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Médias
Fait partie de Les Lettres périgordines
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-
1
Administration, correspondance et articles: LES
LETTRES PERIGORD1NES, 24, rue du Bac, Péri
gueux (Dordogne).
Abonnements et envois de, fonds: Charles SOUDEIX
24, rue du Bac, Périgueux (Dordogne).
JOURNAL LITTERAIRE
PARAISSANT
TOUS LES DEUX MOIS
(sauf en août et septembre)
Comité de Rédaction sous la direction de Charles
SOUDEIX, avec Daniel Gillet, Adrien Colin, Jean
Moreux, Paul Courget, Jehan de Chanterive, Pierre
Dantou, Antoine Payanoé, Jean Delfaut, Georges
Puymangou et
l’éminent concours de
Marcel
Fournier.
par Charles SOUDEIX
Celle pièce, la première que nous ayons écrite
P—, et en un temps de trois mois : octobre, novem
bre, décembre 1955. couronne l’anniversaire de
nos vingt ans.
Et c’est un drame en quatre actes et en prose:
ü’aucuns pourront nous taxer de prétention.
C’est qu’il nous auront méconnu ou mal compris.
Notre intention est pure et ne relève aucunement
de ce besoin de gloriole que certains ambition
nent. D’ailleurs .quand on aura pris connaissance
de cette pièce, soit par la lecture, soit par la scè
ne, on comprendra aisément nos projets.
En même temps que l’on nous pardonnera nos
maladresses possibles, notre manque d'experienCe quant à la perfectibilité suprême de culte
œuvre.
Notre dessein, en écrivant cette pièce, a été
d’attirer justement l’attention du public sur cc
qu’il semble ignorer et qui existe pourtant et ma.
heureusement : la souffrance morale et matérielle
de certains êtres de l’espèce humaine, privés de
l’affection maternelle et des ressources les plus
indispensables. Sujet vieux et rebattu maintes
fois, certes, mais jamais épuisé !
Ce sont, et le vieux Périgueux et le faubourg
des Harris qui localisent l’action de cette pièce
dont la trame, absolument véridique, est naturel
lement romancée pour les besoins du drame.
Le public souffrira avec le personnage digne
de pitié qu’est « l’orphelin ». Il pénèlrera dans
sa vie intime faite de souffrances et de désillu
sions, éprouvant les sentiments de cette âme tour
mentée par le malheur qui la tenaille et par
l’amour et la chance qui la fuient.
Il conviendra du naturel de cette pièce qui a
été écrite beaucoup plus avec le cœur qu’avec
l’esprit, T imagination.
Il verra encore que la vie est bâtie
sur l’espoir. L’espoir qui enfante les rêves
bleus, porte-fanion salutaire de la Providence
Mais il U a la Fatalité. Voilà le drame. Toucher
au bonheur, être heureux, confiant et, soudain,
s’abîmer dans le vide immense du désespoir, de
la déception.
Une de nos très louables connaissances nous
avait suggéré de composer cette pièce avec tel,
sujet, Susceptible d’intéresser encore le public
parce que toujours facile à émouvoir. Ainsi avonsnous essayé de dépeindre l’angoisse, d’un « raZé »
face à la société « ingrate » et « méprisante ».
' • Il faut cannaitre l’époque dans laquelle se
situe celle action : 1912. Il faut étudier les per
sonnages, leur nature, leur condition vitale. Après
cela, on ne s'étonnera plus de l’âpreté de leurs
sentiments. S’ils se révèlent parfois durs, inexo
rables, c’est qu’ils sont humains. Au surplus, nous
L Auteur. Charles SOUDEIX
le répétons, c’est un drame vécu. Il faut bien voir
les choses telles qu’elles sont et non comme elles
devraient être. Pas de vernis, nul artifice.
En outre, sur l’insistance de que'ques-uns de
nos confrères des plus dévoués, nous avons retou
ché — à conLre-cœur, il nous faut bien l’avouer —ce qui aurait été apte à choquer ou déplaire à
certaine classe de la Société. Nous avons —■. ici
avec plaisir et toujours sur les bienveillants con
seils de ces mêmes bons amis —, coupé que’ques
passages trop longs à la déclamation et remanié
quelques autres passages mal équilibrés.
Nous avons, avant tout, recherché la réalité :
donc, la sincérité.
Comme cela, le public suivra, avec plus de
satisfaction et de curiosité, le ieu des acteurs, leurs
répliques, la tenue de leur rôle.
Disons, à cc propos, que les personnages sont
au. nombre de six.
Nous avons confié la destinée de cette œuvre
à une société théâtrale périgourdine bien connue
et appréciée, comme étant au rana des Serviteurs
de l’Art, le groupe artistique « Florida t>.
M. Charles Prompt, directeur de c'ctle talen
tueuse société, auquel nous avions proposé notre
pièce, nous avait bien prévenu des difficultés que
nous encourions. Nous n’avons jamais failli un
seul instant devant ces entraves. Nous étions pré
venu. Et, en homme averti, nous avons fait face,
avec persévérance. Au reste, la réalisation de ces
projets étaient et sont encore à nos risques et pé
rils.
La distribution des rôles a été faite savam
ment par M. Prompt, également, metteur en scène
et acteur.
M. Roland Sorbes, cx-Rols de l’Alhambra de Bor
deaux, comédien de grande classe, unanimement
connu, incarnera le personnage principal sur qui
repose toute la réussite et l’intérêt de la pièce :
Philippe « Le bâtard ». Disons que pour les be
soins de cette création, M. Roland Sorbes revien
dra à son premier genre, l’art dramatique.
Mlle Liliane Auger tiendra le rôle combien
doux et charmant de Céline, exquise et délicate
ingénue; M. Pierre Charley, très bon atout, celui
du joyeux ami Gaston; M. Charles Prompt, cam
pera un père adoptif et douloureux, Roger Lenglet; M. Yves Cazats concrétisera le fourbe et or
gueilleux nobliau De La Margelle, et Mme Sophie
d’Arielle, la mère consolatrice et compréhensive,
Mme Thérèse.
Les répétitions se poursuivent à un rythme
accéléré, afin de donner la première représenta
tion et les suivantes dans le début du mois d’avril.
Pour préciser, le mercredi 11, en soirée, à 21 h.
(Voir la suite en page 2)
O
l'ORPilEUN
Les "Lettres Périgordines" lancent
Quand et comment
une certaine Charente voulut
cesser d'être INFÉRIEURE
C’est une page d’histoire qu’il nous plait bien
volontiers de rappeler. Souvent, nous entendons
des personnes s’exclamer, quand il est question
du changement survenu.
Et pourquoi pas Seine-Maritime, Loire-Marilime. IL ne nous plait pas le moins du monde de
contester à ces départements d’invoquer des rai
sons de changement.
En Charente-Inférieure, il y avait des motifs
impérieux de vouloir ce changement.
Certes, les motifs étaient d’un ordre incontes
table. En effet, il est un divin breuvage, le Co
gnac qui compte des appellations « Fins Bois »,
« Bons Bois », « Borderies », qui sont dans les
régions de Matha, de Saint-Jean-d’Angély.
Or, une bouteille de Cognac qui portait autre
fois « Cognac Brugerolle, Matha, Charente-Infé
rieure » ou « Cognac Audoin frères, Saint-Jean
d’Angély, Charente-Inférieure », à l’étranger, le
Cognac apparaissait inférieur.
Telle devait être la raison invoquée et cela se
tenait. Et cela est tellement vrai que le Conseil
d’Etat fit siennes les raisons invoquées pour ce
changement.
Mais les choses ne se firent pas aussi rapide
ment que certains l’eussent désiré. C’est, ainsi, no
tamment, que M. Paul Metadier, qui fut maire de
Royan, s’impatientait, trouvant que les choses n’al
laient pas assez vite à son gré.
Aussi, le pharmacien de Tours, île la Métasphîrine, prit la décision énergique de changer
lui-même les choses. Il fit confectionner des ca
chets portant : « Royan, Charente-Maritime ».
M. Landrodie, à l'époque préfet de la CharenteInférieure ne le prit pas ainsi. Il menaça M. Paul
Métadier d’annu’er les actes du maire de Royan.
Bon gré, mal gré, le maire de Royan reprit
l’ancienne appellation inférieure.
La campagne si fortement amorcée devait
porter ses fruits. Quelques années après, le vœu
de M. Paul Métadier fut exaucé: la Charente-Infé
rieure devînt ia Charente-Maritime.
Daniel GILLET.
He.cte.uts
M. It. A. de Chalup, Agonac .
Malgré vos conseils, nous ne songeons pas
(Suite de la lr” page)
II y a une. chose qui est à déplorer. C’est que dans
les temps où nous sommes, Périgueux, ville de
près de cinquante mille habitants, ne possède plus,
ou pas encore, un théàtre qui permette aux gens
de bonne volonté de représenter ou faire repré
senter leurs œuvres.
Faute de quoi nous nous verrons dans l'obli
gation de jouer « L’ORPHELIN » dans une salle
de moindre importance, et où la place restreinte
et l’accoustique mauvaise ne pourront être qu’au
détriment de notre pièce.
Et le problème des décors pose un autre
souci. Car « L’Orphelin » comporte trois tableaux!
Il nous faudra parer au mieux avec des moyens
de fortune. Peut-être, ta Municipalité s’intéres
sant à notre œuvre, voudra bien nous confier,
pour la durée des représentations, quelques pan
neaux et accessoires de l’ancien théâtre — récem
ment classé monument historique, lesquels nous
seront d’un précieux secours ?
Oc toute façon, malgré le scepticisme arro
gant et rageur de certaines personnes connues
pour leurs brillantes actions qui consistent dans
la détraction de tout ce que l’auteur de cet article
peu± entreprendre; malgré le semblant d’indiffé
rence de certaines autres personnes auxquelles
nous ne ferons pas l’honneur d’être citées dans
ces colonnes, nous le répétons : Oui ! Nous ter
minerons notre œuvre, toute modeste soit-elle,
avec la secrète notion d’avoir travaillé non par
sotte prétention — selon les dires de quelquesuns, mais pour une bonne cause : la glorification
des humbles !
D’ailleurs le public souverain auquel nous
devons faire confiance quant à sa généreuse et
perspicace approbation, ou à son irrémédiable
critique, nous dira si, oui ou non, nous avons
atteint le bat que nous nous étions consciencieu
sement fixé.
