FRB243226101_D-12050.pdf
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MIRACLE
DE MIGNE,
ou
OBSERVATIONS
SUR l’apparition d’une CROIX DANS CETTE PAROISSE , A LA SUITE
DES EXERCICES DU JUBILE ;
avec C rt/pptoKa-liop da DTCoiu5c<icjiie4.i/fc C £vec|u
uouœ.
ANNEe 1837.
DE MIGNÉ,
OU OBSERVATIONS
SUR i/aPPARITION d’une CROIX DANS CETTE PAROISSE , A LA SUITE
DES
EXERCICES
DU JUBILÉ.
U he religion qui commande d’aimer son prochain
comme soi-même, qui ordonne de pardonner à ses
ennemis , de prier pour eux, de leur faire du bien
toutes les fois que l’occasion s’en présente, de ve
nir au secours du pauvre, surtout de la veuve et
de l’orphelin, ne mérite-t-elle pas notre amour? Une
religion qui proscrit tous les vices en prescrivant
toutes les vertus, qui ne se contente pas des actions
extérieures, mais qui veut la réforme entière du
cœur et fouille dans les consciences pour en arra
cher jusqu’aux moindres racines du vice, n’est-elle
pas digne de nos hommages, de notre respect et
de nos plus tendres affections ? Une religion qui
conseille de se laisser dépouiller plutôt que de trou
bler la paix, qui offre aux affligés les plus douces
consolations, qui les soutient dans leurs maux , qui
V -
(2).
intéresse à leur infortune le riche et l’opulent, qui
seule peut faire le bonheur de l’homme dans quel
que position qu’il plaise à Dieu de le placer, qui
le prend au berceau pour lui servir de guide à tou
tes les époques de la vie, et ne le quitte qu’après
l’avoir rendu à l’immortalité ; une telle religion, si
pure , si aimable et si consolante, pouvait - elle
donc trouver des contradicteurs, et de nos jours
aurait-elle encore des ennemis, elle qui ne compte
pour rien la foi, l’espérance et les autres vertus,
si la charité n’en est le fondement?
On conçoit qu’elle ait été persécutée lorsque pour
la première fois elle apparut au monde ; elle réfor
mait tout , parce que tout n’était qu’abus et dé
sordres; elle réprimait les passions, jusqu’alors li
bres dans leurs transport^ ; aux fêtes riantes et vo
luptueuses , elle substituait des cérémonies graves
et imposantes ; à l’orgueil, l’humilité ; à la haine et
à l’envie , l’amoui' du prochain ; à l’égoïsme , le dé
sintéressement ; à l’emportement et à la colère ,
la douceur et la patience ; en un mot, au liberti
nage du cœur et de l’esprit, elle faisait succéder
une austérité de mœurs digne du Dieu qu’elle ser
vait. De telles réformes, heurtant toutes les passions,
durent sans doute les soulever contre elle, et leur
premier cri dut être celui-ci : Détruisons notre enne
mie! Mais peut-on concevoir qu’après plus de dixhuit siècles de la plus brillante lumière, et de cette
félicité dont elle a fait jouir le monde, il se trouve
encore des hommes assez hardis pour l’attaquer et
assez ingrats pour méconnaître ses bienfaits ? C’est
cependant une vérité, humiliante sans doute , mais
qu’on ne peut s’empêcher d’avouer, qu’il existe des
hommes capables de tout oser contre cette sublime
religion qu’ils abhorrent. Cette fille du ciel ne cesse
de leur dire : Pourquoi me persécutez-vous ? que
vous ai-je donc fait? Jésus mon auteur et votre maî
tre n’est-il pas mort pour vous ? ne s’est-il pas of
fert comme victime pour l’expiation de vos crimes ?
pendant sa vie mortelle vous sembliez être l’objet
de ses préférences. Vous me reprochez, disait-il aux
pharisiens, de manger avec les pécheurs ; mais c’est
principalement pour eux que je suis venu sur la
terre; mon père ne demande pas leur mort; il désire
qu’ils se convertissent et qu’ils vivent ; apprenez
donc que je veux la miséricorde et jioji le sacrifice.
Un tel langage ne devrait-il pas pénétrer tous les
cœurs et y faire naître les plus douces espérances !
Tout parle en faveur de cette religion sainte, et
elle est aussi ancienne que le monde , puisque per
sonne sur la terre n’a pu être sauvé qu’en croyant
en Jésus-Christ, attendu ou venu. A peine le pre
mier homme a-t-il offensé Dieu , que ce Dieu plein
de bonté lui promet un libérateur. Ce libérateur est
son fils unique ; c’est en lui que croient les patriar
ches. Les prophètes annoncent ce divin Messie, et les
!
( 4 )
juifs l’attendent ; mais lorsqu’il paraît au milieu
d’eux, ils refusent de le reconnaître. Cependant il
prouve la vérité de sa mission ; il réunit tous les ca
ractères des prophéties, et la Judée retentit des mer
veilles qu’il opère. On se presse autour de lui pour
participer aux salutaires effets de sa puissance et
de sa bonté : les aveugles voient, les sourds enten
dent , les boiteux sont redressés, les paralytiques
marchent, les lépreux sont guéris, les morts res
suscitent, et les trois années de sa prédication sont
trois années de bienfaits. Mais que peuvent les pro
diges sur le coeur d’un peuple frappé d’aveugle
ment ! Les juifs sont insensibles à tout ce qu’ils
voient, à tout ce qu’ils entendent ; au lieu de cette
pureté de cœur et de cette droiture d’intention
que Dieu exige d’eux , ils n’ont que de la ma
lice et de l’hypocrisie ; ils se laissent séduire par
les vains discours des pharisiens, des docteurs et
des scribes, et toutes les œuvres extraordinaires
opérées en leur faveur ne sont plus rien pour eux.
