FRB243226101_PZ_2702.pdf
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PROFESSION DE FOI
DU
Citoyen Clément DU LAC,
Agriculteur à Chabans,
DÉPARTEMENT DE LA DORDOGNE.
Habitants de la Dordogne,
Je me propose à vos suffrages pour la mission de
participer, comme votre représentant, aux travaux
de l’Assemblée constituante.
J’ai à faire, pour ceux d’entre vous dont je n’ai pas
l’honneur d’être connu, une profession de foi.
Je la ferai large et sans réserve.
Il est difficile, certes, de condenser de grandes
choses dans une circulaire électorale.
Je vais donc tâcher de planter, à travers l’immen
sité des problèmes à l’ordre du jour, quelques jalons
en-deçà desquels on pourra du moins être sûr de
trouver droites et fermes mes convictions de socialis-______
te, ma pensée de républicain.
i~81BLt01Hb OUI".
| GE LA VILLE
I EÆ PÉFUSUEU*
— 2 —
L’on m’a accusé de professer des opinions subver
sives.- L’on m’accuse de communisme.
Mais d'abord qu’entend-on par ce mot? Ce qu’il ne
signifie pas.
Je déclare :
1. ° Que l’on a raison de condamner comme absurde,
odieuse, immorale, infâme, la série d’idées que, par
erreur, l’on impute aux communistes et que l’on croit
constituer la doctrine du communisme. Si les commu
nistes prêchaient la spoliation de ceux qui possèdent,
la destruction de la famille et le cynismedans l’amour,
ils ne mériteraient certes pas les honneurs de la dis
cussion , mais la flétrissure du bagne, à moins que
l’on n’aimât mieux les traiter comme de pauvres fous
dans des maisons de santé.
2. ° Que le communisme, tel qu’il a été enseigné
dans le 18.mo siècle, par le philosophe Morclly, etdans
le siècle où nous sommes, parle citoyen Cabet, est
une doctrine respectable, empreinte incontestable
ment d’un liant, caractère de moralité. Les livres où
cette doctrine se voit exposée dans tout son jour et
dans les plus minutieux détails, sont ici, comme par
tout en France, à la disposition des personnes qui trou
veraient juste et raisonnable de connaître avant de
juger.
3. ° Enfin, qu’en'rendant hommage à la haute valeur
morale de la doctrine communiste, je ne l’ai jamais
acceptée ni dans toutes ses prémisses ni dans toutes
ses conséquences ; que je l’ai toujours combattue sur
plusieurs points essentiels ; que je l’ai toujours signa
lée comme parfaitement irréalisable, par des raisons
qu’il serait trop long de consigner dans ce manifeste;
que je n’ai jamais accepté la dénomination de commu
niste sans faire toutes mes réserves et signaler les
points de dissidence entre les communistes et moi ;
que, d’ailleurs, j’ai toujours réclamé.contre l’impro
priété de ce mot de commun isme, beaucoup trop vague,
trop compréhensif, qui prête à (le fausses interpréta
tions, qui d’ailleurs n’a pas même le mérite de con
corder de tous points avec la doctrine de Cabet, ni
celle de Morclly, ni, à plus forte raison, avec mes
idées personnelles.
L’un des plus anciens disciples de Charles Fourier,
l’immortel auteur de la théorie plialanstêricnnc, j’ai
étudié toutes les formules du socialisme contemporain.
Toutes ces formules s’accordent à repousser et à flé
trir l’appel à la violence pour ou contre des doctrines
qui échappent pa r leur essence même au domaine de
la force, et qui ne pourraient triompher ni périr que
par l’examen.
Je n’accepte ni ne répudie, je n’ai jamais accepté
ni répudié d’une manière complète et absolue le pro
gramme d’aucune école socialiste; non pas que je
Hotte indécis dans les eaux paresseuses, du scepti
cisme entre des formules contradictoires: non, carde
toute l’énergie dont ma pensée est susceptible j’aspire
en tout à la certitude. Mais dans ces programmes socialistes, tçès.-amples nécessairement, puisqu’ils se
proposent pour objet une coordination méthodique de
tous les éléments de la vie civile, j’ai vu des erreurs
et des vérités; je garde celles-ci, j’écarte celles-là; et
quelques personnes savent que je fournirai moi aussi
mon contingent d’aperçus nouveaux pour la grande
synthèse philosophique, politique et sociale, qui sera
l’œuvre de notre siècle.
