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MALADIE
DU RAISIN ET DE LA POMME DE TERRE
EN SUISSE, EN 1851;
Dès l’année 1847, les journaux d’Outre-Manche
nous annoncèrent que les raisins cultivés dans les ser
res anglaises se trouvaient atteints d’une maladie sin
gulière, encore inconnue en Europe, et importée, di
sait-on, du Nouveau-Monde. En 1850, la maladie
traversa la Manche, vint se fixer de ce côté-ci de la
mer, puis remonta la Seine jusqu’à Paris, où elle sé
vit cruellement sur les treilles et sur les cultures forcées
des environs de la capitale. En 1851, les progrès sont
bien plus effrayants : c’est, à l’étranger, le Piémont, le
Tessin, Zürich; à l’intérieur, le Beaujolais, le Ma
çonnais, la Bourgogne, la Drôme, qui jettent un cri
d’alarme; la Drôme surtout, ne pouvant dérober au
fléau ses chers produits de l’Ermitage. Tout le monde
a compris dès lors la nécessité d’étudier un mal qui
menace, chaque année, d’amoindrir davantage l’une
des principales ressources de notre pays.
Je n’ai point l intention de faire ici l’historique de
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la maladie du raisin, encore moins de décider si celte
maladie est occasionnée par le développement d’un oï
dium, ou, comme le prétend M. Bobineau-Desvoidy,
par un détestable acarus observé déjà par Linné et par
faitement décrit par M. Raspail. J’ai pensé seulement
qu’il pouvait être utile d’observer la maladie dans des
contrées différentes, et mes affaires m’ayant appelé
cette année dans la Suisse, je me suis rendu à Zurich
afin d’examiner par moi-même les ravages du mal et
de pouvoir en faire un rapport à l’Académie de Bor
deaux. Mes observations ont été recueillies sur plu
sieurs points du canton de Züricb, du 15 au 20 sep
tembre 1851.
Dans la Suisse, la maladie s’est d’abord manifestée
sur l’écorce des branches, qui s’est couverte de taches
rousses, puis presque noires; ces taches ont traversé
l’épiderme et atteint le tissu cellulaire, sans cependant
pénétrer jusqu’au liber. Bientôt après l’apparition des
taches de l’écorce, une poussière blanche, assez sem
blable à un léger duvet (sans doute l’oitâtum Tuckeri),
a recouvert les pédoncules, puis les grains. A cette
poussière blanchâtre a succédé sur le grain une tache
pareille à celles qui avaient été d’abord remarquées sur
l'écorce; celte tache, fauve, noirâtre, semblait ne
devoir atteindre que l’épicarpe, sans rien lui faire per
dre de sa transparence ordinaire; mais bientôt la ta
che se rembrunit, prend delà consistance, forme une
sorte de callosité assez dure au toucher et se creuse
un chemin vers le centre de la baie. Alors le grain
cesse d’être rond; il est irrégulier, tronqué; il semble
avoir été endommagé, creusé par la grêle, et la baie
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est réduite du quart et quelquefois du tiers de son vo
lume. Quant aux feuilles, elles sont dans un état assez
satisfaisant; quelques-unes ont leurs nervures princi
pales attaquées; cependant le limbe est rarement taché
et le parenchyme généralement sain. Dans le Tessin,
comme à Zürich, ce sont surtout les vignes les plus
soignées, les plus fumées, qui sont le plus fortement
attaquées. Les autres n’offrent qu’un très-petit nombre
d’individus sérieusement atteints.
L’une des premières questions qui s’offre à l'esprit,
en présence de cette maladie, est évidemment celle-ci :
Le raisin ainsi attaqué est-il impropre à la consomma
tion ? Le Conseil de salubrité de Lyon s’est livré à cet
égard à une étude approfondie, et il résulte de ses in
vestigations et de ses expériences consciencieuses, que
le raisin ainsi attaqué peut être sans danger livré à la
consommation ou employé à la fabrication du vin. C’est
donc à tort que le savant M. Robineau a propose d’ap
peler empoisonnement de la vigne, l'état morbide qui
nous occupe.