Charles SOUDEIX
5-2-56
CLûuzzie.z
s. c. s.
en faveur des pupilles
de l'Orphelinat Armand-Parot
Il est né sous les ponts. Il est né dans la rue.
Son malheureux berceau, ce fut le dur pavé.
Tout seul il a grandi dans la foule inconnue,
Ignorant, ignoré.
Ignoré! Combien sont-ils d’enfants dans
cette malheureuse condition? Combien sontils qui n’ont jamais connu, ni le doux sourire
d’une maman, ni la tendre affection d’un
père?
El pourtant, n’ont-ils pas droit, comme les
autres, à leur part de bonheur? Devront-ils
en arriver fatalement à renier leur vie sans
Passé? Leur Passé sans famille?
Ce pauvre petit délaissé,
...Raillé et affligé sans cesse,
Ne mérite-t-il pas un peu de compassion?
Doit-on abandonner son âme en détresse
Ou bien l’illuminer d’un bienfaisant rayon?
C’est à votre bon cœur, public généreux,
qu’il appartient d’y répondre.
« Lettres Périgordines », quoique artistique
et Littéraire, n’en est pas moins pour cela, un
journal social, sensible à tout, ce qui touche à
l’humanité.
Et c’est pour venir en aide à ces « laissés
seuls » dans la vie, a ces pauvres déshérités,
que nous avons consacré la vente de ce n° 5,
au profit de l’Orphelinat Armand Parot.
Faites un bon geste envers ceux qui, aban
donnés par leur famille, n’ont, plus aucune
joie, aucun espoir, et qui, grâce à vous,
retrouverons un peu de ce bien être protec
teur et indispensable à leur régime vital.
Chaque exemplaire de « Lettres Périgor
dines » vendu leur sera un peu de soutien de
plus, apportant à la fois, réconfort et conso
lation
Souvenez-vous de voire enfance heureuse
au sein du nid familial, et méditez ces vers,
les plus beaux peut être, que nous ait donné
l’incomparable génie de Victor Hugo :
Oh! L’amour d’une mère! Amour que nul
[ivoublie!
Pain merveilleux qu’un dieu partage et multi[plie!
Table toujours servie au paternel foyer!
Chacun en a sa part et tous l’ont tout entier!
Puissante glorification de l’amour maternel
qui ne résonne pas du même éclat dans le
cœur de milliers de petits êtres!
Appel à la générosité publique
en faveur des "Laissés-Seuls dans la vie"
s.o.s.:
de l'Orphelinat Armand-Parot
Charles SOUDEIX.
Pour cette malheureuse enfance,
Pour ces douloureux orphelins.
Ces « laissés-seuls » dans l'existence,
Pour atténuer leur souffrance
Donnez, donnez, Périgordins!
Pour ceux gui n'ont plus père et mère,
Dont vous entendez le sanglot...
D’un cœur, charitable et sincère,
Donnez, pour que vive et pros peu ,
T.'Orphelinat Armand Paroi!
Pour ces déshérités du Monde
Privés de tendresse et d’amour
Gosses, dont la peine est profond,.
Donnez, pour mettre une joie blonde
Dans la tristesse de leur jour!
Donnez, donnez, de. votre obole.
Ces enfants auront doux écho...
Ils béniront (pii les console,
Donnez, pour grandir, dans son rôle,
L’Orphelinat Armand Parot!
\drien COLIN.
à tirer « L. P. » sur du papier « infecte ». La
diminution du prix de revient serait insigni
fiante et le bon goût du lecteur à la torture.
Pourquoi voyez-vous en « L. P. » un amalga
me. de « rubriques de chiens écrasés », à la
portée seulement de « ceux qui ont de l'argent
à perdre » ? Vous dites beaucoup de mal de
notre journal et, dans le fond, vous en pensez
beaucoup de bien puisque vous nous proposez
votre collaboration comme « un moyen de pui
ser aux sources mêmes de la Philosophie, de
l’Art et de la Poésie ». Envoyez toujours vos
articles. Nous les publierons, peut-être, sur
« notre papier g’acé ».
M. Jean Monestier, mainteneur du Iïournat,
Bordeaux (votre lettre du 4.12.1955) :
Nous sommes d’accord avec vous : le pa
ragraphe de l'article incriminé est « gros », 1res
« gros ». Croyez bien que nous le regrettons
vivement. Que ces modestes lignes soient une
amende honorable à votre amour de la vérité.
CHRYSIS
Campagne pour la vulgarisation
de l'ESPERANTO
9 bis, rue du
Commandant-dé-Poli,
Orléans
COMMENT VISITER GRATUITEMENT
LA HOLLANDE EN APPRENANT
L’ESPERANTO
Chaque année, le Centre National EsperântoOffice organise un concours national d’Esperantu
dont les cent premiers lauréats sont récompensés
par un séjour gratuit d’une semaine en Hollande.
Les lauréats sont reçus dans des familles espérantistes.
Le concours a lieu par correspondance, au
mois de mai. Les personnes qui, dès maintenant,
se mettront à l’étude de l’Espéranto (accessible à
tous) pourront concourir dès l’année 1956 avec
de grandes chances de succès.
Pour tout renseignement concernant ce
concours et pour recevoir une brochure d’initia
tion à l’Espéranto avec les deux premières leçons,
ainsi que le règlement des cours par correspon
dance, écrire au Centre National Esperanto-Office, 9 bis, rue du Commandant-de-Poli, Orléans
(Loiret), en joignant quatre timbres-poste pour les
frais d’envoi.
N O X
Si les grands bois pleins de pénombre
Se disent tout bas leurs secrets
Lorsque la nuit verse son ombre
Dans le ciel et sur les près,
C’est que la branche où l’oiseau jase
Soudainement lasse se tait
Avec une sorte d’exlas^
Et d’imprégnante volupté,
Tandis que vole sur la brise
Un bruit assourdi de rumeurs.
L’âme du poète se grise
Du crépuscule avant-coureur.
Et son regard songeur s’éclaire.
Des teintes que le soleil met
Pourpres cl dorées sur la terre
.1 l’heure où In lune parait.
II contemple, heureux, chaque étoile
Qui, par moment, fleurit aux cieux,
Comme un sourire qui se dévoile
Du sein d’an monde merveilleux !
Il voit l’occident qui s'efface
El ses innombrables clartés.
Pâles, s’éleindre dans l’espace
Douces éphémères beautés !
Charles SOUDEIX.
« Rien ne peut remplacer la lecture. Les
livres unissent les hommes parce qu’ils leur don. nent des souvenirs communs, de communes pen
sées et de communs problèmes. Rien ne les rem
place, rien ne les remplacera. » (André Maurois).
3
QUELQUES EXTRAITS
= DU DRAME =
De l’acte deuxième, scène première.
'les Amis de la Musique"
ont fêté la Sainte - Cécile
PHILIPPE (qui vient d’apnrendre sa nais
sance putative, est assis sur une chaise, la tête
entre ses mains, en proie à une Lrisieseg profon
de cl douloureuse. Aux premières paroles qu’il
prononce, d’une voix toute changée. par l’émotion
un peu comme en. délire, il relève le front, le
regard immobile fixé sur le plancher devant lui.
Prise de conscience').
L’orchestre symphonique « Les Amis de la
Musique » en état de grâce, a fêté cette année la
— Un orphelin, qu’est-ce que cela ?
Sainte-Cécile avec un éclat tout particulier. Les
- C’est quelqu’un qui n’a pas de parents. —
profonds échos des voûtes de Saint-Front ont
ajouté à l’exécution des divers morceaux une am Pourquoi n’a-t-il pas de parents ? — Parce ([ue
pleur et une majesté extraordinaires. Le program ceux-là sont morts ou l’ont abandonné. —- Que
deviendra-t-il dans cet océan de la vie qu’on
me débutait par l’adagio extrait de « Roma »
(Bizet). Cette symphonie descriptive a été jouée appelle Avenir, ballotté du vent, ballotté des va
gues, sans soutien désormais et criant désespéré
pour la première fois chez Pasdeloup en 1869. On
ment : A l’aide !
Un déshérité de la vie, un
y retrouve l’éclatante franchise du génie bien
français de l’auteur et aussi ses qualités de colo raté, quelque chose comme une épave humaine !
riste. La musique en est très riche, précise et tou —- Est-ce sa faute ? — Non. Mais c’est sur lui
te spontanée. L’orchestre l’a interprétée avec que retombera le déshonneur. — Y a-t-il un moyen
d’éviter cela ? — Oui. Un seul. — Lequel ? -—
beaucoup de sobriété, sans jamais choir dans la
La mort !
Quoi ! .Mourir si jeune ! Quel sort
facilité.
lamentable !
L’adagio de la « Symphonie Inachevée »
(Se redressant brusquement, debout, comme
(Schubert) est rempli de ce romantisme, de cette sortant d’un mauvais songe) Oh, non ! non, pas
profonde effusion lyrique qui caractérisent le cela ! Etre damné plutôt, oui, mais ne pas mou
génie si personnel de l’auteur, qui « n’est venu au
rir ! D’abord, pourquoi mourrai-je ? Je ne suis
monde que pour composer ». En l’écoutant on
pas seul bâtard sur terre !... Ce serait bien trop
ressent bien des choses, mais il est bien difficile triste, à vingt ans, l’âge où les autres jeunes hom
d’expliquer pourquoi. L’inspiration est irrésisti mes, plus ménagés que moi par le Destin, reçoi
ble et chacun éprouve le sentiment confus d’une
vent la vie comme un rêve bleu. Vingt ans ! O
aisance dans l’improvisation qui ne fait aucune Dieu ! Déjà tant d’amertume et déjà tant de
concession ni à la banalité ni à la vulgarité. pleurs ! Je sais bien, tout le inonde a sa croix
< C’est une source pure qui coule sans obstacle ». à porter. Cependant, la mienne est trop lourde.
