FRB243226101_PZ_2701.pdf
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PRONONCÉ A LA COUR DES PAIRS,
POUR L’ACCUSÉ
FORESTIER,
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avocat à la Cour royale de Paris.
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PARIS,
IMPRIMERIE-LIBRAIRIE DE G.-A. DENTU,
Palais-Royal, galerie vitre’e, n° i3;
ET RUE DES BEAUX-ARTS , N°“ 3 ET 5-
1840.
imprimerie de g.-a. dentu
3 et 5, rue des Beaux-Arts,
Messieurs les Pairs, je pourrais me débattre, moi
aussi, contre la justice qui nous est donnée dans cette
cause, si j’avais un Prince à défendre. Je pourrais pro
clamer dans cette enceinte, mieux qu’ailleurs, l’invio
labilité des races royales, et soutenir qu’elles sont visà-vis les unes des autres, comme les nations, dans l’é
tat de nature ; n’ayant qu’un tribunal, qu’un juge, qu’une
justice.... le FAIT. Je pourrais soutenir que l’exil, la
proscription, la mort de cent princes ne portent pas
une atteinte aussi profonde au principe de l’inviolabi
lité royale, que le jugement d’un seul. Je pourrais vous
montrer au-dehors de terribles logiciens prêts à s’em
parer du précédent qui s’établit à la Cour des Pairs.
Que dis-je, au-deliors? N’avez-vous,pas entendu hier,
dans cette enceinte, la souveraineté populaire s’armer
à l’avance de votre arrêt, par l’organe d’un de ses plus
éloquens apôtres?
4
Une telle doctrine, devant une telle assemblée, ne
paraîtrait ni subversive ni révolutionnaire. Elle sié
rait mieux aux principes de respect dont Monsieur le
procureur-général vous a parlé, que la condamnation
dont il est venu vous demander ici le déplorable bé
néfice. Elle semblerait aussi plus conforme aux antécédens du gouvernement, et ne serait pas considérée,
j’espère, par la noble Cour, comme une offense à sa
haute et impartiale justice. Nous ne sommes plus aux
temps, grâce à Dieu, où le mot de justice politique n’a
vait qu’une signification trop peu douteuse ; dans ces
temps où le plus fougueux des génies révolutionnai
res (i) fut traîné,, lui aussi, dans ces mêmes prisons
qu’il avait tour à tour peuplées et dépeuplées.... ; où
repoussant avec amertume ses amis, qui lui conseil
laient de préparer les pièces de sa défense, il s’écria :
« Des pièces ! une défense ! Ne savez - vous pas , mes
«amis, que je vais subir un jugement politique?» Ces
temps sont passés, passés, j’espère, sans retour. Nous
comparaissons devant le corps le plus élevé, le plus
éclairé de l’Etat, celui qui renferme de nobles cœurs,
de hautes intelligences, et qui résume, par conséquent,
la plus magnifique expression de la justice du pays.
Cette doctrine d’inviolabilité ne serait donc pas une
offense à la Cour, mais un hommage aux princi
pes. 11 appartenait à une voix plus éloquente que la
mienne de la proclamer avec tout l’éclat et toute l’au
torité d’une haute raison ; et cette tâche a été noble
ment remplie. Mon rôle est plus modeste. C’est d’un
prévenu peu considérable, c’est de Forestier, que la
(i) Danton.
5
défense m’est confiée. Pour lui, Messieurs les Pairs, vo
tre compétence n’est pas douteuse, et il se gardera bien
de vouloir l’échanger contre ce qu’on appelle la. justice
dupays.Yja politique, toute justice est effrayante, celle
du pays comme une autre , et quelquefois plus qu’une
autre. Je l’ai vue parfois bien zélée, bien prompte et
bien vive ; et si j’avais à demander une justice calme,
modérée, patiente, ce n’est pas au rivage de Boulogne
que j’irais la chercher.
En parcourant le rapport qui vous a été présenté,
je me suis effrayé pour Forestier du nombre et de la
gravité des charges accumulées contre lui.
L’accusation lui a fait l’honneur d’une attention toute
particulière. A l’entendre, c’est l’agent le plus actif du
prince Louis; possesseur de ses secrets, initié dans le
mystère d’un complot dont il prépare les actes d’exé
cution, tantôt embauchant des soldats, tantôt envoyant
des habillemens, tantôt distribuant des écrits dans les
casernes, faisant un voyage à Londres, portant ensuite
àBattaille et à Aladenize l’ordre de se réunir au Prince
à Wimereux, participant enfin à tous les actes de la
fatale journée du 6 mai.
A la vue de celte formidable liste d’imputations, et
avant d’avoir connu Forestier, j’ai pensé que sans doute
de graves antécédens l’attachaient à la cause impériale;
que de nombreux services rendus, des bienfaits reçus,
une ambition frustrée ou l’irrésistible entraînement
des passions politiques l’avaient précipité dans la si
tuation où la défense doit venir â son secours.