Mais s'il est vrai, comme je le crois, que le raisin
ainsi attaqué soit sans danger pour la santé, il me pa
raît également incontestable que le vin fait avec de
tels raisins perdra beaucoup, en quantité d’abord, et en
qualité ensuite. En quantité, car le raisin malade n’ar
rive que rarement à une complète maturité et devra,
par conséquent, être repoussé de la cuve; le volume
de la baie a d’ailleurs subi une diminution sensible ;
en qualité, car le vigneron économe voudra toujours
employer la partie la plus mûre du raisin malade, et
il fera de mauvais vin , chargé d’acide , manquant
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de sucre, et, par suite, d'alcool, enfin manquant de
couleur, puisque le principe colorant est tout entier
dans la pellicule et que la pellicule se trouve surtout
altérée.
Après avoir signalé le mal, il serait consolant de
pouvoir indiquer le remède. L’Académie d’économie
rurale de Turin assure que plusieurs cultivateurs ont
obtenu d’heureux résultats d’un lavage fait avec une
dissolution de chaux et de potasse (ou de cendre), pré
cédé d’un effeuillage suffisant. Elle croit aussi que des
vapeurs sulfureuses produiraient un excellent effet
Sans doute, un tel procédé ne serait guère applicable
à nos grandes cultures; néanmoins, on pourrait en faire
l’essai en France, si les vignes de nos premiers crûs
étaient attaquées. Dans tous les cas, nous sommes loin
de penser comme M. Robineau, qu’il est inutile de
chercher à opposer un remède quelconque à une sem
blable maladie. ’.
Mais avant de rechercher des moyens curatifs ou
préservatifs, il serait utile de déterminer la cause réelle
du mal qu’il s’agit de combattre. Cette cause ne peut
rationnellement être trouvée ni dans l’acarus, ni dans
l'oïdium. On a parlé des influences atmosphériques;
c’est là, toujours, la grande raison de ceux qui n’en
ont pas d’autres à indiquer. On a aussi invoqué la bi
zarrerie de l’atmosphère pour rendre compte de l’alté
ration morbide de la pomme de terre; mais les derniè
res années qui se sont écoulées ont offert des tempé1 Wachstcr, von Weinfeltdin, 4 sept. 1851.
2 Académie des Sciences, séance du 22 sept. 1851.
ô
ratures diverses, des accidents météorologiques trèsvariés; cependant, sous l’influence de ces agents atmos
phériques divers, le même phénomène ne s’est-il pas
constamment reproduit? Il ne faut donc pas tout attri
buer au temps. Pour moi, je suis porté à penser que
certaines plantes, la pomme de terre et la vigne entre
autres, sont arrivées, en Europe, à une période de dé
générescence occasionnée surtout par des fumiers trop
abondants et composés d’éléments plus propres à acti
ver les phénomènes vitaux de l’organisation végétale,
qu’à favoriser, dans une sage mesure, son développe
ment naturel. En d’autres termes, le règne végétal
subit, ainsi que les animaux, ainsi que l’homme luimême, les conséquences delà civilisation. N'esl-il pas
vrai, qu’à force de soins et de jouissances de toutes
sortes, le genre humain s’abâtardit physiquement?
N’esl-il pas vrai que les animaux domestiques sont as
sujettis à plus de maux que les espèces sauvages? On
ne saurait soutenir le contraire. Toutes les fois qu’un
être organisé s’éloigne de la nature, c’est au détriment
de ses facultés physiques. Le savant et l’homme du
monde, qui font du jour la nuit et qui prolongent in
définiment leurs veillées, l’un sur ses livres, l’autre
sur ses cartes, s’usent également.
Appliquons ce principe au règne végétal. Croit-on
qu’en voulant, bon gré, ma! gré, faire croître du rai
sin partout, on ne s’éloigne pas de la nature? Est-ce
que, par exemple, la vigne a été faite pour vivre au
delà de la Manche, sous l’influence de froids brouillards,
elle qui veut des collines aérées et un chaud soleil ? Je
sais que là-bas vous lui faites des appartements parfaite-
ment réchauffés, que vous la défendez de la brume et des
fortes gelées. Misères que tout cela ; elle n’a pas froid,
mais elle manque d’air, mais elle étouffe dans vos ser
res, et elle doit y contracter des maladies qui lui seraient
inconnues dans un milieu plus favorable. Ailleurs, ce
n’est pas le climat qu’elle a pour adversaire, c’est l’a
vidité du cultivateur, c’est l'auri sacra fumes. Elle a
beau donner, celle bonne vigne, il faut toujours qu’elle
donne davantage, et pour arriver à lui faire produire
le plus possible, on invente toutes sortes de condi
ments, d'engrais, d’amendements. Et ons’élonne qu'elle
s’épuise ! Et on ne voit pas que ces fumures abondan
tes, non-seulement nuisent à la plante et au sol qui la
porte, mais encore développent souvent dans le sein de
la terre de redoutables ennemis! Encore quelques an
nées et la courlilière obligera peut-être nos maraîchers
d’Eysines, du Taillant et de Blanquefort à abandonner
leurs cultures jadis belles et lucratives. Qu’esl-ce donc
qui a introduit ou du moins multiplié à l’infini l’insecte
dévastateur dans ces communes, si ce n'est un fumier
trop abondant ’? Ces considérations paraîtront peut-être
de quelque poids à l’Académie, si elle se rappelle que
la maladie du raisin s’est toujours montrée jusqu’à pré
sent en proportion directe avec les soins prodigués à
la vigne. C’est dans les serres, c’est sur les treilles, c’est
au milieu des cultures forcées que la maladie a sévi
avec le plus de rigueur.