L’orchestre a su mettre en relief le savant dégradé C’est une croix de pierre au lieu d’une croix de
des modulations, l’émotion personnelle et le con bois ! Pourquoi le destin, plus exactement la
tenu sentimental et romantique de' ce passage.
malchance m’a-t-elle frappé, à moi ? Est-ce que
Tout cela ne constitue pas un mince mérite.
je ne souffre pas assez d’être pauvre ? Cela est-il
Cette messe en musique devait se terminer juste ? Dieu qui fait si bien les choses se serait-il
par une apothéose. Ce fut la « Marche de Tannhauser » (Wagner). C’est dans cet opéra que l’on un art toujours plus pur, plus décanté, plus dé
a vu poindre l’idée de la rédemption qui revêtira
pouillé. On pourra y apprécier l’incroyable sou
des aspects différents dans la plupart des drames
plesse des modulations, la merveilleuse richesse
de Wagner. Renonçant aux formes traditionnelles
de l’opéra, il rêvait « d’une forme idéale pure mélodique, l’originalité de l’orchestration qui
expriment avec éclat toute la maîtrise et tout le
ment humaine, débarrassée des chaînes du hasard
génie
de Fauré.
et du faux, en dehors des nationalités, accessible
« Les impressions d’Italie », de Charpentier,
A toute intelligence ».
suite étincelante de cinq impressions, nous trans
Vastes synthèses englobant tous les arts, les
drames Wagnériens sont imprégnés d’une profon porteront vers de nouveaux horizons. Variété et
de philosophie. Ils deviendront l’œuvre d’art par chaleur du coloris s’imposeront à nous dès les pre
mières mesures. On reconnaîtra le réalisme de
excellence.
l’inspiration dans cette lumière, cette vie, cette
« Les Amis de la Musique » en ont donné une
magnifique interprétation. Ils ont réussi à mar intensité qui ne cessent de s’exprimer avec éclat
quer les croissantes individualités des timbres. tout au long de cette œuvre magistrale et accessi
Les cuivres se sont manifestés par d’éclatantes ble à tous. Ce programme éclectique et de haute
interventions, tandis que tous les autres pupitres, qualité sera complété par un morceau de Saintnotamment les violons, se sont parfaitement tirés Saens pour violon et orchestre. Cela permettra
aux auditeurs d’applaudir le soliste Gaby Parland’une tâche bien difficile.
Cet excellent concert, dirigé avec tact et au ge, assez connu pour qu’il ne soit pas utile d’in
torité par M. Georges Sartori, a permis à tous sister sur sa valeur et son talent.
« La Marche de Tannhauser », dont nous
ceux qui ont eu le bonheur de l’écouter, d’appré
avons
parlé plus haut, terminera dignement ce
cier les constants progrès de l’Orchestre sympho
concert,
qui s’annonce plein de promesses.
nique « Les Amis de la musique » dont la ville de
Périgueux peut être fière.
LES JEUNESSES MUSICALES DE FRANCE
Les .Jeunesses Musicales de France ont gail
LE CONCERT SYMPHONIQUE ANNUEL
lardement
abordé la saison avec Louis AuriacomDES « AMIS DE LA MUSIQUE »
be et l’Orchestre de chambre de Toulouse (confé
rencier Michel Briguet). Ce merveilleux ensemble
Bientôt, « Les Amis de la Musique » offriront
a obtenu le grand succès qu’il méritait. Le pia
aux Périgourdins leur concert annuel. On trouve
niste Daniel Wayenberg et le musicologue Meu
au programme : l’ouverture de « La grotte de
nier Thouret forment un bien sympathique tan
Tingal » (Mendelssohn).
Mendelssohn, que Debussy traitait de « no dem. « Un piano vous parle », tel était le sujet de
taire élégant et faille » n’a pas toujours été appré cette conférence-concert. Sous les doigts merveil
leux de Daniel Wayenberg, le piano a parlé avec
cié à sa juste valeur. On découvre certes, dans sa
musique, plus de sentiment que de passion ro tellement d’éloquence, de chaleur, de talent et
mantique, mais n’est-ce point cette discrétion qui de virtuosité qu’il a soulevé un indescriptible en
thousiasme. On se souviendra longtemps à Péri
donne à ses œuvres cette suprême distinction dans
la pensée et l’expression ? Poésie légère, charme gueux, de ce merveilleux artiste.
« Sonate que me veux-tu ? », cri d’exaspéra
et même souvent originalité se découvrent à cha
tion de Fontenelle, est devenu le sujet d’une séan
que instant dans les œuvres de ce musicien qui a
ce des J.M.F. qui répondront à cette question
une bien séduisante personnalité. La vie faille
par cinq sonates exécutées par la pianiste Lilia
qu’il a toujours menée n’a peut-être pas stimulé
ne Garnier, le violoniste Jean-Paul Sévilla et com
son génie, c’est peut-être pour cette raison qu’un
mentées par André Jorrand.
musicologue a dit de son œuvre qu’elle exprimait
Il convient de féliciter une fois encore ce Jeu
« la mélancolie du bonheur ».
C’est avec beaucoup de plaisir que nous pour ne groupement, qui maintient à Périgueux la per
manence de l’art musical. Malheureusement ses
rons entendre également « Pelléas et Mélisande »
efforts ne sont pas toujours compris et son action
de Fauré, dont l’œuvre est la « réalisation d’un
n’est pas soutenue. Bornons-nous pour aujourd’hui
rêve intérieur ». Cette musique de scène, toute
à te regretter
remplie de lumineuse sérénité et de tendresse
r. daxtou.
marque une étape dans la marche de Fauré vers
trompé en me condamnant à une souffrance per
pétuelle ?
(/( se calme et marche machinalement dans h
pièce). Quand ii y a oes jeunes gens tout remplis
de bonheur, avec un papa et une maman ! Ils
chantent, rient, s’amusent. Ils sont heureux ! Et
moi, je pleure (Les larmes perlent sur ses joues.
Ses yeux brillent étrangement) C’est ça la vie I
(un temps) Si on me demandait : Qu’est-cè que
l’amour d’une mère ? Je répondrais : — Je ne
sais pas. Je n’ai jamais connu cela... Pourtant, je
île manque pas de pain, ni d’abri. Que nie man
que-t-il ? L’ne maman ! Oh ! l’amour d’une mère 1
C’est une douce chaleur qui réchauffe le cœur.
11 tait bon vivre dans une famille heureuse, au
près d’un père qui vous console et d’une mère
qui vous aime !
De l’acte premier, scène troisième :
Douleur de Iïoger LENGLET, père adoptif :
- Me pardonnera-t-il cet aveu brutal ? Qu’im
porte ! Il faut, tout en le ménageant, que je dé
charge mon cœur et libère ma conscience d’hon
nête homme (// répète) D’honnête homme ! (iZ
rit fortement) Ha ! Ha ! Ha ! Est-ce qu’on a
une conscience, nous, les pauvres gens ? (Tris
tement) Va, vieille barbe, la vie n’aura été pour
toi qu’un purgatoire ! (Il s’essuie une larme). Les
gens, dans la rue, me regardent. toujours d’une
manière méprisable et hautaine, comme s’ils sa
vaient. (Douloureusement) Est-ce qu’on n’a pas le
droit d’aimer un enfant qui n’est pas à soi ? Estce qu’on n’a pas le droit île l’appeler : Mon Petit,
quand on a travail.é et souffert pour l’élever !
Oui, je t’aime, Philippe, beaucoup parce que tu
n’es pas mon sang; davantage parce que je t’ai
recueilli des bras d’une passante en haillons,
d’une pauvre femme qui se mourait dehors, en
plein hiver ! Je t’aime parce qu’il te faut quel
qu’un pour t’aider dans cette sale vie; parce qu’il
te faut un père, si peu digne soit-il. Je t’aime par
ce qu’il faut t’aimer, parce qu’il nous faut s’ai
mer, toi et moi. Je t’aime et je veux te sauver. Et
je me fiche des gens qui rient de nous ! L’amour
paternel, vois-tu, fiston, c’est comme un brasier.
Plus on le souffle, plus il f.ambe !
Les "Lettres Périgordines" sont en vente à:
Périgueux : dans tous les kiosques, bureau*
de tabac et sous-dépôts de la Maison Vaubourgoin.
Bergerac : Librairie de la Presse. Dépositai
re : M. Amb'ard.
Sarlat : Maison de la Presse : M. Brajot.
Brantôme : M. Dujarric, journaux-librairieO « Aux entrailles tient la faim. Elle plaque
sa lourde emprise jusqu’aux détours les plus obs
curs de l’être, elle s’infiltre dans le sang le plu»
pur pour lui donner unc vigueur nouvelle, elle
bat sous la tempe, noue au creux de la main, le
besoin de couper des feuillets parfumés à l’odeur
d'encre fraîche, de caresser des mots à peine nés
sous la presse... La faim de lire...
Prémices d'un jeune poète
Nous rappelons que le recueil de poésies
« Ombres et Reflets », de Charles Soudeix, est
encore en vente à la « Librairie de la Presse »,
rue Taillefer. Achetez-le avant qu’il ne soit
épuisé, ou souscrivez chez l’auteur, 24. rue dm
Bac, à Périgueux.
Prix du recueil: 450 francs.
Charles SOUDEIX
PRÉFACE DE
Marcel FOURNIER
Majorai du
Félibrige
4
Page des Poètes de “ lettres Périgordines ”
A l'occasion des 20 ans
du poète Charles Soudeix
Décembre, en vous, consacre un agc
L’âge idéal de vingt printemps,
Et nous apportons notre hommage
A vous, poète de vingt ans !
Déjà, sur votre jeune lyre
Vous avez, poète inspire,
Trouve ces accents du délire,
Symphonie du verbe sacré !
Vous avez chanté la Nature
Ses matins clairs et ses couchants.
L’humaine et douce créature
Dans des vers exquis et touchants !
Poète à l’harmonie qui flatte
Tel un peintre au divin pinceau
Dans une touche délicate,
Vous avez peint l’art le plus beau f
Vos vers ont un parfum de rose
Un souffle attiédi de printemps.
Ah ! c’est une fortune rose
D’être un poète de vingt ans t
Votre Muse, en pleine jeunesse,
Dispense de précieux trésors
Et votre cœur, dans sa tendresse,
Exprime de divins accords !
La fenil!e qui pousse ou qui tombe.
A par vous, sereine beauté
Et, la fleur qui croît sur ta tombe
.1 de l’or dans son velouté !
J’arrête là mon bavardage,
De poète usé par les ans...
Soudeix, puisse mon humble hommage,
Ensoleiller vos vingt printemps 1
Adrien COLIN.
14-12-55
Genevois
Salut, ô Genevois, objet de tan; de rêves.
Salut à ta beauté, ô captivant Léman
Où la fureur du Rhône en ton onde s’achève.