Mais quelle n’a pas été ma surprise , quelle ne doit
pas être la vôtre, Messieurs les Pairs, eu voyant de
près ce redoutable conspirateur! Des antécédens poli—
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tiques! Forestier n’en a aucun; jamais il n’a eu ni la
pensée ni le désir de se produire sur le dangereux
théâtre des révolutions ; jamais il ne s’est trouvé im
pliqué dans ces tristes procès qui, depuis dix ans, agi
tent notre pays et fatiguent votre justice : la cause im
périale ne lui était connue ni par des bienfaits ni par
des injustices ; ni lui ni les siens n’avaient versé leur
sang pour elle. Pacifique par goût comme par état, il
se livrait depuis plusieurs années aux paisibles occu
pations de la vie commerciale, sans qu’aucune distrac
tion politique vînt troubler l’heureux cours de ses tra
vaux. Vous avez entendu les dépositions de ses asso
ciés, le témoignage qu’ils vous ont rendu de son excel
lente conduite, de sa parfaite moralité ; l’affection vive
et sincère, l’entière confiance qu’il inspirait, et l’éton
nement où les a jetés la nouvelle de sa captivité.
Par quel fatal enchaînement de causesForestier s’estil donc trouvé conduit à venir figurer sur ces bancs ? Il
est des situations qui s’expliquent sans commentaires.
Le général Montholon a reçu le dernier soupir du hé
ros; Parquin, Voisin , Delaborde ont été honorés de
sa confiance, et l’ont servi de leur sang; tous les autres
co-accusés étaient, depuis plus ou moins long-temps,
connus du prince Napoléon : seul, Forestier était étran
ger au Prince et à ses compagnons d’infortune !
Le hasard, qui dirige tant de ehoses ici-bas, mit Fo
restier en rapport avec M. Persigny, à Paris, vers la
fin de l’année dernière, et une certaine intimité s’éta
blit entre eux. Après le départ de celui - ci pour Lon
dres, mon client fut accusé d’avoir favorisé son voyage
en lui prêtant un passeport qu’il avait pris pour luimême, et la police le tracassa longuement pour ce
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fait. Une correspondance s’ensuivit naturellement en
tre Persigny et Forestier. On se rendit réciproquement
quelques services assez indifférens. Bientôt arrivèrent,
de la part de Persigny, les commissions dont l’exécu
tion a eu, pour Forestier, des conséquences si funes
tes : je veux parler de l’envoi des habillemens militaires,
des faits d’embauchage, et des distributions d’écrits bo
napartistes dans les casernes.
Quelle était donc à ce moment, Messieurs les Pairs,
la véritable position de Forestier? Pour que les actes
qu’il a commis puissent raisonnablement lui être im
putés à crime, ne faut-il pas qu’il en ait compris le but
et la portée, qu’il ait connu d’avance les projets du
prince Napoléon ? Et cependant, s’il est un point dé
montré dans cette cause, c’est qu’aucun des accusés n’a
été initié dans les secrets du Prince. L’exemple de Bo
naparte revenant de l’île d’Elbe, et confiant seulement
à deux amis éprouvés le mystère de son voyage, n’a
pas été perdu pour son neveu. Tous ces hommes, dont
l’absolu dévouement était assuré au Prince, vous affir
ment sur l’honneur avoir tout ignoré.,Le Prince n’a
cessé de le déclarer lui-même, et c’est à Forestier,
jeune, inexpérimenté, non encore éprouvé, connu de
Persigny seul, vivant à Paris sous la surveillance d’une
police active et habile, que le Prince aurait livré trois
mois à l’avance le secret d’une entreprise d’où pou
vait dépendre son avenir politique, et plus que sa pro
pre vie, la vie de ses compagnons! Ce que les hom
mes de l’île d’Elbe, des Cent-jours, de Sainte-Hélène,
de Strasbourg ont ignoré, Forestier en aurait obtenu
la confidence!... Il n’y a dans cette supposition, Mes
sieurs les Pairs, ni vérité, ni vraisemblance, ni possi-
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bililé. Bien plus, s’il m’était donné de juger le passé,
j’oserais affirmer, qu’à l’époque dont nous parlons, rien
n’était fixé dans l’esprit du Prince, ni pour la tentative
en elle-même, ni pour le lieu, ni pour le moment de
son exécution. Et cependant si Forestier n’a rien su, les
actes qu’on lui reproche et que nous allons rapidement
parcourir ne pourront vous apparaître avec un carac
tère de culpabilité.
Forestier a expédié pour Londres des capotes mili
taires, les mêmes qui ont servi aux hommes de la suite
du Prince à son débarquement!...