Tout cela est matière à science et non à discussion
frivole ou acccusalion passionnée.
Pour en finir sur cet objet, quitte à donner orale
ment toutes les explications qui pourraient m’être de
mandées, je n’ajouterai qu’un mol.
A la lecture du programme du Gouvernement pro
visoire, j’ai déclaré publiquement que je trouvais trop
large, pour l'actualité, la partie sociale de ce ma
nifeste.
Certes, il y a bien long-temps que j’appelle de mes
vœux l’organisation dit, travail, l'abolition de la mi
sère, l’anoblissement du travailleur !
Mais si j’ai salué avec bonheur l’idée d’avenir im
plantée par Ies-propres mains du pouvoir au faîte de
notre ordre social, je n’ai pu me défendre de quelque
crainte, à voir la confiance avec laquelle l’on croyait
pouvoir prochainement la faire entrer souveraine dans
le domaine des faits.
Il suffit d’un moment pour détruire ; il faut du temps
pour organiser.
Je pense qu’il faudra procéder avec sagesse et cir
conspection , par des expériences fragmentaires et par
des essais sur petite échelle, à la vérification de
théories généreuses, mais qui ne sont, à l’heure qu’il
est, ni suffisamment élucidées, ni assez généralement
admises.
Si j’étais envoyé à la tribune, j’y porterais le fruit
des études auxquelles je me suis livré -sur les ques
tions d’organisation. Je pins produire, quand on le
voudra, un plan d’organisation progressive du travail agricole, pour préparer et amener l’organisation
intégrale de l’industrie.
Ce plan, qui n’a rien d’hostile et qui est, au contrai
re, tout favorable aux intérêts de la propriété, résout
toutes les questions secondaires comprises dans le
grand problème de la restauration agricole, restaura
tion du domaine rural, et surtout restauration au tri
ple point de vue physique, intellectuel et moral de
la classe des paysans, nos frères, laquelle a tant souf
fert par les privations, et qui végète délaissée dans
l’ignorance et la barbarie, au sein de notre civilisation
fastueuse et trop vantée.
Député, je demanderais l’abolition, ou du moins
la réduction des impôts qui pèsent particulièrement
sur la classe nécessiteuse.
— 5 —
Pour ce qui est de l’impôt du sel, j’en volerais la
suppression.
Dans l’intérêt réciproque du producteur agricole et
de l’ouvrier des villes, il faut abaisser le plus possible,
et supprimer, si faire se peut, les droits d’octroi sur
les denrées de première nécessité.
Il faut qu’à Paris d'abord, et puis successivement
dans tous les grands centres de population, et selon
la mesure du possible, l’Etat vende au prix de revient
le pain, le vin et la viande. Sous notre régime de libre
concurrence, qui ne peut disparaître tout d’un coup,
l’on aurait fort mauvaise grâce à contester à l’Etat le
droit de faire lui aussi du commerce, surtout quand
l’humanité le commande et que la prudence le con
seille, dans un intérêt d’ordre public. Cette mesure
d’ailleurs réagirait sur la condition du producteur
agricole, en facilitant la consommation et particuliè
rement celle du vin, qui ne se vend pas ou se vend
mal.
Au surplus, et je prie le lecteur de ne point perdre
de vue ina rép.onse préventive à des objections im
minentes : toutes les fois que l’Etat, par des raisons
d’ordre public, aurait à froisser des intérêts indivi
duels mais respectables, il faudrait scrupuleusement
tenir compte des droits acquis, et appliquer, s’il y avait
lieu, le principe de l’indemnité préalable.
L’Etat devra prévenir l’accaparement des grains et
veiller à ce que le cours du froment ne dépasse pas
le chiffre de vingt francs au plus l’hectolitre : résultat
facile à obtenir, sans recourir à des mesures de tari
fication compromettante, qui jetteraient le trouble et
l’effroi dans les relations commerciales.
Un ministère de la santé publique devra être insti
tué; le corps médical, organisé. Il est douloureux de
penser que l’Etat ne pourra de longtemps établir dans
chaque commune, ou au moins pour chaque couple
de communes, un médecin fonctionnaire public, of-
frant à tous les êtres souffrants les soins gratuits de
fa science et d’une charité fraternelle. Il faudra pour
voir aux exigences de ce grand intérêt social au fur
et à mesure que le permettront les finances de la Ré
publique.