Pour donner à la France un fleuve plus clément;
C’est par un malin clair, du sommet du Salèvc
Qu’il faut, ô pur cristal aux coquets bateaux blancs
Te contempler, Léman, écrin fait pour Genève
Qui paresse à ta rive au calme reposant.
Pour exprimer vraiment l’ineffable douceur
Que le touriste éprouve au plus profond du cœur,
II me faudrait trouver des mots rares, magiques...
Pays du grand Ramuz je te quille à regret.
De ton bonheur, en vain, recherchant te secret.
Me souvenant toujours des charmes helvétiques.
Jean MOREUX.
Lou viei Peichaire
Dempès au bord de la rebiero,
Remudan pas mai qu’un aubar,
Dou mati dabouro au sei tard
Lou peichaire, sen brut, eipero.
Sembla un porlo-eifrai (1) de miséro
Coueifat de palho, Ter fiaugnard,
Dempès au bord de la ribie.ro,
Remudan pas mai qu’un aubar.
Dins l’aigo fujante e legiero
Seg soLin bouchai que danso, clar;
Ta mud que lou peissou gusard
Ei qui per ploio e per sechiero
Dempès au bord de la ribiero.
Marcel FOURNIER.
(1) Porto-eifrai : épouvantail.
A L...
Vous m’apparûtes belle et douce.
Dans un rayon du firmament
Comme le soleil sur la mousse
nu printemps.
C’était un jour plein de lumière
Dont les reflets étaient vos yeux.
Votre personne toute entière
M'inspirait comme un amoureux.
J’étais charmé de l’harmonie
Que vous mettiez dans vos accents
Et de celte grâce infinie
Dont vous orniez votre talent.
Vous aviez la candeur exquise
Qui n’appartient qu’à la beauté
Et vous aimiez que l’on vous dise
Des mots pleins de naïveté.
C’était un jour où la nature
Parut; de fleurs tous les jardins;
Dans l’air s’exhalaient des murmures
Et s’envolaient de gais refrains.
Les oiseaux chantaient sur les branches,
Le printemps partout souriait.
Qu’il était joyeux ce dimanche.
Votre joli regard brillait !
...Vous m’apparûtes douce et belle
-Hors que Je vous évoquais,
Comme un nrcnom que Ton épelle.
En secret !
Charles SOUDEIX.
1955
Quo Vadis ?
Où vont donc les sentiers et les chemins de terre.
Les tranquilles sous-bois ?
Pourquoi songe et cahote, aux pavés de naguère.
L’écho des chars gaulois ’f
Dù vont-elles ces sentes
Lacérant les coteaux.
A l’assaut, incessantes.
Des fuyants idéaux 1
Où vont, à l’infini, les macadams, les pistes
Noués et dénoues,
E: les aciers luisants, parallèles et tristes.
Aux buts inavoués ?
Pourquoi, sur tes collines.
Silencieusement,
'L's insectes cheminent ?
Pourquoi, monstre strident,
Claqucs-In. souffles-tu, siffles-tu le silence.
Charian; sans raisons,
Depuis le Pôle arctique au cap de l’Espérance
Cruelles cargaisons,
La Chair et le Matière,
La Mort, le Lendemain,
Le Néant, la Lumière.
L’Insensible et l’Humain ?
Georges PUYMANGOU.
Le Musée du Périgord
Là. sur le cours Tourny, à droite, de sa ligne,
S’élève le Musée de ce vieux Périgord,
Cadre de collections parmi tous le plus digne,
Et qui recèle en lui l’admirable trésor !
Rares antiquités, magnifiques peintures,
Objets les plus fameux des merveilles de l’art;
Des sujets de valeurs et de riches sculptures
Vestiges d’un passé qui charment le regard !
Une bibliothèque aux volumes sans nombre,
Et des feuillets desquels semblent jaillir les om[bres
De nos grands écrivains poètes du terroir !
On vient le visiter des quatre coins du Mande
Ce Musée où l’histoire offre aux yeux, à la ronde,
Chcfs-d’œuvre.s immortels agréables à voir !
Antoine PAYANCE.
Ce sonnet est extrait de « Promenades poétiques
à travers Périgueux »
Mon Périgord
Mon Périgord est roi; ses collines vibrantes
Font retentir les chants de nos vieux troubadours;
Au cœur des sables blonds, par delà des labours
Il répand dans le soir ses senteurs enivrantes.
La Dordogne est l’élue; ses rives embaumées.
Sous le soleil bleuies, jasent, majestueuses;
Le clapotis de l’eau, en notes amoureuse.':
Berce tout doucement les barques amarrées.
Périgord, mon pays, en poursuivant le rêve,
Je suis venu, ce soir, m’étendre sur la grève
Où tout dormait déjà, sans émettre de bruit.
Un vieux donjon hautain se profilait dans Tonde,
Tandis que. doucement de la forêt profonde,
Le chant d’un rossignol s’élevait dans la nuit.
JEHAN DE CHANTERTVE.
Triomphe
Vous avez mis sut le satin de vos mains fines
Mon pauvre cœur saignant encor d’un jeu criicl,
Et dans vos vastes yeux qui burent tout le ciel
Se fondent des couleurs où le rouge domine.
Les derniers battements de. ce cœur qui s’obstine
A vivre ainsi pour vous ne vous font point songer
Aux remords qui naîtront d’un regret passager,
Et fière, vous sentez sa force qui décime.
Quand tout sera fini, vous ouvrirez vos mains
Frémissantes un peu de leur œuvre assouvie.
Et, tournant vos regards avides vers la vie,
Confiante en l’espoir de royaux lendemains,
Votre sourire aura cette douceur mortelle
Qui brûle à petit feu ceux qui vous sont fidèles.
Paul COURGET.
A Daniel Gillet
Au journaliste de talent,
Au délicat Homme de Lettres,
en poétique hommage d’un jeune.
Ami, près des grands flots qui s’étirent, inLassa[bles.
Sur les grèves dorées par le soleil couchant;
Près des vagues bleutées qui se ruent sur les sables
Dans leur flux et reflux où se mêle le vent,
Larguez la poésie sur une blanche voile
Et laissez-la voguer au gré de l’océan.
La pureté des eaux où se mire l’étoile
La bercera, docile, sous le. firmament...
Et quand le. soir qui vient enrobe de mystère
Les vastes horizons tout ruisselants de feux,
Gillet, vous contemplez votre voile légère
Mollement s’effacer sur les flots nébuleux I
Charles SOUDEIX.
12-11-55
Simple rêverie
Désertant son jardin, la rose
Est venue galamment m’offrir.
Dans sa timidité qui n’ose
De me charmer et me fleurir t
L’oiseau quittant, son vert bocage,
M’a fait les honneurs de son chant
De l’éclat vif de son plumage
Avec l’amour le plus touchant I
La source qui, là-bas, murmure
Est venue m’offrir à son tour
Le fin miroir de son eau pure
En me faisant un doigt de cour !
Le jour naissant qui se colore
M’a fait l’admirable présent.
Des perles fines de l’aurore
Et le bleu d’un ciel ravissant I
J’ai voulu d’une main avide
Saisir ces merveilles de Dieu
Ma main n’a trouvé que du vtde...
C’était un rêve, hélas... Adieu !
Adrien COLIN.
•ô
BERGERAC
Ille terrarum mihi praeter
omnes angulus ridet. (1)
(Horace, Livre II, Ode VI)
La Dordogne chemine, sinueuse, au gré des
coteaux doucement infléchis, et Bergerac, tout
à coup, pose un point d’exclamation sur sa
beauté.
Quel enchantement pour le voyageur qui,
depuis la côte de Monhazillac, découvre la
ville, barrée par le large miroitement de la
rivière l
.4pprochez touristes ! Bergerac vous accueil
le avec son passe mémorable, son présent
rieur, son avenir de promesses. Voyez ses mai
sons renaissance, ses logis à pignons et tourel
les, ses vieilles demeures à pans de bois du
-W° siècle. Visitez son église Notre-Dame,
construite sous le second Empire, par M. Aba
die, l’architecte du Sacré-Cœur de Montmartre,
Saint-Jacques avec ses fenestrages du XU
siècle et ses tableaux de maîtres, l’église de
ta Madeleine et sa sobriété. A l’Hôtel de Ville,
deux trésors vous attendent: le Musée muni
cipal (.tableaux, préhistoire, etc...), et le Musée
d’intérêt National du Tabac. Admirez tout cela
et songez que vous hantez, pour quelques heu
res, le berceau des troubadours Pierre de Ber
gerac, Saïl de Scola et Hèlias Fonsalada, du
philosophe Maine de Biran, des tragédiens
Mounet-Sully et Paul Mounet; songez qu’aux
environs naquirent Jean-Michel Eyquem de
Montaigne, les Biron, les La Force et les Bclzunce !
Ne résistez pas à l’appel des côtes de Mon
hazillac, de Rosette et de Pécharmant qui
entourent Bergerac de leurs cohortes pétillan
tes et légères. Ecoulez palpiter cette ville qui
va de l’avant et vous vous écrierez, en la quit
tant, avec un enthousiasme qui cachera vos
regrets:
« J’ai parcouru tes places, tes jardins et tes
rues, j’ai communié avec ton cœur d’artiste,
j’ai senti vivre en moi la verve et le soleil de
tes banlieues de vignobles et je ne songe plus,
ô Bergerac, à le disputer Cyrano parce que,
seules, les hautes qualités de ton terroir alliées
dans le creuset de ton âme joyeuse, ont pu
enfanter un homme tel que lui! »
Charles SOUDEIX,
par intérim:
Georges Puymangou.
(1) Ce petit coin de la terre me rit plus que
tout le reste du monde.
Les enfants ne cessent de poser des questions.
Plaisir de la lecture
A tous les adultes de demain, la nouvelle collec
tion « Science-Jeunesse » répond simplement et
« Il y a des moments où je manque de courage
à l’idée de créer des personnages de romans. Ma
propre vie a été trop intéressante », a écrit André
Gide.
Sarah Riedman, chargée de cours de Sciences
à Brooklyn Collège, fondatrice d’un camp pour
enfants, répond dans « L’eau, sang de ta terre »,
véritable roman dont l’eau est l’héroïne, aux mul
tiples questions de ses jeunes élèves sur l’eau.