Qualremois avant l’évènement, au ier avril,la date est
constante, Forestier reçoit de Persigny la commission
de lui envoyer à Londres quelques vieilles capotes pour
servir de modèles à des uniformes de soldats qu’on fai
sait partir pour l’Espagne ; et cette demande est exé
cutée. La date de l’envoi, le petit nombre de ces habillemens, leur destination annoncée, ne mettent-elles pas
à l’abri de tout soupçon la bonne foi de Forestier? Sans
doute, en rapprochant ce fait du résultat définitif, on
aperçoit le lien- qui les unit dans la pensée de celui qui
a donné les ordres; et, comme Forestier l’a déclaré
dans son interrogatoire, « il est facile de trouver des
coïncidences après l’évènement. » Mais l’accusation
peut-elle établir, peut-elle soutenir que Forestier
ait été instruit à l’avance de l’usage auquel ces habillemens étaient destinés? Je n’arrêterai pas plus long
temps sur ce grief l’attention de la Cour.
Le fait d’embauchage reproché à mon client offre
moins de gravité encore, s’il est possible. Forestier a
recruté des soldats pour l’expédition de Boulogne ! Au
mois d’avril, c’est-à-dire quatre mois avant la tentative,
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on demande à Forestier deux domestiques, anciens mi
litaires, pour servir chez une dame à Londres. Per
sonne n’ignore à quel titre on préfère le service de sol
dats. Les habitudes de régularité, de soumission et de
probité qu’ils ont prises sous le drapeau, la facilité de
s’assurer de leur moralité, tout cela les fait rechercher
par beaucoup de personnes; et Forestier ne devait rien
tsouver d’extraordinaire à recevoir une pareille com
mission. Aussi, l’exécute-t-il sans mystère et au grand
jour. Il s’adresse au major de la caserne de la Pépi
nière et à celui de l’Ecole-Militaire, pour être autorisé
à poser une affiche demandant deux domestiques, et in
vitant les soldats dont le service expirait, et qui vou
draient s’engager ainsi, à seprésenter à son domicile.
Un de ces soldats, qui était tombé d’accord avec lui,
disparaît en emportant l’argent qu’il avait reçu d’a
vance. Forestier s’adresse à la police pour le faire re
chercher, et à la justice pour obtenir la restitution de
l’argent. Voilà, Messieurs les Pairs, de quel mystère
s’enveloppe cet agent d’embauchage ! Il prévient l’au
torité militaire, la police et la justice! 11 affiche son se
cret! Et on l’accuserait encore de menées ténébreuses,
de corruption d’embauchage ! Mais pourquoi ne pas
traduire en même temps à votre barre comme compli
ces, et le major qui a permis ce fait et la police qui a
prêté la main à Forestier?
Je comprendrais encore l’accusation, si ce qu’elle
appelle embauchage se fût pratiqué sur une grande
échelle, si l’on eût demandé à Forestier un nombre
d’hommes suffisant pour exciter en lui quelques soup
çons. Mais Forestier devait-il, pouvait-il supposer
que cinq hommes envoyés à Londres dans l’espace de
IO
trois mois, seraient les instrumens d’une grande révo
lution !
Est-il besoin d’ajouter, ce qui est encore établi par
les dépositions de ces mêmes hommes, que Forestier
ne s’est jamais enquis ni de leur caractère plus ou moins
entreprenant et hardi, ni de leurs opinions politi
ques? Qu’il a demandé, au contraire, des hommes tran
quilles et d’une moralité bien reconnue ? Est-il besoin
de dire enfin, que la destination qu’il leur offrait était
sérieuse, et qu’ils ont été placés effectivement les uus
chez une dame à Londres, et ceux-là se sont empressés
de faire parvenir leurs remercîmens à Forestier, les
autres cjiez différens maîtres. Si, plus tard, le Prince a
pu les retrouver pour l’expédition, faut-il attribuer à
mon client la participation au secret de cette pensée qui
les faisait venir de Paris dans de pareilles prévisions ?
Et ne suffil’-il pas, pour sa justification, qu’il puisse vous
prouver sa bonne foi par toutes les circonstances de
l’acte qui lui est imputé ?
Quant à la prétendue distribution d’écrits dans les
casernes, je n’ai qu’un mot à répondre, c’est que ce
fait est complètement inexact ; et je mets l’accusation
au .défi d’en administrer la plus légère preuve. Je pour
rais me borner là, mais tout sera loyal dans la défense.
Forestier a commis le grand crime de faire porter à do
micile, chez une centaine de personnes, d’après le désir
de Persigny, et par les soins d’une entreprise générale
de distributions, un opuscule intitulé Lettres de Londres,
écrit tellement innocent, que la vente en est publique
encore aujourd’hui, comme alors, et que la justice n’a
pas cru pouvoir le faire saisir et poursuivre. Parmi les
personnes à qui celle petile brochure a élé adressée,
II
se trouvent quelques officiers. Est-ce donc là, Messieurs
les Pairs, un fait digne de reproche? Et depuis quand
érige-t-on en crime d’Etat la distribution publique d’un
écrit innocent ?
