messieurs ; notre exposition a parmi vous des inter
prètes plus compétents que moi. A eux de décrire, avec l’autorité du
savoir et de l’expérience, les progrès accomplis et les conquêtes que
nous devons attendre de l’avenir. Que pourrais-je ajouter aux impres
sions durables que laisseront dans nos souvenirs les savants et pra
tiques discours que vous allez entendre, et surtout le tableau sai
sissant de ces exploitations rurales justement signalées par une heu
reuse innovation dans le programme du concours, comme le modèle
et l’honneur de notre agriculture.
Je ne saurais cependant taire la satisfaction et la reconnaissance
publiques devant l’éclat de cette exhibition de l’industrie, qui dans
notre département se laissait depuis trop longtemps ignorer, et qui
doit avoir désormais sa place dans tous nos concours. Honneur à ceux
qui n’ont pas fléchi devant un scepticisme décourageant ! Dans cette
vieille terre du Périgord, le génie de l’homme est comme la fertilité
du sol : il ne connaît pas de progrès impossible. Il est désormais
démontré que l’agriculture n’a plus le privilège exclusif d’honorer
notre département. L’avenir n’appartient pas moins à son industrie,
dont les éléments variés se manifestent aujourd’hui aux yeux les plus
prévenus, avec un incontestable éclat.
92
Tels sont, messieurs, les résultats de l’appel fait au pays par la société
départementale. Voilà les fruits de l’union, de l’émulation et du travail.
Mais le travail ne vit pas seulement de ses propres efforts. Il s’épui
serait en tentatives isolées, s’il n’était pas protégé et honoré par la
puissance publique. Les nations qui travaillent ont besoin d’être
abritées par la gloire. Le champ du travail est un champ de bataille
où les combattants veulent, eux aussi, être animés par l’amour de la
patrie. N’est-ce pas aux plus glorieuses époques de notre histoire
que les arts, l’agriculture et l’industrie ont pris leur plus grand es
sor? Ces vérités ont frappé tous les grands hommes qui ont gouverné
la France; mais il était réservé à notre dynastie impériale de s’iden
tifier avec elles comme avec tous les plus généreux instincts de la
nation, et de les mettre en lumière par la pratique, par l’exemple et
par la plus incessante protection.
Persévérons donc sous la puissante impulsion de l’Empereur, per
sévérons dans l’union de nos efforts, et faisons que cette œuvre com
mune du souverain et de la nation ne cesse de rapprocher, pour le
bonheur de tous, les classes que la Providence a élevées par la science
de celles auxquelles elle a réservé le noble travail de la terre.
Honorons donc tout ensemble la vie des champs et les travaux
de l’industrie. Aimons surtout cette terre si reconnaissante, si géné ■
reuse. Aimons ses labeurs, ses jouissances calmes et pures, et que ce
jour heureux d’une véritable et bonne fraternité, reste dans nos sou
venirs et conserve dans nos cœurs l’amour du bien avec la persévé
rance, sans laquelle il n’v a pas d’œuvre durable et féconde.
;
Cette allocution du premier magistrat du département, ac
cueillie avec faveur par l’auditoire nombreux qui a vu avec plai
sir l’intérêt profond de l’administration pour des oeuvres utiles,
a été immédiatement suivie de l’appel des lauréats, en commen
çant par ceux de l’agriculture.
Un de MM. les secrétaires a fait connaître les décisions sui
vantes ;
1° AGRICULTURE.
Prime» d’honneur départementale».
Prime d’honneur, médaille d’or.—M. HUOT DE SUZANNE,
pour sa propriété de Pressac, près Thenon.
— 93 —
Seconde prime d’honneur, médaille de vermeil. — M. le
comte de.Damas, pour sa terre d’Hautefort.
Médaille d’argent. —M. Theulier, régisseur de la propriété
de Pouzelande (spécialement comme régisseur).
Médaille d’argent (hors concours). — M. de Lentilhac, di
recteur de la ferme-école de Lavalade.
PRIMES POUR TRAVAUX SPÉCIAUX.
Drainages et irrigations.
Médailles d’argent. —M. Braciiet, président du syndicat de
la vallée du Blâme.
M. Dubois, d’Antoniac, commune de Razac-sur-TIsïe, pour
drainage.
Culture du tabac.
Médaille d’argent (hors section). M. Poignant, contrôleur de
la culture dans les arrondissements de Sarlat et Bergerac, pour
son zèle et son dévouement.
Pi ’imes aux planteurs.
Médaille d’argent. — M. Bastide (Armand), à Gours-de-Pile,
arrondissement de Bergerac.
Médailles de bronze. — M. l’abbé Denevers, curé de Goubjours, arrondissement de Périgueux.
M. Ronteix (Joseph), à Neuvic, arrondissement de Ribérac.
Mentions très honorables. — S. Exc. M. Magne, ministre
sans portefeuille, à Trélissac (Périgueux).
Mme veuve Moulinard , au Grand-Change (Périgueux).
M. Piciiot (Antoine), à Trémolat (Bergerac).
M. Valade (David), à Saint-Gyprien (Sarlat).
M. de Bousquet, à Montanceix, commune de Mont rem (Pé
rigueux).
— 94| -
Mentions honorables. — M. de Presles , à Cherveix (Péri
gueux).
M. Vincent (Pierre), à Lalinde (Bergerac).
M. Lambertie, maire d’Eyliac (Périgueux).
M. de Melet (Charles), à Neuvic (Ribérac).
M. Dubois (Pierre), à Saint-Léon-sur-l’Isle (Périgueux).
Marnage et emploi des amendements calcaires.
Médaille d’argent. — M. le docteur Veyssière, à Saint-Paulde-Serre.
HORS CLASSE.
Médaille d’or. — M. de Lamothe, secrétaire de la société,
pour la publication des Annales agricoles et en témoignage de
gratitude pour son zèle et son dévouement.
Récompenses aux instituteurs primaires pour propagation de
l’enseignement agricole.
Mentions honorables avec abonnement gratuit d’un an aux
Annales. — M. Bord , instituteur à Lisle.
M. Chassaing, instituteur à Vergt.
Récompenses aux élèves sortis avec les premiers numéros
de la ferme-école de Lavalade.
Médaille d’argent. — M. Grangier , qui a obtenu le n° 1
dans le classement de mérite.
Médaille de bronze. — M. Barrichon, qui a obtenu le n° 2
dans le même classement.
Primes aux exposants du concours.
Médaille d’or de l’Empereur pour l’exposition la plus re
marquable du concours. — M. MONTAGUT, de Marsac, près
Périgueux.
95 —
Avant que l’on passât à la première division de l’exposition,
M. Ringuet, vétérinaire à Belvès, a présenté les considérations
que l’on va lire sur les animaux de l’espèce bovine amenés au
concours :
La section du jury des animaux pour l’espèce bovine constate avec
bonheur la richesse de cette partie du concours, tant sous le rapport
du nombre que sous le rapport de la beauté de la plupart des pro
duits exposés. Laissant bien loin derrière lui le concours régional de
1855, le concours départemental d’aujourd’hui peut être comparé
sans crainte, eu égard à la partie qui nous occupait, aux exhibitions
régionales de l’année, et, si l’exposition bovine s’est montrée faible
en quelques points, c’est principalement au point de vue des animaux
étrangers. Ne nous effrayons pas, messieurs, de ce résultat; si
l’exhibition des taureaux étrangers était maigre, il faut aussi le pro
clamer bien haut à la louange de nos éleveurs, l’exposition des
taureaux indigènes était vraiment remarquable, surtout en ce qui
concerne la race limousine. Pour quiconque s’occupe tant soit peu
sérieusement des études zootechniques, il est évident, messieurs, que
la race limousine, la race agenaise et la race garonnaise ne forment
qu’une seule et même race, aux caractères parfaitement tranchés,
avec quelques variétés peu importantes, et lesquelles sont dues exclu
sivement, du reste, à quelques conditions inhérentes aux localités.
La richesse du concours des taureaux, en fait d’animaux indigènes,
nous prouve que les éleveurs savent maintenant, éclairés qu’ils sont
par l’expérience, quelle est la véritable voie à suivre pour l’amélio
ration de nos races.
Nous ne craignons pas de le proclamer bien haut, ce n’est pas
dans le croisement immédiat avec les animaux étrangers que nous
pouvons espérer de perfectionner nos races bovines, mais c’est bien
plutôt par l’amélioration delà nourriture d’abord, par la sélection
dans les accouplements ensuite, que nous pouvons espérer d’arriver
à des résultats certains ; les exemples ne manquent pas à l’appui de
celte manière de voir : c’est l’alimentation, la sélection et la consan
guinité qui ont permis aux Backyvel, aux Colling, aux Jonas Webb
de créer ces races anglaises qui excitent si haut notre admiration ;
c’est cette même méthode qui a permis, combinée avec des condi
tions hygiéniques, différentes toutefois, de créer, en Angleterre, le
cheval de course, si énergique, si rapide en France ; les mêmes moyens
— 96 —
ont permis d’améliorer la race charolaise de manière à ce que les
animaux de cette race viennent rivaliser les durham dans les con
cours ; d’améliorer la race gasconne, de manière à ce que les animaux
de cette race, considérés jusqu’ici comme mauvais pour l’engraisse
ment, puissent s’engraisser aujourd’hui facilement, tout en conser
vant une-aptitude suffisante pour le travail. Honneur, messieurs, à
ces agriculteurs intelligents qui n’ont pas ciu devoir accepter les
errements du passé. Que nos éleveurs suivent donc cette voie, la
seule bonne, susceptible de donner des résultats certains dans notre
état agricole actuel, et nous verrons bientôt, sous l’influence de ces
procédés zootechniques, la race limousine, qui menaçait de se perdre,
rivaliser avec nos meilleures races de boucherie, sans cesser pour
cela de rester travailleuse.
Loin de nous cependant la pensée de rejeter toute idée de croise
ment d’une manière absolue ; mais nous ne les croirons définitive
ment utiles que lorsque nos races indigènes, suffisamment améliorées,
se rapprocheront le plus possible du type améliorateur à introduire.
La distribution des primes aux vainqueurs de la section a été
faite dans l’ordre ci-après :
Première division. — Animaux.
Pi•ix d’honneur de la série.
Médaille d’or. — M. de Galard de Béarn , à Connezac, près
Mareuil, pour la vache n° 58, de race limousine.
Second prix d’honneur de la série.
Médaille de vermeil. — M. le vicomte de Segonzac , à Segonzac, pour l’ensemble de son exposition.
PREMIÈRE CLASSE. — ESPÈCE BOVINE.
première section. — Races de travail pures ou croisées
entre elles.
Taureaux d’un an & deux ans.
Premier prix, médaille d’argent et 150 fr. — M. de Pres-
F
- 97 —
à Cherveix, pour le taureau n° 4 de race limousine, âgé
de 14 mois.
Deuxième prix, médaille de bronze et 120 fr. —M. de Len
tilhac, directeur de la ferme-école de Lavalade, pour le tau
reau garonnais-limousin n° 1, âgé de 17 mois.
Troisième prix, médaille de bronze et 100 fr. — M. Joly, à
Génis, pour le taureau limousin n° 3, âgé de 15 mois 1/2.
Quatrième prix, médaille de bronze. — M. le comte de Da
mas, à Hautefort, pour le taureau n°2, limousin, âgé de 16 mois.
les,
Taureaux de deux ans et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 150 fr. —M. le marquis de
Saint-Aulaire, aux Limagnes, près Thiviers, pour le taureau
n° 15, garonnais-limousin.
Deuxième prix, médaille de bronze et 100 fr. —M. Reydy,
à Périgueux, pour le taureau n° 11, limousin, âgé de 3 ans.
Troisième prix, médaille de bronze et 100 fr. —M. Du
rand de Gorbiac, à Bergerac, pour le taureau n° 14, garonnaislimousin, âgé de 27 mois.
Quatrième prix, médaille de bronze. — M. de Valbrune, à
Saint-Astier, pour le taureau n° 7, limousin, âgé de 2 ans.
Mention honorable..— M. Reydy, précité, pour le taureau
n° 13, limousin, âgé de 2 ans.
Génisses d’un an à trois ans.
Premier prix, médaille d’argent et 120 fr. — M. de Larigénisse n° 21, garonnaise-limousine, âgée de 24 mois.
Deuxième prix, médaille debronze et 100 fr. —M. le comte
de Damas, précité, pour la génisse n° 22, limousine, âgée de 26
28 mois.
Troisième prix, médaille de bronze et 80 fr. —M. de Ga7
vière, à Saint-Médard-de-Mussidan, pour la
— 98. —
lard de Béarn, précité, pour la génisse n°2S, de race limousine.
Quatrième prix, médaille de bronze et 60 /r. — M. de Presles, précité, pour la génisse n° 29, limousine, âgée de 16 mois.
Vaches pleines ou à lait de trois ans et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 120 fr. — M. de Galard
pour la vache n° S8 (prix d’honneur de la
série), limousine.
Deuxième prix, médaille de bronze et 100 fr. —M. le comte
de Damas, précité, pour la vache n° 47, limousine, suitée, âgée
de 4 à 5 ans.
Troisième prix, médaille de bronze et 80 /?.—M. Lagorce,
à Cherveix, pour la vache n° 36, limousine, suitée, âgée de 4
ans.
Quatrième prix, médaille de bronze et 60 /r. — M. Lafforest, de Salegourde, près Périgueux, pour la vache n° 42,
garonnaise-bazadaise, âgée de 6 ans.
Cinquième prix, médaille de bronze et 40 fr. —M. Gui
chard, colon de M. Dubois, à Bazac-sur-l’Isle, pour la vache n°
32, limousine, suitée, âgée de 6 ans.
Mentions honorables. — M. le comte de Damas , précité,
pour la vache n° 48, limousine, suitée, âgée de 4 à S ans.
M. le marquis de Fayolle, à Tocane-Saint-Àpre, pour la va
che n° 39, garonnaise, suitée, âgée de 7 ans.
de Béarn, précité,
deuxième section. — Races laitières ou de boucherie.
Taureaux d’un an à deux ans.
Deuxième prix, médaille de bronze et 100 fr. —M. le
comte de Damas, précité, pour le taureau n° 62, de race hollan
daise, âgé de 14 mois.
Troisième prix, médaille de bronze et 90 fr. —M. Durand
— 99 —
de Corbiac, précité, pour le taureau n° 63, de race hollandaise,
âgé de 17 mois.
Taureaux de deux ans et au-dessus.
Deuxièmeprix, médaille de bronze et 100 /r. — M. le vidurham, âgé de 25 mois.
comte de Segonzac, précité, pour le taureau n° 65, de race
Génisses d’un an à deux ans.
Premier prix, médaille d’argent et 80 fr. — M. le vicomte
de Segonzac, précité, pour la génisse n° 74, durham-limousine,
âgée de 2 ans.
Deuxièmeprix, médaille de bronze 70 fr. —M. de Galard
de Béarn, précité, pour la génisse n° 70, de race hollandaise.
Troisième prix, médaille de bronze et 60 fr. — M. le mar
quis de Fayolle, précité, pour la génisse n° 72, durham-garonnaise, âgée de 25 mois.
Quatrième prix, médaille de bronze et 40 fr. — Mme veuve
Noirit et à M. le docteur Guilbert , son gendre, pour la gé
nisse n° 73, hollandaise, âgée de 18 mois.
Vaches pleines ou à lait de trois ans et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 80 fr. — M. Montagut,
précité, pour la vache n° 117, durliam suitée, âgée de 8 ans.
Deuxième prix, médaille de bronze et 70 fr. — M. Gagnerie, colon de M. Pichon, jugea Périgueux, pour la vachen°84,
bordelaise, âgée de 8 ans.
Troisième prix, médaille de bronze et 60 fr. —M. de Valbrune, précité, pour la vache n° 94, suitée, de race hollandaise.
Quatrième prix, médaille de bronze et 40 fr. — M. Dugenet, à Mialet, pour la vache n° 83, parthenaise-limousine, âgée
de 4 ans.
— 100 —
Cinquième prix, médaille de bronze et 30 fr. —M. Raymond
Finet, au Petit-Change, près Périgueux, pour la vache n° 86,
gâtinaise suitée, âgée de 8 ans.
Sixième prix, médaille de bronze et 26 fr. — M. l’abbé
Terrible, curé de Prigonricux, pour la vache n° 78, croisée hol
landaise, âgée de trois ans.
Septième prix, médaille de bronze et 20 fr. — M. Girot ,
colon de M. Labat, à Périgueux, pour la vache n°81/gâlinaise, âgée de 9 ans.
Huitième prix, médaille de bronze.—M. Dümonteil (Henri),
colon de M. le vicomte de Gremoux, à Périgueux, pour la vache
n° 119, âgée de 6 ans.
M. Pauly, vétérinaire à Périgueux, a pris alors la parole au
sujet des espèces ovine et porcine et des animaux de bassecour :
A côté des animaux de l’espèce bovine, qui, sous le double rapport
du travail qu’ils nous fournissent d’abord et de la prodigieuse quan
tité de viande qu’ils nous donnent ensuite, occupent naturellement
le premier rang au concours, viennent se placer dans leur ordre de
mérite :
1° Les animaux de l’espèce ovine;
2° Ceux de l’espèce porcine;
3° Enfin, les gallinacées ou animaux de basse-cour, qui méritent
aussi, et à tous égards, des encouragements par le rôle important
qu’ils jouent dans nos contrées...... nous pourrions dire dans tous
les pays....
La section du jury chargée de l'examen de ces trois sortes d’ani
maux a été en général satisfaite, tant par le nombre des produits
exposés que par la variété et les incontestables qualités de quelquesuns de ces reproducteurs.
L’espèce ovine était admirablement représentée par de beaux bé
liers southdown purs ou croisés. Le jury a particulièrement remar
qué quelques produits de celte race anglaise avec nos brebis du pays;
ces métis sont en effet magnifiques et pleins d’avenir. Nous pensons
- 101 —
que les encouragements ne doivent pas faire défaut pour favoriser
l’introduction et l’acclimatation de ces béliers anglais, que le croise
ment avec nos races indigènes doit être préconisé et pratiqué sur la
plus grande échelle possible dans notre département, particulière
ment dans les contrées riches en fourrages et où l’agriculture a fait
déjà de véritables progrès.
Quoique les southdown exigent de grands soins pour être acclimatés
dans nos pays, car ils semblent, en vérité, qu’ils soient le propre du
sol qui les a vus naître, nos éleveurs ne doivent pas reculer devant les
sacrifices qu’il faut faire pour arriver à ce résultat. Plus tard, à la
suite de quelques croisements judicieux et bien compris avec nos
plus belles femelles indigènes, dans un temps qui n’est probablement
pas très éloigné de nous, ils se trouveront largement indemnisés des
dépenses faites dans un aussi noble but.
Le southdôwn n’est-il pas, en effet, très précoce? Ne fournit-il
pas une bonne laine, et ne livre-t-il pas à la consommation une grande
quantité de viande d’excellente qualité? Et toutes ces ressources ne
sont-elles pas dignes des plus belles récompenses?