Dans ce livre, aussi amusant qu’instructif, l’auteur
souligne le rôle dans la formation de la terre et
l’apparition de la vie, montre Ce que l’homme a
su faire de l’eau, la prépondérance qu’elle a ac
quise dans la vie moderne
M. Max Marchand, docteur ès-lettres, inspec
teur de l’Enseignement Primaire à Oran, vient de
retiacer dans « L’irremplaçable mari » (1) la vie
conjugale de Gide. « De toutes les tragédies, celles
de l’alcôve est de beaucoup la plus affreuse »,
disait Tolstoï. Cela est tristement vrai pour le
ménage de Gide.
Mais ce n’est pas seulement la vie conjugale
du grand écrivain que nous conte avec fidélité
l’auteur. C’est, en même temps, replaçant l’histoi
re deGide dans le cadre historique de l’évolution
de la bourgeoisie, un témoignage sur les mœurs de
la fin du XIXe siècle.
Toute la sympathie de l’auteur va vers l’épou
se de Gide, sa cousine, toute de pureté et de sim
plicité » dans cet ouvrage qui apporte une contri
bution intéressante au procès de Gide « une mo
deste pièce au dossier de réquisitoire qu’un jour
ou l’autre il faut toujours dresser contre les gran
des ombres avant que l’éternité ne les change
définitivement en elles-mêmes. »
Laissons les écrivains de la classe de Gide
pour nous pencher sur un domaine peu connu des
Européens : la condition réservée à l’épouse mu
sulmane en Afrique du Nord. Elic Bohbot s’élève
avec véhémence dans « Femme ou bête », contre
la soumission passive de cette dernière, et son
asservissement, dans une quasi-sequestration, à
l’époux imbu des principes ancestraux.
L’action romanesque, sur un sujet peu courant,
fait de ce roman d’atmosphère, de ce roman psy
chologique, une œuvre digne de retenir l’attention
d’un public accessible aux émotions, aux élans
généreux, au désir de justice sociale. (2)
Une vie racontée : tel est le sujet poignant de
« Il faut tenter de vivre » (3), par Jean Louvain.
Un cargo explose dans le port de Brest : un jeune
garçon de quinze ans est atteint d’un éclat à la
colonne vertébrale. Tel est l’accident qui a fait
de l’auteur un infirme. Six ans après, aidé d’un
cahier de « mémoires », J. Louvain a reconstitué
la suite des jours de souffrances « pour démon
trer qu’on peut surmonter ce qui nous tue ». Nulle
« littérature » dans ce témoignage qui vaut, par
sa simplicité et sa fidélité d’expression, sans tom
ber dans l’amertume ou la révolte.
Jean Cayrol, dans sa remarquable préface, a
mis l’accent sur la valeur de ce livre qui se refuse
au désespoir. « Dans les pages de ce journal sans
irritation, il nous apprend que c’est un miracle
de vivre et que nous n’avons pas le droit de no
pas être émerveillés. >
clairement.
irons-nous un jour prochain dans la lune 1
Peut-être ! Les préparatifs de voyage actuellement
en cours ont donné un regain d’actualité à l’étude
de la lune. Dans « Lune, escale vers l’infini », que
publie la même collection « Sciences-Jeunesse »,
Georges Gamoiv, titulaire de la chaise de Physi
que Théorique à l’Université George Washington,
qui s’est spécialisé dans l’étude des problème tou
chant les origines de notre globe, étudie les parti
cularités de la révolution de la lune, le mécanisme
des éclipses, la loi de la gravitation, le pliénomè
ne des marées et, étudiant les différents modèles
de fusées proposées, conclut en faveur de la pro
pulsion à réaction atomique.
Sous une forme attrayante, cette collection «lire
au jeune lecteur l’enseignement scientifique de
base, requis par notre époque (4)
Enfin, pour terminer sur une note périgour
dine, comme d’habitude, il convient de signaler,
bien qu’elle remonte à plusieurs mois déjà, la
parution d’un ouvrage très documenté, puisé à
des sources variées, françaises et étrangères, sur
la vie d’un « Compagnon du Tour de France »
Agricol Perdiguier (1805-1875). Témoin d’une im
portante période politique et sociale (1848), Perdi
guier a vécu sous tous les régimes qui se sont
succédés en France au cours du dix-neuvième
siècle. M. l’abbé Briquet, bien connu à Périgueux,
a mené à bien la rude tâche qui consistait à pré
senter à la fois un homme, une institution, une
époque. Récemment, M'. le Docteur Deguîral, an
cours d’une conférence sur le compagnonnage,
faite sous les auspices de la Société d’Etudes His
paniques, a noté la valeur de cet ouvrage, ainsi
que la grande revue parisienne « Le Miroir de
l’Histoire » (5).
,rean
MOREUX
(1) L'irremplaçable mari. Papeterie-Imprimerie Fougue, Oran.
214 p. (chez l’auteur Inspection Académique. Oran).
(2) Editions Subervie, Rodez (220 p. 480 fr.).
(3) Editions Plon (242 pages).
(4) Collection
Science Jeunesse », Illustrée, sous couverture
rigide. Plon éditeur.
(5) Agricol Perdiguier, par l’Abbé Briquet. 470 p. illustrées.
Librairie Rivière et Cie, 31, rue Jacob, Paris (6e). Avantpropos de Gaston Tessier ; préface de G. Boingin, dir. hono
raire des Archives de France.
et Danse des morts V.S.M. —- Symphonie n° 3 et
Sur un même disque, trouver la Symnhonie
une cantate de Noël, chez Columbia •— Pacific et Italienne de Mendelssohn et la Symphonie Inache
Ruggy Odéon n° 7 A OE 1005 (45 cm), Le roi vée de Schubert, exécutées par le Phiîarmonlc'
David chez Ducretet Thompson et Jeanne au bû Orchestra, direction Thomas Beechman, est une,
cher. chez Philipps.
véritable aubaine. Par la netteté de sa direction,
La neuvième symphonie de Beethoven est un
Dans la série des disques de musique instru un charme subtil et discret et la justesse de ses
véritable monument de l’art musical. Son intensi mentale, nous retrouverons la maîtrise et le concepitons de ce chef d’orchestre s’impose par sa1 2 3 4 5
té dramatique, l’adjonction de chœurs et de solis souci d’architecture de César Frank, mis en relief riche personnalité.
Dans le domaine si spécial du Jazz, nous note
avec beaucoup d’éclat par Arthur Rubinstein —
tes lui donnent une exceptionnelle résonnance.
rons dans le cadre Nouvelle-OrTéans un disque
R.G.A.
.
630-114.
Elle vient de paraître en disque, interprétée
réalisé en France par Ducretet 250 V 006. Il con-1
Les études 5. 14, 21. une berceuse. Tarentelle,
, par l’orchestre de ce pèlerinage fervent qu’est le
tient les grands thèmes de l’époque « Basin sheet
festival de Bayreuth. On y trouve avec l’accousti- les valses 6, 7, 9. 11 et Scène nocturne, de Cho blues » et « West end blues » et est magnifique
1 que du théâtre quatre solistes aux merveilleuses pin, ont trouvé en Alfred Cortot un merveilleux ment interprété par le clarinettiste Maxim Janvy,
qualités : Elisabeth SchwarzkofF, Elisabeth Hqn- interprête. — Voix de son Maître F.A.L.P. 343.
intelligent, racé, et par l’étincelant trompettiste
gen. Hans Kopf et Otto Edeîman. Instrumentistes
Il vient de paraître un éblouissant recueil Peanuls Holland.
et chanteurs sont dirigés par Furtwaengler dont
Le pianiste André Persiany, avec son orches
’a prestigieuse personnalité suffit à expliquer la dans la série « Années de pèlerinage » et consacré tre, a été le' grand triomphateur du festival de
valeur et le succès de cet enregistrement. On a à Liszt et aux trois années passionnées qu’il passa jazz, organisé à l’Olympia. Les amateurs seront
reproché à cette interprétation d’être trop lente en Suisse et en Italie avec Marie d’Agoult. Cet en bien inspirés en l’écoutant, avec son orchestre,
il semble, bien au contraire, que le majestueux registrement intégral est publié par Columbia dans le disque Standard FP 1058 25 cm. Ils y
sous la forme de trois disques, trente trois tours
i allegro ait été joué dans son véritable esprit.
en coffret 30 cm. Artistiques FCX 440 à 442. Aldo apprécieront les magnifiques interventions du
t
La mort du grand compositeur français Ho- Ciccolini, virtuose étincelant au jeu transparent, célèbre saxo ténor Guy Laffitte. Sain, gai, dan
? negger a endeuillé la musique. Pour ceux qui veu- précis et raffiné, premier prix Marguerite Long, sant, plein d’un swing de lion aloi, cette cire ap-'
J lent avoir des renseignements sur les enregistre- Jacques Thibaud, en 1949, a trouvé dans cette in portera de grandes satisfactions à tous les ama
menis de ses œuvres, nous en donnons une liste terprétation le plein épanouissement de son ta teurs.
ii-omnlête : Festival F.L.D. 50 — Symphonie n° 2 lent.
P. DANTOU. 7
Parlons de Disques
!
«
EN BOIS
Etant ministre de l’Intérieur, M. de Martignac
était sollicité par un émigré. Il refusait douce
ment. L’autre s’emporte :
« Sachez, monsieur le vicomte, que je suis du
bois dont on fait les ministres !
— Quand, j’en ferai en bois, je vous promets
de penser à vous, monsieur le marquis. »
MANDEMENT
« Quelle jolie histoire marseillaise, si elle
n’était pas du Nord !... Goûtez la lettre pastorale
que l’on prête à l’archevêque de Cambrai, lettre
adressée aux fidèles de. son diocèse avant Noël
1943 » :
Mes très chers frères,
En raison des circonstances actuelles, j’ai le
regret de vous annoncer que, cette année, la fête
de Noël n’aura pas lieu pour les raisons suivan
tes ’
—- L’étable est réquisitionnée pour les trou
pes d’occupation.
— La Sainte-Vierge et l'Enfant Jésus ont été
évacués;
—Saint-Joseph se trouve dans un camp de
concentration;
— Les bergers sont réfractaires au S.T.O. et
camouflés dans le maquis;
—■ Les moutons sont réquisitionnés pour le
ravitaillement de la population berlinoise;
—- Les rois mages sont passés à la dissidence;
— Les étoiles sont détenues à Vichy par le
chef de l’Etat;
—: Les anges ont été abattus par la D.C.A.-;
L’âne est à Rome et la vache à Berlin...