Voilà pourtant à quoi se réduisent ces imputations
redoutables! Voilà comment s’écroule pièce à pièce l’é
chafaudage si péniblement élevé par l’accusation !
Comme il y a un art de grouper les chiffres, il en existe
un autre que l’accusation entend à merveille : celui de
grouper les faits ; elle en a largement usé dans cette
cause. Elle ne demande pas deux lignes d’un homme
pour le faire mettre à mort; mais rattachant dans une
commune pensée tous ces griefs particuliers, d’actes
isolés et séparément innocens, elle en compose un en
semble d’actes criminels. Elle montre Forestier le com
plice et l’instrument intelligent du complot, avant qu’il
lui ail été possible d’en avoir soit la pensée, soit le se
cret ; et pour le jeter plus sûrement en holocauste à vo
tre justice, long-temps avant le crime, elle le dépouille
de son caractère d’homme inoffensif, de ses antécédens
honnêtes et de son innocence.
Où conduirait donc, Messieurs les Pairs, dans les
temps où nous vivons, ce déplorable usage d’une logi
que accusatrice? Quelle tête oserait espérer de vivre à
l’abri des coups de la loi pénale, si des actes innocens
par eux-mêmes et par la bonne foi de celui qui les exé
cute, peuvent l’entraîner dans l’abîme où tombènt d’or
dinaire les conspirateurs? Légitimistes, bonapartistes,
républicains, tous s’efforcent à l’envi de renverser l’E
tat actuel des choses; et il n’est aucun de nous, aucun
de vous, Messieurs les Pairs, qui ne compte quelque
ami dans les rangs de l’un ou de l’autre de ces
12
Et parce qu’on nous demanderait un ou plusieurs do
mestiques, ou quelques habillemens ; ou parce qu’on
nous prierait de distribuer une brochure innocente et
publiquement vendue ; ou qu’on réclamerait de nous
tout autre service dont nous ignorerions la portée, nous
deviendrions des conspirateurs, des criminels d’Etat !
On demanderait à votre barre la peine de mort con
tre nous ! Avec une pareille jurisprudence, il n’y au
rait plus qu’à s’envelopper dans l’isolement ; et si de
tels faits sont des crimes, qui de nous osera respirer
désormais?
L’accusation a parlé encore de plusieurs voyages que
Forestier a faits à Londres. Voici .deux lettres antérieu
res au seul voyage qu’il ait exécuté, celui qui lui est
reproché, et qui établissent que, du mois d’avril à
la fin de juillet, il a partagé son temps entre SaintGérand et la ville d’Aix, où il est allé prendre les
bains.
(Le défenseur donne lecture de ces lettres, qui ne
laissent aucun doute sur son assertion, ni sur les mo
tifs étrangers à la politique qui appelaient Forestier
dans ces deux villes. )
J’ai hâte d’arriver, Messieurs les Pairs, aux seuls faits
qui méritent une discussion dans cette cause.
Le défenseur fournit à la Cour la preuve que c’est
une entreprise industrielle, l’importation en France
de la fabrication d’ardoises-porcelaines, qui a con
duit son client à Londres. Il fait résulter cette
»
preuve :
De la mention faite sur le carnet de Fores
tier, qui fut saisi dans sa malle, d’une demande de
13
renseignemcns sur cette industrie, adressée à Lon
dres ;
2° De deux lettres, l’une du directeur de l'Institu
tion, polytechnique, l’autre d’un procureur à Londres,
qui établissent que Forestier s’est beaucoup occupé
de celte affaire pendant son court séjour en Angle
terre ;
3° Des échantillons saisis dans sa malle, à Bou
logne ;
,
4° Des ordres donnés à des ouvriers, avant son
voyage, pour la confection de cadres.
Après avoir démontré ces faits, il continue ainsi :
L’accusation s’étonne de la manière dont se sont for
mées les relations de Forestier avec le prince Louis Bo
naparte, s’il est vrai, dit-elle, qu’elles aient commencé à
Londres, pendant un court séjour, dans une rapide en
trevue, et qu’elles aient pris si vîte une sorte de carac
tère d’intimité.
Rien cependant n’est plus exact que le fait en luimême ; rien n’est plus naturel, ni plus facile à ex
pliquer.
Forestier séduit, comme nous tous, et préparé à
l’admiration par les prodigieux récits dé la gloire im
périale, se trouve, pour la première fois, en présence
du plus grand nom des temps modernes. Son émotion
se comprend sans doute à la vue de ce qui lui repré
sente la plus triste, mais aussi lâ plus brillante desti
née humaine, accompagnée de ses grandeurs et de ses
naufrages. Ce sont là ces lacrymce rcrum auxquels le
jeune cœur de Forestier ne pouvait résister. Son ima
gination s’exalte et s’éblouit à tant de souvenirs ; l’at-
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tendrissemcnt se glisse au fond de son cœur, la sym
pathie est déjà née.