Que conclure de là? Faut-il renoncer à modifier la
1. Une sorte d'enquête h laquelle je me suis livré, avec plusieurs de mes col
lègues de la Société d’Agriculture, sur les vastes propriétés de MM, Lemotlieux
et de Bryas, ne me permet aucun doute a cet égard.
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nature du sol sur lequel on opère? Non, sans doute.
Mais, de l’emploi judicieux de certains amendements
dont l’efficacité s’appuie sur une longue et sage expé
rience, à l'usage immodéré de produits bruyamment
débités par de célèbres industriels, il y a loin encore,
heureusement. Disons aussi que les meilleurs amende
ments, les fumiers les plus salutaires ne doivent pas
être prodigués; que le cultivateur ne doit pas forcer sa
vigne, comme il le fait trop souvent; disons, enfin,
qu’il serait sage de ne cultiver un végéta! que dans le
terrain, sous le climat et à une exposition qui lui con
viennent, et non point hors de toutes les conditions
exigées par la nature de ce végétal.
Cette opinion, je crois l’avoir émise le premier en
France, dans les journaux de Bordeaux, lors de l’ap
parition de la maladie des pommes de terre. Aujour
d’hui, quelques faits semblent venir la confirmer. La
Suisse, que je viens de parcourir dans presque toute
son étendue, n’a pas à se féliciter de sa dernière récol
te de pommes de terre. Presque partout la maladie a
atteint le quart, quelquefois la moitié des tubercules.
Un de mes amis, habitant le canton de Thurgovic, fa
tigué d’engraisser à grands frais un sol qui ne lui don
nait depuis quelques années que de tristes produits,
s’est avisé de n’accorder à ses pommes de terre aucune
espèce d’engrais. Quel a été son étonnement quand il
a v u sa récolte dépasser en quantité et en qualité celles
de tousses voisins; pas un des tubercules cultivés sans
engrais ne se trouvait atteint de la contagion. Ce n’est
pas là un fait isolé. Peu de jours après avoir cons
taté les résultats obtenus par mon honorable ami, je
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lisais dans un journal allemand, que je traduis littéra
lement : « On nous écrit de diverses contrées que les
pommes de terre cultivées dans un terrain qui n’avait
reçu aucun engrais, cl plantées un peu tardivement,
ont donné des tubercules très-bons et en abondance.
Déjà cette expérience avait été faite l’année dernière
et les années précédentes. On doit espérer que les agri
culteurs emploieront désormais un remède qui leur coû
te si peu ‘ ,
( Altnau [ Thurgovie], 14 octobre 1831. )
1 St-Galler Zeitung, 14 sept. 1851.
EXTRAIT
du
RAPPORT DE M. Ch. DES MOULINS
SUR LE MÉMOIRE DE M. Ch. LATERRADE.
I. — Une lettre que j’ai reçue, le mois dernier, de
M. Ch. Laterrade, m’avait porté à croire qu’il avait
constaté la présence de l’Acarus ou Sarcopte sur les
vignes malades de la Suisse, et j’avais cité ce fait dans
ma correspondance avec divers naturalistes. Or, M. Ch.