Un dépôt pharmaceutique, établi dans chaque cheflieu de canton, fournira les médicaments au prix de
revient.
Le Gouvernement doit au Peuple la nourriture in
tellectuelle et morale, aussi bien que le pain matériel.
L’on devra élever le traitement des instituteurs pri
maires et exiger de ces fonctionnaires une capacité
plus grande que celle jugée suffisante du temps delà
monarchie. Le bon sens exige que l’instruction offerte
aux enfants du Peuple ait surtout un caractère profes
sionnel. Il faut tâcher de la donner dans des écoles
d’arts et métiers, et mieux encore dans des fermes mo
dèles, où, par une heureuse combinaison des éludes
théoriques et des travaux d’application, les enfants,
mieux équilibrés dans le développement de leurs fa
cultés, puissent d’ailleurs couvrir par leur travail une
partie des frais avancés pour eux, soit par les familIes^soitpar l’Etat,
Pour l’éducation politique des cultivateurs adultes,
le journal officiel de la République sera envoyé aux
frais de l’Etat à la municipalité de chaque commune
rurale. Lecture en sera donnée publiquement par l’un
des officiers municipaux. Le dimanche , tous les ci
toyens pourront profiter de cette lecture; 'les autres
jours de la semaine elle profitera du moins aux habi
tants du chef-lieu de la commune. Les heures choi
sies pour cet enseignement ne pourront jamais être
celles consacrées au service divin.
Enfin, il est de toute justice que le Gouvernement
républicain s’occupe des plaisirs du Peuple. Le plaisir
honnête ravive les forcés ; il repose et moralise. Il
faudra tâcher de propager le goût et l’étude deda mu-
sique dans les masses populaires. Lamusique, chacun
lésait, n’est pas un simple art d’agrément; elle éveille
et développe les affections suaves et pures, de même
que les inspirations généreuses. Des gouvernements
absolus nous ont déjà donné l’exemple d’un enseigne
ment musical organisé au profil du Peuple. Un autre
plaisirdu Peuple, auxquels il tiehlavcc raison, etque,
dans la simplicité de ses goûts et de sa pensée, il
considérera certainement comme une des plus pré
cieuses conquêtes de la révolution de février, c’est le
plaisir de la chasse. Il faut que le citoyen pauvre, qui
ne peut acheter un permis de chassé, puisse chasser
gratuitement un jour par semaine, le dimanche. II
doit être bien entendu qu’il ne serait porté aucune
atteinte, ni au droit du propriétaire pouvant toujours
permettre ou refuser le parcours sur son héritage, ni
aux règlements destinés à assurer la reproduction du
gibier.
gressif. Si l’impôt foncier est en général du cinquième
environ du revenu, il est clair qu’un citoyen pauvre,
n’avant qu’un revenu de cinq cents francs, est bien
autrement affecté d’une contribution de cent francs,
qu’il le serait d’un impôt de deux mille, s’il avait dix
mille livres de rentes. L’impôt, dans le second cas,
n’attaque que le superflu; tandis que, dans le pre
mier, il prend sur le nécessaire.
Il est juste que les rentiers contribuent aux charges
de l’Etat. Les rentes sur l’Etat seront imposées dans
la même proportion au moins que le revenu foncier.
Les pentes sur contrat d’obligation seront frappées
de la même taxe; des moyens faciles seront pris pour
que celle charge ne retombe pas sur l’emprunteur,
mais bien sur le capitaliste.
Lés objets de luxe seront imposés; mais certains de
ces objets ne devront l’être que dans une progression
habilement ménagée, pour ne point porter préjudice
aux ouvriers que le luxe fait vivre.
Les gros traitements de fonctionnaires devront être
diminués dans une forte proportion ; beaucoup de pe
tits traitements devront au contraire être augmentés.
Parmi ces derniers, je citerai le traitement des juges
de paix et celui des curés de campagne. Le casuel des
prêtres serait supprimé par des motifs tirés surtout de
la dignité du sacerdoce.
Il me serait impossible d’admettre que , dans une
nation républicaine, il dût y avoir des fonctionnaires
rétribués de plus de six mille francs par an. Seule
ment, lescitoyens chargés de la direction suprême
des affaires recevraient une indemnité supplémentaire,
pour des dépenses d’hospitalité et de représentation
obligées. Les agents diplomatiques seraient égale
ment compris dans l’exception.