La race soyeuse Mauchamp, créée par M. Graux, de Mauchamp,
département de l’Aisne, si renommé par sa laine, répandue mainte
nant en France par les efforts de cet agronome et de M. Yvart, était
mal représentée dans ce concours par un lot de chétifs sujets auxquels
le jury n’a pas même jugé convenable de décerner une mention.
Rendons hommage, néanmoins, au propriétaire courageux qui a
entrepris la tâche, difficile sans doute, de fixer dans le Périgord cette
belle et intéressante race, précieuse sous le rapport de la laine qu’elle
nous procure et qui est une nouvelle source de richesse pour notre
patrie.
Un échantillon de cette laine, prise sur la toison même de ces
animaux, figurait au concours.
Le jury en a admiré le soyeux et la finesse, et lui a accordé une
mention honorable spéciale.
L’espèce porcine avait en général de bons produits et très beaux et
bons reproducteurs dans les deux sexes. Les mâles de la race du Pé
rigord manquaient presque complètement; il n’y avait que deux
verrats de cette race, bien loin d’être parfaits; le jury ne les a jugés
dignes, ni l’un ni l’autre, du premier prix, aussi a-t il retiré celui-ci
pour donner à l’un le deuxième prix, et à l'aulre le troisième.
En revanche, les femelles pleines ou suilccs du Périgord étaient
nombreuses, belles, d’un grand avenir, paraissant parfaitement aptes
— 102 —
aux croisements avec les races anglaises, si on en juge par les nom
breux produits qu’on a remarqués à cette exhibition et qui nous ont
paru très bien réussis.
Les truies périgourdines ont été bien récompensées et largement
rétribuées. (Le premier prix réservé aux mâles, et qui lui a été re
tiré, a été reporté sur les femelles.) Cette race est vraiment très im
portante, elle est digne de la plus sérieuse attention, car elle est
malléable, très rustique, assez précoce et parfaitement disposée à su
bir les croisements avec les races anglaises qui lui donneront la pré
cocité qui lui manque et la rendront moins exigeante pour l’alimen
tation.
Les races porcines anglaises avaient de brillants spécimens, par
faits de formes, magnifiques d’aptitudes. Ces animaux semblent
vouloir désormais s’acclimater assez bien dans nos contrées. Nous les
croyons aptes à nous donner d’excellents produits par leur croise
ment avec notre race du pays. Les métis ont fait, du reste, leur preuve
au concours ; le jury les croit très bien doués.
L’anglo-périgourdine et l’anglo-poitevine offraient quelques beaux
reproducteurs qui ont été bien récompensés.
Les volailles étaient bien représentées par de beaux coqs et de ma
gnifiques poules brahma. Les crève-cœur étaient rares.
Des pintades blanches avec leurs poussins, des faisans argentés,
des poules-perdrix, des pigeons magnifiques, un beau lot de canards
blancs du nord, des dindes du Mexique du plus rare plumage, etc.,
ont attiré d’une manière toute particulière l’attention du jury, qui
aurait voulu pouvoir accorder des récompenses à tous ces produits
dignes de notre sollicitude et d’une bienveillante appréciation.
Voici les noms des personnes récompensées :
DEUXIÈME CLASSE. — ESPÈCE OVINE-
première section. — Races étrangères pures ou croisées.
Mâles d’un an et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 80 fr. — M. de Pindray
d’ÀMBELLE, pour le bélier n° 124, soutlidown-poitevin, âgé de
17 mois.
103 —
Deuxième prix, médaille de bronze et 60 fr. — M. le vi
comte de Segonzac, précité, pour le n° 129, southdown, âgé de
4 ans.
Troisième prix, médaille de bronze et 50 fr. — M. Montagut, précité, pour le n° 126, down-cotswold, âgé de 16 mois.
Quatrième prix, médaille de bronze et M>fr.—M; Coignet, à
Lardimalie, près Saint-Pierre-de-Chignac, pour le n° 128, downcotswold, âgé de 29 mois 1/2.
Mention honorable. — M. Vië, à Bergerac, pour le n° 130,
anglais croisé, âgé de 20 mois.
Femelles d’un an et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 60 fr. —M. Montagut,
précité, pour le n° 134, down-costwold périgourdines, âgées de
3 ans.
Deuxième prix, médaille de bronze et 50 fr. — M. Desciiamps, à Razac-sur-l’Isle, sous le n° 133, anglo-périgourdines
suitées.
Troisième prix, médaille de bronze et 40 /r. — M. le vi
comte de Segonzac, précité, pour le n° 136, southdown-périgourdines, 1 an et au-dessus.
deuxième section. — Races françaises pures ou croisées
entre elles.
Mâles d’un an et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 60 fr, — M. Huot de Su
prime d’honneur départementale), pour le
bélier 141, charmois-quercy-aveyronnais, âgé d’un an.
Deuxièmeprix, médaille de bronze et 50 fr. —Femme Ra
vine, à Puyrosé, commune de Champcevinel, pour le n° 140,
croisé, âgé de 2 ans.
zanne (lauréat de la
a
— 104 -
Le troisième prix n’a pas été décerné et a été reporté sur la
première section.
Femelles.
Premier prix, médaille d’argent et 50 fr. — M. le vicomte
de Segonzac, précité, pour le lot n’ 145, charmoises-périgourdines, 1 an et au-dessus.
Deuxième prix, médaille de bronze et 40 /r. — M. Huot de
Suzanne, précité, pour le n° 142, aveyronnaises-quercy, âgées
de 4 ans.
Troisième prix, médaille de bronze et 30 fr. — Mme veuve
Noirit et docteur Guilbert, précités, pour périgourdines suitées.
Mention honorable, spèciale pour la laine.—M. Rongiéras,
à Ladouze, race mauchamp.
TROISIÈME CLASSE. — ESPÈCE PORCINE.
première section. — Race du Périgord.
Mâles de 8 mois et au-dessus.
Deuxième prix, médaille de bronze et 70 fr. — M. Maurinat,
colon de M. Brouiliiet, au Grand-Change, pour le n° 151, âgé
de 2 ans et demi.
Troisième prix, médaille de bronze et 50 /r. — M. Desvaux,
colon de M. Labat , à Ghâteau-l’Evêque, pour le n° 149, âgé
de 2 ans.
Truies pleines ou suitées.
Premier prix, médaille d’argent et 10 fr. —M. Lafforest,
à Chercuzac, près Périgueux, pour la truie suitée n° 156.
Deuxième prix, médaille de bronze et 60 fr. — M. Laffo
rest , à Salegourde, pour la truie n° 157.
Troisième prix, médaille de bronze et 50 fr. —M. le baron
de Royère , à Saint-Laurent-sur-Manoire, pour la truie suitée
n°161.
— 105 —
Quatrième prix, médaille de bronze cZ 30 fr. — M. Choüry,
colon' ’de M. Sagnac, à Champcevinel, pour la truie suitée n°
165, âgée de 2 ans.
Cinquième prix, médaille de bronze et 25 fr. — M. Ray
mond, à Razac-sur-l’Isle, pour la truie n°166, âgée de 2 ans.
Sixième prix, médaille de bronze ellS fr. — M. Lambert,
colon de M. le vicomte de Cremoux, à Champcevinel, pour la
truie suitée n° 162, âgée de 16 mois.
Septième prix, médaille de bronze. — M. Lajugie, régisseur
de Mme Briffault, à Ladouze, pour la truie suitée n° 163, âgée
de 3 ans.
deuxième section. — lîaces étrangères pures ou croisées
entre elles.
Mâles de 8 mois et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 80 /?. — M. Huot de
Suzanne, précité, pour le verrat n° 167 de race middlesex, âgé
de 17 mois.
Deuxième prix, médaille de bronze et 70 fr. — M. Monta.gut, précité,, pour le verrat n° 170, ncw-leicester de 30 mois.
Troisième prix, médaille de bronze et 50 fr. —■' M. Laffo
rest, de Salegourde, précité, pour le verrat n° 171, leicester de
15 mois.
Mention honorable. — M. le vicomte de Segonzac, précité,
pour le verrat n° 170, new-leicester de 4 ans et 2 mois.
Mention honorable avec médaille de bronze (hors concours).
— Le comice de Saint-Astier, pour le verrat anglais qu’il a
exposé.
Truies pleines ou suitées.
Premier prix, médaille d’argent et 70 fr. — M. Lafforest,
dé Salegourde, précité, pour le n° 174, leicester de 15 mois.
— 106 —
Deuxième prix, médaille-de bronze et 60 /?. — M. Monta
gut, précité, pour le n° 176, leicester, suitée, âgée de 15 mois.
Troisième prix, médaille de bronze et 50 fr. — M. Vergnaud, de Mensignac, pour le n° 173, anglaise suitée.
Mention honorable. — M. Barnabé , colon de M. Bichon ,
pour le n° 180, anglaise suitée,-âgée de 26 mois.
troisième section. — Race anglo-perigourdine.
Mâles de 8 mois et au-dessus.
Premier prix, médaille d’argent et 60 fr. — M. Groliiier,
à Nontron, pour le verrat n° 183, âgé de 20 mois.
Deuxième prix, médaille de bronze et 30 fr. — M. le mar
quis de Fayolle, précité, pour le verrat n° 181, âgé de 30 mois.
Femelles pleines ou suitées.
Premier prix, médaille d’argent et 50 /ir. — M. Aumassip ,
boucher à Périgueux, pour la truie suitée n° 186.
Deuxième prix, médaille de bronze et 40 fr. — M. de Lentiliiac, précité, pour la truie n° 185, âgée de 18 mois.
ANIMAUX DE BASSE-COUR.
Volailles.
Médaille d’argent. — M. DeschAmps, à Razac-sur-l’Isle, pré
cité, pour le n° 189, coq et poules brahma-poutra.
Médaille de bronze. — Mme veuve Noirit et docteur Guildert, précités, pour le n° 215, coq et poules bralima et poules
croisées.
Médaille de bronze à M. Périer, serrurier-mécanicien à Pé
rigueux, pour le lot n° 199, canards normands blancs.
Médaille de bronze. — M. de Lentiliiac, précité, pour le n°
200, dindons du Mexique.
— 107
Médaille de bronze. — M. le marquis de Fayolle, précité,
pour le n° 211, pintades blanches et leurs poussins.
Médaille de bronze au même, pourlen°213, faisans argentés.
Mention honorable au même, pour le n° 208, coq et poules
brahma-poutra.
Mention honorable. — M. Duclos, aubergiste, faubourg StGeorges, à Périgueux, pour le n° 223.
Mention honorable. — Mme la comtesse de TouciieboeufBeaumond, à Périgueux, pour coq et poules n° 222.
Mention honorable. — M. le vicomte de Segonzac, précité,
pour le lot n° 218, coq et poules brahma-poutra.
Mention honorable. — M. Privât, employé à la mairie de
Périgueux, pour le n° 198, coq et poules brahma-padoue.
Mention honorable. —M. Deschamps, précité, pour le n°190,
coq et poules padoue croisés.
Mention honorable. — M. Privât, précité, pour le n° 197 ,
coq et poules padoue.
CLASSE SUPPLÉMENTAIRE.
première division. — Attelages de labour.
(Néant.)
deuxième division, — Animaux gras, sans distinction d’âge
ni de race.
Bœufs.
Premier prix, médaille d’argent et 70 fr. — M. Montagut,
précité, pour le n° 233, durham-garonnais de 30 mois.
Deuxième prix, médaille de bronze et 50 /r. — M. le comte
de Monferrand, à Monréal, commune d’Issac, pour le n° 235.
Mention honorable. — M. Dumas (Émile), à Montrem, pour
le n° 240.
1
_ 108 —
Vaches.
Prix unique, médaille d’argent et 80 fr. — M. Montagct,
précité, pour le numéro 842.
Moutons.
Premier prix, médaille d’argent et 40 fr. — M. le vicomte
de Segonzac, pour le n° 242 bis.
Porcs.
Premier prix, médaille d’argent et 40 fr. ■— M. Michel,
boulanger a Périgueux, pour le porc anglo-périgourdin, âgé de
11 mois, n° 244.
Deuxième prix, médaille de bronze et 30 fr. — M. Monta gut, précité, pour le porc new-leicester, âgé de 9 mois et demi,
n° 248.
Troisième prix, médaille de bronze et 20 /r. — M. Joannem,
fermier de M. le comte de Bardes, commune d’Antonne, pour
la truie tonquine grasse, n° 243.
Qu’a pensé le jury du mérite des instruments et machines
agricoles présentés? La note suivante de M. A. de Bellussière
va nous l’apprendre :
La commission chargée d’examiner les machines agricoles a pris en
considération le prix auquel elles étaient cotées, c’est-à-dire entre
plusieurs machines travaillant également bien, elle a donné la pré
férence à celle dont le prix était le plus réduit. Trente-trois cons
tructeurs se sont présentés ayant une collection plus ou moins nom
breuse. Toutes ont été examinées avec soin et essayées autant que
possible.
Plusieurs batteuses ont été exposées. Celle de Pinet a obtenu le
premier prix. Il est inutile de la décrire, tout le monde la connaît.
Celle de Lassagne, de Lanouaille, fonctionnerait assez bien si elle
brisait moins la paille. Néanmoins, elle a obtenu le second prix.
— 109 —
Celle de Passedoit venait ensuite et n’a pu fonctionner qu’à l’aide
de trois paires de bœufs , ce qui augmente par trop le prix de re
vient. D’autres ont été présentées par Fantouillet, de Périgueux ;
Fourgean, de Ribérac ; Pialou, d’Agen. Ces machines ont assez bien
fonctionné, mais elles sont insuffisantes, comme ne faisant pas assez
de travail dans la journée.
11 a été présenté une assez grande quantité de charrues système
Dombasle modifié. Plusieurs ont été essayées, même une charrue
à timon raide, qui a prouvé encore une fois que ce système est mau
vais comme faisant un mauvais labour et fatigant davantage les bœufs.
La meilleure collection était celle de Perrier, constructeur à Péri
gueux ; elle a obtenu le premier prix. Après elle, venait celle de
Conniêre aîné, de Périgueux; celle de Reignier venait ensuite.
H. Clamagéran, de Sainte-Foi, a obtenu une médaille de vermeil pour
sa collection d’instruments, notamment pour soi) appareil de cuisson
simultanée, sa charrue vigneronne et sa charrue bêcheuse. M. Des
port aîné, de Nontron, a obtenu une médaille de bronze pour sa col
lection. Mme veuve Mothes, de Bordeaux, a obtenu une médaille d’ar
gent pour sa collection d’instruments.
M. Darnis, de Terrasson, avait aussi une belle collection; il lui a
été décerné une mention honorable.
MM. le marquis de Malet, de Puycharnaud, et Dubourdieu, de
Thiviers, ont obtenu chacun une médaille de bronze polir leurs
tuyaux de drainage.
M. Feytaud, de Chàteau-l’Evêque, avait exposé trois ruches arti
culées qui lui ont valu une médaille de bronze. La commission a re
gretté de ne voir à l’exposition ni machines à faucher, ni machines à
moissonner..
Location de machines à battre : M. Loubignac, de Bourdeilles, a
obtenu le premier prix; M. Félix François, de Razac-sur-l’Isle, le
second, et M. Fantouillet le troisième.
En consé4uence, ont obtenu :
Deuxième division. — Instruments et machines
agricoles.
Médaille de vermeil. — M. Clamagéran, à la Lambertie,
près Sainte-Foy (Gironde), pour son appareil de cuisson simul
tanée.
110 —
première classe. — Collections présentées par les fabricants.
Premier prix, médaille d’argent et 10 fr. — M. Périer, fa
bricant à Périgueux, pour charrues système Dombasle, herses,
houes à cheval, égrainoir à maïs et tarare.
Deuxième prix, médaille de bronze et S0 fr. — M. Connière, fabricant à Périgueux, pour sa collection.
Troisième prix, médaille de bronze et 40 fr. — M. Reynier,
fabricant à Périgueux, pour l’ensemble de son exposition.
Quatrième prix, médaille de bronze. — M. Desport, fabri
cant à Nontron, pour l’ensemble de son exposition.
Le jury accorde-en outre, au contre-maître de M. Desport,
une mention honorable et 20 fr.
Mention honorable. — M. Darnis , fabricant à Terrasson ,
pour l’ensemble de sa collection.
deuxième classe. — Collections présentées par les agriculteurs.
(Néant.)
Faucheuses, moissonneuses, faneuses et autres instruments
du même ordre.
(Néant.)
Instruments pour la culture de la vigne et pour la fabrication
du vin.
F Médaille de bronze. — M. Clamageran, précité, pour sa
charrue vigneronne.
Spécialité d’instruments divers.
Médaille d’argent. — M. Pinet, fabricant à Abilly (Indre-etLoire), représenté par M. Duqueyroix-Lagrange, à Limoges,
pour sa machine à battre.
111
Médaille d’argent. — Mme veuve Mothes, à Bordeaux, pour
son égrainoir à maïs.
Médaille de bronze. — M. Lassagne, à Lanouaille, pour sa
machine à battre.
Médaille de bronze. — M. Delon, au Puy-Lagerac, com
mune de Châlus (Haute-Vienne), pour son appareil à cuire.
Médaille de bronze. — M. Ducourdieü aîné, fabricant à Thi
viers, pour ses tuyaux de drainage.
Médaille de bronze. — M. le marquis de Malet, au château
de Puycharnaud, canton de Bussière-Badil, pour ses tuyaux
de drainage.
Médaille de bronze. — M. Feytaud, à Château-1’Évêque,
pour ses ruches perfectionnées.
Location de machines à battre.
Premier prix et 50 /r. — M. Loubignac, à Bourdeilles.
Deuxième prix et 30 /?. — M. Félix, à Razac-sur-l’Isle.
Mention honorable. — M. Fantoulier, à Périgueux.
Enfin, M. le baron du Cluzeau de Clérant a émis l’apprécia
tion suivante des produits divers de la culture :
Messieurs ,
Votre commission des produits divers a été péniblement impres
sionnée à la vue du petit nombre et du peu de variété des produits
agricoles exposés : le maïs, les récoltes racines, le chanvre, le lin,
le beurre, les fromages, le miel brillent à peu près par leur absence,
et les vins, cette source de prospérité, cette belle promesse d’avenir,
ne sont que très insuffisamment représentés.
Peut-être faut-il attribuer la rareté des exposants à l’idée généra
lement répandue que les produits exceptionnels et extraordinaires
peuvent seuls être appelés à obtenir les récompenses du juiy. Grande
erreur assurément. Votre commission eût été heureuse de primer des
1
produits d’une bonne moyenne, mais représentant des cultures en
treprises sur une grande échelle. Espérons que ces simples réflexions
suffiront pour encourager et nous amener à l’avenir un plus grand
nombre d’exposants.
J’aborde en peu de mots, et par ordre, les produits divers qui ont
été primés.
Les tabacs en grande culture sont récompensés dans une autre sec
tion. Les échantillons qui nous ont été présentés sont fort beaux et
démontrent avec évidence quel est l’avenir chez nous de cette indus
trie qui a fait la richesse de plusieurs autres départements.