9
Laterrade, dans son Mémoire, se tait sur cette circons
tance importante, d’où je dois conclure que j'avais mal
saisi le sens de la phrase contenue dans sa lettre. Il dit
seulement à l’Académie qu’il ne prétend pas décider si
la maladie est occasionnée par un Oïdium, « ou, comme
le prétend M. Robineau-Desvoidy, par un détestable
Acarus observé déjà par Linné et parfaitement décrit
par M. Raspail. »
Le Mémoire qui vous est offert, Messieurs, est daté
du 14 octobre dernier. Le Rapport de la commission
d'Orléans avait été publié, pour la première fois, dans
la Guienne de l’avant-veille : M. Ch, Laterrade n’en
avait donc pas encore connaissance. Or, dans la phrase
que je viens de citer, il parle de l’Acorws et de M.
Robineau-Desvoidy : vous pourriez me demander com
ment cela se fait.
Je vais répondre, et je vous prie, Messieurs, de ne
voir dans ce que je vais dire, rien qui ait pour but
de venger une gloriole personnelle, mais l’accomplis
sement du devoir qu’il y a pour moi de rétablir les
droits de la commission d’Orléans, commission qui
n’existe plus comme telle, commission dont les mem
bres dispersés maintenant sont rentrés dans leur iso
lement , mais commission dont j’ai eu l’honneur d’être
l’organe et dont je demeure Se seul représentant à
Bordeaux.
M. Robineau-Desvoidy est un entomologiste trèshabile et très-connu, qui habite la Bourgogne, et qui,
présent au Congrès d’Orléans, fil partie de Sa commis
sion, dont je ne veux point cacher qu il fut 1 un des
membres les plus actifs et les plus utiles. Il n’est pas
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difficile de comprendre l’importance qu'y prit son rôle,
puisqu’on avait constaté l’apparition, sur la vigne ma
lade, d’un animal de la série enlomologique.
Toute la partie zoologique du Rapport fut donc,
comme de juste, rédigée principalement sous son ins
piration, d’après ses observations, qui rectifièrent par
fois les nôtres; et lorsqu’il se rencontra quelque dis
sidence dans les appréciations, le rapporteur ne manqua
pas d’en faire mention.
La rédaction du Rapport fut arrêtée dans le sein de
la commission et signée par ses membres, le 17 sep
tembre au malin. M, Robineau passa le reste de la
journée et celle du lendemain dans les serres du Jar
din des Plantes d’Orléans, où il fit à ce sujet des dé
couvertes nombreuses, inattendues, importantes (cel
les, par exemple, de ['Acarus sur des végétaux exo
tiques de familles diverses). II examina aussi les cul
tures de divers pépiniéristes, et y reconnut un Acarus
sur les pommes de terre malades.
Le 19, il lut à la section des sciences naturelles une
esquisse de Mémoire dans lequel il relatait ses décou
vertes des deux jours précédents. Le docteur Chauflon, auteur de la communication première des raisins
malades, au Congrès, s’étonna et se plaignit d’être à
peine nommé une fois dans ce Mémoire : les travaux
de la commission dont M. Robineau avait fait partie,
étaient passés sous silence d’une manière absolue ; M.
Robineau figurait seul, comme ayant tout vu, tout
fait, tout découvert.
Le 21, il partit pour Paris, où il lut, le 22, à l’Aca
démie des Sciences, le Mémoire en question. Le feuil«
< ,’ )Si '' <
«
;;
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leton scientifique du Journal des Délais du mercredi 24
septembre, rédigé par M. Léon Foucault, donna une
analyse fort étendue de ce travail, et je n’y trouve au
cune réparation des omissions que je viens de signaler
relativement au docteur Chaufton et aux travaux de
la commission.
Les membres qui la composaient n’iront pas proba
blement plus que moi courir après M. Robineau-Desvoidy pour se plaindre à lui de son amour pour la
solitude. Quant au secrétaire de la commission, il ne
se croit pas pour cela réduit à ses propres forces, c’est
à dire à sa propre faiblesse. Revenu à Bordeaux, il s'y
retrouve au milieu de ses collègues de l’Académie et
de la Société Linnéenne, à portée des autres observa
teurs que comptent les Sociétés d’Àgriculture, d'Horlicullure et le Conseil de Salubrité; et il peut se pro
mettre qu’il sortira de là, et d’ailleurs encore, parmi
nos concitoyens, assez de botanistes, d’entomologistes,
de chimistes, d’agriculteurs et de physiciens, pour
que l'étude de cette grave question puisse faire, dans
le Bordelais, quelques pas utiles.
Un mol encore au sujet de M. Robineau-Desvoidy :
i! pense qu’il est inutile de chercher à opposer un re
mède quelconque à une semblable maladie, et il. Ch.