Je ne suis point partisan de la doctrine du libreéchanqe, du moins dans l’état actuel de l’industrie en
Voilà pour la question économique, à travers la
quelle il m’a fallu faire un sorte de course au clo
cher , en me bornant à signaler les principales solu
tions.
Un mot sur la politique pure.
J’ai été toujours républicain par principes et par ca
ractère. Je n’ai point donné dans Villusion d'une mo
narchie entourée d’institutions républicaines Je ne
veux pas d’une république flanquée d'institutions mo
narchiques.
Le vote à double degré : institution monarchique,
ou si l’on veut aristocratique.
Deux chambres rivales l’une de l’autre : institution
— 9 —
monarchique. Ou elles marcheront d’accord, et alors
pourquoi pas une seule? Ou elles agiront en sens in
verse, et l’une opprimera l’autre; ou elles se neutrali
seront, et alors à quoi bon deux chambres, à quoi bon
un Gouvernement? Le dualisme du parlement a pour
raison d’être évidente le besoin du pouvoir royal de
s’appuyer contre la nation, tantôt sur itne chambre,
tantôt sur l’autre. C’est un élément d’anarchie passé
à l’état, constitutionnel. Et, en meme temps, un bou
clier, sinon un glaive pour le despotisme.
Une présidence à long terme : institution monar
chique. Pourquoi pas une présidence à vie, en atten
dant qu’elle lut héréditaire?
L’idée d’une présidence prévaudra probablement,
auquel cas je voterais pour que le président fût sou
mis à la réélection tous les cinq ans, s’il n’était pas
possible d’obtenir que la durée de ses pouvoirs fût plus
étroitement limitée. Je comprends les préoccupations,
respectables dans leur origine, qui pourraient faire
repousser le Gouvernement des comités. L’idée d’une
présidence se recommandera finit1 naturellement par
l’exemple des Etats-Unis;
Mais le Gouvernement par la chambre et par des
comités d’initiative, me paraît nonobstant plus confor
me à l’esprit d’institutions franchement démocrati
ques ; il me parait môme offrir de plus sérieuses ga
ranties à la bonne direction des affaires', ainsi qu’au
maintien de l’ordre.
Ceci a besoin d’explication, d’autant plus que ma
pensée, sur ce point comme sur bien d’autres, n'est
pas une tradition de quatre-vingt-treize.
Pour prévenir les révolutions, il faut trouver une
forme politique, où il n’y ait plus de lutte possible
entre la nation et le pouvoir; or, la souveraineté du
peuple étant posée en fait et en droit, il faut que le
peuple souverain, à la première dissidence grave qui
viendrait à se produire entre lui et son gouvernement,
2
— 10 —
puisse le révoquer, par un procédé constitutionnel et
pacifique*au lieu d’en être réduit à le briser par l’in
surrection. Si nous avons une présidence, ne fùt-elle
que de quatre ou cinq ans, il peut, dans ce laps de
temps, surgir des causes de dissentiment et peut-être
d’irritation entre la nation et le président ; si le mal
n’est pas trop urgent, et que la nation soit assez sage
pour attendre patiemment l’expiration légale delà pré
sidence, un temps précieux sera perdu pour le pro
grès toujours possible; si le mal était extrême, des
bouleversements seraient à craindre.
Voici comment j’entendrais le Gouvernement par
la chambre et par des comités d'initiative :
Distinction nette et tranchée entre le pouvoir légis
latif et le pouvoir exécutif : le second , essentiellement
subordonné au premier.
Des ministres, simples agents nommés par la
chambre pour présider à l’exécution des lois et im
primer le mouvement à tout le mécanisme administra
tif. Ce sont des chefs de bureau, ou, pour parler plus
précisément, des préfets généraux de la république.
La chambre, qui les a nommés, les révoque à vo
lonté.
Au-dessus des ministres, la chambre, dans laquelle
se résume et se centralise la souveraineté nationale;
et dans la chambre, des comités composés chacun de
cinq députés, élus par la majorité de leurs collègues,
pour, dans chaque branche d’intérêts publics et d’ac
tivité générale à laquelle correspond un ministère ,
prendre l’initiative du mouvement législatif, préparer
le programme des sessions, élaborer et formuler les
projets de loi.