SAGESSE FRANÇAISE
■ On fait de la critique quand on ne peut
pas faire de l’art, de même qu’on se met mou
chard quand on ne peut pas être soldat. (Gustave
Flaubert).
Il L’orgueil a cela de bon qu’il préserve de
l’envie. (Victor Ilugo).
B Pourquoi te chagriner de ce que tu ne
peux pas faire ? Il faut faire ce qu’on peut...
(Romain Rolland).
■ Des sottises faites par des gens habiles;
des extravagances dites par des gens d’eprit; des
crimes commis par d’honnêtes gens... voilà les
révolutions (de Bonald).
B Les bêtises sont le contraire des femmes.
Les plus vieilles sont les plus adorées. (Victor
Hugo).
LO FIS BLANC, VF PAR VICTOR IIF GO
1848 ; « M. Louis Blanc a parlé pour la pre
mière fois à l’Assemblée Nationale. Il est de si
petite taille que lorsqu’il a paru à la tribune, ie
garde-fou lui montait presque aux yeux. Ün huis
sier lui a apporté un petit banc sur lequel il est
i monté, et l’assemblée s’est mise à rire.
Le soir, dans les théâtres, les spectateurs di
saient aux ouvreuses •’ « Donnez-nous un petit
• « blanc ».
xxx
Voici une des choses que l’on chuchote dans
l’Assemblée : Louis Blanc est en ce moment fort
i bien avec une personne jolie et de grande taille.
. L’autre jour, il monte dans un omnibus avec cette
dame. Au moment où elle s’asseyait, le conduc
teur lui cria en montrant Louis Blanc ; « Mada; me, vous savez que le petit paie place entière ! »
i
xxx
« Je vois en ce moment Louis Blanc causer
avec Caussidière. Louis Blanc, debout, est juste à
la hauteur de Caussidière assis. » (V. H.. Faits
' Contemporains).
PREMONITION
Peu de jours avant sa mort. Claudel disait à
i l’un de ses interprètes de « Protêe », à la Comé
die de Paris ;
)
« Nous avons tort de croire que c’est le
\temps qui nous manque; le plus souvent, c’est
i nous qui lui manquons. »
VOLTAIRE ET L’EDITION
Parmi les trois cents importants autographes
qui ont été vendus aux enchères publiques, à
Londres, le 14 mars 1955, on a pu lire ce billet
de Voltaire à son libraire :
« Votre grande attention doit être de mettre
plus de choses en moins de volumes qu’aucun de
mes éditeurs n’a fait jusqu’à présent. Le public
se rebute d’acheter en douze volumes ce qu’il peut
acheter en huit ».
Il n’allail quand même pas encore jusqu'au
diqcst !
BUFFON A-T-IL DIT .
« LE STYLE C’EST L’HOMME » ?
Né à Monlbard en 1707, mort à Paris en 1788,
Buffon fut un très grand savant, qui pressentit,
sur plusieurs points importants, les découvertes
contemporaines.
Une phrase du discours de réception de Buffon à l’Académie en 1753 « Le style est l’homme
même » (et non le style, c’est l’homme), est en
littérature l’obj'et de fréquentes allusions. Cet
aphorisme signifie que, tandis que le fond des
découvertes scientifiques devient la propriété
commune de l’humanité, la manière de les expri
mer, le style, reste un don personnel à l’écrivain
par où se marquent son talent et son originalité
propres. On interprète souvent l’aphorisme de
BulFon à contre-sens, en lui faisant dire que dans
le style se reflète le caractère de l’écrivain, ce
qui est inexact. (D'après Larousse).
+
QUATRE GRANDS PRIX
LITTERAIRES
— Le Prix Goncouri a été décerné à Roger Ikor
pour son roman « Les eaux mêlées », au cinquiè
me tour de scrutin, par 5 voix contre 2 à M. Louis
Pauwels (« L’amour monstre »). Roger Ikor est
né en 1912 à Paris; agrégé de grammaire en 1935,
il est professeur.
— Le Prix Théophraste Renaudot a été décerne
à Georges Govy pour son roman « Le Moissonneur
d’épines », par 5 voix contre 2 à M. Félicien Maiceau (pour « Les élans du cœur »). Grand voya
geur, G. Govy est né en 1913 en Russie, pays qu’il
quitta à l’âge de 15 ans.
— Le Prix Fémina a été décerné à André Dhôtel
pour son roman «Le pays où l’on n’arrive jamais»
au premier tour L’auteur est professeur de philo
sophie.
— Le Prix Interallié, enfin, a été décerné à Féli
cien Marceau pour « Les élans du cœur ».
Qui ne peut être émerveillé et même un peu
étonné par la fraîcheur des peintures de Las
caux ? Certaiiis esprits forts y virent une preuve
de supercherie et crurent même qu’on était en
train de repeindre les fresques en voyant les .
échafaudages élevés par M- l’abbé Glory pour ef
fectuer des relevés.
Dès la découverte de la grotte, une explica
tion scientifique de cette conservation a été ré
pandue : une pédicule de calcite s’était déposée
sur les parois, protégeant ainsi les couleurs. Cette
légende fut pieusement transmise, de touriste en
touriste, et durant l’été dernier, une émission de
la Radiodiffusion Française recommanda même
de gratter les parois pour s’en rendre compte !
Malheureusement une telle couche est absente à
Lascaux ou, si elle existe, elle est sous la peinture
et non dessus. D’ailleurs, divers préhistoriens se
sont attaqués à cette fable, et en particulier M.
l’abbé Breuil qui la qualifia d’« ânerie journalis
tique ». En effet, des concrétions ne recouvrent
que rarement les peintures, et dans ce cas elles
les voilent complètement. C’est le cas de certains
panneaux de Font de Gaume ou de Cabreret dans
le Lot. De plus, le temps nécessaire à la formation
de tels dépôts est très variable. Dans certaines
grottes, à Brantôme par exemple, des objets sont,
recouverts de cristaux en peu de temps. Mais il
ne faut pas pour cela nier l’existence de l’art
préhistorique.
Les conditions de conservation des peintures
sont très complexes. On ne peut les exposer dans
ces quelques lignes, mais le lecteur les trouvera
dans l’admirable ouvrage de l’abbé Breuil « Qua
tre cents siècles d’art pariétal ».
Cette rapide mise au point montre combien
il faut être prudent devant les explications plus
ou moins fantaisistes racontées aux touristes et
surtout j’espère qu’eile évitera que l’on touche aux
fresques de Lascaux. Leur existence déjà fort
compromise en sera un peu prolongée.
J. DELFAUT.
Pourquoi /écris en langue d’Oc
Pourquoi j’écris en langue d’Oc. La question
nie fut souvent posée, vous n’en doutez pas, à sa
voir ; pourquoi j’écrivais en Oc, c’est-à-dire en
périgordin plutôt qu’en français. Il se trouve
que ce qui m’amena à choisir ce mode d’expres
sion, le choc en quelque sorte qui me détermina
à ce choix se situe dans ma 17e année, et que j’en
ai gardé un souvenir très net.
Jeune normalien à l’époque, j’entendis un jour
à une tète scolaire, à l’E.N. de filles, place Hoche,
au cours d’un programme varié, Robert Benoit
dire des poèmes, en particulier « Lou Picatau ».
Le besoin d’écrire me tourmentait (mes premiers
vers dataient de nia 10e année) et c’est en fran
çais que je m’essayais à traduire sentiments ci
sensations. Mais d’entendre dans cette langue que
je parlais, que j’entendais parler chez moi, chez
mes grands-parents, d’entendre, dis-je élevé à la
dignité poétique ce dialecte des faits quotidiens
me fut une révélation, et le jour même j’écrivis
un poème en Oc. que je portais à Robert Benoît,
lequel me fit connaître alors la littérature d’Oc
et Mistral, et Aubànei, et Chastanet, et le Bour
jnat. A la vérité, ce choc, cette semence avaient
trouvé en moi un terrain préparé, d’abord par
cette connaissance de la langue parlée, de la
langue transmise, oralement, de la langue populai
re. Toute mon enfance a été bercée par ses sono
cités, mon imagination enrichie par les contes
d’une grand-mère qui créait un monde enchanté
autour du petit garçon réceptif que j’étais, .le
crois que le secret de cette nécessité de
s’exprimer en Oc, il faut le rechercher dans l’en
fance, dans fout ce-qui fut pour moi « le vert
paradis ».
Et. puis cette langue que parlaient mes pa
rents, mes petits amis, ne pouvait m’apparaître
comme une matière inférieure. Je n’ai jamais eu
cc complexe honteux qui fait dissimuler la con
naissance du parler périgordin, ce sentiment
d’être diminué à l’employer, mais au contraire
une sorte d’orgueil exhaustif né de ce pouvoir
d’expression dans deux langues.
Raisons sentimentales donc mais aussi plus
lard raisons d’ordre artistique. Je n’ai pas tardé à
connaître qu’après tant de vers lus en français,
une sorte de verbalisme s’établissait; le ronron
des rimes accouplées tant de fois se réveillait si
facilement, alors que l’occitan était une matière
moins usée, plus facilement disponible.
Enfin, je crois que j’adoptai cette expression
occitane, parce quelle convenait à ma nature pro
fonde, qu’elle était l’aboutissement des influences,
des sources dont j’avais été baigné; j’étais un
périgordin, un enfant de ce pays, un paysan pour
tout dire, et j’avais le sentiment (l’être fidèle à ce
pays, fidèle aux hommes de chez moi en écrivant
leur langue, notre langue. Oui, je me sentais da
vantage « engagé » en écrivant en périgordin.
J’ai continué. J’ai cherché à retrouver les
richesses perdues que notre langue appauvrie par
des siècles de tradition orale avait oubliées; j’ai
découvert l’admirable instrument de culture et de
vie qu’elle doit être, non pas enlisée dans le passé,
mais lancée vers l’avenir el les résonnances
qu'elle éveille au cœurs périgordins...
Je continue.
Marcel FOFRNIER
Majorai du Félihrigc.
7
Avec celle de Gyl
une silhouette
que l’on aime à fixer:
UN ARTISTE
BIEN POPULAIRE
Au premier rang, Marcel Fournier, aujour
d’hui Majorai; plus loin, Léon Leymarie, exDirecteur des Cours Complémentaires de Thi
viers. Au milieu de tous, un jeune tout sou
riant se détache avec son costume à col marin.
Ce jeunot de dix ans, c’est Henri Fournier.