Ne craignez pas, Messieurs les Pairs, que je veuille
faire une trop forte part à cette sympathie. Je vous
conjure seulement de songer qu’elle fut déposée par
Dieu dans la nature humaine, long-temps avant que le
monde connût les rigoureuses exigences de la politique
et les raisons d’Etat.
Vous avez entendu la déposition de Forestier en
parlant de cette entrevue : « Le Prince m’accueillit
« avec bonté ; il m’assura de sa bienveillance ; et comme
« je lui disais que je retournais à Paris : Heureux vous
« qui pouvez revoir la France! me répondit-il; pour
« moi, je suis malheureux et condamné à l’exil. »
Voilà donc ce jeune homme aux prises avec les plus
puissantes illusions de l’esprit, avec les plus vives émo
tions du cœur. Ce n’est point l’esprit de désordre, mais
une généreuse sympathie qui l’agite. Dans cette en
trevue, où tout s’abrége par le sentiment, Forestier ne
voit dans le prince Louis Bonaparte qu’un compatriote
qui languit et se dessèche loin de la terre natale, qu’une
innocente vjctime de cet autre péché originel, inventé
sous le nom de raison d’Etat, et dont la politique a
marqué le front du jeune Bonaparte à l’âge de sept ans.
C’est ainsi que ces relations intimes reprochées à
mon client par l’accusation se sont formées, ou, pour
mieux dire, se sont improvisées dans une rencontre
accidentelle ou cherchée innocemment.
Que se passe-t-il ensuite? A peu de jours de là, Fo
restier annonce son départ ; on le charge d’une lettre
pour Boulogne. Ce fait a paru d’une haute gravité aux
yeux de l’accusation, qui n’a pas manqué de faire de
Forestier le courrier du complot, comme elle en avait
fait l’agent d’embauchage et le distributeur d’écrits:
c’est lui qui aura sciemment averti Batlaille et Aladenize de la prochaine arrivée du prince à Wimercux.
On a remis à Forestier une lettre cachetée..... Mais
n’esl-ce pas là sa justification la plus éclatante? Com
plice, pourquoi écrire? Initié dans tous les secrets de
la conspiration, pourquoi ne portera-t-il pas un ordre
verbal à Battaille, sans encourir le risque de voir sa
lettre saisie, le succès de la tentative compromis, et
lui-même enveloppé dans la ruine de tous ? Ecrit-on
ainsi son arrêt de mort sans une absolue nécessité ? Ne
se fie-t-on pas à l’homme à qui l’on s’est si bien fié
pourjî des faits d’embauchage, d’envoi d’habillemens ,
de distributions d’écrits ; à l’homme que l’on prétend
être l’un des agens les plus actifs du prince Napoléon?
Si Forestier a porté une lettre cachetée, et cela est éta
bli,'je neveux pas d’autre preuve de son innocence.
L’accusation a voulu tirer aussi parti de ce fait, que
Forestier est venu en France à bord d’une barque de
pêcheur. Deux Anglais, arrivés comme lui trop lard à
Douvres pour profiter du bateau à vapeur, ont loué,
comme cela se pratique tous les jours, une barque à
frais communs; et Forestier est arrivé avec eux en
plein jour, à deux heures de l’après-midi, dans le port
de Boulogne; il donne son passeport à la douane, et
fait visiter sa malle. Sont-ce là des allures de conspi
rateur?
Et cette malle même ne vient-elle pas justifier tout
ce que j’ai dit de la bonne foi de mon client? Tous les
autres accusés, sans exception, possèdent leurs effets à
bord du paquebot; Forestier seul emporte tout avec
lui ; sa malle ne renferme ni armes, ni cocardes, ni
croix, ni proclamations, mais de modestes échantillons
d’ardoise-porcelaine. Etrange souci pour un jeune
conspirateur qui marche au renversement du trône de
France! L’accusation nous dira-1-elle que Forestier
préparait ainsi à l’avance sa défense à la Cour? Dans
de telles entreprises, on ne calcule que le succès ; et
les ardoises de fayence sont un trop mince contrepoids
à l’enjeu de la tête.
Jusqu’ici, Messieurs les Pairs, Forestier est inno
cent. Il remet à Battaille la lettre qui lui est destinée,
et c’est de lui qu’il reçoit la confidence non pas des
projets du Prince, mais du désir qu’il avait de com
muniquer avec lui à Wimereux. La déposition du pos
tillon prouve que c’est bien par Battaille , et non par
Forestier, que l’ordre lui a été donné de porter la let
tre à Saint-Omer. La nuit, Forestier est éveillé; et en
compagnie de Battaille et d’Aladenize, il se dirige vers
AlFimereux.