Les membres de ces comités continuent à siéger à
Paris, alors que les autres députés vont, pendant les
vacances du parlement, s’expliquer avec leurs com
mettants et se pénétrer des vœux du pays.
Les députés, avant de comparaître devant leurs col-
— 11 —
lèges respectifs, reçoivent de Vinitiature (réunion des
comités d’iniliativc) le programme de la session sub
séquente.
Ils soumettent ce programme aux életeurs et le
discutent avec eux.
Les réunions, dans lesquelles ces explications se
ront échangées entre les électeurs et leurs mandatai
res , auront dù être légalement constituées et orga
nisées, sur les bases que je vais indiquer plus loin.
Si le député ne peut s’entendre avec la majorité de
ses commettants sur la solution des questions posées
pour la session subséquente, il peut être révoqué et
remplacé avant l’ouverture de cette session, de même
qu’il peut être maintenu, si la dissidence porte sur
des points jugés peu importants, ou à l’égard desquels
l’opinion publique ne se tiendrait pas d’ors et déjà
pour suffisamment éclairée.
Entre la comparution du député devant son collège
et la discussion et le vote de telle ou telle question
dans l’assemblée législative, il pourra se rencontrer
que les convictions du député très-loyalement énon
cées devant l’assemblée de ses électeurs, se soient
modifiées parle bénéfice d’une étude plus approfondie
ou par l'effet de la discussion; en ce cas, le député
placé entre sa conscience et des engagements anté
rieurs, devra s’abstenir de voter.
Un procès-verbal de ces engagements ayant dû être
dressé par l’assemblée électorale et signé par le dé
puté ; un double de ce procès-verbal ayant même été
envoyé au siège du Gouvernement; et de plus, un ta
bleau général ayant été construit, dans lequel figurent
classés méthodiquement tous les engagements con
tractés par tous les mandataires du peuple, nul député
ne sera admis à parler ni à voter contrairement à la
foi jurée.
C’est dire que le vote sera public.
A la honte de l’espèce humaine, ou mieux des ani'_8ÏBLWTHfOUÊr
BE LA VILLE i
OE PÉRIGUEUX
— 12 —
ciens gouvernements qui n’ont rien fait pour élever
le moral des populations et développer le courage ci
vique, il faudra encore maintenir le secret des votes
électoraux, sous peine de voir compromise la liberté
des élections. Mais des députés, qui sont censé l'élite
de tôut un peuple, ne sauraient être admissibles à
invoquer, en Faveur du vote secret, l’étrange argu
ment tiré de leur propre pusillanimité.
Maintenir le vote secret du représentant du peuple;
ce serait élever la lâcheté à la dignité d’institution
nationale.
Ce serait d’ailleurs ouvrir la porte à toutes les tra
hisons et fausser dans son principe même le système
représentatif.
Des rumeurs de fédéralisme circulent dans nos con '
trées. L’on parait vouloir exhumer du tombeau de
nos vieilles discordes, non la pensée girondine, mais
la conception malheureuse, imputée par la calomnie
au généreux parti de la Gironde, et contre laquelle
ont protesté lés hommes les plus purs de ce parti.
Des tendances fédéralistes seraient un anachronisme
à l’époque ou nous vivons. Lorsque de toutes parts au
tour dé nous, les nations progressent vers l’unité, la
France ne peut vouloir rétrograder dans le morcelle
ment fédéraliste. La sagesse populaire nous dit que
l'union fait la force, et nous connaissons cetaxiôme
du machiavélisme des tyrans : il faut diviser pour
régner. Je combattrai jusqu’à la mort pour la Répu
blique une et indivisible.
L’un des devoirs les plus sacrés de tout Gouverne
ment quelconque, c’est de moraliser et d’enseigner
les populations qui lui sont soumises. II faut surtout
• que la pensée d’un Gouvernement républicain rayonne
sur tous les points du territoire national, aux yeux
des citoyens appelés à la juger librement. C’est pour
cela que je réclamé la création du journal officiel, qui
la reflétant chaque jour, irait la porter au cœur de
— 13 —
toutes nos communes rurales. Le Gouvernement doit
exercer sur l’opinion du pays, non pas une pression
tyrannique, mais une excitation généreuse. Liberté
de discussion ! Avec ces deux seules limites : la ca
lomnie ; l’appel à la violence; soit contre des person
nes nominativement désignées, Soit contre des ci
toyens signalés par leur opinion ou leur profession,
soit contre le Gouvernement.