Lalerrade, comme on l’a vu, est loin de penser comme
lui. Sans doute, en sa qualité de savant entomologiste,
M. Robineau peut craindre qu’on ne réussisse trop bien
à détruire un acaridien curieux et rare jusqu’ici ; mais,
comme propriétaire bourguignon, il doit désirer la
guérison de la vigne, qu’il regarde comme une victime
immolée par cet ennemi microscopique. Si le premier
bl8Lî0ÎMtfil!L'
| Ct LA VlLLS
’ ’L ‘EMOULU1 .
12
de ces sentiments l’emporte en lui sur le second, il
faut qu'il soit doué d’un stoïcisme scientifique bien
rare et que ne partageront sûrement pas les Bordelais,
naturalistes ou non.
Je ne donnerai aucun détail sur le feuilleton des Dé
bats, auquel je viens de faire allusion, parce que je ne
dois faire usage, dans ce Rapport, que de documents
non encore publiés. Celui dont je parle a déjà reçu
une seconde et plus durable publicité dans les comp
tes rendus de l’Académie des Sciences (séance du 22
septembre 1851).
II. — Dans plusieurs passages de son Mémoire,
M. Ch. Laterrade revient sur cette allégation, que les
vignes les plus soignées, les plus fumées, sont aussi les
plus violemment attaquées par le fléau. J'accepte vo
lontiers l’expression soignées, parce qu’elle est géné
rale et embrasse tout : il est probable qu’elle est ap
pliquée avec une parfaite justesse. Mais il n’en est
pas tout à fait de même, à mon sens, du mot fumées,
parce qu’il ne tombe pas d’à-plomb sur la totalité des
treilles, qui sont très-violemment attaquées et dont un
très-grand nombre ne reçoivent jamais de fumure ,
planté qu’est leur cep au pied d’un mur, entre les pa
vés d’une cour ou d’une rue. Celles-là sont soignées,
certainement, et quelquefois outre mesure , sous le
rapport de la taille, de l’exposition, de l’abri contre la
gelée; elles peuvent être quelquefois étouffées à l’égal
des cultures en serre; mais elles ne sont pas fumées.
III. — Ma troisième réflexion a trait à un objet bien
plus important peut-être dans l’étude de la question
qui nous occupe.
is
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D’après ics observations qu’il a faites en Suisse,
M. Ch. Laterrade place l’apparition de l’OïdiiM» entre
celle des taches de l’écorce et la reproduction de ces
mêmes taches sur la peau du grain; de telle sorte
que, selon lui, le développement du champignon pré
cède la déformation du grain, l’épaississement et le
fendillement de sa peau, la déperdition enfin de son
jus.
La commission d’Orléans, au contraire, a trouvé le
développement du champignon consécutif à ces trois
phénomènes. C’est là du moins ce que ma mémoire me
rappelle et ce que les termes du Rapport semblent con
firmer. Cependant, cette succession chronologique n’a
pas été constatée d’une manière absolue : l’opinion des
commissaires n’accorde à VOïdium qu’un rôle consécu
tif aux désordres produits par l’altération de la peau ;
mais ils demandent si cette altération n’aurait pas pour
cause immédiatement efficiente ce même Oïdium, c’està-dire les prodromes de son développement, ou si l'on
veut, l’incubation de ses sporules dans l’épaisseur de
la peau.
Or, la divergence qui se manifeste entre M. Ch.
Laterrade et la commission, au sujet de l’ordre d’appa
rition des phénomènes, semblerait indiquer une sorte
d’indépendance de VOïdium développé extérieurement,
à l’égard des taches épaississantes de la peau.
Je recommande instamment ce point délicat à l’at
tention des observateurs futurs : il se peut qu’il en
jaillisse quelques inductions lumineuses.
J’ai terminé la tâche qui m’était commandée par
14
l’Académie, mais non celle que je crois devoir m’im
poser dans l’intérêt de l’élude du fléau.