Seuls, dans le silence de la nuit, ces trois jeunes
gens, sans armes, suivent les bords de cet Océan qui,
dans des situations si diverses, mais avec la même con
traire fortune, avait porté l’oncle au rocher de SainteHélène , et portait aujourd’hui le neveu vers une pri
son d’Etat. A une pareille heure, et en présence de
cette immensité, si quelque chose frappe l’esprit de
l’homme , c’est le sentiment de sa faiblesse et de son
impuissance : aussi Forestier vous a -1 - il déclaré que
c’était bien la pensée qui le dominait. « Comment au
rais-je supposé, vous a-t-il dit, que trois jeunes gens
sans armes, le Prince et quelques amis, devaient faire
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une révolution? » Ah! pourquoi n’y eul - il pas pour
vous un avertissement de plus dans celte solitude?
Pourquoi n’y entendîtes-vous pas s’écrier quelque voix
mystérieuse : «Malheur à qui se jette sous la roue des
révolutions ! » Forestier, Battaille, Aladenize. Aladenizc, infortunés jeunes gens! où couriez-vous? Com
ment s’était éloigné de vous, à ce moment, le génie tu
télaire à qui Dieu confia la protection de votre jeu
nesse? Mais, quand viendra votre heure, il déposera aux
pieds de l’éternelle justice le livre des actions de vo
tre honorable vie ; on n’y verra qu’une seule page
malheureuse, et cette page, vous l’aurez effacée par vos
pleurs, et l’on ne pourra plus y lire que l’acte de clé
mence de vos juges.
Forestier vous a expliqué, Messieurs les Pairs, les
sentimens qui le guidaient vers Wimereux, ceux de
l’affection, du dévouement, d’un secours à donner à
l’infortune. Dans sa pensée, le Prince voulait commu
niquer verbalement avec lui, et reprendre ensuite la
mer ; ou bien il voulait débarquer pour traverser la
France et se rendre en Suisse. Mais la vérité ne tarda
pas à se faire jour. Forestier reconnut bientôt quel
ques-uns des hommes qu’il avait envoyés à Londres,
puis Persigny, puis enfin le Prince. Que fera-t-il à ce
moment? J’aime mieux qu’il vous parle, qu’il se dé
fende lui - même. « Quand je me suis vu en présence
« des hommes que j’avais compromis à mon insu, j’ai
« cru qu’il était de mon devoir de partager leurs dan« gers ; et d’ailleurs mon dévouement pour le Prince
« m’aurait décidé à le suivre. » Il revêt l’uniforme qu’on
lui donne, mais dont les proportions prouvent évidem
ment que ces vêlemens n’avaient pas été faits pour lui.
»,
,
.
C’est ainsi que Forestier s’avance vers Boulogne
avec ses co - accusés. Il ne nie point sa participation
aux différens actes qui ont signalé cette journée. Il as
sistait à tout, comme il vous l’a déclaré ; il a suivi le
Prince jusqu’à la colonne.
La faute est commise, le supplice commence, et ce
supplice devient affreux. Sauvé par deux généreux ou
vriers, qui lui donnent des vêtemens, Forestier est ra
mené par eux vers Boulogne, où ils étaient bien connus, et où leur assistance le mettait à l’abri de tout
soupçon. Un grand tumulte avait lieu sur le port. Ces
hommes y entraînent Forestier, et là, sous ses yeux,
on s’élance sur ses amis, qui se sauvent dans un bateau.
Là, à ses côtés, commence sur eux une vive fusillade.
Il voit les uns blessés, les autres mourans, le Prince à
la nage avec Parquin, Persigny sur le point de se noyer,
et une grêle de balles pleuvant autour d’eux. « Vingt
ans de prison ne seraient rien, me disait Forestier, au
prix de ce que j’ai souffert en ce moment. Je voulais
m’élancer vers eux pour partager leur sort ; mais mes
deux compagnons me tenaient fortement serré, et d’au
tres hommes placés à mes côtés, se méprenant sur la
nature de mes émotions, me criaient : « Sois tranquille,
pas un seul ne pourra nous échapper... » Ah! oui, Forestier, vous fûtes cruellement puni ; et les hommes
ont inventé peu de tortures qui puissent égaler celle
que vous avez dû subir à ce moment. Cette peine n’estelle pas assez forte, Messieurs les Pairs? Cette justice
du sort ri’a-t-elle pas satisfait en même temps qu’elle a
devancé votre justice? Et ne semble-t-il pas que, pour
Forestier du moins, l’évènement se soit chargé de ven
ger sur le champ l’évènement? Ne semble-t-il pas que
19
sa faute commise et lui-même à peine éloigné de la pre
mière scène, la main du sort l’ait aussitôt conduit vers
une autre scène sanglante, désolée, comme pour lui in
diquer la suite immédiate de ce jeu fatal des révolutions,
comme pour lui imprimer dans l’esprit une grande et
terrible leçon ?
Quinze jours après il fut arrêté. Le voici maintenant
devant la noble Cour.