Plusieurs exposants qui se livrent à l’élève des vers à soie nous
ont présenté de fort beaux cocons. Le fléau qui pèse sur cette indus
trie en éloigne aujourd’hui beaucoup d’éieveurs, et fait craindre
qu’elle ne reste long-temps stationnaire en Périgord.
Parmi les collections de produits divers, celle de M. de Lentilhac
se recommande d’une manière toute spéciale tant par la beauté que
par la grande variété, des spécimens. On y voit figurer les blés de
premier choix les mieux appropriés à notre sol, des haricots de
toute sorte qui réussissent si bien en Périgord, gesses, lentilles,
millets, en un mot une collection vraiment complète. Avec un zèle
moins ardent, M. de Lentilhac pourrait se reposer, sans mélaphore,
à l’ombre des lauriers qu’il a cueillis, car plus de douze médailles
de tout métal oblenues à Paris, à Londres ou ailleurs attestent le
jugement porté partout sur sa remarquable exposition. Aussi votre
commission n’a-t-elle pas hésité à lui donner la grande médaille d’or
affectée à la section des produits divers.
Des médailles d’argent viennent récompenser M. de Lamothe pour
ses cocons et pour de belles toisons. Honneur et médaille d’argent à
M,ne de Valbrune, dont les fromages exquis n’ont pu être préservés
d’une dégustation générale que par la grille en fer qui les recouvre.
Ses pruneaux sont excellents, et ses divers produits font honneur au
talent de la ménagère et à la bonne direction du domaine. L’égalité
des droits de la femme en matière de récompenses a été saluée avec
bonheur par votre commission, trop heureuse de partager nos cou
ronnes avec les charmants candidats qui veulent bien s’associer à nos
travaux. Espérons que l’exemple deMme de Valbrune excitera parmi
ses compagnes une émulation salutaire.
M. de Galard de Béarn a exposé de magnifiques échantillons de
betteraves venues sur un terrain jadis stérile à cause des eaux
stagnantes, et que ses intelligents travaux de drainage ont amené à
— 113
un haut degré de fertilité. Votre commission a saisi avec empresse
ment l’occasion de primer et de mettre en lumière ces brillants résultats. Le même exposant a exhibé des bois de pin de la plus re
marquable précocité.
Les toisons et pruneaux de M. Coignet sont aussi dignes d’éloges.
Quelques remarquables mais trop peu nombreux spécimens de
récoltes fourragères ont été primés. Les carottes et betteraves sont
d’une belle venue. De rutabagas point, véritable sujet d’affliction
pour votre rapporteur, dont vous connaissez les faiblesses à l’égard
de ce produit si utile à nos bestiaux et qui est la base fondamentale
de l’agriculture anglaise.
Un seul échantillon de beurre indigène nous prouve que le beurre
n’est pas encore entré profondément dans les goûts de nos compa
triotes. Citer le beurre de M. le eomte de Damas, d’IIautefort, si
recherché de nos gourmets, c’est en faire l’éloge.
Mention honorable à M. Dignac, qui enrichit nos jardins par l’in
troduction de l’igname.
Il y aurait trop à dire, messieurs, sur les vins du Périgord. Ils
ont de la finesse, de l’alcool, etc., gagnent très rapidement en qua
lité pour peu qu’on les laisse vieillir. Mais qu’il me soit permis de
faire à ce sujet si digne de nos études une observation générale. Pres
que partout nous péchons par l’absence d’un choix judicieux et d’une
qualité supérieure dans les cépages. L’enrageât ou folle blanche, le
picard ou Périgord, espèces abondantes, mais médiocres, tiennent
trop de place dans nos vignobles ; le pied de perdrix et le semillon
pas assez. Nos vins, en vieillissant, deviennent maigres et secs;
beaucoup même se piquent aisément. L’exposition de ce jour, nous
a fourni une nouvelle preuve de ces défauts, qui seraient bien vite
rachetés par un bon choix de cépages. Espérons que les débouchés
ouverts de roules parts à nos produits encourageront le propriétaire
à porter tous ses soins aux plantations nouvelles, ht à y introduire
les espèces de choix qui seules font le bon vin.
Sorges, Latourblanche, Brantôme, Bergerac surtout, ont maintenu
avec honneur leur antique réputation, et votre commission s’est ar
rêtée avec une visible satisfaction devant ces échantillons de la pre
mière de nos richesses départementales. Une vénérable bouteille de
la comète de 1811, produite par la commune de Sorges, a été Una
nimement acclamée comme la perle de ce remarquable écrin. Faut-il,
hélaS ! que le rapport se termine, comme la dégustation de la com
mission, par un échantillon de vinaigre! Excellente qualité sans
8
— 114 —
doute, et surtout vinaigre de vin, pour lequel M. Laval a obtenu une
médaille de bronze, qui lui a été accordée avec empressement.
Si les produits agricoles de la Dordogne n’obtiennent pas, d’une
manière absolue, le premier rang en France, si nos blés, nos vins,
nos noix, nos châtaignes, rencontrent dans quelques départements
l’égalité ou parfois même un degré supérieur dans les produits si
milaires, notre pays peut se glorifier du moins d’occuper en agri
culture un rang des plus honorables. Les blés si beaux de la Loire
et même de la Beauce cèdent le pas aux nôtres pour la bonté des
farines et pour le rendement en pain ; et le minotier comme le L
langer n’hésitent pas à payer un prix toujours supérieur pour nos blés
de pays. Il en est de même de nos châtaignes et de nos noix, dont
vous voyez les qualités affichées sur la plupart des magasins de Paris
et de l’étranger ; et quant à nos vins, leur vente, jadis restreinte au
Limousin, sauf pour les crûs de Bergerac, ne fait que s’étendre tous
les jours. Les analyses de nos betteraves, faites par les premiers chi
mistes agricoles de France, établissent leurs excellentes propriétés
saccharines, et démontrent qu’elles sont aussi propres à tous les
usages industriels que les meilleures betteraves du nord. Bénie soit
la Providence pour les dons que sa main a si libéralement départis
à la terre de nos aïeux ; et que ce rapide et simple exposé de nos
richesses nous rende plus hardis et plus confiants à venir les étaler
devant vous, dans nos futurs concours.
Cette dernière classe a donc reçu, conformément aux vues
de MM. les examinateurs chargés de la juger, des médailles et
des mentions partagées entre les agriculteurs dans l’ordre cidessous :
Troisième division. — Produits agricoles.
Prix d’konneur de la série, médaille d’or offerte par le co
mice agricole de Bergerac. — M. de Lentiliiac, directeur de
la ferme-école de Lavalade, pour F ensemble de son exposition.
Collections.
Médaille d’argent. — M. de Lentiliiac, précité pour collec
tion hors ligne.
— 115 —
Médaille d’argent. — M. de Lamothe, à Périgueux, pour
cocons de vers à soie, laine et produits divers.
Médaille d’argent. — Mme de Valbrune, à St-Astier, .pour
fromages, pruneaux et produits divers.
Médaille d’argent. — M. de Galard de Béarn, précité, pour
eau-de-vie de Connezac, betteraves sur terre drainée, bois de
pin et produits divers.
Médaille de bronze. — M. Coignet, précité, pour toisons,
pruneaux et produits divers.
Production de la soie.
Médaille d’argent. — M. l’abbé Godin , curé du Bourdeix
près Nontron, pour cocons jaunes et blancs en mélange.
Médaille de bronze. — M. Bourne, à .Périgueux , pour co
cons du Levant et du Périgord.
Médaille de bronze. — M. le vicomte de Segonzac , précité,
pour cocons divers.
Médaille de bronze.—M. Mouraret, à Gbancelade, près
Périgueux, pour cocons et.soie.
Vins, eaux-de-vie et vinaigres.
Médailles d’argent ex cec/uo. — La commune de Sorges, re
présentée par MM. Brizon et Dupuy, pour vins de différents
crûs, d’âges divers et appartenant à plusieurs propriétaires, n°
301.
M. Buisson, propriétaire à Sorges, n° 279, pour son exposi
tion de vins de 1811 à 1861.
Médaille d’argent. — M. Saint-Martin neveu, à Lalourblanche, pour le n° 304, vins de 1838 à 1861.
Médaille d’argent. — M. de Lajonie, à Bergerac, n° 281,
vins de Bergerac 1840 et 1831.
116 —
Médaille de bronze. — M. Laroussie, à Périgueux, pour son
système de bonification d’eaux-de-vie de marc de raisins, n° 299.
Médaille de bronze. — M. Lavalle, à Lavignolle, commune
de Saint-Àmand-de-Goly, pour son vinaigre de vin, n° 310.
Mention honorable. — M. Souliiié , au Châtenet, commune
de Brantôme, pour ses vins, n° 297.
Mention honorable. — M. Monfange-Dubreuil, ail Pic, com
mune de Vaunac, pour kirch de fabrication domestique, n° 300.
Racines et plantes fourragères.
Médaille d’argent. — M. Dumonteil (Henri), déjà nommé,
colon de M. le vicomte de Cremoux, à Périgueux, pour ses ca
rottes fourragères, n° 306.
Médaille de bronze. — M. Rouciiard, charcutier à Périgueux,
pour ses betteraves, n° 306.
Médaille de bronze. — M. Rongiéras, à Ladouze, précité,
pour betteraves variées, n° 283.
Mention honorable. — M. Dignac, instituteur à Villetoureix,
pour ignames de Chine, n° 326.
Céréales.
(Néant.)
Produits spèciaux non dénommés au programme.
Médaille debronze. — M. le comte de Damas, précité, pour
beurre.
Tabacs exposés.
Médaille d’argent. — M. de Larivière , précité, pour le n°
326.
Médaille de bronze. — M. Delsol, contre-maître au maga
sin èt fermier, pour le n° 311.
117
Médaille de bronze. — MM. Sudret et .Marty, colons de
S. Exc. M. Magne, à Trélissac, pour le n° 324.
Mention très honorable (hors concours) à M. Garrès, entre
poseur des tabacs, pour échantillons des produits en ce genre
des quatre arrondissements qui cultivent dans la Dordogne,
produits ayant subi une préparation au magasin de Périgueux.
RÉCOMPENSES AUX SERVITEURS RURAUX.
Médaille de bronze et 50 /r. — Tortel (Pierre), domestique
chez M. ue Valbrune depuis plus de 30 ans.
Médaille de bronze et 30 fr. — Gerizol dit Pichillou, do
mestique chez Mme Noirit et le docteur Guilbert depuis plus
de 15 ans.
Médaille de bronze et 30 fr. — Guichard (Pierre), domesti
que chez M. de Lajonie depuis 9 ans.
Médaille de bronze et 20 fr. — Gargoly (Pierre), domesti
que chez M. de Presles depuis 5 ans et demi.
Médaille debronze et 20 /r. au domestique de M. de Galard,
5 ans de services.
La société d’agriculture décerne à l’ORPHÉON DE PÉRI
GUEUX une médaille d’argent, en témoignage de gratitude
pour son concours empressé et gracieux dans toutes les solen
nités, qu’il contribue à rendre attrayantes par le bel ensemble
de ses chœurs.
2° INDUSTRIE
Une marche militaire a salué la fin de la distribution des ré
compenses agricoles, et précédé le tour de celles du concours
industriel départemental. Dès que les instruments ont cessé de
se faire entendre, M. Edouard Roux, de Sarlat, secrétaire-rap
porteur du jury, s’est levé et a adressé à ceux qui ont pris
— 118
part à l’exhibition les chaleureuses paroles que nous reprodui
sons, et qu’il a fait suivre de la proclamation des lauréats :
Messieurs,
En prenant la parole au nom du jury chargé d’apprécier les pro
duits divers des nombreuses industries, fier de répondre à l’appel des
organisateurs de l’exposition périgourdine, je ne veux pas fatiguer
long-temps votre attention.
Ne vous effrayez pas, vous n’entendrez pas un rapport. A ceux
dont les connaissances profondes et variées ont éclairé les décisions
du jury, le droit de vous dire la marche de l’industrie du départe
ment, de retracer son histoire, de la prendre à son berceau, pour la
conduire au jour où elle a pu sans crainte comparaître devant ses
juges.
Ma tâche est plus facile. Je n’expliquerai pas les progrès ; mais,
heureux interprète du jury, je proclamerai le triomphe de l’œuvre
commune, les succès éclatants de nos ouvriers et de nos artistes.
Nous avons bien fait, nous ferons mieux encore, et l’heure n’est pas
éloignée où des victoires nouvelles viendront rajeunir nos vieilles in
dustries, assurer les premiers pas de nos industries naissantes.
Ne l’oubliez pas, messieurs ; le champ de bataille va s’élargir. Le
concours régional est là, il frappe à nos portes ; qu’il soit le bien
venu, soyons hospitaliers, mais gardons pour nous quelques couron
nes, et qu’au jour de cette grande lutte tous les soldats soient à leur
poste. N’ayons pas le regret de compter des absents : ni dédain, ni
indifférence ! Venez tous à ces assises du travail et du génie !
Mais ce jour est un jour de victoire. Proclamons les noms des vain
queurs.
Industrie métallurgique.
Grande médaille d’or de l’Empereur. — Prix d’donneur du
concours. — MM. DURAND et GUYONNET, de Périgueux,
maîtres de forges et tréfileurs dans cette ville, n° 147, pour les
produits de leurs usines.
Médailles d’argent. — M. Grenouillet , maître de forge à
Mavaleix, commune de Ghàlais, n' 74, fers et fontes.
— 119 —
M. Dussacq, propriétaire des forges de Goly, n° 106, fers à
gouges, pour ferrements de roues.
MM. Doursout frères, à Périgueux, n° 95, pour fers, fontes,
poteries de fontes et aciers pudlés provenant de leurs usines.
Fonte de seconde fusion.
Médaille d’argent a la Fonderie de Périgueux, appartenant
à M. Pradier (Benoît), n° 28, produits divers.
Exploitation des minerais de fer.
Médaille d’argent. — M. Couvrat, à Excideuil, n° 215, mi
nerai.
Médaille de bronze. — MM. Magueur, régisseur de M. le
comte de Damas, à Hautefort, n’ 128, et Malafayde , juge de
paix à Hautefort, n° 221, minerais.
Minoterie.
Médaille d’or du département. — M. Aubier, négociant à
Périgueux, n’ 193, farines-minot, de qualité supérieure.
Médaille d’argent. — M. Grenier, de Bergerac, n’219,
minot.
Mentions honorables. — M. Loubet, au moulin de Barnabé,
près Périgueux.
M. Séguy, au moulin de Sainte-Claire, à Périgueux.
Imprimerie et lithographie.
Médaille d’or de la ville. — MM. Dupont et C', imprimeurs
à Périgueux,-n°. 16, ouvrages typographiques et lithographiques.
Médaille d’argent. — M. Bounet, imprimeur et lithographe ,
à Périgueux, n° 7, impressions et lithographies.
120 —
Médaille de bronze. — M. Boucharie , imprimeur à Péri
gueux,, n’ 8, impressions, formes d’impressions.
Médaille de bronze. — M. Rastouil, imprimeur à Périgueux,
n° 4, travaux d’impressions.
Mention très honorable.— M. Ranvaud, imprimeur à Non
tron, n° 158, rouleaux d’imprimerie perfectionnés.
Tissus de laine.
Médaille d’or delà ville. — M. Barret (Léon), à Périgueux,
n° 102, étoffes diverses.
Médaille d’argent. — M. Martial, aux moulins de Champniers, près Piégut, n’ 25, cuirs-laine, cadis unis, flanelles, cou
vertures.
Carrosserie.
Médaille d’or de la ville. — MM. Dufour frères, carrossiers
à Périgueux, nc 167, voitures diverses.
Médaille d’argent. — M. Doirier, carrossier à Périgueux,
n9 29, voitures diverses.
Médaille de bronze. — M. Abrieux, charron, faubourg StGeorges, à Périgueux, n° 148, pour son charronnage et ses voi
tures à bon marché.
Mention honorable. — M. Pauliac, à Bergerac, n’ 122, voi
ture dite américaine.
Liqueurs.
Médaille d’or du commerce de Périgueux. — MM. Dujarà Périgueux, n’ 56, assortiment de li
queurs, kirch indigène.
Médailles d’argent. — M. Requier , liquoriste - confiseur, à
Montignac, n" 78, produits divers.
M. Deschamps, liquoriste à Périgueux, n° 99, liqueurs as
sorties.
ric frères, liquoristes
— 121 —
M. Séverin, liquoriste-confiseur, à Bergerac, n° 51, pour son
exposition.
Mentions honorables. — M. Roque, liquoriste à Sarlat, n*
140, eau-de-noix.
M. Campagnolle, liquoriste a Périgueux, ri* 8S, liqueurs di
verses.
Bonbons et liqueurs.
Médailles d’argent. — M. Pécout, liquoriste-conflseur, à Pé
rigueux, n° 73, objets de sa fabrication.
M. Lestang, confiseur-liquoriste à Périgueux, n’ 126, cho
colats pralinés et autres bonbons.
Pierres meulières.
Médaille d’or du commerce de Périgueux, exœquo. — MM.
Ciiassaing, Peyrot et Cc, de Domme, n° 40, et Allard et C0,
de Sarlat, n° 137, pour leurs exhibitions.
Médaille de bronze. — M. Maury, négociant à Vitrac, pour
meules, n° 136.
Peintures sur verre et émaux.
Médaille d’or du commerce de Périgueux.—M. Audoynaüd,
à Périgueux, n’ 24, vitraux, émaux sur cuivre.
Tannerie.
Médaille d’or. — M. Bardonneaud (Élie), tanneur à Vergt,
n° 17, vaches lissées, cuirs noirs, veaux gris et basanes.
Médailles d’argent.—M. Brut, tannèur à Périgueux, n# 82,
cuirs et peaux.
Mme veuve Villeregnier et M. Durand, son gendre, n" 6,
cuir blanc de bœuf.
Médaille de bronze. — MM. Tixier frères à Périgueux, n" 60,
cuirs préparés.
— 122 -
Mention honorable. —M. Colinet, à Périgueux, n’ 83, cuirs
et peaux.
Huiles de noix.
Médaille de vermeil. — M. Allard fils et Ce, de Sarlat.
Médaille de bronze. — M. Magne, à Montignac, n° 210.
• •
Marbrerie.
Médaille de vermeil. — MM. Clément et Mazeau, à Péri
gueux, n° 3, autels, cheminées.
Mention honorable. — M. Gaubert, à Périgueux, cheminée,
n“ 117.
Comestibles.
Médaille de vermeil. — M, Capretz, de Sarlat, n° 133, con
serves.
Médailles d’argent. — M. Lasalvetat, de Périgueux, n° 32,
pour son exposition.
M. Bardon, de Périgueux, successeur de Besson, n° 11, pro
duits divers.
Médailles de bronze. — M. Blanc, de Périgueux, n° 33, pour
son exposition.
M. Rouchard, de Périgueux, n" 26, pour son exposition.
Ebênisterie et meubles.
Médaille de vermeil du tribunal de commerce de Bergerac.
— M. Tenant, à Périgueux, n’ 35, meubles.
Médaille d’argent. — M. Périer, à Périgueux, n’ 13, meu
bles.