Et d’abord, je dois compte d’une démarche que j’ai
faite, et dont l’objet était de répandre une bonne nou
velle aujourd’hui bien connue. Le 20 octobre dernier,
en adressant à M. le Préfet de la Gironde un exem
plaire du Rapport d’Orléans, je donnais à ce magistrat
l’assurance que le fléau n’avait point paru dans notre
département, bien que le Conseil d'hygiène publique
eût conçu quelques craintes à cet égard. Muni de do
cuments reçus tout récemment du Médoc, muni sur
tout du résultat de l’examen que j’avais fait de raisins
de Bordeaux, deBouliac, de Floirac et des deux locar
lités suspectes (Podensac et Preignac), j’avais pu me
former une conviction suffisamment éclairée par la
comparaison des grains pourris du Bordelais, avec les
pièces authentiques étudiées à Orléans. L’excellent ré
sultat des vendanges du département a sanctionné la
justesse de celle conviction.
En second lieu, ma correspondance avec M. JullienCrosnier, l’un des quatre administrateurs du Jardin
des Plantes d’Orléans et membre de la commission,
m’a fourni récemment quelques faits nouveaux et que
je dois vous faire connaître.
Ce savant botaniste m’écrit, sous la date du 29 oc
tobre :
« L’acaridien (Sarcopte) observé sur les vignes ma
lades, se. développe toujours pendant les grandes sé
cheresses de l’été, et particulièrement sur les Haricots
et les Volubilis (Phaseolus et Ipomœaj. Il a pu établir
sa demeure sur la vigne, après avoir épuisé les sucs
15
des planles que je viens de nommer. Une remarque
faite depuis peu a permis de constater que presque
toutes les treilles les plus attaquées avaient leurs ceps
entourés, à la base, de Haricots ou de Volubilis. Même
dans les vignes en plein champ, les paysans de l’Or
léanais sont dans l’habitude de semer des haricots
sur le bout des pouées (terme employé par nos vigne
rons pour désigner une sorte d'ados en terre, au bas
duquel on plante la vigne). » M. Jullicn ajoute que
presque toutes les feuilles d’arbres ou d’arbustes qu’il
a examinées depuis l’époque du Congrès, sont atta
quées par YOïdium ou par quelque fongosité parasite
et d’un aspect analogue.
Dans une autre lettre de M. Jullien, en date du 2
novembre, il est dit que quelques horticulteurs d’Or
léans viennent de trouver les feuilles des Chrysanthè
mes-pompons attaquées par un Oïdium, mais qu’on n’a
pas encore constaté s’il est de même espèce que celui
de la vigne. M. Jullien a trouvé aussi, dans Pline,
livre 17 f Morbi arborum J, une phrase qu’on pourrait
appliquer à la maladie, et qui semblerait indiquer, par
conséquent, que ce fléau n’est pas nouveau pour l’Eu
rope. Pline dit : Est eliamnum peculiare olivis et vitibus (araneum vocantj, quum veluti telœ involvunt fructum, et absumunt. M. Jullien ajoute : « Si la toile d’a
raignée qui entoure et fait périr les raisins et les olives
n’est pas produite par YOïdium, elle est alors le résul
tat des fils de l'Acartis lelarius Linn. Ce seraient là de
nouveaux faits à examiner et à vérifier; mais il est bien
lard actuellement pour le faire avec certitude cette
année, car les Acarus et YOïdium sont presque dé
truits. »
16
Aussi, ne devons-nous pas espérer de trouver tou
tes les lumières désirables dans l’examen d’un bocal de
raisins et de feuilles malades, que j’espère recevoir
bientôt de M. Jullien : ces pièces pathologiques ont été
recueillies dans une saison trop avancée. Il en sera de
même (par une autre raison) de l’échantillon authen
tique qui existe à Bordeaux, et qui, recueilli au mois
d’août, est desséché et contracté à un point qui ren
dra malaisé l’examen physiologique du champignon.
Cet échantillon, provenant des treilles du Jardin des
Plantes de Paris, a été donné par MM. les administra
teurs du Muséum à M. le comte de Kercado, membre
correspondant de notre Académie. Comparé avec les
échantillons d'Orléans, il fournira du moins la preuve
de l’identité ou de la différence que pourraient présen
ter les altérations qu’on observerait, l’an prochain, sur
des raisins bordelais. Mais, tant qu’on n’aura pas la
triste certitude du développement spontané de la ma
ladie à Bordeaux, je pense qu’il faudra s’abstenir ri
goureusement d’ouvrir les bocaux cachetés où sont
renfermées ces pièces pathologiques, afin d’éviter la dis
sémination si déplorablement facile des semences du
champignon.
Extrait du Recueil (les Actes de l’Académie de Bordeaux.
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Fait partie de Maladie du raisin et de la pomme de terre en Suisse en 1851