Jésus est crucifié , et sa mort est pour lui un triom
phe, La nature entière lui exprime ses regrets : le
soleil s’obscurcit ; la terre tremble ; le voile du tem
ple se déchire ; les tombeaux s’ouvrent ; les morts
reprennent la vie. A cet effrayant spectacle, on en
tend des juifs s’écrier, en se frappant la poitrine :
Il était vraiment le fils cle Dieul Le Sauveur du
monde ressuscite; les apôtres, déjà dispersés, se
(5)
rallient autour de leur maître ; il leur fait toucher
ses plaies, pour qu’ils ne puissent douter de sa ré
surrection ; il les console, il leur promet l’esprit
saint, il les rend témoins de son ascension, et dix
jours après il leur envoie cet esprit de force qui,
les remplissant de courage et d’amour, leur fera
braver les persécutions et la mort. Les apôtres an
noncent la résurrection de Jésus de Nazareth ; ils
reprochent aux juifs d’avoir crucifié le juste , et, à
la suite de deux prédications, on compte déjà huit
mille chrétiens. Les princes des prêtres veulent im
poser silence à ces missionnaires qu’anime l’esprit
de Dieu : ils les font comparaître devant des juges;
on les frappe de verges, et tout chargés de fers on
les précipite au fond des cachots. Cependant le
Seigneur veille sur ses fidèles serviteurs ; il' les fait
délivrer par le ministère d’un ange : Saint Pierre
est rendu à la liberté ; il annonce de nouveau la
divinité du Christ, et déclare qu’il ne peut obéir
aux hommes lorsqu’ils lui défendent ce qu’un
Dieu lui a commandé. Chaque jour le nombre des
chrétiens augmente ; les pharisiens et les docteurs
de la loi en sont effrayés ; les persécutions com
mencent; elles se poursuivent avec acharnement,
et les apôtres sont forcés d’abandonner Jérusalem.
Cependant ces propagateurs de la foi veulent
remplir leui’ mission, et c’est alors qu’ils se parta
gent l’univers. Les nations infidèles les écoutent ;.
/'
(6)
à leurs discours ils joignent les miracles, et la re
ligion de Jésus - Christ s’établit en tous lieux. A
peine cinquante ans se sont écoulés depuis la mort
du Sauveur, que le monde entier a retenti de la pu
blication de l’Evangile, que la ville de Jérusalem
a été détruite , et que les juifs ont été dispersés par
toute la terre, comme pour y faire connaître euxmêmes le crime affreux dont ils s’étaient rendus
coupables.
C’est par suite des cette rapidité des conquêtes du
Christ que Tertullien écrivait aux magistrats païens :
« Tous les peuples du monde croient en Jésus« Christ : les Parthes, les Mèdes et les Perses , en
te fans d’Elam ; ceux qui occupent la Mésopotamie ,
« l’Arménie , la Phrygie, la Cappadoce , le Pont,
« l’Asie, la Pamphilie, et ceux de l’Égypte, et ceux
« de la contrée d’Afrique qui est située par-delà
« Cyrène, et nos Romains et ceux de votre nation
« qui ont habité Jérusalem. Poussons plus loin
« encore : les peuplades diverses, confondues sous
« le nom de Gétules et de Maures ; les nations
« lointaines qui peuplent les Espagnes , les Gaules,
« et le pays des Bretons , inaccessible aux aigles ro« maines ; les Sarmates , les Daces, les Germains,
« les Scythes, et tant d’autres peuples encore igno« rés, tant de régions et d’îles où nous n’avons
« pénétré jamais et de qui les noms même échap« pent à notre connaissance ; tous, ils connaissent le
( 7 )
« nom de Jésus-Christ ; tous, ils ont reçu sa domi« nation, et lui rendent hommage comme au Mo« narque venu pour leur donner des lois...............
« Salomon a régné , mais sur la Judée seulement,
« et sa vaste domination, qui s’étendait de Bersabé
« jusqu’à Dan, n’allait pas plus loin. Darius com« mandait aux Babyloniens et aux Parthes ; il ne
« comptait point tous les peuples du monde au
« nombre de ses sujets. Pharaon et ses successeurs
« régnèrent, sur l’Egypte, mais sur l’Egypte seule.
« Nabuchodonosor poussa ses conquêtes de l’Inde
« à l’Etiopie, et là expirait sa puissance. Alexandre,
« maître un moment de l’Asie entière et de plusieurs
« autres contrées, ne laissa son vaste empire à au« cun de ses successeurs. L’indomptable Germain
« ne permet pas à l’étranger de franchir ses fron« tières ; le fier Breton est gardé par l’Océan qui
« l’entoure ; le barbare Gétule, et le Maure, im« patient de se répandre comme un torrent, sont
a contenus à peine par les légions romaines, qui les
« compriment de toutes parts ; et ces Romains eux« mêmes, qui n’ont pas assez de toutes leurs lé« gions pour garder leurs frontières , pour conser« ver leur empire, voient leur puissance s’arrêter
« au-devant de ces nations , inaccessibles à tous
« leurs efforts. Pour Jésus-Christ, sa puissance a pé« nétré avec son nom dans tous les lieux du monde :
« partout on croit en lui, partout on obéit à sa loi,
« partout on l’invoque et on l’adore, partout on
« lui paie un même tribut. Point de roi qui trouve
« auprès de lui de faveur ; point de barbares qui
« s’applaudissent de se soustraire à sa domination ;
« point de privilège de rang ou de naissance qui
« affranchisse de son autorité ; le même pour tous,
« il commande également à tous : seul Roi, seul
« Juge, seul Seigneur et maître de l’univers. »
Tel est le brillant tableau que nous a tracé Tertullien, et tels furent, en effet, les précieux fruits
de l’Évangile.
Cependant, tant de succès irritent l’ange des té
nèbres : il ne peut voir sans indignation le culte
de ses idoles abandonné, et il suscite contre les
adorateurs du Christ les plus sanglantes persécu
tions. Des millions de fidèles sont mis à mort, sans
égard, ni pour le rang, ni pour l’âge, ni pour
le sexe ; pendant près dé trois siècles leur sang
inonde la terre ; partout on recherche les disciples
de Jésus-Christ avec plus d’acharnement qu’on n’en
mettrait à poursuivre des malfaiteurs. Les Néron ,
les Dioclétien, les Galère, les Maximin , veulent
détruire jusqu’au nom chrétien ; ils se flattent, à
force de supplices et de tourmens, de venir à bout
de leur coupable projet. Mais, vains efforts, fureurs
impuissantes , ils sont frappés eux-mêmes , et on
les voit mourir de rage et de désespoir.