Médailles de bronze. — M. Daubisse, à Périgueux, n° 45,
billard.
M. Jalinoux, à Périgueux, n° .12, meubles.
- 123 —
M. Charbonnel, à Nontron, n’ 18, table à coulisses, système
breveté.
Verrerie.
Médaille d'argent de l’Empereur. — M. Delas et C”, ver
rier au Lardin, n° 178, articles de verrerie.
Médaille de bronze. — M. de Fonclare, à Rottersack, près
Lalinde, n'1 154, produit de ses usines.
Teinturiers.
Médaille d’argent de l’Empereur. — M. Pécout, à Périgueux,
n“ 43, teintures sur soies du pays.
Médailles de bronze. — M. Sahveroche, à Périgueux, tein
tures sur soies du pays et laines.
M. Grondin , à Périgueux, n° 61, teintures et apprêts, laines
peignées.
Instruments de précision, de mathématiques et de chirurgie.
Médaille d’argent.. — M. Montméja (Arthur), de Sarlat, n’
182, instruments de précision.
Médaille de bronze. —M.. Halla.de, conducteur des ponts et
chaussées à la Gélie, règles à coulisses pour calculs mathémati
ques, perfectionnées et construites par lui-même.
Horlogerie.
Médaille de bronze. — M. Dhénin, à Sarlat, n“ 142, montre.
Mention honorable. — M. Dufraisse, à Périgueux, n° 21,
objets d’horlogerie perfectionnés.
Beaux-arts.
Médaille d’argent. — M. Düpüy, professeur à l’école gra
tuite de dessin de Périgueux, n’ 199, travaux exécutés par les
— 124 —
élèves de l’école sous sa direction. Le jury décerne à ses élèves
exposants une mention très honorable, particulièrement à l’é
lève Frachet.
Mention très honorable. — M. Constant , conducteur des
ponts et chaussées à Périgueux, n" 118, plan de.Périgueux,
plans topographiques.
Mention très honorable. MM. Lavergne et Veyssière, élèves
entretenus à l’école des beaux-arts, pour leurs expositions, nOs
205 et 81.
Mention très honorable. — M. Latour, à Périgueux, n° 93,
modèles en plâtre des armoiries des cinq chefs-lieux d’arrondis
sement, dont les écussons doivent orner le grand fronton de la
nouvelle préfecture.
Mentions honorables. — M. Farcis, à Périgueux, n“ 62.
M. Doze, à Périgueux, n° 120.
Mlle Pontenier, à Périgueux, n’ 231.
M. Barthélemy, à Périgueux, n° 228.
M. Belingard, à Périgueux, n’ 155.
M. Eymery, à Périgueux, n° 65, pour leurs expositions.
Sculpture sur bois.
Médaille d’argent. — M. le marquis de Saulnier, à Conne
zac, près Mareuil, n’ 42, objets en bois sculpté.
Médaille de bronze. — M. Magontié, à Bergerac, n° 156,
châsse en bois de noyer.
Moulages.
Médaille d’argent. — MM. Lachaud et Mérou, plâtriers à Pé
rigueux, nJ 34, autel gothique en plâtre.
Médailles de bronze. — MM. Lucquesi et Garraud, à Péri
gueux, figures en plâtre, n° 108.
M. Brachet, à Périgueux, modèle de-plafond.
— 125 —
Photographies.
Mention honorable. — M. Bariiheau, à Périgueux, n° 163,
pour son exposition.
Instruments de musique.
Médaille d’argent. — M. Bessodès, à Périgueux', pour son
orgue, n° 176.
Ornements d’église.
Médaille d’argent. — M. Püipeyroux et Lafaye , à Péri
gueux, n° 53, pour leur exposition.
Gravure sur métaux et ornementation de bijouterie.
Médailles d’argent. — M. Barrat, à Sarlat, n° 139, pour
gravure et fabrication d’objets de bijouterie.
M. Muller, à Périgueux, n“ 44, pour gravure sur métaux.
Art du tourneur.
Médaille d’argent. — M. Valade, à Périgueux, n# 217, ar
ticles de sa profession.
Chaises et fauteuils.
Médaille d’argent. —M. Boisset jeune, à Périgueux, n° 150,
pour son exposition.
Ameublements.
Médaille d’argent. — M. Briaud, tapissier à Périgueux, n°
37, pour son exposition.
Médaille de bronze. — M. Beauville, tapissier il Périgueux,
n’ 160, objets de son exposition.
— 126 —
Mention très honorable. — M. Lapouge, de Nontron, n“ 157,
pour son fauteuil indien.
Matelasserie.
Mention honorable. — M. Lassoutanie, à Périgueux, n° 69,
objets de literie.
Dorure et étamage de glaces.
Médaille de bronze ex œquo.—M. Gauthier, miroitier à Pé
rigueux, n° 218, étamage de glaces.
M. Frachet, doreur à Périgueux, n° 233, cadres.
Articles de voyage.
Médaille de bronze. — M. Labarthe, fabricant à Périgueux,
n° 47, malles et objets de voyage.
Art du dentiste.
Médailles de bronze. — M. Ritouret, dentiste à Périgueux,
n° 197, dentiers et pièces relatives à son art, de différents sys
tèmes.
M. Queyroul, coutelier à Périgueux, n° 70, clef de garangeot, perfectionnée.
Bougies et chandelles.
Médaille d’argent. — M. Porcher, fabricant à Périgueux,
n° 71, cierges, bougies, chandelles.
Médaille de bronze. — MM. Brian et Dubois, fabricants à
Bergerac, n° 90, cires, cierges, bougies, chandelles.
Poterie usuelle.
Médaille d’argent. — M. Dubourdieu aîné, fabricant à Thi
viers, n° 226, faïence.
— 127 —
Médaille de bronze. — M. Dubourdieu jeune , fabricant à
Thiviers, n° 100, faïence.
Confection.
Médaille d’argent.— M. Torrès, directeur de l’établissement
des 100,000 paletots, à Périgueux, n’96, vêtements confec
tionnés.
Modes.
Médailles de bronze. — MmesDAViD-RAFFET, lingères à Pé
rigueux, n" 49, pour leur exposition.
La maison Lacoste, à Périgueux, n“ 114 , pour son exposi
tion.
Mlle Pestourie, lingère à Périgueux, n° 162, pour son expo
sition.
Lingerie.
Médaille de bronze. — Mme Destrieux, lingère à Périgueux,
n° 187, pour son exposition.
Mention honorable. — Mmes David-Raffet, précitées.
Tricots.
Mentions honorables. — Mme Garraud , à Périgueux, n°
109, broderies.
Mme Navarre, à Périgueux, n° 216, tricots.
Mlle Gauthier (Célina), à Cherveix, n° 9, broderies au cro
chet, genre filet-carré.
Tapisserie.
Médaille de bronze. — Mme Mas (Ézilda), à Périgueux,
n° 10, broderies de fauteuils, table.
Mention honorable. —- La maison Lacoste, précitée, brode
ries de tapisseries.
— 128 —
M. Desmartin, tailleur à la maison carrée du Petit-Change,
près Périgueux, n° 58, tapis de table.
Ouvrages et dessins en cheveux.
Médailles de bronze. — M. Houssard, coiffeur à Périgueux,
n° 2, toupets.
M. Richard, coiffeur à Périgueux, n° 5, objets en cheveux.
M. Barrier, coiffeur à Périgueux, n’ 27, objets en cheveux.
Fleurs artificielles.
Médaille d’argent. — Mlle Blanchard,, fleuriste à Périgueux,
n° 75, pour son exposition.
Mention honorable. —Mlle, Boissel, aux Barris, à Périgueux,
n° -111, pour son exposition.
Tableaux mécaniques pour les écoles primaires.
Médaille de bronze. — M. Collin, instituteur à Bosset, can
ton de Laforce, n’ 23, tableau mécanique des éléments de lec
ture française.
Mentions honorables. — M. Ribière, instituteur libre à The
non, n“ 41, méthode de lecture en tableaux.
M. Lambert, instituteur à Minzac, canton de Villefranche-deLongchapt, n’ 107, nouveau mode de table d’école.
Tableaux historiques.
Mention très honorable. — M. du Burguet , propriétaire à
Allemans, n’ 60, carte des personnages célèbres de France.
Reliure.
Médaille de bronze. — M. Mespoulède, relieur à Périgueux,
n° 149, pour son exposition.
— 129
Médaille de bronze- — M. Thomas, relieur à Périgueux , n°
124, pour son exposition.
Ouvrages de menuiserie.
Médaille de bronze. — M. Mauraud, menuisier à Périgueux,
n° 36, bon travail de ses croisées.
Mentions honorables. — M. Ghavanel, menuisier à Berge
rac, n° 132, croisée imperméable en bois, à bascule, système
nouveau.
M. Morienne, menuisier à Périgueux, n" 84, porte de salon,
rosace de parquet.
M. Darnis, à Terrasson, n° 105, cabinets d’horlogerie com
toise, de sa fabrication.
Cartes à jouer.
Médaille de bronze. — M. Lapeyrière , fabricant à Péri
gueux, n° 188, tableau de caries à jouer.
Coutellerie.
Médaille d’argent. — M. Brillet, coutelier à Périgueux, n°
198, articles de sa profession.
Médaille de bronze. — M. Monié, coutelier à Périgueux, n°
80, articles de sa profession.
Sellerie et bourrelerie.
Médaille de bronze. — M. Gaulet, fabricant à Périgueux ,
n0 1, articles de harnachement et de sellerie.
Mentions honorables. — M. Prioleau, de Montignac, fabri
cant , n° 57, colliers améliorés et perfectionnés, système de
harnais de sûreté.
M. Bordas (Hippolvte), bourrelier à Périgueux, n° 30. collier
dit anglais.
9
— 130 —
M. Avoustin, bourrelier à Périgueux, n“ 46, collier système
de son invention.
Arquebuserie.
Médaille de bronze. — M. Rougier , arquebusier à Péri
gueux, n“ 146, fusils divers, fusil Lefaucheux avec arrête-clef
breveté, de son invention.
Mention honorable. — M. Mazeau, arquebusier à Périgueux,
n° 52, fusils.
.
• ■
Articles de chasse.
Médaille de bronze. — M. Brizon, sellier à Périgueux, n°
130, carnier et guêtres de chasse.
Cordonnerie.
Médailles de bronze. — M. Meyer fils, fabricant de chaus
sures et maître bottier à Périgueux, n° 54, chaussures diverses.
M. Derord, cordonnier à Périgueux, n’ 59, articles de cor
donnerie.
Mentions honorables. — M. Dauvergne (Ëlie), cordonnier à
Périgueux, n° 67, articles de cordonnerie.M. Robert, cordonnier à Périgueux, n° 77, assortiment de
chaussures.
M. Magat, à Périgueux, n° 169, tiges de chaussure.
M. Pellegris, à Périgueux, n° 159, brodequins de chasse à
guêtres d’une seule pièce, de son invention.
Saboterie.
Médaille de bronze. — M. Gravet, sabotier à Périgueux, n“
68, sabots.
Mentions honorables. — M. Ribière, sabotier à Périgueux,
n“ 115, saboterie.
131 —
M. Faucher, sabotier à Sarlat, n’ 134, sabots.
M. Taverne, sabotier à Montignac, n° 79, ouvrages de sa
boterie.
Fabriques de formes de chaussure.
Médaille de bronze. — M. Semon, de Montignac, n° 119,
formes.
Briqueterie.
Mentions honorables. — M. Boissel , aux Barris, à Péri
gueux, n’ 110, dalles en terre cuite pouvant servir à couvrir les
bâtiments.
M. Chiquet, tuilier à Sarrazac, n° 166, soles de four, tuiles
pour faîtages, briques pour fourneaux de foyer.
Chaux et ciments.
Médailles de bronze. —MM. Fommarty et Cc, à Périgueux, n°
162, produits de leurs usines.
M. Durand (Étienne), tuilier à Vignéras, près Périgueux, n°
186, pour chaux grasse.
MM. Requier et G», à Saint-Cyprien, n° 143, pour ciment.
Exploitations des carrières de plâtre et préparation de plâtre.
Médaille d’argent. — M. Brian, de Bergerac, n’ 91, plâtres
bruts des carrières et plâtres préparés.
Mention très honorable.—M. Brachet, plâtrier à Périgueux,
précité, n° 97, plâtres préparés.
Exploitation des carrières.
1° Pierres tendres.
Médaille d’argent. — M. Chaigneau, propriétaire, n° 144,
pour l’exploitation et l’exportation des produits des carrières de
Ghancelade.
— 132 —
2.° Pierres dures.
Médaille de bronze. — M. Lacoste (Bernard), faubourg StGeorges, à Périgueux, n° 195, pierre d'e taille dure de SaintGeorges:
Mentions honorables.'— M. Desmartin, propriétaire à Léparat, commune de Boulazac, n° 174, pierre de taille dure de
Léparat.
M. Reydy, dit Barjac , à Léparat, commune de Boulazac ,
n° 173, pierre de taille dure de Léparat. •
3° Marbre.
Mention très honorable. — M. Dieudé, à Saint-Pompont, n”
94, échantillons de marbres, kaolin, etc.
Serrurerie.
Médailles de bronze. — M. Doucher’, ouvrier chez M. Ghazotte, carrossier à Périgueux, n°86, modèle d’avant-train et'dé
roue de voiture, compas de charron.
M. Toureake, serrurier à Périgueux, n° 190, croix en fer,
destinée pour le clocher de Labachellerie.
M. Périer, serrurier à Périgueux, n° 101, grille en fer, style
Louis XV.
Mentions honorables.—M. Delair, serrurier à Sarlat, n°180,
serrure.
M. Lafon, fils aîné, serrurier à Sarlat , n° 88, balances et
romaines.
Taillanderie.
Médaille de bronze. — M. Margié, taillandier à Domme, n°
179, articles de sa profession.
Mentions honorables. — M, Propilowsky, de Garsac, forge
ron, n° 181, taillanderie.
M. Vialard (Michel), de Sarlat, forgeron, n° 183, étau.
133 —
Charrônnerie el araire».
Médaille de bronze. — M. Gagnaire , charron à Léparat,
commune de Boulazac, n° 175, roues de charrette, montages
d’araires en bois.
Toiles de fil.
Mention honorabléi—M. Ghaussier, tisserand à Saint-Geor
ges,. à Périgueux, n° 38, pièces de' toile, pur chanvre, uni et
façonné.
.
Chapeaux en feutre..
Médaille d’argent. —M. Lapeyre, chapelier à Saint-Astier,
n» 104, pour son exposition.
Vannerie.
. .-
Médaille de bronze. — M.- Chervet, vannier à Périgueux,
n» 63, objets de vannerie.
Peintures en bâtiments.
Médaille d’argent. — MM-. David et Raffet, peintres -à Pé
rigueux, n° 48, peintures. '
Médailles de bronze. —MM. Fonmarty frères-, peintres à Pé
rigueux, n° 87, pour leur exposition.
M. Norvins-Dumonteil, peintre en décors à Sarlat, n*31,
peintures imitant le bois et le marbre.
Mention honorable. — MM. Vallée et Freyjefond, à Terrasgon, n° 89, décorations en verre peint-, invention des expo
sants, brevetés.
Poêlerie et chaudronnerie.
Médaille de bronze. — M. Mandavy, à Périgueux, n° 14,
alambic portant son fourneau, vase en cuivre.
— 134 —
Ferblanterie.
Mention honorable. — M. Deskoyers, à Périgueux, n° 151,
pour sa baignoire à chauffeur, double réfrigérant plongeur.
Art du fumiste.
Médaille de bronze. — M. Gabam, fumiste à Périgueux, n°
39, calorifère à air chaud.
Cannes ouvragées.
Mention honorable. — M. Delbos , de Condat-sur-Vézère,
n» 223, pour son exposition.
Formes à papier.
Médaille de bronze. — M. Carrië , fabricant à Bergerac, n°
64, formes pour la fabrication du papier à cigarettes.
Articles dépêché.
Mentions honorables. — Mme veuve Valade, faubourg des
Barris, à Périgueux, n° 112, fdets en fd.
M. Perchaud, à Cubjac, n° 13, engins en fd de fer, pour la
pêche du poisson.
Bières.
Médailles de bronze ex œquo. — M. Meyer (Georges), à Pé
rigueux, n° 103.
MM. Dujarric frères et cousin, à Périgueux) n° 161.
Boissons gazeuses.
Médailles de bronze. — M. Dussoulier , pharmacien à Péri
gueux, n° 126, eaux gazeuses artificielles.
Bleynie, pharmacien à Périgueux, n° 164, limonades.
— 135 —
M. Veyssière, faubourg des Barris, à Périgueux, n»55, lirao
nade gazeuse.
Produits divers.
Mentions honorables. — M. Theulier, pharmacien à Péri
gueux, n° 185, eau-de-rose, kirsch indigène, autres produits.
M. Moncelle, ouvrier chauffeur aux forges de Périgueux, n°
113, tablettes de savon à détacher.
M. Mespoulède aîné, à Périgueux, Jn0196, système de net
toyage d’étoffés, particulièrement de laine.
Tonnellerie.
Médailles de bronze. — M. Chevalier, tonnelier à Bergerac,
n» 131, pièces de tonnellerie de 8 fr. à 15 fr.
M. Mercier, à Saint-Cybranet, n° 138, detlx barriques façon
bordelaise.
Boulangerie.
Mentions honorables. —M. Lafosse, boulanger à Périgueux,
n° 72, pains.
M. Michel aîné, boulanger à Périgueux, n° 129, pain de
froment, pur gluten, sans sel ni levain.
M. Michel jeune, boulanger à Périgueux, n° 210, gâteau des
rois de grande dimension.
Coopèrateurs.
Médaille d’argent. — M. Lagrange , agent-voyer de la ville
de Périgueux, pour l’organisation et l’installation du concours.
Médailles de bronze. — M. Privât, employé à la mairie.
M. Béraud, employé de l’agent-voyer municipal.
M. de Valbrune, secrétaire-archiviste à la préfecture, pour
services rendus comme ordonnateur.
;— 136 —
Construction clés bâtiments de l'exposition.
{
Médaille de bronze: — M. Focké, entrepreneur.
n
Directeurs-gérants, contre-maîtres et ouvriers principaux.
Médailles d’argent. —MM. les ouvriers contre-maîtres de
MM. Durand et Guyonnet, qui ont obtenu la' grande médaille
d’honneur.
M. Chateignon-Beaupuy, prote de l’imprimerie Dupont. .
M. Rebière, contre-maître des ateliers de M. Barret (Léon).
Médailles de bronze. — MM. les principaux ouvriers des
ateliers de MM. Dufour frères.
Le CHEF DE LA PRINCIPALE USINE de M. AUBIER.
Mi Bugeaud, contre-maître- de l’atelier de MM. Clément et
Mazeau.
MM. -Chataignon et Dupuy, lithographes de ia maison Dupont.
M. Gaboürin (Henri), maître graveur de la maison Bounet.
Le contre-maître de l’huilerie de MM. Allard et Ce, à
Sarlat.