Pour enlever au gouvernement tout moyen d’action
anormale, il faudra d’une part réclamer la suppression
des fonds secrets; et d'autre part, exiger qu’il se dé
saisisse le plus tôt possible de cette arme terrible et
empoisonnnéc, la distribution des places. A quelques
exceptions près, toutes les fonctions doivent être élec
tives. Les fonctions non électives seraient celles de
certains agents du pouvoir exécutif, comme préfets,
commissaires près les tribunaux de la République,
etc., etc., lesquels agents sont en quelque sorte des
organes supplémentaires, ou si l’on, veut un prolon
gement des personnes ministérielles. Des collèges
spéciaux seraient constitués, pour l’élection des fonc
tionnaires de chaque spécialité. Par exemple, les ju
ges seraient nommés par un corps électoral composé
des magistrats de tout ordre, des avocats inscrits au
tableau, des notaires, avoués et huissiers dans le res
sort de chaque juridiction.
En matière électorale, le vrai principe, c’est que
l’élection se fasse entre pairs, entre gens placés, sinon
sur le même échelon intellectuel, moral et profession
nel, au moins à des distances assez rapprochées pour
se pouvoir connaître et juger.
Un autre principe à introduire dans nos formes
constitutionnelles, c’est celui qui a vivifié l’industrie
manufacturière, et qui ne serait pas moins fécond
dans le domaine législatif : le principe de la division
du travail. Il est très-absurde qu’un député reçoive
de scs électeurs le mandat de tout savoir ou d’opmer
— 14 —
impcrtincininent sur des questions qu’il ignore. Il fau
drait que nos députés fussent autant de Pic de la Mirandole; et comme ils ne peuvent passer à l’état d’en
cyclopédies vivantes par l’imposition des mains de
leurs électeurs, il arrive que toutes les questions,
toutes, sans exception aucune, ont constamment été
résolues par une majorité d’aveugles ou d’incom
pétents.
Il y a tout un monde politique à tirer de ces deux
principes. Il en sortira quelque jour. Maintenant l’es
pace et le temps lui manquent.
Une idée très-vieille et très-juste, qu’il faudra bien
faire descendre des régions de l’utopie dans le do
maine des réalités, c’est que les fonctions de député
sont incompatibles avec toutes autres. Pas de cumul,
car le cumul implique la sinécure.
Pour moi, que je sois député ou non, je ne faillirai
point à celte règle, et je n’accepterai jamais de fonc
tions publiques qui ne me vinssent pas de l’élection,
à moins que ees fondions ne fussent gratuites, essen
tiellement temporaires et tout-à-fait de dévouement.
Si j’avais l’appétence des places dont le gouverne
ment dispose, je pourrais espérer en obtenir sans
avoir à trafiquer d’un suffrage d’électeur ou d’une
conscience de député.
Mais j’aimerais mieux la pauvreté, avec l’indépen
dance de ma pensée, que des trésors achetés par le
sacrifice de mes goûts et de mes habitudes d’esprit.
En dehors des joies du cœur, je ne tiens qu’à deux
choses au monde : la plume et la charrue dans les
temps de calme, la plume et la parole aux époques
de rénovation politique.
L’on pourra désirer savoir d’un candidat à la Cons^
tituânte, quelle opinion il s’est faite sur les actes du
Gouvernement provisoire.
J’en approuve généralement l’esprit de haute sa
gesse et d’humanité.
— 15 —
Une faute a été commise : l’impôt des 45 centimes
est une maladresse et un malheur. Une recette ex
traordinaire était réclamée sans doute par des cir
constances exceptionnelles, mais il ne la fallait pas
chercher môme dans la bourse vide des petits pro
priétaires. C’était le cas de décréter d’urgence l’impôt
proportionnel-progressif, l’impôt sur la rente hypo
thécaire, l’impôt sur la rente payée par l’Etÿt. La
perception de ce dernier droit était tout autrement
facile que celle des centimes additionnels, dont on a
frappé tout l’impôt foncier.