Un prince généreux et magnanime est choisi par
(9) le ciel pour rendre la paix à l’Eglise, encore toute
teinte de sang : Jésus fait apparaître sa Croix au
grand Constantin et à l’armée romaine. Autour de
cette Croix, éclatante de lumière, on lit ces mots.:
Ce signe vous fera remporter la victoire (in hoc
signo vinces ). Aussitôt l’empereur se fait chré
tien ; la religion se relève, se propage, et de tous
côtés on accourt pour se ranger sous son étendard.
Déjà les disciples du Christ sont partout, et Rome ,
la capitale du monde , Rouie, le séjour des Césars,
est livrée, comme par un ordre céleste, aux succes
seurs de Céphas, tandis que Constantin va se fixer
dans une nouvelle cité, qui doit éterniser sa mé
moire. Grand Dieu ! c’est donc ainsi que vous con
fondez l’orgueil des hommes ! la superbe Rome ,
le centre des persécutions suscitées contre votre
Église, devient le centre de la catholicité, et lors
que tout est en feu, elle seule reste calme et tran
quille !
Mais de nouvelles épreuves étaient réservées à
l’Église de Jésus-Christ. Les barbares inondent les
pays chrétiens ; ils détruisent tout ce qu’ils trouvent
sur leur passage ; les temples, ces asiles du ToutPuissant, ne sont pas même à l’abri de leur brutale
férocité. Les disciples du Sauveur sont opprimés ; on
ne leur permet pas d’exercer librement leur culte,
et, froissés dans des luttes politiques dont ils ne
peuvent prévoir la fin, ils ne cessent d’élever vers
( 10 )
le ciel des mains suppliantes. Cependant, Dieu leur
envoie un libérateur : Clovis reçoit le baptême, et
avec la nouvelle religion, le trône s’affermit, la
paix règne, et quatorze siècles font prospérer la
plus belle et la plus auguste des monarchies.
Que l’on parcoure les époques de ses plus grands
malheurs , on verra cette monarchie se relever avec
courage; le péril semble redoubler ses forces, et
toujours le combat lui donne la victoire. Bientôt,
en effet, ne vit-on pas la France livrée aux guerres
intestines, mille fois plus cruelles et plus affreuses
que les guerres étrangères. Chaque duc, chaque
comte aspirait au pouvoir souverain , ou favorisait
celui que le caprice et l’ambition auraient voulu
pour roi. De nombreux partis se formaient avec agi
tation ; ils se détruisaient avec plus d’acharnement
encore ; notre patrie n’était presque plus qu’un vaste
champ de bataille, où le fils combattait contre le pè
re , le père contre le fils , et le frère contre le frère.
Au milieu de ces violentes secousses, l’empire chan
celle ; déjà sa chute semble certaine, lorsque la puis
sante main du Seigneur raffermit Chilpéric sur le
trône et nous donne la paix. Cette paix répare les
malheurs que le désordre avait multipliés, et con
sole l’Eglise de ses pertes ; la religion est prêchée
aux nations germaniques ; elle étend ses conquêtes,
et le royaume des cieux s’agrandit.
De nouveaux dangers menacent encore la France ;
r~
( 11)
une nation presque entière vient fondre sur elle ;
plus de quatre cent mille barbares se trouvent toutà-coup dans son sein ; ils la regardent déjà comme
leur proie ; ils s’en croient les maîtres ; partout ils
imposent des lois aussi dures qu’ils sont eux-mêmes
féroces. Les autels du Tout-Puissant sont dépouillés ;
ses temples sont renversés ; le culte est interrompu;
l’abomination est dans le sanctuaire ; de toutes parts
s’élèvent des gémissemens et des cris lamentables.
Déjà les Sarrazins ont établi leur sanglante domi
nation dans le Languedoc , dans la Bourgogne et
dans toute l’Aquitaine. La lutte est inégale ; que
va devenir la France? quel sera son sort? L’Eu
rope entière est dans l’attente et la chrétienté dans
la consternation. La monarchie va périr; la religion
va disparaître. Plus de Français : notre belle patrie
va devenir le séjour des barbares. Sauvez votre peu
ple , grand Dieu ! souvenez-vous de l’alliance que
vous fîtes avec Clovis ; ne permettez pas que l’hé
ritage de Jésus-Christ périsse par les mains des in
fidèles ! Ces vœux sont entendus ; ils seront exaucés
puisqu’ils sont faits par des chrétiens. Trois cent
mille barbares sont taillés en pièces ; ils trouvent la
mort où ils cherchaient la victoire, et Poitiers est
la première ville où retentit cette consolante nou
velle : La France et la Pœligion sont sauvées.
Cependant de nouveaux malheurs étaient réser
vés à la monarchie. Un acte inique, arraché à la
f
( 12 )
faiblesse par la haine et la perfidie , rend les fiers
Bretons maîtres de la France : Henri V en est déjà le
tyran ; les troupes le regardent comme leur chef, et
les parlemens reconnaissent son fils pour souverain.
A l’usurpation du trône, les Anglais joignent l’in
sulte et l’outrage ; ils se jouent de Charles VI et
poursuivent son fils comme un rebelle. Mais cpie
peuvent leurs succès et leur audacieuse insolence ?
Dieu ne permettra point que l’héritage de SaintLouis passe dans des mains étrangères ; il suscite
une héroïne pour être l’arbitre de nos destinées :
Jeanne d’Arc , la gloire de notre patrie et la honte
de l’Angleterre , annonce la victoire ; Reims ouvre
ses portes à son Roi ; l’huile sainte coule sur là
tête du Monarque , et Charles VII a reconquis son
peuple.