M. Collet, chef fondeur à la Fonderie de Périgueux.
Mentions très honorables. — MM. Lacombe, directeur de la
forge de Coly, appartenant à MM. Dussacq et Ce.
M. Serre, prote de l’imprimerie Rastouil.
Aux ouvriers de la forge de Mavaleix, appartenant à M.
Grenouillet.
Aux ouvriers et ouvrières de la maison Puipeyroux et LaFAYE.
Aux ouvriers principaux des forges de MM. Doursout.
Mentions honorables. —Aux chefs ouvriers de là verrerie
du Lardin.
Aux CHEFS OUVRIERS DE l’USlNE DE ROTTERSACK.
— 137 —
A.M. Maüvielle, chef tonnelier de ‘M. Mercier, à Saint-Gybranél.
.
.
Aux CHEFS OUVRIERS DES EXPLOITATIONS DE PIERRE MEULIÈRE
.de MM. Allard et Ce.
Aux CHEFS OUVRIERS DES EXPLOITATIONS DE PIERRE MEULIÈRE
de MM. Ciiassaing, Peyrot et Ce.
A M. PieucHe, maître teinturier chez M. Barbet.
A M. Yver, maître'coupeur chez M. Meyer.
A M. Pravis, employé chez M. Porcher.
A MM. Goülard, premier forgeron, ‘Robinet, charron, et
Philippe, ajusteur, chez M. Doirier.
3° HORTICULTURE.
Dans un aperçu plein d’intérêt, M, le comte' d’Ahzac de Ladouze a retracé la physionomie de cette gracieuse création. Il
a.dit :
Le concours horticole de 1862 ne le cède en rien, sous le rapport
du nombre et de la qualité des lots, à celui de 1861. Cependant nous
avons à déplorer l’abstention'dé quelques horticulteurs distingués,dont les apports auraient singulièrement contribué à l’éclat de l’ex
position. Nous connaissons les motifs de plusieurs-. Us tiennent à des
causes purement accidentelles, mais nous supplions tous’ceux qui
n’auraient cédé qu’à un sentiment d’apathie de secouer leur torpeur
et de travailler au moins par patriotisme à développer le progrès
horticole'dans notre département.
Les sociétés d’horticulture de Bordeaux, de Bergerac et de Mon
tauban ont bien voulu nous envoyer des représentants pour s’asso
cier à nos travaux et resserrer les liens de confraternité déjà si
heureusement noués avec leur sœur cadette. Ce renfort, joint au con
tingent fourni par la ville et les divers arrondissements, a permis au
jury de se partager en deux sections, l’une spécialement chargée
d’apprécier les fruits et les produits maraîchers, l’autre de juger les
plantes d’ornement et les objets se rattachant à l’horticulture.
Nous avons remarqué dans les trois premières séries des lots vrai-
— 138 —
ment magnifiques. Parmi les plantes maraîchères, des produits de
premier ordre donnaient aux visiteurs étrangers une haute idée du
progrès réalisé dans nos méthodes de culture et dans le choix de
nos variétés. De superbes fruits témoignaient de la fécondité de notre
sol. Un lot admirable de fruits et légumes, envoyé à titre desimpie
ornement par la société d’horticulture de Bergerac, excitait un vif
intérêt au triple point de vue de la beauté des produits, du nombre
des espèces et de l’exactitude des déterminations.
Parmi les végétaux de serre chaude, une riche collection de bégo
nias et de caladium attirait tous les regards. On remarquait encore,
dans le groupe de ces belles étrangères, le cyanophillum magnificum,
une brillante phalange de gioxinias et d’achimenès, des ferdinandea
eminens d’un merveilleux développement. Plusieurs très beaux lots de
fuchsias se recommandaient tant par le choix des variétés que par
l’excellence de la culture. Des conifères d’un rare mérite, un déli
cieux assortiment de fleurs coupées, des myrtes, lantanas et oran
gers d’une beauté exceptionnelle, des plantes nouvelles de pleine terre
en assez grand nombre ont aussi et très justement captivé l’attention
du jury.
Enfin, dans la catégorie des objets se rattachant à l’horticulture,
nous avons spécialement distingué des sécateurs, serpettes et égohines d’une exécution parfaite et un thermosiphon perfectionné d’un
prix facilement abordable, qui nous a paru appelé à rendre d’impor
tants services.
Diverses sortes d’engrais ont été soumis à l’examen du jury. Dans
l’impossibilité où il était de se prononcer sur leur valeur absolue
et relative, il a dû en renvoyer l’expérimentation à une commission
nommée ad hoc par la société.
En somme, l’exposition de 1862 est pour notre jeune association
un nouveau succès, une étape nouvelle dans la voie du progrès hor
ticole; elle doit augmenter notre confiance dans l’avenir, et nous
donner vers les brillants horizons qu’il nous découvre un généreux
élan.
Nous allons donner lecture des noms des lauréats du concours
dans les différentes séries.
Le rapporteur croirait manquer à un devoir, s’il n’exprimait en
terminant, au nom de ses collègues du jury et de la société d’hor
ticulture de Périguèux tout entière, à M. Pautard, notre secrétaire
général, et à M. de Lamothe, ses remercîments les plus sincères pour
le zèle, l’intelligence et le bon goût dont ils ont fait preuve dans l’or-
— 139 —
ganisation du concours et l’heureuse création du jardin de l'exposi
tion.
Il ne restait plus à connaître que les prix réservés à cette sé
rie. M. le rapporteur a donc convoqué sans retard les praticiens
auxquels ils avaient été attribués.
PREMIÈRE SÉRIE. — PRODUITS MARAICHERS ET PLANTES
ÉCONOMIQUES.
PREMIÈRE CLASSE.
Concours spécial entre marchands de graines
potagères.
(Collections.)
Premier prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Dufour, marchand de graines à Périgueux.
Deuxième prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Lavialle, marchand de graines à Bergerac.
SECONDE CLASSE.
Concours entre tous autres exposants.
1° Pour le plus beau lot d’ensemble de légumes.
Premier prix, médaille d’argent de l’Empereur.
M.
Chouri, payeur du département.
Deuxième prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Delcros, jardinier chez M. de Beaufort, à la Cité.
Troisième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Cramier, jardinier chez Mmo Briffaut, à Borie-Bru.
2U Pour plantes maraîchères à racines ou tubercules,
alimentaires.
Premier prix, médaille de bronze de premièreclassc. — M.
Pierre, dit Nadal, jardinier à Périgueux, près du lycée.
— 140 —
Deuxième prix, ex œquo, médaille de bronze de deuxième
classe. —M. Deglane, jardinier à Limoges, et M. Mazy jeune,
jardinier au couvent de la Visitation, à Périgueux.
3° Pour plantes à feuillage culinaire.
Premier prix, médaille'de bronze dé première classe. — M.
Gramier, précité.
Deuxième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Chouri, précité.
4° Pour plantes maraîchères à graines alimentaires (pois,
fèves, haricots, etc.).
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. — M.
Mazy, précité.
Deuxième prixmédaillé de bronze de'première, classe. —
M. Pierre, dit Nadal, précité.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Delcros, précité.
5° Courges et melons.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. — M.
Mazy, précité.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Pierre, dit Nadal, précité.
Troisième prix, ex œquo, médaille de bronze de deuxième
classe. — M. Gramier, précité, et M..Dupuy, propriétaire à Antonne, près'Périgueux.
6° Au lot des meilleures plantes maraîchères déjà connues
dans l’usage habituel ou autres contrées de la France, et.
introduites dans le pays par l’exposant.
(Néant,)
— 141 -
7° Au loi des plantes les plus méritantes d’introduction ré
cente dans la culture française, intéressant l’horticulture et
■ î’agriculture, à titre d’essai. ■
(Néant.)
Prix d’iionneur de la série. — Médaille d’or du gouverne
ment à disputer entre tous les concurrents des deux classes cidessus et devant être décernée nu plus beau lot, quel qu’il soit,
d’ensemble ou de spécialité. — M. Mazy jeune, jardinier à la
Visitation de Périgueux.
Médaille, d’or de S. Exe. le ministre de fagriculture. —
M. Pierre, dil Nadal, jardinier à Périgueux.
DEUXIÈME SÉRIE. — FRUITS.
PREMIÈRE CLASSE,
Concours entre pépiniéristes.
1° Pour le plus beau lot d’ensemble de fruits de toute nature..
Premier prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Denis Lafaye, pépiniériste à Périgueux.
Deuxième prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Dupuy-Dabzac, pépiniériste à Périgueux.
Troisième prix, médaille de bronze. — M. Gibiat, proprié
taire à Périgueux.
2° Pour une spécialité quelconque de fruits.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. — M.
Dupuy-Dabzac (poires).
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Cramier (pommes).
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Gibiat (pêches).
— 14 2 —
Quatrième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Lusseau (raisins).
3° Pour fruits obtenus de semis par l’exposant.
(Néant.)
SECONDE CLASSE.
Concours entre tous autres exposants.
1° Au plus beau lot d’ensemble de fruits de toute nature.
Premier prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Gibiat, précité.
Deuxième prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Chouri, précité.
Troisième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Guichard, jardinier à Labarde, près Bourdeilles, chez
M. E. de Bellussière.
2° Poires.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Gibiat.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Lafaye (Denis).
3° Pommes.
Premier prix, médaille de bronze de première classe. —
M. X.
Deuxième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Durouchard, jardinier à Périgueux.
4° Pêches.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Gibiat.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. X.
— 143 —
5° Au plus beau lot de raisins de table ou autres.
Prix unique, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Chouri.
6° Au plus beau lot de fruits mûrs de saison en plusieurs
espèces, non compris celles ci-dessus désignées.
Pi•ix unique,- médaille de bronze de première classe. —
M. Rongiëras, propriétaire à Ladouze.
7° Au plus beau lot de fruits secs, notamment de pruneaux
dits d’Agen, récoltés et préparés dans la Dordogne.
Prix unique, médaille d’argent de première classe. —M. Dulac, propriétaire à Chabans.
8° Fruits provenant de semis obtenus par l’exposant.
Premier prix, médaille de bronze de première classe. —
M. de Raymond, à Sarliat.
Deuxième prix, médaille de bronze de deuxième classe.
— M. Chouri.
prix d’honneur de la série.
Médaille d’or de la ville. — M. Cramier.
TROISIÈME SÉRIE. — FLEURS ET PLANTES D’ORNEMENT.
PREMIÈRE CLASSE.
Concours entre pépiniéristes et horticulteurs
marchands.
1° Ensemble de plants, arbres, arbustes ou fleurs de toute
nature.
Premier prix, médaille d’argent de première classe. —M.
Dupuy-Dabzac, précité.
— 144 —
Deuxième prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Lafaye (Denis), précité.
....
Troisième prix, ex œquo, 'médaille de bronze de première
classe. — M. Lusseau fils, pépiniériste à -St-Georges, et Ht........
à Périgueux.
Quatrième prix, médaille de bronze de deuxième classe.
— MM. Nadal frères, horticulteurs à Périgueux.
2° Spécialité de plantes quelconques par collection de vingtcinq au moins de chaque espèce,
Premierprix, médaille d’argent de deuxième classe (fuchsias
parfaitement cultivés). — M. Nadal, précité.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. Dupüy-Dabzac (fuchsias).
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. M..... (géranium zonale).
3° Plantes obtenues de semis par l’exposant.
Pas de premier prix.
Deuxième prix, ex œquo, médailles de bronze de première
classe. — MM. Lafaye (Denis) et Lusseau fils (fuchsias et pé
tunias de-semis).
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Mazy, précité (reines-marguerites).
4° Conifères.
Prix unique, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Lafaye (Denis), précité.
5° Introduction déplantés nouvelles d’ornement.
Prix unique, médaille de bronze.—M. Dupuy-Dabzac,
précité.
j
— 145 —
6° Plantes de serre chaude. '
Premier prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Dupüy-Dabzac, précité.-
Deuxième prix, médaille d’argent. — M'. Lusseau fils, pré
cité.
7° Plantes de serré tempérée.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Dupuy-Dabzac; précité.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M. M...., à Périgueux.
8° Pour la plus belle collection de fleurs coupées.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
M. Gënisset, horticulteur à Bordeaux.
Deuxième prix, médaille de bronze de première clgsse. —
M. Lafaye (Denis), précité.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième, classe. —
M. Dupuy-Dabzac, précité.
SECONDE CLASSE.
Concours entre tous autres exposants.
.
.
(Néant.)
Prix d’honneur de la série. — Médaille d’or offerte par la
société d’horticulture de Bergerac.—M. Dupuy-Dabzac, pé
piniériste.
Médaille d’or offerte par le commerce de Périgueux, —
M. Lafaye (Denis).
10
— l46 —.
QUATRIÈME. SÉRIE. — JARDINS ET DÉCORS.
1° Objets d’art et d’industrie se rattachant à Thorticulture,
sauf ceux ci-après désignés.
Mentions honorables. — M; Dubourdieu , à Thiviers, pour
poterie. •
M. Dësmarton, à Thiviers, pour poterie..
2° Cartes et plans de jardins.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. — M,
Le Breton, architecte paysagiste, à Paris.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
M, Lusseau fils.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Ferrand, architecte paysagiste à Cognac.
3° Outils et coutellerie de jardin.
Premier prix, médaille d’argent de première classe. — M.
Brillet, coutelier à Périgueux.
Deuxième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
M. Boniton, coutelier à Saint-Astier.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxiètne classe. —
M. Monié, à Périgueux.
4° Concours imprévus.
Médaille de bronze- de - deuxième claSsè. — M. Pradier, à
Périgueux, pour son cueille'-fruit.
5° Constructions horticoles, chauffage des serres et irrigations.
Médaille. d’argent de deuxième classe. — M. Mandavy , à
Périgueux, pour termosiphon perfectionné.
6° Collections d'insectes.
Médaille de bronze de deuxième classe. — M. Salomon,
pour vitrines de papillons,
7° Confitures, conserves; etc.
Mention honorable. — Mme Chauveau.
8° Oiseaux d’ornement.
Médaille de bronze de première classe.
M. Meyer, bras'seur à Périgueux, pour poules bantam-hlanches naines.
Médaillc de bronze de deuxième classe.
de Valbrune,
poules diverses.
•
Mention honorable. — M. SALET.TE,.à Périgueux, pigeons,
divers.
OBJETS JUGÉS PAR LES DAMES PATRONESSES.
Bouquets montés.
Premier prix, niédailled’-argent de première classe. — Mlle
Blanchard, fleuriste à Périgueux.
Deuxième prix, 'médaille d’argent de deuxième classe. —
MM. Nadal frères, précités.
Mention honorable. -— Mme Dorguin, à la gare de Périgueux.
Volière ouvragée et.oiseaux étrangers.
Médaille d’argent de deuxième elasse. — MM. de Bracquemont et Sensève, à Périgueux;
VISITE DES JARDINS.
Jardins maraîchers.
. Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. — M.
Constant, .jardinier de M. Daussel, à Périgueux,
- 148 —
Deuxième prix, médaille de bronze, de première classe. —
M. Benoît (Jean),, jardinier de Mgr l’évêque, à Saint-Georges.,
Amateurs.
Premier prix, médaillé d’argent de deuxième classe. —
M. Chouri, à Jéva.
Deuxième prix, médaille de bronze die première classe au
jardinier de M. Lapeyrière, au ïulou, prés Périgueux.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe au
jardinier de M. Lafon-Raphouil, à Ànnesse-et-Beaulieu.
Mention honorable au jardinier de Mme Bouclier, à Puvferrat, près Saint-Astier.
Parterres.
Premier prix, médaille d’argent de deuxième classe. —
Mme de Leymarie, à Périgueux.
Deuxième prix, médaille de bronze de première classe. —
Mme Laporte, à Périgueux.
Troisième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
Mme la comtesse de Malet, à Périgueux.
Afenfiem honorable. — M. Desnoyers, ferblantier.
Ornementation extérieure des balcons-et terrasses à Périgueux.
Premier prix, médaille de bronze de première classé. —
Mme Larozière, maison Laronde.
Deuxième prix, médaille de bronze de deuxième classe. —
Mme L, Mie, maison Laurière.
Mention honorable. — M. Marquet, sabotier, place Mauvard,
quartier Rue-Neuve.
(Les pépinières seront visitées ultérieurement.)
— 149
SERVICES HORTICOLES.
Prix ex œquo, 98 fr. et mention honorable à MM. Rey (Jean),
employé depuis dix-huit ans chez M. Dupuy-I)abzac, et Delübiuac (Jean), jardinier chez M. Chouri depuis trente ans.
AU PLUS BEL APPORT DE PLANTES AYANT SERVI A LA DÉCO
RATION DU JARDIN DE L’EXPOSITION.
Médaille d’argent de deuxième classe. — M. Séguy, méde
cin à Périgueux.
Médaille de bronze de première classe. — M. Dupuy-DabzAC.
Médaille de bronze de deuxième classe. — M. Nadal.Il était six heures, la nuit commençait, quand les échos de
la salle ont cessé de retentir du bruit des triomphes des héros
du jour, héros dont plusieurs, notamment MM. Montagut, de
Segonzac, de Galard, de Damas, de Lentiliiac, Durand et
Guyonnet, etc., en un mot, tous ceux qui ont obtenu les plus
belles récompenses ou les nominations les plus fréquentes, ont
été l’objet de vives acclamations.
G’est aussi avec une expressive sympathie que les auditeurs
ont accueilli les noms des ecclésiastiques et des instituteurs qui
ont été proclamés. Le presbytère et l’école communale donnent,
en se mettant à la tète du mouvement pour le perfectionne
ment industriel et agricole, qui va si bien de compagnie avec
le perfectionnement moral le plus précieux de tous, un exem
ple d’une haute importance qui mérite et obtient une sincère
reconnaissance.
Au moment oii le cortège se relirait, accompagné par une
dernière et éclatante fanfare, les barrières de Tourny se fer
maient devant l’affluence du public, qui essayait encore de pé
nétrer sur la promenade qu’on avait bien de la peine à faire
- 150 —
évacuer. Depuis le malin, malgré le mauvais temps, les visites
aux objets exposés n’avaient pas cessé. Des centaines d’ouvriers^
de campagnards, de;'personnes de tout "rang se pressaient
continuellement aux portes et envahissaient les passages. Cha
cun voulait voir, étudier, juger une dernière fois. Il est impos
sible de fixer, même approximativement, le nombre dé ceux qui
ont circulé pendant la journée, où tous ont pu aller et venir
gratuitement dans les trois enceintes.
On se fera d’ailleurs une idée de l’immense attrait, exercé par
ces spectacles instructifs sur la foule, quand on saura: que no
nobstant les averses il a été, du 1er septembre, à quatre heures
de l’après-midi, jusqu’au 3 au soir, reçu 2,500 fr. au bureau
de perception, ce qui porte à 5,000 le nombre des visiteurs
payants, et il faut se rappeler que plus de 1,000 cartes, donnant
droit à l’entrée libre, avaient été mises à la disposition des
membres des diverses sociétés concurrentes et des dames patro
nesses. À quel chiffre ne serait-on pas arrivé si le temps eût été
favorable, si tout ce qui avait été annoncé eût pu paraître?