J’ai approuvé par l’intelligence et j’ai béni par le
cœur l’abolition de la peine de mort en matière poli
tique. Appelons de tous nos vœux et servons de tous
nos efforts la conciliation des partis dans une discus
sion libre et loyale; mais si la plus chère espérance
des âmes honnêtes et sympathiques devait encore une
fois se briser contre la plus cruelle des déceptions;
si des dissensions intestines devaient ensanglanter
notre patrie, je n’hésite pas à le dire, mieux vaudrait
des milliers d’hommes frappés bravement par l’épée
sur les champs de bataille de la guerre civile, qu’un
seul citoyen portant sa tète sur l’échafaud politique.
Le mot attribué à Barrère, les morts ne reviennent
pas, l’on sait de quels morts il parlait, ce mot si
odieux qu’il soit est encore plus absurde. Ces morts,
ne sont jamais morts! Ils reviennent au centuple.
S’il fallait chercher sur la terre des juges pour les
délits politiques, la raison ne les trouverait que dans
la postérité lointaine, laquelle ne sera guère tentée
de guillotiner de la poussière. Il n’y a point de péna
lité à décréter partialement, il y a des mesures à
prendre avec bon sens et humanité contre la violence
des faclions. Tout pouvoir constitué doit se défendre.
Une nation, harcelée par des minorités turbulentes,
ne peut émigrer en masse. Qu’elle réponde aux armes
parles armes! Après la victoire, elle constatera ce
simple fait patent et flagrant d’incompatibilité de vo
lonté entre la minorité réfractaire et la grande majo
rité souveraine. Il y aura entre l’une et l’autre disso
lution de société. Les vaincus ont tranché par le glaive
le lien qui les rattachait à la nation; ils se sont ex
communiés : qu’ils restent donc sous le coup de
l’EXCOMMUNICATION POLITIQUE!... Ils peuvent
chercher une autre patrie.
Les républicains de France ont l’invincible volonté
de préserver leur pays de tout retour du despotisme,
de toute invasion de l’anarchie,, et de présenter au
monde l’exemple attrayant et sublime d’une puissante
nation organisant enfin la synthèse de l’ordre et
de la liberté, c’est-à-dire du bonheur commun.
Nos pères ont échoué dans cette grandiose entre
prise. Mais les idées ont marché; l’humanité gagne à
vieillir ; l’étude et l’expérience doivent bien servir à
quelque chose.
Les écueils contre lesquels se heurta notre première
république ont été reconnus et sont maintenant sur
montés de phares qui se voient de loin. Il est-facile
d’éviter ces écueils : je ne signalerai ici que l’un des
plus dangereux.
La liberté de réunion et la liberté de la parole sont
assurément de l’essence de tout gouvernement démo
cratique. Il faut donc des clubs : ils sont utiles, in
dispensables, nécessaires. Sans eux, pas d’esprit
public.
Mais, la liberté de la parole doit être réglementée,
comme toutes les libertés, et cela précisément, dans
l’intérêt de la liberté même, non moins que de l’ordre.
Pas de gouvernement possible avec l’anarchie des
clubs, surtout chez une nation ardente, renommée
dans le monde entier pour son impétuosité, et qui,
dans ses jours de colère, brise un gouvernement en
un tour de main.
Voici les dispositions, qui me sembleraient le plus
' — 17 —
propres à atténuer le danger des clubs, en laissant à
ce fait politique, qui devrait être désormais une insti
tution organisée, son immense portée d’utilité.
1. ° Dans toutes les réunions où les actes du gou
vernement seront publiquement discutés, il sera loi
sible au gouvernement de se faire représenter par des
agents officiels, chargés de soutenir sa politique.
2. ° Les fonctions d’orateur du gouvernement près
les sociétés populaires sont essentiellement gratuites.
3. ° Les bons citoyens comprendront qu’ils ne doi
vent donner leurs voix soit aux candidats à la députa
tion, soit aux candidats à d’autres fonctions, qu’au
tant que ces divers candidats auront assisté réguliè
rement aux séances du club ou des clubs de leur lo
calité respective.
4. ° Tant qu’une circonscription électorale aura son
député siégeant à la Chambre, les clubs de cette cir
conscription ne pourront tenir séance que le diman
che : autrement ces assemblées ne seraient plus fré
quentées que par des ardélions politiques; tous les
travailleurs et gens de bien finiraient par se lasser
d’y aller, auquel cas les bavards et brouillons auraient
la partie trop belle ; et si au contraire les hommes
sensés, les citoyens laborieux, les pères de famille
s’imposaient toujours d’assister à ces réunions trop
fréquentes, le travail et même les mœurs domesti
ques pourraient en subir une grave atteinte.