Depuis cette mémorable époque, les Français vi
vaient heureux ; et malgré quelques discordes civiles,
leur bonheur se soutenait encore avec le secours
de la religion , lorsqu’un bouleversement affreux,
amené par les écrits séditieux et par la corruption dés
mœurs , vint troubler cette douce félicité. On veut
détruire l’ouvrage du ciel ; la religion est attaquée
comme une superstition bizarre et ridicule : Ecra
sons l’infâme ! s’écrie-t-on de toutes parts. A ce cri
de ralliement, les passions se réveillent ; la cupi
dité les allume ; elles éclatent, et la doctrine du
Christ semble succomber. L’autel croule, et, dans
(
)
13
sa chute, il entraîne le trône ; le patrimoine des
pauvres est vendu ; le droit de propriété est violé ;
le sang coule sur les échafauds. O scène d’horreur !
le Roi lui-même est condamné par son peuple ! il est
mis à mort, et avec lui périssent ceux qui lui étaient
le plus chers, son fils et sa tendre épouse ! Le reste
de sa famille est forcé de chercher son salut loin de
la patrie ; pendant vingt ans la France reste privée
de ses souverains légitimes. Un étranger s’empare
du trône : il est envoyé pour punir les nations cou
pables ; il châtie l’Europe entière ; et lorsque son
heure est sonnée, rien ne peut le soustraire luimême à la puissance du Seigneur. Sa mission est
remplie ; les rois, son ouvrage, disparaissent, et
son armée, comme celle de Sennacherih, est anéan
tie. Il avait outragé le pontife du Très-Haut ; il s’était
joué de ce que la religion a de plus saint et de plus
sacré ; son impiété audacieuse est punie : les peuples
de l’Europe sont appelés par le ciel pour le chasser
de son trône et pour y faire remonter le descen
dant de Saint-Louis. Les Bourbons viennent com
bler nos vœux : depuis long-temps la France sou
pirait après leur retour ; ses désirs sont enfin satis
faits ; elle vivra heureuse.
Cependant une cruelle épreuve est encore réser
vée à cette famille auguste : un de ses membres ex
pire sous le fer d’un lâche assassin ; on voit couler
le sang d’un des petits-fils d’Henri IV, ce sang si
( 14)
cher à la France et si précieux pour elle. La vic
time expire ; mais, ô prodige de bonté de la part
du Dieu puissant qui veille sur les destinées de la
monarchie ! de ce sang si inhumainement répandu ,
il sortira, contre les vœux de l’athée, un illustre
rejeton que les vrais Français ont déjà surnommé
XEnfant du Miracle (1) !
La France attendait une nouvelle grâce : au nom
du ciel, Rome la lui accorde. Devenus coupables
par l’excès de nos divisions, nous avions besoin
d’indulgence, et le Jubilé nous offre les moyens
de nous réconcilier avec le Sauveur du monde. A
ce nouveau bienfait, les chrétiens se montrent reconnaissans et sensibles : de toutes parts on s’em
presse de revenir à Dieu ; partout le Jubilé opère
des conversions ; l’onction céleste pénètre dans les
cœurs les plus endurcis, et notre patrie est régé
nérée dans la foi. Retirés de l’abîme où les avait
plongés l’oubli de tous leurs devoirs, les Français re
cevront un nouveau gage de leur alliance avec le Dieu
qu’ils avaient méconnu ; ils obtiendront la même
faveur qui fut accordée au grand Constantin, à son
armée et à ses peuples ; un signe leur apparaîtra
dans les airs ; ce sera cette même Croix qui a déjà
sauvé le monde (2).
(1) Le duc de Bordeaux
(2) Voyez les rapports ci-joints (depuis la page 17 jusqu’à la page 28 ) ,
rédigés et imprimés par ordre de Mgr. l’Évêque de Poitiers.
( 15)
O France ! puissent tes nobles sentimens de loyau
té , de franchise et d’honneur, te faire sentir tout
le prix de ce nouveau prodige : ouvre enfin les yeux
à la lumière, et, comblée des bienfaits du Seigneur,
garde-toi d’outrager son saint nom. Que désireraistu donc encore ? Tout prospère dans ton sein ; ton
génie t’a placée au-dessus de toutes les nations ; tu
possèdes le plus auguste et le plus magnanime des
Monarques : sois toujours chrétienne, et tu seras
toujours heureuse. Avoue ce que les générations
qui t’ont précédée furent forcées d’avouer : Que
sans la Croix de Jésus , tout n’est que confusion
et désordre ; mais qu’avec elle se maintiennent la
paix et l’abondance, et que le triomphe est à jamais
assuré : In hoc signo vinces.
/
M
ONSEIGNEUR,
Nous soussignés, Pasquier, curé de Saint-Porchaire, et Marsault , aumônier du collège royal de
Poitiers, réunis depuis un mois et demi à M. BouinBeaupré , curé de Migné, pour donner à ses parois
siens les exercices du Jubilé, avons l’honneur de
(1) Migné est un bourg assez considérable, chef-lieu d’une paroisse dont
la population est de près de 2000 âmes, et situé à une lieue au nord de
Poitiers.
2
( 18 )
faire part à Votre Grandeur de l’événement extraor
dinaire dont nous avons été témoins à la clôture
de notre station. La docilité et la ferveur du plus
grand nombre des habitans de cette commune nous
consolaient de nos travaux, mais nous avions en
core à gémir sur la résistance de plusieurs qui ren
daient nuis pour eux les efforts de notre zèle. Le
dimanche, 17 du présent mois , nous avons terminé
les exercices du Jubilé par la plantation d’une
Croix , cérémonie à laquelle assistaient deux à trois
mille personnes de Migné et des paroisses voisines.
