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LE MARQUIS DU LAU D’ALLEMANS
La maison du Lau, originaire de Biscaye, puis transplantée en
Armagnac, s’est établie, en 1429, au château de la Côte, dans la
paroisse de Biras en Périgord, et a possédé les terres importantes de
Champniei’3 et de Montardÿ, Elle a fourni à l’armée plusieurs officiers
généraux, et à l’Eglise cinq évêques et deux archevêques. Le procès
de’ béatification de l’un d'eux, l'archevêque d’Arles, massacré aux
Carmes, est actuellement pendant en Cour de Rome.
En'son chef, le marquis du Lau d’Allemans qui vient de s'éteindre
à Paris à l’âge de quatre-vingt cinq ans, disparaît l’une des person
nalités les plus marquantes de la société française pendant ces
cinquante dernières années.
Armand du Lau d’Allemans naquit le 6 mars 1833 au château de
Montardy, commune du Grand-Brassac ; petit neveu du saint arche
vêque d’Arles, descendant du marquis d’Allemans dont notre Bulletin»****
a retracé l’histoire, il puisa dans son atavisme de famille la fort^”^
empreinte qui devait marquer sa vie et lui permettre d’allier à l’allure
et à-la culture d’un grand'seigneur du yvin" siècle les contingences
de la vie moderne..
Pendant sa jeunesse, ayant hérité d’un oncle du château de La Côte,
il faisait d’assez longs séjours en Périgord, et s’y était lié avec les
jeunes hommes de sa génération ; mais ses relations et ses goûts
l’attiraient vers Paris. Il y construisit, à la fin du second Empire, rue
Jean-Goujon, un petit hôtel, modèle d’élégance, où voisinaient avec
les souvenirs de famille qu’il y avait réunis, des tableaux et des bibe
lots précieux.
Lorsqu’éclata la guerre de 1870, quoiqu’il n’y fut préparé ni par son
âge ni par son passé, il s’enrôla des premiers et se fit remarquer par
un allant et une intrépidité qui lui valurent les suffrages de tous les
gens du métier. Capitaine au 3° bataillon des Mobiles de la Dordogne,
officier d’ordonnance du Ministre de la Guerre, le général Le Flô, et
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pendant la commune du général de Gallifi'et, il fut nommé chevalier
de la Légion d'honneur pour avoir, durant la campagne, « donné des
preuves réitérées d’énergie et de résolution. »
Le marquis du Lau fut lié avec les personnalités les . plus en vue
de son temps : S. M. Edouard VII l’honorait d'une amitié particulière
et pendant ses séjours à Paris, lorsqu’il n’était encore que Prince de
Galles, il en faisait un de ses intimes. Très recherché pour la sûreté
de son goût et sa compétence dans les questions les plus variées,
sa réputation de grand fusil du monde parisien en faisait l’invité de
fondation de toutes les grandes chasses de France et d’Angleterre.
Peu d’années avant sa mort, il se livrait encore régulièrement à son
sport favori. Son esprit et le tour particulier de sa conversation
n’étaient pas moins appréciés dans les réunions de châteaux que
dans les salons des cercles de l’Union et du Jockey dont il était un des
membres les plus influents et les plus considérés. Mais il n’appliqua
pas ses facultés seulement à des questions du monde ou de sport et
plusieurs sociétés financières ou de chemins de fer le comptèrent
dans leur Conseil d’administration. Son tact, la rectitude de son
jugement, sa connaissance des affaires et des hommes l’y firent par
ticulièrement rechercher et écouter.
Si le marquis du Lau faisait à Paris sa résidence habituelle, il n’en
resta pas moins toujours profondément attaché au Périgord, à ses
amitiés de jeunesse, à son château deMontardy qu’un incendie avait
presqu’entièrenient détruit pendant l’hiver de 70 et qu'il reconstruisit
avec un goût parfait, en imprimant à la vieille demeure des Jaubert
un grand caractère d’élégance, tout en lui conservant ses dispositions
primitives. Chaque année, il venait y passer une partie de l’été, il
aimait, tant qu’ils vécurent, à s’y entourer d’amis de sa jeunesse et
il était surtout heureux de se retrouver au milieu de populations qu’il
affectionnait et auxquelles il se plaisait à rendre service. C’est ainsi qu’il
entretenait au Grand Brassac l’école libre des filles et qu’il s’employa
de toute son influence à obtenir de l’Etat la restauration de la belle
église romane, l’un des types les plus complets de notre architecture
périgourdine à coupoles.
Les habitants lui en ont témoigné constamment leur reconnais
sance en le nommant le premier du Conseil municipal et en attendant
son arrivée pour traiter en sa présence les principales affaires de la
commune.
Le marquis du Lau avait plaisir à se montrer- généreux et obligeant
pour ses compatriotes ; mais il tenait également aux institutions des
tinées à conserver et à faire connaître le passé de notre Périgord.
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ÏJepuis longtemps la Société historique et archéologique le
comptait parmi ses membres ; il fit plusieurs communications
à notre Bulletin et lui fit don, pour un de ses numéros, d’une hélio
gravure reproduisant une lettre inédite adressée par Henri IV à l'un de
ses ancêtres.
Le Musée du Périgord et ié Musée de l’Armée reçurent de lui des
objets qui ont enrichi leurs collections, et il fit aux Archives départe
mentales de la Dordogne le dépôt de ses très importants papiers de
de famille.
Depuis quelques années, ses infirmités et les événements de là
guerre, auxquels il prenait une grande part, l’avaient empêché de
sortir de sa retraite pour venir à Montardy : il s’est éteint chrétien
nement et a tenu à être inhumé dans les tombeaux de sa famille, à
Celles, où son corps a été transporté le 24 février. En lui disparaît un
type rare de bon Français et de parfait gentilhomme ; il a eu du moins
la suprême consolation de connaître la victoire de nos armes dont
même aux jours les plus sombres il n’avait jamais douté.
Mis de Fayolle.
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Fait partie de Le Marquis Du Lau d'Allemans