Avec les expositions finissaient les fêtes de Périgueux; mais
elles ne s’étaient pas bornées à ces solennités qui en ont fait
seulement la partie principale. Il nous reste à présenter le ta
bleau de celles qui se sont succédé pendant la durée des con
cours, et dont plusieurs, prises isolément, auraient suffi pour
justifier l’envahissement de la ville par les étrangers.
Nous allons maintenant marcher avec confiance, car le se
cours des hommes spéciaux nous sera pleinement acquis, sou
vent même nous abandonnerons entièrement à nos complaisants
collaborateurs le soin de diriger l’opinion dans les détails des
faits qu’il nous faudra successivement aborder, heureux de pou
voir offrir de tels guides à nos lecteurs.
— 151 —
II.
PRIMES AUX ÉLEVEURS DE CHEVAUX.
M. Dubois, notre collègue à la société d’agriculture et méde
cin-vétérinaire départemental, a bien voulu nous transmettre
les notes ci-après sur le concours ouvert entre les éleveurs de
chevaux dans l’arrondissement de Périgueux.
Ces réflexions, il faut le dire, ne sont pas précisément flat
teuses et encourageantes pour l’avenir d’une industrie qui s’é
tait un moment montrée brillante et avait donné de vives espé
rances aux amis de la production chevaline autour de nous.
Quel chemin en arrière nous avons fait depuis quelque temps !
Et combien peu nos exhibitions de juments et de poulains res
semblent à celles que nous avons vues lorsque l’action de la so
ciété hippique n’avait pas encore été réduite à néant en ce qui
touche cette branche importante de l’industrie agricole! Ce
n’est pas avec deux seules stations d’étalons placées aux extré
mités du département, à Larochechalais et à Bergerac, que
l’on parviendra à régénérer notre race équine abâtardie. Ce
n’est pas avec des primes, dont nous avons eu plusieurs fois à
signaler l’insuffisance, que l’on poussera les propriétaires du
Nontronais et des cantons nord-est de Périgueux , les plus
aptes de tous pourtant de la Dordogne à produire le cheval dans
de bonnes conditions, à préférer l’éducation de ce dernier ani
mal à celle du bœuf, du porc et du mouton, qui leur offre de
si beaux bénéfices.
Mais voici ce que nous écrit M. Dubois :
Le jury chargé de l’examen des juments poulinières et de leurs
produits pour la distribution des primes à Périgueux, a constaté
avec peine que le nombre des présentations allait chaque année en dé-
— 152 —
croissant. Ce manque de reproducteurs a mis le jury dans la doulou
reuse nécessité de remettre, sans pouvoir en faire la distribution, une
partie des fonds que le conseil général avait votés pour ce concours.
Il serait de la plus grande utilité de connaître la cause qui empêche
les éleveurs de notre arrondissement de se livrer avec plus de goût
et de persévérance à l’élève du cheval. C’est-il la dépense, les soins
trop assidus, la perte de temps qu'entraîne toujours l’éducation de
ces animaux ? Les accidents auxquels sont exposés les jeunes élèves,
la trop grande distance des stations, ou, malgré le nombre satisfai
sant de juments poulinières qu’on conduit à la monte, restent-elles
infertiles par suite de leur impuissance ou de celle de l’étalon?
Quand on compare le concours de Périgueux à ceux de Bergerac
et de Ribérac, on trouve une différence en faveur de ces deux der
niers, sous le double rapport du nombre et de la supériorité des mè
res et de leurs produits. La population chevaline de Bergerac surtout
a de la distinction et mérite qu’on s’occupe d’elle très sérieusement.
Nous possédons des fourrages de bonne qualité, peut-être en moins
grande quantité que 1rs arrondissements de Bergerac et de Ribérac;
nos prairies sont moins belles sans doute, mais le sol et le climat
conviennent sous tous les rapports à la multiplication des animaux.
Mêmes frais de soins.
Mêmes conditions d’accidents.
Mêmes dépenses d’entretien ensuite, car dans l’arrondissement de
Périgueux, si les frais sont moindres, les élèves sont inférieurs, et si
en traitant l’éducation, et en donnant aux élèves, aussitôt que les
dents peuvent les broyer, l’avoine et les autres condiments qui leur
conviendraient, comme on le fait partout où l’on connaît l’élève du
cheval, il est évident que les frais seraient plus considérables, mais
que d’un autre côté l’élève acquerrait un prix qui compenserait et
au-delà, et que notre arrondissement fournirait des produits supé
rieurs à ceux qui ont obtenu de bons succès en Périgord.
Il n’est pas rare, de voir des poulains de trois ans qui n’ont eu en
core pour toute nourriture que du foin, du vert à la saison, un peu
de son et ce qu’ils ont trouvé dans les prés après l’enlèvement des
principales récoltes, aussi restent-ils décousus, mal conformés, quand
ils avaient en principe ce qu’il faut pour devenir bons chevaux.
Il y aurait donc, pour arriver à de meilleurs résultats, deux condi
tions essentielles à remplir :
La première et la principale serait l’établissement dans l’arrondis
sement de Périgueux d’une station d’étalons du gouvernement. Ces
étalons auraient pour effet non-seulement d’assurer la reproduction
153 —
des bonnes espèces et des belles formes, mais encore de stimuler les
propriétaires d’étalons particuliers qui, devant une pareille concur
rence, n’hésiteraient probablement pas à faire les sacrifices nécessaires
pour avoir des reproducteurs remplissant les conditions indispensables.
La seconde condition serait d’encourager soit par des conseils,
soit par des primes, les éleveurs à mieux soigner et à mieux nourrir
leurs élèves ; on y arriverait surtout si on parvenait, par la création
de nouvelles foires ou de nouveaux marchés, à appeler plus souvent
dans le pays les marchands ou autres acheteurs de chevaux.
Si les primes accordées déjà par le jury sur les fonds alloués par
le gouvernement et le conseil général, n’ont pas jusqu’à présent suffi
pour stimuler le zèle des éleveurs et les engager à se présenter en
plus grand nombre au concours, peut-être cela tient-il à la modicité
de ces primes. Pour déterminer un éleveur à élever bien et en grand
nombre, il ne faut pas seulement lui offrir une perspective de rému
nération pour un seul élève, il faut que la prime soit assez considé
rable pour le pousser à entreprendre l’élève sur la plus grande
échelle possible. Il serait donc bon, selon nous, soit d’augmenter la
somme destinée aux primes, soit, si cette augmentation n’est pas possi
ble, d’augmenter le chiffre de chaque prime en en réduisant le nombre.
A la suite de cette appréciation, M. llubois nous fait connaî
tre la nature et. le nombre des primes à distribuer avec les
noms des lauréats.
Concours pour primes aux pouliches de trois ans faits, sail
lies dans l’année.
Cinq priifles du département devaient être distribuées.
Une prime de 120 fr....................
Une prime de 100 fr....................
Trois primes de 90 fr...................
120 fr.
100
270
Cinq primes..........................
490 fr.
Ierprix : 120 fr. —Pouliche, par Raban, de selle, trois
ans et demi, alezan doré, lm 47e, à M. Lafforest (Armand), à
Salegourde.
— 154 —
2e Prix : 100 fr. — Pouliche de trait, trois ans et demi,
alezan clair, lm 52e, à M. Lafforest (Armand), à Salegourde.
3e Prix : 90 fr. — Pouliche de trait, trois ans et demi, gris
de fer, lm40e, à M. PiaCart, à Montplaisir, commune de Mar- '
sac. Pas d’autres concurrents.
Concours pour primes aux juments poulinières de quatre ans
et au-dessus, suitées et saillies dans l’année.
Sur huit juments qui ont été présentées au concours, sept
ont été primées.
1er Prix : 130 fr. — Jument âgée de neuf ans, haie, 1m 54e,
à M. Lafforest (Armand), à Salegourde.
2e Prix : 100 fr. — Jument âgée de huit ans, bai marron
foncé, lm 49e, de trait, à M. Lafforest (Armand).
3e Prix : 100 fr. — Jument âgée de quatre ans, grise, lm
49c, à M. Lépine, au Change.
4e Prix : 90 fr. — Jument âgée de onze ans, bai brun,
lm 51, à M. Lafforest (Armand).
5e Prix : 90 fr. — Jument hors d’âge, bai clair, à M. de
Bousquet, à Montanceix.
6e Prix : 90 fr. — Jument de neuf ans, gris pommelé, lm
55e, à M. de Bousquet.
7e Prix : 60 fr. — Jument âgée de huit ans, gris pommelé,
1m55e, à M. de Bousquet.
La jument de M. Bost, quoique bonne et suitée, n’ayant pas
été saillie dans l’année, n’a pas dû être primée.
11
K/i
Ainsi, le combat s’est circonscrit entre quatre ou cinq éle
veurs, dont deux ont emporté presque tout ce qui a été distri
bué. C’est honorable pour ceux qui concourrent encore, mais
c’est déplorable comme résultat. Si l’on veut voir renaître les
beaux jours, trop vite évanouis, de notre enthousiasme pour
— 135 —
une institution qui périclite, il est évident qu’il faut entièrement
changer le système d’encouragement.
La société d’agriculture nous semble devoir hériter en très
grande partie du rôle que la société, hippique ne peut plus jouer.
Elle se chargerait volontiers sans doute de cette nouvelle mis
sion , et d’encourager la production du cheval, de concert avec
celle du bétail, sans se préoccuper de l’action étrangère, qui-pour
rait s’exercer librement de son côté.
Pourquoi le conseil général ne lui allouerait-il pas dans ce
but, s’en rapportant à ses lumières et à sa bonne volonté, la
moitié des fonds qu’il consacre maintenant sans beaucoup de
succès, force est bien de le reconnaître, à l’industrie de l’é
lève des chevaux, en dehors d’elle ?
Si l’exhibition faite des chevaux élevés chez nous n’a pas eu
de quoi charmer les connaisseurs, il n’en a pas été de même
des courses, cette création qui a rendu la vie à la foire de sep
tembre de Périgueux, autrefois délaissée, et qui donne depuis
plusieurs années une si grande animation à la ville sur la fin de
l’été. Nous allons les laisser décrire avec leurs incidents di
vers par notre honorable vice-président , M. le marquis de
Fayolle. Personne mieux que lui ne pouvait les raconter.
III.
COURSES DE PÉRIGUEUX EN 1862.
Je ne reviendrai pas, à l’occasion des dernières courses de
Périgueux, sur la question de savoir si les courses ont leur
utilité au point de vue agricole. J’ai étudié cette question dans
un récent article publié dans les Annales ; j’v renvoie nos lec
teurs.
— 156 —
Je veux seulement aujourd’hui donner le compte-rendu de
nos dernières fêtes hippiques. Cependant, je ne puis me dispen
ser de faire précéder ce récit de deux observations qui ont été
faites par tout le monde.
La première est la prospérité croissante des courses de Pé
rigueux, prospérité tout à l’honneur de la société hippique;
c’est que loin d’imiter d’autres sociétés qui voient chaque an
née se réduire leurs ressources, celle de la Dordogne suit une
constante progression, et est arrivée à ce résultat exceptionnel
et dont elle a le droit de s’enorgueillir, que, Bordeaux excepté,
aucune autre société de courses du midi, Limoges, Angoulême,
Montauban, Mont-de-Marsan, Toulouse, etc., etc., n’atteint le
chiffre des prix inscrits sur son programme par la société de
Périgueux. Elle a ainsi mérité les encouragements de l’admi
nistration , qui, en lui accordant le grand Saint-Léger du midi,
ne lui fait pas une faveur, mais lui décerne la juste récompense
de ses efforts couronnés de succès.
Notre seconde observation est malheureusement d’une na
ture tout opposée à la première ; elle est l’expression d’un re
gret. L’article auquel nous avons renvoyé nos lecteurs, en com
mençant , expose tous les bienfaits et les avantages qu’on doit
attendre de la course des cultivateurs. Cette institution si po
pulaire n’a jamais obtenu un succès plus complet, et cepen
dant ce succès coïncide avec le refus de la part du conseil
général de la Dordogne d’accorder à la société hippique la
modique somme qui lui était nécessaire pour continuer cet en
couragement si éminemment local !
Que nos cultivateurs se rassurent cependant : un de nos col
lègues, dont le nom brille déjà parmi les bienfaiteurs de l’ins
titution, frappé de l’avenir et de l’utilité de tels encourage
ments, s’est offert à remplir le vide fait par le refus du conseil
général ; en sorte que ces prix reprendront l’importance qui
— 157 —
leur avait été donnée par leur premier et généreux fonda
teur.
Les courses de 1862 ont emprunté un nouvel éclat aux nom
breuses solennités qui sont venues se grouper autour d’elles.
Mais, plus heureuses'que celles-ci, les courses ont joui d’un
temps magnifique ; la pluie qui les a précédées avait merveil
leusement préparé le terrain, adouci les ardeurs brûlantes du
soleil; enfin, l’immense affluence de spectateurs qui encom
brait les tribunes et les abords pittoresques de l’hippodrome
n’a vu le spectacle attristé par aucun des accidents qui ont si
gnalé les courses de 1861.
Quatre prix ont été courus le dimanche. Le prix départe
mental n’a réuni que deux concurrents. L’insuccès persévérant
de cette course, pendant que nous voyons réussir merveilleu
sement à côté d’elle la course des cultivateurs, nous confirme
dans l’opinion qu’elle n’est pas adaptée aux besoins du pays.
Aussi pensons-nous qu’il y a matière à une modification com
plète du programme en ce qui la concerne.
Jfan/arita, à M. Lafforest, a. gagné ce prix, qui s’élevait à la
somme de 500 fr., courant contre une jument appartenant à
M. Barbut, d’Agonac.
A cette course a succédé celle des gentlemen, qui excite tou
jours si vivement l’intérêt du public.
Six chevaux y ont pris part, montés par plusieurs des illus
trations du turf. MM. le duc de Gaderousse, Capdevielle, Hé
rault, le comte de Vogué, Bessey, véritable ressuscité de l’année
dernière, venant montrer à notre public, si sympathique pour
lui, qu’il a le cœur aussi solide que le corps ; enfin, M. de Vanteaux, dont nous avons si souvent applaudi les victoires, et qui
a encore été vainqueur, montant Miseria, à M. le comte de
Bony.
— 158 —
Ordre d’arrivée
,
. Miseria, au comte de Bony............. ' 1 2 1
Fantaisie, à MM. Régis....................
3 12
Arcole, au baron Nivière.................
2 » »
Les trois autres non placés. Montant du prix : 1,950 fr. pour
le premier, 300 fr. pour le deuxième.
Un singulier épisode s’est présenté à la troisième épreuve de
cette course, qui n’était que d’un demi-tour. Le cheval de M.
le comte de Vogué et la jument de M. Capdevielle étant partis
avant le signal, ont fait, le premier, un tour et demi ; le se
cond, un tour d’hippodrome avant que leurs cavaliers aient pu
les arrêter. Ils ont dû être retirés.
Le prix de l’Empereur a été couru par quatre chevaux et ga
gné facilement par Solferino, à M. Eould ; ’ Yacht-, à M. de
Vanteaux, était second.
Montant du prix, 3,300 fr. au premier; 300 fr. au second.
Enfin, le grand prix du Périgord a été couru par cinq che
vaux et gagné par Beausyre, à M. du Garreau ; Ainsi soit-il,
à M. le baron de Nexon,-deuxième.
Montant du pfix, 6,600 fr. au premier; 1-,000 fr. au se
cond.
Le deuxième jour, lundi, a été consacré aux prix d’Haute
fort, course des cultivateurs. Celte- course étant restée cette
année à la charge de la société hippique, la valeur des prix en
avait été réduite de moitié ; et cependant les concurrents ont
été plus nombreux que jamais, et chacun a pu constater une
amélioration sensible dans- le mérite de quelques-uns d’entre
eux.
Cinq chevaux sont partis dans la course de trois ans. Celui
de Desfarges, arrivé premier, a reçu 120-fr. ; Chassain, 60 fr. ;
Andrieu, 35 fr,; Barbut, 10 fr.
— 159 -
•
Six chevaux sont partis dans la seconde course. Couturas,
arrivé premier, a reçu 120 fr.; Barbut, 60 fr.; Glavirias,
35 fr.' Une partie des 500 fr. n’ayant pas trouvé d’emploi, a
été ajoutée à une souscription ouverte. séance tenante , et a
donné lieu à une course dont nous devons signaler le résultat
vraiment merveilleux. Il s’agissait d’une course de haies, exer
cice auquel chevaux et cavaliers étaient presque tous aussi
étrangers les uns que les autres.
Sept chevaux se sont présentés ; tous ont passé les haies ;
tous sont arrivés au but et sans le moindre accident à signaler !
Le vainqueur a été un cheval gris au sieur Bourbon, monté par
Latour. Bourbon a reçu 100 fr. et le cavalier 50 fr. Le second
appartenait à M. Barbut ; 80 fr, ont été partagés entre le pro
priétaire et le cavalier. 20 fr. ont été également partagés en
tre le propriétaire du troisième arrivé, M. Durand et son jockey.
Répétons-le, l’entrain, l’émulation, le fiévreux intérêt du pu
blic à qui l’hippodrome est livré ce jour-là, ces exercices po
pulaires font naître l’amour du cheval et créent des cavaliers
parmi nos jeunes cultivateurs.
La troisième journée'a vu les tribunes envahies par un pu
blic encore plus compacte que ,1e dimanche.
Le prix spécial de 1,500 fr. a été gagné par Wolframi à M.
Fould; le prix principal, 2,500, par Yacht, à M. de Vanteaux.
Mais le prix impérial, à, 000 fr., a été le grand intérêt de la jour
née ; quatre chevaux sont partis dans cette course dei;800
mètres.' Ce prix semblait échu d’avance à Faustine, jument en
voyée par la grande écurie, comme pour recevoir une proie
assurée. Il serait impossible de décrire l'émotion, l’enthou
siasme qui se sont emparés du public tout entier, lorsqu’on a
vu Ainsi-Soit-il, à M. le baron de Nexon, prendre les devants
à la fin de cette grande lutte, et arriver, battant facilement la
représentante des écuries du nord. Un tonnerre d’applaudisse-
— 160
ments a ébranlé l’air ; on a vu des turfistes se jeter dans les
bras l’un de l’autre. Je déclare, quant à moi, que j’ai rarement
éprouvé une aussi vive émotion ! Mais, il faut le dire, le nom
du vainqueur n’était pas étranger à cette joie universelle, et
l’ovation s’adressait plus directement encore à M. de Nexon
qu’à la défaite imprévue des chevaux du nord.
Cette dernière journée s’est terminée par le handicap de
800 fr. Six chevaux sont'partis. Fantaisie,à M. Th. Régis, est
arrivée première, et Encore-un, à M. de Nexon, second, a
reçu les entrées, montant à 120 fr.
Ainsi s’est terminée cette réunion de courses, où l’affluence
des étrangers, le nombre des chevaux partants, l’absence de
tout accident et l’ordre le plus parfait, ont prouvé une fois de
plus la progression que ne cesse de suivre le succès de nos
courses.