5. ° Pendant le temps qui s’écoulera entre la mort
ou la démission d’un membre du parlement et l’élec
tion de son successeur; et pendant toute la durée des
vacances du corps législatif, les clubs seront ouverts
tous les jours.
6. ° L’ordre du jour de chaque séance aura dû être
arrêté et publié au moins huit jours à l’avance, dans
le cas prévu par l’article 4, et au moins trois à l’a
vance dans le cas de l’article S.
7. ° Les clubs fonctionneront comme comités élec-
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toraux. Ce serait devant eux que comparaîtraient les
membres du parlement à l’époque des vacances.
8. ° Comme il pourrait être difficile que le député
visitât tous les clubs de sa circonscription, il devrait
sc présenter à jours fixes dans tous les principaux
chefs-lieux; un avis publié à l’avance permettrait aux
citoyens les pl us zélés dans le ressort de chacun de
ces chefs-lieux de se rendre à l’entrevue annoncée.
9. ° A la majorité de su tirages de tous les clubs de
chefs-lieux, grossis de tous les hommes de bonne
volonté accourus des divers points de la circonscrip
tion, il serait pris une décision, par laquelle les élec
teurs seraient ou ne seraient pas convoqués pour élire
un nouveau député, sous toutes réserves du droit ab
solu restant à la majorité du collège de maintenir le
député en titre.
10. ° Pour que la liberté de discussion ne puisse
pas être confisquée dans l’enceinte d’une société po
pulaire par une majorité intolérante, tout citoyen
pourra exiger son inscription et son maintien sur la
liste des membres d’un club quelconque, encore qu’il
fil déjà partie de quelque autre réunion du môme
genre.
J’indique ces dispositions dont les détails seraient
sans doute susceptibles de modifications nombreuses,
mais dont l’esprit me parait sage. 11 fyd organiser les.
clubs. Autrement il s’établit entre les membres de
ces assemblées turbulentes une désastreuse émulation
d’exagération et d’extravagance. Les choses en vin
rent au point, dans notre première révolution, que les
plus chauds montagnards furent taxés de tiédeur et
d’insuffisance par les Hébert, les Chaumette, les
Vincent et autres démagogues. L’on n’avait pas su
prévoir! Les fautes accumulées par l’Assemblée con
stituante et par la législative pesaient sur la Conven
tion. La désorganisation était partout. Les vociférateurs des clubs venaient parader à la barre et triom-
pliaient insolemment de la représentation nationale.
L’orage en permanence au dehors fit irruption dans
rassemblée. Et les Girondins périrent; et les maîtres
puissants delà montagne tombèrent à tour de rôle.
Tous les partis vainqueurs du jour et vaincus du len
demain eurent à compter avec l’émeute; la liberté
sanglante effraya le monde ; la Nation lasse de l’anar
chie se jeta aux pieds du despotisme; et, pendant un
demi-siècle, a tourné misérablement dans le cercle
des révolutions et des gouvernements impossibles.
Il faut que tout cela soit fini !
Que le peuple, qui a la force, sc montre grand ,
juste et bon !
Que les minorités du privilège , cédant à la justice
et non à la force, s’abandonnent avec bonheur à des
inspirations généreuses !
Le plus beau des privilèges dont elles aient jamais
joui, c’est de pouvoir venir efficacement au secours
du pauvre Peuple !
Advienne le royaume de Dieu, la douce fraternité,
voulue par le divin Sauveur !
Il était visible que le symbole de la France républi
caine serait, non le coq, oiseau querelleur, ni le bon
net phrygien, dont la couleur est mauvaise, mais des
mains étroitement unies.
Gardons sous les yeux ce symbole !
Je m’arrête. L’on jugera.
Mon caractère et mes études me conféraient, com
me un droit, et m’imposaient, comme un devoir, la
candidature à l’Assemblée Constituante.
Ce devoir , je l’ai accompli. Ce droit, vous pouvez,
Citoyens, lui refuser ou lui décerner la consécration
populaire. Le résultat m’importe peu, pour ce qui me
concerne en propre.
J’aimerais mille fois mieux, pour la joie de ma
Fait partie de Profession de foi du citoyen Clément Dulac