Sous la surveillance de l’aîné, il suit cette
phalange d’artistes dans ses déplacements,
interprétant avec une finesse et une grâce
toute juvénile des chansons Bretonnes de
Théodore Botrel.
«
Ricou FOURNIER
Celui dont noua allons parler longuement
dans celte publication qui prête si généreusement,
asile, est un artiste amateur, et, comme celui
d’hier, un modeste.
Certes, il est aisé, pour qui veut se tailler
un succès, de poser avantageusement pour la
* postérité », après avoir pris les mille et une
positions susceptibles de le. mettre en valeur.
Moins est facile de délaisser ce qui flatte.
Prendre place dans des fauteuils conforta
bles est chose aisée.
Affronter le public peu souvent charitable
est plus difficullueux. Rire pour faire rire,
quand, on aurait des tendances à pleurer,
nécessite une puissance de volonté peu facile
à acquérir.
Comme celui d’hier, Gyl, « Ricou » Fournier
s’est forgé une cuirasse susceptible de résister
à tous les assauts, voire même les plus vio
lents.
Il a affronté le « plateau » depuis fort long
temps. Ses débuts à, la scène remontent à 1918.
1918/... que d’eau est passée sous le Pont
des Barris et sous celui de Saint-Georges...
Ces Pouls, * Ricou » les enjambe souvent.
Les rues, les ponts, il les connaît bien; eux
aussi connaissent le boulanger balladeur qui,
chaque jour, rend visite à une clientèle qui
connaît et apprécie la qualité de son pain.
La journée durant, il a son tablier de tra
vail. Levé, tôt, il fait ce pain que sa clientèle
attend avec impatience.
S’il est levé tôt, il oublie souvent de se cou
cher. Après minuit, il est sur le plateau.
DANS L’ALBUM FAMILIAL
Nous avons entre nos mains l’un de ces
souvenirs auxquels « Ricon » tient comme à
la prunelle de ses yeux.
Sur une photo d’un tirage ancien, un groupe
d’élèves de l’Ecole Normale de Périgueux. Ce
groupe est celui des < artistes normaliens ».
99
vous présentent
l'Institut de Culture
Française
LE « JEUNOT » GRAVIT RAPIDEMENT
LES ECHELONS
En rencontrant à Périgueux, en septembre
dernier, le directeur des « Lettres Perigordines », M. Charles Soudeix, le Président de
l’Institut de Culture Française, M. Serge
Dubettier, ne pouvait pas être mieux inspiré,
puisque cette entrevue, tout en permettant à
notre journal et à l’LC.F. un échange de
correspondance dont nous nous félicitons, a
été pour cet institut le point de départ d’une
LE « PETIT » EST DEVENU GRAND...
série d’activités qui laissent présager un
Il est devenu le populaire « Ricou ». Le excellent début.
Né en août dernier sous l’impulsion de M.
« Ricou », dont l’aisance sur scène est excep
tionnelle. Grâce à son talent; par sa verve Serge Dubettier et de ses collaborateurs,
joyeuse, il est le pilier solide sur lequel nom l’Institut de Culture Française a pour but de
bre s’appuient. Il est l’artiste bien-aimé de découvrir et répandre les talents neufs et
(oubliés, de développer et de défendre les vrais
notre belle Société Folklorique, le Chaleï.
Ses rôles, campés avec tant de réussite, ne mérites, parmi les Lettres, les Sciences et les
se comptent plus. Quant à ses histoires savou Arts.
reuses, dites dans un dialecte qu’il fleurit à I Sa présidente d’honneur est la grande poèplaisir, elles sont toujours accueillies avec un i tesse parisienne bien connue, Mme Suzanne
plaisir nouveau. « Ricou » est, pour ses cama t Koutachy-Jeandeau, officier d’Académie et
rades du Chaleï. le bout-en-train des déplace /Maître-es-jeux; elle patronne, par sa compéments du groupe.
i tence et son dévouement sans égal, ce grouTour à tour ont été visitées: Niça la Belle!... \ pement qu’encouragent de nombreuses perl’Italie, rendue si désirable par l’évocation de 1 sonnalités du monde littéraire et culturel,
sa Venise avec ses gondoles... Prague... et tant telles que M° Théodore Valensi, le grand avo
d’autres lieux où le Chaleï a laissé des souve cat et conférencier parisien; Me Jean Tauzin,
nirs impérissables...
Docteur en Droit, M. Irénée Mauget, le Prési
dent national de la Maison des Intellectuels;
UN PALMARES INEPUISABLE
Ce palmarès artistique constituerait, pour le Professeur Victor Salterini, réputé maladu Vénézuéla; Mmes Sylvaine Lebaqui aurait la chance d’obtenir de lui qu’il en riologiste
ron. Géraldine Balaye et Anita Soder-Delferénumère toutes les étapes, un délicieux rière
de la radio; le docteur Petit, éminent
recueil.
biochimiste;
Ludovic Bernero; Louis <Emie;
Hélas!... avec son camarade Gyl, il est parmi la grande artiste
La Houppa, Vice-présidente
ceux: qui se refusent à avoir une histoire. A
des Officiers d’Académie; l’artiste José Nogué
leur insu, il faut la leur écrire
Mme Marie Bartette; MM. Bardinet et
« Ricou » Fournier est partout où il faut ro;
Nattes, de la Fédération de la presse borde
semer la joie el faire le bien, sans bruit, laise;
M. Paul Grasselly du Prêcheur (Martini
modestement.
l’explorateur bien connu Edgar MauA Périgueux, comme dans tout le départe que);
frais,
etc..
ment, ses interventions, interventions fort
Terminant en beauté l’année 1955, l’LC.F.
goûtées, ne se comptent plus.
Il est au nombre de ceux, si rares, qui organisait à Paris, le 13 décembre dernier, un
répondent irrésistiblement présent!... quand cocktail de présentation très réussi, qu’hono
rait le tout-Paris culturel, et où nous appre
on les appelle...
nons
que M. Serge Dubettier, dans son exposé,
Présent avec son ami Gyl, il est partout où
avait eu la délicate pensée de nous associer.
de bonnes œuvres sont à accomplir.
Le 19, le Président de l’LC.F. et le Viceprésident étaient à Arcachon, les hôtes du
PETIT PAPA NOËL!...
journal de cette ville et de leurs nombreux
Le Noël des petits est l’une de ses fêtes pré sympathisants. Le 20, Toulouse accueillait M.
férées. On retrouve alors le « Ricou » à la Serge Dubettier, venu mettre au point plu
silhouette désormais légendaire.
sieurs manifestations avec les présidents des
Bon papa Noël, avec sa longue barbe blan sociétés littéraires de cette ville et consacrer
che qu’il caresse en un geste familier. Il est l’LC.F. au cours d’un interview à la Radio où.
la joie délirante des enfants. « Ricou » est encore une fois, nous savons qu’au sein des
heureux de présider à leur joie.
'sociétés amies, «Lettres Périgordines» ne
Avec sa très aimable épouse, laquelle est furent pas oubliées.
aussi de la grande famille du Chaleï, il a élevé
L’Institut de Culture Française qui a bien
quatre enfants. Deux sont de grands et beaux voulu accueillir M. Charles Soudeix el notre
hommes. L’un est un des solides joueurs des ami Paul Courget, prépare en ce moment une
juniors au C.A.P.
série de conférences qui ne pourront être que
Peut-être n’aurions-nous pas fini de parler très appréciées, et deux ou trois expositions,
de « Ricou » Fournier si nous étions mieux dont l’une pourrait avoir lieu à Arcachon. à
avertis.
la saison d’août.
Quand on évoque les Fournier, il faut en
D’autre part, un grand concours littéraire,
parler longuement, très longuement...
,ouvert à tous les amis de l’Institut de Culture
Française el à ceux de « Lettres Périgordi
Daniel GILLET
nes » doté de plusieurs médailles de Minerve
N en argent, est actuellement en compétition el
«®* « Le livre est un trésor permanent mêlé à sera clos le 31 mars. Règlement sur demande:
votre vie. Un livre est une sorte de miracle. Objet
Pour le nord de la France et région pari
menu, discret, maniable, c’est en réalité un
sienne”: Mme S. Koutachy, 8, rue Stanilascondensé d’émotions, d’êtres, de paysages, d’aven
Meunier, Paris (20”).
tures : sans cesse à portée de votre main, de votre
esprit, de votre cœur. » (René Burnand).
Pour l’Etranger, l’Union Française et la
« La radio, la télévision et le cinéma — diton —: ont tué le livre. Eh bien ! c’est faux. Ceux S Province : secrétariat délégué au concours, 36.
pour qui ces instruments d’information et d'édu h rue Victor-Hugo, Villenave d’Ornon (Gironde).
cation suffisent n’ont jamais été vraiment des
A l’instant où nous mettons sous presse.
clients pour les libraires. En revanche, les fer (nous apprenons que l’Institut de Culture
vents de la lecture le resteront toujours, quel que
Française sera représenté lors de la première
soit l’usage qu’ils fassent des instruments en J de la pièce dramatique de notre directeur:
question S> (Francis de Miomandre).
i « l’Orphelin », jouée à Périgueux prochaine( inent.
Ces échelons montés quatre à quatre
devaient te conduire, à la popularité la plus
vive. Il adorait par dessus tout le théâtre.
C’est ainsi qu’à 12 ans, il interprète le rôle
de « Septième » dans une pièce de Robert
Benoît, de si regrettée mémoire. Cette pièce
avait pour titre « Fer à cheval ».
!
Photos « Jacques », Périgueux
Les Lettres Périgordines
i
ffi
paz Çe&zqre& <J)u.tf.mangMi
R..., le 16 octobre 1946
Roland cacheta son premier message d’a
mour. Une feuille morte cogna la vitre.
L’amoureux tressaillit, haussa les épaules et
sourit. Il s’emmitoufla dans son cache-nez,
pesta joyeusement contre ces jours trop froids
de la mi-automne et contempla la rue déserte
qui menait au bureau de posle.
' Situé à l’extrémité du bourg où la genl fonc
tionnaire semblait s’être fixée, il étalait son
trottoir de ciment clair entre l’humble étude
du notaire et la gendarmerie. C’était une
bâtisse neuve, du style cubique le plus pur et
le plus tranchant. Le bureau occupait le rezde-chaussée, amplement éclairé, sur toute sa
façade, par deux grandes verrières embuées
qu’une grille articulée protégeait après la
fermeture. L’étage supérieur, de même archi
tecture, s'enrubannait de vigne vierge au feuil
lage cramoisi. Deux fenêtres, tendues discrè
tement de stores à guillotine, s’ouvraient sous
son toit plat et débordant.