Le voici avec ses antécédens honnêtes, avec sa par
faite moralité, étranger jusqu’ici à tous les mouvemens politiques qui ont agité notre pays ; le voici vic
time d’un entraînement du cœur. Il ne se pose devant
vous ni en héros ni en apostat. 11 vous raconte avec
simplicité, avec vérité, l’enchaînement des causes qui
l’ont conduit devant vous. C’est moins un homme de
parti qu’un ami dévoué ; et ce dévouement, il ose ne
pas le renier devant ses juges.
En parcourant la longue nomenclature des prévenus
que la Cour a déjà mis hors de cause, je me suis aperçu
qu’elle était arrivée à cette extrême limite que louchait
mon client, et qu’en faisant un pas de plus, elle pro
noncerait aussi sa mise en liberté. Quand je compare,
en effet, la véritable situation de Forestier dans cette
cause, à celle des hommes que votre justice a relaxés
de toute poursuite, ma raison ne saurait voir la subtile
différence de leur culpabilité, ni distinguer clairement
à quels motifs il a dû le triste privilège de figurer sur
ces bancs. 11 n’a pas plus fait qu’eux, nobles Pairs.
11 devait s’attendre à la même faveur.... Vous l’avez
oublié !
Cet oubli , vous le réparerez , sans doute , Mes
sieurs les Pairs. Vous avez déjà renvoyé une foule
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d'hommes dont la parlicipation réelle à l’attentat était
plus évidente que la lumière, et qui n’ont obtenu leur
liberté que parce qu’à vos yeux ils avaient subi le joug
d’une contrainte matérielle. Mais votre justice ne ferat-elle pas aussi la part des influences morales, des af
fections ardentes, des dévouemens sincères, des géné
reuses sympathies? Ne tiendrez-vous pas compte de
tant et de si puissantes causes d’entraînement à tous
les accusés, et en particulier à celui que je défends,
alors qu’ils se sont trouvés en présence d’un Prince
sur le front duquel étaient écrits tous les souvenirs de
l’empire, qui de plus était malheureux? «Il me serrait
la main, vous a dit Forestier; il me répétait : Heureux
vous qui pouvez retourner en France! » Et quand le
Prince s’est découvert enfin à ses compagnons au mi
lieu du danger, ils se seraient refusés à le suivre ! ils l’au
raient abandonné !... Ah ! c’est trop demander aux âmes
généreuses ! c’est trop demander à la nature humaine !
Si des convictions politiques ont eu leur large part
dans la détermination des accusés, tous ont été entraî
nés aussi par les impulsions les plus élevées du cœur.
Admis dans l’intimité du prince Napoléon, ils le
voyaient lentement consumé par cette plaie de l’exil,
qui ronge et dévore l’âme. Les yeux toujours tournés
vers cette France, où il était né au milieu des gloires
de sa famille, il n’avait de pensée, d’existence que pour
sa patrie. Le colonel Voisin, dans son interrogatoire,
résume admirablement en une ligne tout ce que je
pourrais citer à cet égard :
«Nous sommes sortis de la caserne, a-t-il dit. J’ai
«proposé au Prince de s’embarquer; il m’a répondu
« qu’il voulait mourir sur le sol français. »
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Que puis - je ajouter à de telles paroles prononcées
dans un tel moment? Elles sont le cri de tous les grands
cœurs, de tous ceux qui ont aimé leur patrie plus que
leur vie. Daignez écouter.
Dans cette même enceinte, Messieurs les Pairs, pa
rut, il y a vingt - cinq ans, un illustre guerrier, chargé
d’une terrible accusation. Il lui fut donné de sauver sa
vie, s’il voulait user du triste avantage que la conquête
venait de lui faire, en détachant sa ville natale du ter
ritoire de‘son pays, s’il voulait se déclarer étranger. Sa
réponse n’est - elle pas écrite dans vos souvenirs ? « Si
« ma vie est à ce prix, s’écria le maréchal Ney, j’aime
« mieux mourir Français que de vivre étranger, séparé
« du grand nom de ma patrie. »
Et ce républicain plus célèbre encore, Danton, n’ai
ma-t-il pas mieux mourir dans son pays que de fuir,
comme il en était sollicité? Ne connaissez - vous pas
tous sa réponse rudement sublime ? « Est-ce qu'on ém
et porte sa patrie à la semelle de ses souliers? »
C’est ce sentiment de la nationalité, cet amour de la
terre natale que les compagnons du prince ont compris,
tout aussi bien que ses nobles vues, que ses droits élevés.Projets de grandeur et de prospérité pour la France,
ressentiment de sa dignité méconnue À l’étranger, impa
tience de faire revivre aux yeux du monde la gloire de
l’empire, toutes ces causes déterminantes des grandes
résolutions vous ont été admirablement développées,
et certes, il n’est pas besoin de les rappeler à vos es
prits. Je ne fais que signaler plus spécialement la part
d’influence qu’a exercée sur mon client la situation plu
tôt morale que politique du prince , son infortune plutôt
que les droits de sa naissance.