La Croix plantée, au moment où l’un de nous adres
sait aux fidèles une exhortation, où il leur rappe
lait celle que virent autrefois Constantin et son ar
mée en marchant contre Maxence, parut dans la
région inférieure de l’air, au-dessus de la petite
place qui se trouve devant la porte principale de
l’église, une Croix lumineuse, élevée au-dessus du
niveau de la terre d’environ 100 pieds , ce qui nous
a donné la facilité d’en évaluer à peu près la lon
gueur , qui nous a paru être de 80 pieds : ses pro
portions étaient très-régulières, et ses contours ,
déterminés avec la plus grande netteté , se dessi
naient parfaitement sur un ciel sans nuages, qui
commençait cependant à s’obscurcir, car il était
près de cinq heures du soir. Cette Croix, de cou
leur argentine, était placée horizontalement dans
la direction de l’église, le pied au levant et la tête
( 19 )
au couchant : sa couleur était la même dans toute
son étendue, et elle s’est maintenue sans altération
près d’une demi-heure; enfin, la procession étant
rentrée dans l’église, cette Croix a disparu.
On ne peut, Monseigneur, se faire une idée du
saisissement religieux qui s’est emparé des specta
teurs à l’aspect de cette Croix : presque tous se sont
à l’instant jetés à genoux, en répétant avec trans
port , et les mains élevées au ciel, le cantique Vive
Jésus ! vive sa Croix !
Ce prodige , que nous attestons , qu’attestent avec
nous les soussignés, et que sont prêts à attester
avec eux tous ceux qui ont été témoins oculaires, a
produit d’heureux effets ; dès le soir même, et en
core plus le lendemain, plusieurs personnes qui s’é
taient montrées rebelles à la grâce, se sont appro
chées du tribunal de la pénitence et se sont récon
ciliées avec Dieu.
Pasquier , curé de Saint-Porchaire ; Marsault aumônier du collège royal ;
Bouin-Beautré, curé de Aligné ; de Curzon , maire de Migné ; Naudin ,
adjoint ; Marrot , fabricien ; Surault , fabricien ; Landry , maréchal
des logis de la gendarmerie à Poitiers ; Fournier , ancienadjudant sousofficier, et quarante-une autres signatures.
Migné, le 22 décembre 1826.
Certifié conforme à la minute déposée au
Secrétariat de l’Evéché :
Pain, chanoine , secrétaire.
Place
du Sceau.
/
\
;
i
x
\
( 20 )
SECOND RAPPORT.
MONSEIGNEUR,
Votre Grandeur ayant commis, par son ordon
nance du 16 janvier dernier, MM. l’abbé de Rochemonteix, son vicaire - général, et Taury, cha
noine honoraire de la cathédrale, professeur de
théologie au grand séminaire, pour informer sur
l’apparition extraordinaire d’une Croix qui aurait
eu lieu à Migné, dans le courant du mois de dé
cembre 1826, ils ont l’honneur de lui exposer que,
d’après ses intentions, ils se sont adjoint, pour pro
céder à cette enquête, MM. de Curzon, maire de
la commune, témoin oculaire du fait; Boisgiraud,
professeur de physique au collège royal de Poi
tiers; J. Barbier, avocat, conservateur-adjoint de
la bibliothèque de la ville, et Victor de LarNay,
désigné pour remplir les fonctions de secrétaire.
La commission ainsi formée a pris une connais
sance exacte des lieux où le phénomène avait été
observé; elle a interrogé plusieurs témoins à la
place même qu’ils occupaient pendant l’apparition,
et elle en a entendu un nombre plus considérable
(21)
dans divers autres lieux où la réunion était plus
facile.
Parmi eux, Votre Grandeur distinguera plusieurs
agriculteurs, témoins habituels des spectacles va
riés qu’offre l’atmosphère à ceux qui passent la
meilleure partie de leur vie en plein air; plusieurs
artisans accoutumés à juger de la régularité des
formes, des proportions et de la grandeur absolue
des objets; enfin un certain nombre de personnes
instruites, qui, par leurs connaissances et leur ca
ractère moral, assurent le plus haut degré de con
fiance à leurs dépositions.
Il a été dressé, de toutes les opérations ci-dessus
énoncées, un procès-verbal détaillé, dont la mi
nute est jointe au présent rapport, avec la des
cription géométrique des lieux et des objets dont
la connaissance a paru susceptible d’offrir quelque
intérêt dans la matière présente (1).
(1) L’église de Migné, devant laquelle a paru la Croix, est située tout
auprès d’une petite rivière appelée l’Auzance, laquelle parcourt la prairie
qui entoure le bourg du couchant au midi. Elle est de toutes parts do
minée par des hauteurs dont le niveau s’élève au-dessus de son comble, et
meme, en plusieurs points, au-dessus du sommet de son clocher. Son plan
est un carré-long de 86 pieds sur 29, orienté dans la direction du cou
chant d’été. Ses deux pignons ont leur sommet élevé de 40 pieds au-des
sus du sol, et ils sont surmontés l’un et l’autre d’une petite croix, en
pierres grossièrement travaillées, ayant les trois branches supérieures lon
gues de 11 pouces chacune sur 8 d’épaisseur en tous sens, et portées sur un
pied de 14 pouces de hauteur, qui s’élargit graduellement, de manière à
avoir son extrémité inférieure double de la supérieure en largeur. Le clo
cher, qui s’élève à environ 65 pieds, est aussi surmonté d’une croix;.
( 23 )
Voici, Monseigneur, ce qui, de l’avis unanime
des commissaires de Votre Grandeur, résulte des
nombreux documens qu’ils ont recueillis et pesés
de concert :
Le dimanche 17 décembre 1826, jour de la clôCelle-ci est en 1er, et composée principalement de trois fleurs de lis por
tées sur des tiges minces et‘courtes, assujetties ensemble par des arcs qui
servent en meme temps d’ornement : elle est d’ailleurs surmontée d’une
girouette d’assez grandes dimensions.
Les alentours de l’église sont libres de constructions'au nord et au cou
chant seulement, jusqu’à une distance de ioo à 120 pieds. Sur cet espace
se trouvent deux croix, celle que l’on venait de planter au moment de
l’apparition, et une autre qu’on appelle vulgairement Croix hosannière.