Roland pénétra dans la salle carrelée. L’at
mosphère surchauffée et chargée de migraine
le suffoqua. Il salua les clients silencieux,
dénoua son écharpe et attendit, bercé par le
ronflement du poêle. Il se demandait si sa let
tre n’outrepassait pas les règles de la courtoi
sie et du respect, si son sentiment, trop long
temps contenu, ne l’avait pas entraîné à des
maladresses. Pour secouer le poids de ses
scrupules, il regarda autour de lui.
Mariette, sa voisine, lui adressa un sourire
auquel il répondit d’une lente inclination de
tête. Sous l’écriteau « Défense de fumer », un
vieillard bourrait sa pipe en col de cygne. La
chaleur l’incommodait beaucoup. Il interrom
pait par instant son occupation, et, de son
index fendillé et noirci, malmenait le faux-col
craquelé qui l’étouffait. Roland ne le connais
sait pas: sans doute un de ces bûcherons de
la Double sauvage qui s’endimanchent le
samedi et viennent au village faire leurs
emplettes pour la semaine suivante.
Le buraliste préparait l’expédition de ses
invendus. Une jeune fille, en robe de deuil,
tourmentait un paquet d’enveloppes bordées
de noir. Roland ne reconnut pas tout de suite
sa face bouffie par les veilles et les larmes. Il
se rappela qu’il avait appris, hier soir, la mort
de M. Garcis, leur boulanger. C’était sa fille
Irène. Tout à son bonheur depuis qu’il se
savait aimé, Roland oubliait les souffrances
des autres.
L’heure avançait. Les clients arrivaient plus
nombreux, précédés dans la salle par l’odeur
des feuilles mortes. Le secrétaire de Mairie
entra, salua d’un petit coup pressé de son
feutre râpé, déposa le courrier municipal et
sortit.
Monsieur ?
— Un timbre à six francs, s’il vous plaît.
Et, sans plus, elle le planta là pour porter
à la directrice qui classait le. courrier un
paquet d’imprimés.
Le bureau était spacieux mais encombré. Le
mur du fond soutenait un jeu de casiers soi
gneusement étiquetés. Le tableau du téléphone
tenait à gauche une place plus grosse que
lui. Au milieu et à droite, contre le poêle,
deux bureaux cirés jouaient à cache-cache
avec les paperasses.
A NOS ABONNES
Ceux de nos lecteurs dont J’abonnement. 1955
échoit avec ce numéro, et qui désirent continuer
ù recevoir notre journal, peuvent nous adresser le
montant de leur réabonnement, pur mandat, à :
« LETTRES PERIGORDINES », 24, rue du Bac,
Périgueux (Dordogne).
ou par virement postal ù :
M. Christian JAUBERT, les Jalols, par Trélissac (Dordogne). C.C.P. Limoges 70-46,
en établissant leur commande au dos du chèque.
Tout l’énervement d’une fin de semaine
s’agitait là: gestes brusques des postières,
chocs des tampons, crissement des plumes
hâtives sur les formulaires de mandats. La
sonnerie du téléphone s’indignait par appels
grelottants. Roland s’imaginait, au bout du fil,
un commerçant pressé qui vitupérait l’apathie
des employés de poste en tournant, pour la
cinquième ou sixième fois, la manivelle de
son appareil. La standardiste décrochait
l’écouteur, regardait l'heure en soupirant,
relevait sèchement les clapets, branchait ou
retirait les fiches, grimaçait lorsque la voix
trop sonore d’un abonné faisait vibrer les
membranes du récepteur. Dans la cabine,
l’épicier se fâchait. A travers le vitrage brouil
lé, on percevait les mots de « tickets »,
« stocks », « répartition »... Les gens s’impa
tientaient. Des conversations banales, des civi
lités s’ébauchaipnt et languissaient.
Et les pensées de Roland s’envolaient...
Pourquoi Ghislaine n’était-elle pas venue hier,
comme elle l’avait promis ? Demain, peutêtre... ou faudra-t-il attendre deux jours enco
re une réponse à cette lettre anxieuse.
Il lisait les affiches: Souscrivez. Emprunt
Libératoire. Lutte contre l’Inflation. Dans sa
poitrine, son cœur affolé battait très fort.
— Pauvre France, pensa-t-il, dont la misère
s’étale sous ces grilles.
Et ce cœur qui s’obstinait, fort, si fort qu’il
lui sembla que ses voisins devaient l’entendre.
— Voilà, Monsieur.
Roland paya, prit son timbre et attendit la
monnaie.
— Tout de même, murmura quelqu’un der
rière lui !
L’air frais lui fit du bien. Une vision, dans
la pénombre envahissante, le pétrifia soudain.
Sur le trottoir opposé, Ghislaine lui souriait
et. agitait sa main gantée en signe d’amitié.
Un lourd camion passa, soulevant derrière lui
un tourbillon de feuilles mordorées. Et, dans
ce tourbillon, Roland vit Ghislaine qui s’élan
cait vers lui.
Hurlements prolongés des {meus sur l’as
phalte, un choc sourd, cris des passants accou
rus; la foule s’agglutine et Roland, serré dans
ce cercle, voit Ghislaine étendue, sanglante et
désarticulée, sur la jonchée des feuilles autom
nales.
Un cri douloureux dont il ne sait s’il l’a
poussé vraiment ou s’il a réussi à l’étouffer lui
lacère la gorge. Ses yeux secs, désespérément
secs, lui brûlent les orbites.
Il soulève le corps meurtri qui frissonne et
se contracte. Une main le frôle, saisit la lettre
qu’il tenait encore et la froisse.
—- Roland !..
Une porte claque, un moteur s’emballe, une
grande croix rouge sur fond blanc s’estompe
dans l’ombre épaissie tout à coup comme un
rideau qui tombe sur un drame.
Roland tituba. Il ne souffrait pas. Le choc
brutal agissait à la manière d’un narcotique.
Il se crispa, marcha. La réalité lui échappait.
Son cerveau, vide de pensées, résonnait du
bruit de ses pas sans parvenir à se fixer, à
analyser son malheur. Il se hâta vers sa cham
bre. Ah ! s’étendre, s’étendre longtemps, très
longtemps, réfléchir, pleurer et s’endormir.
Devant lui, un couple heureux chantonnait et
riait... Inlassable et seule, une étoile, au loin,
vrillait la nuit.
G. P.
“Les Lettres Périgordines”
Amis des « Lettres Périgordines » :
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SI NOS PUBLICATIONS VOUS PLAI
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/ «L'Institut de Culture Française»/ \
et «Lettres Périgordines» organisent un
Grand Concours Littéraire
cSdLâ&n 1955-56'
PREMIERE PARTIE : POESIE
Prix Suzanne Koutachg-.leandcau. — Attribu
lion d’une médaille de Minerve en argent à l’envoi
de la meilleure poésie classique. Sujet libre, Ion
gucur maximum 4U vers.
Prix de l’Inspiration. — Attribution d’une
médaille de Minerve en argent à l’envoi du poème
libre reconnu le meilleur. Sujet libre. Longueui
maximum 40 vers.
DEUXIEME PARTIE : PROSE
Prix Serge Dubeltier. —: Attribution d’une
médaille de Minerve en argent à l’envoi du meii
leur récit de voyage. Maximum 150 lignes dacty
lographiées ou 150 manuscrites.
Prix du récit de voyage. — Attribution d’une
médaille de Minerve en argent à l’envoi du meil
leur récit de voyage. Maximum 150 lignes dac.ty
lographiées ou 200 manuscrites.
TROISIEME PARTIE : THEATRE
Prix Henri Catriens. —, Attribution d'une
médaille de Minerve en argent à la meilleure
pièce de théâtre. Formes : drames, comédies, tra
gi-comédies, vers ou prose. Longueur un acte, su
jet libre.
REGLEMENT DU CONCOURS
Il sera possible de concourir pour une ou
plusieurs catégories, néanmoins les envois de
chaque catégorie devront être groupés séparé
ment et ne pas dépasser cinq. Les textes devront
être écrits très lisiblement, de préférence dacty
lographiés. Envoi fait en deux exemplaires.
Les pièces et les textes devront être sans
signature; une devise sera apposée à l’angle su
périeur droit de la pièce, et reproduite sur l’an
gle droit supérieur d’une enveloppe contenant te
nom et l’adresse exacte du candidat.
Cette enveloppe, destinée à conserver l’a
nonymat du candidat devra être soigneusement
cachetée. Il devra donc être prévu une envelop
pe par œuvre présentée au concours. Les déci
sions du jury sont sans appel; ce dernier ne tien
dra pas compte des envois traitant un sujet poli
tique et théologique, de même que des envois net
tement immoraux.
En plus de l’attribution de la médaille d’ar
gent, récompense de chaque prix, il est prévu
plusieurs diplômes de premiers, seconds et troi
sièmes prix.
Le meilleur envoi de toutes les catégories
même non primé, recevra en outre une sélection
d’œuvres poétiques et littéraires dédicacées et
i offertes par le Jury.
Le jury est placé sous la présidence de Mme
Suzanne Koutachy-Jeandeau.
Les envois suffisamment affranchis, mais non
recommandés devront être adressés, avec la men
tion CONCOURS, aux adresses suivantes :
Pour Paris et la région parisienne :
Mme S. Koutachy-Jeandeau, 8, rue StanislasMeunier, Paris (20c).
Pour la Province en général, ^Etranger et
l’Union Française :
Secrétariat délégué au Concours, 36, rue Vic
tor-Hugo, à VLlenave-d’Ornon (Gironde) I’rance.
Date limite des envois : 31 mars 1956.
Résultats
divulgués«Le
: Fin Paris»
avril 1956.
Cinéma
Droit de participation au concours : 4 tim
A l’Està d15’Eden
bres-poste
francs par œuvre présentée.
— Les carnets du major Thompson.
—: Autant en emporte le vent.
—- Rose - Marie
—■ Si Paris m’était conté.
— Des gens sans importance.
— Les mémoires d’un flic.
— Hélène de Troie.
— Les mauvaises rencontres.
— Milord TArsouillé.
Spectacles - Cinémas
Imprimerie JOUCLA. — Périgueux
Le Gérant : Pierre PEYRAS.