Chacun s’est retiré satisfait, car, chose rare à constater, au
cune écurie n’a écrasé ses émules ; les prix se sont à peu près
également répartis ; et tous, public et coureurs, se louant de la
proverbiale hospitalité périgourdine, se sont donné rendez-vous
à Périgueux pour l’année prochaine.
Marquis de Fayolle.
IV.
CONCOURS ORPHÉONIQUES
ET DE FANFARES.
La Société des fêtes de charité de Périgueux avait eu l’idée
d’organiser un concours d’harmonie au profit des pauvres de la
ville, et, dans ce but, elle avait fait un appel aux associations
chorales et instrumentales des départements voisins, comme à
— 161 —
celles des divers arrondissements de la Dordogne. Un bon nombre
d’elles sont arrivées et ont rivalisé de leur mieux devant les sa
vants artistes appelés pour les juger. Le lundi 1er septembre devait
avoir lieu sur Tourny la distribution solennelle des récompen
ses. Le programme était attrayant, la foule aurait été énorme,
la recette prodigieuse et la misère bien heureuse; mais point!
le vent s’est mis à mugir, la pluie a formé des torrents qui cou
raient en grondant d’unton sinistre. Cette musique, sur laquelle
on ne comptait pas et qu’on était loin de désirer, a fait changer
les dispositions arrêtées.
A sept heures, toutes les corporations orphéoniques ou de
fanfares se sont réunies, bannières en tête, et, précédées de
l’orphéon de Périgueux, ainsi que de la musique du 91e de li
gne, se sont rendues au lycée. Cette marche triomphale s’est
faite- aux flambeaux au milieu de plus de dix mille curieux ac
courus de toutes parts pour jouir de ce spectacle.
Le local où a eu lieu le concert était malheureusement beau
coup trop étroit pour recevoir toutes les personnes qui dési
raient y assister. La recette au bénéfice des indigents aura sans
doute été grandement diminuée par suite de cette fâcheuse cir
constance.
La plupart de nos autorités étaient présentes.
Le festival a commencé à 8 heures. L’orphéon de Périgueux,
qui faisait les honneurs de la soirée, s’y est distingué. Après
un discours de M. Ivan de Valbrune, les récompenses ont été
décernées dans l’ordre que voici :
Concours d’Orphéons.
troisième division. —
Troisième section.
Premier prix ascendant. — Orphéon d’Ambaiiès.
Pour reconnaître le mérite hors ligne de cette société, le jury,
11
— 162 —
à l’unanimité, lui accorde une Médaille d’Or offerte par la ville
de Périgueux.
Deuxième section.
Premier prix ascendant. — Médaille de vermeil offerte par
la ville de Périgueux. — Société chorale d’Excideuil.
Deuxième prix ascendant.— Médaille d’argent donnée par
l’orphéon de Périgueux. — Orphéon de Chalais.
Troisième prix ascendant. — Médaille offerte par la société
d’horticulture. — Orphéon de Branne.
Première section.
Premier prix ascendant. — Médaille d’or offerte par le
cercle Michel-Montaigne. — Orphéon de Barbezieux.
Deuxième prix ascendant. — Médaille d’argent offerte par
la ville de Périgueux. — Orphéon de Bellac.
Troisième prix ascendant. — Médaille d’argent offerte par
la ville de Périgueux. — Société chorale de Brive.
Quatrième prix ascendant. — Médaille d’argent donnée par
l’orphéon de Périgueux. — Société chorale de Nontron.
Cinquième prix ascendant.— Médaille d’argent donnée par
l’orphéon de Périgueux. — Orphéon de Saint-James de Ber
gerac.
DEUXIÈME DIVISION.
Premier prix ascendant. — Médaille d’or offerte par le
cercle de la Philologie. — Orphéon de Paillet.
DIVISION SUPÉRIEURE.
Premier prix. — Médaille d’or donnée par S. M. l’Empe
reur. — Orphéon d’Angoulême.
163
Concours de Fanfares.
troisième division. — Deuxième section.
Prix ascendant. — Médaille de vermeil. — Société philhar
monique de Jarnac. — Directeur, M. Braconnier.
Première section.
Premier prix. — Médaille d’or de l’Empereur. — Fanfare
de la Teste. — Directeur, M. Cli. Vanot.
Deuxième prix. — Médaille d’argent de l’Empereur. —
Fanfare de Nontron. — Directeur, M. àucouturier.
Ceux de nos lecteurs qui cultivent la musique seront bien ai
ses de retrouver ici le rapport motivé du jury, en ce qui con
cerne les orphéons. Ce document est l’œuvre de M. Camille de
Vos, de Paris, dont le nom fait autorité en pareille matière.
3e division. — 3e section.
Orphéon d'Ambarès, directeur M. Craywinkel. — On remarque
dans cet orphéon une bonne distribution entre les parties, une grande
égalité sonore, et, par contre, fusion des registres. Justesse,, sagesse
de nuances et décision dans l’attaque. Voilà les qualités qui distin
guent cette société de la 3’ section. Voici en quels termes le jury a
constaté, au procès-verbal, son jugement « pour reconnaître le mé
rite hors ligne de l’Orphéon d’Ambarès ; le jury, à l'unanimité, lui
accorde une médaille d’or. » La médaille destinée à cette section
était en argent.
3e DIVISION. — 2' SECTION.
Orphéon de Chalais, directeur M. Chaignaud. — Lorsque les ténors
chantent des notes élevées, il faut que le timbre reste le même. Mar
chons, soldats-, dans ce forté, les voix ne conservent pas leur sonorité
primitive, ce qui leur retire de la rondeur. Il sera facile de corriger
cela en exphquant aux chanteurs qu’on n’obtient aucune force lorsque
les voix sont poussées au point de crier. Lés basses sont en trop pe
tit nombre. Les pianissimo sont toujours mieux rendus que les forte,
par la raison que l’organe n’est pas tourmenté et qu’alors l’égalité
sonore est toute naturelle. En disant tayaut, il ne faut pas traîner les
voix. Egalité entre les parties, dans les forté comme dans les piano,
— 164 —
voilà ce qu’il faut soigner pour faire disparaître la crudité des notes
élevées. Il ne faudra pour cela que surveiller la qualité du son, qui se
modifiera quand on chantera avec force sans crier.
SocidZd chorale de Branne, directeur M. Ichon. — Il est essentiel,
avant de commencer un morceau et surtout pour le deuxième chœur,
de bien prendre l’accord ; la justesse est la première des qualités,
elle ne souffre aucune faiblesse, on ne saurait donc y mettre trop de
soin. Dans aucune circonstance les accords ne doivent disparaître, ils
sont écrits pour être entendus ; entre les bouches fermées et une par
tie qui prononce, et par conséquent articule, on saisira toujours
l’harmonie par la différence des moyens employés. Les effets de bou
ches fermées sont jolis et agréables; mais ces moyens, presque dan
gereux pour des chanteurs aguerris, ne devraient jamais être tentés
dans la 3e division. La bouche fermée accompagne le plus souvent une
partie récitante, mais cela ne veut pas dire qu’elle doit jouer le rôle
d’un mauvais instrument. Un directeur doit, avant d’introduire de tels
moyens dans sa société, être bien certain que ce genre exceptionnel,
si bien employé par les Allemands et avec tant de sagesse, sera vocal
et que les voix y seront traitées choralement. Autrement une gui
tare ferait bien mieux l’affaire. Nous recommandons ces observa
tions, non pas pour exclure les bouches closes, mais pour empêcher
les sociétés de s’égarer.
Société chorale d'Exideuil, directeur M. Laussinotte. — Nous en
gageons les sociétés à lire les observations qu’elles trouvent pour
chaque orphéon, afin de nous éviter des répétitions inutiles. Ce que
doivent avant tout connaître les orphéons, ce sont les défauts. Sur
les notes tenues de patrie, par exemple, on doit conserver une égale
sonorité ; si la note porte un decrescendo, alors il faut une attention
particulière sous peine de léser la justesse. Dans le deuxième chœur,
nos observations portent sur l’ensemble des attaques et sur l’inté
grité de la justesse. Le remède est facile ; que chaque partie parte
bien ensemble ; rien n’est fâcheux comme de pouvoir reconnaître des
chefs de parties ; ils doivent exister à la condition que tous les chan
teurs donneront à la fois.
3e DIVISION. — lre SECTION.
Orphéon Saint-James de Bergerac, directeur M. Bertier. — Çette
société a fait de notables progrès ; nous lui reprochons encore certai
nes hésitations qui laissent un peu de doute sur la justesse. Le mor
ceau imposé a été beaucoup mieux, l’accompagnement, toutefois, doit
être plus rhylhmé. Honneur aux enfants de Vésone a été rendu avec
165 —
force et énergie, qualités qui prouvent les moyens de cet orphéon et
obligent pour l’avenir.
Société chorale de Brive, directeur M. E. Mas. — Empêchez vos
ténors, il faudrait presque dire votre ténor, car il a une voix qui do
mine trop, de donner ces notes crues et aigres ; elles détruisent l’en
semble. La correction sera facile à obtenir, car les mêmes voix sur
des notes également élevées, avaient bien meilleure sonorité dans le
chœur imposé. C’est que tous chantaient ici, et que dans le premier
morceau on se fiait à une ou deux voix. Mauvais moyen. Dans l’ac
compagnement, on n’entendait pas les barytons. Les forlés avaient de
l’éclat et cela dans d’excellentes conditions ; le mordant des ténors
s’y fondait bien.
Orphéon de Barhezieux, directeur M. Arberet. — Cet orphéon se
recommande par une interprétation distinguée, de l’assurance, du
charme même, dans certains moments. Il arrive à donner du corps à
sa sonorité ; il faut à présent que l’orphéon de Barbezieux s’exerce à
posséder les délicatesses des nuances dans les nuances, cela complé
tera son style et il s’élèvera promplemenl aux divisions qui lui four
niront des concurrents dignes de son zèle.
Société chorale de Nontron, directeur M. Aucouturier. — Mainte
nez vos chanteurs ; ils s’élancent avec plus d’ardeur que d’assurance ;
on doit bien se pénétrer que de l’attaque dépend toute une phrase. L’ac
compagnement du chœur imposé a été bien établi, les barytons ont
accusé les croches sans précipitation, ainsi qu’elles doivent être fai
tes. Nous conseillons à M. le directeur de ne pas tant espacer les chan
teurs. Il faut toujours grouper les exécutants de façon à pouvoir les
guider avec les yeux, et à appuyer, par l’expression de la physiono
mie, la mesure qu’on donne. Les chanteurs qui perdent de vue la li
gure du directeur ne sont que des conscrits.
L'Orphéon de Bellac, directeur M. Couturaud, — est celui qui a le
mieux compris le chœur imposé; malheureusement les moyens de
cette société sont très limités ; nous conseillons à M. le directeur d’al
longer la sonorité de sa société; cette expression un peu étrange sera,
pensons-nous, comprise par les intéressés. Ainsi les tenues son lé
gèrement écroûtées ; cela peut, cela doit être changé ; des exercices
sous des notes de longue durée, avec une égale intensité de force,
sera un moyen d’obtenir de la rondeur et de l’éclat La justesse a été
parfaite.
L’orphéon de Bellac a fort bien imité le vent, c’est un résultat in
signifiant pour des voix. Cela ne vaut pas un petit bout d’expression
Le mérite des chanteurs ne consiste pas à imiter le vent, le chant du
166
coq et autres plaisanteries bien plus du domaine du charlatanisme que
de celui de l’art musical, qui consiste à rendre des sensations, à ex
primer des sentiments. On doit toujours s’élever et on ne doit jamais
descendre à de vulgaires imitations. Vous avez bien réussi ce que
vous vouliez imiter ; mais votre société n’a pas gagné une qualité à
cela ; un instrument qui arrive à s’approcher de la voix humaine
frise la perfection! une voix qui imitera à s’y tromper les bruits qui
frappent journellement nos oreilles ne sera jamais qu’un instrument
dégradé.
II y a des effets d’un ordre très élevé dans les émissions à bouche
close, à la condition de rester vocales. L’organe possède des sonori
tés très variées, sa palette est riche en couleurs et son expression est
sans fin.
2“ DIVISION.
Orphéon de Paillet, directeur M. Souteyron. — Le chœur imposé
a été dit avec charme et avec une grande distinction. Les éléments de
cet orphéon sont excellents, les voix sont sympathiques, et malgré
l’absence d’un grand nombre de ténors, les quatre voix présentes
ont soutenu très dignement l’honneur de la bannière.
DIVISION SUPÉRIEURE.
Orphéon d'Angoulême, directeur M. A. Graire. — L'Osalutaris doit
se rendre encore un peu plus lentement. La Nouvelle alliance a été
attaquée avec une belle précision ; l’interprétation est excellente et
les voix s’y soutiennent bien jusqu’à la fin.
Nous recommandons à l’Orphéon d’Angoulême de soigner sa sono
rité, qui manque de rondeur. Les basses graves sont en très petit
nombre, mais ceci n’est la faute de personne ; on n’est pas maître de
faire naître les éléments, on peut seulement développer les qualités
dont on dispose. De même qu’on accorde les parties entre elles afin
d’arriver à la concordance des parties, il faut aussi arriver à la fusion
des voix dans chaque partie. De tels soins donnent souplesse, ron
deur et force.
Pour le jury :
Le président, Camille de Vos.
Nous regrettons de ne pouvoir insérer un semblable travail
sur le concours des fanfares. Tout ce que nous savons de celui-ci,
c’est que l’exécution des diverses réunions instrumentales a paru
très satisfaisante en général.
- 167
M. de Vos, dont nous venons de citer l’appréciation sur les
qualités musicales des orphéons qui prétendaient aux médailles
promises, a rendu compte, dans la France chorale, des im
pressions qu’ont laissées dans son souvenir les luttes harmo
nieuses qui l’ont eu pour auditeur et en partie pour arbitre, ainsi
que les démonstrations dont il a été l'objet avec ses collègues.
Nous reproduisons son récit :
A vrai dire, Périgueux n’est pas précisément une ville musicale;
un concours d’orphéons y semble chose étrange. Le côté artistique,
fraternel ou moral semble échapper au tempérament scrutateur des
habitants. Pour eux, les sociétés chorales sont des cohortes chan
tantes. Il faut le dévouement de M. Duteil, l’intelligente activité de
M. Richard et la raison des orphéonistes, pour résister à une si
grande et si stérile indifférence. M. le chevalier de Cremoux, prési
dent de l’orphéon, mérite de sincères éloges, pour avoir osé ouverte
ment protéger et aimer ces dignes et braves orphéonistes.
Le concours a été très satisfaisant dans son ensemble. Les sociétés
nouvelles de la troisième division ont été toutes fort convenables, les
conseils et les comparaisons qui s’établissent, par l’audition des con
currents, feront faire des progrès prompts et certains.
Le festival prouvera — à quelques esprits attardés — que des
orphéonistes, composés d’éléments si divers, peuvent et savent, sans
aucune répétition, chanter et unir leurs voix fraternelles avec une
simplicité qu’on chercherait vainement ailleurs. Ici, une même pensée
guide tout le monde, la musique seule peut faire naître de telles
assemblées.
M. de Valbrune, secrétaire des fêtes de charité, avait donné tous ses
soins pour assurer au festival l’éclat digne de tant de sociétés. La
place Tourny était décorée et heureusement disposée pour recevoir
les exécutants et le public payant et non payant. Il est toujours à dé
sirer que les concerts populaires puissent être entendus par ceux que
la fortune oublie, mais que la musique adopte sans conditions. Hé
las! une pluie battante est venue changer l’ordre établi ; le festival
ainsi que la distribution des prix, a eu lieu à la salle du Lycée.
Avez-vous vu, sur cette estrade trop étroite, les orphéonistes de
bout, serrés dans une position fatigante, exténués de lassitude!
Avez vous remarqué avec quelle attention ils ont chanté les morceaux
— 168
d’ensemble! Certes, on ne pouvait guère se douter que ces Sociétés
chorales ne s’étaient jamais vues. Plus de bannières, plus d’indivi
dualités! Ces orphéons qui, tout à l’heure, combattaient pour faire
constater les résultats de leurs travaux, viennent, dans une même
pensée, se ranger sous la direction d’un seul homme, nous devrions
dire d’une seule baguette! Les chœurs chantés par les sociétés réu
nies ont pleinement réussi. Quand on en sera arrivé à vouloir faire
une sérieuse répétition préparatoire, on obtiendra les résultats tant
admirés en Allemagne.
Parmi les morceaux chantés au festival, on a fort applaudi et re
marqué les Enfants de Vésone. Les paroles, bien inspirées, sont dé
M. A. Matagrin; la musique, parfaitement écrite dans le style choral,
est traitée avec les qualités vocales que l’heureux auteur, M. Mones
tier, est à même de bien connaître, car il est lui-même à la tête d’un
excellent orphéon, les Enfants de Saint-Denis. Les orphéonistes ont
chanté sous la direction de M. Duteil, de façon à prouver, malgré
certaines difficultés, ce qu’on peut espérer de leur zèle et de leur
constance.
Dans un déjeuner improvisé, les orphéonistes ont voulu remercier
le jury. Nous avons apprécié la grâce et la délicatesse de cette invita
tion spontanée. Outre les moments pleins d’entrain et le concert acci
dentel, mais si franchement agréable!... nous avons fait la connais
sance de collègues'aussi modestes qu’ils sont bons musiciens : M. Au
bert, chef de musique au 91e de ligne, est une de ces natures qui
ont besoin de l'intimité pour se révéler. Puisse-t-il conserver de nous
le sympathique souvenir qu’il nous a laissé. M. Adriet, sous-chef,
modeste et tranquille comme ces talents qui craignent d’attirer l’at
tention, sans doute pour se faire pardonner leur mérite.
La journée si bien commencée a fini de même. Le soir, l’orphéon
de Périgueux nous a fait ses adieux par une sérénade qui, une fois
de plus encore, doit sceller la solidarité et l’estime réciproque entre
le jury et les orphéons.
Camille de Vos.
Ceci commence par un grief contre nous; à vrai dire, il est
fondé, du moins jusqu’à présent il a paru l’être. Pourquoi en
est-il ainsi? Nous l’ignorons. Toujours est-il que dans une ville
oit il y a tant de mélomanes et oit les pianos envahissent les
maisons à tous les étages, il est regrettable qu’il n’y ait pas
plus d’accord entre les adeptes de l’art. Bien des essais tentés
— 169 —
pour établir l’harmonie parmi eux ont échoué; mais maintenant
il y a symptôme d’amélioration. Avant peu sans doute tout mar
chera parmi nous à souhait sous ce rapport comme sous tant
d’autres. Les corporations musicales bien comprises et bien con
duites ont leur incontestable utilité, et leurs concours, pourvu
qu’ils ne deviennent pas une occasion trop fréquente de perte
de temps, sont un moyen d’émulation très appréciable, outre
qu’ils procurent aux populations une distraction des plus agréa
bles. L’intérêt si vivement excité par le festival du 1er septem
bre, et la persévérance de notre orphéon dans ses études artis
tiques bien dirigées, prouvent que les Périgourdins aiment
et apprécient le beau dans toutes ses manifestations. Nos con
citoyens et nos hôtes s’attendaient à de magnifiques concerts
sous de beaux arbres, à la clarté d’une illumination féerique. Le
cadre a été un peu réduit par la tempête; mais on n’a pas pu
dire du projet primitif : autant en emporte le vent. La partie
décorative a seule souffert en partie, et pendant que la brise
de l’Océan faisait rentrer les lampions promis et gémir les bran
chages de nos ormeaux, comme des harpes éoliennes, les rossi
gnols, chassés des allées, n’en ont pas moins, malgré l’oura
gan, chanté dans la nuit, à la lueur des bougies remplaçant
les étoiles, mélodieusement, mais, faute d’espace, devant trop
peu d’heureux.