La première, peinte en rouge, s’élève à 25 pieds au-dessus du sol et à
20 pieds au-dessus de son calvaire, situé lui-même à 20 pieds de l’église,
dans l’alignement de sa façade. Elle est formée de pièces de bois équarï’ies de 6 pouces et demi de côté ; chacune des branches supérieures est
longue de 4 pieds et demi et terminée par une boule peinte en jaune. La
plus élevée est surmontée d’une couronne d’épines. Au croisement des
branches avec le pied est placé un cœur de cuivre doré, entouré d’une
large gloire, dont les cercles et les rayons ressortent très-sensiblement
entre les angles. Enfin deux bâtons, l’un en forme de lance, et l’autre
représentant un roseau terminé par une grosse éponge, sont fixés d’un
côté sur le pied de la croix, et de l’autre sur chacun de ses bras.
La seconde, à peu près au nord-ouest de l’église, en est distante de 100
pieds. Elle est placée sur une colonne de 5 pieds et demi; sa hauteur to
tale est de 2 pieds deux pouces. Chacune des trois branches supérieures
a 5 pouces de longueur, et leur largeur commune est de 4 pouces. Sa
base, plus large que le reste, repose sur une pièce carrée de ix pouces
de côté, qui surmonte le chapiteau de la colonne inférieure. À cette croix
sont attachés, en sautoir, deux faisceaux desséchés de branches de buis
qui la couvrent presque toute entière.
Une petite place, plantée de noyers, située devant la porte de l’église,
aboutit au chemirl par lequel on se rend au village d’Auzance. A sa nais
sance , ce chemin laisse à gauche quelques maisons et un moulin à eau.
Plus loin On y traverse la rivière sur deux ponts, l’un à 200 pieds de
l’église et l’autre à 36o pieds environ.
( 23 )
ture d’une suite d’exercices religieux donnés à la
paroisse de Migné, à l’occasion du Jubilé, par M.
le curé de Saint-Porchaire et M. l’aumônier du col
lège royal, au moment de la plantation solennelle
d’une Croix, et tandis que ce dernier adressait à
un auditoire d’environ 3ooo âmes (I), un discours
sur les grandeurs de la Croix, dans lequel il ve
nait de rappeler l’apparition qui eut lieu autrefois
en présence de l’armée de Constantin, on aperçut
dans les airs une Croix bien régulière et de vastes
dimensions. Aucun signe sensible n’avait précédé sa
manifestation; nul bruit, nul éclat de lumière n’a
vait annoncé sa présence. Ceux qui l’aperçurent
d’abord la montrèrent à leurs voisins, et bientôt
elle fixa l’attention d’une grande partie de l’audi
toire, au point que M. le curé de Saint-Porchaire,
averti par la foule au milieu de laquelle il s’était
placé, crut devoir aller interrompre le prédicateur.
Alors tous les yeux se portèrent vers la Croix, qui
avait paru tout d’abord exactement formée, et qui
était placée horizontalement, de manière à ce que
l’extrémité du pied répondît au-dessus du pignon
antérieur de l’église, et que la tête se portât en
avant, dans le même sens que la direction de cette
église, vers le couchant d’été. La traverse qui for
mait les bras coupait ce corps principal à angle
(I) La solennité de la cérémonie religieuse avait attiré beaucoup de
personnes de Poitiers et des paroisses rurales voisines de Migné.
( 24 )
droit; chacun des bras,- égal à la tête, était envi
ron le quart du reste de la tige.
Ces diverses parties étaient partout d’une lar
geur sensiblement égale, terminées latéralement par
des lignes bien droites, bien nettes, et fortement
prononcées, et coupées carrément à leurs extrémités
par des lignes également droites et également pures.
Au jugement de plusieurs témoins, ces pièces
avaiént une certaine épaisseur qui les faisait voir
comme un peu arrondies lorsqu’on les regardait
sous un angle oblique, et régulièrement équarries
lorsqu’on se rapprochait beaucoup de la verticale.
Du reste, aucun accessoire ne paraissait tenir à
cette Croix, ni l’accompagner. Toutes ses formes
étaient pures, et ressortaient très-distinctement sur
l’azur du ciel. Elle n’offrait point aux yeux un
éclat éblouissant, mais une couleur partout uni
forme et telle qu’aucun témoin n’a pu la définir
d’une manière précise, ni lui trouver un objet de
juste comparaison; seulement on s’accorde plus gé
néralement à en donner une idée à l’aide d’un
blanc argentin -, nuancé d’une légère teinte de rose.
Il résulte certainement de l’ensemble des dépo
sitions, que cette Croix n’était pas à une hauteur
considérable; il est même très-probable quelle ne
s’élevait pas à 200 pieds au-dessus du sol; mais il
est difficile de rien fixer de plus précis que cette
limite.
La longueur totale de la tige pouvait être de 140
pieds; et sa largeur, à en juger par des données
moins rigoureuses, de 3 à 4 pieds (1).
Lorsqu’on a commencé à apercevoir la Croix,
le soleil était couché -depuis une demi-heure au
moins, et elle a conservé sa position, ses formes
et toute l’intensité de sa couleur pendant une autre
demi-heure environ, jusqu’au moment où on est
rentré dans l’église pour recevoir la bénédiction
du très-saint sacrement : alors il était nuit ; les étoi
les brillaient de tout leur éclat. Ceux qui sont ren
trés les derniers ont vu la Croix commencer à se
décolorer; ensuite quelques personnes restées au
dehors l’ont vue s’effacer peu à peu, d’abord par le
pied, et successivement de proche en proche, de
manière à présenter bientôt quatre branches éga(1) Voici, en effet, ce qui résulte de plusieurs dépositions : un dépla
cement de quelques pas suffisait pour changer très-sensiblement les par
ties du ciel vers lesquelles on projetait cette Croix : aussi a-t-elle été rap
portée par différens témoins vers les divers points de l’horizon ; et quoi
que du calvaire elle parût vers l’ouest et peu élevée au-dessus des co
teaux, à la porte de l’église, à 5o pieds de là, on se trouvait justement
au-dessous ; en s’éloignant de sa direction, on la laissait bientôt derrière
soi; et placé sur les hauteurs voisines, on se croyait presque à son niveau.