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Oui, Messieurs les Pairs, aux yeux de Forestier,
comme aux yeux de ses co-accusés, l’exil du prince
Louis avait pour lui le malheur d’une exception inouïe
peut-être dans l’histoire. Princes et citoyens ont été
bannis de leur patrie ; mais les uns et les autres ont pu
trouver, sous un ciel étranger, des adoucissemens à
leurs maux, des sympathies pour leurs douleurs. Seul,
le neveu de Napoléon n’avait plus où reposer sa tête.
Quel lieu lui servira d’asile?
L’Angleterre ? Mais l’Angleterre venait de signer le
traité de la quadruple alliance, et de renouer contre
nous la fatale ligue de l’Europe coalisée. L’Angleterre,
la plus mortelle ennemie de Napoléon, parce que la
France était grande par lui! L’Angleterre, à qui Na
poléon avait fermé l’Europe, et qu’il avait ébranlée jus
que dans les fondemens de sa puissance !... Ira-t-il en
Italie? Pour voiries dernières convulsions de cette li
berté mourante, dont il avait voulu, lui aussi, comme
son frère mort pour la défendre, rallumer le flambeau !
Pour voir cette reine déchue pleurant sa royale cou
ronne confiée à Napoléon ! Pour voir l'Autriche tran
quillement assise dans les riches plaines de la Lombar
die, étendant son sceptre de plomb jusque dans le fond
des Calabres? Traversera-t-il cette Belgique et ces pro
vinces Rhénanes arrachées à la France ? La Suisse lui
est-elle ouverte? En Hollande, son père fut roi. Le
royaume de Westphalie est tombé dans le même abîme
que celui d’Italie. Ne faut-il pas qu’il fuie les maîtres
des champs d’Austerlitz et d’Iéna, et cette terre avide
de Russie, où dorment, en attendant leur vengeur, les
ossemens blanchis de nos immortelles légions? Pas une
contrée en Europe où la gloire de Napoléon ne le per-
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sécute, iic s’attache à ses flancs comme un supplice !
Pas une contrée qui n’ait reçu de sa famille, au nom de
la France et pour la France, un dommage sanglant et
mérité... Plus loin il trouvera une terre que la main de
Napoléon a saisie, et marquée comme obstacle à la puis
sance anglo-indienne ; une terre dont Napoléon a pro
phétiquement agité la poussière séculaire ; et de cette
poussière est déjà né un vengeur, qui menace de ravir
à d’avides protecteurs, nos éternels ennemis, une proie
dévorée par eux en espérance. Plus loin encore il trou
verait le rocher de Sainte-Hélène ! Ah ! la France,, la
France seule pouvait être le séjour ou le tombeau de
l’héritier de Napoléon.
Prince, n’est-ce pas là un des sentimens qui depuis
des années font battre votre noble cœur, et vous ont
inspiré ces résolutions extrêmes dont vous venez au
jourd’hui expier ici l’insuccès. Et vous, ses compagnons
d’infortune, n’est-ce pas là le motif de vos profondes
et généreuses sympathies ? N’est-ce pas à ces sources
élevées que vous avez puisé la résolution de rendre à
l’exilé sa patrie, de vous jeter tête baissée avec lui sur
la terre natale, sans peser la dure loi qui punissait son
entreprise, sans autre calcul que son malheur et votre
dévouement ?
Votre justice, Messieurs les Pairs, aura-t-elle des ri
gueurs pour de semblables accusés? Quand je considère
les faits, je me rassure; et je me rassure encore quand
je considère les juges. Ici se concentrent les plus éclatans rayons des gloires de l’empire. Presque tous, vous
avez été les colonnes de cette mémorable époque qui
doit grandir encore en traversant les siècles. Le génie
puissant qui dirigeait l’Etat n’eût pas suffi pour accom-
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plir seul tant de merveilles ; et je me refuse à voir la
France absorbée dans cette magnifique unité. Généraux
qui avez conduit nos soldats à la victoire ; législateurs
qui, par vos sages régulations, avez harmonisé le mou
vement des sociétés modernes, et donné à la France
des lois que lui envie le monde ; administrateurs qui
avez fondé l’admirable organisation d’une centralisa
tion puissante, je vous ai vus tous au premier rang dans
les fastes de l’empire ; je me suis incliné avec respect
devant vos noms glorieux, devant les grandes choses
que vous avez exécutées. Je vous revois dans cette en
ceinte, et je me rassure. Je trouve ici, comme juge, l’em
pire; comme accusés, le neveu de l’empereur et les com
pagnons de sa fortune^.__ ____
: biBLifl7, iLûL'E j
DE 1
Vif.LE
• Du FÉPiGLl
FIN.
Fait partie de Affaire de Boulogne. Plaidoyer prononcé à la cour des pairs, pour l'accusé Forestier