V.
RÉJOUISSANCES PUBLIQUES.
Conclusion.
Tandis que se déroulait la chaîne dorée des spectacles émou
vants et utiles que nous venons d’énumérer, de joyeuses dis
tractions étaient offertes à nos visiteurs pendant les intervalles
de repos d’une lutte à une autre. Le dimanche au soir , un
— 170 -
feu d’artifice, tiré par les soins de la ville, inaugurait les fêtes.
Le public aime les fusées, ces météores resplendissants partis
tout à coup l’on ne sait d’où, qui flamboient en s’élevant, mon
tent avec une trace lumineuse en semblant se dire : quo non
ascendam? Jusqu’où n’irai-je pas ? et qui tout-à-coup éclatent et
s’éteignent sans laisser de traces, comme des célébrités du jour.
L’on a fort applaudi le bouquet radieux de soleils et de bombes,
qui semblait pronostiquer et célébrer à la fois l’éclat des joûtes
qui commençaient.
Une heure après, le palais de justice voyait accourir des flots
pressés d’invités à un bal offert dans la vaste salle des pas-per
dus par une commission qui l’avait organisé au moyen de sous
criptions, et qui lui a donné le plus grand charme. Accueil
courtois, disposition parfaite du local, service irréprochable du
buffet, distinction, y étaient réunis.
Le surlendemain, un second bal avait lieu dans les salons du
cercle de la Philologie, ouverts par les membres de cette asso
ciation, fidèles à leurs habitudes de gracieuse hospitalité, d’élé
gance et de bon goût, comme les amis du plaisir délicat et de
la bonne compagnie sont fidèles à se trouver tous ensemble à
leurs rendez-vous.
Enfin, lorsque le temps le permettait, des sérénades et des
jeux publics occupaient et réunissaient les promeneurs.
Plusieurs banquets ont eu lieu. M. de Vos a mentionné celui
des sociétés chorales et instrumentales. La société d’horticulture
en a offert un à MM. les jurés étrangers venus pour son exposi
tion, à 17mte/ du Périgord, sous la présidence de M. Daussel, qui
a porté un toast à l’union des horticulteurs de la Dordogne et
des autres provinces. M. Vallon, délégué de Montauban, a, de
son côté, prononcé quelques paroles bien senties et pleines d’àpropos.
Enfin , à l'issue des concours, un grand diner a réuni qua-
— 171 —
rante conviés, grâce à l'initiative de plusieurs zélés habitants
de Périgueux et sous les auspices du commerce. M. le préfet y
assistait à la place d’honneur, ayant à ses côtés M. Edmond
Maigne, conseiller d’état, et M. Lalande, adjoint au maire.
Vis-à-vis étaient assis M. Romain Bonnet, président du tribunal
de commerce; M. Véchembre, vice-président du tribunal civil,
et M. le vicomte de Cremoux, président de la société d’agri
culture. MM. les sous-préfets de Nontron et de Bergerac, ainsi
que plusieurs étrangers de distinction, se trouvaient au nombre
des assistants. Parmi les invités on comptait des lauréats des
expositions choisis parmi ceux qui avaient obtenu des médailles
d’or, d’argent ou de bronze.
Au dessert, M. Ladreitde Lacharrière a porté le toast suivant :
« Messieurs,
'
« J’ai l’honneur de vous proposer un toast à la santé de l’Empe
reur, de l’Impératrice et du PrinGe Impérial.
» Nous venons d’assister à un des concours les plus mémorables
que notre contrée ait jamais offerts aux arts qu’elle aime et qu’elle
cultive, particulièrement à l’industrie et à l’agriculture.
» C’est un privilège des fêtes du travail de faire vibrer dans les
cœurs l’amour de la patrie. Le travail ne vit pas seulement du lucre
que procurent ses succès : il lui faut la gloire que la patrie reflète
sur ses enfants.
» La gloire de notre patrie, sa prospérité, sa grandeur, comment
les séparer de ce grand nom qui, depuis un demi-siècle, les résume
dans le monde entier ? comment oublier surtout que nous en devons
le retour au prince dont le puissant génie, en rendant à la France,
avec la possession d’elle-même, la paix intérieure et le respect du
monde, a su ajouter un nouvel éclat à l’immense gloire de son nom?
» Comment oublier, au jour du triomphe de nos laboureurs, cette
grande protection étendue sur nos campagnes, avec tant de sollici
tude et d’affection pour ceux qui les cultivent?
» Aimons-le donc, messieurs, ce nom glorieux de Napoléon. Qu’au
dehors il accompagne toujours le drapeau respecté de là France !
j
— 172 —
Qu’au dedans, il demeure à jamais comme un lien indissoluble entre
tous les enfants de notre chère patrie !
» A l’Empereur Napoléon III ! A l’Impératrice, dont la grâce et les
bienfaits embellissent le trône en le faisant aimer ! Au Prince Impé
rial, qui complète le bonheur présent en assurant celui de l’avenir! #
M. Lalande a exprimé des vœux pour M. le préfet et pour les
exposants,
M. Bonnet a bu au progrès. Il s’est exprimé ainsi :
A la prospérité de la Dordogne, au développement du progrès, celte
loi suprême de l'humanité !
« Messieurs,
» Notre département possède de grands éléments de richesse. Le
minerai y est abondant et de qualité supérieure ; de nombreuses et
puissantes chutes d’eau, les produits agricoles les plus variés, un sol
fertile, un climat favorable, tout devait concourir à son développe
ment. Une seule chose lui manquait : des chemins de fer. Le gou
vernement l’a doté d’une main libérale; la nature et le souverain
ont fait leur tâche, le reste dépend de sa volonté.
» L’exposition à laquelle nous assistons depuis six jours, le con
cours empressé des exposants, l’affluence du public, prouvent qu'il
se réveille, qu’il veut marcher. Déjà un progrès notable peut être
constaté, mais le progrès est une chose comparative; c’est par des
expositions, renouvelées à certaines périodes, qu’on pourra appré
cier sa marche; il faut donc faire des vœux pour l’avancer et se don
ner rendez-vous d’ici à quelques années.
» Regrettons, messieurs, que la santé de notre illustre compa
triote, qui depuis plus de dix ans occupe si dignement sa place dans
les conseils de l’Empereur, ne lui ait pas permis d’assister à ce ban
quet. Remercions-le d’avoir fait prévaloir nos droits dans les décrets
du gouvernement. S. Exc. M. Magne est avec nous par la pensée ; il
prend, soyez-en assurés, la part la plus vive à tout ce qui intéresse
notre cher Périgord et applaudit de tout son cœur aux progrès dont
on a eu l’heureuse idée de constater la marche remarquable.
» Au progrès! »
— 173 —
Avec l’honorable chef de notre magistrature consulaire nous
disons aussi : au progrès ! Au progrès moral et religieux, source
de tous les autres, garantie de l’ordre, de la paix et de la jus
tice d’abord; au progrès des arts ensuite. Au progrès bien com
pris, ce mouvement fécond qui repousse toute utopie fallacieuse,
et donne avec empressement la main à toute vérité; au progrès
du travail, au progrès de la prospérité de notre pays !
Ces souhaits commencent à être exaucés. Il nous semble que
plus de calme se fait dans les masses, malgré des agitations
factices, que l’esprit d’équité se répand, et les solennités dont
Périgueux vient d’être témoin nous ont clairement prouvé que
l’élan vers l’amélioration des diverses branches de l’industrie est
sérieux et sera durable.
Il nous est doux de penser, au souvenir de ce que nous avons
vu, que nous avons toujours été du nombre de ceux qui ont
bien auguré de l’avenir de notre pays, qui ont demandé pour
lui l’épreuve, persuadé qu’il en sortirait honorablement comme
il l’a fait. Nous sommes heureux de le dire, de le redire encore,
le Périgord s’est montré dignement. L’humble moucheron qui
allait murmurant souvent, de manière à être parfois impor
tun, que le département pouvait plus qu’on ne le pensait, aime
à célébrer en bourdonnant la réalisation de ses espérances.
Comme il sonna la charge, il sonne la victoire.
Mais cette victoire n’est pas la sienne sur le lion; c’est, au
contraire, celle de ce dernier: c’est ce réveil de roi qui doit faire
présager pour nos contrées bien des succès futurs. Qui ne s’en
réjouirait !
Pourtant tout n’a point été parfait, on l’a vu. Peut-être aussi
quelques esprits se sont-ils sentis froissés dans la foule. Il en est
qui n’ont pu paraître; d’autres qui pensent avoir été méconnus.
Qu’ils ne se découragent pas; qu’ils se préparent, au contraire,
—
- 174 -
à se signaler bientôt de manière à forcer le triomphe à venir à
eux. Les défaillances sont dans la nature humaine; mais elles
ne prouvent rien contre la valeur de ceux qui en sont acciden
tellement atteints. Le soleil lui-même a ses éclipses, après les
quelles il n’en paraît que plus beau.
Que d’acclamations l’auraient salué s’il s’était dégagé des
nuages au moins le dernier jour de nos fêtes ! Il a persisté
à se cacher, il nous a voilé son éclat, mais il n’en sera pas
toujours ainsi. D’autres solennités se préparent pendant les
quelles il reprendra sa splendeur en nous éblouissant de sa gloire.
Que les malheureux de 1862 fassent en 1864 comme lui !
L. de Bessot de Lamothe.
J
- 175 —
SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE,
SCIENCES ET ARTS DE LA DORDOGNE.
Séance des assises agricoles lors du concours départemental,
le 3 septembre, à sept heures du soir.
L’assemblée est nombreuse, malgré la peine et la fatigue
qu’entraîne pour plusieurs de nos collègues une si belle et si ri
che exposition.
Conformément au programme, on s’est occupé de la situa
tion nouvelle faite à notre agriculture périgourdine et définie
par le président. Plusieurs considérations ont été émises en di
vers sens. Voici à peu près ce qui s’est dit de plus essentiel :
On a rappelé que dans l’ordre de fertilité en ce qui concerne
les céréales, le département de la Dordogne est classé le qua
tre-vingt-unième sur les quatre-vingt-cinq, et que la moyenne du
rendement de l’hectare n’y dépasse pas huit hectolitres et demi,
tandis que dans les départements, la plupart du nord, mis en
tète de ce classement, cette moyenne serait de vingt-deux à vingtsept. Il fut un temps où, à défaut de routes, de rivières naviga
bles et surtout de chemins de fer, le Périgord se ressentait assez
peu de cette disproportion dans les rendements. Il avait ses
prix à part, sa vie agricole à lui, et la différence du revenu
(argent) de l’hectare pour notre département , comparé aux au-
— 176 —
très, était loin de correspondre à celle des rendements en na
ture. Le statu quo se maintenant, on sentait peu et trop peu le
besoin du progrès, et l’on continuait de donner beaucoup de
place dans nos terres à la culture du froment, la place, du
reste, qu’elle occupe encore à peu de chose près aujourd’hui.
On subsistait ainsi assez médiocrement peut-être, sans crainte
toutefois de voir abandonner nos campagnes et d’arriver à un
état de détresse ou de ruine entière.
Mais aujourd’hui, avec les puissants moyens d’une circulation
de plus en plus facile, si précieuse d’ailleurs pour le reste de la
France, avec la suppression de toute distinction de zones en
même temps que du système auquel cette distinction était inhé
rente , avec le nivellement absolu et général des prix de toute
denrée qui doit s’ensuivre, et qui n’est pas celui des revenus
respectifs, le produit argent de l’hectare de froment ici n’attein
dra pas moyennement, en temps ordinaire, un tiers de celui de
la même contenance dans un grand nombre des autres dépar
tements. Ajoutez à ces considérations celle d’un travail plus
pénible et plus long, grâce à la nature et à la forme accidentée
de notre sol, qui rend d’ailleurs si difficile et même impossible
parfois l’emploi des machines et instruments nouvellement en
usage, et calculez les conséquences qui vont se développer
pour notre contrée et auxquelles nous avons à parer.
On objecte que le Périgord a d’autres denrées que le blé. Nous
savons, en effet, que le maïs est en possession encore en trop
d’endroits d’alterner avec le froment et d’accélérer l’épuisement
de notre sol. Nos vignes, on ne le nie pas, quoique bien peu
considérables, comptent dans nos revenus. Les cultures fourra
gères sont essayées, bien que pas assez propagées; mais le blé
occupe la plus grande partie de nos terres, et c’est contre na
ture ; c’est du moins l’inverse de ce que demanderait la spécia
lisation de ces mêmes terres. Cette culture, au contraire, y
— 177 —
est capitale, à ce point que du prix du blé dépend le mon
tant du prix du travail dans nos campagnes, en sorte que
le blé tombant à 16 ou 17 fr., le colon se trouve ne retirer en
réalité que 18 ou 20 sols de chacune de ses journées. Alors l’é
migration redouble, et la ruine de notre agriculture locale tend
à se consommer sur bien des points à la fois.
Voilà ce qui attend notre agriculture du pays. Cette situation
n’a pas été ressentie encore dans ce qu’elle a de plus fâcheux ,
adoucie ou ajournée qu’elle est par des circonstances purement
météorologiques des plus exceptionnelles. Depuis'près de trois
ans, le nord de la France et les contrées étrangères, qui sont
si habituellement, sous ce rapport, dans des conditions meil
leures que nos régions méridionales, ont, au contraire, été
fort maltraitées. Le Périgord, comparativement favorisé, a
eu du blé en quantité assez satisfaisante, et a pu le vendre à
un prix très élevé, chose des plus rares ! C’est ce qui a fait son
salut.
Mais négligerons-nous de rechercher ce qu’il y a de mieux à
faire dans la prévision d’un retour certain à nos conditions nor
males? Les moyens d’y parer rentrent tout simplement dans des
méthodes et systèmes que nous préconisons tous les jours, mais
dont l’application complète et immédiate est aujourd’hui de né
cessité absolue. Ces système et méthode nous feraient, vous le
savez, restreindre la culture des céréales, en ce sens d’en di
minuer la quantité ensemencée, et non pas la quantité récoltée.
Tels sont les assolements à trois, quatre et cinq soles dont nous
nous sommes occupés dans nos conférences et qui sont con
signés dans nos Annales ; ils nous feront propager sur une
échelle bien plus considérable les cultures fourragères, et l’on
sait à quelle étude on s’est livré en dernier lieu à l’égard des
trèfles, sainfoins et luzernes, pour en venir, du reste, à multi
plier et perfectionner nos animaux. La question du recours
12
— 178 —
aux animaux étrangers perfectionnés, est celle à laquelle l’as
semblée est passée alors, sur l’invitation du président.
Une vive polémique s’est établie à ce sujet entre des membres
dont les études et. les expériences ont principalement embrassé
ce point important. On s’est plu à entendre M. Ringuet, se li
vrant à des développements très instructifs , bien que ses con
clusions aient paru susceptibles d’être combattues. Partisan des
bonnes races du pays, il paraissait, à la majorité de l’assemblée,
tendre trop exclusivement à perfectionner ces races par ellesmêmes , ou à créer par sélection et consanguinité Une race plus
parfaite au moyen d’éléments limousins, garonnais ou agenais.
C’est ainsi, d’après son opinion, qu’on avait à procéder d’abord
sans rejeter toute pensée de croisement dont le moment vien
drait plus tard.
M. le vicomte de Segonzac, qui, de son côté, a exposé sa ma
nière d’envisager la question avec des développements d’une
grande clarté, en est arrivé à la conclusion suivante :
C’est que la société a deux devoirs à remplir, dit-il, 1° d’ex
horter les éleveurs à ne point faire de croisements au hasard
avec des races et des sujets qui gâteraient leurs espèces au lieu
de les améliorer ;
2° De recommander spécialement les races utiles pour per
fectionner les nôtres par le croisement, et comme l’administra
tion des haras, qui, en primant et en approuvant les étalons, les
recommande aux éleveurs, la société d’agriculture doit indi
quer les races approuvées d’elle.
Pour l’espèce bovine, les races indigènes indiquées doivent
être la limousine et la garonnaise, et dans l’opinion et d’après
les expériences de M. de Segonzac, la seule race étrangère qui
peut les améliorer est la race durham. Quelques observations se
font entendre ; mais M. de Segonzac affirme toujours, d’après
— 179 —
ses expériences, qu’elle seule peut leur donner une conformation
plus avantageuse pour l’engraissement et même pour le travail.
L’animal issu de ce croisement, dit-il, travaillera aussi bien et
engraissera mieux et à moins de frais que le limousin ou le garonnais purs ou croisés entre eux. Il veut que le croisement se
fasse par un taureau durham avec des vaches, limousines ou
garonnaises.
Pour l’espèce ovine, il conseille le bélier southdown avec la
femelle du pays, dont la. race indigène a son mérite.
Pour l’espèce porcine, il veut un verrat dè petite ou grande
race anglaise perfectionnée. Avec la première on obtient plus
de précocité. Cette recommandation, dit-il, ne saurait tendre à
faire disparaître la race périgourdine. Ceux qui la possèdent
dans sa beauté la maintiendront. Elle a des avantages capables
sans doute de contrebalancer ceux des croisés, mais il faut des
soins et la sélection. Il doit être entendu, observe-t-on, du
reste, qu’on ne fera point servir les produits de croisement à la
reproduction.
Le président, rapprochant alors les deux opinions, les pré
sente comme différant bien moins l’une de l’autre que l’assem
blée n’a paru le penser. En somme, dans celui des deux systè
mes le moins favorable aux croisements avec races étrangères,
ces croisements seraient ajournés et non repoussés, et dans tous
les deux serait consacré le principe de destiner presque unique
ment à la consommation, surtout dans l’espèce bovine, les pro
duits de ces mêmes croisements.
En terminant, le président rappelle l’article du programme
des assises relatif aux études archéologiques et historiques, et
invite M. Dessalles à donner dans nos Annales, à l’occasion de
la solennité actuelle, quelque chose de ses savantes recherches.
Il regrette que celui de nos collègues de Varrondissement,
— 180 —
M. Galv, qui prit une part des plus distinguées aux travaux du
congrès scientifique tenu ici en 1858, n’ait pu assister à la
séance, et n’en compte pas moins sur son concours pour re
produire tout ce qui a été de nature, dans ces mêmes travaux,
à intéresser le plus vivement les habitants de Périgueux.
Vu :
Le Secrétaire perpétuel, DAUSSEL.
Périgueux, imprimerie Dupont et C. N. 62.
Fait partie de Fêtes à Périgueux en 1862