Comme sa situation était horizontale, on a déterminé la longueur de
la partie comprise entre Je pied et le. croisement des brandies, en mesu
rant la distance qui séparait les spectateurs placés directement au-dessous
de ces deux points. Ses autres dimensions, et particulièrement sa largeur,
ont été conclues des proportions qu’on leur attribuait entre elles et avec
la longueur précédente. Il est facile de s’apercevoir que ces dimensions ,
beaucoup plus grandes que celles qu’on lui donnait à la vue simple, devaient l’ètre en effet, comme cela a lieu pour tous jes objets très-élevés.
rïrs-
r-
(
)
26
les, sans qu’aucune de ses parties eût changé de
place depuis le premier moment de l’apparition,
et sans que celles qui avaient disparu laissassent
aux alentours la plus légère trace de leur présence.
Il paraît qu’aucun observateur ne s’est appliqué
à suivre cet évanouissement graduel jusqu’à son
dernier terme; mais on sait qu’il était entièrement
consommé lorsqu’on est sorti de l’église, immédia
tement après la bénédiction.
La journée où cet événement a eu lieu avait été
très-belle, après une suite de plusieurs jours plu
vieux. Au moment de l’apparition, le temps était
encore serein, la température assez douce pour que
peu de personnes s’aperçussent de la fraîcheur du
soir. Le ciel était pur dans toute la région où se
montrait la Croix, et l’on apercevait seulement
quelques nuages dans deux ou trois points éloi
gnés de là et voisins de l’horizon (I); enfin aucun
brouillard ne s’élevait de terre ni de dessus la ri
vière qui coule à peu de distance.
Voilà, Monseigneur, ce qui nous a paru consti
tuer les circonstances matérielles du fait. Quant à
son influence morale sur ceux qui en ont été les
témoins, nous avons constaté que la plupart fu
rent dans l’instant même saisis d’admiration et d’un
(1) Ces nuages n’ont été vus que par un très-petit nombre de person
nes. On ne pouvait, en effet, les apercevoir que de quelques positions
toutes particulières , dans lesquelles la vue n’était pas bornée par l’église
ou des maisons.
f
l
r
1
( 27 )
religieux respect. On vit les uns se prosterner
spontanément devant ce signe de salut; les autres
avaient les yeux tout mouillés de larmes; ceux-ci
exprimaient par de vives exclamations l’émotion de
leur âme ; ceux-là élevaient leurs mains vers le ciel
en invoquant le nom du Seigneur : il n’en est pres
que aucun qui ne crût y voir un véritable prodige
de la miséricorde et de la puissance de Dieu.
Nous avons de même constaté que plusieurs per
sonnes qui avaient résisté à tout l’entraînement
des exercices du jubilé, sont revenues, par suite de
cet événement, aux pratiques de la religion, dont
elles restaient éloignées depuis longues années ;
et que d’autres, qui, par leurs œuvres et par leurs
discours, semblaient annoncer que la foi était en
tièrement éteinte dans leur cœur, l’ont sentie se
ranimer tout-à-coup, et en ont donné des marques
non équivoques.
Enfin d’impression produite par ce spectacle ex
traordinaire a été si vive et si profonde, qu’elle ar
rachait encore des larmes à quelques-uns de ceux
qui déposaient devant nous, après plus d’un mois
d’intervalle depuis l’événement.
Avant de terminer ce Rapport, qu’il nous soit
permis, Monseigneur, d’exprimer à Votre Gran
deur les sentimens qui-nous ont été inspirés à nousmêmes par la connaissance plus approfondie que
nous avons été appelés à prendre de ce fait. Si
( 28 )
nous avons été surpris des particularités qui con
cernent l’existence physique du phénomène, nous
avons admiré hien davantage les conseils adorables
de la Providence, qui a fait concourir cet événe
ment avec des circonstances si propres à lui don
ner les heureux résultats qu’il a eus en effet. Lors
qu’on sait que le hasard n’est qu’un nom, que rien
ici-has n’a lieu sans dessein et sans une cause bien
déterminée, on ne peut qu’être vivement frappé
de voir apparaître tout-à-coup, au milieu des airs,
une Croix si manifeste et si régulière, dans le lieu
et dans l’instant précis où un peuple nombreux est
rassemblé pour célébrer le triomphe de la Croix
par une solennité imposante, et immédiatement
après qu’on vient de l’entretenir d’une apparition
miraculeuse qui fut autrefois si glorieuse au chris
tianisme ; de voir qùe ce phénomène étonnant con
serve toute son intégrité et la même situation, tan
dis que l’assemblée reste à le considérer; qu’il s’af
faiblit à mesure que celle-ci se retire, et qu’il dis
paraît à l’instant où l’un des actes les plus sacrés
de la religion appelle toute l’attention des fidèles.
Arrêté à Poitiers, en séance commune, le 9 févrièr 1827.
Les Membres de la Commission :
De Rochemonteix , 'vic.-o-en. Taury ,
aîné ; J. Barbier ; Victor de Larnay.
Place
du sceau.
/ de Cürzon ; Eoisgiraud ,
Certifié conforme à la minute déposée au Secrétariat de l’Évêché : Pain , chan., secr~..
( 29 )
CONCLUSION.
D’après les détails qu’on vient de lire, nous pen
sons qu’il ne peut exister aucun doute sur le mi
racle de Migné. Cependant, pour convaincre les
incrédules , pour fortifier les justes , les encourager
dans la pratique de leurs devoirs et les soutenir dans
leurs tribulations , nous dirons ce que c’est qu’un
miracle en général ; nous ferons connaître ses carac
tères , et les conditions dont il doit être accompagné
pour mériter la croyance des fidèles ; ensuite nous
montrerons que ces caractères et ces conditions con
viennent parfaitement à l’apparition de Migné.
Un miracle est un fait contraire aux lois cons
tantes et reconnues de la nature, et qu’on ne peut
attribuer qu’à Dieu seul : ainsi, la résurrection d’un
mort, la guérison subite d’un aveugle - né, et tous
autres événemens semblables, sont des miracles.
Caractères des Miracles.
I.° Un miracle doit être opéré par l’intervention
de Dieu ; aussi voyons-nous que tous les miracles
rapportés dans les saintes écritures ont été faits en
son nom.
2.° Il doit être opéré pour attester la vérité des
( 3o )
mystères , ou pour autoriser une morale pure et
sainte. C’est ainsi que Jésus guérit un paralytique ,
pour prouver qu’il donnerait aux hommes le pou
voir de remettre les péchés , et qu’après sa mort il
fit de nombreux prodiges, pour attester qu’il était
vraiment le fils de Dieu.
3.° Il doit être tel, qu’on le distingue parfaite
ment des illusions passagères, et qu’on puisse l’exa
miner et le Vérifier. C’est ainsi que dans le temps de
Jésus on pouvait converser avec les hommes qu’il
avait guéris et avec ceux qu’il avait ressuscités.
De quelle manière on peut acquérir la connaissance
des Miracles.
On peut acquérir la connaissance d’un miracle de
deux manières : ou par ses propres sens , ou par le
témoignage d’autrui.
Pour être certain d’un miracle d’après ses propres
sens, il faut être pleinement convaincu qu’on n’a
pas pu se tromper : comme, par exemple, si l’on
voit un mort ressuscité et qu’on soit sûr qu’il avait
cessé de vivre, ou un aveugle-né subitement guéri
et qu’il soit impossible de douter de sa guérison.
Pour que nous puissions être certains d’un mi
racle d’après le témoignage d’autrui, il faut qu’il
nous soit rapporté par des hommes dignes de foi,
qui l’aient vu et qui aient pu en apprécier toutes
les circonstances ; ou, s’il est arrivé dans des temps
(
)
31
très-reculés, qu’il soit appuyé sur des preuves au
thentiques , fondées sur. la qualité et le nombre des
témoins ; les faits ne se prouvent pas autrement :
ainsi nous sont parvenus les miracles opérés par le
Sauveur, par les apôtres ou par les saints.
Tels sont les caractères et les conditions néces
saires pour qu’on ne puisse révoquer en doute la
vérité d’un miracle : examinons à présent si celui
de Migné réunit tous ces motifs de certitude ; et d’a
bord , est-il revêtu des caractères ?
1.° Il a été opéré par l’intervention divinë, puis
que c’était pendant une cérémonie religieuse et au
moment où trois ecclésiastiques terminaient les exer
cices du jubilé en plantant une croix.
•2.° Il a été fait pour attester un dogme et pour
autoriser une morale pure et sainte, puisqu’il s’a
gissait de confirmer la doctrine des indulgences, et
que le prédicateur exhortait son auditoire à fuir le
vice et à pratiquer la vertu.
3.° Il a été tel, qu’on a pu le distinguer d’une
illusion passagère , puisque l’apparition de la Croix
a duré environ une demi-heure, que cette Croix
était parfaitement formée, et que tous les specta
teurs ont eu le temps de l’examiner : aussi tous ces
spectateurs se sont-ils de suite prosternés en chantant
le cantique Vive Jésus ! vive sa Croix ! L’apparition
n’a cessé qu’au moment où, pleins de reconnais
sance , les fidèles rentraient dans l’église pour ren-
( 32 )
dre des actions de grâces au Sauveur et recevoh' sa
divine bénédiction.
Maintenant que nous sommes assurés que ce mi
racle a tous les caractères, examinons s’il réunit
aussi les conditions, c’est-à-dire si les personnes qui
en ont été témoins ont pu être trompées, ou si l’on
pourrait les accuser de mauvaise foi.
Trois mille personnes ont vu l’apparition de la
Croix, et elles n’ont pu être toutes dans l’erreur,
à moins qu’on ne les suppose stupides. On ne sau
rait non plus les regarder comme affidées ou sus
pectes ; car il eût été impossible de corrompre une
telle multitude.
Cependant ces personnes se sont empressées de
publier le prodige ; l’autorité épiscopale a envoyé
des commissaires sur les lieux pour faire des en
quêtes ; ces commissaires, distingués par leurs qua
lités et leurs talens, ont recueilli les témoignages ;
ils les ont consignés dans des procès-verbaux , et,
après un mûr examen , Mgr. l’Evêque de Poitiers
en a ordonné l’impression.
Mais accusera-t-on les commissaires d’avoir mal
entendu? leur reprochera-t-on d’avoir substitué des
choses fausses aux rapports qu’on leur faisait cha
que jour ? Ces hommes vivent encore : se seraientils exposés, aux yeux de leurs concitoyens et de la
France entière , à passer pour des imposteurs, et
l’autorité épiscopale aurait-elle voulu se compro-
( 35 )
mettre elle-même en ordonnant la publication d’une
fausseté qui, bien loin de servir la religion, ne ferait
que lui nuire? Cette religion a-t-elle besoin d’un
tel secours pour se soutenir, elle qui pendant dixhuit siècles a constamment triomphé des perfidies
du monde et de ses persécutions ?
Ainsi, il paraît évident que les caractères et les
conditions nécessaires pour établir la certitude d’un
miracle se réunissent en faveur de celui de Migné.
Mais il y a plus encore, on ne peut supposer que
tous les témoins fussent du même sentiment et de
la même ferveur : il y en avait sans doute d’incré
dules et d’indifférens ; peut-être même se trouvait-il
parmi eux des ennemis de la religion ; cependant,
tous se sont prosternés , et au même instant, dépo
sant leurs doutes, le plus grand nombre se sont
convertis, malgré la répugnance qu’ils avaient mon
trée à profiter des bienfaits de la mission. Oui, le
Seigneur nous regarde encore comme ses enfans ! il
.veut le salut de nos âmes ! et pour combattre notre
incrédulité il a daigné faire ce nouveau prodige !
FIN.
Fait partie de Miracle de Migné ou observations sur l'apparition d'une croix dans cette paroisse, à la suite des exercices du jubilé
